Archives > Novembre 2009Noir 7.5 : le polar entre aux éditions Parigramme![]() ![]() ![]() Le polar a le vent en poupe et les éditions Parigramme ne s'y sont pas trompé en lançant Noir 7.5, une collection de roman noir se déroulant dans le Paris contemporain.
Maison d'édition bien connue des amoureux de la "plus belle capitale du monde", et plus généralement de la région Île de France, Parigramme est spécialisé depuis plusieurs années dans le domaine du guide touristique, mais aussi de la littérature jeunesse et des beaux-livres faisant le tour des lieux emblématiques, curiosités et multiples activités proposées par la capitale et ses environs.
Noir 7.5, marque donc les premiers pas de l'éditeur dans la fiction. Sous la direction d'Olivier Mau, auteur de polar (au Fleuve Noir), dessinateur et scénariste, la collection propose de réactualiser la vision que nous entretenons du polar Parisien depuis le Nestor Burma de Léo Malet. Il est vrai que notre idée du roman noir à Paris en reste trop souvent aux clichés d'après-guerre, et les trois premiers titres de Noir 7.5 se présentent donc de manière à la fois respectueuse et novatrice, comme une rénovation du mythe parisien, avec ses tensions, zones d'ombres et ses secrets.
Afin d'ouvrir le bal, c'est à Lalie Walker (psychothérapeute, auteur entre autre pour La Baleine), avec une intrigue se déroulant au célèbre marché Saint-Pierre dans le monde des marchands de tissu (Aux malheurs des dames), Caroline Sers (Des voisins qui vous veulent du bien) et l'excellent Romain Slocombe (L'Infante du rock) que revient la dure tâche de redonner du lustre et du mystère - avec la classe et l'irrévérence requise - à la grande tradition du roman noir made in France, ou plutôt, "made in Paris". Du 18ème arrondissement au Père-Lachaise, en passant par la Coupole, la Goutte d'Or et Belleville, les incontournables Barbès et Pigalle, mais surtout un ton et du style, Noir 7.5 plonge avec bonheur le polar dans le Paris d'aujourd'hui.
Voir aussi : entretien avec Romain Slocombe sur Fluctuat 600 pages en un mois : les traducteurs de Dan Brown racontent leur mission-marathonC'est écrit : vendredi 27 novembre, jour de sa sortie française, des milliers de fans vont se jeter sur Le Symbole perdu, le nouveau Dan Brown dont on a déjà tant parlé. Avides et impatients, ils n'auront pas tous une pensée pour les deux traducteurs courageux qui ont planché un mois non stop sur le roman pour en proposer la meilleure version française possible.
Car confidentialité oblige, les maisons d'édition étrangères n'ont pas pu obtenir le texte avant la date de sortie américaine (le 15 septembre). Ce qui laissait, au total, quatre semaines et demie à Dominique Defert et Alexandre Boldrini pour traduire les 600 pages du Symbole Perdu. Isolement total, régime café, pizza et Red Bull : ces Jack Bauer de la traduction reviennent pour Fluctuat sur cet épuisant marathon... placé sous haute protection. Welles rencontre Wells : quand les monuments se parlentWells et Welles C'est bête mais je n'avais jamais pensé avant d'écouter cette interview audio de l'un par l'autre à rapprocher Welles (Orson) et Wells (H.G.). Si leur rapport au nom ne tient qu'à une lettre (un petit "e") et si on peut s'amuser à trouver dans leurs oeuvres quelques points communs (la fameuse séquence de la La Guerre des mondes jouée par le futur cinéaste et qui appartient à l'univers de l'écrivain), dans mon esprit, ces deux hommes n'appartenaient pas à la même temporalité et encore moins à la même histoire de l'art. Comme beaucoup, et avant de traverser une sérieuse "période Wells" qui m'a amené à redécouvrir toutes ses oeuvres tardives, je m'étais mis en tête que Wells l'écrivain était mort un peu avant le premier quart du XXème siècle alors qu'il a poussé la vie jusqu'en 1946, terminant son oeuvre par des romans de plus en plus pessimistes et d'une certaine façon dramatiques. Son dernier livre, Mind At The End of Its Tether, propose d'ailleurs de remplacer toute l'espèce humaine par autre chose. Histoire de précipiter la destinée inexorable du genre. Welles est quant à lui venu au monde en 1915 et n'est mort qu'en 1985 (je croyais qu'il était mort avant). Il connut sa première heure de gloire en 1938, le 30 octobre exactement, en annonçant comme chacun le sait l'arrivée des Martiens sur Terre. Ce n'est que 3 ans plus tard, en 1941 et en pleine guerre (l'entrée des Américains date de décembre), que Welles passa à la réalisation avec Citizen Kane. Pour la petite histoire, il faut rappeler que cette émission de 1938 qui changea le cours de la radio faillit ne jamais voir le jour. Les diffuseurs n'en voulaient pas car ils trouvaient le roman de Wells trop faible. Welles lui-même avait hésité et failli abandonner La Guerre des Mondes pour Le Monde Perdu de Conan Doyle. A quelques heures du direct, il révisait son texte (il s'agissait d'une adaptation et pas d'une lecture du roman) et trouvait une astuce qui allait assurer un effet maximum : tout adapter à la 1ère personne et saisir l'auditeur au collet. L'interview dont il est question ici n'est pas précisément datée et a été diffusée sur internet relativement récemment. On pense qu'elle a été réalisée à New York peu après la diffusion de La Guerre des Mondes par Orson Welles, sans doute en 1939, date à laquelle Wells se trouvait aussi à New York. L'idée de faire se rencontrer ces deux monstres sacrés et qu'ils aient pu se trouver un jour dans la même pièce et le même studio est en soi une révélation pour beaucoup. Une source d'inspiration peut-être, fantastique ou SF, pour un roman steampunk à inventer ou une histoire de machine à remonter le temps. On a des frissons rien que d'y penser. Xavier Darcos remettra le prix (mal nommé) du roman d'entreprise
Le jury, composé de quinze lecteurs représentatifs du monde professionnel, a retenu trois ouvrages sur sa sélection finale, qui ont pour point commun de mettre en avant la violence de l'entreprise et le mal-être de ses salariés : Jeune professionnel de Guillaume Noyelle (Bartillat), Les heures souterraines de Delphine de Vigan (JC Lattès), Notre part des ténèbres de Gérard Mordillat (Calmann-Lévy). De fait, celui des trois qui se verra nommé comme le meilleur roman d'entreprise pourrait bien regretter que ce prix soit si mal nommé. Car le "roman d'entreprise", nous apprennent le site romandentreprise.com (première occurence sur Google) et les éditions Comédia, est "un moyen de communication unique en France, un concept créatif dérivé des romans personnalisés grand public ". Et encore : "Concevoir un roman spécifique et personnalisé en fonction de chaque destinataire vous permettra de faire émerger vos messages perdus dans le flot de la communication classique." Et d'autres choses bien plus horribles encore, comme un extrait de roman d'entreprise personnalisé : "Ce matin-là, le docteur Grace Bonim arrive tôt à son cabinet situé adresse exacte à Dijon. Une longue journée l'attend. Arrivée au cabinet, son assistante lui tend son agenda. Journée chargée, (elle regarde rapidement les noms des clients, un eczéma, 2 psoriasis, une acné juvénile, etc. la routine), qui se termine par un RV avec un patient qu'elle ne connaît pas : Monsieur Zadong-Li." Ou le tarif : 4000 euros, hors coût de fabrication. Ou la liste des avantages offerts par ce concept : "La lecture représente un moment agréable = rapprochement intuitif de la qualité du moment avec l'offreur ou son produit". L'idée du roman d'entreprise est tellement flippante, et absurde, nulle et drôle, qu'elle donne immédiatement l'idée d'en faire un livre qui pourrait concourir pour la prochaine édition du prix du roman d'entreprise. Alan Moore disserte sur la pornographie
