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The Sword : le nouveau cycle des Luna Brothers

Posté par Myosotis le 30.04.09 à 16:34 | tags : littérature en vidéo, vo, bd, comics
 
Il ne m'était jamais venu à l'esprit que les frères Luna (Jonathan et Joshua) pouvaient avoir un visage et surtout qu'ils pouvaient être aussi... jeunes. Créateurs d'une des sagas les plus intéressantes et sensuelles de ces dernières années, Girls, dont on a déjà parlé, les Luna Brothers sont en train de fournir à Image une nouvelle série à succès, à l'ancienne presque et archétypale de la nouvelle manière de voir les comics.
 
The Sword, dont les 12 premiers épisodes sont sortis en volume ces derniers mois (en VO) est une aventure impeccable qui lorgne vers l'American Gods de Gaiman, empruntant à la fantasy tout en gardant un ancrage fort dans la veine "girl next door" qui a assis le succès de Girls et d'autres chefs d'oeuvre comme Y : The Last Man.
 
On est toujours dans l'Amérique profonde cette fois mais dans un contexte quasi mythique : une famille est à table (une grande soeur, un père, une mère plan plan et une jeune soeur tétraplégique) quand des intrus dérangent le repas et assassinent tout le monde. Ils cherchent des noises au père qu'ils prennent pour un certain Demetrios et qui leur aurait subtilisé une épée (the sword). Le père débarque, nie et la soeur handicapée assiste au massacre de sa famille par les étrangers au moyen de superpouvoirs élémentaires (l'un contrôle l'eau, l'autre le feu, l'air,...). La jeune handicapée passe à travers le plancher, on la croit morte quand sa main se resserre sur une épée..... C'est ainsi que démarre le cycle.
 
L'épée est magique et la jeune femme se remet à marcher. The Sword évoque pêle-mêle A History of Violence (un homme a dissimulé sa vérité à sa famille), Kill Bill (il va s'agir ensuite de venger la famille....) et un tas d'autres cycles mi-SF, mi-fantastique. Transformée, l'handicapée Dara Brighton désormais dotée, lorsqu'elle a l'épée en main, d'une superpuissance incroyable. Les secrets de The Sword, qui plongent leurs racines dans la mythologie des Iles Grecques, nous sont livrés dans le volume 2. Il est question de dieux, de sacrifices humains, de civilisations perdues. Dara est flanquée d'une amie courageuse et d'un sidekick masculin trouillard. Elle est enlevée par le gouvernement américain et poursuit sa vengeance de manière implacable. Le scénario est clairement moins original que celui de Girls, un rien répétitif mais le dessin toujours aussi fantastiquement léché et immature. Les Luna Brothers abusent des effets éprouvés dans Ultra ou Girls, des premiers plans ultralisibles, des effets flous et des visages qui se ressemblent tous. Cela ne nous empêche pas de marcher à fond et de partager la cavale des vengeurs avec angoisse et exaltation. C'est simple, bêbête mais on adore ces deux-là et tout ce qu'ils nous servent désormais. Traduction à venir, sûrement, chez Delcourt.
 



Le prix de la liberté peut-il être celui d'un livre ?

Posté par Gwenola le 30.04.09 à 10:50 | tags : numérique, web, news, édition
Surfant sur la vague promotionnelle du PWYW (Pay What You Want) - concept typiquement anglais instauré par Radiohead - l'éditeur britannique indépendant Faber & Faber propose le texte digital de l'historien Ben Wilson au prix décidé par l'internaute, quelques semaines avant la sortie papier de l'ouvrage (en vente le 2 juin prochain pour 14,95£). Pourtant, le choix de la gratuité (potentielle) n'est pas... gratuit ! Il fait écho au livre lui-même, sagement intitulé What Price Liberty ? (Quelle prix pour la liberté ?)...
 

Le bénéfice du doute

L'ouvrage interroge cette notion fondamentale, souvent bafouée ou ignorée en Grande-Bretagne : l'opération peut laisser supposer que l'intégrité de l'auteur et son idéal de liberté ont eu raison des intérêts économiques et des méchants barons de l'édition. Sauf qu'à en croire une étude réalisée par le Journal of Marketing et publiée dans Les Echos, la formule "Pay what you want", si elle semble donner du pouvoir au consommateur, permet surtout de faire parler soi, et donc d'augmenter son chiffre d'affaires. L'étude portait cependant sur le marché de l'hôtellerie : l'expérience menée par Faber & Faber permettrait, elle, de tester l'élasticité du prix du livre numérique sur lequel les éditeurs hésitent encore.

L'auteur place en quelque sorte le lecteur dans la peau d'un cobaye (ou d'un participant à une émission de télé française populaire aujourd'hui disparue...) à qui l'on présente un produit dont il doit évaluer correctement le prix. Les gains sont libres et croissants (pas de montant minimum ni maximum). Du coup, Ben Wilson, prudent, préfère ne pas s'avancer sur la réussite... ou l'échec de cette tentative. "Sur le plan personnel, ça pourrait être un choc, dit-il, ou (au contraire) plutôt gratifiant. Les écrivains ne sont en général pas confrontés (...) à l'idée que les clients paient pour leur production".

 

Lire aussi :

Un top 40 des romans les plus vendus en Europe
Un printemps très noir avec Raymond Chandler
Ultimex, l'amour du mauvais goût
Après Skinny Bitch, Skinny Bastard







Un top 40 des romans les plus vendus en Europe

Posté par Céline le 29.04.09 à 17:14 | tags : édition, best-seller, news, short-list

Qu'ont lu les Européens entre avril 2008 et mars 2009 ? Des auteurs européens, comme le montre une étude menée par Rüdiger Wischenbart et Miha Kovac, publiée la semaine dernière dans Livres Hebdo.

 

Dans le top 40 des meilleures ventes de sept pays d'Europe (France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Espagne, Suède et Royaume-Uni), pas un seul auteur de langues non européenne (alors que Haruki Murakami ou Orhan Pamuk avait figuré un temps dans le classement), ni même un auteur d'Europe centrale ou de Russie.

Sans surprise, on retrouve en tête du classement les Stieg Larsson, Stephenie Meyer (1er), Roberto Saviano (3e) et Ken Follett (5e) - Paulo Coelho n'arrivant, étonnamment, qu'en 31e position.

 

Seuls deux écrivains de culture non européenne et écrivant en anglais sur des sujets d'actualité internationaux ont conquis un lectorat européen : Khaled Hosseini (Les Cerfs-Volants de Kaboul, 2e) et Aravind Adiga (40e avec Tigre Blanc).

 

Les chiffres illustrent en fait un phénomène intéressant : le succès d'un livre se joue d'abord un niveau local. Sur les 40 auteurs de la liste, 25 ont d'abord connu la réussite dans leur pays d'origine, avant de pouvoir s'exporter ailleurs. C'est le cas de Larsson bien sûr, mais aussi de Saviano, Barbery (6e), Gavalda (La Consolante, 12e).

 

Dans ce top 40 des meilleures ventes européennes, signalons aussi :

- Les autres auteurs français : Le Clézio (15), Jean-Louis Fournier (Où on va papa ?, 18e), Guillaume Musso (Je reviens te chercher, 26e).

- Les indétrônables auteurs de romans policiers : Henning Mankell (11e), Patricia Cornwell, Martina Cole, Mary Higgins Clark...

- Le jeune Italien Paolo Giordano (14e), dont le premier roman La Solitude des nombres premiers vient de paraître en français. Livres Hebdo mentionne également Junot Diaz, auteur de La Brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao (coup de cœur de Fluctuat), qui ne figure pas dans la liste mais "apparaît comme l'étoile montante des vedettes internationales".

 

Illustration : détail de l'affiche du film Best Seller d'Isa Noguera, DR.




Un printemps très noir avec Raymond Chandler

Posté par Céline le 29.04.09 à 10:22 | tags : news, polar
Les éditions Omnibus mettent le roman noir américain à l'honneur en publiant l'intégrale des nouvelles de Raymond Chandler, grand maître du genre, sous le titre Les Ennuis, c'est mon problème. Les écrits de Chandler sont suivis de Simple comme le crime, un essai sur le roman policier préfacé par Alain Demouzon. Le printemps sera noir ou ne sera pas...
 

Disciple de Dashiell Hammett, créateur de Philip Marlowe, Chandler a fait beaucoup pour le mythe du détective dur à cuire (hard boiled) - mais aussi pour sa panoplie : imper sombre, clope au bec, feutre mou, whisky, femmes fatales, flics véreux...

Chandler a d'autant plus marqué la littérature qu'à travers la figure de Philip Marlowe, c'est toute l'Amérique des années 1930 qu'il a dépeint : celle de la dépression économique, des conflits entre classes sociales et des rapports entre réalité et fiction...



Ultimex, l'amour du mauvais goût

Posté par Carter le 28.04.09 à 17:50 | tags : bd, news, lectures de bureau, web


Voilà quelques années que l'ignoble et génial Ultimex et Steve le faire-valoir prodige sévissent sur le web, si bien qu'ils en sont arrivés à leur 100ème épisode aujourd'hui même ! A base de blagues scatophiles, homophobes, misogynes ou nazies, Gad dessine un personnage de connard ultime (d'où son nom) qui est une sorte de Cartman puissance 10, d'autant plus infâme qu'il est adulte, riche et séduisant.

 

Son but ? Boire, baiser et écraser le monde. Un oeil énorme à la place de la tête (en référence aux Residents ?) n'empêche pas cet agent de courtage de se saper avec les derniers costards en vogue et de se foutre de la gueule des hippies. Son "wingman" Steve est un vicieux qui a tour à tour des airs de loser, de sadique ou d'homosexuel refoulé, voire de pédophile. Bref, de la BD tout sauf politiquement correct, qui crache sur toutes les bonnes moeurs pour mieux nous faire marrer.
Au fil de ces cent épisodes, le style graphique et les personnalités des personnages (notamment de Steve) varient au fil des épisodes, ce qui peut déstabiliser mais apporte aussi un peu de fraîcheur lorsqu'on se les tape tous à la suite (ce qui arrive immanquablement si l'on y prend goût). Le blog consacré à Ultimex connaît un franc succès, si bien que ses aventures vont être éditées en BD par les éditions Warum cet été. Pour l'occasion, Gad arrangera les dessins sommaires qu'on peut lire on line pour avoir un rendu plus soigné. Le premier tome d'Ultimex étant sorti de manière très confidentielle, il sera réédité pour sortir en même temps que le tome 2.




Après Skinny Bitch, Skinny Bastard : mauvaise graisse, mauvaise presse

Posté par Gwenola le 28.04.09 à 17:13 | tags : news, best-seller, chick lit, vo
Rory Freedman et Kim Barnouin sont les auteurs de Skinny Bitch, un best-seller dans lequel elles prodiguent des conseils pour garder la ligne. Ces garces (restons polis) de la minceur remettent le couvert et s'attaquent cette fois aux bedaines disgracieuses des hommes en publiant Skinny Bastard.
 
Vendu à plus d'un million d'exemplaires en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, Skinny Bitch peut se lire au choix comme : a) Une apologie du bien-être vantant les bienfaits du végétalisme sur l'organisme et dénonçant les exactions de l'industrie alimentaire b) Un manifeste pro-ana camouflé derrière des propos en apparence écolo c) Une énième publication bas de gamme sur la nutrition. Le livre est déclinable à volonté, de sorte à faire le bonheur des ménagères (Skinny Bitch in the Kitch, 217 000 exemplaires vendus), ou des femmes enceintes (Skinny Bitch: Bun in the Oven, 26 000 exemplaires vendus). Le nouvel opus prévu chez Running Press, Skinny Bastard, s'adresse cette fois à tous les "vrais mecs qui refusent de rester gros et veulent devenir bien roulés". Tout un programme donc... 100 000 copies de l'ouvrage sont déjà prévues pour un premier jet.
 
