Jonathan Franzen vous souhaite la bienvenue dans sa zone d'inconfort
Jugez plutôt : le jeune Jonathan a été élevé dans le Missouri et parle peu des névrosés de la côte Est (ou Ouest), a fréquenté avec enthousiasme des clubs de scouts chrétiens, étudié l'allemand et nourrit une passion particulièrement diserte et vraiment passionnante pour l'ornithologie (si, si). Le pitch ? Alors qu'il visite une dernière fois la maison familiale promise à la vente, Franzen déroule ses souvenirs adolescents, premières émois sexuels, cavalcades débiles avec les potes, expérience de la honte familiale, etc... Rien de bien original dans son propos, et pourtant, en six chapitres qui se lisent comme autant de brèves nouvelles, l'auteur des Corrections offre un livre particulièrement émouvant conçu comme un "pré-roman" : thèmes personnages et événements sont au rendez-vous sans que l'écrivain n'ait encore trouvé le liant qui en ferait une bonne grosse fiction agencée et rassurante. Et c'est précisément cet aspect inabouti qui lui permet de sublimer la commune chronique des jours perdus en une réflexion autrement troublante sur l'intimité dévoilée. Sur ce qu'implique le fait de se dire et de ne pas y arriver. Franzen y est maladroit jusque dans la description de sa maladresse, de sa gaucherie.
Car l'auteur ne manque ni d'inventivité ni de puissance d'évocation et a justement les défauts de ses qualités : érudit et ambitieux, il est régulièrement beaucoup trop bavard et Les Corrections pâtissait de ce que voulant à tout prix maîtriser totalement son ouvrage, il allait jusqu'à sacrifier inutilement certains personnages sur l'autel de ses pesantes démonstrations. On croyait lire un chirurgien méticuleux et on subissait finalement 700 pages de la prose d'un artificier surdoué. Cette fois Franzen laisse intact ce qui résiste. Conscient qu'il y a ce que disent les mots et ce qu'ils cachent. Que la littérature a autant à voir avec le fait de dire que celui de taire. Dans la zone d'inconfort il n'y a pas de place pour le show. On veut donc croire que l'auteur a moins échoué dans une entreprise autobiographique que réussi à créer une forme fidèle à ce qu'est toute histoire personnelle racontée : la quête nécessaire et forcément ratée du sens à travers la reconstitution hasardeuse de sa vie.
Jonathan Franzen Editions de l'Olivier
Commentaires
De Eastendgirl, posté le 27.12.07 à 18:01
![]() Toi aussi t'es trop bavard mais moins surdoué ;) + De Arno, posté le 28.12.07 à 14:52 ![]() Je suis d'accord sur le côté bourratif des Corrections mais celui-là est du coup un peu trop dépouillé à mon sens (perso : au fait l'ami le lien de ton mail ne marche pas et c'est qui "Nanie" ?) De Lolla, posté le 28.12.07 à 22:17 ![]() Encore un livre que je n'ai pas envie de lire. J'aime bien les Editions de l'Olivier pourtant. De EW, posté le 29.12.07 à 15:06 ![]() Lolla tu vas écrire ça à chacune de mes notules ca va bien oui c'est bien franzen, et pis c'est tout non mais De Lolla, posté le 29.12.07 à 19:06 ![]() Prends pas la mouche et parle-nous plutôt de Marie NDiaye ou de Jonathan Safran Foer. De EW, posté le 29.12.07 à 20:22 ![]() Jonathan safran foer est un rien surestimé si tu veux mon avis. Extrêmement machin... est quand même un ouvrage assez prétentieux même si je reconnais volontiers que le type est sacrément doué je ne connais pas vraiment Marie N Diaye je sais que l'une de ces histoires (la sorcière?) se passe en partie à brive la gaillarde ville où je suis né ce qui m'a interpellé - jamais un écrivain n'a parlé de cette ville à part les vieux pruneaux de la littérature régionale je vais m'y mettre en 2008 promis De Lolla, posté le 02.01.08 à 21:33 ![]() Safran Foer un rien surestimé, peut-être, mais on va voir comment il évolura. Bien sans doute car il a beaucoup de ressources, je pense qu'il arrivera sans trop de mal à se renouveller. Perso c'est à peu la seule littérature américaine que j'arrive à lire, avec Philipp Roth. Pour Marie N Diaye, tu es limite pardonnable ;), et dire que l'autre Marie (Dariensec) l'a outrageusement plagiée; enfin, on comprend pourquoi... Bonne année quand même :) De Simon T, posté le 06.01.08 à 10:39 ![]() Vous êtes complètement à côté de la plaque Easywriter, laissez tomber la critique littéraire. De E, posté le 06.01.08 à 11:54 ![]() Ce n'est pas de la critique littéraire au sens strict, même pas un article où j'aurais abordé plus longuement l'ouvrage, c'est juste un développement autour d'une idée qui m'est venue après avoir lu le bouquin et qui pourrait ouvrir une discussion sur franzen ou l'intimité ou n'importe quoi comment vous dire ? C'est une notule de blog en fait... donc allez -y , laissez moi entendre la voix de la raison et de la critique juste je ne voudrais pas mourir idiot De M, posté le 09.01.08 à 14:32 ![]() A que c'est pas drôle ! Je crois bien EW que je n'ai lu des commentaires provenant de toi qu'à deux occasions : Quand tu joues les joli coeurs et pour sauver TA peau avec diligence !
De EW, posté le 09.01.08 à 16:28 ![]() Je réponds quand on m'apostrophe et je ne vais pas être drôle quand on le fait de la sorte voili De myosotis, posté le 10.01.08 à 17:01 ![]() Tu m'excuseras Easy mais je ne vois pas en quoi ta critique n'est pas une critique..... Il y a un angle, un jugement, l'évocation de la subjectivité de l'auteur de la critique (comme ça se pratique maintenant depuis... 60 ans) et puis voilà. Qu'est-ce que tu veux de plus ? Raconter l'histoire ? Mettre une note au livre ? Franchement, je vois pas. Ca m'a d'ailleurs fait l'effet d'une critique. Je me suis dit comme Lolla : mouais, un livre qui a l'air pas mal mais que je lirai pas tout de suite, tout de suite. (c'est-à-dire vraisemblablement jamais ou alors si je venais à me taper une super fan de Franzen et que j'étais obligé). Si c'est pas l'effet d'une critique ça ! Ajouter un commentaire |
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