Archives > Mars 2009Encarta, coulé par Wikipédia, ferme définitivement ses pages
Lancée en 1993, Encarta avait pourtant bien démarrée. Déclinable en différents supports - CD, DVD, web - et en différentes langues - français, anglais, allemand, espagnol, italien ou même néerlandais et japonais -, l'entreprise payante avait de quoi séduire les curieux. Mais c'était avant l'arrivée de Wikipédia...
En 2001, cette nouvelle encyclopédie, gratuite et alimentée par les internautes eux-même - faisait déjà figure de Titan. Face au mode participatif du journalisme citoyen Wiki, lancé par Jimmy Wales, les contenus propriétaires d'Encarta ne font plus le poids. Et ceci malgré les actualisations et l'accès gratuit à des versions très allégées des articles : contrairement à Larousse, la formule encyclopédique de chez Microsoft n'a pas vraiment envisagé de renouveler son modèle. A l'exception du Japon qui bénéficie d'un délai jusqu'au 31 décembre 2009, Encarta ne sera donc déjà plus qu'un souvenir dans sept mois jour pour jour. Toutes les déclinaisons de l'encyclopédie disparaîtront sans exception. Les abonnées qui avaient souscrit au service "Premium" au-delà du 30 avril 2009 seront remboursés au prorata de la période de disponibilité des contenus. L'éthique Microsoft ? Dans un communiqué posté sur le site MSN Encarta annonçant la fermeture de sa gamme, Microsoft reconnaît que les modes de transmission de l'information ont changé. "Nous ne recherchons plus aujourd'hui l'information dont nous avons besoin comme nous le faisions il y a seulement quelques années", peut-on y lire. C'est presque un aveu d'impuissance face aux contenus gratuits en ligne. Jouant la carte de l'éditeur fairplay, la multinationale de l'informatique nous livre un message digne des plus grands humanistes. "Chez Microsoft, nous pensons que chaque être humain sur la Terre doit pouvoir accéder à des ressources éducatives de qualité. C'est notre vision."... Allons, on parle quand même de Micro$oft. Le festival Concordan(s)e réunit chorégraphes et écrivains![]() Créé par Jean François Munnier il y a deux ans, le festival Concordan(s)e ouvre ses portes jusqu'au 11 avril prochain au Colombier de Bagnolet. Le principe ? Six auteurs rencontrent six chorégraphes pour interroger leur démarche de créateurs. Au cours de cette édition 2009, la chorégraphe Carlotta Sagna rencontrera Olivia Rosenthal, dont le dernier livre, On n'est pas là pour disparaître, avait remporté le prix Wepler en 2007. Nathalie Pernette parlera de sa pièce "Miniatures" avec la poète et dramaturge Gwenaëlle Stubbe. L'écrivain Arnaud Cathrine proposera une analyse de "Morpholab 2", un ensemble de courts-métrages réalisé par Philippe Combes et sa compagnie Cave Canem. D'autres rencontres sont au programme de ce festival : plus de détails sur le site de Concordan(s)e.
Photo © Agnieszka Podgorska Big Numbers d'Alan Moore : le troisième épisode enfin retrouvé !![]() Au début des années 1990, Alan Moore avait perdu tout l'argent de Watchmen dans une infortunée tentative de publication indépendante. Il se lançait alors dans trois des projets les plus ambitieux de sa carrière, dont l'incroyable From Hell, le décevant Filles Perdues, et enfin Big Numbers, projet maudit dessiné par Bill Sienkiewicz, qui n'a jamais été complété et ne le sera jamais, mais dont le troisième épisode a été retrouvé. Les deux premiers épisodes fascinants de cette bande dessinée décrivaient les effets de la construction d'un centre commercial dans la ville de Northampton sur la vie d'une série de personnages. Toute la construction de l'histoire y était régie par la théorie des fractales de Benoît Mandelbrot. Big Numbers devait être le chef d'oeuvre de Moore, plus abouti même que From Hell, avec sa recherche historique incroyablement poussée, son approche holistique du Londres de 1888 et de l'histoire anglaise en générale, et plus complexe même que Watchmen avec son histoire construite comme une horloge atomique. A vrai dire, Big Numbers était sans doute trop compliqué pour tout le monde sauf pour Alan Moore, puisqu'au cours de la réalisation du troisième numéro (sur douze de prévus) le dessinateur Bill Sienkiewicz a lâché l'éponge, et que son assistant Al Columbia, qui avait repris le flambeau, a perdu les pédales en dessinant le quatrième épisode, brûlant même, selon la rumeur, l'intégralité de ses planches.
Deux numéros seulement de Big Numbers ont donc été publiés. Bien qu'achevé, le troisième n'avait jamais vu le jour. Aujourd'hui pourtant, un internaute a mis la main sur des photocopies de ce numéro inédit, et les a uploadées sur son blog, pour qu'enfin l'on puisse tous lire ce troisième et malheureusement dernier numéro de Big Numbers. La lecture des deux premiers numéros (légalement téléchargeables sur les réseaux peer to peer) nous avait déjà permis de comprendre un peu mieux la réaction des dessinateurs, mais de la regretter aussi. Le génie et la monstruosité de ce nouveau numéro ne fait qu'ajouter à notre regret. Benacquista et Pennac à la rescousse de Lucky Luke! Entendez-vous Benacquista arriver au galop ? L'auteur de Saga s'associe au romancier Daniel Pennac pour le scénario du prochain Lucky Luke.Depuis la mort de Morris en 2001, c'est le tandem Achdé (dessinateur) - Laurent Gerra (scénariste) qui s'est attelé aux aventures du cowboy solitaire. L'humour à l'ouest Décrié par certains, la plume de Gerra ne fait pas l'unanimité. La nouvelle contribution de deux célèbres plumes de la littérature, devrait donc être plutôt bien accueillie. Les deux équipes travailleront en parallèle. Parions que l'humour piquant de l'auteur de Malavita, le roman noir à succès du scénariste italien Benacquista, sorti en 2004 et salué par la critique, devrait mettre un peu de piment dans les aventures de l'homme qui tire plus vite que son ombre. Le top 5 des livres difficiles mais qu'on peut lire quand même
Et puis il y a les vrais livres ardus, ceux qu'on avait une envie folle de lire, parce que le thème nous correspondait, parce qu'on en avait lu du bien dans la presse, parce qu'ils avaient l'air superchouettes et qui d'une façon ou d'une autre, sont devenus des montagnes dès les premiers chapitres, des trucs invraisemblables et qu'on a fini par abandonner - très vite - ou au contraire, sur lesquels on s'est acharné de longues heures, de longues semaines, de longs mois parfois, parce qu'ils nous valaient bien. En voivi quelques exemples avec le "top 5 des livres ardus mais qu'on peut lire quand même parce qu'ils sont chouettes même quand on est nuls" :
5. Tim Powers, A deux pas du Néant : le livre de Tim Powers est peut-être la variation la plus compliquée et tordue que vous trouverez aujourd'hui sur les voyages dans le temps. L'auteur y mélange des espions israéliens, Albert Einstein, des sociétés secrètes, Charlie Chaplin et des esprits frappeurs. C'est à la fois comique et un grand roman d'aventure mais il faut sacrément s'accrocher sur les 200 premières pages pour ne pas lâcher prise. A déconseiller à ceux qui trouvent que Retour vers le futur, le film, est trop compliqué quand Marty est en double dans un même espace temps.