Le bouquin d'une centaine de pages est constitué pour moitié de photographies et de reproductions d'oeuvre d'art ayant trait à la pornographie ou aux arts érotiques : gravure de Beardsley pour Salomé, illustrations des 120 journées ou de la Justine de Sade, L'Origine du Monde de Courbet et autres joyeusetés anciennes ou plus contemporaines (une double page en noir et blanc de Larry Clark, par exemple). Le reste est un essai original du scénariste de comics et romancier sur les conditions dans lesquelles la pornographie s'est développée à travers les âges et les sociétés : depuis l'âge des cavernes jusqu'à l'avènement du porno sur Internet. A la lecture des 50 pages de Moore sur le sujet, il faut avouer qu'on est pas bouleversé, ce qui n'est pas si fréquent chez lui. Le propos est plutôt banal, soutenu par l'érudition habituelle de l'auteur des Watchmen et un anglotropisme prononcé pour la période victorienne. Moore choisit de traiter la chose sous l'angle quasi exclusif de la pornographie occidentale. Il insiste sur les gravures perdues de William Blake, sur les oeuvres maudites et expurgées, sur la lente mais certaine expropriation du désir sexuel de la sphère collective voire publique. Plus globalement, son idée générale est de promouvoir une pornographie de qualité, une pornographie assumée, pour adultes et de redonner ses lettres de noblesse à celle-ci plutôt que de la consommer ultramassivement comme un produit de contrebande fabriqué dans des ateliers plus ou moins clandestins et qui font de la m***. Moore recommande comme... Ovidie de s'interroger sur la destination de la pornographie et aussi de ne pas oublier qu'elle peut s'adresser aux femmes. Il semble réaliser en disant cela un sorte de plaidoyer pro domo et un examen marketing de son propre travail, ce qui n'est pas le plus gênant. Les meilleures pages de l'essai portent sur le rejet de la pornographie dans la sphère privée et notamment sur le passage des cinémas pornos populaires (il y en avait des dizaines à Paris) dans les années70 à des cabines privées, voire à un stade uniquement masturbatoire sur le net. La transition d'une pornographie festive et tournée vers l'autre (la 'touze comme carnaval lubrique) à une pornographie de branlette tournée vers soi, le passage de la libération sexuelle (et spermatique) à une sorte d'inculpation de la branlette sont peut-être ce qu'il faut retenir ici. Le livre lui-même est un objet plutôt intéressant et élégant. Il peut avoir sa place dans une bibliothèque spécialisée. Pour le reste, on n'en fera pas tout un fromage.
PS : pour ceux qui attendaient cette affaire, toujours aucune trace du tome 3 de La Ligue des Gentlemen extraordinaires, Century Tome 1, en version française. Annoncé pour septembre, la publication a été reportée à fin janvier 2010, ce qui a laissé le temps à Panini de rééditer en version De Luxe les deux tomes précédents. Une bonne affaire pour ceux qui n'avaient pas encore les premiers épisodes. Un coup dur pour les autres qui se languissent de retrouver Mina et ses collègues dans une nouvelle aventure. L'histoire, rappelons-le, se concentre à Londres autour de la vie de la fille du Captain Nemo (décédée en début de volume) et d'une quête mystérieuse dans une secte par des membres de la Ligue (modifiée). Le tout est encadré par des chansons cabaret à la Kurt Weill et terminé dans un bain de sang autour d'une vengeance extraordinaire. Comme souvent avec Moore et Kevin O'Neill, c'est parfait et très bien mené.
PS 2 : pendant qu'on y est sur Alan Moore, rappelons aussi la nouvelle du mois dernier, c'est-à-dire la collaboration annoncée avec Damon Albarn (ex-Blur) et Jamie Hewlett pour la mise en chantier d'un opéra (nom de travail Carousel), pour lequel Albarn aurait déjà composé plus de 70 chansons. Moore a promis à Albarn et Hewlett de réserver une petite place à leurs Gorillaz dans l'un de ses albums. On craint le pire. Dominic Cooper raconte le crépuscule d'une vie conjugale
Vers l'aube est un roman d'une sobriété granitique, où les états d'âme des personnages dialoguent avec les éléments et la nature avec une force et une justesse qu'on n'avait pas croisées depuis Ianto l'enragé de Niall Griffiths, il y a un bail.
Le prix du pamphlet 2009 pour Yann Kerninon : le non-bourgeois couronnéC'est à Yann Kerninon, auteur de Tentative d'assassinat du bourgeois qui est en moi, que les éditions Anabet ont décerné le 4e prix du pamphlet, genre malheureusement délaissé mais dans lequel se distinguent encore - en atteste cette récompense - esprits éclairés et plumes de qualité.
Magicien et philosophe, enseignant et performeur, Yann Kerninon fait tendre toutes ses activités vers un seul but : briser le carcan de la bourgeoisie pour développer un mode de vie plus libre, plus joyeux et essentiel. Cette reconquête, il la retrace donc dans Tentative d'assassinat du bourgeois qui est moi, ouvrage à mi-chemin entre l'essai, l'autobiographie et le manuel, et l'évoque également dans un entretien pour Fluctuat publié au moment de la sortie de son ouvrage : "Je crois que la seule façon d'être pleinement présent à la vie suppose une forte conscience de la mort et du caractère tragique de notre condition humaine. Un funambule, par exemple, produit une belle danse, un spectacle pleinement vivant, parce qu'il est suspendu au-dessus du vide et qu'il est conscient de ce danger. Le bourgeois, c'est celui qui ne s'élance jamais au-dessus du vide. L'antibourgeois c'est celui qui se jette dans le vide pour prouver qu'il n'est pas bourgeois. Le non-bourgeois, c'est le funambule, c'est-à-dire celui qui ose, mais qui ne fait pas pour autant n'importe quoi." Lire l'intégralité de l'entretien avec Yann Kerninon Fêtons l'Europe en poésie avec Antoni Grabowski
Antoni Grabowski est un homme du XIXème siècle (il est mort en 1921), polonais, ingénieur chimiste de formation, connu surtout pour avoir été le "père de la poésie en Espéranto". On pourrait débattre longtemps de l'intérêt de cette langue vivante... morte, des promesses qu'elle suscita en son temps et des limites évidentes qu'elle rencontra très vite. Grabowski crut au pouvoir de l'espéranto toute sa vie durant (il parlait lui-même une trentaine de langues couramment d'après la légende) et plus encore et par dessus tout au pouvoir des mots, ce qui tombe bien, parce que cela définit assez bien la poésie. Grabowski fit beaucoup de traduction et composa quelques poèmes directement en espéranto. Exemple de choix avec son jour de pluie et démonstration simplissime. L'Espéranto, c'est comme l'Europe. Ca sonne bien quand on le lit mais franchement on n'y comprend pas grand chose. La Pluva Tago La tago malvarma, malgaja,sensuna; Mia vivo malvarma, malgaja, sensuna: Ekhaltu, ho, koro malgaja, ne plendu! Sarkozy veut faire entrer Albert Camus au Panthéon
"Ce serait un symbole extraordinaire", a-t-il affirmé à Bruxelles. Mais encore : "j'ai pensé que ce serait un choix particulièrement pertinent". Sans doute parce que, le 4 janvier 2010, cela fera 50 ans que l'auteur de La Peste et de L'Etranger est mort (un accident de voiture). Sans doute parce que Jacques Chirac a bien fait rentrer André Malraux, lui, en 1996. Sans doute par qu'un président peut penser que pour devenir un grand homme, il est tactique de commencer par en glorifier un autre.
Après tout, Camus reçut également le prix Nobel de littérature (1957), alors il n'y a pas de raison. Ou plutôt, si. Il y a toujours tout un tas de raisons, et c'est bien d'ailleurs ce qui en inquiètent déjà certains. Olivier Todd, biographe de Camus, a déjà affirmé, ce matin sur France Inter, espérer que la famille de l'écrivain n'autorise pas cette "récupération". Pour Michel Onfray, qui a réagi sur Bibliobs, Camus est "un libertaire irrécupérable". Ne s'approprie pas l'image de l'homme révolté qui veut.
