Archives > Août 2009Sacha Sperling, séduisant ou énervant?Posté par Madeleine le 31.08.09 à 16:57 | tags : actu de la rentrée
Il est le fils de ses parents. Sans jouer au journaliste aigri, difficile de croire que Sacha Sperling bénéficierait de la même couverture médiatique s'il n'avait pas le papa (Alexandre Arcady) et la maman (Diane Kurys) qu'il a. L'intéressé soutient qu'il n'était le fils de personne jusqu'il y a quelques semaines. Peut-être, mais aujourd'hui, sa filiation jette de l'huile sur le feu déjà bien alimenté de l'écrivain précoce, provoc juste ce qu'il faut. Il a 19 ans. Inexpérimenté et spontané, il est capable de sortir des phrases du genre "Ecrivain, ce n'est pas un métier, pour moi. Métier, quel mot affreux pour parler d'un écrivain!". Mettons ça sur le compte de la jeunesse. Il n'est pas formaté. On s'attendait à rencontrer un joli produit bien emballé, une marionnette au discours déjà réchauffé. C'est tout l'inverse. Non pas que son propos soit d'une fantaisie folle, mais il échappe aux clichés assénés avec suffisance. Sacha Sperling emploie des gros mots du genre "modernité", " monde absurde", "aujourd'hui les jeunes", mais étonnamment, ça passe. Il est très 2009. Par plusieurs aspects, Sacha Sperling incarne tout à fait son époque. Américanophile, fan de Burroughs et consorts, il ne se reconnaît pas dans la production culturelle française contemporaine. Concernant sa génération, il estime que sa particularité est qu'elle a accès plus vite aux images et aux informations - et aussi à la violence. Autant de moyens de s'échapper sans sortir de chez soi. Résultat : des romans à l'image de Mes illusions, qui expriment un "besoin d'ailleurs", "besoin de sens", mais qui restent cloisonnés à un arrondissement de Paris. Il a du talent. Avant de s'atteler à Mes illusions, Sacha Sperling n'avait jamais écrit. Il n'a pas connu la galère de l'inspiration asséchée ou du manuscrit refusé. Publier? Un jeu d'enfant.
Voir aussi: - Diaporama: 18 ans, et déjà un roman - Les ados dans les romans de la rentrée littéraire. - Le dossier sur la rentrée littéraire: entretiens, vidéos, chroniques. Sara Stridsberg ressuscite l'auteure du SCUM ManifestoPosté par Madeleine le 31.08.09 à 11:33 | tags : actu de la rentrée
Certains romans féériques ne révèlent leur qualité de chef-d'œuvre qu'une fois terminés, reposés et brièvement détestés. Pendant 410 pages, La Faculté des rêves est un puzzle noir, ultrasensible, halluciné, au désespoir. A la 411e, la dernière pièce est posée, l'héroïne meurt pour de bon (on le sait dès la première page) et cette mort enfin dite, vécue jusqu'à l'incandescence, scelle le texte comme on referme un tombeau.De quoi s'agit-il ? De Valerie Solanas, pute hystérique, martyre américaine, génie féministe, clocharde céleste, d'une femme surhumaine et atrocement fragile qui, le 3 juin 1968, tira à bout portant sur Andy Warhol - un geste inexplicable mais si logique dans sa démence qu'il fallait bien un livre en forme de cauchemar pour tenter d'en percer le sens. Lire la suite de la chronique du roman de Sara Stridsberg sur Fluctuat.
Aussi sur Flu : - Notre dossier sur la rentrée littéraire: chroniques, interviews, extraits... - Le fil d'actu de la rentrée littéraire sur le blog livres.
Le Reader's Digest va-t-il disparaître ?Posté par Myosotis le 28.08.09 à 16:10 | tags : elucubration
![]() Les annonces inquiétantes se multiplient depuis quelques mois (années) autour de la santé financière vacillante du Reader's Digest. Ceux qui ont un âge certain (une trentaine d'années, voire un peu plus) se souviennent sûrement d'avoir croisé un jour ou à la lueur d'un abonnement souscrit par leurs parents, ces revues assez singulières éditées par le Digest et qui mélangeaient articles de société, analyses politiques et sociales, témoignages surréalistes et aussi, parfois, nouvelles littéraires. Longtemps magazine familial n°1 aux Etats-Unis, associé à l'essor de la consommation de masse, le Digest a été créé en 1922 à Pleasantville, par un ancien Poilu et estropié de guerre. Son format assez particulier (petit, compact, ramassé et assez épais) le distinguait nettement des autres magazines et lui donnait une aura tout à fait inexplicable. Le Reader's Digest pour les français, c'était à la fois un concentré d'Amérique et une fenêtre ouverte sur le monde : articles sur les OVNIS, le désert de Mojave, des témoignages à l'Amérique sur des survivants, des rescapés de catastrophe qui faisaient fortune, des unijambistes qui gravissaient l'Everest, des soldats héroïques qui se sortaient de plans improbables, des types avec des cancers qui tombaient les femmes, des pilules miracles, des aspirateurs qui tondaient la pelouse, mais aussi des vampires, des loups-garous, des ours canadiens, la guerre du Vietnam, des maladies nouvelles, l'éducation. Tout et n'importe quoi. Le Reader's Digest, c'était aussi des collections de short stories où l'on pouvait lire du Mark Twain, du Kurt Vonnegut Jr, du Jack London, sans vraiment savoir qu'ils avaient écrit autre chose. Pour les snobs et dans l'imagerie "populaire" des élites, le Reader's Digest a été assez vite assimilé à une revue pour les pauvres, l'ancêtre cheap des news magazine pour les ploucs, un moyen bon marché de faire passer tout et n'importe quoi dans le même emballage. Un peu de pub, un peu de philosocio, un peu de littérature pour les ouvriers