Livres : actu romans, essais et bd, extraits... blog Mille feuilles.

Nietzsche et ses poèmes en prose : à mettre en toutes les mains

Posté par Myosotis le 04.10.07 à 15:55 | tags : gallimard, poésie, philosophie

Officiellement, on ne doit à Friedrich Nietzsche qu'un unique recueil de poèmes : Dithyrambes pour Dionysos, recueil sorti à titre posthume quelques années après sa mort en 1900. Ses biographes relèvent tous néanmoins que le philosophe Allemand a toujours maintenu, à presque tous les stades de sa vie, une forte activité d'écriture en vers, en prose ou prose poétique, détachée de son oeuvre de penseur, et au travers de laquelle il condensait sa philosophie en formules ou en fulgurances. La lecture de ces textes, telle qu'elle est présentée dans le volume de la NRF qui lui est consacrée, n'est pas simple pour celui qui n'est pas familier des travaux "principaux" de l'auteur. Mais celle-ci présente un charme troublant en même temps qu'elle provoque par sa puissance et sa simplicité formelle de délicieux moments de stupeur. Tantôt d'inspiration romantique (poésies de jeunesse) ou crépusculaire (aux accents d'Hölderlin), la poésie de Nietzsche est accessoirement un bon moyen pour ceux qui n'en auraient pas le courage, l'occasion ou l'envie de se confronter à la pensée nietzschéenne. On croise ici Zarathoustra sur quelques séquences. Mais, on peut surtout et assez facilement, derrière les vers, entendre les éclats de rire, le cynisme et les outrances provocatrices d'un penseur qui se sent faire table rase du passé. Derrière chaque poème, c'est plus que sa pensée en vers, la voix si particulière de Nietzsche qui transparaît, sa manière de retourner les idées reçues et de les contaminer par sa propre pensée. Un exemple peut en être donné sur cette Résolution en forme de porte d'entrée à sa pensée sur Dieu.

Je serai sage, car cela me plaît,
Et suivant mon propre commandement.
Je loue Dieu d'avoir créé le monde
Aussi bête que possible.
Et si moi, je vais mon chemin
Aussi tordu qu'il est possible,
C'est que le plus sage a commencé là
Et que là le fou _ s'est arrêté.
Toutes les sources sont éternelles
Jaillissent éternellement.
Dieu même - a-t-il seulement commencé ?
Dieu même - ne commence-t-il pas sans cesse ?


Dithyrambes pour Dionysos
Friedrich Nietzsche
NRF Gallimard

Commentaires

De Docteur C, posté le 05.10.07 à 09:52 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Bah Nietzsche travaillait sur des cahiers, donc tout ça était un peu mélangé, mais bon il y a les receuils/ouvrages qu'il a lui même composé à partir des cahiers et le reste... 

De quelle traduction s'agit t'il pour cette édition Gallimard? Henri Albert toujours?

Les dithyrambes pour Dionysos restent de sa main, même si publiés à titre posthume. Et puis non, on ne peut pas dire que son oeuvre poétique soit ignorée, ainsi  Les chants du prince hors-la-loi, appendice de la Gaya Scienza sont déjà des poésies.

Extrait:

Rimus Remedium
ou: comment les poètes malades se consolent

Sorcière du temps,
De ta bouche baveuse découle
Lentement une heure après l'autre.
En vain tout mon dégoût s'écrie:
« Malédiction au gouffre
De l'Eternité! »

Le monde -- est d'airain :
Un taureau bouillant -- est sourd aux cris.
Avec l'éclat d'un poignard ma douleur écrit
Dans mon cerveau:
« Le monde n'a pas de cœur
Et ce serait folie de lui en vouloir! »

crypto: monde


Ajouter un commentaire

Prénom/Pseudo :
URL/blog :
Votre message :
Crypto
Recopie crypto :


  Discussions en cours sur le forum livres :
Rechercher
Dans la boite
Ajouter à Netvibes Ajouter à Mon Yahoo! Ajouter à mon Google Ajouter ce blog à mes favoris Technorati! Abonnement Bloglines
Sources et amis
- La feuille (FR)
- Le Typographe (FR)
- Tourgueniev (FR)
- M. T. Louverture (FR)
- Tiers livre (FR)
- E®enews (FR)
- Blogs BD (FR)
- Lessig blog (EN)
- Buzz littéraire (FR)
- Culture Café (FR)
- Alalettre (FR)
- Zazieweb (FR)