Retour sur La route avec Cormac McCarthyPosté par Maxence le 06.03.08 à 18:21 | tags : elucubration
Un thème qui pourrait s'appliquer à n'importe quel roman se situant durant la deuxième guerre mondiale (On peut penser au Journal d'Anne Franck, ou, plus près de nous, à n'importe quel témoignage de soldat américain racontant son expérience en Irak, par exemple, voir Dans la vallée d'Elah). Dans Non, Ce Pays n'est pas pour le Vieil Homme, l'écrivain nous avait déjà prévenu : dans un monde qui marche sur la tête, il est difficile de prêcher des valeurs humanistes sans passer pour un vieux réactionnaire (rôle qu'incarnait à la perfection le shérif du roman). Quand à inculquer ces valeurs aux futures générations, la tâche semble carrément impossible. Alors, pas de lumière au bout du tunnel ?
Une lueur au bout de la route Hé bien si justement. Une petite lueur sur La Route. Certains se souviennent certainement du final de Non, Ce Pays n'est pas pour le Vieil Homme, la narration d'un rêve par le shérif. Un rêve de transmission dans lequel père et fils étaient réunis dans la mort : "Il faisait froid et il y avait de la neige par terre et il m'a dépassé à cheval lui aussi et il a continué son chemin. Il n'a pas dit un mot. Il a simplement continué et il était enveloppé dans une couverture et il allait tête basse et quand il m'a dépassé j'ai vu qu'il portait une flamme dans une corne comme les gens d'autrefois avaient coutume de le faire et je pouvais voir la corne à la lumière qu'il y avait à l'intérieur. À peu près de la couleur de la lune. Et dans le rêve je savais qu'il allait plus loin et qu'il voulait allumer un feu quelque part là-bas dans tout ce noir et dans tout ce froid et je savais que n'importe quand j'y arriverais il y serait " Toute la confiance d'un fils envers son père, exprimé ici en quelques lignes.
Le fait que McCarthy dédie La route à son jeune fils comme l'a si bien fait remarquer Fabrice Colin dans sa critique, symbolise bien évidemment le legs d'un père à son fils, mais aussi celui d'un être humain plus vieux, incarnant l'ancien monde, à un autre plus jeune. Un autre "passage de flambeau" en quelque sorte, et je ne voudrais pas en dire trop, mais le symbolisme du porteur de lumière dans ce dernier roman de McCarthy est, à ce titre, exemplaire. La lumière incarnant l'espoir, mais aussi, métaphore biblique oblige, la divinité suprême, qui est également le verbe. Et quel legs un écrivain peut-il laisser au monde déliquescent qui est le notre si ce n'est cette lumière tellement parlante ? Je vous le demande. Commentaires
De Dexter, posté le 09.03.08 à 09:22
![]() "il est étonnant qu'aucun n'aie vu la métaphore évidente qui file d'un livre à l'autre : celle de l'éducation, de la filiation et de la protection, à une époque en total perte de repères morales, théologiques et philosophiques, et presque entièrement vouée à l'avidité" oui c'est vrai, c'est très étonnant que personne ne l'ai vu, même la critique officielle, aussi l'opposition binaire entre le Bien et le Mal et l'éloge du mur de séparation entre le Mexique et et les US, aussi le discours biblique qui vaut celui de Bush puissance 10, étonnant que personne n'ait vu ce taillage en pièce de la génération 68 à côté duquel même des Murray et des Finkielkraut font figure d'amateur, vous avez dit réactionnaire ? De ThomZ, posté le 09.03.08 à 10:55 ![]() Parler de "taillage en pièce de la génération 68", en parlant du roman d'un écrivain américain me parait quelque peu erroné. On accordera que 68 a aussi été le théâtre de menées étudiantes aux Etats Unis, mais celles-ci furent surtout en faveur des droits civiques des minorités et le vietnam. Le phénomène contre culturel est à la fois plu profond, pus tardif, en ayant des racines plus diffuses. Alors qu'en France mai 68 a des connotations que chacun comprend, et qu'on ne peut appliquer à n'importe quoi. Sur ce que dit Maxence je suis assez d'accord, mais n'allez pas dire que personne n'en a parlé, sauf qi bien sur vous ne lisez que Pierre Assouline et les critiques