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Mardi, c'est Paradis avec Herman Melville (2)

Posté par Myosotis le 27.11.07 à 11:02 | tags : roman

On peut classer traditionnellement les grands livres en deux catégories : ceux qui vous donnent envie d'écrire, voire de les imiter, et ceux qui vous font l'effet inverse, car trop imposants, trop effrayants pour qu'on s'essaye à faire aussi bien.
Mardi de Melville, dont on a déjà parlé, est bizarrement l'un des rares livres à échapper à cette classification. Malgré la démesure du projet (une sorte d'Odyssée dans les mers chaudes), le style de Melville appelle à l'imitation et laisse ouvert un champ que l'écrivain en herbe a envie d'investir : celui de la littérature de voyage et de l'aventure déambulatoire. Pendant clair d'Au coeur des ténèbres de Conrad, Mardi n'en reste pas moins effrayant par son caractère hospitalier et sa manière d'approcher ou d'accrocher la lumière. Dans ce domaine, les descriptions édéniques des îliens et des vahinées prépubères qui peuplent les îles sont archétypales d'un monde littéraire à la fois ultrasimple dans son énoncé (des filles, des seins, des fesses qui remuent en jouant au volley), mais dont la reproduction est aussi ardue que celle qui consisterait à reproduire l'intensité d'une toile de Van Gogh. On ne peut penser qu'il suffit pour décrire ça comme Melville le fait de l'avoir vu ou d'en avoir approché le matériau de près, comme l'a fait Melville qui, rappelons-le, a beaucoup navigué dans sa jeunesse. Non, pour parvenir à cette précision, il faut vraisemblablement avoir atteint une sorte de transubstantiation littéraire entre le projet et le sujet qui n'est pas donnée à tout le monde. Ainsi, derrière cette déclaration d'intension, il faut entendre beaucoup plus. Melville ne s'est pas contenté de voir les ïles, il les a inventées.    

Lecteur, écoute ! J'ai entrepris un voyage sans carte. Avec une boussole, nous n'aurions pas trouvé ces îles de Mardi. Ceux qui se lancent hardiment, en coupant tous les câbles et se détournent de la commune brise (bonne pour les navigateurs ordinaires), ceux-là gonflent leurs voiles de leur propre souffle. Suivez de près le rivage, vous ne voyez rien. Mais si vous cherchez un monde nouveau, "Ohé, la terre !" tel est le cri que vous entendez. M'étant mis en route pour me divertir, j'ai été entraîné par une rafale irrésistible. Jeune, sans expérience, forcé de bonne heure à mener la vie dure, je continue à me laisser porter par le vent. J'essaie de conserver tout mon courage. - Et s'il est plus difficile maintenant que les mers ont été parcourues tant de fois par tant de navigateurs, de trouver des pays nouveaux, la gloire n'en sera que plus grande ! Mais le monde nouveau que nous cherchons est plus étrange que celui du voyageur qui partit de Palos ; car c'est le monde de l'esprit, où l'errant peut avoir plus de raisons de s'étonner que la troupe de Balboa parcourant les vallées d'or du pays des Aztèques.

Commentaires

De Montsé, posté le 27.11.07 à 13:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Pourquoi parler de Melville Myosotis ? Pourquoi parler d'un livre écrit en 1849 ? 

De vento, posté le 27.11.07 à 13:57 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Parce que ça lui donne l'occasion de mettre la photo de deux chouettes nanas ;-)
   

De Rimo, posté le 27.11.07 à 14:10 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Parce qu'il est reposant de s'occuper des morts, aujourd'hui que les vivants sont tous des casse-pieds...
Sinon, j'aime bien le distinguo entre auteur initiateur/auteur castrateur.
Faulkner me semble par exemple un grand castrateur.

De myosotis, posté le 28.11.07 à 16:08 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
1849 est une bonne année non ? C'est juste M que je me suis replongé dans l'intégrale Melville ces derniers temps. J'en fais donc une sorte de lecture suivie billet après billet, histoire de joindre l'(in)utile à l'agréable. . Aussi parce qu'après la rentrée littéraire, j'avais besoin de repos et d'alterner lectures classiques et lectures modernes. Je ne peux légitimement pas carburer à Dantec, au Hérisson et à Olivier Adam à longueur d'années.

De Montsé, posté le 28.11.07 à 22:29 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Sur mille feuilles, vous avez l’air de bénéficier de pas mal de liberté pour traiter les livres, liberté notamment dans le choix des titres. Sur un webzine, on s’attend ( ?) à ce que vous nous teniez simplement au courant de ce qui se publie de nouveau, que vous défrichiez un peu le terrain afin que nous puissions y voir plus clair... au lieu d’évoquer les classiques ! J’ai posé la question de manière tout à fait neutre afin que tu exprimes spontanément ce qui motive tes choix. Je ne te faisais pas de reproches, au contraire, car il se trouve que j’apprécie beaucoup de découvrir ou redécouvrir autre chose que ce qu’on voit en tête de gondole : Melville, Balzac, Machado de Assis, Adolfo Caminha…

Justement, je suis en train de lire « Rue de la Miséricorde » Difficile d’imaginer que ce roman ait été écrit 1895. L’histoire des deux personnages est touchante et puis l’évocation de la vie maritime à bord de navires à voiles me fait toujours chavirer !!