en retraite, les ménagères de 60 ans et les bas du front. Le Reader's Digest et France Loisirs dans le même bain de mépris et de dérision. Sans doute est-ce que la petite dérive people/célébrités des dernières décennies aura aidé à déconsidérer la collection. Toujours est-il qu'il y avait du charme et la poésie dans ce pêle-mêle accessible à tous, l'idée qu'une culture se bâtissait aussi sur le rassemblement d'idées hétéroclites, qu'un intellect pouvait se nourrir de tout pour vivre, que n'importe qui pouvait lire n'importe quoi (ce qui a bien disparu aujourd'hui - il y a les livres pour les élites et les livres pour les ploucs), des articles vulgarisés sur les neurosciences et se passionner pour un peintre dont il ne verrait jamais les toiles, un scène agraire du Michigan et l'ascension de l'Everest. Le Reader's Digest est un témoignage du temps où chacun ne rêvait pas d'avoir sa case individuelle pour ranger son individualité (faire un barbecue et exprimer sa personnalité), où le marché n'était pas encore fragmenté à l'extrême, où les consommateurs n'étaient pas encore ciblés au microscope marketing. Ou alors un temps où, d'une façon ou d'une autre, il n'y avait qu'une seule case, grande hospitalière et pleine de rêves américains au progrès et aux dents blanches. Selon toute probabilité, le Reader's Digest ne disparaîtra pas. Un énième plan de renflouement est en cours de préparation. Tant mieux et tant pis. http://www.rd.com/
Emily Brontë au top grâce à Stephenie Meyer
![]() "Si vous avez aimé Fascination, vous adorerez Les Hauts de Hurlevent": voilà ce qu'on peut lire sur la quatrième de couverture d'une édition récente du classique d'Emily Brontë. "Cathy et Heathcliff, amis depuis l'enfance, sont unis par une passion dévorante, qui franchit tous les obstacles. Même la mort !" Et la couverture n'est pas en reste : noire, une fleur blanche en son centre, et la sentence-universelle-et-tragique "L'amour ne meurt jamais" inscrite en bas de page.
Tiens donc, Les Hauts de Hurlevent serait donc un roman fantastique ? Pourtant, sous la plume d'Emily Brontë, Catherine et Heathcliff se déchirent avec tant de passion qu'ils finissent par en mourir, mais point de baisers mortels et de métamorphoses au clair de lune. En tout cas, l'ouvrage cartonne dans sa nouvelle édition, qui s'est vendue au Royaume-Uni à plus de 10 000 exemplaires depuis sa sortie en mai dernier. Forcément, avec une telle annonce, certains Meyrophiles risquent d'être déçus. Sur un site de vente de livres, l'un d'eux déplore qu'"Il n' y ait que cinq pages qui parle de leur amour. Le reste parle de douleur, de tristesse, et des histoires d'autres gens". Une autre lectrice demande si le livre est écrit en ancien anglais ou en anglais moderne. Si Heathcliff entendait ça...
Lire aussi: - Selon Stephen King, Stephen King ne sait pas écrire USA: Un livre de recettes des sixties en tête des ventes![]() 48 ans après sa sortie, le livre de recettes Mastering the Art of French cooking débarque en tête des ventes américaines pour la fin du mois d'août. Selon le classement du New-York Times, l'ouvrage de Julia Childs est numéro un dans la catégorie des manuels. Mastering the Art of French cooking réunit plus de 500 fameuses recettes de cuisine françaises. "En un mois, j'ai vendu sept fois plus d'exemplaires de Mastering que je n'en vends d'habitude en un an", s'est félicité Lee Stern, de Barnes and Nobles, qui édite le livre. En un demi-siècle, la cuisine de Julia Childs a pourtant pris un petit coup de vieux. A l'époque, l'auteur déclarait qu' "un peu de beurre ne peut pas vous faire de mal". Le diététique, très peu pour elle. "Je comprends maintenant pourquoi la génération plus âgée a fait autant de crises cardiaques", a conclu une habitante de la Floride, après avoir préparé un boeuf bourguignon façon sixties. Délicieux, mais pas franchement hypocalorique.
Source: The New-York Times. Dave Eggers s'interroge sur le Quoi du comment
Dave Eggers a sans doute un problème avec le réel : l'un de ces problèmes irritants et splendides dont se nourrit la littérature. Dans Une oeuvre déchirante d'un génie renversant, autofiction impertinente et volontiers frimeuse, il racontait son existence de façon « légèrement » romancée. Un vrai roman et un recueil de nouvelles plus tard, il raconte l'existence d'un autre sans plus de soucis apparents pour l'exactitude des faits... Lire la suite de la chronique du Grand Quoi sur Fluctuat.
Aussi sur Flu : - Notre dossier sur la rentrée littéraire: chroniques, interviews, extraits... - Le fil d'actu de la rentrée littéraire sur le blog livres. En images: 18 ans, et déjà un romanPosté par Madeleine le 27.08.09 à 08:18 | tags : actu de la rentrée
Il n'y a pas que Rimbaud et Françoise Sagan à avoir donné la priorité à l'écriture sur le lycée: tous les deux ou trois ans environ, la rentrée littéraire dévoile son nouvel auteur surdoué. On se souvient de Hell de Lolita Pille, porte-voix (gentiment) provoc de la jeunesse dorée, devenu culte chez les ados, et de Faïza Guène qui avec Kiffe kiffe demain, avait incarné la "littérature des banlieues"... Découvrez le diaporama des écrivains précoces Dans la veine lycéenne, plusieurs récits de cette rentrée littéraire mettent en scène l'adolescence. Nouvelles expériences, crises identitaires et premiers ébats: Lire l'article sur les ados dans les romans de la rentrée 2009.