littéraires dans Elle. J'aime bien la "critique officielle" parce qu'elle dit tout et n'importe quoi, surtout ce qu'elle ne dit pas. J'aimerais bien savoir où il a été question d'éloge du mur de sépration, de discours biblique à outrance ? Réactionnaire ? Oh le vilain mot. Ne lis surtout pas, très cher Dexter, No Country For Old Men, parce que sinon, tu vas nous faire une rupture d'anévrisme... De ThomZ, posté le 09.03.08 à 10:57 ![]() Bien sur, il faut comprendre "contre le Vietnam"...ouf, j'ai failli me faire traiter de fasciste révisionniste ! De Dexter, posté le 09.03.08 à 19:11 ![]() 'taillage en pièce de 68' n'était pas à prendre au pied de la lettre c'était une image..... c'est un taillage en pièce du système de valeurs de transmission, du respect de l'héritage culturel, autorité des anciens etc etc = c'est la génération 68 qui fait advenir la barbarie et puis relisez Finkielkrault mon vieux tout y est dit, bien mieux que chez McCarthy le discours biblique faut être sourd pour pas l'entendre, l'apocalypse, l'éternel combat entre le Bien et le Mal, entre les Civilisés et les Barbares, McCarthy nous joue les télévangélistes le mur de séparation entre le Mexique et les USA : le message est bien passé auprès des américains qui ont lu no country for old men vous comprenez ce que vous lisez ou il faut vous mettre des notes de bas de pages ? si au moins la critique jouait son rôle mais même elle ne comprend pas ce qu'elle lit De ThomZ, posté le 10.03.08 à 00:00 ![]() Le problème cher Dexter, à mon humble avis, est que vous avez les bonnes intuitions mais que vous les exagérez et les faites transparaître sous un voile politique qui n'a pas lieu d'être. Certes la Route possède des résonnances bibliques, qui en effet, pourrait le nier ? De là à faire de McCarthy un télévangéliste, il y a un gouffre. J'aimerais bien que vous me disiez où se trouve l'aspect "militant" dans le roman. D'autre part, si McCarthy pointe en effet le problème d'une violence qui se suffit à elle même, donc gratuite, sa fin propre en somme, il ne jette l'anathème sur personne, et là aussi j'aimerais bien que vous m'apportiez la preuve que McCarthy condamne tel ou tel. Quand à votre évocation du mur de séparation entre US et Mexique, je dois dire qu'elle est assez ridicule, mais vous avez raison, la critique officielle a du passer tout cela sous silence. McCarthy est un immonde nationaliste qui ne veut pas que les mexicains viennent souiller le sol américain, c'est pour ça qu'il a écrit No Country For Old Men. Une fois encore, je vous remercie de nous faire voir des territoires insoupçonnés d'imbecillité que même la critique officielle ne nous avait pas encore fait atteindre, même si, avouons-le tout de go, elle n'en est plus loin. Vous savez, je n'ai pas prétention à avoir des interprétations absolues sur ce que je lis, mais la subtilité dont fait preuve McCarthy ne peut se résumer aux grosses ficelles d'interprétation que vous indiquez. Je vous enjoindrais donc à ne pas non plus dire n'importe quoi sur n'importe quoi, pour dire le moins. Me demander si j'ai compris un roman parce que je n'en ai pas la même interprétation que vous, je trouve ça comment dire, assez faible comme argumentaire. Mais heureusement que vous êtes là, et que vous, vous avez parfaitement compris ce que McCarthy avait à nous dire. Dieu merci, je n'oublierais pas de vous consulter la prochaine fois que j'aurais un problème d'interprétation... Mais d'ailleurs, qui suis-je pour donner des leçons ? Et qui êtes vous pour m'en donner ? De Maxence, posté le 10.03.08 à 09:45 ![]() En Colombie, des narcotrafiquants descendent dans des favelas et "empruntent" des bébés à leurs parents contre une certaine somme d'argent (les gens crèvent de faim, il faut bien (sur)vivre). Ensuite il les piques, comme des petits chiens, et les embaumes après leur avoir bourrés le ventre de cocaïne. Ainsi des femmes (elles aussi rémunérées) peuvent passer la frontière avec l'enfant "endormi" dans leur bras, qui irait déranger un si joli bambin si calme hein ?
