Après La Bande Du King Canute parue un peu plus tôt cette année, Cà et Là poursuit la traduction d'Alec, la série autobiographique d'Eddie Campbell avec Alec, Tome 2 : Graffiti Kitchen. Il s'agit en fait de l'adaptation de l'album anglophone Three Piece Suit, qui rassemble trois travaux de longueur moyenne de Campbell : Graffiti Kitchen, qui donne donc son nom à l'édition française, Little Italy et The Danse Of Lifey Death qui inspire sa couverture.
Le premier tiers, Graffiti Kitchen, est une oeuvre de jeunesse de Campbell, datant du début des années 1980. C'est aussi le plus intéressant. Le style est le même que celui de La Bande Du King Canute, mais plutôt qu'une série de courtes vignettes il s'agit ici d'un véritable graphic novel d'une cinquantaine de pages, qui raconte avec beaucoup d'auto-dérision, un peu de surréalisme et de poésie trois mois qu'il a passé partagé entre les lits d'une mère et de sa fille.
Ce qui distingue l'autobio de Campbell des autres, c'est son but. Il ne croit pas mener une vie passionante, ni que sa seule "sensibilité" suffit à justifier de nous en parler. Campbell est intéressé par la BD comme média (ou art, si vous voulez) et un de ses soucis est de la libérer des "genres" et du drame en général. Quoi de moins dramatique qu'un journal ? Que ce soit dans son dessin proche du crayonné, évitant toujours de définir clairement les visages, dans son découpage "gauffrier" sans fioriture (et souvent sans cases non plus, un peu comme chez Eisner) ou dans ses textes sardoniques, Campbell attaque tout sous un angle indirect, s'assurant ainsi de nous maintenir lui et nous d'un côté, le pathos de l'autre et un beau gros espace entre les deux.
Le tiers suivant s'intitule La Petite Italie en référence au Nord-Est de l'Australie, région pleine d'Italiens d'origine, où il passait alors quelques
mois avec sa femme au milieu des années 1980 et le bouquin se termine sur La Danse de La Vivie et de La Mort (oui, je sais, mais comment l'auriez-vous traduit, vous ?) datant du début des années 1990, et dans les pages de laquelle on retrouve l'auteur définitivement installé au pays des kangourous avec femme et enfants, devenu auteur de BD à plein temps.
Le dessin de Campbell a évolué pour le mieux vers un travail plus fini, mais qui garde l'énergie et la justesse de ses ébauches. En revanche, il n'y a dans ces deux derniers tiers qu'une série d'anecdotes domestiques, certes attachantes et pleines d'esprit, entrecoupées de quelques moments de clairvoyance sur la vie, la mort, etc... C'est bien fait, frais et léger, pourtant il faut bien reconnaître qu'après l'ébouriffante première partie, on passe la suite à attendre en vain que quelque chose se passe.
Alec, Tome 2 : Graffiti Kitchen
Eddie Campbell
Cà et Là