Sur Flu: - Le dossier sur la rentrée littéraire: entretiens vidéos, extraits, chroniques.
La Ferme: les vacances chez maman avec John Updike
Du coup, je n'ai relu d'Updike que le minimum et surtout pas ce que j'avais prévu de lire, à savoir la série des Rabbit, sa séquence principale, la plus connue, la plus amusante peut-être et la plus emblématique sûrement de ce qu'il essayait de faire. En guise de cache-misère, je m'en suis tenu à lire 2 ouvrages que je n'avais jamais lus avant qui sont Ce que pensait Roger (roman de 1986) et La Ferme (qui date de 1965). Du premier, je ne dirai pas grand-chose parce qu'il est tout simplement à lire. Le titre original est Roger's Version, ce qui n'a rien à voir avec la traduction et trompe considérablement le lecteur. Ce que pensait Roger met en place un dialogue incroyable et passionnant entre un scientifique et un théologien. C'est à la fois très difficile à lire (beaucoup de conversations scientifiques de "haute" volée) et très drôle et accessible (le thème principal ou second reste l'adultère, l'amour,...). Le roman a d'ailleurs été interprété (je ne me souviens plus pourquoi) comme une variation sur la Lettre Ecarlate de Hawthorne. En ce qui concerne La Ferme donc, c'est un tout autre univers mais le même romancier. Updike a 3 spécialités : le couple, l'homme dans le couple, le monde en dehors du couple ou en dehors de l'homme dans le couple. Cette description est complètement réductrice de son travail mais vaut assez pour La Ferme, qui raconte la villégiature d'un homme avec sa nouvelle épouse chez sa mère âgée. Celle-ci vit depuis des années dans une ferme qu'elle a de plus en plus de mal à faire tourner. Le roman parle donc de la ferme, des rapports entre un homme "normal", sa mère, des rapports entre son fils et sa belle-mère, entre sa nouvelle femme et son ancienne, sa nouvelle femme et sa vieille mère. Il est toujours impossible de dire ce qui est bien dans un roman d'Updike (en cela, je suis aussi nul que Nicholson Baker) car il n'y a guère que les situations et le style qui comptent. Les situations sont normales ici : des scènes de travail au champ, des faux départs, des brouilles, des secrets de famille, des non-dits. Le style est updikien, parfait dans sa manière de manier les adjectifs, économique, limpide mais en même temps grammaticalement sophistiqué et précieux. D'une certaine façon, le lecteur a toujours l'impression (j'imagine que le rendu est identique lorsque Updike écrivait une liste de course), lorsqu'il lit Updike, que tout est pensé et que les mots sont tous si intelligemment agencés qu'il n'est pas permis de les contester. Son sens de l'équilibre donne au tout une légèreté extraordinaire, une impression de naturel qui est à l'opposé de ce que réussit un type comme Zola dans une forme contraire de réalisme. La Ferme est donc un roman vraiment phénoménal car tout à fait anecdotique et dispensable. Ce n'est pas le plus impressionnant de l'oeuvre d'Updike, pas le plus drôle, pas le plus virtuose mais c'est l'un des plus attachants et des plus justes, un témoignage à "hauteur d'homme" de ce qui fait qu'un écrivain génial est un écrivain génial, c'est-à-dire la capacité à assurer l'essentiel non pas sur la longueur d'un roman (ce serait trop facile), d'une oeuvre (c'est impossible), mais bien sur chaque mot qu'il écrit. Oups, encore un bon sujet pour les futurs bacheliers et une réponse qui fait phosphorer...
Lire aussi: Marie NDiaye vs Véronique Ovaldé : des femmes puissantesPosté par Céline le 25.08.09 à 10:29 | tags : actu de la rentrée
![]() A priori, le travail littéraire des deux femmes n'appelait pas de comparaison. A en juger pourtant par les romans qu'elles publient chacune pour la rentrée, Marie NDiaye (Trois Femmes Puissantes) et Véronique Ovaldé (Ce que je sais de Vera Candida) ont bien plus de points communs que ne le laissaient supposer leurs titres précédents. Triptyque de femmes. Dans les deux romans, ce sont trois femmes qui appellent le récit. Chez Marie NDiaye, elles s'appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Chez Ovaldé, Rose, Violette et Vera Candida. Toutes sont éprises de liberté et d'indépendance (à quelques exceptions près), et ont à fuir fantômes et mauvais souvenirs. Et qui dit histoire de femmes fortes dit-il féministe ? Si Marie NDiaye affirme ne jamais avoir "d'intentions engagées" lorsqu'elle écrit, Véronique Ovaldé, elle, reconnaît volontiers être préoccupée par le "parcours incroyable" de certaines femmes, et penser qu'"il est malgré tout plus difficile, aujourd'hui encore, d'être une femme qu'un homme". Quitter sa terre. Le thème de l'exil habite également les deux romans. Dans Trois femmes puissantes, l'exil est forcé et douloureux le plus souvent. Les héroïnes d'NDiaye quittent le Sénégal, et sont amenées tantôt à le regretter, tantôt à subir une longue marche destructrice vers l'Europe rêvée. La Vera Candida d'Ovaldé, elle, quitte une île tropicale et étouffante - Vatapuna - pour aller éprouver le monde et faire l'apprentissage d'une indépendance plus ou moins épanouie. Près du corps. Pas question pour les deux écrivains de passer sur la souffrance physique de leurs personnages. Les corps sont meurtris, malmenés, abusés, dans un roman comme dans l'autre. Pour Marie NDiaye, c'était là une façon "d'être au plus proche de la réalité". Le rire ou la gravité. L'une, Marie Ndiaye, est davantage dans l'introspection, quand l'autre, Véronique Ovaldé propose une narration au sens le plus classique du terme : "J'avais envie de prendre le lecteur par la main et de lui raconter la grande histoire de toutes ces femmes", explique-t-elle. La première donne à lire quelque chose de grave, et s'est pour cela largement documentée sur la condition des exilés. La seconde n'hésite pas à imprégner son récit de petites touches d'humour, et l'ensemble de ses personnages sort d'ailleurs tout droit de son imaginaire. Mais dans les deux cas, l'écriture, même si elle s'emploie à décrire les angoissantes profondeurs de l'être humain, n'en reste pas moins lumineuse et élégante. Véronique Ovaldé résume bien sa démarche : "J'ai besoin que ce soit la fée Clochette qui vous raconte une histoire de viol". Pour en savoir plus sur ces deux romans : voir notre entretien vidéo avec Marie NDiaye et notre entretien vidéo avec Véronique Ovaldé. La fronde contre Google Books grandit
![]() Les opposants au projet Google de numérisation des livres ont jusqu'au 4 septembre pour rejoindre l'Open Book Alliance, qui rassemble les adversaires du projet. Le tribunal de New-York examinera ensuite la requête déposée par la coalition contre Google Books. En route vers Google, la bibliothèque géante?