4. William H. Gass, Le tunnel : J'ai déjà dit pas mal de choses sur ce Tunnel, parfois mal, parfois de manière imprécise. Avec le recul, le roman se confond aujourd'hui dans mon esprit avec son titre. A moins qu'on ne lui préfère le trou noir. Trop dense pour moi, le livre demande une attention, une concentration, un arrêt sur les mots que je n'ai pas les moyens de mettre à son service. La complexité ne tient pas comme chez Powers à l'intrigue mais plutôt à la construction, au style, à la nature même du projet.
3. Salman Rushdie, Les Versets sataniques : Ma première tentative de lire Les Versets Sataniques est intervenue au moment de leur publication (polémique). Je voulais savoir quelle sorte de livre pouvait entraîner une telle réaction. Je n'ai jamais su, ni jamais réussi à comprendre qui était qui, bloqué gamin par les noms indiens des personnages, puis par la construction rushdienne du récit, trop exotique pour mon esprit cartésien. J'ai réessayé à plusieurs reprises de comprendre Les Versets mais doit avouer ma totale impuissance. Caramba, encore raté !
2. Thomas Pynchon, Mason et Dixon : L'un de mes plus gros échecs de lecteur. Un livre qui sur sa jaquette a tout pour plaire et qui me reste impénétrable. Roman picaresque, géographie, jeux et énigmes, fantaisie et fantastique, et je reste à la porte, scotché par la débauche de moyens, la maestria du romancier, l'ampleur du projet, comme un gamin qui renonce à rentrer dans un palais parce que le portail est trop grand pour lui.
1. James Joyce, Finnegans wake : Difficile d'échapper à Finnegans Wake dans un tel classement. Je l'ai lu pour dire que je l'avais lu, dans l'ordre et sans sauter une page (l'erreur ?). L'impression est étrange (j'en ai repicoré un morceau l'autre jour). On paie assez cher les grands moments où l'on chevauche le texte à dos de mots, à la vitesse d'un train au galop. On paie assez cher en moments de solitude, en ennui et décryptage. L'impression parfois de se coltiner un morceau d'araméen sans le dictionnaire qui va avec. Finnegans résume à lui seul l'intérêt et la difficulté qu'il peut y avoir à aimer les livres "durs à comprendre". Robert Littell dépeint Staline en poète dans son dernier roman Spécialiste du roman d'espionnage, Robert Littell (le père de Jonathan) s'intéresse, dans son dernier roman, à l'histoire de la Russie sous Staline, à travers le destin d'Ossip Mandelstam, le seul poète russe qui osa défier le dictateur avec un simple épigramme.L'Hirondelle avant l'orage est né d'une conversation de Robert Littell avec Nadejna Mandelstam, la veuve du poète, qui a consacré sa vie à diffuser la poésie de son mari qu'elle avait entièrement mémorisée. A la fin des années 1970, l'écrivain américain s'est rendu chez Nadejda, pour lui témoigner toute son admiration. Au seuil de sa porte, la vieille femme l'avait alors averti : « ne parlez pas anglais dans le couloir ». Un seul mot étranger pouvant à l'époque vous faire accuser d'espionnage... Trente ans plus tard, Littell propose un roman historique ultra-documenté, mêlé de fiction, où l'on en apprend autant sur le dictateur russe que sur la poésie : « C'est peu connu aujourd'hui, mais Staline aimait la poésie. Il lisait beaucoup, en autodidacte. Quand il était un jeune gangster dans le Caucase, quand il braquait les banques pour nourrir la révolution de Lénine, il écrivait des poèmes publiés dans le journal, des poèmes romantiques qui avaient de très bonnes critiques d'ailleurs ! », explique Robert Littell. Publiez votre livre grâce à Twitter... Twitter, c'est cette plateforme qui vous permet de signaler au monde entier et en quelques mots "ce que vous êtes en train de faire". Qu'il relève de la frime, de l'info ou de l'originalité, Twitter en a rendu addict quelques-uns, comme un dénommé James Bridle, un britannique qui a décidé de réunir, dans un livre autopublié, les 4100 sentences de ses deux dernières années passées sur le réseau.Intitulé "My Life in Tweets", ce livre inédit donnera peut-être des idées à d'autre internautes, et ce, même si son auteur reconnaît qu'une grande partie du livre "n'aura de signification pour personne d'autre que lui". Selon lui, l'objectif de cette expérience est de voir si l'ensemble des sentences de Twitter réunies ici peuvent constituer une sorte de journal. Un deuxième volume devrait suivre le premier. Comme le statut Facebook - couramment appelé le "is" - le statut twitter peut atteindre des sommets de narcissisme, insoupçonnés chez certains, plus naturels chez d'autres. Clara "is prête à boire du champagne toute la nuit". Jean-Loup "is le sur le point d'avoir des places pour Michael Jackson". Johann "attend que ses oeufs à la coque soient prêts-3 mn pas plus". Vanité des vanités. Mais excellent concept : vous avez déjà votre livre sur le temps qui passe, l'insignifiance de nos actes, l'irrémédiable et terrifiante solitude, le besoin de se sentir être, etc.
L'art du découpage avec Hina AoyamaDécouper du papier est un art à part entière : du papier, des ciseaux, de la colle, du talent et beaucoup de patience, et on peut faire des merveilles, comme celles que propose sur FlickR la créatrice japonaise Hina Aoyama, maintes fois récompensée pour ses oeuvres.
