Faut-il boycotter la culture ?
Il y a des noms de pays, comme ça, qu'on ne peut plus prononcer sans qu'ils ne déclenchent aussitôt une véritable polémique : des pour, des contre, des oui-mais clamés par critiques, écrivains, intellectuels de tous horizons.A l'occasion du 60e anniversaire de la création de son état, Israël est l'invité d'honneur du prochain Salon du Livre de Paris (du 14 au 19 mars). Seulement, voilà : cet événement qui se fête heureusement pour les uns correspond pour les autres à la Nakba, la "catastrophe". Alors le président de l'Union des écrivains palestiniens appelle au boycott, considérant que le choix de cet état comme invité revient à "légitimer tous ses agissements fascistes". D'autres pays rejoignent rapidement cette position : le Liban, l'Egypte, mais aussi l'Algérie et le Maroc, dont les éditeurs ont décidé qu'ils déserteraient le salon cette année. La Foire du Livre de Turin, qui se déroulera du 8 au 12 mai, a subi le même boycott pour les mêmes raisons. Les organisateurs français comme les italiens peinent à trouver une solution pour remédier aux stands vides qui risquent quand même de plomber la fête... Cela a-t-il un sens de boycotter la culture ? Inviter des écrivains d'Israël revient-il vraiment à cautionner la politique de ce pays ? Voyons rapidement qui pense quoi au sujet de cette épineuse question. Sans surprise, Tariq Ramadan a déclaré dans la Repubblica qu' "il est clair qu'on ne peut rien approuver de ce qui vient d'Israël". Dans le même journal, l'écrivain franco-marocain Tahar Ben Jelloun, moins radical, condamne l'occupation israélienne de la bande de Gaza, mais voit dans la campagne de boycottage la dangereuse assimilation d'écrivains à la politique de leur gouvernement. Du côté des israëliens, la délégation des écrivains invitée à Paris, qui comprend entre autres Aharon Appelfeld, David Grossman, A.B. Yehoshua, Etgar Keret, compte des absents : le poète Aharon Shabtaï par exemple, refuse de participer à une manifestation qui pour lui "soutient l'occupation". Côté français, le Ministère des Affaires étrangères défend le choix d'Israël comme invité d'honneur au Salon du Livre. L'écrivain Pierre Assouline, s'étonne, quant à lui, que ce type de boycott ne s'étende pas au "pays du Moyen-Orient, qui pratiquent la peine de mort pour les drogués et les homosexuels, la lapidation en public des femmes adultères". On sait bien que le débat sur la douloureuse question Israël-Palestine s'étend bien au-delà de l'affaire du Salon du livre. Mais cette dernière illustre bien en tout cas la triste tendance qui ressort de ce débat depuis des années : on n'en sortira pas.
Commentaires
De uju, posté le 28.02.08 à 19:02
![]() D'abord, j'ai prévu de me rendre au salon du livre (si j'ai pas mieux à faire, l'an dernier j'avais pas pu. Mais bon, j'ai au moins déjà imprimé mon "badge électronique personnel"). Ensuite, je ne suis pas antisémite (les religions me gavent, mais l'antisémitisme a-t-il à voir avec la religion?). Ces modestes précautions prises (certainement très insuffisantes vu la facilité et la légèreté d'emploi du qualificatif disqualifiant de nos jours), je voudrai simplement pointer ce qui me semble être une contradiction dans votre article qui se veut pourtant, on le sent (et c'est à votre honneur), le plus neutre possible : "A l'occasion du 60e anniversaire de la création de son état, Israël est l'invité d'honneur" puis "Inviter des écrivains d'Israël revient-il vraiment à cautionner la politique de ce pays". Peut-être aurait-on pu célébrer l'excellente littérature Israélienne en dehors de ce "glorieux" anniversaire, qui va tourner à la propagande d'état là-bas ? Je ne pense pas qu'inviter des écrivains cautionne quoi que ce soit, mais tout ce qui touche à Israël prend des dimensions politiques. Et pour Assouline l'insignifiant, cela m'étonnerait qu'avant longtemps l'Iran ne soit l'invité d'honneur du salon et une brève (et insuffisante) recherche sur wikipedia me dit qu'il ne l'a encore jamais été... Amitié et Soutien à ceux qui souffrent dans les "territoires". De karim, posté le 07.03.08 à 16:00 ![]() Paru au Maroc, un excellent article sur la question du boycott. "Salon du livre de Paris, Foire du Livre de Turin: Faut-il boycotter?" http://www.leconomiste.com/article.html?a=84530 Ajouter un commentaire |
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