 

Evoquer les classiques, aborder la littérature sous tous les angles apporte une dimension bien plus stimulante, voir plus enrichissante ; ce n’est plus simplement de l’information : « Ouais, ce livret est tip-top, vous pouvez le lire, par contre laisser tomber Marc Lévy c’est plein de tics, beurk… et blablabla » Je dis ça, car il n’y a pas longtemps, je me suis heurtée à ceci : Il n'est pas obligatoire, c'est même pas écrit dans le contrat, de faut sauver des âmes, d'éduquer les foules, et d'améliorer la culture de la race. Juste écrire (eh oui, tout simplement). Désolé, je sabre, mais il faudra des fois arrêter les conneries. Ouais, bon d’accord… « Ouais d’accord, j’ai tout faux » me suis-je dit et j’ai répondu cela : Je présente mes plus humbles excuses d’avoir idéalisé votre métier, Maxence, 2Goldfish, Myosotis… Quelle andouille romantique je fais ! Ne pas avoir compris à mon âge que l’écriture sous toutes ses formes n’est pas une mission –but élevé, devoir inhérent à une profession et au rôle social qu’on lui attribue-. Je me suis fourvoyée. C’est vrai quoi ! Le journalisme n’est finalement qu’un « service de consommation jetable » Il transmet des informations, point barre ! Au mieux, on peut trouver que c’est amusant et comprenne qui pourra, qui voudra surtout... Le partage est un leurre ! Mais tout compte fait, je continue à y croire. Je suis têtue, hein ?

 

Au fait, Myo, j’ai terminé récemment ton bouquin « Classe affaire » Ca me démange d’écrire un petit billet là-dessus. C’est drôle, l’héroïne est tendrement détestable et les deux pages sur la pilosité féminine m’ont laissé sur le cul ! Mais bon, il est paru en 2001, ça commence à faire vieux, non ? et puis, et puis… Bref, bonne continuation amigo.   



De Montsé, posté le 02.12.07 à 21:07 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Depuis que j'ai lu cette notule, je crains de classer dorénavant les auteurs en ces catégories : les  initiateurs et les castrateurs (selon l'expression de Rimo). Là dessus, moi, j'ai tout de suite pensé à Burroughs. Avec lui on tape dans le hors norme, sa technique et son écriture sont si particulières qu'on n'a même plus le droit de s'en approcher. En supposant qu'un admirateur en soit capable, c'est un coup à brûler sa plume !!!

 

Adolfo Caminha me me fait l'effet d'être les deux à la fois (http://livres.fluctuat.net/blog/16999-rue-de-la-misericorde-attention-chef-d-oeuvre.html#commentaires) donne envie d'écrire, mais c'est si dense et intense qu'il fait peur. Enfin, moi, il n'en faut pas beacucoup pour me... "castrer" Hé hé !



De myosotis, posté le 03.12.07 à 11:52 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

pour classe affaires, attends encore 150 ans et ce sera peut-être un classique ! ça fait longtemps que je ne l'ai pas reparcouru et je crains qu'il ne tienne pas la route, sauf s'il devient réellement marrant, plutôt que cynique. Ca t'a plu ou pas ?

Pour le reste, j'aime bien cette idée d'améliorer la culture de la race :-). Tu crois que je passerais tout ce temps à déblatérer sur Marc Lévy et le Hérisson, à dire du bien de tant de bouquins si je n'avais pas l'espoir de ramener quelques personnes vers des goûts que je considère comme "meilleurs". Il  y a forcément une dimension pédagogique dans notre "boulot", une dimension "messianique", même si pour se rassurer, on préfère dire que c'est du boulot, écrire et rien d'autre. Pour moi, ça ne sera jamais ça en tout cas, quitte à passer pour un guignol. Et ca fait super plaisir quand je lis que tu lis Rue de la Miséricorde ou quand on s'échange trois mots gentils sur Melville ou Balzac, quand on réalise qu'on est moins seuls. C'est le pied et je n'ai pas grand monde "dans la vraie vie" avec qui je peux placer 3 mots sur Melville. En plus tes blagues sur la castration sont vraiment super !!!!!



De Montsé, posté le 03.12.07 à 13:53 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Je me suis beaucoup marrée à lire Classe affaires. Franchement, il y a toute une série de points qui valent le détour.  J'ai commencé à écrire un billet et je pense aussi à l'illustrer avec une sorte de bimbo à lunettes ; je te l'enverrai une fois terminé !

 

Merci pour  "Rue de la miséricorde" c'est un vrai petit bijou, et merci... pour le reste !  

 

 



De M, posté le 03.12.07 à 21:27 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Sinon la réponse à ta question, c'est oui, ça m'a plu !

De maire, posté le 31.03.08 à 18:01 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Oui le mardi ça me fait cet effet là

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