Pete Dexter est connu pour avoir écrit Deadwood, ouvrage dont l'adaptation télévisuelle donna à HBO une de (parait-il je n'en ai vu qu'une infime partie) ses meilleures séries.
A Deadwood, ville pionnière du Far-West, les lois se faisaient par et pour les plus forts, aucun idéal de justice ou de fraternité ne venant transcender la réalité boueuse des hommes aux prises avec leurs obsessions.
Il en va de même dans Paperboy et la Floride rurale des années 1960 qui ressemble évidemment moins à la ville branchaga et aseptisée de Nip/Tuck qu'à une province pourrie du Middle-West.
Totalement obsédés par leurs désirs, les personnages y oublient tout et tous : un journaliste d'investigation qui travaille à l'édification de son propre mausolée au détriment de ses articles, son acolyte psychorigide qui traque sans répit la vérité des faits divers sordides pour oublier celle autrement problématique de son homosexualité, le frère de ce dernier, narrateur distancié moins intéressé par le journalisme qu'il côtoye de loin que par son angoissante frustration sexuelle.
On pourrait également évoquer leur père patron de presse obsédé par sa succession ou une femme au goût maniaque pour les condamnés à mort, mais ce serait risquer de résumer le livre à une série de portraits excessifs.
Or, Paperboy c'est aussi cette machine infernale qui conduit deux reporters du Miami Times contre-enquêtant sur le meurtre d'un shérif à la plus infâme des méprises. Prêts à tout pour faire libérer un "innocent" prestement envoyé dans le couloir de la mort par des autorités peu regardantes sur les procédures.
Lui-même ancien journaliste d'investigation, Pete Dexter n'a aucune raison de croire au mythe romantique de l'enquête journalistique qu'il démonte sans retenue mais dont il épuise tambour battant toutes les possibilités narratives.
A mesure qu'avance la trépidante intrigue qu'on vous laisse découvrir, les personnages ont de plus en plus de mal à masquer leur banale et pathétique vérité.
"Il n'y a pas d'homme intact" conclut Dexter. De Paperboy personne ne sortira indemne.
PS : La nouvelle collection "Roman noirs", format poche, de Points, est d'excellente facture tant sur le fond que sur la forme. Cinq lots des cinq premiers ouvrages (dont Paperboy) sont à gagner dans notre jeu concours.
Participez au Concours : Cinq romans noirs à gagner.
De dash, posté le 07.11.07 à 16:58
moi c'est mon roman noir préféré de l'été 2005 je crois... (je l'avais lu au moment où était sorti l'autre roman de Dexter, Train) et j'avais adoré la moiteur du truc, le coté cradingue de tout et tout le monde ... et puis le personnage de ce frere journaliste surtout, qui semblait trop propre, trop juste et donc trop fragile psychologiquement face aux atrocités autour ... alors qu'en fait oui, mais pas du tout... enfin pas vraiment... et ouais....
Ouais exact ça me revient, la relation des deux frangins suffit à devoir lire le bouquin. Le bonus étant pour moi la meuf du taulard, une perle...
Et la scene d'arrivée à la barraque dans les marais aussi... (à lire à l'heure de pointe ligne 12 arret Madeleine pour l'immersion totale, odeur et humidité comprises). c'est un truc super bien écrit et bien prenant...
Je m'en souviens vachement bien, ça me cloue, d'habitude j'oublie la moitié, là je pourrais en faire des tartines sur des kilometres...
Bref, vrai bon bouquin.
Et Train était dans la même veine, mais bon, fallait supporter le golf et moi j'aime pas ça...
De EW, posté le 07.11.07 à 17:36 
Dash mon bon
good to see you
j'ai toujours su que les ex d'arsonvaliens avaient bon goût