Pour Skinny Bastard, les activistes de la sveltesse hardcore (pour rappel, la viande, le lait, le café, l'alcool, etc sont strictement interdits) auraient visiblement reconditionné Skinny Bitch en ajoutant une pincée de testostérone et quelques messages pour être en bonne santé, agrémentés de propos encourageants et titillant l'ego des intéressés : "tu ne t'en sors pas si mal, malgré les quelques kilos que tu trimballes en trop... Mais pas de blagues, l'ami : un mec au corps sexy attire tous les regards." Admettons. Manger des fruits et des légumes n'a jamais fait de mal à personne. Mais que dire de la ligne directrice de leur concept : "Skinny Bitch représente notre mode de vie (...) Qu'il s'agisse de shopping alimentaire, de discussions alimentaires, de pensées alimentaires, de rêveries alimentaires, de cuisiner ou de manger la nourriture, nous ne nous en lassons jamais" ou de slogans comme "le sucre c'est le Diable" ou "le soda est un liquide satanique" ? On n' oserait quand même pas les traiter d'obsédées du régime après ça...

 




Une histoire en six mots, des livres à gagner

Posté par Céline le 28.04.09 à 14:34 | tags : jeux littéraires
La meilleure histoire d'Hemingway, selon Hemingway lui-même, c'est celle qu'il a écrite pour s'amuser en six mots : "A vendre : chaussures bébé, jamais portées". Souvenez-vous, en 2006, le magazine Wired avait demandé à quelques auteurs de se prêter à l'exercice. Aujourd'hui, Flu vous demande à vous, lecteurs, de nous faire partager vos géniales histoires - la condensation n'empêchant pas le chef d'œuvre.

Et comme tous les moyens ont une fin, l'auteur de la meilleure histoire en six mots - on insiste bien parce que c'est là la seule contrainte - se verra remettre une petite sélection de titres spécial temps de crise :

- Le Cauchemar de Marx, Denis Collin, Max Milo.
- L'Anarchie, Elisée Reclus, Mille et une nuits.
- Trois discours sur la condition des Grands, Blaise Pascal, Mille et une nuits.
- La Situation des classes laborieuses en Angleterre, Friedrich Engels, Mille et une nuits.

 

Pour participer, envoyez-nous vos histoires en six mots en passant par ici, et en précisant dans le titre du post "Histoire en 6 mots".

Elles seront ensuite publiées et soumises au vote des lecteurs.

MAJ : Les lecteurs ont voté pour leur histoire courte préféré, et ont préféré celle de Liby : "Cause décès reporté vends cercueil neuf." Bravo Liby !




Joan Didion : le deuil et le souvenir

Posté par Céline le 28.04.09 à 11:27 | tags : news, essai
De Joan Didion, auteure peu traduite et donc peu connue en France (Ellis ou McInerney disent pourtant tout lui devoir), on connaît notamment L'Année de la pensée magique, ouvrage dans lequel elle évoque la mort de son mari, l'écrivain John Gregory Dunne, ainsi que le difficile processus de deuil qui a suivi. La pièce tirée du livre se joue actuellement à Hartford, ville natale de John Gregory Dunne.
 
Et cela fait sens : interviewée par le New York Times, Joan Didion s'est souvenue avec émotion de cet endroit "verdoyant", où a grandi son mari, et où elle-même a passé beaucoup de temps au cours des quarante années qu'aura duré leur mariage. Présentée comme un one-woman show, la pièce L'Année de la pensée magique couvre une plus longue période que ne le fait le livre : elle évoque en effet la mort de Quintana, la fille de Didion et de Dunne décédée en 2005 d'une mystérieuse maladie. C'est d'abord Vanessa Redgrave, amie de l'écrivain, qui avait d'abord interprété le rôle à Broadway, jusqu'à ce que sa propre vie ne rejoigne celle de son personnage dans des circonstances tragiques : le mois dernier, l'actrice apprenait la mort de sa fille Natasha Richardson, affrontant alors véritablement l'épreuve de deuil à laquelle son personnage était confronté.
 
Si Joan Didion avait d'abord vu comme une mauvaise idée l'adaptation du livre au théâtre, elle considère aujourd'hui que cette première expérience théâtrale a été "infiniment libératrice". Elle n'est cependant pas sûre de pouvoir assister à l'une des représentations d'Hartford, car concentrée sur d'autres projets : elle travaillerait actuellement sur un biopic de Katherine Graham produit par HBO, ainsi que sur un nouvel essai. en attendant d'en avoir la confirmation, on pourra redécouvrir cette figure importante des lettres américaines en lisant un recueil de ses chroniques paru sous le titre L'Amérique, 1965-1990 chez Grasset.
 
Photo : Vanessa Redgrave lors de la première de L'Année de la pensée magique en mars 2007 à New York
© Stuart Ramson/AP/SIPA



Mes voisins les Yamada : les Simpson japonais ?

Posté par Céline le 27.04.09 à 16:39 | tags : bd, manga, news
Si les Simpson étaient japonais, ils seraient... les Yamada : une famille plutôt déjantée, créée par le mangaka Isaichii Ichii dans les années 80, et dont on peut désormais retrouver les aventures dans la collection Shampooing chez Delcourt.
 

Il y a quelques années, les studios Ghibli avait proposé une version animée de Mes voisins les Yamada. Comme la bd, le film était composé de petites scènes indépendantes évoquant le quotidien de cette famille japonaise : malgré ses jolies couleurs pastel, ses cocasseries et gags très poétiques, il n'avait cependant pas connu autant de succès que les précédentes œuvres du réalisateur Isao Takahata - à qui l'on doit notamment le bouleversant Tombeau des lucioles. Au final, les voix enfantines et les couleurs arc-en-ciel avaient peut-être fait perdre aux Yamada l'humour grinçant qui les caractérisait dans la bd.

Car si la famille japonaise dépasse rarement les bornes - les gags sont toujours très acceptables - ses membres révèlent des personnalités pas toujours très glorieuses, qui moquent d'une certaine façon (gentiment) les structures d'une société que l'on sait très codifiée : la grand-mère très tenace n'en fait qu'à sa tête ; la mère, paresseuse, voit comme un véritable calvaire les tâches domestiques dont elle a la responsabilité ; le père qui se voudrait chef de famille a du mal à se faire respecter ; le fils Noburo est un looser qui n'obtient jamais la moyenne en cours, tandis que sa petite sœur, plus espiègle, assiste et participe aux joyeuses tribulations de sa famille. Une typologie qui évoque bien évidemment les Simpson de Matt Groening : des Simpson assagis, qui mangeraient des sushis et ne joueraient pas à s'étrangler pour un rien...

 

Lire aussi :

Le roman graphique de Burroughs sera-t-il publié un jour ? 

Blaise, la BD qui nous fait rire... de nous-mêmes  




De l'amour selon Hunter S. Thompson, Sade et Alain Badiou

Posté par Maxence le 27.04.09 à 10:23 | tags : elucubration, essai, web, philosophie
Hunter S.ThompsonL'amour, le sentiment amoureux, exprime t-il une vérité universelle ? Eprouvons-nous le même amour selon que l'on soit homo, hétéro ou bisexuel ? L'amour est-il synonyme de fidélité ? Doit-on forcément être fidèle quand nous sommes amoureux ? Existe-il une éthique de l'amour ? A contrario, existe-t-il des lieux où cette éthique et nulle et non avenue ? Des lieux où l'amour et l'infidélité sont la norme ? Ces lieux eux-mêmes sont-ils le reflet d'une vérité universelle plus probante ou d'une réelle évolution des moeurs à l'ère du simulacre ?

 

Ce sont à ces questions, et à bien d'autres encore, que nous propose de réfléchir Graham Potts, doctorant en sciences sociales et pensée politique, dans "Love Hurts", un texte publié sur C-Theory, le fameux site philosophique des époux Kroker. A l'aune des textes d'Hunter S. Thompson (Las Vegas parano), des philosophes Alain Badiou et Jean Baudrillard, ainsi que ceux du Marquis de Sade, Potts étudie les rites amoureux contemporains, cherchant à en définir une éthique. Hilarant, Potts s'envole pour Las Vegas où il rejoue un parfait simulacre (Baudrillard toujours) de l'épopée de Thompson tout en tentant de démontrer à la lumière des excès de notre époque (drogues, sexe et rock'n'roll) que la versatilité contemporaine n'est pas forcément acquise socialement (ni forcément souhaitable selon Badiou). Il compose ainsi une fabuleuse et drolatique analyse des investissements pulsionnels et idéologiques qui ont façonné notre société, jusqu'à la mener à l'ère du divertissement et à l'absence totale de morale qui la caractérisent aujourd'hui.

 

A noter que ce texte, comme beaucoup d'autres, est offert gratuitement par C-Theory, célèbre site de pop-philosophie (en ligne depuis 1993) fondé par les Canadiens Arthur et Marilouise Kroker. Indécrottables net addicts toujours sur la brèche, gourous cyber à l'affût du moindre phénomène émergent, Arthur et Marilouise s'imposent comme les observateurs respectés de la révolution de l'information née avec les médias électroniques, et étendent aujourd'hui leur réflexion à d'autres pans de la société et de la pensée. Présents sur tous les fronts, ils unissent cyberculture et street culture, musiques électroniques, arts numériques, nouvelles technologies, philosophie et sociologie iconoclaste en invitant de grands penseurs à venir s'exprimer en ligne sur leur site. Les visiteurs désireux de recevoir mensuellement - et gratuitement - une pleine page de pensée "virtuelle" sont invités à s'inscrire, ils pourront ainsi profiter des lumières de philosophes et metaphysiciens de notre temps (attention, pour anglophones seulement).

 

Lire aussi :

Hunter S. Thompson, la biographie en ligne

Alain Badiou, le soldat philosophe 

 




Transformez vos livres en porte-monnaie (et autres)

Posté par Céline le 24.04.09 à 16:09 | tags : photo, illustration

Pourquoi les grosses lectrices n'auraient-elles pas le droit d'être hyper-tendance et de lancer LE petit truc qui fera fureur cet été ? Il existe désormais tout un tas d'accessoires fabriqués dans des livres, histoire de ne pas perdre de vue ses titres préférés. Maniaques du livre et autres excentriques sont content(e)s.

 

En soirée, on ne sort plus sans son petit sac livre, hyper tendance et qu'on aura pris soin d'assortir à ses chaussures en le choisissant sur Etsy (un site qui permet de vendre et acheter tout ce qui est fait à la main : Tirzah's Shop.)

 

Quand on va chercher son pain, on sort son petit porte-monnaie-livre trop chou qui fait trop craquer les copines. Vendus sur le site Rebound Design, ils sont fabriqué par Caitlin Phillips qui vide les livres de sa bibliothèque de leurs pages pour en faire de mignons petits accessoires. On trouve dans le catalogue, en autres, du Moby Dick, Le Décaméron, du Wells, Oedipe, du Dickens, Le Docteur Jivago de Pasternak...

 

 


Enfin, grande classe oblige, en cas de contrôle on présente son permis de conduire jôliment protégé dans son porte-documents-livre, qui sera, par exemple, fabriqué à partir de la couv d'un Tolkien ou des Hauts de Hurlevents de Brönté (également en vente sur Etsy).

 


 




François Mauriac : homosexuel ou pas, est-ce bien là la question ?

Posté par Céline le 24.04.09 à 11:43 | tags : news, média
Ce sont deux fervents admirateurs de François Mauriac. Au point d'en avoir chacun donné une biographie. L'un il y a trente ans, l'autre plus récemment : ils pourraient pourtant bien s'entendre. Seulement, ils ne sont pas d'accord sur un point - l'importance qu'il faut accorder à l'homosexualité de l'auteur de Thérèse Desqueyroux. Voilà qui sent le clash littéraire.

S'il lui a souvent été reproché son manque d'objectivité, le journaliste et écrivain Jean Lacouture n'en reste pas moins l'auteur de l'une des premières et plus importantes biographies consacrées à Mauriac, parue voilà bientôt trente ans (François Mauriac, Seuil, 1980). Ce qui n'empêche pas son travail d'être remis en cause aujourd'hui : par Jean-Luc Barré notamment, éditeur de la collection "Bouquins" qui vient de publier chez Fayard une nouvelle biographie de Mauriac (C'était François Mauriac, Biographie intime, 1885-1940), dans laquelle il fait de l'homosexualité de l'écrivain le moteur de son œuvre.