MAJ 21 novembre 2009 : Jean Camus, fils d'Albert Camus, s'oppose au transfert de son père au Panthéon, estimant que cela serait un "contresens" sur la vie de l'écrivain, et craignant une "récupération" par le chef de l'état. Sa soeur jumelle, Catherine Camus, ne s'est quand à elle pas prononcée clairement sur la question. Elle a cependant souligné que son père "n'aimait pas les grands honneurs". Catherine Pégard, conseillère de Sarkozy, a rencontré l'héritier de Camus à deux reprises pour tenter le convaincre.
Extradition de Cesare Battisti : Lula doit trancher![]() Dans la série des écrivains les plus recherchés du monde, Cesare Battisti occupe une place tout à fait singulière. Des années que l'Italie réclame l'écrivain, ancien militant de gauche italien, qu'elle a condamné en 1993 à la réclusion à perpétuité pour quatre « homicides aggravés ».
En janvier 2009, Battisti a obtenu le statut de réfugié polique au Brésil après que la France, où il vivait depuis des années, a finalement signé un décret d'extradition.
Voir aussi : le diaporama des écrivains les plus recherchés
Illus. : Des militants prostestent contre l'extradition de Battisti devant la Cour suprême du Brésil, le 18 novembre 2009. Sur la banderole, en portugais : "Extrader Cesare, c'est moderniser l'inquisition". Des lettres d'amour autographes de Mesrine aux enchères
Adressées à Jocelyne Deraiche, sa maîtresse canadienne - surnommée Joyce, ces lettres sont signés Bruno, car c'est ainsi que l'appelait cette dernière. De 1973 jusqu'en 1978, Mesrine exprime dans cette correspondance son amour pour Joyce, évoque la parution de son livre (L'Instinct de Mort), ses procès, et, dans ses dernières lettres, la volonté de ne pas finir sa vie en prison. 73 d'entre elles sont agrémentées de dessins en couleur.
Lors de cette vente seront également proposés d'autres documents ayant appartenus à Mesrine ou à ses proches : photographies, télégrammes, dossier de presse, livres des photographies (de Mesrine, de Joyce ou de Sabrina, la fille de Mesrine), deux télégrammes que Mesrine envoya à Joyce alors qu'elle était en prison, un dossier de presse consacré à Mesrine et sa bande, livres dédicacés. Prix de départ de l'ensemble : 60.000/80.000 euros. Expositions publiques les 28, 29 et 30 janvier à Drouot Richelieu (infos)
Le prix Interallié 2009 pour Yannick HaenelEn 2007, il avait reçu le prix Décembre pour Cercle, roman semi-autobiographique qui mêle philosophie, découverte de la sensualité et réflexion sur la création. Cette année, c'est pour le récit Jan Karski (Gallimard) que Yannick Haenel se voit décerner un autre prix, l'Interallié cette fois.
Jan Karski retrace l'histoire d'un résistant polonais, "un juste" chargé d'aller prévenir les Alliés de l'extermination des Juifs en Europe, mais qui ne fut pas entendu et resta hanté toute sa vie par ce message non délivré. "Jan Karski pour moi est un témoin, non pas le témoin direct de la shoah, mais le témoin du fait que les Alliés aurait pu éventuellement faire quelque chose mais ne l'ont pas fait pour diverses raisons qui sont aujourd'hui discutés et discutables", explique Yannick Haenel dans un entretien avec Fluctuat. Edgar Hilsenrath reçoit le prix Mémorable 2009 pour Fuck AmericaC'est à Edgar Hilsenrath et à son roman Fuck America, que vient d'être décerné le prix Mémorable, créé l'an dernier par le groupement de libraires indépendants Initiales pour valoriser un ouvrage injustement passé inaperçu.
Initialement publié en 1980, Fuck America raconte l'histoire de Jakob Bronsky, un émigrant juif arrivé à New York quelques années après la fin de la guerre, qui enchaîne les boulots précaires afin de pouvoir continuer à écrire. Le roman, écrit avec une verve qui évoque celle de Bukowski, a été redécouvert et traduit par les éditions Attila en avril dernier. Nous avions rencontré l'écrivain lors de son passage à Paris : Voir l'entretien avec Edgar Hilsenrath.
Au moment de sa sortie, Fuck America avait reçu un bon accueil de la part des libraires. C'est donc naturellement qu'il reçoit aujourd'hui le prix Mémorable, pour lequel concouraient également L'Italie à la paresseuse d'Henri Calet - sorte de gonzo des lettres françaises (Le Dilettante), et Au-delà du mal de Shane Stevens (Sonatine). Numérisation : que propose le nouvel accord Google ?
Et le reste du monde ? Google se dit prêt à travailler avec les ayants droit de tous les autres pays, y compris ceux des pays exclus de l'accord, afin de trouver des accords similaires. En attendant, Google continue de reproduire des extraits de livres numérisés sans autorisation préalable, en accord avec les bibliothèques universitaires américaines. « Nous pensons que le droit nous y autorise » indique Philippe Colombet, responsable de Google Livres pour les pays francophones, invoquant ainsi la notion de fair use au coeur du débat. La fin du procès collectif. Libre désormais aux éditeurs et auteurs des pays non inclus dans l'accord d'intenter pour leur compte des procès aux Etats-Unis contre Google. Mais pas question cependant pour ces pays de prétendre au dédommagement prévu pour les livres numérisés sans autorisation (de 60 à 300 dollars par ouvrage), puisqu'ils ne sont plus concernés par l'accord qui en imposent les termes. La gestion des oeuvres orphelines. L'autre proposition de cet accord concerne la gestion des droits des œuvres dont les ayant-droits sont inconnus. Les revenus générés par la commercialisation des œuvres orphelines seront mis sous séquestre pendant dix ans, puis reversés à des associations d'alphabétisation si les propriétaires ne sont pas retrouvés durant ce délai. Pas d'accord. Mais la nouvelle proposition de Google est loin de remporter davantage d'adhésion que la précédente. L'Open Book Alliance, qui regroupe des rivaux de Google (dont Microsoft, Yahoo et Amazon), a ainsi déclaré dans un communiqué : « Aucune des modifications proposées ne semblent répondre aux défauts fondamentaux mis en avant par le ministère de la Justice et d'autres critiques qui ont un impact pour le public ». Le juge en charge de l'affaire devrait entendre les parties en février 2010. La partie n'est pas finie. Belles étrangères 2009 : entretien avec Hannah Tinti, l'ensorceleuse (4)Hannah Tinti n'est pas seulement une jolie et mystérieuse écrivain. Elle est surtout une conteuse hors-pair qui, avec son premier roman, Le Bon Larron, marche dignement dans les pas de Dickens, l'un de ses auteurs favoris. A l'occasion du festival des Belles étrangères, nous avons rencontré cette passionnée du XIXe siècle, des grands espaces et des grandes aventures : elle nous raconte son enfance peu ordinaire à Salem, son amour pour les livres, son espoir de voir Johnny Depp incarner l'un de ses personnages à l'écran... Lire l'entretien avec Hannah Tinti
Le Bon Larron en bref. Ren, douze ans, est manchot en plus d'être orphelin. Autant dire que le jour où un étranger qui se prétend son frère vient le demander à son orphelinat, il a vraiment tout à gagner. Peu importe que ce prétendu frère, Benjamin Nab, s'avère être non seulement un menteur, mais aussi un arnaqueur professionnel, qui l'entraîne bientôt dans une terrifiante cour des miracles. Sans préjugé - en raison sans doute de son propre handicap - Ren va apprendre à connaître les plus étranges personnages, et même trouver auprès d'eux l'affection qu'il lui manque... tout en travaillant, avec la bande de Benjamin, à mettre en place un obscur trafic de corps humains. Extrait. "Ren releva le nez de son livre. Il voyait bien que Benjamin était impatient de tenter quelque chose de nouveau. Au cours de l'hiver, il avait raconté à Ren les différentes arnaques qu'il avait montées : se faire passer pour un capitaine au long cours, un médecin, un homme d'Eglise ; vendre des articles de catalogue qui n'arriveraient jamais ; fabriquer de faux testaments et de faux documents. Tous suivaient un schéma similaire : gagner les bonnes grâces du pigeon, procéder à un rapide transfert de propriété, puis quitter la ville le plus rapidement possible." Rencontrez-la. Hannah Tinti fait notamment escale à Paris, à Bruxelles, à Aix-en-Provence et à Montpellier : Plus d'infos. Poèmes pour l'identité nationale : la contribution de Joseph Myosotis d'Arbaud Je n'y peux rien mais l'idée m'est venue ce matin. Si je veux être utile à mon pays, il me faut participer absolument au grand débat sur l'identité nationale qu'organise le noble et byzantin Eric Besson. Mais qu'ai-je à dire sur le sujet ? J'ai regardé l'Equipe de France ce samedi soir, j'ai fait mon service militaire, j'ai la peau blanche mais peut passer pour un bougnoule après 2 jours sans rasoir, je parle un français impeccable et je l'écris bien. J'ai écouté le nouvel album de Diam's et ai trouvé ça un peu fort et plutôt mal rimé. Est-ce que pour autant j'ai des idées sur l'identité nationale ? Pas sûr. Ce qu'il faudrait pour défendre la patrie, ce sont bien des poèmes. Il faut l'avouer, la poésie n'a jamais servi qu'à ça. C'est pour cette raison qu'elle a été inventée et pour cette raison qu'elle a été si longtemps plébiscitée. Rien de tel qu'un bon poème pour exalter l'amour de la patrie et de nos terres agricoles. Mais que dire ?
