Robbe-Grillet : pervers pépère
Le présent récit est une sorte de conte de fées pour adultes, ce qui lui permet d'outrepasser en maintes occasions les lois de la vraisemblance. Il est écrit cependant avec un grand souci de précision, qui peut ressembler au réalisme le plus méticuleux, outrepassant cette fois les lois de la bienséance. C'est d'autre chose qu'il s'agit, délibérément. Une autre bienséance et une autre vraisemblance... Malgré les tendres couleurs des chairs nues adolescentes, les contes de fées pour adultes n'ont pas leur place dans la Bibliothèque rose. Cette entrée en matière est sûrement ce qu'il y a de meilleur dans le dernier ouvrage d'Alain Robbe-Grillet, 85 ans au compteur et presque autant d'années d'érotomanie (je vous passe le syndrome BaliBalo). L'auteur des (excellentes) gommes (1953) et pape célébré du Nouveau Roman (Pour un nouveau roman, 10 ans plus tard) vend son Roman sentimental sous enveloppe et non massicoté, ce qui veut mieux, disons-le, tant l'affaire est dégoûtante. Il ne s'agit pas de moralisme déplacé, mais bien de situer cet ouvrage entre les travaux de Matzneff (pires, car plus snobs et chics que les coups de vieille queue de Robbe) et ceux de Sade, pionnier à qui il faut malheureusement rattacher ce genre de tentatives. Plutôt que de lire Roman sentimental, on préférera reprendre L'anglais décrit dans le château fermé de Mandiargues, autrement plus excitant et criminel. Robbe-Grillet énonce ici une série de sévices sexuels qui auraient gagné à ne tourner que sous le manteau (les imperméables) des cercles libertins qu'il fréquente. Le texte n'est pas assez abouti pour éveiller un réel désir et ses mécanismes techniques (les tortures, ...) trop peu originaux comparés à ceux des 120 Journées, pour qu'on s'étonne de leur barbarie. C'est plus le sentiment de déjà-vu que le dégoût qui nous fait nous retirer d'un texte dont on ne comprend pas trop l'intérêt littéraire. Difficile néanmoins de dire, comme d'autres, que Robbe-Grillet a voulu créer l'événement, tant ce type de livres semble cohérent avec le reste de son inspiration récente. L'intérêt du livre réside peut-être en ce qu'il ouvre une fenêtre sur la connaissance des désirs sexuels chez les personnes âgées (des filles, des jeunes filles, des gosses, empalés sur des gros pieux dressés, de la merde, des bêtes, du sang, tout un programme). Autant dire que vous n'êtes plus prêts de laisser vos gosses chez leur papy. Mais comme ce n'est pas vraiment notre public, nous n'irons pas plus loin. En guise de madeleine, petit extrait de l'Eden et Après, film réalisé en 1971 par le même Robbe-Grillet avec Catherine Jourdan dans le rôle principal. Certaines ressemblances avec des scènes que vous allez retrouver dans Roman Sentimental ne sont sûrement pas accidentelles. Commentaires
De Dahlia, posté le 08.11.07 à 20:56
![]() Vous bossez donc aussi à chronic'art? Je dis ça, je dis rien. De myosotis, posté le 09.11.07 à 09:14 ![]() ??? non, pourquoi ? De Dahlia, posté le 09.11.07 à 10:41 ![]() Chronic'art n°40, page 31. De myosotis, posté le 09.11.07 à 11:56 ![]() quel suspense ! y'a quoi p31 ? Je ne vais que sur le site. De Maxence, posté le 09.11.07 à 13:29 ![]() C'est un Pandemonium ! De myosotis, posté le 09.11.07 à 20:05 ![]() Bon Dahlia, je suis sur le cul. Je n'y tenais plus et je suis allé voir ce fameux numéro de chronicart en rentrant du boulot, critique donc du dernier Robbe-Grillet et c'est évidemment confondant. Le chroniqueur titre : "Pervers perpère", appelle comme moi Pasolini et Mandiargues à la rescousse pour une critique mitigée et un peu moins sévère du bouquin. En lisant l'article, je me suis dit que j'avais dû plagier ce mec ou le lire dans mon sommeil (ou vice versa - ce qui n'est pas possible parce que le papier sur flu lui est postérieur bien qu'il ait dû être écrit à peu près en même temps). Tout est donc contre moi, si ce n'est que ce n'est pas trop mon genre (je suis plutôt du style à faire l'original à tout prix) et que, si j'avais décidé de copier un article de chronicart, j'aurais été particulièrement con de le faire de cette façon là. Les lecteurs du blog sont souvent des personnes qui naviguent sur chronicart et on parle aussi souvent des mêmes choses alors.... Du coup, je mets ça sur la banalité du titre (pervers pépère, ouais, ça paraît assez évident), Sade, Pasolini, ça s'impose aussi, Mandiargues de la même manière reste la référence française dans le domaine. Donc coïncidence pour moi (là encore libre à toi d'en penser ce que tu veux) mais réellement troublante. De Dahlia, posté le 09.11.07 à 20:32 ![]() Et je te crois. Mais effectivement j'avais lu l'article genre deux jours à peine avant de tomber sur le tien, c'était tellement frais dans ma mémoire que les yeux ont failli me sortir de la tête en lisant ce post... la seule différence, c'est que Chronic'art a malgré tout aiméet toi pas du tout ! Mais les mêmes références, le même titre... C'était trop énorme pour que je ne laisse pas un petit comment (mais je suis une vraie casse-couilles aussi ahum). De EW, posté le 11.11.07 à 21:06 ![]() Myosotis encore une notule pompée ailleurs, c 'est dingue je te la paie pas non plus celle-ci et arrête de lire Chronic'art bon sang!! il parait que ton papier sur Mailer est honteusement plagié de la Sudeustschzeitung C'est vrai ? De Lolla, posté le 12.11.07 à 00:22 ![]() Wouah, arrêtes de faire le ptit chef EW, ça craint :) Ajouter un commentaire |
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