En quoi consiste l'accord ? En octobre 2008, Google Books s'est mis d'accord avec la Guilde américaine des auteurs, l'Association des éditeurs américains et cinq grandes maisons d'édition pour continuer de numériser les ouvrages, y compris ceux protégés par le droit d'auteur. En échange, Google reversera aux signataires 63 % des revenus tirés du site (publicité, abonnements, vente en ligne). C'est quoi le problème ? Selon l'Open Book Alliance, coalition qui réunit des représentants de bibliothèques, de journalistes, et maintenant des géants du Web (Microsoft, Amazon et Yahoo !), l'accord revient à donner à Google le monopole sur la numérisation des livres, notamment ceux épuisés ou tombés dans le domaine public. En France, le groupe Hachette La Martinière poursuit la procédure entamée en 2006 contre Google Books. Les éditeurs français sont aussi concernés par l'accord, puisque celui-ci couvre tous les ouvrages publiés sur le sol américain. Le Syndicat National de l'Edition doit décider s'il rejoint ou non la coalition. Lire aussi: - Google vs Europeana, la guerre des portails numériques de livres. - Google va proposer des millions d'ouvrages en ligne - Google vs éditeurs: Allemands et Italiens jettent l'éponge
L.A Story: L'odyssée urbaine de James Frey
En 1985, un jeune prodige de vingt ans prenait le pouls d'un Los Angeles exsangue plombé par le soleil et l'ennui. Bret Easton Ellis ne parlait que de ce qu'il connaissait, alors : le fric, la perte des valeurs, le vide engendré par le fric. Son livre s'appelait Moins que zéro. L.A. Story procède d'une démarche beaucoup plus généraliste : rien moins, comme l'indique son titre français, que la tentative d'épuisement d'une ville, une sorte de "Los Angeles pour les nuls", brûlant et bariolé...
Lire la suite de la chronique sur Fluctuat. Toute la rentrée littéraire sur Flu: interviews, extraits, chroniques.
Ecoutez le seul enregistrement de Virginia WoolfPosté par Madeleine le 21.08.09 à 11:07 | tags : littérature en vidéo
De Virginia Woolf, on connaît les romans: Mrs Dalloway, Les Vagues, à la rigueur le visage. Il est même possible de l'entendre parler, grâce à un enregistrement de la BBC, datant de 1937.
Frédéric Beigbeder : le hussard prend du poids Repousser les avances d'un écrivain sincère compte parmi les choses les plus difficiles à faire. Un roman français a beau être le livre le plus juste, le plus attendrissant et vraisemblablement le plus proche du corps/coeur de Frédéric Beigbeder, il n'en reste pas moins une offrande impossible à recevoir.
Néoclassique sur sa forme, versaillais (dirions-nous jadis), petitement droitier (à la façon des hussards, Nimier & co qu'il affectionne, de Nourrissier et de quelques autres), le roman est une autobiographie soignée (et joliment écrite), un brin romancée mais littérairement inepte et mise en scène maladroitement par l'ancien ludion de la scène littéraire hexagonale. Comme Sarkozy depuis quelques mois, l'homme Beigbeder a changé... Lire la suite de la chronique sur Fluctuat Toute la rentrée littéraire sur Fluctuat : chroniques, interviews, extraits... L'écrivain Alain de Botton squatte le Terminal d'Heathrow "Dans l'aube sans nuage, plusieurs avions, tels des diamants solitaires, se sont élevés à différentes hauteurs ..." Sur un banc de l'aéroport d'Heathrow, à Londres, est assis en ce moment un homme qui n'attend aucun vol. Sur invitation de l'aéroport, Alain de Botton, écrivain suisse, auteur de Comment Proust peut changer votre vie, en est devenu pour une semaine l'observateur attitré : passagers en transit, bagages perdus, vols annulés... Tout ce qui rythme le quotidien d'un grand aéroport. L'auteur prend note, et en simultané, un écran géant retransmet ses réflexions (reproduites sur le site The Faster Times).