Je peux faire un poème d'amour, un poème de sexe mais PAS un POEME NATIONAL. Il faut trouver un bon angle et s'y tenir, des images originales et surtout du fond qui ne sonne pas trop con. Je ne voudrais pas qu'on m'associe sur le site du grand débat à un Sous Grand Corps Malade, voire à un petit corps sain(t) qui met des petits corsets aux idées étriquées, qui tricote et fricote avec les salauds. Allons voir ce qui s'est fait jusqu'ici. Je pense Barrès, Maurras, quand on savait encore composer des sonnets et puis balancer de grandes idées qui tuent en vers. Parce que le Seine Saint Denis style et puis les Ndiaye Racaille qui mettent la France sur la paille, vaille que vaille, je m'en tamponne le corail (?), et mitraille la marmaille de contrebande. Ouais, c'est pas fameux. France en trance, je danse et balance ma panse, tu es ma chance depuis ma tendre enfance, tu me berces d'aisance (comme une fosse ?), France, ma France, en toi, ma lance s'engouffre et oups, trop tôt, venu quand j'y pense. Yo ! Ca ne va pas du tout. Pas le rythme. Pas le temps. Pas d'idées. Encore mieux se balancer un remix de Touchard. Quand ouf ! Il n'y a jamais eu de poésie NATIONALE mais quasi exclusivement des poésies régionalistes. Oui, il faut être régionaliste pour faire des odes à la France, le félibrige, les basques, les bretons, provence, poètes picards. Ce sont les vrais poètes nationaux. Joseph d'Arbaud, poème de Camargue. Les chevaux, le delta, le Rhône. Voilà la France comme on les aime : des gitans, des étalons et de la verdure qui se jette dans la mer. Tour de passe-passe. Remplace Arles par une tare, remplace Provence par France et ma contribution est chaude : Eric Besson, mon traître adoré, ma contribution qui va te faire triper (à ta mode de cancre). Ma FRANCE remix par Joseph Myosotis et zou :
"Si un mélange abominable /et le désordre universel / n'emportaient pas notre Race / avec les races d'ailleurs ; / si la barbarie qui, à la porte / heurte, voilà plus de sept cents ans, / passait enfin au large / et respectait nos enfants, À la fête de notre foi, / nous te conduirions, fer à taureaux, (JE N'AI PAS REUSSI A REMPLACER TAUREAUX !) / toi que maniaient nos ancêtres / de la Provence au pays ch'ti ; / toi qui, partout, aux jours de fêtes / fais retourner toutes les têtes / et palpiter les rubans / signal de la bagarre / et des battements de mains. TRIDENT, ARME DE FRANCE / ARME DES CHEFS ET DES MARINS, / JE TE HAUSSE AU NOM DES CROYANCES, / SUR TA HAMPE DE CHÂTAIGNIER / Plus fier dans ma selle gauloise / qu'un jouteur sur le palier de la barque, / que souffle sur les salicornes / libyen, vent du large ou des monts, / je t'abreuverai du sang des pourceaux. " ("Pourceaux" est-il bien approprié pour désigner les étrangers qui envahissent not'bo pays ?)
L'original, dans ce très bel article critique dépasse évidemment ma pâle copie mais il faut contribuer et initier ici le GRAND CONCOURS DE POESIE NATIONALE pour goinfrer celui qui se tiendra désormais dans la 3ème fosse du 8ème cercle des enfers selon le maître Dante, l'ami Besson le Simoniaque, léché par les flammes, pendu par les pieds et n'ayant les jambes à l'air qu'au genou. A moins qu'au monstrueux monstre, n'aille mieux le 9ème cercle des traîtres (c'est ce qu'on dit de lui, non ?), pleurer des larmes de cristal qui forment sur ses yeux globuleux une congère magistrale. Oh non. La poésie nationale vivra et nous non. Lyonel Trouillot reçoit le prix Wepler 2009
Intellectuel et écrivain haïtien, Lyonel Trouillot dépeint dans son oeuvre la réalité haïtienne, abordant les thèmes de la dépossession et de la difficulté de survivre dans une société happée par la haine et les inégalités. Dans Yanvalou pour Charlie, il retrace l'histoire d'un avocat ambitieux, Mathurin D. Saint-Fort, rattrapé par ses origines le jour où Charlie, un adolescent en cavale natif du même village que lui, vient lui demander son aide. Le jury du Wepler a également décerné une mention spéciale à Hélène Frappat pour son roman Par effraction, publié aux éditions Allia. Belles étrangères 2009 : focus sur... Jack O'Connell (3)![]() Dans les romans de Jack O Connell, les mots "déjanté", "gothique", "décapant" trouvent aisément - et intégralement - leur sens. L'écrivain, qui vient de publier Dans les limbes chez Rivages, a signé pas moins de cinq polars, qui tous retracent les aventures de Quinsigamond, vraie ville de fous inspirée de son Worcester natal. Invité au festival des Belles étrangères, O'Connell est donc un auteur que nous recommandons chaudement à tous ceux qui apprécient les fresques à la fois ténébreuses et hautes en couleurs.