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Roberto Saviano accusé de plagiat pour son livre Gomorra Menacé de mort par la mafia napolitaine après le succès de son livre Gomorra, Roberto Saviano n'est pas près de retrouver la paix. Le voilà désormais accusé de plagiat par le journaliste italien Simone Di Meo, nous apprend le quotidien Il Giornale.Ancien collègue de Saviano au Cronache di Napoli, Di Meo estime que l'auteur de Gomorra a plagié des articles publiés dans ce journal avant la sortie du livre : « Tout ce que j'avais raconté confidentiellement (...) a été légèrement transformé, et dans certains cas, transposé intégralement, sans que la source soit cité, pour donner vie à un livre que beaucoup ont salué comme un travail inédit ». Après de vaines tentatives de négociations avec Mondadori, l'éditeur italien de Saviano qui nie toute « appropriation indûe » de l'écrivain, Simone Di Meo porte l'affaire au tribunal et réclame 500 000 euros de dommages et intérêt. Roberto Saviano, lui, se défend en déclarant s'être inspiré de « sources publiques ou d'informations directement recueillies. » Le quotidien Il Giornale, qui relaie l'information, ne prend pas le risque de se prononcer sur l'affaire, dont le procès se déroulera le 7 juillet prochain au tribunal de Naples.
Sources : Il Giornale, ActuaLitté, Courrier International Le petit livre rouge de Mao fait un retour en force auprès des étudiants
Le rouge à la mode Il faut dire qu'avec 25 millions de chômeurs en Chine, la jeune génération a des raisons d'être inquiète. Dans un contexte économique et social morose, Mao fait figure de sauveur rétrograde. Certains étudiants surfent sur cette vague maoïste. A Pékin, une librairie situé près de l'Université Bei Da, dont le doux nom d'Utopia résonne déjà comme un manifeste, fait recette en proposant tout un arsenal d'ouvrages communistes. Son patron affirme vendre près de 200 Petits Livres rouges par mois depuis le début de la crise (dans le même esprit, on avait déjà vu comment le contexte économique avait boosté les ventes du Capital de Karl Marx...). Dans les rayons de la librairie, sous les portraits du fondateur de la république populaire, les étudiants peuvent à loisir faire du gringue ou, plus sérieusement, se replonger dans la biographie d'Hugo Chavez, l'histoire de l'URSS ou les pensées de Mao.. A quand la chorale universitaire sur l'air de Nino Ferrer : "J'ai mon bréviaire de révolutionnaire" ?
Voir aussi : le diaporama Mao dans tous ses états Dick Cheney, nègre officiel pour le livre de Bush
Intitulé Decision Points, ces mémoires doivent retracer les douze plus grandes décisions de sa vie (douze, comme Hercule bien sûr). Vingt-quatre heures à peine après avoir signé avec l'éditeur, Bush a cependant annoncé à des journalistes : « Ma treizième grande décision a été d'engager Dick Cheney pour rédiger les douze autres ». Lui-même éprouverait, en effet, trop de difficultés à écrire, notamment au niveau de l'orthographe. Ça ressemble à un gag. Mais si ça n'en est pas un, Cheney deviendrait alors le premier vice-président de l'histoire à devenir le nègre officiel de son président... Il n'aurait pourtant été désigné que parce que l'écrivain James Frey a refusé ce travail de rédaction proposé par Bush. Cheney, nègre et bouche-trou donc, devrait achever le livre en 2010, à la date prévue pour sa publication... Les femmes lisent plus et mieux que les hommes... Les hommes seraient deux fois plus nombreux que les femmes à ne pas être capables de finir un bouquin... C'est en tout cas ce que démontre une étude britannique sur les habitudes de lecture, menée sur différents profils.Sur 2000 personnes sondées, 88% de lectrices sont assimilées à des dévoreuses de livres, contre seulement 26% de gros lecteurs. Plus lent, l'homme lit logiquement moins, et d'une manière générale sa lecture est considérée comme plus décontractée que celle des femmes - qui sont plus appliquées - voire carrément négligente... Les hommes seraient aussi un peu plus nombreux à gonfler leurs étagères de livres jamais ouverts (20%), bien que cette pratique (courante) se retrouve aussi chez les femmes (17%). Enfin, pour éviter toute accusation de machisme au féminin, mettons tout le monde d'accord : le même nombre d'hommes et de femmes affirme pouvoir lire sans problème deux livres à la fois. Cette façon de lire en papillonnant d'un livre à l'autre concernerait 24% des cas, tous sexes confondus... Source : The Guardian
Lire aussi : Le Top 10 des livres qui rendent séduisants Va-t-on au Salon du livre pour draguer ? Le Capital de Marx adapté en comédie musicale
Hitler, lecteur de Shakespeare et Cervantès Imaginiez-vous Hitler en lecteur de grands classiques ? Un récent ouvrage du journaliste américain Timothy W. Ryback, Dans la bibliothèque privée d'Hitler (Le Cherche-midi), révèle un portrait dérangeant d'Hitler en passionné de littérature. Si l'on ne s'étonne pas de l'attrait du dictateur pour les traités d'empoisonnement aux gaz, L'Histoire de la marine allemande durant la première guerre mondiale ou les ouvrages de Nietzsche - dont on sait à quel point il a dévoyé la pensée - l'idée que les pièces du grand Shakespeare aient pu côtoyer l'ouvrage antisémite d'Henry Ford, Le Juif international, sur les étagères de la bibliothèque d'Hitler est moins évidente. Hitler possédait également un exemplaire du Don Quichotte de Cervantès ainsi que ... La case de l'oncle Tom. La Führer de lire Mais l'étude de Ryback le montre pourtant : Hitler, responsable d'autodafés répétés contre ce qu'il jugeait être une littérature dissidente (auteurs juifs ou pacifistes entre autres), était un grand collectionneur de livres (16 000 titres), fan de Robinson Crusoë et Gulliver. De quoi convaincre définitivement, cette fois, qu'une bibliothèque ne détermine pas exactement son propriétaire. A noter que ce mois-ci paraît également un livre documentaire d'Antoine Vitkine, sur la réception de la bible nazie dans le monde (Mein Kampf, histoire d'un livre, Flammarion).