Alain de Botton s'est assuré une complète liberté d'expression avant d'accepter la proposition d'Heathrow, explique t-il au Guardian. "Il y a beaucoup d'endroits du monde moderne qui nous échappent, car nous ne pouvons pas y entrer", dit-il. Un vrai passionné, qui considère que les aéroports incarnent "tous les grands thèmes abstraits : le pouvoir de la technologie, la mondialisation, le débat sur l'environnement, la frénésie des lieux de travail modernes" (AFP). Le terminal 5, où est installé l'auteur, a été longtemps paralysé par un problème informatique, en 2008. L'administration d'Heathrow espère peut-être que le regard éclairé du suisse, qui a signé un essai intitulé The Art of Travel, l'aidera à résoudre ses difficultés techniques. Ou mise-t-elle juste sur le coup de pub? Les pensées d'Alain de Botton seront publiées le mois prochain, probablement sous la forme d'un reportage. L'aéroport d'Heathrow en distribuera 10 000 exemplaires à ses passagers. De quoi les faire patienter en cas de retard de vol, par exemple.
Image : site de l'aéroport d'Heathrow. Entretien avec Marie NDiaye autour de son nouveau roman Le nom de Marie NDiaye est l'un de ceux qui aura le plus circulé en ce début de rentrée. Très attendu par la critique et par ses lecteurs, Trois Femmes Puissantes est le premier de ses romans à se dérouler en terre africaine. Et s'il y est question d'exil, de souffrance, de départs impossibles, c'est parce que l'écrivain a voulu "être au plus proche de la vie", comment elle nous le confie lors d'un entretien filmé par Fluctuat. Lire aussi : Le dossier rentrée littéraire : chroniques, interviews, extraits. Quand Ben Laden fait de la pub pour une BDTout est bon pour faire parler de soi. 12bis éditions, qui publiera le 11 septembre la BD Ben Laden dévoilé, a posté sur Youtube un montage vidéo où l'on voit Oussama Ben Laden encourager les femmes salafistes à « enlever le voile et la burka », pour que l'Islam « prenne le train du progrès et de la modernité».
La sortie de Ben Laden dévoilé, signé par le dessinateur Philippe Bercovici et le controversé Mohamed Sifaoui (qui relaie la vidéo sur son blog), est prévue huit ans exactement après les attaques du Word Trade Center. Le livre se présente comme la première BD-enquête sur le chef d'Al-Qaïda. Une promo provoc, d'un goût exquis, qui devrait assurer une pub efficace au livre. Dans la veine satirique, 12 bis éditions ont déjà publié les trois tomes de La face karchée de Sarkozy.
Voir aussi : Super-héros islamiques et super-héros américains: la rencontre Tintin, Astérix, Babar... A qui appartiennent les héros de notre enfance ?Si vous aviez l'intention de vous lancer dans un commerce non déclaré de mugs à l'effigie de Tintin, méfiez-vous : Nick Rodwell, grand protecteur des droits de l'oeuvre d'Hergé, risque de vous sauter à la gorge. Récemment, il s'en est pris sur son blog à des journalistes qui critiquaient sa gestion rigide de l'héritage du dessinateur. Et le mois dernier, les éditions Arconsil ont été condamnées à verser 40 000 euros à la société Moulinsart, suite à la publication de la série parodique Les aventures de Saint-Tin.
Le site Internet Tintin.com précise d'ailleurs les choses: "La société anonyme Moulinsart est titulaire exclusive, pour le monde entier, de l'ensemble des droits d'exploitation de l'œuvre d'Hergé, en particulier Les Aventures de Tintin. Le droit d'auteur protège non seulement les albums de bande dessinée et les dessins, scénarii, textes(...). Les adaptations de l'œuvre d'Hergé sont également protégées (les films, dessins animés, pièces de théâtre...) de même que ses dérivés (sculptures, figurines, livres...)". Marques déposées, droits d'auteur... Chaque personnage de fiction célèbre, même patrimonial, suppose des interdits et des libertés d'exploitation. En voici cinq exemples.
Lire aussi : Les Schtroumpfs sont-ils communistes? Tintin a 80 ans et fait toujours polémique. Babar, frenchy préféré du New-Yorker. En images : Des trésors de la bd se mêlent à l'art contemporain N.S.O. : Le space-opera d'un genre nouveau
Rappelons que le Space-Opera est un pilier de la culture SF dont les historiens situent l'apparition en 1915 avec "La curée des astres" de E.E. "Doc" Smith. Genre guerrier et conquérant par excellence, le space-opera fut longtemps l'illustration de la volonté de puissance de l'occident envers les peuples considérés comme moins favorisés (et pour le coup ici, il s'agit souvent d'extra-terrestres évidemment). Au delà de cette aspect politique un rien rebutant, c'est aussi – et ce, dés le début - un genre divertissant par excellence. Grandes aventures, conquêtes spatiales et immenses vaisseaux intergalactiques, sans oublier une multitude de planètes exotiques et leurs habitants plus ou moins belliqueux, font parti des ingrédients obligés du genre. C'est Paul McAuley qui, avec son humour inimitable, détient la meilleur définition en décrivant les space-operas classique comme "des intrigues d'un romantisme extravaguant, avec des empires englobant de nombreuses étoiles et des vaisseaux défiants des années lumières, dont la construction à un seul exemplaire épuiserait les réserves en métal de tout un système solaire..."
Aujourd'hui, après une longue mise en sommeil, le space-opera est de retour et comporte évidemment toujours tous les ingrédients d'un bon divertissement, mais il est aussi plus réaliste. Après la vague cyberpunk des années 80 et l'explosion technologique des années 90, le genre se voit obligé de faire face aux aléas de notre époque, comme le reste de la science-fiction, avec une bonne dose de nihilisme et de pessimisme politique et social. C'est ainsi que le N.S.O., apparaît dans le courant des années 90 avec des auteurs tels que M. John Harrison, Iain M. Banks, Gregory Benford, Dan Simmons, Lois McMaster Bujold, et bien d'autres.