En bref. Pharmacien dépressif et insomniaque, Sweeney débarque à Quinsigamond afin que son fils Danny, six ans et plongé dans un profond coma, y reçoive des soins spécialisés dans la célèbre clinique du docteur Peck. Mais ce n'est pas dans cette ville aux paysages industriels ruinés que Sweeney trouvera le sommeil et la paix. Entre des neurologues perchés, une infirmière aussi sexy qu'inquiétante, ou une bande de bikers shootés au liquide céphalorachidien des patients de la clinique, sur qui doit-il compter ? La réponse se trouve peut-être dans l'univers de Limbo, une bd sur des monstres qu'il lit et relit inlassablement, posté au chevet de son fils, jusqu'à en perdre la boule... (Lire la chronique de Dans les limbes) Extrait. "Être un monstre, qu'est-ce que cela signifie ? Pour les monstres du Goldfaden, cela signifia au début, pendant une brève période, qu'ils étaient des stars. Ils avaient été triés sur le volet, assemblés au fil des années et des kilomètres par Tedeo Bluett, forain extraordinaire et héritier du Goldfaden Carnival, le premier - et peut-être le plus illustre - de tous les cirques itinérants de l'ancienne Bohême." Rencontrez-le. Jack O'Connell fera plusieurs étapes dans le cadre des Belles étrangères (il rencontrera notamment le 16 novembre les détenus de la maison d’arrêt de Fleury Mérogis) : plus d'infos. Pourquoi les pamphlets ne sont plus à la mode : remise du 4e Prix Anabet
Jadis (on parle ici de la période qui va du XVIème siècle à 1968 en gros) très prisé des Français et des anglosaxons (tout aussi habile en la matière), le pamphlet est devenu avec l'essor du journalisme de masse et la création d'une caste d'intervenants médiatiques shortlistées (ceux qu'on retrouve de plateaux en plateaux), une chose aussi précieuse que rare. Distinct de l'essai par sa dimension polémique et souvent par son angle d'attaque incisif, le pamphlet est bref, violent et a pour fonction de soutenir un point de vue orienté dont l'auteur a la faiblesse de penser qu'il est évident (le point de vue) et paradoxalement partagé par aucun ou trop peu. C'est évidemment ainsi qu'on peut définir la chose : une idée qui saute aux yeux mais dont personne ne veut ou n'a encore voulu. On parle de lui comme d'une des armes de choix de la littérature de combat. C'est pour cette raison sûrement que l'ordre établi envoie ses plus fidèles soldats embouteiller les présentoirs des librairies au rayon Essais pour barrer la route des plus audacieux. Les autres fixent leur attention sur notre MiniRoi Soleil et cela suffit bien à tuer le débat avant même de le lancer. Au rang des pamphlets, on trouve aujourd'hui plus d'ouvrages d'amuseurs publics et de téléphilosophes que de justes penseurs ou de chevaliers blancs. Patrice Bollon, l'un des principaux artisans du genre encore en droit de publier, nous le rappelait en entretien : tout ceci n'est pas facile. Ce ne sont pas les Tiqqun qui diront le contraire, même s'ils ont pu bénéficier par ricochet avec leur éditeur la Fabrique d'un regain d'exposition appréciable entre L'insurrection qui vient et les mésaventures de l'ami Coupat.
Les pamphlétaires de qualité souffrent et les idées étouffent avec eux. L'initiative d'Anabet a le mérite d'exister en plus de récompenser de bons ouvrages, ce qui ne manquera pas cette année compte tenu de la liste des livres figurant dans la sélection du prix. En 2008, Jean-Luc Nancy l'emportait avec Vérité de la Démocratie. En 2007, c'était Pascal Durand qui gagnait avec Les nouveaux mots du pouvoir : abécédaire critique. En 2009, on trouve dans la sous-rubrique "insurrection", les Tiqqun justement avec Contribution à la Guerre en cours ; un ouvrage salutaire de Jacques Rancière intitulé Le Spectateur Emancipé ; un bon boulot d'actualité sur les chiffres et les stats qui s'appelle "Le grand trucage - comment le gouvernement manipule des statistiques". En arts, Gérard Durozoi propose Ras le bol Warhol et Cie ! Contre la pauvreté des images. Et on en passe. Parmi ceux qu'on a lus et pas seulement feuilletés (le Rancière et le Tiqqun) dont on n'a pas parlé ici, petit avantage au Spectateur Emancipé pour son style et la rigueur de sa construction.
Pour se rassurer sur l'utilité de cette manifestation, on citera et on renverra à cette analyse de l'imbécile Paul Vermus dans France Soir, lequel explique que les sélectionnés sont tous des types inconnus (aucun Zemmour, Naulleau et autres au programme dit-il, quelle merde), ce qui signifie que le genre ne vaut rien. CQFD. N'oubliez pas de tailler les plumes en pointe avant de les ficher dans les yeux. Saupoudrez de goudron et d'un bon édredon éventré. Plongez dans la Vologne. C'est prêt. Entretien : Simon Liberati revient sur sa garde à vue avec BeigbederSimon Liberati est le lauréat (contesté) du prix de Flore 2009. Rencontré lors de la Foire du livre de Brive, il revient pour Fluctuat sur sa relation avec Frédéric Beigbeder : son premier éditeur, créateur du prix de Flore, et désormais lauréat (contesté) du Renaudot...
Beigbeder et Liberati, c'est aussi la coke sur les capots de voiture et cette nuit de garde à vue qui donnera naissance au Roman Français de Beigbeder. "De la pure fiction", précise cependant Liberati au sujet des détails du livre autour de cet épisode, affirmant que tous deux furent cette nuit là des "prévenus absolument exemplaires"...
Belles étrangères 2009 : entretien avec Colson Whitehead (2)![]() Passionné par la culture pop, les comics Marvel et Stephen King, Colson Whitehead se définit lui-même comme "un parfait stéréotype de la génération X". Ses quatre romans, (L'Intuitionniste, Ballades pour John Henry, Apex, Sag Harbour), tous traversés par le thème de la discrimination raciale et de l'identité confuse de l'Amérique ont fait de lui l'une des voix importantes de la scène littéraire new-yorkaise. A l'occasion du festival des Belles étrangères, dont il est l'un des invités, nous avons demandé à l'écrivain de revenir sur la genèse de son oeuvre et sa vision des Etats-Unis. Rencontrez-le. Colson Whitehead sera notamment à Paris les 15 et 16 novembre pour des rencontres organisés dans des librairies, à l'EHESS et à la BPI (Plus d'infos). Gilbert Hernandez explore l'enfer, comme au cinéma
L'histoire de ce film/album, donc, c'est celle d'Empress, une petite fille abandonnée dans une décharge au milieux d'autres enfants quasi-sauvages et de prédateurs sexuels. Dès qu'un adulte l'approche, Empress croit que c'est son père, même lorsqu'il la viole. Elle se sortira de la décharge dans un second acte où sa vie est partagée entre une éducation intellectuelle donnée par un homme qui veut la sauver et ses propres pulsions qui la mènent dans les bas fonds de la ville, au milieu des putains. Dans le dernier acte, elle est mariée à un homme respectable dans une ville hantée par un tueur d'enfant. Autant vous le dire tout de suite, tout ça ne finit jamais bien. Dans la vision nihiliste d'Hernandez, Empress n'a aucune chance. On peut la sortir de la décharge mais on ne peut pas sortir la décharge d'elle. Empress est à l'opposé des personnages classiques de Palomar : elle n'a aucune attache, aucune place dans la société. C'est un personnage qui ne connait pas l'empathie parce qu'elle même est coupée de ses propres sentiments.
Ca pourrait n'être qu'une histoire scabreuse, et L'Enfer est pavé de bonnes intentions est certainement un exutoire aux pulsions les plus sombres d'Hernandez, mais on peut faire confiance à l'auteur pour donner une profondeur et une subtilité à son propos qui ne feront jamais de lui un pur artiste du "ça" à la Robert Crumb. Les années passant, on le compare de moins en moins à Gabriel Garcia Marquez et de plus en plus à David Lynch à cause d'une série de BD de plus en plus hallucinées, noires et dérangeantes. L'enfer... garde pas mal de ses qualités mais retrouve une structure plus classique à travers le prétexte du film dans la BD. Une bonne vieille tragédie en trois actes, c'est toujours efficace et ça semble avoir revigoré Hernandez qui dessine mieux que jamais. Pour reprendre la métaphore cinématographique, ses acteurs n'ont jamais été mieux dirigé. Chaque petite nuance dans leur expression faciale ou corporelle est parfaitement juste (allez, on pourra reprocher à Fritz de surjouer mais c'est son premier film). Chaque séquence est magistralement monté. Tout est fait pour donner un maximum de force à cette plongée dans les recoins les plus sombres de l'âme humaine. Belles étrangères 2009 : focus sur... Andrew Sean Greer (1)![]() Parmi les auteurs invités pour l'édition 2009 du festival des Belles étrangères, consacré à la littérature américaine, Andrew Sean Greer, auteur de deux romans très remarqués, mérite une attention particulière et fait ainsi l'objet de notre premier focus.