 

L'homosexualité de Mauriac - longtemps supposée, puis "officialisée" par son fils Jean dans Le Général et le journaliste - Lacouture n'en parlait pas, ce que Barré lui reproche ouvertement : "(...) dans son livre, un garçon dont Mauriac tombe amoureux change mystérieusement de sexe. C'était un tabou à l'époque. Je comprends mal cette hypocrisie. On fausse l'image du personnage en lui refusant sa vérité", affirme-t-il dans un entretien pour le Nouvel Obs. Pour Barré, l'attirance de Mauriac pour les hommes a été déterminante dans sa carrière d'écrivain : "C'est l'anti-Gide sur ce point. Il s'est caché toute sa vie. Il avait compris que toute forme de coming out est une manière d'épuiser le sujet et une restriction de sa liberté. Sorti de son ambiguïté, Mauriac ne serait pas devenu Mauriac."

 

Lacouture n'est pas d'accord - pas d'accord du tout. Il publie alors une tribune dans Libé pour mettre les choses à plat, rappelant s'être adressé à Claude Mauriac, "héritier intellectuel et spirituel" de l'écrivain, lorsqu'il entreprit son projet de biographie : "il me mit d'emblée en garde contre telles ou telles évocations qui pouvaient blesser sa mère, Jeanne Mauriac, que je respectais et admirais". Si le biographe a pu, au fil de ses recherches, découvrir certaines "anecdotes" ou "climats", il ne les a alors pas jugés être "un fil conducteur de l'œuvre".

 

Entre Lacouture, attaché à une certaine pudeur et aux normes de son époque, et Barré, qui focalise quasi-exclusivement sur la sexualité d'un écrivain dont l'œuvre ne peut assurément pas être lue à la seule lumière de ses penchants sexuels, une querelle est ouverte à laquelle chacun peut prendre parti (Jean Daniel par exemple, fondateur du Nouvel Obs, a publié un article pour assurer Lacouture de son soutien, suite à la parution de l'entretien avec Barré dans son magazine). Bien sûr, qu'il peut être intéressant de connaître les moeurs et désirs d'un écrivain qui fréquentait Jean Cocteau et Lucien Daudet. Mais pas que.




Pour la Fête de la librairie, vos libraires vous offrent la revue XXI !

Posté par Céline le 23.04.09 à 12:14 | tags : festival, livre, news
 
Le printemps est l'occasion de fêter tout un tas de trucs, et pas seulement le retour du soleil. Les livres, par exemple ? Samedi 25 avril, la Fête de la librairie vous proposera une version française de la Sant Jordi, fête catalane célébrée le 23 avril (aujourd'hui) et lors de laquelle on s'offre livres et roses.
 

Pour sa onzième édition, la Fête de la librairie réserve une agréable surprise aux lecteurs : en plus de la traditionnelle rose, ces derniers se verront remettre, pour tout achat chez l'un des 400 libraires partenaires, un numéro de la prestigieuse revue XXI. Exclusivement consacré au livre, ce numéro comporte notamment un texte du Nobel Orhan Pamuk, un reportage exclusif de Patrick Raynal, un article consacré à « La Bible de gutenberg au pays des Soviets », ou un très réussi portfolio. Chaque libraire indépendant participant à l'événement associera également, le temps d'une journée, un auteur à sa librairie.

 

Fondée par l'association Verbes, dont la présidente, Marie-Rose Guarnieri, est également à l'origine du prix Wepler, la Fête de la librairie se veut une manifestation conviviale mais pas seulement : elle est aussi l'occasion pour les libraires indépendants d'affirmer leur singularité, leur dynamisme et leur diversité, face à la concentration face à l'expansion de grandes chaînes. L'année dernière, la remise d'un guide insolite de la librairie, devait déjà convaincre le public de la richesse et de l'importance des enseignes indépendantes.

Samedi prochain, rendez-vous donc dans l'une des nombreuses librairies participantes, dont vous retrouverez la liste complète sur le site de Sauramps.

 

Lire l'entretien avec Marie-Rose Guarnieri sur Fluctuat

 




La femme d'Art Spiegelman lance les bd Toon Books

Posté par Gwenola le 23.04.09 à 10:42 | tags : news, édition, bd, jeunesse

Quand Françoise Mouly, directrice artistique du New-Yorker et épouse du célèbre auteur de bande dessinée Art Spiegelman se lance dans la bd junior, ça donne... les Toon Books, un univers comic strip enfantin et acidulé, que l'on découvrira bientôt chez Casterman.
 
Convaincue de l'importance du dessin et de la notion de plaisir dans l'apprentissage de la lecture, l'éditrice française la plus en vue de New-York (notamment pour sa contribution éditoriale à Raw, la revue emblématique de la bande-dessinée avant-gardiste) a donc monté sa propre collection de bd bilingue français-anglais. Destinée aux enfants à partir de quatre ans, les planches seront disponibles en librairie le 6 mai prochain chez Casterman jeunesse, au prix de 13 euros. Parmi les titres, on trouvera par exemple les histoires de Jack et la boîte réalisé par Art Spiegelman en personne, celle d'Otto et la journée orange de Frank Cammuso et Jay Lynch ou encore Benny et Penny de Geoffrey Hayes.
 
De la bd de qualité pour les touts petits
A l'inverse des livres d'apprentissage classiques de lecture, jugés souvent "ennuyeux" par Mouly, les Toon Books donnent la priorité aux illustrations. Le texte vient seulement se "glisser" entre les images. De cette façon, "si vous ne saisissez pas le sens des mots, vous comprendrez tout de même l'idée car elle est illustrée par les images", explique l'éditrice. Très pro, Françoise Mouly a d'ailleurs travaillé avec des spécialistes de la lecture pour s'assurer que le vocabulaire proposé dans ses bd était adapté aux jeunes lecteurs et aux différents stades de leur initiation. Une référence indiquant les différents niveaux en terme de difficulté de lecture est même disponible en ligne sur le site de Toon Books. C'est donc une petite révolution graphique qui s'apprête à envahir les cours de récré : pour changer un peu de Martine à la ferme...
 
Lire aussi :



Norman Spinrad se moque des fans de SF dans son dernier roman

Posté par Maxence le 22.04.09 à 10:44 | tags : science-fiction, web, news

La Spirale, le fameux webzine des Mutants Digitaux réactivé depuis quelques mois maintenant, se fend d'une très belle et très longue interview de l'auteur américain Norman Spinrad, réalisée à l'occasion de la parution chez Fayard de son dernier roman, Il est parmi nous.

 

Plutôt satirique, Il est parmi nous pose également de nombreuses questions inhérentes au fait d'être arrivé, en tant qu'espèce, à un carrefour dangereux qui risque de nous projeter dans le néant si nous prenons la mauvaise direction. Disparition des combustibles fossiles, crise massive de notre système économique, remise en cause de nos valeurs, destruction de notre biosphère, possession à grande échelle d'armes de destruction massive : l'humanité telle que nous la connaissons aujourd'hui se dirige tout droit dans une impasse au risque de se prendre le mur qui est au fond. "Une période de crise, que toute civilisation évoluée doit traverser avant de prendre son envol vers les étoiles", selon les propres mots de l'écrivain, à qui l'on doit notamment Jack Baron et l'éternité, Rock Machine ou Rêve de Fer. Pourtant, au-delà de ses réflexions plutôt pessimistes, Norman Spinrad a voulu faire de ce roman, un livre drôle, et même subtilement moqueur envers les fans de science-fiction eux-mêmes.

 

Pourquoi ce choix ? Il s'en explique longuement, tout en répondant à d'autres questions, en détaillant les principaux personnages de son nouveau roman, en dissertant sur les rapports entretenus par la philosophie New Age et la science (voir la "science-fiction"), ainsi que la place de la rue et des sub-cultures dans ceux-ci, avant d'évoquer sa carrière, ses débuts en tant qu'auteur, sa vision du monde et des Etats-Unis. La première partie de cette interview fleuve est donc visible en ligne.




La Bibliothèque 2.O de l’UNESCO a ouvert ses portes

Posté par Gwenola le 21.04.09 à 14:50 | tags : news, web, numérique
Imaginez-vous des dizaines de milliers d'archives issues des plus grandes bibliothèques (comme celle d'Alexandrie !) et de 19 instituts culturels du monde entier numérisées et disponibles gratuitement, pour tous, en sept langues (pour l'instant)... Avec un jour d'avance sur le calendrier annoncé, la Bibliothèque numérique proposée par l'UNESCO ouvre aujourd'hui ses portes sur le web.
 
Elle vient ainsi compléter les trois grandes bibliothèques déjà en ligne, "Europeana", son ennemi américain "Google Book Search" et "the Library of Congress", avec une finition proche de la perfection. Livres, manuscrits, cartes, documents sonores, films, enregistrements, autant de joyaux sont à découvrir dès maintenant en ligne. La richesse d'un tel édifice se lit dans la diversité des documents proposés et la qualité du site. Ingénieux, le système de navigation permet de se déplacer d'un continent à l'autre via une frise chronologique, en fonction de l'époque choisie (de 8 000 ans avant JC à aujourd'hui), de l'espace géographique sélectionné (tous les continents sont représentés) ou des centres d'intérêt (photographie, revues, cartes, etc). Multilingue, la recherche peut s'effectuer aussi bien en anglais qu'en russe, arabe, chinois, français espagnol ou portugais ! On peut donc passer de la photo d'un auto-stoppeur (et de son chien « Tripper ») prise en Arizona en 1972 par le photographe Charles O'Rear sur la célèbre Route 66 (dans le cadre d'un programme de protection de l'environnement) à une peinture africaine vieille de 8.000 ans...

La réalisation d'un rêve
James Billington, ancien professeur d'histoire à l'université de Harvard et initiateur du projet y a mis tout son cœur. A ses yeux, cette bibliothèque 2.0 représente la concrétisation d'un accès universel au savoir et au patrimoine culturel de l'humanité. "Nous espérons que la BNM va accroître la compréhension internationale ainsi que la curiosité du monde dans lequel nous vivons pour les merveilles culturelles de l'humanité, explique-t-il. La beauté de ce système est qu'il ne vise pas tel ou tel groupe en particulier mais est réellement destiné à tous". Voilà donc un formidable outil pédagogique à disposition de tous les acteurs de l'éducation, des parents aux professeurs...
 
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Le retour des couvertures psyché de la collection Ailleurs & Demain

Posté par Maxence le 21.04.09 à 10:30 | tags : science-fiction, news, édition

Pour ses quarante ans, c'est Paul McAuley (avec Cowboy Angels) et Iain M. Banks (avec Trames, un nouveau roman du cycle de la Culture), deux auteurs cultes de la science-fiction de ces vingt dernières années (et plus pour Banks), qui auront l'honneur de réanimer la fameuse - et même mythique - collection d'anticipation de Robert Laffont, Ailleurs & Demain.

 

Les plus vieux d'entre vous se souviennent peut-être des couvertures de la collection, savant mélange de psychédélisme et de futurisme, à base de circonvolutions plus ou moins géométriques métallisées, hypnotiques et en tout cas tout à fait originales. C'est cet aspect chromé (qui n'est pas sans rappeler les non moins fameuses productions acousmatiques et contemporaines du label Prospective 21e Siècle basées sur le même modèle et paru à la même époque) qui fit la renommée de cette prestigieuse collection. C'est lui que les éditions Robert Laffont remettent au goût du jour, sans pour autant abandonner le côté graphique pour certaines couvertures : la suite des rééditions de Michel Jeury, elle, est toujours illustrée (pour une fois d'une création presque regardable).

Les amateurs, déjà heureux de retrouver l'esthétique aujourd'hui retro-futuriste de ces éditions, seront aussi soulagés de constater qu'il n'ont plus à supporter les illustrations abominables des graphistes qui infectent toujours, peu ou prou, le domaine de l'édition de la science-fiction en France (en l'occurrence ici, Jackie Patter Noster). Un bonheur n'arrivant jamais seul, le fait que ce soit Banks (l'homme qui a renouvelé le space opera) et McAuley (une des meilleurs plumes actuelles dans ce domaine), deux éminents auteurs britanniques d'une SF parfaitement fréquentable et adulte, qui réactivent cette collection, est doublement heureux. Pour les collectionneurs, ne reste plus qu'à ressortir des cartons les anciens volumes sur le même modèle.

