On avait déjà parlé de Seven Soldiers à mi-chemin. Arrivé au bout de la publication des quatre volumes du projet fleuve de Grant Morrison, on peut enfin en venir aux premières conclusions. En surface, Seven soldiers est un long, complexe "cross-over" super héroïque plutôt bien foutu, en particulier au niveau des dessins (par une miriade d'auteurs trop nombreux pour être énumérés). S'y mêlent des hommages au passé du comic book (à Jack Kirby en particulier) et règlement de comptes avec l'histoire récente des super-héros. Nul doute que si les super-héros vous passionnent (comme c'était encore mon cas il n'y a pas si longtemps) vous trouverez largement votre compte dans ces BD pleines de monstres, de magiciens et de types en collant qui s'échangent gaiement de gros pains enrichis en super pouvoirs.
Morrison se met en scène lui-même comme l'une des mystérieuse figures qui tissent la trame de l'univers des super-héros, le type de commentaires méta-textuel auquel il nous a habitués depuis ses débuts. On y découvre sa fascination récente pour les "univers partagés", ceux de Superman, Batman etc... Créations qui dépassent largement leurs auteurs (mais pas leurs propriétaires, des conglomérats sans visage que Morrison passe curieusement sous silence dans son enthousiasme). D'une certaine façon ces univers sont la réalisation du rêve post-moderne et magique qui anime les créations de Morrison comme celles d'Alan Moore depuis les années 1980.
Tout ça n'est cependant "que" la surface : Seven Soldiers est un roman à clé qui offre un nombre de serrures virtuellement infini. Le nombre et la richesse des théories sur Seven Soldiers disponible en ligne et au choix un testament à la complexité de l'oeuvre, sa capacité à supporter les théories les plus folles, l'imagination de ses lecteurs ou les compétences de charlatan de Morrison.
Vraisemblablement, Seven Soldiers serait une métaphore de l'évolution passée et future des comics mais aussi de l'humanité toute entière, suivant la théorie des Spyral Dynamics qui prétend expliquer très simplement... tout. Les lecteurs de Morrison sont habitués à le voir souscrire à toutes sortes de théories plus ou moins bancales, mystiques et folles et, tant qu'il reste dans la fiction et ne nous fait pas un coup à la L. Ron Hubbard, ses lubies ne devraient pas nous inquiéter outre mesure.
On peut aussi lire Seven Soldiers comme une métaphore kabbalistique, comme un sigil magique destiné à donner le contrôle de DC comics à Morrison (et ça à l'air plutôt bien parti pour réussir) ou bien juste comme un nouvel épisode du dialogue à sens unique entre Morrison (qui parle) et Alan Moore (qui n'écoute pas). Vous pouvez aussi certainement y superposer votre lecture toute personnelle de l'ancien testament, un manuel de montage Ikea ou votre classement des personnages de films de John Hugues favoris via Facebook. Après ça, qui peut dire si la BD est bonne ou pas ? Seven Soldiers est peut-être une arnaque mais, si c'en est bien une, elle est grandiose.
Seven soldiers of victory, Tome 1 : Etranges aventures
Seven soldiers of victory, Tome 2 : Les trois jours du mort
Seven soldiers of victory, Tome 3 : Qui a tué les sept soldats ?
Seven soldiers of victory, Tome 4 : A jamais dans nos mémoires
Grant Morrison
Panini Comics
De john warsen, posté le 19.12.07 à 22:46 
On va rêgler le procès d'intention tout de suite, comme ça ce sera fait ;-) quand tu parles de métaphore kabbalistique, j'ai l'impression que tu bottes en touche. Autant la pyrotechnie graphique est évidente, autant les 7 intrigues connaissent des cahots, des remplissages, et des zones d'ombre qui feraient passer twin peaks pour une série limpide et mainstream; c'est un peu comme dans les trilogies de SF interminables, où l'on arrive à la fin épuisés, meurtris, et finalement le dénouement de l'intrigue nous importe peu...on a croisé des personnages sympathiques, on a tremblé avec eux, on a maudit les Sheedas, on a idolatré JH Williams III qui se paye le luxe de rendre hommage à tous les dessinateurs de la série dans le dernier épisode, on a apprécié la débauche d'effets scénaristiques... mais finalement, de quoi ça parle Seven Soldiers ? du Grant Morrisson azimuté de The Filth®, pas de celui qui a quelque chose à raconter comme dans WE3, non ?
De 2goldfish, posté le 20.12.07 à 15:44 
Ah, malheureusement nous ne sommes pas du tout d'accord : pour moi Morrisson a beaucoup à raconter dans The Filth alors que dans We3 (une bédé tout àa fait charmante, par ailleurs) il n'a guère plus à dire que "oh la la, faire du mal aux animaux, c'est pas bien. Et la guerre c'est mal aussi."
Pour ce qui est de Seven Soldiers, je pense qu'il avait quelque chose à dire sur l'évolution (un de ses thèmes favoris, des Invisibles jusqu'aux X-Men) et les fous furieux de
Barbelith qui ont avancé cette théorie des Spiral Dynamics sont sur quelque chose... mais, franchement, à part les dits fous furieux, qui a le temps et l'énergie à consacrer au décodage d'une oeuvre aussi complexe et peut-être pas si intéressante que ça au final ?
De john warsen, posté le 02.02.08 à 10:16 
J'ai fini hier soir de relire "the filth" dont l'auteur prétend être grant morrisson, alors qu'on voit bien que c'est david lynch + john Biroutt + pierre la police qui ont accouché de cette ...chose "complexe et peut-être pas si intéressante que ça" comme tu dis à propos de Seven Soldiers, que je relirai plus tard, c'est le genre d'oeuvre à laisser reposer, d'autant plus que quand tu contemples l'abîme, l'abîme te scrute aussi. Il me semble que ce scénariste illustre brillamment le fait que l'hermétisme est une façon élégante de se complaire dans le n'importe quoi quand on a des moyens mais pas de fin.
J'apprends à l'instant la parution du premier tome des Invisibles chez Panini, mes prières n'étaient pas vaines, je vais enfin savoir s'il se fout de nous et n'écrit que pour lui (un peu comme moi sur mon blorg)