Tous ces auteurs sont présents dans la somme que présente les éditions Bragelonne pour la première fois en traduction française. N.S.O, le nouveau space-opera apparaît comme le manifeste d'un mouvement incontournable et évolutif de la science-fiction. Gardner Dozois, à qui l'on doit la popularisation du terme "cyberpunk", y déploie sous nos yeux tous les trésors du New Space Opera contemporain en 18 nouvelles. Des univers multiples, partagés entre Hard Science et réalisme politique/scientifique, sans oublier des créatures étranges, des rencontres impossibles, des voyages à plusieurs années lumières, voir des périples dans le temps (le temps et l'espace bien sûr, mais aussi souvent, "le temps est l'espace"), des guerres sans fin, des mondes à la biosphère exubérante, le tout imaginé par les ténors de cet informel "mouvement", de Greg Egan à Robert Silverberg.
En images : les auteurs les plus menacés du monde, de Saviano à SoyinkaA moins de trente ans, il a témoigné devant des journalistes du monde entier. Vendu des millions et des millions d'exemplaires de son livre, Gomorra. Dans une tribune publiée dans le Times, Roberto Saviano avoue pourtant ne pas pouvoir s'en satisfaire. Recherché depuis trois ans par la mafia napolitaine, il souffre. De la peur, de la solitude, du regret.
Une situation d'exil qui rappelle que, dans d'autres pays et d'autres contextes, nombreux sont les écrivains qui ont risqué - parfois donné - leur vie pour défendre leurs idée. En lutte contre la dictature, l'injustice, l'obscurantisme, l'oppresion et la censure en tout genre, ils ont tous brandi leur plume au nom de la liberté, au point d'être assassinés, emprisonnés, chassés. Retour en images sur quelques-unes de ces grandes figures résistantes, avec notre diaporama des écrivains en danger. Eugène Ionesco : pas roumain, pas fasciste ?
Ses arguments ? Ionesco a quitté la Roumanie, c'est en France et en français qu'il a écrit - le français étant d'ailleurs la première langue qu'il aurait appris. Pas question alors, pour la fille, de voir célébrer son père en Roumanie sous le nom d'Eugen Ionescu et en temps qu'écrivain roumain. Le Cotidianul ne semble pas prêt à faire disparaître si facilement les origines du dramaturge, qui non seulement a suivi ses études en Roumanie, mais fut également, une fois installé en France, attaché culturel du gouvernement d'Antonescu à Vichy. "J'en ai assez que les origines roumaines de mon père soient exhibées comme un boulet". Car au regard de l'histoire, qui dit roumain dans les années 30 dit potentiel fasciste. Ainsi certaines recherches associent-elle l'auteur de Rhinocéros aux "rhinocéros" - le nom donné aux fascistes du régime Antonescu. D'autres explorent la piste d'une complicité fascisante, qu'il aurait partagé avec Cioran et Mircea Eliade. En voulant étouffer à tout prix les origines roumaines de son père, Marie-France Ionesco n'incite-t-elle pas justement les chercheurs à s'y intéresser d'encore plus près ? Un livre sur Michael Jackson par Yann Moix, ça va de soi ?
Tout est tellement logique, pourtant. Puisque l'auteur de Podium, également journaliste au Figaro, aime et connaît la musique. L'analyse qu'il fait de la figure du chanteur en est sans doute la preuve. Dans une interview publiée par le quotidien, il explique ainsi "qu'entre les poèmes sulpiciens de la petite Thérèse et Billie Jean, il y a aucune réelle différence" ou encore que "la société de consommation n'est pas seulement friande de biens matériels, mais aussi de biens immatériels, comme la panique (vache folle, grippe A…) ou l'idolâtrie (Ben Laden, Michael Jackson…). Et où classer alors les 15000 exemplaires de son livre à paraître ? Peut-être aux côtés des nombreux autres titres parus sur le roi de la pop depuis sa mort ? Lire aussi : Le rapport entre Hölderlin et Michael Jackson est pourtant évident En vidéo : Nick Cave lit un extrait de son nouveau romanThe Death of Bunny Munro, le deuxième roman du chanteur Nick Cave, sortira début septembre. Pour faire patienter son public, l'ancien leader de The Birthday Party a posté sur son site Internet plusieurs vidéos où il lit des extraits de son livre.
Après Et l'âne vit l'ange, paru il y a 20 ans, le rockeur australien entre dans la peau de Bunny Monro, VRP solitaire, toxico et dépravé, qui tente de surmonter le suicide de sa femme. Mais mieux vaut encore écouter l'auteur en personne. Nick Cave qui ne chante pas, c'est bien aussi. A noter que le rocker est décidément très au fait des nouvelles tendances : The Death of Bunny Munro sortira en même temps en version électronique sur Iphone, accompagné d'une bande son composée par Mr Cave et Warren Ellis, un de ses comparses de The Bad Seeds, et d'un enregistrement audio du récit. Nick Cave serait-il en train de révolutionner la lecture?
Sur Flu: Pourquoi publier son livre sur Twitter n'a rien d'innovateur![]()
En juillet dernier, Matt Stewart, auteur de "The French Revolution", déclare : "Autant que je sache, je suis la première personne à publier tout un roman sur Twitter". Twitteroman éditeur, « Cyber-éditeur de littérature publiée sur twitter », s'insurge aussitôt, estimant être sur le coup depuis bien plus longtemps. On ne compte pas, en outre, le nombre de personnes qui nourrissent, seuls dans leur coin et sans oser l'avouer à personne, le projet de twittécriture qui les rendra enfin célèbres. Trouver de nouvelles façons de faire entrer en résonance de nouveaux outils et la création littéraire ? Oui. Mais la seule forme fragmentée du tweet est bien loin de suffire, elle, à faire de best-seller les quelques auteurs dont on a pu entendre parler - ou pas. Parce que de toute façon, avant Twitter, il y avait déjà le cadavre exquis.