Nous en avions parlé au moment de sa sortie : L'histoire d'un mariage a révélé le jeune Andrew Sean Greer comme le virtuose d'un genre particulier : le suspense sentimentale. L'écrivain, qui vit à San Francisco, a choisi d'y installé le décor et les personnages de son roman à clé. Lire l'entretien avec Andrew Sean Greer.
En bref. Dans l'Amérique étouffante des années 50, Pearlie et Holland s'efforcent de s'aimer. Mais Holland a un secret, qui s'érige entre eux comme un mur infranchissable. Le jour où survient Charles Drummer, "étranger tout sourire porteur de nouvelles grimaçantes", Pearlie comprend la lourde vérité et se voit proposer un marché indicible. Impossible de prévoir quelle sera la réaction de Pearlie : le principe du roman est que rien ne s'y passe jamais comme prévu (Lire la chronique de L'histoire d'un mariage). Extrait. "Nous croyons connaître ceux que nous aimons. Nous croyons les aimer. Mais ce que nous aimons se révèle n'être qu'une traduction approximative, notre propre traduction d'une langue mal connue. Nous tentons d'y percevoir l'original, le mari ou la femme véritables, mais nous n'y parvenons jamais. Nous avons tout vu. Mais qu'avons-nous vraiment compris ?" Rencontrez-le. Andrew Sean Greer sera notamment à Paris le 15 novembre : à 11h à la librairie écarlate, 16h à la librairie Les Cahiers de Colette, 17h à la Fondation Boris Vian... (Plus d'infos). Quelle fin du monde êtes-vous ? Les top des meilleurs titres apocalyptiques
Le genre n'en reste pas moins un travail difficile et qui nécessite un savoir-faire très particulier. La littérature est en effet souvent plus à l'aise lorsqu'il s'agit de traiter d'individus isolés que de la planète entière. On peut décrire la mort d'une personne mais on risque de perdre en impact quand on se met à causer géopolotique ou disparitions macroéconomiques. Petite sélection des fins du monde littéraires : voir le top 10 des meilleurs livres apocalyptiques
Le Prix Bartleby du roman inachevé est décerné à ...Posté par Easywriter le 10.11.09 à 17:49 | tags : prix
Le Prix du roman ni écrit ni à écrire a été attribué à Florian Zeller, pour l'ensemble de son œuvre. Le Prix du roman inachevé étranger et posthume a été attribué à Graham Greene, pour La Chaise vide. Il s'agit du début d'un roman policier écrit en 1926, retrouvé aux Etats-Unis et traduit par le professeur François Gallix. Le Prix du roman inachevé d'un auteur déjà édité a été attribué à Philippe Jaenada pour Drames, malheurs et destins brisés, 7700 signes prometteurs narrant les mésaventures d'un personnage portant les mêmes initiales que Jésus Christ. Le Prix du roman inachevé pour un auteur non publié n'a pas été attribué, le jury n'ayant pas fini de voter. Il sera certainement remis l'année prochaine. On en dirait bien plus mais pour respecter la tradition notre article aussi se doit d'être inache... ''Qu'Eric Raoult crée un prix de l'identité nationale''Posté par Easywriter le 10.11.09 à 17:32 | tags : prix
Eric Raoult (en illus) a appelé hier Marie NDiaye , récente lauréate du Prix Goncourt à respecter son "devoir de réserve".
Bertrand Labes est un spécialiste des prix littéraires et auteur du Guide des prix et concours littéraires, paru aux Editions du Rocher. Il réagit pour Fluctuat aux propos d'Eric Raoult Que vous inspire les propos du député sur le devoir de réserve auquel serait soumise Marie N Diaye? Si Eric Raoult se permet une telle sortie dans les medias, n'est-ce pas aussi parce que le Goncourt est quasiment une institution dans notre pays, reconnue d'utilité publique par l'Etat ? Eric Raoult ferait donc surtout passer un message de politique intérieure. Pensez-vous que les Académiciens puissent être "sensibles" à ses propos ? Mise à jour du 12 novembre : Frédéric Mitterrand a indiqué qu'il n'avait pas"à arbitrer entre une personne privée qui dit ce qu'elle veut dire et un parlementaire qui dit ce qu'il a sur le coeur. Ce qui me regarde en tant que citoyen, ça ne me concerne pas en tant que ministre" Gwenaëlle Aubry reçoit le prix Femina 2009
L'écrivain avait notamment publié L'Isolée et L'isolement chez Stock. Dans Personne (Mercure de France), roman construit comme un abécédaire, elle dresse le portrait littéraire de son père psychotique.
Le Femina du roman étranger couronne quant à lui l'écrivain allemand Mathias Zschokke, pour Maurice à la poule (éditions Zoé), et le prix de l'essai revient à Michelle Perrot, pour Histoire de chambres (Seuil). Le prix Virilo 2009 pour Laurent Mauvignier et Valéry Giscard d'Estaing
Le prix Trop Virilo, qui "récompense pour sa part la poussée littéraire de testotérone la plus vivace de l'année" a été remis à Valéry Giscard d'Estaing pour son livre La Princesse et le président. Lire des livres à poil est-il complètement idiot ?Posté par Myosotis le 09.11.09 à 12:52 | tags : elucubration
Princesse de Clèves Monsieur Cre officie sur le net depuis quelques années semble-t-il. Je ne connaissais pas ses activités et suis tombé sur plusieurs de ses vidéos un peu par hasard comme le veut la tradition. Mr Cre joue comme un homme politique de la IVème République, fait du théâtre comme dans les années 50, avec cet diction outrée des vieux instituteurs et des professeurs de rhétorique.
Du coup, l'exercice prend des tours d'exposition du texte brut qui nous donnent le temps de l'apprécier à sa juste valeur, de le contempler comme Cre dans son plus simple appareil, celui de la langue écrite lue ou mieux de la langue presque comme elle résonne dans notre petite voix intérieure de lecteur. Evidemment (c'est le jeu d'acteur qui veut ça), le petit talent du comédien fait qu'on rigole bien aussi. On aime moyennement l'ironie qui se dégage de la lecture de la Princesse, un peu plus celle du discours de Sarkozy, presque craché dans toute sa vérité prétentieuse pour ce qu'il est : une tentative verbeuse et lyrique de faire l'histoire avec rien du tout en bouche. C'est beau, c'est vieux, écrit avec le nez sur le rétroviseur. Mais bon.... L'expérience de Mr Cre a ses limites mais n'est pas si courante sur Internet, cette monstrueuse bricole inutile (selon de plus en plus de people). C'est justement dans la mise en scène de cet inutile là que le net a des réserves et dissimule souvent ses plus belles surprises. On invite tout le monde, filles et gars, habillés ou à poil, sexy ou non, à poster ce genre de vidéos qui pourraient avantageusement remplacer à terme les milliers de K7 et CD/DVD audios qui moisissent dans les bibliothèques et emmerdent les malvoyants (même s'ils ne voient rien ?), voire constituer un argument diabolique de démocratisation de la lecture. Pamela Anderson à la lecture, ça ouvre des perspectives inédites. Foire du Livre de Brive : notre envoyé spécial Jean Paul PotinsPosté par Jeanpaulpotins le 06.11.09 à 19:02 | tags : foire du livre de brive
En attendant le debrief complet de son escapade gastro-littéraire lundi voici son premier billet. Vous pouvez suivre son blog people sur flu.fr et son compte Twitter.
