Comment se souvenir des livres qu'on a lus pour briller en société ?La mémoire des livres est une chose étrange et, d'une certaine façon, propre à chaque lecteur. Il y a ceux qui lisent peu et qui se souviennent de tout comme s'ils disposaient d'une mémoire à la Tesser Act (un roman d' Alex Garland sur un type qui mémorise tout tout), il y a les Rain Men de la lecture qui lisent comme ils mangent et qui, par une force qu'on ne peut expliquer, sont capables de citer de mémoire des passages de leurs livres, dans à peu près toutes les langues (dont le latin olala), et de vous faire passer pour un gros débile lorsque vous avez la malchance de les croiser en société. Il y a les lecteurs passoire qui lisent peu pour retenir moins, ceux chez qui les livres sont aussitôt lus, aussitôt passés aux oubliettes, et ceux (dont je suis) qui lisent beaucoup et pensent, les prétentieux, retenir... l'essentiel, soit un mélange de ce qui les a marqués dans un ouvrage, quelques images, quelques traces d'un style, une manière d'agencer les phrases, le fantôme d'une intrigue ou d'une atmosphère, une ambiance, un fond d'odeur, quelques arrière-plans, paysages, et autres péripéties.
Le problème de ces lecteurs là est qu'ils se trouvent démunis lorsqu'il s'agit d'évoquer, en ville, en amoureux, ou en société les livres qu'ils ont lus pour la simple et bonne raison qu'ils ne s'en souviennent pas assez précisément pour briller ou alors rivaliser avec la concurrence. On peut évidemment se rassurer en admettant qu'à l'âge adulte (et disparu l'âge étudiant où l'on parle littérature dans les bars), les endroits où on peut parler de ses lectures sont rares : les repas de famille (bof, bof), les repas entre amis (- Non, je n'ai pas lu le dernier Anna Gavaldaet je ne trouve pas que Guillaume Musso est un super bon écrivain - ambiance...), le couple (soit vous avez les mêmes goûts et ça n'intéresse pas forcément l'autre de...discuter des heures avec soi-même, soit ils sont opposés et vous gagnez une occasion de ne pas aimer votre conjoint).
Aussi peu nombreuses que soient les occasions, parler de ses lectures reste une chose assez merveilleuse qui vous pose une condition humaine et vous permet de partager une part de vous-même qui est autrement plus intime et importante que le dernier blockbuster que vous avez vu au cinéma, le nom des restaurants où vous avez été manger ou la marque des chouettes rideaux que vous avez fait pendre dans votre salle-manger. Comment faire alors, lorsqu'on n'a pas de tête (ou lorsqu'on lit correctement) pour ne pas passer pour un ignare: 1. Notez comme Garfunkel tous les livres que vous avez lus dans un petit carnet en les résumant en quelques lignes : nom des personnages principaux, faits marquants, dates et 1 citation choisie. Se balader en permanence avec son petit carnet, prétendre, lors du repas, qu'on a envie de faire pipi, de fumer une cigarette dehors, consulter le petit carnet et revenir à chaque fois avec une belle citation toute prête. 2. Ne lisez que des livres que personne ne connaît. Du coup, vous passerez pour un marginal, un type décalé ce qui suscite toujours une certaine fascination. Si vous êtes dans un repas de famille, on passera que vous êtes... gay ou bizarre mais cela n'est pas forcément pour vous déplaire quand cela vient de la tante Zoé. Par contre, vous allez assez vite vous sentir seul, très seul... 3. Ne lisez que des livres qui ont eu une adaptation au cinéma et que tout le monde a vue. Comme on mémorise toujours mieux les images que les mots, vous aurez moins de mal à solliciter votre mémoire et beaucoup plus de chances de trouver quelqu'un à qui parler. Méfiez-vous néanmoins des livres-films : vous perdez en tant que lecteur tout avantage concurrentiel avec ceux qui ont vu le film. Attention encore : ne vous faites pas piéger par les changements apportés aux livres par les scénaristes. Vous pourriez vous faire démasquer assez vite si vous voulez faire de l'esbrouffe ou au contraire être mis en minorité par des idiots qui pensent qu'il y a encore de la vie humaine à la fin de Je suis une légende. 4. Laissez à vos amis l'initiative de la conversation et répondez systématiquement lorsqu'ils vous demandent si vous avez lu tel ou tel livre : "Oui, c'était chouette mais j'ai trouvé que la fin était trop brutale, bancale, inattendue, ouais bizarre, limite ratée." Comme 95% des fins de roman sont foireuses (c'est le principe du roman d'arrêter l'histoire au mauvais moment), vous ne pourrez pas vous tromper et on pensera que vous êtes un lecteur particulièrement fin et avisé. 5. Prétendez que vous ne lisez plus que des classiques. Comme tout le monde dit ça et que personne ne le fait, vous êtes sûr qu'on ne vous demandera pas de causer du Rouge et le Noir, de Salammbô ou de La Cousine Bette. Dites : "en ce moment, je suis dans ma période Maupassant." Dans tous les cas, la conversation s'arrêtera à : "j'ai bien aimé Le Horla" et vous serez débarrassé. 6. Inventez vous même les intrigues des livres que vous prétendez avoir lus. C'est le meilleur moyen de se souvenir de ce qu'on a lu. Dites que vous avez lu un super roman de Jean Baptiste Tergal, appelé L'Allumette Anarchiste qui raconte l'histoire d'une gamine de 14 ans qui fugue après avoir été violée par un notaire de province et décide de devenir terroriste. Si tout se passe bien, on vous lancera un admiratif "Ah ouais ?" avant de vous demander "comment c'est le titre ? Ah, ouais, je vais voir, oui, tiens je vais le lire." Bien entendu, comme vous le faîtes vous-même, pas question que votre ami retienne le titre ou ait l'intention de se procurer ce super livre qui n'existe pas. Mais vous aurez fait votre effet.
Commentaires
De Thomas, posté le 04.03.08 à 11:55
![]() Solution 7: ne lisez que des "Livres dont vous êtes le héros". C'est à la fois décalé retro-reading* (solution 2), avec des fins foireuses (solution 4) et vous y inventez l'histoire (solution 6). * et j'ai le droit de dire retro-reading, on dit bien retro-gaming non ? De Henri, posté le 04.03.08 à 15:26 ![]() Ou établir des correspondances comme ici : Carla/ Nana De Sissi, posté le 13.03.08 à 14:38 ![]() A Myosotis : Vous avez raison, les occasions de parler de ses lectures sont précieuses, merveilleuses, d'autant plus qu'elles sont rares. Alors je ne comprends pas. Vous avez l'occasion, que dis-je, la chance d'écrire sur ce que vous lisez mais vous ne partagez pas réellement votre expérience alors que le blog en offre la possibilité. C'est un peu comme si vous jetiez vos billets en pature et que vous leur tourniez le dos pour ne pas voir le massacre. Quant à vos trucs pour ne pas passer pour un ignare, c'est drôle, et très juste, mais personnellement, et parce que je me prends très au sérieux (sic), je préfère garder mes lectures pour moi que de lire juste pour briller en société. Quel ennui ! Ajouter un commentaire |
Discussions en cours sur le forum livres :
|