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Anna Gavalda : c'est celui qui le dit qui y est (1)

Posté par Myosotis le 27.03.08 à 16:48 | tags : élucubration, roman
Ce qu'on reproche à l'invisible mais omniprésente Anna Gavalda tient en un mot : (à peu près) "tout". Ce court métrage, réalisé à partir d'une des "meilleures" nouvelles de son recueil Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, "The Opel Touch", est, en substance, une bonne illustration de ce qu'on peut attendre d'Anna Gavalda : une fluidité narrative sans précédent depuis Marc Levy, une pointe de mélancolie dans un océan de détresse et (accessoirement si vous êtes un homme), un poil d'excitation érotique devant ses belles bourgeoises catholiques aux dents blanches qui votent à droite modérée.
Love Bless(e) you ressemble à un film d'otaku japonais, les petites socquettes en moins et donne une idée de l'extrême densité sentimentale à laquelle prétend Gavalda depuis l'origine. La perversité des romans de la jeune femme tient également au fait qu'on ne puisse qu'assez difficilement en critiquer un contenu oecuménique, une exécution légèrement au dessus des standards du genre (une écriture de plus en plus décharnée mais sans aspérités, ni scandale majeur) et des valeurs inattaquables. Gavalda écrit pour le bien et lutte contre le mal dans la vie et la littérature. Elle milite en faveur de vies compliquées et d'imbroglios existentiels qui se dénouent pour le meilleur et pour le pire, mais qui ont toujours l'issue que le lecteur mérite.
Il n'y a de fin que dans l'émotion. Il n'y a de résolution que dans l'harmonie ou la tempête. Il n'y a de point final qu'en suspension, comme si l'éternité était à ce prix. En cela, la puissance de son oeuvre rivalise avec la puissance de la vie elle-même. Critiquer Gavalda équivaut à critiquer l'humanité, à critiquer le sang qui coule dans nos veines, le coeur qui bat, le vent dans les cheveux, les sexes humides et l'essence sans plomb. Le seul moyen de n'en pas dire du bien est encore de ne pas la lire, ce qui, après tout, lui rend encore hommage. Anna Gavalda est nous comme Flaubert était Emma Bovary, c'est ce qui fait le plus peur.

Commentaires

De Bloody Mac Burger, posté le 27.03.08 à 17:04 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
En fait, c'est un film sur la vie de Cerise, la fille de la pub Groupama...

De Céline, posté le 27.03.08 à 17:17 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Oui, on dirait bien. Ou encore sur plein d'autres filles de plein d'autres pubs du même genre...

"En cela, la puissance de son oeuvre rivalise avec la puissance de la vie elle-même. Critiquer Gavalda équivaut à critiquer l'humanité" : est-ce que c'est ironique ?
Sinon, je ne veux pas être Emma Bovary, ni qu'Anna Gavalda soit moi.

De Mike Hammer, posté le 27.03.08 à 17:20 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
C'est donc ça, une fille ! Quelle horreur !

De Aniston, posté le 27.03.08 à 17:48 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Qu'avez-vous lu d'Anna Gavalda, Céline ?

De Céline, posté le 27.03.08 à 18:05 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part.  Je n'y ai pas trouvé cette "puissance de la vie" que beaucoup prête à l'oeuvre de Gavalda... 

De Jean, posté le 28.03.08 à 10:18 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Anna Galvada c'est de la littérature pour adolescente prépubert.

De Philippe M., posté le 28.03.08 à 10:39 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Je n'aime pas le boulot de Gavalda mais j'ai trouvé ce billet superbe. Joli boulot Myosotis.



De Lily, posté le 28.03.08 à 11:10 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
J'ai un bouquin chez moi que je n'ai pas encore lu, mais je connais le genre. "Je t'aimais" est un roman qui raconte l'histoire un homme qui quitte sa femme (étrange!). Le beau père va tenter de faire comprendre à sa future ex-belle fille qu'elle doit laisser partir son mari car en son temps, lui, le beau-père, n'avait pas su quitter sa femme provoquant beaucoup de souffrances au sein de la famille. Snif, snif, snif. Pas vraiment de la littérature pour adolescente "prépubère" quand même. Ce qui fait le succès de ce genre de roman est facile à comprendre : ça parle des "petits" problèmes de monsieur tout le monde, des aléas de la vie auxquels il faut faire face. On s'identifie au personnages, ça rassure, ça console... certains lecteurs. Et le tout dans une langue parfaitement comprehensible. C'est une forme de littérature qui ne plaît pas à tout le monde, soit, mais je ne pense pas qu'elle mérite d'être condamnée. Tout le monde ne cherche pas la même chose dans un roman.