Le bien nommé « train du cholestérol » est parti à l'heure ce matin en gare d'Austerlitz, emmenant dans ses flancs une bonne partie du milieu littéraire parisien. Journalistes, attachés de presse, éditeurs et même des auteurs y ont partagé magret, foie gras et civet de l'amitié, le tout arrosé de prune et de bourgogne. L'edition, milieu connu pour ses amours viticoles, semble en cette fin 2009 en belle forme, et si les ventes égalent ce débit de picrate ferroviaire, la crise ne sera que de foie. Un bon nombre partaient d'ailleurs déjà avec un tour d'avance et une mine jaune pastis, le Prix de Flore ayant été remis la veille.(...) Lire la suite sur le blog de Jean-Paul Potins sur Flu.fr (vous aussi inscrivez-vous et créer votre blog sur flu.fr). Vous pouvez aussi le suivre sur Twitter
Le Hezbollah censure des extraits du Journal d'Anne Frank
"Ce qui est plus dangereux encore est la manière dramatique et théâtrale dont le journal est relaté, il est chargé d'émotion", a annoncé dans un reportage Al Manar, la chaîne de télévision du Hezbollah, qui se demande aussi combien de temps le Liban "restera une arène ouverte pour l'invasion sioniste de l'éducation". Suite à cette polémique, l'établissement privé qui utilisait le manuel en question a décidé de l'abandonner, tout en souhaitant rester anonyme. Le mois dernier, c'est un autre manuel scolaire, également utilisé dans une école privé de Beyrouth, qui avait suscité la colère du parti islamiste chiite : le Hezbollah et le Hamas y étaient qualifiés d'organisations terroristes, conformément au classement de Washington. Au Liban, le chapitre en question est ordinairement coupé par la censure dans ce manuel, mais un élève s'était procuré à l'étranger une version non censurée, soulevant l'indignation et la polémique.
Photo : un portrait d'Anne Franck portant un keffieh rouge sur un mur d'Amsterdam (attribué à l'artiste de rue Bansky). La dernière sélection du prix Interallié 2009Le prix Interallié, qui sera finalement remis le 18 novembre prochain, clôturant la saison des prix, se joue désormais entre quatre auteurs :
Tim Lane, le Jack Kerouac de la bande dessinée
... « Y a plus d'espoir », comme dirait ce bon vieux Johnny. Sauf que Tim Lane a du goût, préfère Elvis, et qu'en VO, son recueil d'histoires courtes s'intitule Abandonned Cars. Cela dit, le titre Noir c'est noir en VF résume parfaitement le ton désenchanté de cette somme de « graphic stories ». D'abord écrites sous forme de nouvelles - fait assez rare pour être souligné - les récits de Lane n'ont pris forme visuelle qu'ensuite... Lire la suite de la chronique sur Fluctuat Simon Liberati reçoit le prix de Flore 2009
Il l'a emporté à 7 voix (contre 3 voix pour Jean-Marc Parisis, 2 pour Michka Assayas). L'écrivain, qui s'était fait remarquer avec Anthologie des apparitions, son premier roman, avait également publié en 2007 Nada exist (lire la chronique). Il est aussi, accessoirement, l'ami avec lequel Beigbeder (dernier lauréat du Renaudot et président du Flore) s'est fait arrêter pour usage de stupéfiant sur la voie publique - épisode intégralement raconté dans Un Roman Français... Dans L'Hyper-Justine, son troisième roman, Simon Liberati met en scène la rencontre entre un petit escroc et une jeune Anglaise mêlée à un projet cinématographique, inspiré de Sade, et qui pourrait être dirigé par Sofia Coppola. Le mystère Alexandre Jardin : c'est celui qui le dit qui y est (24)Posté par Myosotis le 05.11.09 à 11:50 | tags : roman, élucubration, littérature en vidéo, best-seller
C'est fait : j'ai achevé la lecture de Quinze ans après, l'acte 2 du premier grand bestseller d' Alexandre Jardin, Fanfan. Le livre dont je ferai peut-être (certainement, sûrement même) une chronique prochaine est à la fois fascinant de naïveté et de légéreté (vacuité ?) mais aussi fort intéressant pour qui s'intéresse de près au personnage Alexandre Jardin. Il faut se souvenir que ce type de 44 ans dont on ne fait plus grand cas aujourd'hui était, il y a une petite vingtaine d'années (Le Zèbre date de 1988), un véritable phénomène sociologique dans l'édition française et une sorte de pendant littéraire de Patrick Bruel pour la folie et les passions qu'il déchaînait dans son sillage. Alexandre Jardin au Salon du Livre, c'était comme East 17 chez Jacques Martin ou Barack Obama en train de s'acheter un big mac au fast-food du coin : de la folie, des hélicoptères qui tournent dans le ciel et des groupies qui se crêpent le chignon pour approcher l'artiste. Alexandre Jardin, c'était la locomotive commerciale de Gallimard avant l'arrivée d'Harry "La Poule aux oeufs d'or" Potter, l'ami des mères de tous vos copains quand vous aviez 20 ans, le sex-symbole BCBG romantique, le Byron des adhérents de la CAMIF, le Beigbeder antitrash du début des années 90, le Michel Drucker des clubs de lecture et une sorte de prototype anachronique (et talentueux) de ce que sont devenus les Marc Lévy, Gavalda Musso d'aujourd'hui. Etrangement, et comme André Agassi, Alexandre Jardin passe mal l'an 2000 et comment à épuiser la veine qu'y l'a fait vivre jusqu'ici : celle de l'amour-passion, de la séduction à outrance et du temps différé de la jouissance. Alexandre Jardin oeuvre pour la promotion des lettres et de la lecture (il fait des choses qui paraissent formidables en direction des écoles et des quartiers difficiles) et dynamite son oeuvre par des ouvrages plus personnels et autobiographiques : Le Roman des Jardin fait sensation en 2005 et sème une partie du public jardinesque en route. Comme Agassi, Jardin déclare qu'il n'a jamais aimé écrire ce qu'il écrivait (Agassi détestait le tennis, le saviez-vous). Il n'avoue pas s'être drogué mais se tape, à ce qu'on raconte, des prostituées par wagons à bestiaux : une par soir (confession à demie reprise dans le nouvel ouvrage) et deux les jours de fête.Avec Fanfan 2, Jardin tente son Lunar Park (la fausse biographie truquée est à la mode - Will Self s'y met pour son prochain, comme Beigbeder en raté, etc) et va réconcilier sa part obscure (le fou du cul) et sa part claire (la part commerciale, des coeurs romantiques et des bisounours sexuels) en mélangeant éléments de fiction (le film Fanfan, la vie d'Alexandre Jardin l'écrivain) et sa destinée singulière (l'homme Jardin, son rapport au monde de l'écriture). Si le résultat est un tantinet foireux, Quinze après est une vraie question posée au monde : mais qui est vraiment Alexandre Jardin ? Certains s'en foutent. On peut penser que la réponse à cette question (si quelqu'un la trouve) est fondamentale pour la bonne compréhension des équilibres qui soutiennent le marché du livre français, voire international. Pourquoi aime-t-on Alexandre Jardin en 1988 et plus aujourd'hui ? Pourquoi est-il important puis dépassé ? Pourquoi est-il un meilleur écrivain que Marc Lévy ? Sa dégringolade a-t-elle à voir avec son manque de sincérité ou avec la dévaluation de ses valeurs fleurs bleues ? Pourquoi Jardin est-il le seul type qui continue à s'habiller avec des pulls comme en 1988 ? Par où qu'on le prenne, le mystère Alexandre Jardin reste épais. C'est ce qui est bien. Entretien : Jean-Yves Cendrey raconte deux facettes de Berlin![]() Au début des années 90, Jean-Yves Cendrey s'installe à Berlin : il n'en découvre alors qu'une atmosphère brutale et les habitants résignés. Aujourd'hui, bien que la capitale allemande soit redevenue "aimable" à ses yeux, l'écrivain s'avoue tout de même "inquiet" des commémorations qui se préparent pour les 20 ans de la chute du mur. Entretien.