Sinon, pour un usage plus classique et sans velléités littéraires, vous pouvez suivre le Twitter de Flu Mort de Thierry Jonquet, pilier du polar social Digne héritier de Manchette et de Giovanni, il était l'un des auteurs phares du polar français. Thierry Jonquet est mort dimanche à Paris, à l'âge de 55 ans, ont annoncé aujourd'hui les éditions du Seuil.Engagé - même s'il détestait ce mot - généreux, prolifique, l'écrivain avait signé une vingtaine de romans, variant le plus souvent ses thèmes d'un livre à l'autre, mais imprimant à chacun la même noirceur : « Des intrigues où la haine, le désespoir se taillent la part du lion et n'en finissent plus de broyer de pauvres personnages auxquels je n'accorde aucune chance de salut », écrivait-il dans Rouge, c'est la vie (1998). Son expérience de travail dans le milieu hospitalier, notamment en gériatrie et dans un établissement psychiatrique, auront sans doute orienté son écriture vers les motifs sans issue que sont la mort, la folie.
Sur Fluctuat : lire un entretien avec Thierry Jonquet réalisé en 1999. Photos © BALTEL/SIPA Dracula, la suite par le neveu de Bram Stoker
Site internet, blog, groupe Facebook, Myspace... Penguin déploie la panoplie désormais classique du marketing sur le web, mais récolte un succès encore modeste, puisque la page Facebook réunit à peine 300 membres (la page du Lost Symbol atteint les 800, pas folichon non plus), et le Myspace du livre, une soixantaine. D'ici octobre, la mayo a le temps de prendre - ou de tourner.
En France, c'est Michel Lafon qui publiera Dracula: The Un-dead.
Bonus: sur le site de Dracula: The Un-dead, on peut tester son « Dracula QI ». Mon résultat minable de 2/10 m'a valu un aimable conseil : « Ressaisissez-vous avant son RETOUR... ». Flippant, non ? Cinq livres qui vous feront détester la plageMarre des tops, des diaporamas, des sujets été à la noix qui vous passent l'envie de lire des romans vraiment déprimants, pluvieux et sans SEXE du tout.... Plus que quelques semaines à tenir avant que ne débarquent les remorques de romans, essais, romans, romans, romans de la rentrée littéraire. Juste un petit classement pour la route, un dernier petit classement ensoleillé, une petite liste anodine, sympa, qui donne la pêche et le teint halé. Lire à la plage. Ne pas lire à la plage. Lire des livres qui sentent la plage ou qui parlent de la montagne. Des livres trash, drôles, tristes, des polars. On les a tous fait, les tops, les classements ? Il n'en reste aucun. - Mais comment faire l'année prochaine. Misère du journalisme. Les livres qui vous aideront à haïr la plage ? - On l'a pas celui-là. C'est parti alors.
5. Corps de femmes, regards d'hommes de Jean-Claude Kaufmann : Ahhh Kaufmann, ses délires sur les tâches ménagères et son best seller en poche culte "Corps de femmes, regards d'hommes" ou la sociologie des seins nus. Huit ans après, on a jamais trouvé mieux pour décrire précisément ce qui se passait autour de notre serviette de bains. La couverture du Poche est excitante comme un film porno avec son petit sein doré qui prend la lumière. A suivre dans nos magazines de l'été cette année : pourquoi les jeunes générations ne se mettent plus seins nus ? Souci éthique ? Pudeur ? Peur de perdre les tétons brûlés ? Cancer de la peau. Relisons Kaufmann : le sein nu (et la chatte à l'air non épilée...), c'est la liberté ! Olé.
4. Web de John Wyndham. Dernier roman de Wyndham avant sa mort, Web raconte l'histoire assez moderne d'une colonie d'idéalistes venus s'implanter sur une île du Pacifique rachetée par un milliardaire pour démontrer que, malgré les guerres, le crime, la jalousie, l'homme peut refonder une civilisation sur des valeurs sympas. Wyndham fait son trip hippie pendant quelques dizaines de pages avant que l'île ne révèle sa vraie nature : elle est pleine d'araignées.... Beurk.
3. La Tempête de William Shakespeare. Là encore, la plage n'est pas aussi sympa qu'on croit. Prospéro s'emmerde sur son île et l'île est hostile : des fées, des esprits, un gros monstre gentil en Caliban, des tempêtes mais aussi l'amour. Et l'amour à la plage... évidemment. Mais il faut dire à la décharge de Shakespeare que la pièce a été jouée pour la première fois en 1611, date à laquelle le tourisme balnéaire n'existait pas sous la forme actuelle. La pièce reste une merveilleuse création onirique, un chef d'oeuvre de drame, de fantaisie et de réflexion sur ce qu'est l'art.
2. Robinson Crusoé de Daniel Defoe. D'après un récent sondage, un certain nombre de personnes confondent aujourd'hui en Angleterre Daniel Defoe et Willem Dafoe, l'Antichrist aux fesses fermes de Lars Von Trier et le méchant Bouffon Vert de Spiderman. C'est tout de même un comble mais c'est vrai que Robinson Crusoé a tout juste 290 ans et que les jeunes générations trouvent un peu lointaine cette histoire d'île déserte depuis que Tom Hanks lui a fait un sort moderne au cinéma. Lire Robinson Crusoé, cela reste magique. Mais lire Robinson Crusoé au Cap Ferret ou à Valras, c'est un peu naze.
