Livres : actu romans, essais et bd, extraits... blog Mille feuilles.

Catherine Dufour : Une éternité au goût amer

Posté par Maxence le 10.11.07 à 13:00 | tags : poche, roman, science-fiction

A quoi bon la vie éternelle, si c'est pour la vivre en vase clôt, sous terre, comme la narratrice au début du Goût de l'immortalité de Catherine Dufour ?
A quoi bon, en effet, vivre éternellement sur une planète désolée, dévastée par la misère, les catastrophes écologiques et génétiques, les guerres et les épidémies ? A quoi bon l'immortalité en effet, si c'est pour la vivre en ne communiquant avec le reste de l'humanité que par le biais des réseaux informatiques à l'expansion endémique, dernier artefact du "lien social" sur une planète moribonde ?
C'est la question que pose subrepticement ce surprenant roman de Catherine Dufour, paru en 2005 aux Editions Mnémos, et réédité ce mois-ci en poche.
L'occasion, pour ceux qui ne s'étaient pas immédiatement rués sur ce livre (j'en suis, honte sur moi, je l'avoue) de découvrir l'un des meilleurs romans de science-fiction français de ces dix dernières années. Ni plus ni moins.

Envoyé en Mandchourie dans la ville de Ha Rebin en 2213, le chercheur en biologie Cmatic est chargé d'enquêter sur la réapparition d'une épidémie qui menace à nouveau à l'échelle internationale. Malheureusement, le fonctionnaire tombe immédiatement la tête la première dans une gigantesque machination politico-scientifique et joue de malchance en se laissant prendre au jeu d'une guérisseuse mal intentionnée. Affaibli, il ne devra la découverte de la vérité qu'à une étrange adolescente maladive, avec laquelle il va devoir s'engager dans un voyage au cœur des ténèbres d'une époque en totale déréliction.

J'hésite sur la forme, écrit-elle à son mystérieux correspondant dans ce roman épistolaire de plus de 300 pages.
Quand au fond, je peux déjà vous promettre de l'enfant mort, de la femme étranglée, de l'homme assassiné et de la veuve inconsolable, des cadavres en morceaux, divers poisons, d'horribles trafics humains, une épidémie sanglante, des spectres et des sorcières, plus une quête sans espoir, une putain, deux guerriers magnifiques dont un démon nymphomane et une... non, deux, belles amitiés brisées par un sort funeste, comme si le sort pouvait être autre chose. A défaut de style, j'ai au moins une histoire... (p.13).

Et quelle histoire ! Mais cette description lapidaire ne rend pas forcément hommage à la subtilité d'un roman monde, dans lequel l'auteure parcourt les steppes d'un panasiatisme futur comme d'autres écrivent sur leur nombril, surfant sur la génomique, la politique, la magie et la sensualité décadente avec ce qu'il faut de "sens of wonder", pour vous tenir en haleine de la première page à la dernière.
Car du style, Catherine Dufour en a assurément, ainsi que des idées, et si son petit livre est si puissant, c'est qu'il nous rappelle immanquablement les grands de la S-F engagés et polémiques des années 70, les John Brunner, J.G. Ballard ou Philip K. Dick !
Il est également bon de noter que Le goût de l'immortalité a collectionné les prix littéraires. De 2005 à 2007, il remporte le Prix Rosny Aîné, le prix Bob Morane, le Grand Prix de l'imaginaire et le Prix du lundi de la S-F Française. A sa lecture, vous comprendrez que ce n'est certainement pas pour rien.

Le goût de l'immortalité
Catherine Dufour
Livre de Poche





Commentaires

De Daylon, posté le 10.11.07 à 15:26 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Là, on ne va pas être d'accord, monsieur Maxence:

Ça mérite développement, mais si je t'accorde que dame Dufour est plus que capable de (très) bien écrire; son univers est cool (mais Dufour doit être une punk qui s'ignore ahah), vraiment; mais ses choix narratifs sont définitivement foireux.
J'insiste.
Que ce soit ce rapport entre forme épistolaire (correspondant certainement à une veine "vieux polar") et l'ambiance de roman noir, totalement incompatibles entre elles; que ce soit au niveau du choix des personnages (qui ne dépasse pas le cadre du plaisir un chouya égoïste de l'auteur), ou (revenons-y) de cette forme épistolaire qui n'apporte strictement rien à la narration (la distance temporelle devrait admettre une mise en abîme qui finalement n'arrive jamais).
Dufour veut prendre de la distance avec son histoire sans la mettre un seul instant en perspective.

Le roman, d'intéressant, en devient rapidement chiant comme la pluie.