Va-t-on au Salon du livre pour draguer ?Posté par Myosotis le 23.03.09 à 10:06 | tags : elucubration
En marge du Salon du livre de Paris et sur YouTube, on peut trouver désormais ce genre de vidéos. Si on y regarde plus près, on se rend compte qu'elles se multiplient autour des événements spécifiquement littéraires, salons, lectures, comme si une étrange association était en train de se créer dans l'esprit des (pervers) vidéonautes, entre l'érotisme, la lecture et les bottes en cuir. Est-il possible que cette femme blonde "mature", dont l'attrait (je m'excuse auprès d'elle) n'a rien de particulier ou de bouleversant, soit simplement dopée par sa qualité de lectrice potentielle ? Si on reconnaît ici à l'oeuvre toute la mécanique voyeuriste (le fétichisme des chaussures, des jupes, le look de prostituée bourgeoise, les faux cheveux blonds, le sac à main), il faut croire que l'on cherche aussi, par delà le sexe et la sensualité, à retrouver dans ces instants volés, l'effet qu'ont la lecture, la culture, les livres sur la... chair fraîche ? Dans un étal de boucherie voyeuriste, peut-on se rendre compte que LIRE améliore la fermeté d'un cul moulé, le tombé du mollet, le galbe d'une cuisse, l'intensité d'un regard ? Fréquenter les salons du livre rend les pervers intelligents : comme des amateurs qui nourrissent les poulets au grain avant de les sacrifier, ceux-ci traquent des entrejambes qui ont gambadé entre les essais et les romans, plutôt que chez Etam ou Mango. C'est étrange mais compréhensible. On ne peut qu'encourager ce phénomène et souhaiter que ces voleurs se paient des modèles... plus jeunes et moins culottées. Les plus étonnantes librairies du monde, de Calcutta à San FranciscoIl y a quand même des librairies plus intéressantes que les rayons uniformes et optimales de la Fnac. Pittoresques ou prestigieuses, spacieuses ou bordéliques, certaines librairies ont une véritable identité. Aller y rechercher un titre ou tout simplement y flâner relève alors davantage d'une agréable activité que d'un acte machinal de consommation (culturelle). Quelques-uns d'entre nous ont déjà eu l'occasion d'explorer les surprenants recoins de la librairie anglophone Shakespeare & Co, située dans le 5e arrondissement de Paris. Les plus chanceux ont peut-être même déjà visité celles d'autres pays, Porto, San Francisco, Buenos Aires... Petit tour du monde des librairies, en images. 1. La librairie Selexyz à Maastricht, en Hollande, installée dans une ancienne église dominicaine, ne vend pas que des ouvrages religieux. ![]() 2. La librairie Shakespeare & Co. à Paris, où on peut bouquiner, prendre un café, ou même piquer un somme... ![]() 3. La librairie Lello à Porto, qui a ouvert ses porte en 1906, est sans aucun doute l'une des plus belles du monde. On peut y jouer à Sissi l'Impératrice tout en cherchant l'édition poche d'un classique portugais. ![]()
Proposez des photos d'étonnantes librairies Uderzo contre Uderzo
En décembre dernier, Albert Uderzo cède ses parts sur les éditions Albert René à Hachette, qui avec le rachat des 20% d'Anne Goscinny, fille de René, devient actionnaire majoritaire de la maison. Sylvie Uderzo, encore détentrice de 40% des parts et directrice générale, se voit mise à la porte pour "faute grave". Elle a toujours été contre cette cession et l'a fait savoir publiquement, s'inquiétant pour l'avenir d'Astérix. Il faut dire qu'en cédant la maison d'édition à Hachette, Uderzo a aussi annoncé qu'il permettait que d'autres auteurs continuent les aventures d'Astérix après sa mort, idée qu'il avait toujours refusée jusque là.
Sylvie Uderzo a donc déclaré qu'elle se battrait pour que les choses ne se passent pas comme ça, qu'elle pense que son père est manipulé, que ce n'est pas qu'une histoire de famille. C'est pourtant ce que prétend son père, qui semble surtout mécontent du rôle de son gendre dans l'affaire. Albert Uderzo traîne d'ailleurs lui aussi devant les tribunaux celui qu'il surnomme "Iznogoud", Bernard Boyer de Choisy. Il l'accuse entre autres d'avoir volé des planches originales d'Astérix.
L'affaire est assez triste et pathétique et il ne nous appartient pas de donner raison à l'un ou l'autre camp. On peut juste dire que la continuation des aventures d'Astérix, si elle était confiée aux bons auteurs, pourrait être une bonne nouvelle. Après tout, il sera difficile de faire pire que Le Ciel Lui Tombe Sur La Tête, dernier album en date qui ne vaut certainement pas mieux que le film Astérix aux Jeux Olympiques. Après des trucs comme ça, on ne peut pas dire qu'un nouvel auteur soit une mauvaise idée.
Le lecteur pliable du futur selon Ars ElectronicaSi les divers acteurs sur le marché du livre numérique ne cessent d'élargir et d'optimiser leur offre, bien des lecteurs ne sont cependant pas encore convaincus de l'utilité de posséder un e-book. Pour y remédier, Ars Electronica, une structure visant à promouvoir la création numérique, propose dans une vidéo un prototype de lecteur pliable alliant classe et efficacité. Qui le premier, de Sony, Kindle et cie, saura élaborer un produit comme celui-ci ? Avec ce lecteur du futur (proche), tout semble en effet possible - et si facile... On vous laisse le découvrir dans la vidéo. Tristan Ranx, écrivain digne de Jonathan Littell cherche éditeur
Les lecteurs de "La Cinquième saison du monde" étaient peu nombreux, il faut bien l'avouer, mais avertis. Presque tous ont jugé excellent le manuscrit de Tristan Ranx, qui a reçu, entre autres, un prix de Technikart en 2008, les faveurs d'Eric Naulleau, alors président du jury, et des écrivains Patrick Grainville et Mathias Bernardy. Baptiste Liger, journaliste à Lire, Technikart et organisateur du prix ose la comparaison : « J'ai tout de suite vu qu'il s'agissait d'un roman très ambitieux, de quelque chose d'assez rare dans le maelstrom des petits romans français. Un peu à la manière des Bienveillantes... ». Les Bienveillantes, soit le premier et ambitieux roman de Jonathan Littell qui dépassa allègrement les 500 000 ventes. Que raconte donc le livre de Tristan Ranx pas encore publié ? Quels arguments, idéologiques ou esthétiques, ont motivé les différents refus des éditeurs ?
Watchmen et le temps du récit : le livre ou le film ? Watchmen : les gardiens est un bon film. Il n'est ni une trahison, ni un massacre en règle du travail d'Alan Moore et de Dave Gibbons comme ont pu l'être à peu près toutes les adaptations du scénariste de Northampton. Zack Snyder, dont on n'avait pourtant pas aimé le 300, a fait le boulot avec amour et en a tiré un film qui a gardé suffisamment des caractères initiaux du roman graphique pour qu'il ne soit pas uniquement la machine à pop corn que certains attendaient avec effroi.Watchmen est un film de superhéros en phase terminale, un film noir et une uchronie politique, qui offre l'avantage important pour le spectateur contemporain de voir se matérialiser quasiment au millimètre près certaines cases dessinées par Dave Gibbons. Les lecteurs de Moore seront saisis de contempler sur écran la mise en place charnelle de ce qui relevait jusqu'ici du seul imaginaire et du dessin. Snyder fait mieux dans son genre que Miller/Rodriguez sur Sin City et bien mieux que Miller sur le Spirit d'Eisner.