Pour mai, Robert Laffont annonce déjà une nouveauté dans le même esprit : La grande course de chars à voiles (Le Chant de la Terre 1) de Michael Coney.




Le cadeau littéraire de Chavez à Obama

Posté par Gwenola le 20.04.09 à 16:12 | tags : news, essai
 
Les livres et la diplomatie peuvent faire bon ménage. Au lendemain de la très remarquée poignée de main entre le président vénézuélien Hugo Chavez et Barack Obama lors du sommet des Amériques à Trinité-et-Tobago, c'est un livre culte des cercles de la gauche latino-américaine - Les veines ouvertes de l'Amérique Latine : 5 siècles de Pillage du Continent - qui a servi à rapprocher (très) symboliquement les deux puissances politiques.
 
Cadeau d'Hugo Chavez à Obama, cet ouvrage anti-impérialiste de l'écrivain urugayen Eduardo Galeano écrit au début des années 1970 n'a bien sûr pas été choisi au hasard : il traite du pillage des ressources latino-américaines par les puissances étrangères. Anti-américaniste, Galeano n'hésite pas à comparer les méthodes des grandes puissances politiques (Etats-Unis, France, Chine, Grande-Bretagne et Russie) à celles d'un dompteur d'ours dans un article paru dans Le Monde Diplomatique. « Pour faire danser les ours dans les cirques, le dompteur les dresse : au rythme de la musique, il leur frappe la croupe à l'aide d'un bâton hérissé de pointes. S'ils dansent correctement, le dompteur cesse de les battre et leur donne de la nourriture. Sinon, la torture continue, et, la nuit tombée, les ours retournent dans leurs cages le ventre vide », écrit-il. Dans la même veine, l'ouvrage offert porte les stigmates d'un pays vidé de son sang par un capitalisme sauvage et de l'anti-américanisme radical de l'auteur.


Le message est explicite. Acte d'accusation contre les Etats-Unis, le livre peut-il être porteur d'espoir pour l'avenir politique des deux blocs ? « Ce livre (...) nous permet de tirer des leçons de l'histoire, de cette histoire que nous devons construire », a commenté Hugo Chavez qui avait déja créé l'événement en exhibant un ouvrage du linguiste Noam Chomsky - L'hégémonie ou la survie : La stratégie impérialiste des Etats-Unis - à la tribune de l'ONU en 2006.

 

Le livre de Galeano a surtout été à l'origine d'un incroyable buzz littéraire. En à peine quelques heures, le livre s'est propulsé de la 734e place au top des ventes sur Amazon ! Obama, grand lecteur et prescripteur, lui-même écrivain, a déclaré à propos de ce cadeau (instructif ?) : « J'ai cru que c'était un livre de Chavez en personne. J'étais sur le point de lui donner l'un des miens »...

Photo : Evan Vucci/AP/SIPA




Le dernier Nabokov paraîtra en novembre chez Penguin

Posté par Céline le 20.04.09 à 15:24 | tags : news, édition
Longue et douloureuse histoire que celle du dernier manuscrit de Nabokov. Brûlera ? Brûlera pas ? Après avoir longtemps hésité, Dimitri Nabokov, le fils de l'écrivain a tranché : oui, il publiera The Original of Laura. Le roman inachevé paraîtra simultanément en novembre chez Penguin en Grande Bretagne et chez Knopf aux Etats-Unis.

 

Il aura fallu près de vingt ans à Dimitri pour prendre cette difficile décision. Alexis Kirschbaum, éditeur chez Penguin, raconte avoir négocié pendant trois jours avec Dimitri, dans la maison de ce dernier à Montreux - le manuscrit lui étant finalement revenu pour un montant à six chiffres.

Penguin a décidé de reproduire les 138 fiches originales sur lesquels Nabokov avait initialement rédigé son texte, en les accompagnant d'une retranscription. The Original of Laura, à la fois "sombre et enjoué", s'inscrit dans la lignée de Mary, de Lolita et d'Ada : "dans ce roman, il (Nabokov) s'intéresse particulièrement à la psychologie, à ce que signifient la haine de soi et le désir de disparaître", précise Kirschbaum.

L'éditeur Penguin proposera, en outre, une réédition complète des oeuvres de la "blacklist" de Nabokov à partir de novembre : celle-ci comprend notamment des ouvrages traitant de l'enfance et d'amour de jeunesse, des poèmes inédits (en novembre 2010), des lettres inédites de Nabokov à sa femme Vera (novembre 2011).




Aujourd'hui Ballard est mort

Posté par Céline le 20.04.09 à 10:45 | tags : news, science-fiction
Chef de file du roman d'anticipation sociale, Ballard était cet écrivain assez grand pour que les hommages à son égard se multiplient même de son vivant. Comment saluer aujourd'hui le génie, le visionnaire, mort hier à Londres, à l'âge de 78 ans ?
 
Né en 1930 à Shanghai d'un industriel anglais, Ballard avait grandi dans le quartier des concessions internationales, avant de connaître l'occupation japonaise. Il s'installa en 1946 en Angleterre, et ne tarda pas à écrire, dans des journaux d'abord, et des romans bientôt. Dès ses premiers ouvrages, Le Monde englouti, Sécheresse ou La Forêt de cristal, Ballard exploitent les obsessions littéraires qui construiront son œuvre. Mais c'est en 1973 qu'il se fait remarquer, avec la publication des deux titres fondamentaux que sont L'Île de béton et Crash ! - redécouvert par l'adaptation qu'en a donné David Cronenberg. Ballard y interroge des sujets clés : l'écologie dans L'Île de béton, le corps, les rapports humains et la perversité dans Crash.
 
Passionné par les sciences, fasciné par la science-fiction, Ballard s'est aussi avéré être un écrivain des plus engagés. Dans La Foire aux atrocités (1969), il abordait le thème de la psychose provoquée par les nouvelles technologies. Dans sa série de nouvelles Fièvre guerrière, il s'avançait sur le terrain délicat de la géopolitique, dénonçant les manipulations médiatiques.
 
Toujours fécondes, les obsessions de fin du monde de Ballard ont servi de modèle à toute une génération, aujourd'hui muette devant l'héritage laissé par ce visionnaire ultime . « Le jour où Ballard est mort, il y aura un trou dans le ciel et le présent tombera dedans. Je publierai, si je suis encore ici, un post blanc (ce que je n'ai jamais fait) sans un mot, sans titre et tout le monde (enfin, ceux qui seront encore là et s'en souviendront) saura que c'est de cela dont il s'agit. », avait-on écrit sur Fluctuat. Place au silence.



Un livre en 3 minutes avec l'Espresso Book Machine... what else ?

Posté par Gwenola le 17.04.09 à 17:17 | tags : news, numérique, littérature en vidéo, édition
 
3 minutes chrono ! En moins de temps qu'il n'en faut pour vous faire un petit noir, la machine de la firme d'impression Lightning source vous sert un livre sur le pouce à partir du fichier numérique contenant votre publication.
 
Inventée par la compagnie On Demand Books (littéralement "Livres à la demande"), elle sera présentée à la Foire du livre de Londres qui se tiendra du 20 au 22 avril. La machine, déjà répandue aux Etats-Unis et qualifiée de « Meilleure invention 2007 » par le Time Magazine sera la première du genre sur le sol anglais. Des éditeurs prestigieux, comme Hachette Book Group ou McGraw-Hill et Macmillan ont déjà décidé d'acquérir cette imprimerie miniature. L'intérêt est d'abord d'ordre économique.
 
L'appareil représente aussi un gain de temps. L'Espresso Book Machine (EBM pour les intimes) est capable d'imprimer jusqu'à 112 pages à la minute. Bon... mais après ? Elle vous permet aussi d'imprimer directement votre texte à partir d'un fichier à déposer sur le site de Blackwell, le premier spécialiste du livre à proposer les services de l'EBM. Pas mal. Elle produit également moins d'émission de CO2 et évite les surplus d'impression. Oui, mais fait-elle du bon café ? Non. Du percolateur, elle n'a que la proximité du nom. Déçus ?

La bête curieuse, de retour de son voyage d'affaires au salon du livre londonien sera visible à Charing Cross à compter du 27 avril dans la boutique Blackwell.

 

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Aimé et regretté Césaire...

Posté par Gwenola le 17.04.09 à 14:13 | tags : news, poésie
Il y a tout juste un an, le chantre de l'anti-colonialisme Aimé Césaire s'éteignait à Fort-de-France, à l'âge de 94 ans. Sur fond de grogne sociale dans les dom-tom, c'est un peuple ému qui s'apprête à lui rendre hommage aujourd'hui.
 
Objet d'un véritable culte en Martinique et figure emblématique des Antilles françaises, le poète avait fondé aux côtés du Sénégalais Léopold Sédar Senghor et du Guyanais Léon-Gontran Damas le mouvement dit de la « négritude ». Le concept ? Une poésie où s'exprime la violence explosive de la révolte, la conscience retrouvée de l'identité noire, la fierté, enfin, des racines africaines... et la haine de l'oppression culturelle française.
 
Hommage et polémique
Pas revanchard, l'Etat français aussi lui avait rendu les honneurs en organisant une cérémonie en Martinique pour ses obsèques, avec la présence officielle et contestée de Nicolas Sarkozy ... qui avait d'ailleurs oublié (?) de régler la facture ! Drôle de tribut. Pour rappel, l'auteur du Discours sur le colonialismee (1950), et des poèmes fougueux du Cahier d'un retour au pays natal a toujours été ignoré de son vivant par les autorités française. La mémoire du fondateur du Parti Progressiste Martiniquais (PPM) est honorée bien tardivement. Pour les retardataires, voici tout de même une petite séance de rattrapage :

Césaire Factory : Un récital poétique est organisé à la grande halle de La Villette dans le cadre de l'exposition « Kréyol Factory » ce soir vendredi 17 avril à 19h. Jaques Martial fera résonner haut et fort dans nos oreilles la voix du poète par une lecture des Cahiers d'un retour au pays natal.

Timbré ! : Césaire l'affranchi se voit offrir un timbre à son effigie. Les philatélistes et les fans du poètes pourront se le procurer dès aujourd'hui au Secrétariat d'Etat à l'Outre-mer, au 27 rue Oudinot.

Recueil : Enfin, une anthologie thématique, les Cent poèmes d'Aimé Césaire, nous replonge dans les plus beaux morceaux de poésie de Césaire, sélectionnés et présentés par l'écrivain et ami guadeloupéen Daniel Maximin aux éditions Omnibus (214 pages, 31 euros). Il n'est jamais trop tard pour (re)découvrir cet auteur qui aimait à dire « Je n'ai pour arme que ma parole ».
 
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Poésie Beat et BD underground ne font pas toujours bon ménage...

Posté par Gwenola le 17.04.09 à 10:48 | tags : news, vo, bd


Quand deux légendes de la bd underground s'associent pour ressusciter la bande à Kerouac, on s'attend à une petite merveille de graphisme et de poésie bien envoyées à la figure. Pourtant The Beats : a graphic history, bd consacrée aux poètes beat signée Harvey Pekar et Ed Piskor, n'est pas bien accueillie par tout le monde.
 
Alors que certains s'émerveillent de la durabilité du mythe Beat, ou s'extasient sur l'hommage vibrant rendu aux membres canoniques de la « Génération perdue », adeptes du verbe, du vice et du rythme, d'autres crient au scandale, ne voyant dans The Beats : a graphic history qu'une suite de platitudes et d'anecdotes insignifiantes sur la vie de Burroughs, Ginsberg et les autres. Le livre ne laisserait pas non plus la place au texte original. Pas une lettre. Pas un poème. Difficile donc d'apprécier la puissance poétique de ces artistes, l'essence même du mouvement (dont ils refusent la paternité au passage)...
 