Si dénoncer la cruauté représenté par un tueur en série c'est être catho et réactionnaire, alors génial dexter, tu porte bien ton pseudo de série télé bien marrante, genre "je suis le justicier de la nuit, le tueur qui tu les tueur"... Surtout que le personnage principal dans "Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme" est loin d'être "moral", il se casse avec le fric et laisse crever le seul mec encore en vie. Je crois que ce roman est fait pour les êtres subtils, pas les têtes de cruche. Il y a un pas entre ce que tu lis dans les journaux et la réalité vécue. Le remord, le pardon, etc. Oh je sais, toutes ces "valeurs" sont réactionnaires bien sûr... d'ailleurs les soixante huitards ont bâtit leur philosophie sur les valeurs du crime et de la violence c'est bien connu... Pfff, relis toi mon vieux, pas un des tes mots ne veux dire quelque chose.
Et citer 68 en parlant des Etats-Unis, oui, en effet comme dit Thomz, c'est un total non sens.
Pour finir, je ne vois pas où, McCarthy encense le mur de séparation dont tu parles. Et de quoi parles tu d'ailleurs ? De la frontière ? Pourquoi ? c'est pas bien les frontières ? Tu préfères que des mecs de 19 ans aillent faire trimardeur sur les chantiers US pour 1 dollars de l'heure ? Ou que des gamines de 16 ans aillent se prostituer à LA tranquillement, sans être embêté par la frontière ?
T'es vraiment à côté de la plaque mon vieux hein... De Dexter, posté le 15.03.08 à 18:13 ![]() à côté de la plaque ? alors permettez moi de vous poser une question pour voir qui est à côté de la plaque, une question à laquelle je vous demanderai de répondre honnêtement, sans apriori idéologique : selon vous : qui utilise ce procédé qui consiste à utiliser la Peur et la Violence extrême pour promouvoir les valeurs morales ? qui promet l'Apocalypse à ceux qui vivent dans le Péché ultime d'avoir oublier le fondement des ces valeurs morales ? qui promet la Déchéance et l'Enfer à ceux qui ne savent plus distinguer le Bien et le Mal ? qui vouent à la Culpabilité ceux qui ont abandonné les valeurs conservatrices fondées sur la filiation et l'héritage ? serait-ce pas les Evangélistes par rasoir qui utilisent ces procédés ressassés depuis des lustres pendant leurs sermons ? je ne nie pas que notre planète s'enfonce dans un merdier profond qui va faire des vocations à bien des Prophètes du Malheur mais qu'un écrivain instrumentalise ce merdier pour nous vendre ses salades et ses sermons je trouve ça gonflant, j'attends autre chose de la Littérature, et qu'en plus que des critiques encensent ce vrai néo con ça me laisse perplexe........ De Julien, posté le 25.03.08 à 15:28 ![]() J’ai seize ans et une mère qui ne lit que des trucs bizarres. Des trucs qu’elle me refile. Le dernier en date c’est La Route. Pas marrant. Une des raisons pour lesquelles j’ai envie de continuer à le lire, c’est cet article que j’ai lu ci-dessus. Je veux savoir quelle est cette lumière ?
J’en suis au tiers du bouquin seulement et je crois bien que si j’étais cet homme, le protagoniste du roman, je me serai déjà flingué. Si possible dans un coin où personne ne trouverait ma carcasse momifiée sentant le rance en y accordant la même d’attention qu’un élément de décor familier. C’est lugubre. Le froid, la faim, la peur sur une route qui n’en finit jamais. C’est effrayant. Il avait deux balles pourtant, le compte juste.
Le roman est monotone aussi. Pas vraiment le genre passionnant. Emouvant surtout. Une autre raison pour laquelle j’ai envie de le finir, c’est le style. Il ne s’encombre pas de virgules le vieux McCarthy ; les tirets, il ne sait pas ce que c’est et il fourre des « et » partout : Et ceci, et cela, et puis encore. Ah ça, dès qu’un auteur fout la merde dans les bonnes vieilles règles de l’écriture académique, je me fends la gueule. La dernière fois que j’ai rendu un travail, je me la suis joué Chuk Palahniuk. Quel massacre. Ce vieux croûton qui me sert de prof m’a répondu qu’on ne peut se permettre de « jouer » avec la langue que lorsqu’on la maîtrise parfaitement. J’admets que c’est logique. En attendant, quand je vois ce que certains auteurs de renom en font, ça me fait trop marrer. Sinon, c’est très beau La Route. C’est affreusement poétique.