Mon Watchmen préféré Lorsqu'il s'agit de comparer Watchmen le film et Watchmen la BD, on n'est pas, pour une fois, dans la situation déséquilibrée où on compare une panouille et un chef d'œuvre. La supériorité de la BD tient ici avant toute chose à son format et aux qualités qui en découlent. Moore, interrogé (un bon milliard de fois) sur l'adaptation en cours avait dit quelque chose d'évident mais de terriblement vrai : - Pourquoi est-ce que vous ne vous intéressez pas au film, Monsieur Moore ? - Parce que Watchmen est une BD et pas un film. C'est là que se trouve la réponse.
Dans le film, Snyder a mis sur le même plan à peu près tous les Watchmen, leur consacrant à chacun un développement en flashback (sauf à Ozymandias qui en pâtit terriblement) qui permet de contextualiser leur présent et de coller à la structure de la BD. Ce type d'exposé fonctionne très bien en livre mais un peu moins en film. Les règles du cinéma veulent que le présent des personnages permette peu à peu d'en dévoiler la psychologie et l'historique et pas qu'on se lance dans des bulles cryptotemporelles de ce type (ok, il y a Citizen Kane et aussi... La Cité de la peur). Là où le livre permet un attachement du lecteur à l'un ou l'autre des personnages (la force de Rorschach emporte tout dans le livre), le cinéma juxtapose 4 ou 5 sous-récits de 10 minutes strictement égaux. Ce séquençage équitable ne nous permet pas de formuler une VRAIE préférence.
Réalisme graphique et temps du récit
La BD a un temps, des temps dont chaque segment peut, sous l'effet de la lecture, prendre une durée et une saveur différentes. Le cinéma offre, lui, un découpage standardisé où l'émotion et la substance sont prédécoupées, et ont déjà fait l'objet d'une utilisation dans d'autres films. Le refus de Snyder de se confronter au squid est une autre illustration de ce phénomène. Là où Moore peut se payer un instrument de fin presque comique (tragique, évidemment), le cinéma ne peut se l'offrir car il n'a pas de référent qui permet de stimuler le spectateur dans le bon sens. Les monstres de cinéma sont des monstres qui mettent du temps à apparaître (Godzilla, King Kong, le truc de Cloverfield), qu'on a du mal à montrer. Le cinéma, contrairement à la BD, ne peut pas se permettre de juxtaposer l'absurde et le sérieux, le surréaliste et le psychologique sans griller ses effets. Il suffit de voir à quelle vitesse est tué Rorschach dans le film pour voir que quelque chose cloche.
Mexico vue par ses écrivains : histoire d'une ville surréaliste Gigantesque, fantastique, absurde, corrompue... Mexico inspire, depuis plusieurs générations, les écrivains qui y ont vécu. Que leur évoque au juste cette ville effervescente et démesurée ? Comment la perçoivent-ils, d'un point de vue esthétique, littéraire ou politique ? Pendant le Salon du livre 2009, une table ronde a réuni quatre auteurs autour de ce sujet.Fascinés ou rebutés par son urbanisme complexe, ses quartiers inquiétants, ses événements magnifiques ou absurdes, écrivains de l'ancienne et de la nouvelle génération témoignent. Enrique Serna, Guadalupe Nettel, Elena Poniatowska et Jean-Claude Carrière expriment leurs sentiments contradictoires, leur attachement à Mexico, et invitent à découvrir, à travers leurs oeuvres, les qualités et les travers d'une ville à laquelle on a associé tant de clichés... Le Capital de Marx adapté en comédie musicale... à la chinoise
L'intrigue ? Des travailleurs se font exploiter par leur patron. L'injustice entraîne leur division : certains se rebellent tandis que d'autres tentent de négocier. En pleine crise économique, l'idée est (d)étonnante. Inspiré des shows de Las Vegas, le projet a été confié à He Nian, spécialiste du spectacle d'arts martiaux. Un groupe de musique jouera en live sur les chorégraphies et le chant des acteurs.
Qu'en penserait le vieux Marx ? Le directeur affirme vouloir respecter la pensée de Marx. « Les théories de Marx ne peuvent pas être dénaturées », affirme le chef du projet. De plus, afin d'éviter tout dérapage « politiquement incorrect », des experts chinois superviseront la mise en scène... A l'heure où la Chine troque son idéal communiste contre un système de valeurs axées autour du profit et d'une économie galopante, Marx doit se retourner dans sa tombe. D'autant plus si l'argument financier est le moteur de la création...
Un autre défi de taille attend les créateurs : rendre accessible et attractif ce pavé de théories politico-économiques daté de 1867. Quand on sait que des tentatives antérieures d'adaptation à la scène se sont soldées par un échec, le résultat ayant été jugé ennuyeux, on ne peut que rester dubitatif sur la fidélité du show au texte original ou sur les intentions réelles de cette adaptation (rappelons que Le Capital a été fait l'objet d'une adaption cinéma). La comédie musicale va-t-elle flatter l'orgueil national ou faire l'apologie du Parti ?
On en saura davantage d'ici l'année prochaine. Le spectacle devrait être prêt début 2010 et sera inauguré à Pékin.
Sources : cbc, Actualitté. Un mix électro ressuscite Albert Camus au Salon du livre
![]() Albert Camus, star du dancefloor ? Presque. En mettant en musique un enregistrement original de l'écrivain, le collectif littéraire ONLIT a donné hier avec son spectacle l'un des moments forts de la nocturne du Salon du livre. Dans une allée, les premiers mots de L'Etranger résonnent. « Aujourd'hui maman est morte. » Aux platines, un DJ habille le texte d'une nappe sonore. En fond, des images floues, en noir et blanc, sont projetées sur les murs. Le décor est posé, le timbre fantomatique d'Albert Camus hypnotise le public. L'enregistrement du texte provient d'une copie d'archive sonore datant de 1954, dénichée par hasard chez un disquaire Bruxellois. A présent, il transforme La Place du livre en laboratoire sonore : mélange de mots, de notes et de création visuelle (Video Djying). Parfois, dans un regain de tension, la musique s'arrête, laissant toute la place à la parole de l'écrivain. Sur les murs, une spirale s'enroule indéfiniment sur elle-même. Un sentiment de malaise s'installe. Dans le texte, Meursault arrive sur la plage. Le soleil tape. Le vinyle crépite. Camus reprend : « Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût. Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du Malheur. » Inventeurs du "DJ set littéraire", Dj code314 - un ancien libraire - et l'écrivain-batteur Edgar Kosma se sont associés pour faire revivre ce classique de la littérature. L'égarement du narrateur, son indifférence au monde se donnent à voir et à entendre. « Notre musique est cérébrale, elle porte le texte », explique le DJ. Le public semble avoir adhéré à ce concept original. Un nouveau spectacle, articulé cette fois autour de Terre des hommes d'Antoine de Saint-Exupéry est en cours...