On le sait depuis… Principes du cochon, son premier livre. Jean-Yves Cendrey hait les concessions. Le dérèglement des hommes, les dérives du système, la médiocrité contagieuse des petit bourgeois. Tout ça le met hors de lui. Alors, il l'écrit. On pense souvent à deux de ses livres qui ont frappé très fort – là où ça fait mal : Les Jouets Vivants et Corps enseignant. Mais il y a aussi, en 1994, Oublier Berlin, témoignage d’une Allemagne brutale et résignée, où « les vieux démons se sont fait des têtes de skinhead ».(...) Lire l'entretien : Berlin selon Jean-Yves Cendrey
Voir aussi : Le prix Médicis 2009 pour Dany Laferrière et Dave Eggers
Le roman de l'écrivain haïtien, L'Enigme du retour (Grasset), l'a emporté à quatre voix contre une pour Justine Lévy et Alain Blottière. Le prix Médicis du roman étranger a quant à lui été remis à Dave Eggers pour Le Grand Quoi (lire l'entretien avec Dave Eggers), et le Medicis de l'essai à Alain Ferry pour Mémoire d'un fou d'Emma. Le prix Décembre 2009 pour Jean-Philippe Toussaint![]() Décerné mardi 3 novembre à Jean-Philippe Toussaint pour son roman La Vérité sur Marie, le prix Décembre aura peut-être consolé l'écrivain passé lundi à côté du Goncourt.
Le jury du prix Décembre, notamment composé de Philippe Sollers, Frédéric Beigbeder, Arnaud Viviant, Patricia Martin, Dominique Noguez ou encore Laure Adler, a choisi le roman de Jean-Philippe Toussaint, auteur phare des éditions de Minuit, à 7 voix contre 3 pour Patrick Besson et 2 pour Simon Liberati.
Tous les prix littéraires Claude Lévi-Strauss est mort
Ce sont les éditions Plon, la direction de l’EHESS et l’Académie Française qui ont annoncé la nouvelle cet après-midi. L'année dernière, le centenaire de l'ethnologue (né le 28 novembre 1908), auteur de Tristes Tropiques, avait été l'occasion de nombreux hommages à son oeuvre. Ultime consécration, la Pléiade avait publié un volume rassemblant une partie de ses oeuvres. Plus nombreux encore seront les témoignages et honneurs rendus à son travail et sa pensée dans les jours à venir, car plus qu'un chercheur, plus qu'un professeur, plus qu'un voyageur, Claude-Lévi Strauss fut aussi à sa façon un révolutionnaire, dont le mouvement dépassa largement le domaine de l'ethnologie et les cercles de l'université. Au sujet de Tristes Tropiques, Georges Bataille avait ainsi écrit : "La nouveauté du livre s'oppose à un ressassement, elle répond au besoin de valeurs plus larges, plus poétiques, telles que l'horreur et la tendresse à l'échelle de l'histoire et de l'univers, nous arrache à la pauvreté de nos rues et de nos immeubles." Le Manuel pratique du terroriste d'Al-Qaida publié chez André Versaille
Et contrairement à ce que pourrait laissait supposer un titre aussi... explicite, il ne s'agit pas là d'un ouvrage humoristique, comme on en a vu paraître sur Ben Laden. L'éditeur André Versaille, dont la maison est notamment spécialisée en histoire et en politique internationale, prendra d'ailleurs le soin de justifier la publication "sérieuse" de ce document dans une note intitulé "Pourquoi avons-nous décidé de publier ce brûlot ?" Le texte en question, retrouvé en 2000 par des enquêteurs britanniques au domicile d’un membre présumé d’Al-Qaida, n'est pas « un texte de plus sur Al-Quaida, ni un discours d'Al-Qaida à des fins de propagande » : « j'avais sous les yeux Al-Qaida elle-même dans sa parole la plus secrète », explique André Versaille. Ce sont finalement les avis de plusieurs experts d'Al-Qaida qui l'auraient convaincu de « le mettre à disposition du public ». Cependant, l'éditeur a beau insister sur l'utilité publique de cette publication et la mise en place de nombreuses précautions - comme celle de « supprimer les passages qui expliquent dans le détail comment frapper mortellement un individu, produire des poisons ou fabriquer des explosifs », ou celle d'intégrer une préface de 30 pages d'Arnaud Blin, spécialiste du terrorisme - comment ne pas douter de la dimension pédagogique d'un ouvrage qui décrit « méthodiquement, de manière presque clinique, en dix-huit leçons, comment se fondre dans le paysage d'un pays occidental, échapper aux poursuites, recruter, recueillir de l'information, fabriquer de faux papiers, détruire, commettre des attentats, fabriquer des poisons, assassiner, résister aux interrogatoires, s'évader, libérer des frères capturés, le tout au nom du jihad » ? L'argument d'André Versailles : « on ne se défend efficacement contre un péril que si l'on en comprend la nature ». Par ailleurs, un autre ouvrage d'analyse complémentaire paraît en même temps que le Manuel chez le même éditeur : Le terrorisme au nom du Jihad de Philippe Migaux, autre spécialiste de la question terroriste : « Les deux se complètent : celui-ci analyse la mouvance jihadiste internationale, celui-là en présente les pratiques.» Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir fait fusionner les deux, ou alors les proposer ensemble dans un pack Ai-Qaida ? Car même si l'appareil critique est bel et bien présent dans le Manuel - "plus d'un quart de l'ouvrage" - la couverture noire et le titre du livre ne le présentent pas comme autre chose que ce qu'il est à l'origine : un manuel. Pour satisfaire votre curiosité, les premières pages de cette version démoniaque de la Bible des Castors juniors sont disponibles sur le site de l'éditeur. Frédéric Beigbeder reçoit le prix Renaudot 2009 pour 'Un roman français'
L'écrivain, habitué des médias, avait déjà beaucoup été mentionné pour ce livre dans lequel il revient notamment sur l'expérience qu'il a faite de la garde à vue. Cependant, selon la critique publiée sur Fluctuat : "Un Roman Français a beau être le livre le plus juste, le plus attendrissant et vraisemblablement le plus proche du corps/coeur de Frédéric Beigbeder, il n'en reste pas moins une offrande impossible à recevoir." Découvrez pourquoi dans la chronique d'Un roman français. Le jury du Renaudot a également remis le Prix de l'essai à Daniel Cordier pour Alias Caracalla (Gallimard) et le Renaudot du livre de poche à Hubert Haddad pour Palestine.Tous les prix littéraires sur Fluctuat Marie Ndiaye reçoit le prix Goncourt 2009 pour Trois femmes puissantes![]()
Dans ce livre très attendu, l'auteur de Rosie Carpe retrace les destinées de trois femmes confrontés à la douleur de l'exil. "Dans ce récit j'avais vraiment envie de montrer ce que vivent et ce que souffrent ces gens qui tentent l'exil vers l'Europe en général. J'ai vu comme évidemment presque tout le monde ici des documentaires à ce propos, et j'ai lu des articles très détaillés à ce sujet. Il y a une chose vraiment qui me frappe c'est que ces gens sont vraiment des héros : ils traversent des épreuves inimaginables d'horreur de brutalité et je les trouve d'une vaillance inouïe" nous expliquait-elle au cours d'un entretien filmé par Fluctuat. Marie Ndiaye succède ainsi à Atiq Rahimi, primé l'année dernière pour Syngué Sabour. Les autres auteurs sélectionnés pour la finale du Goncourt 2009 était Laurent Mauvignier (Des Hommes), Jean-Philippe Toussaint (La Vérité sur Marie), et Delphine de Vigan (Les heures souterraines). Voir l'entretien vidéo avec Marie Ndiaye Lire la chronique de Trois Femmes puissantes Tous les prix littéraires sur Fluctuat |
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