J’attends juste de savoir en quoi consiste la lumière dans une époque en total perte de repères moraux, théologiques et philosophiques.
On m'a foutu collège en crypto, j'y crois pas. De Ken, posté le 25.03.08 à 17:59 ![]() Je n'ai qu'un mot : Génial. De Michelle, posté le 26.03.08 à 15:31 ![]() Après coup, je souhaite poser une question. Ce roman est-il recommandable aux jeunes gens. 16 ans ça ne fait pas un peu jeune ? De ThomZ, posté le 26.03.08 à 17:39 ![]() On est jamais trop jeune pour la littérature. De Maxence, posté le 26.03.08 à 19:19 ![]() Dexter, dans Méridien de sang, McCarthy écrit un western (si si) dans lequel il raconte la fondation "dans le sang" d'une nation bâtit sur l'injustice et la loi du plus fort.
Dans "la Route", il décrit la fin de cette nation "dans le sang", plongée une fois encore dans les affres provoqués par l'injustice et la loi du plus fort.
Tout simplement. Nul moral. Pas de jugement pour les pêcheurs désolé. Il ne juge pas dans le livre. Il raconte la toute fin.
Une fin provoqué par les tenants du pouvoir actuel (les bush et consort) qui, si jene m'abuse, SONT EUX, les représentants d'un pouvoir conservateur et religieux.
Voilà.
A part ça Julien, merci pour ton intervention magnifique. (et M, arrête de changer de pseudos) De Michelle, posté le 27.03.08 à 14:12 ![]() Vous croyez ? Les mères s’inquiètent pour tout : Ce que les enfants fricotent sur internet, les émissions de télé qu’ils regardent, la musique qu’ils écoutent, les jeux vidéos sur lesquels ils s’abrutissent, la drogue, l’alcool… Alors vous savez, lorsqu’on les voit lire, mon dieu, vous pensez qu’une bonne fée s’est penchée sur son berceau. On ne se méfie pas. Or tout dépend de ce qu’ils lisent aussi. Les jeunes semblent si désabusés de nos jours, ils sont blasés avant l’heure. Inutile d’en rajouter avec des romans pessimistes. De ThomZ, posté le 27.03.08 à 14:17 ![]() A vous écoutr on devrait faire lire du Gavalda à tous les adolescents pour les préserver...sic... De Julien, posté le 28.03.08 à 11:46 ![]() Ma mère prétend faire rentrer les idées dans ma tête à coups de pavés. Des pavés bourrés de blabla. Sauf que selon elle, ces blablas ne sont pas à considérer comme vérité absolue juste parce qu’ils sont bêtement écrits noir sur blanc. Il paraît que c’est un phénomène courant. Mais n’importe qui peut écrire n’importe quoi et pour bien faire il faut s’intéresser à la thèse aussi bien qu’à l’antithèse. Bref, il faut lire de tout.
Moi, je prends tout mon temps. Je n’ai pas encore découvert cette lumière porteuse d’espoir et il faut avouer que je n’avais encore jamais rien lu d’aussi pessimiste. Mais déjà, il se passe quelque chose de curieux. Dans le roman de McCarthy, l’apocalypse a eu lieu. Il ne reste plus rien. Que dalle. Rien à bouffer : plus de végétaux, plus d’animaux. Quelques être humains ont survécu. Il y a les méchants qui se nourrissent de leurs semblables et les gentils qui se terrent et se résignent à une mort certaine. A priori aucune porte de sortie, aucune solution, aucun espoir. L’auteur vous plonge dans une ambiance d’anéantissement. C’est inéluctable. Complètement dingue ! On se demande comment il arrive à faire ça, à vous tordre les boyaux. Ce doit être à cause de l’enfant. Celui-ci ne porte pas de nom car il n’est plus rien. Il a tout le temps peur, il est squelettique, sa peau est translucide, ses yeux sont exorbités… Il ressemble à un extraterrestre ! Je pense surtout que c’est à cause du style et à la construction littéraire. Le roman est composé de courts paragraphes, un pour chaque jour qui passe quasiment. Il y a le bivouac à installer, la recherche de nourriture… C’est lent, répétitif. Les dialogues sont dépouillés. Mais il ne faut pas s’y tromper. Le tout vous donne une impression de lente agonie. Ca vous glace les os !