Crééz vos comic strips avec Strip GeneratorTerminator sera-t-il l'un des sujets du bac de philo ? Peut-on faire l'usage que l'on veut des grands classiques ? Après la publication d'un roman mettant en scène les personnages de Jane Austen dans un monde de zombie, un éditeur annonce celle d'un ouvrage associant Terminator... à la philosophie.Intitulé Terminator and Philosophy : I'll Be Back, Therefore I am, et prévu pour mai, ce livre paraît dans une collection lancée en 2006, "Blackwell Philosophy and Pop Culture", dont le principe est justement de mêler une culture à vocation de divertissement (films, télé, jeux vidéos, groupes de rock) à des sujets intellectuels et très académiques (Nietzsche, Platon, ou Descartes). Par exemple, un titre paru en janvier, Watchmen and philosophy, tentait de définir « la nature du Dr. Manhattan » l'un des personnages du comic d'Alan Moore. Un autre titre à paraître proposera une réflexion autour de la saga Twilight de Stephenie Meyer : « Les vampires qui ne tuent que des animaux et pas des humains sont-ils moralement absous ? »
Mais si robots, vampires et super-héros semblent particulièrement bien se prêter à la réflexion philosophique, l'éditeur Blackwell précise cependant que « tous les phénomènes pop ne méritent pas leur place dans la collection ». Par exemple, aucune discussion intelligente n'est, à ses yeux, possible autour de l'émission American Idol (l'équivalent de La Nouvelle Star)... Vraiment pas ?
Lire aussi : Les ancêtres des Monty Python sont romains... Un logiciel peut-il remplacer Shakespeare ou Tolstoï ? Les ancêtres des Monty Python sont Romains...
« "Docteur", demande un patient, "à chaque fois que je me réveille je me sens tout drôle pendant une demi-heure". Réponse du médecin :"Eh bien, vous n'avez qu'à vous lever une demi-heure plus tard !" » Cette blague figure parmi les préférées de Mary Beard, professeur de lettres classiques à l'Université de Cambridge, à l'origine de la découverte du recueil. L'ouvrage, intitulé Philologos ou celui qui aime rire, date du deuxième ou troisième siècle après Jésus Christ, et contient quelques 260 histoires drôles du même acabit.
Un autre exemple avec celle-ci, sur le vacillement de l'identité, à la pointe de l'absurde : « Un barbier, un professeur étourdi et un chauve voyagent ensemble. La nuit, ils montent la garde à tour de rôle. Comme le barbier s'ennuie durant sa veillée, il décide de raser la tête du professeur pour se distraire. Celui-ci se réveille, passe la main sur son crâne et s'exclame : "Quelle andouille, ce barbier ! Il a réveillé le chauve à ma place." » Ce qui frappe, c'est la modernité de l'humour romain, très proche du nôtre. Dans un autre épisode encore, un marchand d'esclave répond à un acheteur mécontent de la mort prématurée de son domestique, « mais il était tout à fait vivant avec moi ». Cet esprit de dérision préfigure les Monty Python et leur sketch sur le perroquet mort qui refuse obstinément de se réveiller.
Quelques figures se distinguent, parmi lesquelles le professeur fou, l'astrologue charlatan et l'eunuque. Stéréotype oblige, les romains aimaient aussi rire de leurs voisins. Les habitants des alentours de Thrace faisaient notamment l'objet de plaisanteries qui n'ont rien à envier à nos blagues sur les belges...
Sources : The Guardian Salon du livre : un premier bilan positif Le premier bilan sur le Salon du livre, qui s'est ouvert vendredi dernier (jusqu'au 18 mars) et qui met cette année la littérature mexicaine à l'honneur, est plutôt réjouissant.Pour les éditeurs d'abord, dont certains (Albin Michel, Actes Sud, Gallimard...) ont enregistré une hausse de leurs chiffres de ventes par rapport à l'année dernière. Pour les organisateurs ensuite, car si l'année dernière, le choix d'Israël comme invité d'honneur avait provoqué la polémique, pas de tensions en vue pour cette 29e édition. Carlos Fuentes a créé l'événement, en donnant dimanche une conférence au cours de laquelle il a évoqué le rôle de l'écrivain en Amérique latine, dont "la moitié de la population vit encore dans divers degrés de pauvreté". Comme Jorge Volpi, et bien d'autres écrivains mexicains, il a souligné la diversité de la littérature mexicaine actuelle : "Les écrivains mexicains qui sont invités à Paris touchent à tous les sujets. Il n'y a plus la détermination que nous avions à faire la critique de l'histoire du Mexique". L'autre grande tendance du Salon cette année, c'est le désormais légendaire e-book. De nombreux débats lui sont consacrés, à l'heure où le groupe La Martinière et les Editions Gallimard déclarent vouloir s'associer pour déployer une plate-forme commune de distribution de livres numériques. Pour ceux qui n'ont pas encore testé le e-book, rendez-vous au stand Sony, dont le reader serait enfin « abouti technologiquement grâce à une capacité de stockage équivalente à 160 livres et à une bonne autonomie », comme le précise Philippe Citroën, directeur général de Sony France... Photo © Emmanuel NGuyen Lire aussi : Les voix fantômes de William Burroughs : vidéo et bande-sonLa poétesse canadienne Myra Davies, adepte du spoken word (l'ancêtre du slam actuel), le dit très bien dans "Burroughs' Bunker", un morceau en forme d'hommage à l'écrivain renégat de la beat generation, qui ouvre son dernier album Cities & Girls : la diction de William Burroughs était si particulière qu'on se moquait finalement de ce qu'il avait à dire... Pour être définitivement captivé par ses lectures à haute voix, il suffisait de se laisser bercer par le flot lent et boueux de la langue burroughsienne. Un rythme qui héritait en droite ligne des mouvements lourds, plus aqueux que liquides, du fleuve Mississipi dont l'écrivain parle tant dans son œuvre. Ce fleuve au bord duquel, jeune homme, il se postait pour tirer à la carabine sur les vautours qui en hantaient les îlots, en compagnie de Jack Kerouac.