1. La Plage d' Alex Garland : Quoi qu'on en pense (surtout si on a vu le film), la lecture de La Plage d'Alex Garland reste après des siècles un souvenir de lecture magnifique. Avec Fight Club de Palahniuk en version trash, le livre reste l'épopée néohippie la plus cruelle de ces vingt dernières années. Même s'il faut maintenant dépasser le traumatisme de Leonardo DiCaprio embrassant Virginie Ledoyen sur du New Order de mauvaise facture pour le lire, La Plage est un grand livre, à lire quand on est revenu et qu'on commence à avoir la nostalgie des cocotiers, des seins nus et du surf.
Martine ou Caroline et ses amis à la plage/ Oui-Oui à la plage : Indissociable souvenir des vacances en famille. Martine (la best seller du livre de lecture), Caroline, sa cousine par alliance et puis Oui-Oui. Ils ont bien vécu. Placés en institution aujourd'hui mais cela n'empêche pas leurs aventures d'être rééditées. Tous ces emmerdeurs allaient à la plage dans le temps. Ils jouaient à la balle, sautaient dans les vagues, faisaient des châteaux de sable. Ils avaient un chien et même des amis. Ils portaient souvent des maillots de bains rouges pour être plus visibles et parfois... se perdaient avant d'être retrouvés par leurs parents. Martine à la plage, c'était la revanche de Martine à l'Ecole, Martine fait du vélo ou Martine apprend la potée au chou. Maintenant, Martine est loin, si loin. Nous sommes seuls à la plage et il n'y a guère plus que Marc Levy qui s'en souvient encore. En images : les plus incroyables oeuvres des sculpteurs de livresRobert The, Jacqueline Rush Lee, Long-Bin Chen... : nombreux sont les designers et artistes contemporains, dans le monde entier, à faire du livre le matériau principal de leurs oeuvres.
Pour certains, la démarche est symbolique et relève du concept. Pour d'autres, il s'agit ni plus ni moins de rendre hommage à ce merveilleux objet que forment de simples feuilles reliées entre elles. Ode borgésienne à la fiction ou détournement duchampien de sens, représentation torturée ou univers fantaisiste, dans tous les cas, le résultat est souvent époustouflant. Démonstration avec notre diaporama des livres sculptés.
Entretien avec Mike Dawson, le cartoonist obsédé par Freddie Mercury Mike Dawson a deux obsessions : Freddie Mercury, et la BD. C'est donc en toute logique qu'il a publié Freddie et Moi, roman graphique dans lequel il retrace son enfance puis son adolescence au rythme des tubes de Queen. Nous avons posé quelques questions au plus grand dessinateur fan de Freddie Mercury de notre époque, autour de son admiration pour Freddie Mercury.Fluctuat : Freddie et Moi est une BD autobiographique, qui retrace une grande partie de votre enfance. Vous avez une excellente mémoire ou une imagination débordante ? Mike Dawson : Cela depend de la personne à laquelle vous posez la question. Je crois avoir une bonne mémoire, mais certaines personnes qui apparaissent dans mon livre ne seraient pas d'accord, et vous diraient que j'ai juste une imagination débordante. J'ai appris que la mémoire est quelque chose à laquelle on ne peut étonnamment pas se fier. Les souvenirs peuvent nous apparaître vifs, limpides, mais plus vous vous concentrez pour retrouver des détails, et plus ils deviennent fragiles... Pourquoi les femmes écrivains ne font-elles pas parler les hommes ?
Cynthia Crosser observe que parmi les auteures contemporaines anglo-saxonnes, peu d'entre elles choisissent pour leur roman un narrateur ou un héros mâle. A l'en croire, même les plumes de Jane Austen et des sœurs Brontë, avec leurs Darcy et leurs Rochester, ne dessinaient pas de « vrais hommes ». (Ce qu'entend la journaliste par « vrais » est une autre question.) Au delà de ses aspects provocs, cet article a le mérite de pointer une réalité à laquelle la littérature française n'échappe pas : pourquoi nos auteures les plus célèbres ont-elles autant de mal, ou de déplaisir, à se glisser dans la peau d'un homme ? A l'inverse, les écrivains masculins n'hésitent pas à plonger dans l'esprit d'une femme : après Zola et Flaubert, il y a eu par exemple Albert Cohen avec Belle du Seigneur, Gilles Leroy avec Alabama Song. Poids de l'héritage littéraire (le féminisme de Simone de Beauvoir est encore frais), sous-représentation des femmes écrivains dans la littérature contemporaine... on peut avancer beaucoup d'explications, mais pas celle d'un manque d'imagination dont souffriraient les femmes de lettres, ni celle d'une répugnance à parler des hommes. A voir ou revoir : May B, l'hommage à Beckett de Maguy MarinCette semaine dans le cadre du festival Paris Quartier d'été, la Compagnie Maguy Marin présentera May B, une pièce majeure de la danse contemporaine créée en 1981 et inspiré de l'oeuvre de l'écrivain Samuel Beckett.
"Quand les personnages de Beckett n'aspirent qu'à l'immobilité, ils ne peuvent s'empêcher de bouger, peu ou beaucoup, mais ils bougent", explique Maguy Marin. Sur cette analyse, la chorégraphe fonde la gestuelle d'une danse qui abolit ses frontières avec le théâtre, mais aussi avec la philosophie : existence, solitude, inquiétude, néant. Les 10 danseurs de Maguy Marin, le visage recouvert d'argile et le souffle crispé, donnent corps aux notions que Beckett explora dans ses pièces les plus connues (En attendant Godot, Fin de partie) comme dans sans ses romans (L'innommable, Mercier et Camier). Des notions universelles, à n'en pas douter, comme le suggère le succès mondial de May B, qu'on pourra voir ou revoir du 5 au 7 août dans la cour du Palais Royal. Plus d'infos sur le site de Paris Quartier d'été
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