A la question « est-ce que ce roman est recommandable aux jeunes » je peux dire qu’il remet les idées en place. En clair. Il y a des romans qu’on lit comme on prend une pilule pour se sentir mieux ; ils agissent comme un lavage de cerveau : « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » et vous aident à vivre dans un petit nuage de félicité. Et puis, il y a d’autres romans qui agissent comme un électrochoc. C’est peut-être une question de personnalité. Certains diront : « Ouais t’as raison, nous vivons dans un monde de chiottes, ça sert à rien de se crever le cul » et d’autres, comme moi, qui penseront que, putain, nous vivons peut-être dans un monde de merde mais nous avons encore de quoi bouffer, des solutions, des portes de sortie de l’espoir. Personnellement, Je préfère les coups de pieds au cul… et les pavés sur la tête !
Alors même si ce roman se termine sur la vision d’un monde aride, il faut le lire ! De alister, posté le 28.03.08 à 16:46 ![]() hey mec, t'as tout compris. les autres romans c'est un peu ça également. mon auteur fétiche. T'es le meeeeeeilleur.
De Dexter, posté le 31.03.08 à 18:22 ![]() Oui mec t'as tout bien compris. Et tu sais petit pourquoi on en est arrivé à ça ? à cette désolation sans espoir ? c'est parce que c'est le châtiment petit, la punition, tu connais ? Et tu sais pourquoi c'est le châtiment petit ? c'est le châtiment parce que l'homme est mauvais, il est violent et méchant, il a oublié de faire ses devoirs, tu y penses bien toi petit à bien faire tes devoirs, sinon tu vois ce qui t'attends. L'homme paie un jour ses dettes petit, c'est le juste prix de sa rédemption. Tu connais le juste prix petit ? c'est une bonne émission télé. Quant à la lumière porteuse d'Espoir, elle a un nom petit, tu sais ce nom ? ce nom c'est Dieu, nom de Dieu. De Julien, posté le 02.04.08 à 09:11 ![]() Dexter, mon grand, je ne connais pas Cormac McCarthy, je n’ai pas lu ses romans précédents, je ne peux juger que sur « La Route ». L’apocalypse a eu lieu mais on ne sait ni comment, ni quand, ni surtout pourquoi. L’auteur raconte avec sobriété (c’est ce que j’aime le plus) le chemin parcouru par un père et son fils sur une terre dévastée. Il n’y a pas d’accusations tonitruantes, pas d’illuminés qui apparaissent vociférant des « je vous avais prévenu, dieu vous a puni pauvres pêcheurs… » D’ailleurs, le nom de Dieu n’apparaît que une ou deux fois, je crois. Alors non. L'auteur fait référence à dieu, ce qui n'est pas un mal -il ne manquerait plus que ça!-, mais on ne peut franchement dire qu'il joue ici les évangélisateurs. Vous savez, moi, ces individus, je les considère comme une bande de timbrés. Complètement à la ramasse ! Je m’inquiète seulement qu’il y ait autant de gens sur terre pour les écouter. C’est un phénomène que je n’ai jamais compris. Le pouvoir divin, la rédemption, tout ça, pffff ! Par contre, je crois en la puissance de l’homme et je crains sa capacité de destruction ; la violence, la cupidité peuvent effectivement conduire notre planète à sa perte. La peur est une émotion qui le plus souvent paralyse mais qui peut aussi se révéler salutaire : Elle ouvre les yeux !
Pas évident non plus cette lueur au bout de la route. C’est embêtant de ne pouvoir parler de la fin d’un roman. Si j’étais bassement pragmatique –voir prosaïque-, quand le père a parlé à son fils du feu intérieur qui les unit (et qui semble revenir comme une boucle avec ce rêve évoqué dans « Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme ») je pourrais penser que ça lui fait une belle jambe au gamin. Plus d’animaux à chasser, plus de pommes dans les arbres, plus de graines à semer… Il ne va pas rester allumé longtemps le flambeau !!! Mais c’est beau. C’est idéal… cette lueur d’espoir !