Accessoirement (et ça, clairement, ça n'aurait pas du passer le filtre "éditeur), quelques passages nous abreuvent de chouettes asimoveries. Assez désagréable quand on met ça à coté de l'univers déployé.

Enfin (il faudrait demander à une personne maîtrisant le mandarin), j'ai cru comprendre qu'il y avait énormément d'erreurs grammaticales avec les expressions en mandarin.

Peut-être un manque de réflexion préalable. Peut-être un manque d'acharnement éditorial. Dunno.

Mais ce bouquin souffre, outre d'une hideuse couverture dans ses deux éditions, de failles formelles qui l'empêche d'accéder au statut d'excellent bouquin.
Trop de faiblesses, trop d'approximations ou de réflexion sur la couche logique.

J'ai envie de voir (vraiment) ce qu'elle écrira par la suite, le potentiel est là (Dufour est certainement l'un des seuls vrais auteurs d'imaginaires à avoir ce qu'il faut sous le pied pour rafraîchir le genre) mais pour celui-là, no way.

Hop.

De Daylon, posté le 10.11.07 à 15:29 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
... Quant au prix du "lundi de la sf", je crois qu'il s'agit d'une vaste blague de Gérard Klein, qui n'en perd pas une pour lancer des vannes pince-sans-rire.
Mais je dis ça, je ne dis rien.

De Maxence, posté le 10.11.07 à 17:14 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Daylon, tu fais une fixette sur la structure des romans toi hein ? ; )

Non, vraiment, d'abord il n'y a aucun rapport entre la forme épistolaire et le polar. (le polar se vit, tout de suite, là, maintenant, et jamais sous forme de lettre...) et jamais au grand jamais "Le goût de l'immortalité" ne s'apparente au genre "roman noir", donc déjà ton argument ne tient pas.

Suit que le choix de personnage de Dufour peut te sembler "chiant" et personnel, mais là encore ce n'est qu'un avis personnel justement. Je ne voix pas en quoi ses personnages sont chiants, personnellement (décidément !)

Ensuite, c'est vrai, peut-être, si on veut être tatillons qu'une lettre de 300 et quelques pages, c'est long, mais la principale protagoniste livre un aveux dans ce texte. Et elle fait aussi parti d'une élite enfermée qui ne dialogue QUE par le biais des réseaux. Le choix de la lettre (la forme "épistolaire" donc) est parfaitement cohérent. Qu'il n'apporte ou pas au récit, on s'en fout un peu hein. ça fonctionne.

Pour finir, elle fait preuve, elle, d'une culture asiatique (en particulier chinoise) assez impressionnante et passionnante. C'est d'ailleurs la seule dans son domaine (la SF) çà l'aborder aussi clairement (voir ce débat sur le Cafard)

Quand à Gérard Klein, si on peut lui reconnaire un certain égocentrisme (parfaitement assumé par ailleurs, voir encore ces savoureuses interventions sur le Cafard), reconnaissons que la SF ne serait pas grand chose en france, sans ses interventions... Je ne vois donc pas le problème à ce qu'il ait des protégés (ce qui est en plus pure spéculation) au contraire, surtout quand ils sont du niveau de Catherine Dufour.



De Daylon, posté le 10.11.07 à 20:34 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Alors, dans l'ordre:

- Oui, je fais une fixette car les auteurs français, certainement perdus dans leurs délires artistico-métaphysico-symboliques, oublient qu'ils génèrent en premier lieu un message destiné à une audience;
- Hmm, quand je dis "vieux polar". Je pense aux VIEUX polars. Je me suis mal exprimé: disons, les vieux romans policiers; ceux à enigme, au rythme très lent, où tu vas présenter une série de personnages, une énigme et où tu résous le susdit problème dans une scène finale réunissant les protagonistes.
Franchement, je ne vais pas te donner d'exemples, car ma culture de ce coté là est plus que lacunaire. Je pense néanmoins qu'on s'est compris: ce sont des ressorts formels où tu gardes une grande distance avec les événements.
Or, derrière, Dufour essaie de développer une ambiance noire: ça pue, ça suinte, ça bourrine et ça viole dans tous les sens.
Et la forme épistolaire empêche totalement de coller à ces événements et d'en ressentir la tonalité violente.
Ça ne fonctionne pas.
Donc d'un coté, la forme épistolaire (ou du moins, la distance temporelle) n'apporte rien au récit, mais en plus elle en minimise l'impact.
- Pour les persos: là, je crois qu'on s'est mal compris. Ses personnages débarquent comme des cheveux dans la soupe. Cmatic n'a aucun intérêt, son histoire encore moins (qu'apporte-t-il au récit ?)
Ça ne veux pas dire qu'il n'y a pas de bonnes idées (Path, en espèce de Bowie vénéneux sous acides), mais créer des archétypes ne suffit pas. Le récit sort de nulle part et ne va pas ailleurs.
Nous reste seulement que la relation mère-fille du roman.
C'tout.
- D'ailleurs, je ne parlais pas de choix "personnel" (tu détournes le truc en me sortant que tout est une histoire de choix personneles; merci, je m'en doute bien). Ce que je te dis, c'est qu'il s'agit de choix ÉGOÏSTES. Dufour s'amuse, prend du plaisir à écrire et c'est très bien. Mais à aucun moment elle ne se préoccupe du lecteur et de ce qu'il pourra en retirer.
C'est très bien quand tu joues tout seul dans ton coin. C'est tout de suite moins drôle quand tu sors le lecteur de la boucle.
- La lettre (donc) NE FONCTIONNE PAS.
- Elle aurait fonctionné si le lecteur découvrait qu'il s'agissait d'une version falsifiée de la réalité (ce qui est possible; je crois que Dufour s'en amuse beaucoup rien que d'y penser) ou si le temps ayant passé entre les événements et ce récit donnait un éclairage différent. Rien de tout ça.
Tu te concentres sur le coté cyber-machin-mescouilles. Très bien. Mais on aurait pu avoir n'importe quelle narration, ça n'aurait rien changé. D'ailleurs, est-ce que l'aspect enfermé dans les réseaux t'apporte quelque chose? Non. Moi non plus.
- Heu, excuse moi, mais pour la culture asiatique, généralement, je demande généralement aux principaux intéressés ahah et pas à quelqu'un vivant aux antipodes.
- Je ne critiquais pas Gérard Klein. Je disais juste qu'il se foutait de la gueule du pigeon qui prendrait le roman, en rayon. J'aime bien, hein, perso. Mais ça reste de la blague.
Les déjeuners du lundi sont une espèce de trucs aussi informels qu'un dej' entre collègues de boulot.

Quant à ses "protégés": je ne veux pas dire, mais je crois que TOUT le mérite revient à Mnémos.
J'ai beau avoir une certaine liste de griefs, je crois que cet éditeur a très bien fait son travail de défrichage (par contre, un travail d'édition plus poussé, on aurait pas été contre).
Klein n'a que racheté les droits pour le poche.
... Comme pour Colin Marchika (*rires_enregistrés*).
Ce qui a du lui demander un intense effort intellectuel; au moins aussi intense que celui de son illustratrice, pour chier cet espèce de caca psyké.


De Maxence, posté le 11.11.07 à 13:10 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Oh la, oh la, en aucun cas je ne me concentre sur le côté "cyber-machin-mescouilles", je n'en parle pas une seule fois dans ma chronique, encore une fois tu interprètes là...

Pour le reste, hé bien je ne vois dans tes arguments qu'un manque de culture flagrante, désolé Daylon. Les romans noirs à priori tu n'y connais rien, il n'y a rien à voir entre le style épistolaire (une lettre) et le roman noir, même vieux. Donc tu voulais parler de "rythme". Et pour noir tu veux dire gothique non ?

Quand à dire que quelqu'un qui n'est pas asiatique ne peut pas parler de culture asiatique, c'est ... bref. Très con ? C'est un peu comme de dire qu'un blanc ne peux pas parler de hip hop par exemple.

Pour finir, encore une fois je ne vois que des avis personnels. Tu parles d'égoïsme, je dit "tant mieux", un auteur doit écrire sur ce qui l'intéresse non ? Tu parles de personnages inintéressant, c'est encore et toujours personnel. On ne va pas avancer comme ça hein...

Je dirais donc, "les goûts et les couleurs" hein, mais tes arguments ne tiennent pas. Il ne sont fondé que par ton jugement, pas par un point de vue technique ou esthétique concret.

Pour finir, NON, tu ne me pourriras pas mon week-end héhéhé... ; )



De Daylon, posté le 11.11.07 à 14:47 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
À cette vitesse, je doute qu'on y arrive.
Je vais essayer de rendre mes phrases les plus simples et les plus courtes possibles:
- Incompatibilité de point de vue avec l'histoire;
- Lorsqu'un chinois de souche (qui plus est, assez au taquet sur ce genre de sujet) me dit y avoir pour moitié du bullshitage; oui, effectivement, je lui fais confiance. No offense.
- Egoïsme et avis personnel: tu me dis tout et son contraire.
- Il me semble pourtant avoir écarté tout jugement personnel (qui serait: "j'aime bien l'univers, je kiffe, c'est noir, c'est misanthrope"), un peu plus haut. Je parle de choix formels.
- Oui, je juge (je sais qu'à notre époque de neutralité absolue, ça fait un peu bizarre), mais uniquement selon des critères de narration.

