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Lynda Barry : Au coeur de la White Trash Attitude

Posté par Maxence le 12.10.07 à 17:50 | tags : roman, elucubration, polar, editions du panama

Dans un post préparatoire à cette chronique, je comparais Lynda Barry à Kathy Acker. Une relation hasardeuse, qui s'avère finalement assez juste tant les univers de la papesse du trash américain et de cette brillante illustratrice (voir image) sont proches.

Née en 1956 Lynda Barry est l'auteur du comics Ernie Pook's Comeek. La fille du boucher est son premier roman. Et quel roman !
La fille du boucher est l'histoire contée à la première personne d'un traumatisme enfantin vécu dans l'Amérique fantôme des 70's, celle du chômage et de la récession, de Ted Bundy et de Henry Lee Lucas, de Massacre à la Tronçonneuse ou de La Colline à des yeux. Dans cette Amérique trash (Lynda Barry dirait "crade"), Roberta, 16 ans est une ado tourmentée, et elle a ses raisons. Affligée d'une mère sadique et d'un père psychopathe, elle décide de raconter sa vie dans son journal intime après s'être fait arrêter par la police les poches pleines d'acides. Une existence que l'on ne souhaiterait pas à son pire ennemi et qui culmine par le massacre du Lucky Chief Motel, où elle est trouvée errante et couverte de sang, serrant dans ses bras Cookie, sa petite chienne galeuse. Pourtant, Roberta n'est pas l'innocente victime qu'elle paraît être. Enlevée par un père pressé de retrouver les différentes parts de "l'héritage familial" disséminées au quatre coins de la Californie, elle est aussi dressée par celui-ci. Or, cet homme dangereusement instable, boucher de formation, s'obstine à voir en elle "Clyde", le garçon qu'il n'a jamais eu, tout en la forçant à cultiver des talents qui peuvent s'avérer pour le moins dangereux.

La fille du boucher est donc un roman double. Furieux road-movie sanglant, c'est aussi la chronique de la déchéance ordinaire au coeur d'une petite ville américaine abandonnée de Dieu. Ainsi, tandis que le lecteur fait connaissance avec les compagnons d'infortune de Roberta - l'étrange Vicky, "meilleure amie" auto-proclamée, La Tortue (un hippie dégingandé échappé d'un hôpital psychiatrique pour adolescents en compagnie du grand Wesley, son double charismatique), et "le Fil", le frère souffreteux de Vicky - il apprend également, chapitre après chapitre, le lourd secret que la jeune fille porte sur ses épaules. Le récit prend alors la forme d'une ellipse hélicoïdale en folie, qui s'empresse de se fondre en une spirale infernale, délirante et meurtrière, où se croisent débiles mentaux, victimes de la mafia recyclées en pâté pour chat, improbables travestis obèse, et bien d'autres freaks encore. Pour décrire cet univers, Lynda Barry ne pouvait user d'une langue plate ou banale. Pour accentuer l'intensité des échanges et des situations vécues par Roberta, elle émaille son texte de coupures brutales, de mises en majuscules hurlées comme autant de break singeant la brutalité des soubresauts langagiers qui animent ses protagonistes. Un style saisissant, à la fois brut et sophistiqué, qu'elle manie avec une férocité et une passion que nous n'avions plus lu depuis longtemps. Une écriture, enfin, entièrement dédiée à son récit et à la violence qui l'habite. On ne voit, à la rigueur que l'excellent Un goût de rouille et d'os le recueil de nouvelles de Craig Davidson, ou le dernier Palahniuk, pour rivaliser.
A la lecture de La fille du boucher, on a surtout envie de paraphraser Cormac McCarthy et de dire "Non, ce pays n'est pas fait pour la jeune femme". Un magnifique premier roman et un véritable un uppercut littéraire.


La fille du boucher
Lynda Barry
Panama

Commentaires

De Jules, posté le 06.02.08 à 13:56 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Putain, j'y crois pas, on a effacé mon commentaire. On n'a pas droit de ne pas aimer un roman ici ? Toutes les raisons qui font que vous mettez ce roman sur un piédestal, Monsieur le chroniqueur : On ne voit, à la rigueur que l'excellent Un goût de rouille et d'os le recueil de nouvelles de Craig Davidson, ou le dernier Palahniuk, pour rivaliser. Rien que ça. Et bien moi, je dis bof, moyen, médiocre, ennuyeux, passable... Ca vous va comme ça ?
  

De Jules, posté le 06.02.08 à 14:15 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Et si on ne perçoit pas les choses de la même manière, c'est juste question de personnalité. Putain, c'est dingue !



De Maxence, posté le 07.02.08 à 15:57 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Bin voilà, suffisait de t'exprimer mon grand. Bof, je trouvais ça un peu court en effet. ; )

De Lola, posté le 07.02.08 à 16:06 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Dans ce cas là, elle n'a pas finie la censure. Allez hop, au boulot ; )

De E, posté le 07.02.08 à 18:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
C'est quoi cette histoire de censure ?

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