Bon. C’est bien les coups de pavés sur la tête mais il faut y aller mollo ! Celui-ci m’a complètement assommé. Un petit roman-pilule me ferait sûrement du bien. Pour me détendre. Est-ce que quelqu’un aurait des idées à me proposer ? Un happy end sympa qui ne verse pas dans le sentimentalisme régressif pour gonzesses, hé hé hé. Non ? Dans ce cas, je vais me promener un peu sur mille feuilles voir ce que je trouve.
PS : Merci à Maxence pour le « magnifique intervention ». C’est encourageant. De Julien, posté le 02.04.08 à 15:10 ![]() ...Je veux dire que si on a peur, c'est parce qu'on a ouvert les yeux.
Après, il ne faut pas rester dans son coin à pleurnicher, mais réagir, inverser la vapeur et faire en sorte que notre route ne ressemble pas un jour à celle décrite par Cormac McCarthy.
Il y a de fortes chances que je n'ai pas compris le message du livre car si pour l'auteur la lumière incarne l'espoir, mais aussi, métaphore biblique oblige, la divinité suprême... pour moi, la lumière c'est l'énergie que nous déployons ! Elle est en nous. Et pour savoir comment ça fonctionne, il faut se référer à la dynamique, et en même temps à Descartes : Je bouge donc j'espère ! OK, je retourne à mes cours.
De Dexter, posté le 02.04.08 à 16:52 ![]() Bonjour Julien, t'es sûr que tu confonds pas avec Mad Max ? le film avec Mel Gibson ? C'est un peu pareil avec des effets spéciaux en plus et au lieu de voyager en caddy Auchan ils ont des dragstairs. Je plaisante (encore que) en tout cas tu as l'air d'aimer les livres et tu en parles sacrément bien. Je vais te dire la grande différence (supériorité ?) entre les écrivains anglo-saxon et les nôtres c'est que les premiers ont lu tout Shakespeare et la Bible et ils connaissent ça sur les bout des doigts, comme nos écrivains français connaissent sur le bout des doigts la recette de la blanquette de veau. Du coup quand un écrivain américain écrit il le fait en se mesurant à ces 2 monuments, c'est comme un combat contre le père, contre ce qu'on veut surpasser. Du coup la Bible et Shakespeare sont toujours là, toujours présents dans tous leurs livres sans exception aucune. Il suffit de bien les chercher. cordial.... ps : je ne crois pas que Descartes soit le bon exemple dans cette histoire. De Julien, posté le 03.04.08 à 10:14 ![]() Si vous le dites… Je n’ai pas une grande expérience des auteurs américains. Il ne me vient pas non plus l’idée de bien chercher l’influence de Dieu dans un roman. Dieu fait partie de notre vie, même si on ne croît pas en lui, il est toujours présent. Ca ne me choque pas. On m’a appris le scepticisme et avec ça, je me sens protégé de toute influence. Quant à Descartes, je l’accommode à toutes les sauces : « Je pense donc on ne me fait pas avaler n’importe quoi » Hé hé hé !