Il semble que là où l'on attendrait un peu plus que les images stéréotypées d'un groupe de nihilistes shootés et nombrilistes, on (re)tombe sur la biographie en image d'un Kerouac. "Déjà vu !", crient les détracteurs, qui considèrent aussi les dessins de Piskor, l'auteur génial d'American Splendor, comme une illustration artificielle du texte. A en croire les critiques négatives qui fleurissent sur la toile, rien donc du souffle "nouveau et vital" annoncé par Pekar et l'éditeur Paul Buhle. Mais rien n'empêche d'aller vérifier par soi-même ce que vaut la collaboration de toutes les plumes qui ont participé à The Beats : a graphic history, comme Jeffrey Lewis, Tuli Kupferberg, Joyce Brabner... Et rappelons, au passage, que Burroughs lui-même avait, avec Malcolm McNeill, entrepris un projet de roman graphique, dont on peut désormais admirer les illustrations en ligne.he Beat : A Graphic History

The Beats : A Graphic History

Texte : Harvey Pekar (et autres)

Illustrations : Ed Piskor (et d'autres)

ed. Hill & Wang.

 

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L'interview posthume de William Burroughs

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Graphic Novel : le dossier

 




William Blake : le génie qui excuse tout ou à peu près....

Posté par Myosotis le 16.04.09 à 17:48 | tags : littérature en vidéo, poésie, elucubration

William Blake est un génie, de la poésie, du mysticisme, de la gravure, de la lithographie, de la peinture et d'un tas d'autres choses. Il n'a pas inventé l'assiette décorée (celle qui trône dans la salle à manger de votre belle-mère) mais a fait d'elle une oeuvre spirituelle et transcendante pour les siècles et les siècles. C'est entendu. L'exposition de ses oeuvres au Petit Palais est l'événement littéraire (qui n'en est pas un) de l'année.

 

 

Exceptionnelle. Sûrement une révélation visuelle, bien qu'il ne soit pas certain que l'homme d'aujourd'hui soit capable (je dis bien capable) de saisir exactement la culture (folle) dont parlait Blake. Ses illustrations sont des miracles picturaux mais aussi des énigmes pour l'interprétation, dont nous n'avons pas en notre possession le dixième des clés. Du coup, Blake est obscur, branché et permet les pires absurdités. On a fait de lui le Jim Morrisson des poètes parce qu'il avait donné à Huxley le nom de son essai (The Doors of perception) qui donnerait son nom au groupe du Lézard débraillé. Soit. Blake a été conjugué à la sauce Jarmush, cité par Belmondo dans Le Corps de mon ennemi, mais aussi par Alan Moore, c'est déjà mieux, à la fin de From Hell.

 

Il fait l'objet de dizaines, de centaines, de milliers de vidéos qui, comme celles qui sont sélectionnées ci-dessous, font de lui le poète ultime : inspiré, fou, possédé, le poète rêveur capable de faire descendre ses visions prophétiques et insensées dans des figures communes ou vouées à le devenir : un tigre, un agneau, un arbrisseau, une... nouvelle Jerusalem. Si ces tentatives sont plutôt... ratées, elles prennent Blake par le bon bout et le seul qui vaille peut-être pour le découvrir : se confronter à l'oeuvre et regarder si elle nous plaît. Lire "Jerusalem", "Le Mariage", "Les Chants d'Innocence" et faire ce que l'on peut.

Ceux qui lisent l'anglais pourront se procurer la biographie impeccable de Peter Ackroyd. Le livre a une tendance poussée à voir le génie en Blake et à voir la folie et le manque de hauteur dans son entourage. Blake était misogyne, sauf en ce qui concerne sa femme, ce qui n'est déjà pas mal. Il n'était pas si marrant que ça et a mis dans sa vie une sacrée mauvaise foi. Les principes oui, mais point trop n'en faut, si on veut réussir dans l'artisanat de l'art. Blake aurait pu prendre exemple sur Shakespeare qui avait su, lui, concilier plus habilement génie et business. S'agissant de Blake, tout est bon à savoir, rien n'est inutile, sa vie, son oeuvre, tout n'est que poésie, mystère et exotisme à l'anglaise. Qu'on comprenne ou qu'on ne comprenne pas, le message est simple : il faut apprendre à lire les yeux fermés. Ole !

 

The Tyger

 
Poison Tree

 

The Lamb



Voir le diaporama de l'expo William Blake

Pour ceux qui veulent aller plus loin et y aller en VO, c'est ici.




Madame Bovary est sur le web ou l'Internationale flaubertienne

Posté par Gwenola le 16.04.09 à 11:49 | tags : news, numérique, web
C'est le fruit d'un gigantesque travail coopératif. 130 passionnés de Flaubert issus des quatre coins de la planète ont transcrit et numérisé les 4 500 feuillets manuscrits de son roman Madame Bovary, controversé à l'époque.
 
Les brouillons du célèbre ouvrage sont donc visibles en ligne depuis mercredi, et ceci grâce à un minutieux travail d'équipe qui a mis à contribution des personnes issues d'une douzaine de pays différents. La transcription du texte était à l'origine réservée aux spécialistes, professeurs de lettres et autres thésards, mais les directeurs du projet ont vite compris l'intérêt de recruter des transcripteurs bénévoles sur la toile. Dur labeur quand on sait que les feuillets de Flaubert étaient recouverts de ratures, de reprises, de notes rendant quasi-illisible le texte... Deux ans et demi ont été nécessaires à la numérisation des archives.

Des internautes cosmopolites et motivés
L'équipe compte entre autres une femme de ménage, des étudiants... ou un prospecteur de pétrole. Seul mot d'ordre : être un vrai mordu d'Emma. Les passionnés de tout poil, âgés de 16 à 76 ans, ont travaillé à partir de documents déposés en 1914 à la Bibliothèque municipale de Rouen par la nièce de Flaubert. De la Colombie à la Côte d'Ivoire, en passant par le Portugal ou la Nouvelle-Zélande, ces internautes ont réalisé là un bel effort participatif, qui devrait permettre aux lecteurs une plongée archéologique dans les méandres de l'élaboration flaubertienne. L'édition numérique permet, en outre, l'actualisation de certains passages particulièrement difficiles à traduire. L'aventure continue...



Tom Franklin, un pendant comique de Cormac McCarthy ?

Posté par Céline le 15.04.09 à 17:03 | tags : news, roman

L'histoire brutale de l'ouest sauvage revue et corrigée par un grand farfelu, cela donne Smonk, un roman sudiste jubilatoire plein de "bruit et de fureur", signé Tom Franklin.

 

C'est sur un carnage homérique que s'ouvre Smonk, deuxième roman traduit de l'écrivain originaire de l'Alabama, dont la plume virulente et l'humour - aussi dévastateur que les humeurs de son iconoclaste personnage - redonne un coup de jeune aux récits de colonisation généralement offert par ses pairs. Avec son style exubérant, Franklin est un peu le pendant comique de Cormac McCarthy quand celui-ci écrit Méridien de Sang ou le Rougeoiement du soir dans l'ouest, son théâtral récit de la conquête de l'ouest (que d'aucuns qualifièrent, allez savoir pourquoi, de "métaphysique").

Western violent, loufoque et (forcément) jubilatoire, Smonk recèle aussi sa part d'ombre. A la manière à la fois inquiétante et grotesque d'une histoire filmée par David Lynch, le roman de Tom Franklin fait appel aux images de l'enfance, ses contes et ses mythes, qui sont aussi ceux de l'ouest sauvage, tout en distordant la réalité avec enthousiasme (...).

Lire la suite de la chronique de Smonk sur Fluctuat




Mort de Maurice Druon, un partisan... sur tous les fronts

Posté par Gwenola le 15.04.09 à 16:04 | tags : littérature en vidéo, news

Co-auteur de l’impérissable Chant des Partisans avec son oncle Joseph Kessel, l’écrivain et Académicien Maurice Druon est mort hier à l’âge de 90 ans.

 

Fervent résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, l’homme était un admirateur de Charles de Gaulle. Auteur de la saga épique des Rois maudits, qui donna lieu à deux adaptations à succès pour le petit écran, Druon fut aussi un homme politique : nommé Ministre de la Culture par Georges Pompidou, il véhicule un certain conservatisme et se voit accusé par certains de ses détracteurs de participer à la répression culturelle (il menaça un temps de couper les subventions aux dramaturges jugés "subversifs" !). Provocateur et traditionnel à la fois, réac et résistant, Maurice Druon a siégé à partir de 1966 à l'Académie française avant d'en être élu secrétaire perpétuel.

 

De cet immortel, on préfère surtout retenir la collaboration au texte "Chant de libération", devenu le "Chant des Partisans", qui s'ouvre sur cette strophe : " Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ? Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? ". Cette composition, écrite à Londres en 1942, est à l'origine celle de la chanteuse et guitariste d’origine russe Anna Marly. Elle fut par la suite transposée en vers par Maurice Druon et Joseph Kessel. Devenu symbole de la résistance durant la Seconde Guerre mondiale, le chant sera repris, au fil des années, par de nombreuses voix, de celle d'Yves Montand à celle des jeunes manifestants de gauche. Pas besoin de partager les dernières idées de Monsieur Druon pour être ému par ses paroles. La poésie est une arme universelle...

 

 

La version française chantée par Anna Marly.


Le chant est ensuite mis en musique et interprété par l'acteur et chanteur Yves Montand.

Puis c’est au tour du chanteur Marc Ogeret :

Il existe enfin la version remixée ("Motivés"), du groupe Zebda.




Combien de livres faut-il pour faire un arbre ?

Posté par Céline le 15.04.09 à 10:45 | tags : illustration, livre, web

Combien d'arbres faut-il abattre pour faire un livre ? se demandent les écolos les plus torturés. Surtout si le livre en question a une chance sur deux de finir au pilon...

La sculptrice Kylie Stillman ne manque pas, dans ses oeuvres, de rappeler l'origine - naturelle - de nos bienveillants ouvrages. La question est alors inversée : combien de livres faut-il pour faire un arbre ?

 

Voir aussi :



Le fait-divers sanglant qui inspira Charles Dickens...

Posté par Gwenola le 14.04.09 à 15:24 | tags : roman, news

Souvenez-vous de la scène d’Oliver Twist dans laquelle une pauvre prostituée, Nancy, est sauvagement poignardée dans son lit. Selon l’écrivain Rebecca Gowers, elle serait directement inspirée d’un meurtre réel, celui d’Eliza Grimwood, survenu en 1838 mais rendu public par le Daily Telegraph en juin 1888, soit tout juste quatre mois avant la publication du roman de Dickens...

 

Dickens aurait trouvé dans ce crime sordide survenu dans les bas-fonds londoniens matière à son roman. Miss Gowers a retrouvé des archives appartenant au romancier concernant cette affaire, ainsi que deux lettres écrites respectivement avant et après le meurtre, dans lesquelles Dickens expose d’abord son manque d’imagination concernant ses personnages, puis fait preuve d'un soudain regain d’inspiration dans la seconde lettre. La description du meurtre d’Eliza Grimwood, relaté par la presse de l’époque, comporte de nombreuses similitudes avec celui de la fiction.

 

Sang pour sang Dickens

Dans les deux cas, la victime à demi-dénudée est frappée à mort par son fiancé (bien que l’assassin présumé de la victime réelle ait été acquitté faute de preuves). La scène est si violente – on y voit Bill Sikes s’acharner sur le corps déjà sans vie de sa victime - qu’elle a longtemps été rejetée par la critique qui reprochait à l’écrivain d’avoir cherché à effrayer son lectorat. La controverse tient aussi au fait que ce genre de fiction criminelle plaisait à un large public, comprendre aux classes populaires, friandes de ces histoires pas si éloignées de leur quotidien du quartier de l’East End. Jack l'éventreur y sévira à peu près à la même époque que la publication du roman.

Dans son roman, Dickens n'hésite pas à ajouter de nombreux détails sanglants : il transforme la chambre de Nancy en un véritable bain de sang et en asperge même le chien de Sikes au passage. Cette scène de carnage, qui paraît-il comptait parmi les préférées de l'écrivain, est aujourd'hui un morceau d'anthologie.

