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Gare au Golem ! Meyrink et le fantastique pragois

Posté par Myosotis le 15.11.07 à 10:00 | tags : roman

C'est alors que resurgit secrètement en moi la légende du Golem, cet être artificiel qu'un rabbin cabaliste a créé autrefois à partir de l'élément, ici même, dans ce ghetto, l'appelant à une existence machinale, sans pensée, grâce à un mot magique qu'il lui avait glissé derrière les dents. De même que le Golem se figeait en une figure de glaise àla seconde où le mystérieux verbe de vie lui était retiré de la bouche, il me semble que tous ces humains tomberaient privés de leur âme si l'on faisait jaillir dans leur cerveau n'importe quel microscopique concept, un désir subalterne, peut-être une habitude sans motif ni but chez l'un, voire simplement chez l'autre la sourde aspiration à quelque chose de tout à fait indéterminé, dépourvu de consistance.Quelle effrayanete, quelle incessante attente est tapie dans ces créatures ! Jamais on ne les voit travailler et pourtant elles s'éveillent dès les premières lueurs du jour pour guetter en retenant leur souffle - comme on guette une proie qui ne vient pas.

Voyage à Prague oblige, je suis revenu avec mon Golem en pendentif et mon exemplaire du roman de Gustav Meyrink dédié à la créature de glaise, protectrice de la communauté juive de la capitale tchèque (entre autres).
Meyrink, contrairement à ce que peut penser le touriste, n'est pas Tchèque mais Autrichien. Il n'en reste pas moins que séjournant à Prague pendant une vingtaine d'années, il s'imposa dès son premier roman, Le Golem donc, en 1915, comme une sorte d'auteur maison dont l'oeuvre est profondément ancrée dans la topographie de la ville et du quartier juif en particulier.
Banquier à ses heures, traducteur entre autres professions gagne-pain, Meyrink est une sorte d'excentrique passé du XIXe siècle sur le XXe siècle, dont la vraie passion est l'ésotérisme, la recherche sur les sciences occultes. Cette dimension est ce qui fait de son oeuvre le pendant de celle de Poe sur le continent américain, mais aussi par sa manière de saisir les hommes et les ombres, une oeuvre précurseur de l'expressionnisme (allemand), qu'on peut caricaturer ici, sur le plan cinématographique, à une technique spécifique d'éclairage des ombres et des âmes.
Dans ce Golem, le gros bonhomme en mousse (graisse) n'est pas si présent que ça et sert un peu d'attrape-gogo (je me mets dans le lot). Le livre raconte l'histoire un rien obscure (attention à être attentif dans les premières pages) d'un homme qui prend par erreur le chapeau d'un autre. L'inversion des chapeaux l'amène, dans un mécanisme fantastique assez génial et élémentaire, à se retrouver projeté (mais on ne le sait pas de cette façon) dans l'existence d'un juif du ghetto nommé Athanasius Pernath. C'est la vie de cet homme qui est racontée dans le livre, la vie de son immeuble de son quartier, ses aventures sentimentales et surtout la lutte ésotérique qu'il va mener contre le brocanteur maléfique Aaron Wassertrum. Les personnages annexes sont savoureux et l'ambiance crépusculaire à souhait. L'originalité de Meyrink tient aussi en une structure narrative plus complexe qu'il n'y paraît et en l'insertion de séquences oniriques dans la maille du récit. Ces séquences produisent les fameux effets fantastiques et d'éblouissement magique qui ont fait la réputation du livre.
Autant dire qu'après une telle lecture, on garde un souvenir modifié de son séjour à Prague (la littérature a ce pouvoir là), ayant eu l'impression de porter à son tour le chapeau de Pernath. Autant dire qu'on sera prêt aussi à croire à peu près en toute manifestation bizarre affectant le réel, ce qui, par dessus tout, est l'objectif véritable de l'auteur.

Le Golem
Gustav Meyrink

Commentaires

De Fufluns, posté le 16.11.07 à 14:08 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Gentil Myosotis, vous pouvez vous relire avant de poster ? Ça veut dire quoi, ça : "Cette dimension est ce qui fait de son oeuvre le pendant de Poe sur le continent américain, mais aussi par sa manière de saisir les hommes et les ombres, une oeuvre précurseur de l'expressionnisme (allemand), qu'on peut caricaturer ici, sur le plan cinématographique, à une technique spécifique d'éclairage des ombres et des âmes." au juste ? que Meyrink est américain ? (Zut, moi qui le croyait autrichien). Et que l'expressionnisme allemand est juste une technique d'éclairage ? Peinture expressionniste, Kokoschka, ça ne vous dit rien ? Et je vous passe la sauce sur le bonhomme en mousse et la production des "fameux effets fantastiques"... Vous pouvez toujours vous moquer de la mère Darrieussecq après ça...

De myosotis, posté le 17.11.07 à 08:29 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Content que ce texte te plaise. La phrase n'est pas forcément si obscure que ça. Je parle de la dimension ésotérique de Meyrink donc qui rapproche, à mon sens,  son oeuvre de celle de Poe. Jusque là RAS. Puis (ç'aurait pu être plus clair, unpoint pour toi), essaie d'expliquer que cette approche et sa façon de jouer avec le clair-boscur (en littérature donc) en fait une sorte de pionnier en mots de ce qui se passera sur les écrans allemands, au ciné. C'était ça l'idée. Quant à Kokoschka j'avoue que je n'en connais pas grand chose : c'est le gars qui était dans la promo d'Hitler aux Beaux-Arts et qui a bossé avec Klimt ? C'est tout ce que je crois savoir de lui. Je suppose qu'il a fait mieux que Meyrink. Que "faut"-il lire (et voir) de lui ?

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