De Marie, posté le 28.03.08 à 13:53 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Sachant que le billet vient de Myosotis, on pourrait croire que l'ironie pue à plein nez. Pas évident. Qu'est-ce qu'il en est alors Monsieur Myosotis ? Ironie ou pas ironie. Moi aussi j'ai envie de savoir.

De elobru, posté le 28.03.08 à 14:35 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Anna Gavalda est nous comme Flaubert était Emma Bovary, c'est ce qui fait le plus peur.

Je tourne autour de cette phrase depuis hier soir; elle n'est pas aussi évidente qu'elle pourrait le paraître. Parce qu'Emma Bovary est un personnage de fiction décrit avec réalisme; que ce presonnage est justement dans un rapport de re-création en permanence de la réalité qu'il perçoit. Et que Flaubert nous montre le phénomène.  Bref on a l'impression que cela ouvre sur une mise en abyme qui pourrait être infinie. Il parait que ce qu'on apprécie dans une oeuvre, c'est ce qui nous renvoie à quelque chose de nous mêmes. Les bouquins d'Anna Guevalda seraient comme des rêves où tout se passe tel qu'on pourrait le souhaiter, une réalité transformée et arrangée, un peu comme dans Mullholland drive?
la réponse dans la partie 2?

De myosotis, posté le 28.03.08 à 16:06 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

L'idée est que les bouquins de Gavalda fonctionnent comme des romans miroir. En réalité ce n'est pas elle qui écrit ce qu'on lit mais...nous au fur et à mesure où on le lit. Il faut être fortiche pour réussir ce tour de force mais elle y arrive complètement en asséchant le propos, en ne travaillant quasiment que sur des images et situations archétypales que nous "occupons" en les lisant par notre propre vision des choses, nos propres sentiments. Ainsi l'effet produit par la lecture de ses livres n'est rien d'autre que l'effet que nous produisons à penser notre propre existence, ce qui donne à l'acte de lecture un côté...passionnant. On aime toujours parler de soi, n'est-ce pas ? C'est exactement le rapport de Flaubert à Emma Bovary. Gavalda devient nous sans l'être et nous faisons Gavalda nous-même. C'est pour cela que, pour beaucoup de gens, elle ne peut PAS décevoir.

La réponse ne sera pas dans la partie 2, mais ça me donne l'idée d'un 3). A suivre donc.  



De Véro, posté le 28.03.08 à 17:31 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Je ne sais pas si Gavalda mène une stratégie aussi poussée, aussi tordue et aussi mercantile ou si elle se contente d'écrire sur ce qu'elle voit autour d'elle, mais j'aime bien cette théorie. C'est plein de bon sens !

De Emma, posté le 28.03.08 à 19:38 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Gavalda me fait un peu le même effet que les nounours en chocolat : impossible de s'arrêter quand on a commencé à en manger, il faut aller jusqu'au bout du paquet, même si on trouve ça trop sucré, écœurant. Est-ce qu'elle met des adjuvants qui stimulent la salivation dans ses romans ? Pourtant, fondamentalement, je trouve cela plutôt ennuyeux parce que prévisible. Mais s'il y en a un qui traîne, difficile de ne pas mettre mon nez dedans et de ne pas le lire, à toute vitesse, en diagonale, pour en finir. J'espère que ça ne donne pas le cancer…

De elobru, posté le 31.03.08 à 09:39 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Si c’est un roman miroir, alors c’est un miroir dépoli. Il nous renvoie des formes aux contours flous , mais agréables car vaguement familières. Il nous offre  la satisfaction émue de compléter, d’achever ces images que l’on avait somme toute déjà reconnues. Ses romans sont kitch, dans le sens où ils veulent être beaux et plaire, un peu comme nous, quoique peut-être pas à n’importe quel prix, et peut-être que ce qui nous fait peur, c’est de nous voir reflétés dans cette brume, nous mais pas vraiment nous, nous d’un regard intérieur, sans recul ni acuité.
je redis un peu ce qui a déjà été dit... Simplement, je pense que ce phénomène de "miroir" n'est pas spécifique aux romans d'Anna Galavda, c'est quelque chose qui revient souvent dans les oeuvres....ou le spectateur.
Un bon bouquin sur cette idée, et d'autres : "Le réel et son double", de Clément Rosset

De Elise, posté le 18.04.08 à 21:20 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
J'aime tout simplement ^^

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