"Le brigand dégagea un de ses bras et saisit son pistolet. La pensée qu'il serait immédiatement découvert s'il faisait feu lui traversa l'esprit malgré l'accès de rage auquel il était en proie. Il frappa deux fois de toutes sa force, avec la crosse du pistolet, la tête de la jeune fille qui touchait presque la sienne. elle chancela et tomba, aveuglée par les flots de sang qui tombait de son front (...) C'était un affreux spectacle. L'assassin gagna la muraille d'un pas chancelant ; puis, mettant sa main sur ses yeux, il se saisit d'un lourd gourdin et acheva sa victime."




Des inédits de Kurt Vonnegut publiés en novembre prochain

Posté par Céline le 14.04.09 à 11:35 | tags : news, édition, vo
Pour ses plus grands fans, cela ne fait aucun doute : Kurt Vonnegut Jr est l'écrivain le plus original de tous les temps. Ces mêmes fans peuvent se réjouir : l'éditeur Delacorte a annoncé la parution en novembre prochain de quatorze nouvelles inédites, dans une collection intitulée "Look at the Birdie".
 

Delacorte proposera également quinze autres ouvrages de Vonnegut, notamment Mother Night, Slaughterhouse Five et Galápagos, dans des éditions présentant des travaux graphiques réalisés par l'auteur lui même. Enfin, en plus d'un autre recueil de textes inédits comprenant des lettres, l'éditeur a annoncé avoir acquis un manuscrit de Mark Vonnegut - le fils de Kurt - qui fait suite à une biographie parue en 1975.

 

Deux ans après la mort de l'écrivain, et douze ans après la parution de son dernier roman, Timequake (pas encore traduit), Delacorte entend donc faire redécouvrir l'œuvre et la vie de Vonnegut. Parmi les œuvres disponibles en français, il faut lire Abattoir 5, bien évidemment, mais aussi le roman Nuit noire, "un livre plein de surprises, qui prouve encore une fois que l'ami Vonnegut n'est pas seulement l'écrivain foldingue et déjanté que les hippies chic vantent à longueur d'hommages posthumes".

Lire la chronique de Nuit Noire sur Fluctuat




La Nouvelle Star pourrait-elle dénicher des écrivains ?

Posté par Céline le 13.04.09 à 10:15 | tags : news
La Nouvelle Star, version littéraire : ce n'est pas une mauvaise blague, mais le nouveau projet d'émission télé lancé par le présentateur Alan Titchmarsh de la chaîne ITV.
 

Titchmarsh s'était déjà inspiré du principe d'X Factor (le programme qui a succédé à Pop Idol, équivalent britannique de la Nouvelle Star), pour élire le meilleur jardinier au cours d'un reality-show intitulé The People's gardener. Cette fois, une nouvelle compétition aura pour objectif de dénicher un écrivain.

Les candidats ont jusqu'au 30 juin prochain pour envoyer un récit de 5000 mots racontant une histoire vraie : « Nous voulons de puissantes, authentiques histoires inspirées de votre vie, que vous souhaiteriez partager avec le public anglais ». Si les casseroles de la Nouvelle Star ne vous laissaient pas indifférent, vous pouvez déjà tremblez de ce que ces instructions pourront donner sur le papier...

Les quinze auteurs - appelons-les tout de même ainsi - sélectionnés devront ensuite défendre leur histoire devant un jury qui couronnera, au final, un seul d'entre eux, en lui offrant un contrat avec une maison d'édition (Orion) et un à-valoir de 20 000 £. En 2005, le couple de présentateur Richard & Judy avait lancé un concours similaire : 46 000 manuscrits avaient alors concouru pour le prix de 50 000 £. En fait, beaucoup de gens semblent n'avoir pas compris la différence colossale qu'il y a entre vouloir être star et vouloir être écrivain, ou entre être écrivain et être riche...

 

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La maison L, faite sur mesure pour vos livres

Posté par Céline le 11.04.09 à 12:03 | tags : livre
Quand on regarde de l'extérieur cette maison réalisée par Philippe Stuebi, architecte d'origine suisse, on ne devinerait pas de quelle merveilleuses fonctionnalités celui-ci l'a dotée. Créée en 2005, la "Maison L" a été pensée spécialement pour les fous de livres. Ses trois façades vitrées laissent apparaître, selon les moments de la journée, soit le reflet du jardin, soit l'immense bibliothèque qui structure les pièces intérieures.
 


 





Qui êtes-vous ?

Posté par Céline le 11.04.09 à 10:15
Sur un écran comme dans les livres, les lecteurs ont leurs petites habitudes. Il y a ceux qui butinent ici et là au fil des pages. Il y a ceux qui, rigoureux et concentrés, ne referment pas une fenêtre avant d'avoir achevé jusqu'à la dernière phrase. Il y a les fidèles et les trompeurs, naïfs ou lucides, aventureux ou apeurés.

Et vous, lecteurs de Fluctuat, quel internaute êtes-vous ? Cliqueurs en série, acheteurs compulsifs, youtubophiles et chasseurs d'inédit : nous voulons mieux vous connaître.

Pour cela, on ne vous demandera ni portrait proustien ni introspection socratique : simplement de répondre à une petite enquête, qui, accessoirement, peut vous permettre de gagner 5000 euros...



Les zombies envahissent les librairies

Posté par Maxence le 10.04.09 à 10:35 | tags : best-seller, news, science-fiction, essai

Après un retour en force sur les écrans, il semblerait que le peuple des morts, qui avait plutôt pour habitude de tourner en rond autour des supermarchés, fasse une irruption remarquée dans les librairies.


C'est du moins ce que l'on peut déduire si l'on observe l'actualité du genre depuis quelques mois. Outre la parution d'une parodie d'Orgueil et préjugés de Jane Austen en version "zombie" - qui trône déjà, selon le NY Times, en 3e place des meilleures ventes - on peut désormais trouver en librairie un ensemble de titres consacrés aux morts-vivants, notamment : Zombies !, l'essai de Julien Bétan et Raphael Colson paru aux éditions les Moutons électriques, ainsi que le Guide de survie en territoire zombie : (Ce livre peut vous sauver la vie) et World war Z : Une histoire orale de la Guerre des Zombies, tous deux signés Max Brooks (le fils de Mel Brooks) et parus aux éditions Calmann-Levy dans une traduction de Patrick Imbert, passionné de science-fiction, critique et photographe.

Sérieusement "documenté" et fortement corrosifs, ces ouvrages peuvent être lus comme des livres de science-fiction jubilatoires et loufoques (ce qu'ils sont), mais aussi comme des recueils dispensant de vrais conseils, ou des témoignages, à l'usage de tout ceux qui souhaiteraient survivre à notre époque majoritairement zombifiée.

 

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Jean-Marie Laclavetine dissèque la génération soixante-huitarde

Posté par Céline le 09.04.09 à 17:55 | tags : news, roman, histoire
Editeur depuis 20 ans chez Gallimard, écrivain discret et solide, récompensé pour son amusant Première ligne par le Goncourt des Lycéens, Jean-Marie Laclavetine signe avec Nous voilà le livre le plus pertinent de ces dernières années sur mai 68 et sa postérité sociale.
 

Mieux qu'un essai, moins caricatural que la plupart des écrits « intelligents », revanchards ou nostalgiques sortis récemment, le roman de Laclavetine restitue le début des années 70, les combats idéologiques et l'air du temps dans toute leur complexité et leur folie. Sorte de chronique aventurière du Xxe siècle, déroulée sur quasiment 40 ans, Nous voilà file le destin d'un couple, Paul et Lena, emporté par la tourmente historique, vibrant d'idéalisme et souvent accablé par les désillusions. L'écrivain jongle avec les faits divers (le vol du cercueil du Maréchal Pétain par l'extrême-droite), les événements historiques et des destinées individuelles pour livrer une grande odyssée populaire aussi drôle que foncièrement désespérante.

Dans un entretien avec Fluctuat, Jean-Marie Laclavetine revient sur son itinéraire intime, littéraire, politique et professionnel : "J'avais besoin de confronter cette époque, ses discours souvent grandiloquents et fallacieux, ses idéaux discutables, ses combats indiscutables (par exemple celui pour la liberté de l'avortement), avec notre époque, à la lumière notamment de la droitisation progressive d'une frange importante de l'extrême-gauche d'alors. De quelle nature étaient donc en vérité les convictions de ces gens, dans les années 70, si trente-cinq ans plus tard on les retrouvait aux côtés de Bush et de Sarkozy pour une défense de l'Occident chrétien ?"

Lire la suite de l'entretien sur Fluctuat




Barack le Barbare : Obama affronte Sarah Palin dans une bd

Posté par Céline le 09.04.09 à 10:47 | tags : news, bd, édition, vo, comics

Après une apparition dans un numéro de Spider-Man, Barack Obama fait son retour dans la bande-dessinée. Cette fois, il sera : Barack le Barbare. Son principal ennemi ? Red Sarah, une version comics de Sarah Palin, qui montre l'ex-colistière de McCain vêtue d'un bikini et d'une cape en fourrure...

Barack the Barbarian : Quest for the Treasure of Stimuli sera le premier titre d'une série lancée par les editions Devil's Due. Hypermusclé, armé d'une hache ensanglantée, Barack y incarne un "héros puissant", dont "la destinée est de sauver la grande république Américaine et de détrôner les despotes surpayés". Sur son chemin, il rencontrera notammment la Sorcière Hilaria et son mari Bill, un demi-dieu un peu filou, ou encore le grand seigneur Boosh.

Signé Larry Hama - auteur qui a notamment travaillé sur les series GI Joe et Wolverine - Barack the Barbarian sortira en juin laissera aux lecteurs le choix entre deux couvertures différentes : l'une montrant Barack, l'autre Red Sarah. Une autre bande-dessinée du même éditeur, Drafted : 100 Days, de Mark Powers contera l'histoire de Barack Hussein Obama, un homme muet qui voit ses idéaux anéantis par une guerre intergalactique.
 
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La rhinocérite fait des ravages en Iran

Posté par Gwenola le 08.04.09 à 14:52 | tags : news
Rhinoceros played by Farhad AiishLe Rhinocéros de Ionesco a la peau dure. L'adaptation de la pièce - créée en 1959 - fait actuellement un tabac sur scène... en Iran. 25 674 billets ont déjà été vendus pour 43 représentations !
 
Il faut dire que le spectacle est porté par des stars du cinéma locales - Shahab Hosseini et Ateneh Faqih-Nasiri - qui y tiennent les rôles principaux. D'après le metteur en scène Farhad Aiish, cette pratique est courante en Iran, où l'on passe sans soucis des planches aux studios. « Je me suis servi d'eux pour assurer le succès de la pièce au box-office et je n'ai pas peur de le dire », a t-il déclaré.
 

A la charge du totalitarisme ?
Star-system ou résistance civile, les raisons qui poussent le public iranien à voir la comédie intriguent. Une interprétation de la pièce - dans laquelle les habitants d'une ville se transforment progressivement en bêtes sauvages - serait la dénonciation par Ionesco des régimes totalitaires, de l'épidémie du fanatisme et du comportement moutonnier des peuples opprimés. Protégés par leur carapace, les rhinocéros de la pièce détruisent systématiquement tout ce qui ne leur ressemble pas. A l'heure où les ambitions nucléaires de la république islamique d'Iran (qui interdit les premiers rangs du théâtre aux femmes ne portant pas le tchador) sont perçues comme une menace par ses opposants, la pièce résonne comme un avertissement...

Bien que Ionesco ait toujours refusé de qualifier son théâtre d'engagé - il reprochait même à Bertolt Brecht son didactisme - les propos de Béranger à la fin de la pièce interpellent le spectateur : « Contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu'au bout ! Je ne capitule pas ! » Béranger est le symbole de la liberté de l'homme, d'une singularité contre l'uniformisation d'une société qui se "massifie". Un message qui donne envie de se remuer et de relire Ionesco. Le public iranien adhère...