Dans les auteurs américains, j’ai surtout « fait la connaissance » d’alcoolos, de camés et de paranos d’avantage obnubilés par la politique ! Je viens de faire deux acquisitions : « Un homme changé » de Francine Prose pour le roman-pilule et « Les voix de l’asphalte » de Philip K Dick. Je m’inquiète sur l’authenticité d’une trouvaille miraculeuse écrit en 1953. Ce roman lui appartient-il vraiment ? Peu importe ! L’histoire m’intéresse : Les Voix de l'asphalte dresse moins le tableau d'une Amérique schizophrène que la propre incapacité du romancier à se couler dans le moule des valeurs « américaines » de l'après guerre : « Ce pays est diabolique. Nous sommes gros, riches et gonflés de fierté. Nous gâchons, nous dépensons et nous nous fichons du monde. (...) Nous méritons de nous faire massacrer. Nous méritons le châtiment qui nous prend au nez » (p.59). Et déjà le sentiment s'installe que l'entropie dirige le monde : « En Corée, le processus de guerre s'est accéléré, tout va trop vite », « Maintenant, ce sont les Russes. Si ce n'est qu'eux n'ont pas de rictus. Ce sont de solides gaillards, pas des avortons aux jambes arquées ». Décidément, Dr Bloodmoney (1963) n'est pas loin, qui commence exactement dans les mêmes décors (Modern TV, magasin de ventes et de réparations) et reprend également certains des personnages des Voix de l'asphalte, avant de basculer dans le récit post-apocalyptique, les Russes s'étant enfin décidés à passer à l'action. On y revient, hein ? L’auteur avait 25 ans… De Julien, posté le 04.04.08 à 15:28 ![]() Un dernier mot (rapide) pour conclure et qui apportera peut-être une part de réponse à la question que se pose Maxence, à savoir : « Il est étonnant qu'aucun n'aie vu la métaphore évidente qui file d'un livre à l'autre : celle de l'éducation, de la filiation et de la protection… » Dans La route, l’auteur dépeint tout au long du roman un tableau noir opaque qui laisse peu de place à la lumière. Comme je le disais plus haut, il y a quasiment extinction des espèces animales et végétales, les survivants se nourrissent de ce qu’ils parviennent à trouver encore, dans un abri enterré, un bateau échoué… C’est la fin ! Il y a cet enfant qui ne veut plus qu’on lui raconte une histoire, qui ne veut pas non plus en raconter car les histoires finissent bien et que ce n’est pas la vraie vie. On touche le fond là ! Reste l’amour filial, indéfectible, éternel… comme une lumière porteuse d’espoir. OK. Mais dans ce monde trop obscurci, cet espoir m’a paru dérisoire. Le symbolisme ne saute pas aux yeux ! A un de ces jours. De Ariel, posté le 21.04.08 à 11:31 ![]() Il y a pourtant bien une dimension biblique dans ce roman, on n’en parle pas beaucoup non plus. Sauf Dexter. Mais partout ailleurs, pffft. Rien. Dans un sens, ce n’est pas étonnant. Qui connaît encore les évangiles ?!
Nombreux sont ceux qui périront. Les plaines ne seront plus que cendres à l’infini ; les particules radioactives tomberont comme de la pluie en fusion ; les récoltes mourront à cause des nuages de poison ; l’air sera pollué et vicié ; le soleil disparaîtra derrière des nuages noirs de poussière. Tout cela est écrit. Mais certains vivront. Certains seront sauvés, ceux qui se tournent vers la lumière, vers Dieu ! Ca vous dit quelque chose ??? Discours d’évangélisateur. Eh oui ! McCarthy ne donne pas de date, n’explique pas le comment, mais il est indéniable que les paysages qu’il décrit rappellent l’apocalypse de Jean. Quant à son message final… cela ressemble étonnamment à un appel à la foi !
Et ce n’est pourtant pas ce qu’on retient du roman. Certains critiquent le style, d’autres parlent de roman philosophique, de métaphore plurielle... Bref, rien de mystique. Je m’en étonne… et au fond, je m’en tape !!! Serions-nous tous des gens rationnels dans ce pays ?
J’ai lu La route et je n’en suis pas encore remise. Si j’ai bien compris, ce roman est différent de ses romans précédents (langue riche, syntaxe sophistiquée…) Ici, je ne sais pas, le style est plus resserré, épuré… entre parenthèses, les dialogues sont quasi inexistants… (clin d’oeil à Myosotis). C’est sobre, effectivement, et j’aime ça, oh la la ! Rien à voir avec Dantec, hein ?!!! La façon dont McCarthy raconte comment cet homme et son fils tentent de survivre, la manière dont il décrit leur environnement est… est… est… grrrrrrr… je n’ai pas de mots ! C’est impressionnant ! Le style colle parfaitement à ce récit sombre et désespéré. J’ai été littéralement happée par la violence sourde, omniprésente, écrasante dont le roman est imprégné. Non, vraiment, je ne vais pas en rester là avec McCarthy… Que pensez-vous de « Suttree » ? Et qu’en est-il de W Faulkner, T. Pynchon, Don Dellilo… Par où commencer ? Et Philip Roth ? Il paraît que « Un homme » est à lire dans la foulée –ça tombe bien, je l’ai déjà !-. §§
Merci d’avance pour les conseils. De Ariel, posté le 22.04.08 à 10:07 ![]() Oh, je n'en ai pas reçu un seul... J'en suis toute étonnée !!!!!!
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