Les curieux pourront également découvrir ou redécouvrir ses textes et leur pouvoir, lus par l'auteur lui-même, sur l'excellent site Ubu.com. Extraits du Festin nu, des Garçons sauvages, morceaux d'interviews fictifs, routines, Ubu.com est une véritable mine en la matière. Une journée passée à réécouter les monologues de cette voix fantôme et on finit par se persuader que William Burroughs est bien là quelque part. La preuve avec l'incroyable interview posthume récemment proposée par notre collègue Myosotis... Un logiciel peut-il remplacer Shakespeare ou Tolstoï ? Un ordinateur capable de rédiger poèmes et romans : hantise des écrivains ou fantasme d'informaticiens ? Quoiqu'il en soit, cette idée, qui ne date pas d'hier, fait l'objet de plusieurs expérimentations. En voici quelques exemples.En 1952, afin de tester les capacités de l'ordinateur "Mark One Baby", le scientifique Christopher Strachey avait déjà conçu un logiciel capable de composer des textes, à partir d'un lexique de mots romantiques préalablement intégrés. Intitulé « Loveletters », ce programme correspondrait donc au premier générateur informatique de poésie amoureuse... Aujourd'hui l'informaticien allemand David March, qui s'est récemment intéresser à logiciel, en propose sa propre version sur son site.
L'année dernière, un article du Courrier International nous apprenait également le projet d'une maison d'édition de Saint-Pétersbourg : publier un roman généré par un logiciel baptisé PC Writer 2008. Il n'aura fallu que trois jours à la machine pour pondre le premier jet d'un roman inspiré en grande partie d'Anna Karénine, mais également de treize autres ouvrages russes et étrangers...
On signalera, enfin, l'idée développée par un certain David Nygren et mentionnée sur le site Teleread : rédiger un roman à partir d'un fichier Excel. Le principe : "Colonne A=actions, colonne B=dialogues, colonne C=pensées des personnages". Bon, ce n'est encore pas très clair, mais il y a de l'idée.
Lire aussi : Et si le livre numérique était né en 1968 ? Une liste de course de Burroughs vendue 400 dollars sur ebay Ouverture du Salon du livre 2009 : au programme aujourd'hui
L'un des débats très attendus du jour, c'est celui qu'animera Hubert Artus de Rue89 : "Les Amériques à l'heure d'Obama" (14h-15h, place des livres). Les écrivains présents - Zoé Valdès, Jorge Volpi, Martin Solares et François Gaudry, donneront leur point de vue sur les changements que pourrait impliquer l'élection de Barack Obama. De 17h30 à 19h, on parlera littérature, et rien que littérature en présence des auteurs mexicains José Agustin, Hector Manjarrez, Ignacio Padilla, Guadalupe Nettel : "Continuités et ruptures dans le roman" (Espace 2000). Le débat sera animé par Claude Fell, professeur et traducteur hispanophone, qui dans un entretien avec Fluctuat, nous éclairait sur l'état actuel de la littérature mexicaine. On pourra également découvrir des auteurs mexicains en particulier, en passant une heure avec : - Alvaro Uribe, auteur du Dossier de l'attentat (Verdier), un roman en forme de puzzle qui mêle histoire, fiction et documents : de 15h à 16h, Salle André Malraux. - Guillermo Fadanelli, dont le roman Boue vient de paraître aux éditions Christian Bourgois : de 17h30 à 18h30, Pavillon Mexique. - Jorge Volpi, l'un des fondateurs du mouvement du crack, qui parlera, entre autres, de son dernier roman, Le Jardin dévasté (Seuil) : de 18h à 19h, Salle André Malraux.
Lire aussi : Le Salon du livre 2009 révèle la diversité de la littérature mexicaine Alors qu'il fêtera en 2010 le bicentenaire de son indépendance, le Mexique est l'invité d'honneur du Salon du livre 2009, qui s'ouvrira demain et jusqu'au 18 mars à Paris. Si pendant longtemps, la littérature mexicaine a été associée au seul courant du "réalisme magique", dont relevaient notamment les premières œuvres de Carlos Fuentes, les auteurs invités cette année par le salon montrent qu'elle est aujourd'hui davantage caractérisée par sa diversité. Dans un entretien avec Fluctuat, l'écrivain Jorge Volpi, qui fut à l'initiative du mouvement du crack - créé justement en réaction à l'idée d'un exotisme obligatoire pour les écrivains d'Amérique latine - explique ainsi : « Avec le crack, je crois qu'on a réussi en général à montrer que la littérature latino-américaine ne se résume pas au réalisme magique. C'est la première fois, dans l'histoire de la littérature mexicaine, qu'il n'y a pas une déontologie critique, une obligation critique d'appartenir à une école, un mouvement, une tendance... ». Et il est vrai que du pilier Carlos Fuentes au jeune Martin Solares, en passant par le maître du polar Paco Ignacio Taibo II, la militante Elena Poniatowska, le rockeur Jose Agustin, ou le très pessimiste Guillermo Fadanelli (voir l'entretien), la liste des auteurs invités est attrayante. Elle donne envie, en tout cas, d'aller à la rencontre d'une littérature qui peut tantôt se plonger dans la réalité mexicaine, tantôt s'en détacher, rendre hommage aux classiques ou les détourner, proposer des fresques grandioses comme la poésie la plus épurée. « La surprise, remarque également Volpi, c'est que maintenant la mexicanité peut ne se trouver que dans le regard de l'écrivain, et pas dans les sujets qu'il aborde. » Illustration : détail de la couverture du Llano en flammes de Juan Rulfo, édition Folio-Gallimard. Obama contre les vampires et les sorciers... pour un prix littéraire Obama contre les vampires et les sorciers : la compétition pour l'obtention des Galaxy British Book Awards sera rude. Ce prix britannique, qui récompense les meilleurs livres et leurs auteurs, est disputé cette année, entre autres, par Obama, J.K. Rowling et Stephenie Meyer. Les trois concurrents ont pour point commun d'être les auteurs de best-sellers. Rowling, l'auteur d'Harry Potter, concourt avec son dernier livre Les contes de Beedle le barde (The Tales of Beadle the Bard), Meyer avec sa saga Fascination - dont l'adaptation cinématographique, Twilight, fait un carton au box-office - et Obama pour son autobiographie, Les Rêves de Mon Père (Dreams of my Father). Les mémoires politiques du premier président noir des Etats-Unis, L'audace d'espérer (The Audacity of Hope), est également dans la course.
Le (super)marché du livre. Sponsorisés par de grandes enseignes anglaises comme Tesco ou Sainsbury, les Galaxy Awards décernent des prix dans différentes catégories. WH Smith récompensera par exemple le meilleur livre jeunesse, et Booksdirect le polar de l'année. Les lecteurs, eux, peuvent télécharger des extraits des œuvres en compétition via leur téléphone portable et voter pour leurs auteurs préférés. Les paris sont ouverts, en attendant la cérémonie de remise des prix qui se tiendra le 3 avril prochain à Londres.