Photo © Isna / Amir Kholoosi




L'étrange succès de Benoît Duteurtre : c'est celui qui le dit qui y est (23)

Posté par Myosotis le 08.04.09 à 12:45 | tags : littérature en vidéo, roman, elucubration
 
Benoît Duteurtre est une figure assez intéressante de la littérature française d'aujourd'hui. Reconnu et méconnu à la fois, il se taille à chaque sortie d'un roman un franc succès critique (à quelques exceptions près) et populaire, sans représenter à la manière d'Angot, de Houellebecq ou d'autres, une sorte de Formule 1 du paysage littéraire ou une star du genre. Les romans de Duteurtre présentent un ensemble de qualités qui correspondent parfaitement au goût de l'époque :
 
1) ils sont inscrits dans le présent : Duteurtre a parlé de l'interdiction de fumer, de l'écologie, de l'opérette, des vaches (donc de nous), de la société d'aujourd'hui, du conformisme et des grands sujets qui font l'air du temps. Ces approches sont simples, mais colorées subtilement d'anticipation, assises sur des personnages taillés près du corps et qui renvoient au quotidien de chacun. Ce réalisme culturel, à défaut d'être vraiment social (Duteurtre parle et écrit bourgeois) en fait l'un des rares écrivains français généralistes à parler macro et macrosocial.
 
2) ils sont un brin satiriques et intelligemment bâtis : l'exemple le plus emblématique du talent de Duteurtre est son Service clientèle, encensé par la presse de droite et de gauche et qui s'intéressait quasi exclusivement aux "nouvelles technologies" et à leur portée envahissante, voire avilissante. Portables, abonnements internet : le tout était abordé assez brillamment (drôle disons) comme s'il s'agissait d'une approche journalistique, tendance magazine féminin. Duteurtre sait amuser et ne lésine pas sur les rapprochements bizarroïdes. Dans son avant dernier ouvrage, il parle de sa famille, du Président René Coty dont il est le descendant, de la bourgeoisie, des chrétiens. A son échelle, Duteurtre est le Etienne Chatiliez du livre, un renifleur de tendances plutôt habile et un romancier éditorialiste inspiré. Petite entorse à la règle, son dernier ouvrage Ballets Roses, s'il navigue toujours en eaux IVème République, parle des parties fines d'André Le Toquer, président de l'Assemblée Nationale, de notables et filles de petite vertu, soit une vrai histoire vraie au service de l'imagination.
 
3) ils sont bien écrits : cela doit être souligné. Nourri chez Houellebecq, Duteurtre est un des tenants de l'Ecriture Contemporaine, soit une écriture... française... sans trop de fioritures mais d'une limpidité et d'une lisibilité totales. Il est donc moderne tout en restant classique. Pas de mots savants (ou pas trop), pas d'effets de style intempestifs, pas de recherche excessive d'originalité mais une quête d'efficacité et de précision qui est tout à fait louable. Il ne faut pas confondre ce type d'écriture avec une écriture sans âme ou "surimi", ce serait une grave erreur.
 
4) ils sont tenus de telle sorte qu'ils ne blessent pas et ne créent pas la polémique : c'est vraisemblablement là la faiblesse de Duteurtre. Il ne parle souvent que de ce dont on attend qu'il parle. Son observation sociale est consensuelle (il est du côté de la majorité) et dépasse rarement les limites de l'acceptable. Duteurtre, connu à ses débuts pour être l'amant d'Annie Ernaux, a des allures de gendre idéal... du moins dans ses livres. Il est simple, normal, présente bien et pense à l'avenant. Ses prises de position sont courageuses mais peu radicales. En cela, il a un côté académique, presque Vieille France et finalement plutôt conservateur qui peut agacer et fait que les réactions à ses livres et à son écriture sont peu marquées. Duteurtre comme les français aime l'eau tiède qui se donne des allures d'eau bouillante. Il aime l'engagement qui ne fait pas mal aux jambes et les prises de risques... calculées.
 
A l'image de cette scène (un rien ennuyeuse) en vidéo où le point de fixation trop fugace est son intervieweuse poitrinée, le discours de Duteurtre est un discours dramatique parce qu'il met (presque) tout le monde d'accord, un discours intéressant, intelligent mais qui appelle sur le fond et la forme à la concorde. L'excellente littérature doit comporter (peut-être ?) une part de violence et de méchanceté qui semble absente de son mode d'élaboration. Cette absence de rage et ce côté rigolard font qu'on peut aimer Duteurtre mais pas totalement le prendre au sérieux. Le satiriste doit inspirer de la peur (Houellebecq) et Duteurtre fait sourire. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas lire Les pieds dans l'eau, A propos des vaches, Chemins de fer, Service Clientèle,... mais qu'on n'y trouvera pas tout ce qu'on pourrait y venir chercher.



Le roman graphique perdu de Burroughs sera-t-il publié un jour ?

Posté par 2goldfish le 07.04.09 à 11:06 | tags : news, bd, illustration, vo

 

"Ah! Pook est là", c'est le titre d'une nouvelle de William Burroughs et d'une anthologie de ses histoires courtes. A l'origine, pourtant, cette nouvelle devait être une espèce de roman graphique dont les illustrations signées Malcom McNeill, désormais retrouvées, feront l'objet de plusieurs expositions aux Etats-Unis.

 

Burroughs avait d'abord travaillé avec McNeill sur un comic book pour le magazine anglais Cyclops en 1970. Après la mort dudit magazine, Burroughs et McNeill ont décidé de pousser plus loin leur collaboration avec "Ah ! Pook Is Here", un projet de texte illustré qui au cours des années suivante a graduellement enflé, le texte d'une dizaine de pages finissant par être cinq fois plus long, tandis que le dessinateur aurait réalisé plus d'une centaine de pages en couleurs dans un format inspiré des ancestraux codex maya.

 

Malheureusement, imprimer un tel objet aurait été bien trop coûteux pour les éditeurs, qui n'y voyaient qu'un gros risque financier. En 1979, McNeill a alors rangé ses dessins dans ses cartons, et Burroughs, publié le texte seul sous la forme d'une nouvelle. Aujourd'hui, les illustrations ont été retrouvées et vont bientôt commencer à faire le tour des galeries et musées américains. En attendant une éventuelle traversée de l'Atlantique des expos, ou, encore mieux, une publication du roman graphique tel qu'imaginé à l'époque par ses auteurs, on peut admirer quelques-unes des créations de McNeill sur ce site web.

Via Boing Boing

 

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Agatha Christie a-t-elle été victime d'Alzheimer ?

Posté par Gwenola le 06.04.09 à 15:03 | tags : best-seller, polar, news
La Reine du crime Agatha Christie aurait-elle été trahie par ses écrits ? Une équipe de chercheurs de l'université de Toronto a mené l'enquête sur l'état de santé mental de l'écrivain en s'appuyant sur une analyse littérale de ses romans policiers. Résultat : l'auteur à succès - la seule à rivaliser avec Shakespeare et la Bible en terme de ventes ! - aurait été victime d'une maladie neurodégénérative vers la fin de sa vie.
 

Une mémoire d'éléphant
Ironie du sort ou prédiction, c'est dans l'un de ses derniers romans, intitulé Une mémoire d'éléphant que les symptômes de démence cognitive apparaissent comme les plus évidents. Le vocabulaire y serait 30% moins riche que dans ses ouvrages précédents. Certains lecteurs se sont d'ailleurs plaints à l'époque du manque d'innovation dans ce roman, et l'intrigue a été jugée relativement conventionnelle par nombre d'entre eux. Bien que l'auteur n'ait jamais été diagnostiquée comme malade d'Alzheimer, un parallèle a été dressé avec le cas d' Iris Murdoch, autre écrivain britannique qui avait subi la même méthode d'investigation par l'écrit, un an avant que ne soit publiquement révélée sa maladie.

Face à un tel constat, certains restent sceptiques. Certes, l'analyse révèle un appauvrissement de l'écriture d'Agatha Christie. Mais le verbe d'une vieille femme de quatre-vingts ans peut-il avoir la même acuité que celui d'une jeune fille de vingt ans ? L'auteur - décédée à l'âge de quatre-vingt six ans - écrivait encore sur son lit de mort, dit-on. Prolifique, Agatha Christie pouvait publier jusqu'à quatre livres par an ! La construction de ses romans repose sur un habile jeu du chat et de la souris avec ses lecteurs, à qui elle demandait de bien vouloir faire fonctionner leurs "petites cellules grises". Pour elle, l'énigme devait être une pure recherche intellectuelle. Difficile donc d'imaginer Hercule poirot et Miss Marple comme le fruit d'un cerveau malade...

 

Rendez-vous avec la mort

Quoiqu'il en soit, l'auteur a décidé de faire mourir ses deux personnages fétiches avant que leurs faiblesses ne deviennent trop visibles. Hercule Poirot décède officiellement en août 1975 dans Hercule Poirot quitte la scène. Le détective aura même droit à une nécrologie dans les pages du New-York Times le lendemain ! Quant à Miss Marple, elle résout sa Dernière Enigme en 1976. La romancière la rejoint dans la tombe le 12 janvier 1976.

Trente ans après sa mort, les romans d'Agatha Christie se vendent toujours par millions. Le crime paie encore ! Alors sénile ou pas, l'auteur du Crime de l'Orient-Express et de Mort sur le Nil n'est pas près de tomber dans l'oubli...




Encore un journaliste rejeté par Salinger

Posté par Céline le 06.04.09 à 11:02 | tags : média, news

On sait à quel point J. D. Salinger tient à son intimité. Certains pourtant n'ont pas renoncé à le rencontrer : exemple avec Tom Leonard, journaliste du magazine Spectator, qui raconte dans un article comment il a été éconduit sur le seuil de l'écrivain mythique.

 

Âgé de 90 ans, l'auteur de L'Attrape-Coeurs fuit les médias, et vit reclus dans une maison de Cornish, dans le New Hampshire, avec sa troisième épouse. En apprenant l'identité du visiteur, il aurait laissé échappé une exclamation : "Oh no !", ou "quelque chose dans le genre". Dans une interview - la dernière - accordée en 1974 au New York Times, Salinger affirmait déjà vouloir écrire pour lui seulement, afin de "se protéger et protéger son travail".
 
Après L'Attrape-cœur, l'écrivain n'a publié que quelques recueils de nouvelles, et aujourd'hui, personne ne saurait dire s'il continue toujours à écrire, ou s'il conserve quelques précieux manuscrits à l'abri des regards du monde. Ce n'est pas Tom Leonard qui en saura davantage. L'épouse de Salinger - "une femme séduisante à la dentition parfaite et portant un carré blond", juge-t-il bon de préciser - lui aurait demandé de partir.

Persévérant, le journaliste s'est alors mis en tête d'interroger les voisins de l'écrivain, n'obtenant d'eux que des informations sans intérêt : Salinger fréquente tel supermarché, commande tel plat à tel café...

L'expédition jusqu'à Cornish n'aura donc servi, comme tant d'autres, qu'à irriter l'auteur tant attaché à son intimité. Et voilà, ce qu'il arrive, quand vous écrivez un chef d'œuvre sur la jeunesse et la rébellion : on ne vous fiche plus la paix.




Gordon Zola contre Moulinsart : Saint Tin, parodie ou plagiat de Tintin ?

Posté par 2goldfish le 03.04.09 à 15:05 | tags : édition, news, bd

Eric Mogis, alias Gordon Zola, est l'auteur d'une série d'album parodiques basés sur l'univers de Tintin : La Lotus Bleu, Le Crado Pince Fort, Le Vol 714 Porcineys et L'Oreille Qui Sait sont les quatre premiers albums parus d'une série qui devrait en compter 23... Si du moins elle n'est pas stoppée net par Moulinsart, la société qui gère le patrimoine d'Hergé et qui vient de porter plainte pour contrefaçon contre Mogis et les Editions du Léopard Démasqué.

 

Tous les exemplaire des romans humoristiques de la série "Les aventures de Saint Tin et de son ami Lou" ont été saisis chez l'imprimeur et, on peut imaginer que les exemplaires restants en librairie vont s'arracher grâce à ce coup de pub inespéré. Gordon Zola, créateur des éditions du Léopard Démasqué, déclare sur son blog être prêt à se battre jusqu'au bout, quitte à se ruiner (Moulinsart demande 185 000 euros de dommages et intérêts, tout de même). Il invoque le droit au pastiche, citant au passage Proust qui le considérait comme "une critique littéraire en action".

