Il était une fois Fables
Dit comme ça, Fables sonne comme un comic book qui tente comme tant d'autre de surfer sur la vague Alan Moore/Neil Gaiman et avec beaucoup de retard.En interview, Bill Willingham explique d'ailleurs que le concept trouve son origine dans un dessin animé parodiant les contes de fée qu'il a vu enfant (comme Watchmen aurait été inspiré par une parodie des supers-héros parue dans MAD) et dans un projet abandonné de spin-off du Sandman de Gaiman. Rapidement, Fables a heureusement trouvé sa propre voie : plutôt que d'utiliser les contes de fées dans une tentative de commentaire post-moderne sur la fiction, Willingham construit une véritable histoire et n'ironise jamais sur le ridicule ou la profondeur de son concept. S'il y a un sujet à Fables, c'est probablement la politique. Cela ne saute pourtant pas aux yeux : l'exil des fables peut-être lu comme une métaphore de la diaspora juive, mais, la plupart du temps, aucune référence directe n'est faite à l'actualité. La BD est plus une série de contes moraux de plus en plus complexes : la grande simplicité des personnages (la plupart, que ce soit le Prince Charmant ou Cendrillon, ne sont que de simples archétypes unidimensionnels que Willingham ne cherche aucunement à épaissir) permet une grande lisibilité des situations, quand bien même elles impliquent un casting des plus larges. Toute la richesse de Fables tient donc dans l'accumulation des histoires et des personnes. Buckingham au dessin aide beaucoup : il a établi avec son ancien (et plus célèbre) collaborateur Chris Bachalo un style très personnel de découpage, multipliant les motifs et les symboles un peu comme J.H. Williams l'a fait dans Promethea. Ce qui peut n'être qu'un gimmick simpliste ("et si les pages avec le Prince Charmant avait la forme d'un blason ?") s'avère parfaitement adapté à la nature archétypale des personnages. Fables est un truc plutôt rare : un comic book politique plutôt conservateur, et néanmoins subtil ainsi que nuancé, une longue fresque à la Sandman, qui ne se prend jamais pour plus qu'elle n'est et, avec plus de soixante numéros parus aux USA, une série qui ne semble jamais devoir s'arrêter sans qu'on le regrette. Commentaires
De tehalo, posté le 18.06.09 à 09:57
![]() Je suis tombé sur cette série en lisant l'album, apparemment hors série, intitulé "Les milles et une nuits de Neige". Les histoires de ce volume sont très plaisantes et les graphismes superbes. De plus il existe certains liens entre les différentes histoires et le personnage de Blanche Neige. Cet album a aussi des défauts de tailles. Ceux-ci concerne surtout l'affadissement du dispositif qui confère son unité au Milles et une nuits originales. Malgré une connexion bien faite entre l'histoire du royaume des Fables et l'empire des Sassanides, la Blanche Neige qu'invente l'auteur est improbable (inepte?) dans le rôle de la tisserande des nuits. Et la version de Chariyâr qu'il nous donne suit naturellement le même mouvement. On peut aussi regretter qu'en sus de la narration des histoires par Blanche Neige, l'auteur n'utilise l'idée géniale de l'emboitement des récits que dans une seule histoire (laquelle est très réussie, avec deux graphismes très différents). A coté les deux premiers volumes de la série m'ont plutôt déçu. Je les trouve prenant et bien fichus mais leurs aspects conventionnels (personnages, situations, trames) m'apparaissent un peu trop. On est bien dans l'univers courants du comics et de la série télévisé (d'ailleurs une transposition pour la télévision est apparemment en cours). Pour ma part, les personnages de Blanche Neige et de Bigby ainsi que leur tandem sont des avatars de quelque chose qui m'avait déjà lassé avant que je découvre cette série. Et puis le sujet du gouvernement politique, réduit aux perspectives de quelques personnages clés, m'intéresse beaucoup moins que ce que pouvait promettre le titre, son sujet apparent et l'usage du pluriel pour "Fables". J'espérais que les auteurs aient pour objectif principal de ré-épaissir les contes et les légendes en se déplaçant constamment dans le coeur et les marges de cet objet fabuleux qu'est une métropole moderne. Au final la série me semble correspondre aux défauts que je trouve à l'album "Les milles et une nuits de Neige". Tant pis, la série est certainement une réussite dans son genre, comme le suggère la critique intéressante que vous en faites. J'irais emprunté les volumes suivants en bibliothèque. Ajouter un commentaire |
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