Merci d'éviter de détourner la conversation (je croyais par exemple avoir été clair sur cette histoire de culture où, à aucun moment, je n'ai prétendu connaître le genre: juste affirmer que le bouquin merde totalement).

Je veux bien débattre, Max, mais si tu pouvais ranger ta mauvaise foi dans ta poche, je suis sûr qu'on s'entendrait un peu mieux.

De Avis, posté le 11.11.07 à 14:50 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Tu as fait sortir le chien pour t'aérer l'esprit , Max ? Ca fait du bien, hein...  

De Maxence, posté le 11.11.07 à 17:37 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Tu m'étonnes...

De Maxence, posté le 12.11.07 à 10:15 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Bon, Daylon, on a pas du lire le même livre... ni les mêmes livres tout court d'ailleurs.

Je ne vois pas en quoi dire que ton argument ne tient pas parce que tu fais des comparaisons qui n'ont pas lieux d'être (le roman noir et le style épistolaire) c'est "détourner la conversation" ?? Tu argumentes, mais tu ne sais pas de quoi tu parle en l'occurrence (ça arrive, c'est pas grave hein) donc je le dis, ton argument ne tient pas. Je ne détourne rien du tout. Cependant, je le redis, tu n'as pas d'arguments techniques valables, ta critique n'est que personnelle.

TU ne soutiens pas le choix de la forme épistolaire, c'est ton choix, je comprends. Mais C. Dufour a choisi cette forme pour des raisons évidentes et pour les besoins de son récit. C'est une vieille histoire, qui s'est passé il y a très longtemps. La personne qui la raconte et trèèèès vieille, elle a plus de 200 ans - d'ou l'immortalité en question, mais je ne vais pas tout dévoiler- la terre est stérilisé, les gens vivent sous terre... bref, elle écrit pour communiquer. Logique non ?

Après, l'argument du "J'ai un ami chinois qui..." non, pitié ! Et alors ? Quel rapport ? Il est de l'ethnie Han ton ami ? Il est mandchou ? Il se rend en Chine toutes les semaines, il est économiste, spécialiste en économie politique, ethnologue, et il bénéficie du recul nécessaire pour juger (et surtout prévoir) des moeurs de la Chine du Futur ? (On est en 2213 je te le rappel ?) Bref, argument non avenu encore une fois.

Et pour finir, tu trouves que Cmatic n'apporte rien ? Alors que c'est grâce à lui que la principale protagoniste découvre la "Mort Hurlante", le rôle de la guérisseuse et ... mais je ne vais pas vous raconter la fin quand-même !
Donc, clairement, on a pas lu le même livre... c'est pas grave hein. ; )
Oui, je sais, la tu fulmines, mais je vais arrêter là. Ça n'avance à rien, j'ai aimé, pas toi, voilà. Un livre n'est pas une automobile, on ne peut pas le démonter entièrement pour en voir la mécanique à chaque fois.

 



De Katioucha, posté le 13.11.07 à 12:38 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Waou ! On croirait un thread sur la Horde du Contrevent !

Je suis hyper-flattée... Merci Maxence !

 

PS : Daylon, moi aussi j'ai causé avec Mike, qui m'a expliqué en long en large et en travers que ma translittération du mandarin gningnin, mais comme j'avais fait réviser ma copie par un autre Chinois pur sucre, je propose qu'on les laisse s'engueuler tous les deux pour savoir si les kanjis japonais sont strictement équivalents au syllabaire cantonnais et qu'on aille boire une bière.



De MrHarry, posté le 05.03.08 à 16:08 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Salut,
J'ai lu 150 pages, et j'en ai eu ma claque !
Un univers trop loin du mien, une prose absconse et au final un largage du roman dans une rame RER de l'est parisien !

De Maxence, posté le 06.03.08 à 08:58 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Cool pour celui qui le trouvera ! : )

Ajouter un commentaire

Prénom/Pseudo :
URL/blog :
Votre message :
Crypto
Recopie crypto :


  Discussions en cours sur le forum livres :
Rechercher
Dans la boite
Ajouter à Netvibes Ajouter à Mon Yahoo! Ajouter à mon Google Ajouter ce blog à mes favoris Technorati! Abonnement Bloglines
Sources et amis
- La feuille (FR)
- Le Typographe (FR)
- Tourgueniev (FR)
- M. T. Louverture (FR)
- Tiers livre (FR)
- E®enews (FR)
- Blogs BD (FR)
- Lessig blog (EN)
- Buzz littéraire (FR)
- Culture Café (FR)
- Alalettre (FR)
- Zazieweb (FR)