 

Sans nullement vouloir nier à monsieur Zola sa liberté d'expression littéraire, on rappellera aussi à celui qui allait bientôt publier "Saint Tin Au Gibet" que Victor Hugo considérait lui que "le calembour est la fiente de l'esprit qui vole". On rappellera aussi que si la jurisprudence reconnait en France le droit à la parodie, elle la différencie de la contrefaçon en considérant que la parodie doit être ponctuelle et non pas l'objet d'une série systématique, comme les aventures de Saint Tin. On souhaite une bonne chance à monsieur Zola.

 

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Le bateau ivre : Rimbaud dans tous ses états

Posté par Myosotis le 03.04.09 à 11:01 | tags : poésie, littérature en vidéo, élucubration
"Le bateau ivre" est l'un des poèmes les plus fameux de Rimbaud, celui par lequel il gagna ses galons de poète "voyant", comme il l'exposait lui-même l'année de sa composition en 1871. Le poème, un bateau qui rompt ses amarres comme le poète avec la norme, l'esprit avec la raison, la vision avec l'ordre, est un poème programmatique, qui expose en une longueur exceptionnelle chez Rimbaud (vingt et quelques strophes), la substance du travail qui sera effectué par la suite.
 
Sur le net, le poème est celui qui donne lieu peut-être au plus de développements (à égalité avec la poésie romantique du "Dormeur du Val") sous forme de commentaires composés (pour les élèves de lycée), d'essais mais aussi de peintures, de dessins, de films illustrés etc. Le Bateau Ivre se déguste à toutes les sauces, pour le meilleur parfois et pour le pire le plus souvent. Dans les trois exemples sélectionnés, on voit toute la vanité que peut avoir une rendition qui tente de transformer la matière rimbaldienne en ce qu'elle n'est pas : la funky attitude ne lui va pas, ni celle qui tend à faire de Rimbaud ce type aux semelles de vent qu'on habille en marin et en bohémien ceinturé d'un accordéon.
 
Ni funky, ni réaliste populaire, ni marin, ni gitan, ni soldat, ni rien : le seul Rimbaud qui marche en images est celui de ces 3 ados qui lui offrent ce qu'il mérite : un petit film au poil à l'esthétique Gus Van Sant, mélancolique, épuré et baladeur. Rimbaud est un poète qui étrangement (pour ce qu'il est populaire) ne souffre pas la récupération, le travestissement, l'habillage. Lu par des acteurs célèbres, il devient lourd et toc. Lu par des gens qui savent lire, il ne dégage plus rien. Il ne produit ses meilleurs effets que débarrassés de tous les artifices, tel qu'en lui-même, une série de vers écrits par un jeune homme d'à peine 17 ans, qui monte à Paris, lus par d'autres jeunes hommes d'à peu près le même âge et avec des rêves pleins la tête.
 
Le bateau ivre scolaire par Alexandre, Aymeric, Valentin
 
Le bateau ivre néoréaliste par Madrillet
 
Le bateau ivre Funky par Alain Ligier




Les illustrations SM du créateur de Superman

Posté par 2goldfish le 02.04.09 à 16:45 | tags : vo, comics, sexe et littérature
Secret Identity, un livre de Craig Yoe qui vient de paraître outre-Atlantique, révèle ce qu'il est advenu de Joe Shuster, le co-créateur de Superman qui a revendu ses droits sur l'homme d'acier pour une bouchée de pain.
Shuster, dont la vue diminuait, a dû travailler quelques années comme livreur pour joindre les deux bouts avant de retrouver un job dans l'illustration pour un obscur magazine nommé "Nights Of Horror". Dans ce magazine, Shuster illustrait d'abracadabrants scénarios sado-masochistes dans le même style graphique que Superman. Pire encore, il donnait à ses personnages les traits de Superman/Clark Kent, Lois Lane, Lex Luthor et autres héros de la bande dessinée qui l'a rendu célèbre.

Nombreux ont été les dessinateurs de comics contraints à accepter ce genre de jobs "honteux", sans parler de ceux qui l'ont fait par choix. Craig Yoe en avait déjà révélé plusieurs dans son livre "Clean Cartoonist's Dirty Drawings", qui compilait des travaux érotiques peu connus de dizaines d'artistes parmi lesquels Carl Barks (créateur de Picsou), Steve Ditko (Spiderman) ou Chuck Jones (Bugs Bunny).

 

Aujourd'hui, la plupart des artistes connus qui s'adonnent à l'érotisme, voire la pornographie, ne se cachent même plus. En matière d'érotisme pourtant, on peut se prendre à regretter l'apparente naïveté du passé, à l'époque où dessiner une femme en petite tenue brandissant un fouet relevait du sulfureux et de l'interdit, plutôt que de la banalité du quotidien de nombreux graphistes qui créent aujourd'hui des sites web érotiques par milliers.

 

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Les ukrainiens contre la poutinisation de Gogol

Posté par Gwenola le 02.04.09 à 12:05 | tags : news
Il y a (encore) de l'eau dans le gaz entre la Russie et l'Ukraine ! Les deux pays se disputent cette fois la nationalité de l'écrivain Nikolai Gogol, l'auteur de Tarass Boulba, dont le héros est un casaque belliqueux et... ukrainien de son état.
 
Si pour les ukrainiens, le fait que Gogol soit né en Ukraine, ennemi stratégique de la Russie (mais province russe à l'époque, en 1809), suffit à attester de ses racines, les russes ne l'entendent pas de cette oreille. A l'occasion du bicentenaire de la naissance de l'auteur, ces derniers comptent bien célébrer la gloire de ce héros national enterré à Moscou. D'abord, Gogol écrivait en russe à l'époque, arguent-ils. Oui, mais son imaginaire est ukrainien, réplique t-on à Kiev...
 
Face au Kremlin, on doute que l'Ukraine remporte cette bataille qui relève plus de géopolitique que de littérature. Les russes ont déjà marqué un point en adaptant le roman Tarass Boulba sur le petit écran. Ils ont aussi inauguré le premier musée Gogol sur leur territoire. Pendant ce temps là, l'Ukraine qui compte déjà trois musées de l'écrivain, crie à la poutinisation de sa littérature et prépare sur son territoire un festival en hommage au romancier. Cette foire d'empoigne, même Vladimir Poutine n'en peut plus : « Ce remarquable écrivain (...) lisait de manière indissoluble deux peuples frères, le russe et l'ukrainien » a-t-il déclaré.

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Alain Delon est une star au Japon : le teaser

Posté par Myosotis le 01.04.09 à 17:50 | tags : news, roman
Alain Delon est une star au Japon
"- Je ne vous accuse de rien, Monsieur Delon, mais vous tenez entre les mains la raison de votre kidnapping. Etes-vous d'accord pour que je vous rafraîchisse la mémoire ?

- On m'a déjà fait ce coup-là des dizaines de fois figurez-vous, mais allez-y, puisque nous y sommes. Je vais reprendre un peu de vin. Cela me permettra de survivre à ce que vous avez à me raconter.

Il tenait cette phrase du Guépard. Luchino Visconti l'avait placée dans la bouche de Burt Lancaster. Delon s'en était rappelé à propos pour feindre le détachement. Il vida la bouteille de Pomerol dans le verre ballon et se mit en position pour écouter Kaizuo.

Avec cette comédie à suspense, Benjamin Berton fait plus que confirmer ses talents de conteur et son humour fantasque. (sic) Il dresse le portrait tout en nuance du dernier grand acteur français et prouve que seule la fiction pouvait raconter l'homme derrière le mythe Alain Delon. (re-sic)"

 

Cette quatrième de couv ne dit pas grand-chose à mon sens mais il paraît qu'il n'en faut pas trop dire pour que la curiosité du lecteur soit titillée. Alain Delon est une star au Japon n'est, de mon point de vue, pas strictement une "comédie à suspense" mais évidemment un roman ou à la rigueur, une histoire. Cette réaction est sans doute un rien snobinarde mais je trouve un peu dépréciative l'idée qu'un roman puisse être avalé par un genre (une classification) qui relève essentiellement du domaine cinématographique.

 

J'ai en revanche vraiment flashé sur cette couverture et ces deux adolescents japonais en racailles qui trônent au premier plan et qui ressemblent trait pour trait à l'idée que je me faisais de mon duo adolescent. Alain Delon est l'histoire (pour ceux qui ne l'auraient pas compris) de deux jeunes japonais (un couple) qui enlèvent Alain Delon à Paris, l'emmènent dans un endroit isolé (une maison en Creuse), le temps de pratiquer sur lui (et d'obtenir les résultats) un test de paternité. Le garçon, Kaizuo, est en effet convaincu qu'Alain Delon est son père et qu'il est né d'une liaison entre l'acteur et sa propre mère, traductrice étudiante ayant travaillé à l'organisation du Festival de Tokyo à la fin des années 80. Voilà en bref. Pour le reste, ce n'est évidemment pas à moi de parler de cette affaire. J'espère évidemment que le livre tiendra aussi bien la route que son titre (une bonne inspiration) qui en fait saliver pas mal.

 

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Entretien avec Edgar Hilsenrath, auteur de Fuck America

Posté par Céline le 01.04.09 à 15:24 | tags : news

Vous ne connaissez pas encore Edgar Hilsenrath ? Il est temps d'y remédier : Fuck America, le troisième roman de cet écrivain allemand (initialement publié en 1980), paraît ce mois-ci aux éditions Attila, toute jeune maison lancée par Frédéric Martin et Benoît Vinot, et qui entreprend de publier deux autres ouvrages du même auteur.

 

Fuck America révèle une plume incroyable, capable de traiter du thème le plus grave - la shoah - avec une verve évoquant celle d'un Fante ou d'un Bukowski. L'histoire du roman, c'est celle de Jacob Bronsky, le narrateur, un émigrant juif arrivé à New York quelques années après la fin de la guerre, qui enchaîne les boulots précaires afin de pouvoir continuer à écrire. L'histoire du roman, c'est aussi celle d'Edgar Hilsenrath, l'auteur, qui a lui aussi connu, après l'horreur de la guerre, la difficile épreuve de l'émigration dans une société régie par l'argent et le profit.

 

Mais jusqu'à quel point l'écrivain ressemble-t-il à son personnage ? Fluctuat a rencontré Edgar Hilsenrath et lui a posé quelques questions sur son vrai-faux double Jacob Bronsky, et, naturellement, sur ce qui l'a conduit à en faire le héros de Fuck America.

Lire l'entretien avec Edgar Hilsenrath




Robert Crumb a fini de dessiner Dieu !

Posté par Céline le 01.04.09 à 11:24 | tags : news, bd, comics
Robert Crumb et Dieu, c'est une longue histoire. Après quatre années passées à travailler sur l'adaptation de la Genèse en comics, le dessinateur a annoncé sur son site avoir enfin achevé son projet.

Basée sur la Bible du roi James traduite par Robert Alter, cette bd, qui sortira en octobre prochain, est d'ores et déjà présentée par son éditeur comme une "satire scandaleuse" de l'ordre religieux. Dans une interview publiée dans Time Magazine en 2005, Crumb avait expliqué sa difficulté à choisir comment il allait représenter Dieu. Une simple lumière dans le ciel ? Une femme noire ? Finalement, c'est un rêve qui lui révèle l'aspect que devra prendre Dieu dans sa bd : il aura une barbe blanche et ressemblera à son père, avec "un visage très viril".

Robert Crumb nous promet "toutes sortes de délires, et des trucs bizarres qui surprendront vraiment les gens". La Genèse revisitée par le plus subversif des auteurs de comics appellera aussi, selon son éditeur, à "une relecture significative du contenu de la Bible ainsi que de son rôle dans notre culture". On en attend pas moins de Crumb, dont le prochain projet devrait être réalisé en collaboration ave sa femme, l'artiste Aline Kominsky-Crumb.





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