Be a Nose : les croquis d'Art Spiegelman en vidéo "Be A Nose!", c'est une collection de croquis des carnets d'Art Spiegelman qui vient d'être éditée outre-Atlantique par McSweeney's. On y retrouve les obsessions psychanalytiques et artistiques de l'auteur de Maus et Breakdowns exprimées sans filtre, ou du moins sans le même gros filtre intellectuel qui caractérise son travail habituel. En tout cas, c'est de ça que ça à l'air quand on jette un oeil à la bande annonce qui anime quelques-uns des dessins trouvés dans ces carnets. Les Bienveillantes de Littell : trop long et trop cher pour les Anglo-saxons ? Grotesque. Pervers. Répugnant. Le verdict d'une majorité de critiques anglo-saxons sur Les Bienveillantes de Jonathan Littell, paru ce mois-ci aux Etats-Unis, est sans appel. Le roman, récompensé en 2006 par le prix de l'Académie française et le Goncourt, ne suscite pas beaucoup d'enthousiasme outre-Atlantique. Mais que reproche-t-on donc à The Kindly Ones, version US des Bienveillantes ?
On trouve, dans différents titres de la presse anglo-saxonne, plusieurs types d'arguments anti-Littell, pas vraiment bienveillants... Tour d'horizon.
Trop cher... Le prix de The Kindly Ones - 29,99 $ ! - publié par l'éditeur HarperCollins, en indigne quelques-uns. Dans une tribune du Wall Street Journal, la critique Sara Neslon pointe du doigt le but commercial du livre - un pavé de 1000 pages - et déclare ouvertement qu'elle n'en finira pas la lecture.
Trop racoleur... Plus fort, la même journaliste va jusqu'à comparer Littell à Britney Spears, affirmant que les deux personnalité partagent la même "tendance à la lubricité" recherchée par les éditeurs... Michiko Kakutani, chroniqueuse star du New York Times, considère, elle, que sous le titre The Kindly Ones se cache un roman « volontairement sensationnaliste et délibérément répugnant ».
Trop ambitieux... Il n'en fallait pas plus pour que Donald Morrison, l'auteur de l'article controversé sur « La mort de la culture française » s'empare de l'affaire. Il assène le coup de grâce dans un article du Financial Times : d'après lui, Les Bienveillantes « tente de poser les grandes questions. Et échoue magnifiquement »!
Trop cliché... Pour Peter Kemp du Sunday Times, le récit s'apparente carrément à une diarrhée verbale, à un « monologue pachydermique » agrémenté de références douteuses sur le nazisme. Malsain, lourd, cliché. Sur le net aussi, les critiques acides des internautes pleuvent.
Source : ActuaLitté, Le Monde La correspondance inédite de Beckett en 4 volumes "Chaque mot est comme une tache inutile sur le silence et le néant", a écrit Samuel Beckett. L'écrivain, réputé pour l'épure de ses oeuvres, a cependant signé une volumineuse correspondance - 15 000 lettres - dont une partie est publiée par Cambridge University Press.Selon le NY Times, le premier volume de la correspondance (sur les quatre prévus) présente un Beckett tantôt "spirituel et mordant, scatologique", tantôt "affectueux et dévoué". Postées depuis différentes villes (Paris, Dublin, Londres ou Dresdre) les lettres sont rédigés dans trois langues différentes - l'anglais, le français, l'allemand - et truffées de néologismes et de jeux de mots : de quoi compliquer sérieusement la tâche des éditeurs. Quatre ans avant sa mort, l'écrivain aurait autorisé la publication des lettres, exigeant toutefois qu'elles ne soient pas commentées. Si Beckett était un homme solitaire, il comptait cependant un certain nombre d'amis, parmi lesquels James Joyce, le peintre Jack Butler Yeats, frère du poète William, les héritières Nancy Cunard et Peggy Guggenheim. Et qu'écrivait-il donc à ses nombreux correspondants ? Des réflexions très satiriques parfois, comme, en 1937 : "T. Eliot is toilet spelt backwards" (« T.Eliot c'est le mot toilet épelé à l'envers »). En plus de mettre en lumière, par la présence de nombreuses considérations esthétiques, les autres œuvres de Beckett, les lettres apprennent aussi quelques détails biographiques de l'écrivain : ses problèmes de santé, ses aspirations à d'autres carrières que celle d'écrivain, son aide à la publication du Finnegans wake de Joyce, la solitude et la dépression. A l'âge de 32 ans, il se compare dans l'une de ses lettres à un "amphibien retenu de force sur un terrain aride, très, très aride." Mais Beckett finira par aller de l'avant. La preuve avec les trois autres volumes de correspondance à paraître. Source : NY Times Une expo et un inédit pour les 50 ans du Petit Nicolas
Né de l'imagination de l'écrivain René Goscinny et de l'illustrateur Sempé, Le Petit Nicolas voit le jour en 1959. Drôle, timide, naïf, il est devenu l'emblème de l'écolier des années cinquante. A l'occasion de son cinquantième anniversaire, de nombreux événements célèbrent le jeune héros à la cravate rouge. Recueil, film, expo... on replonge avec bonheur (ou pas) dans nos souvenirs d'école :
- En visitant l'expo gratuite qui se tient jusqu'au 7 mai dans le Hall de l'Hôtel de ville. 150 dessins originaux de Sempé et des manuscrits inédits de René Goscinny provenant des archives personnelles des auteurs y sont présentées. - En retournant s'asseoir sur les bancs de l'école au Salon du Livre. La classe du Petit Nicolas y sera soigneusement reconstituée. Ah, cette odeur de craie ! - En se procurant le dernier recueil d'histoires inédites, Le Petit Nicolas : Le ballon et autres histoires inédites, de Goscinny et Sempé, aux éditions IMAV. Petite nouveauté : les dessins en noir et blanc sont peints à l'aquarelle.
Et comme Le Petit Nicolas (celui de la fiction) ignore la crise, un film en préparation avec Valérie Lemercier et Kad Merad dans le rôle des parents sortira en salle en septembre prochain. Un portrait inédit de Shakespeare dévoilé à Londres On imagine plus ou moins bien quelle tête avait le grand William Shakespeare. Et bientôt, on pourra peut-être imaginer encore mieux : une toile, identifiée comme l'unique portrait du dramaturge ayant été réalisé de son vivant, doit être dévoilée aujourd'hui à Londres. Détenu par la famille Cobbe depuis le XVIIIe siècle, le tableau avait d'abord porté à confusion : qui représentait-il vraiment ? Alex Cobbe, son actuel propriétaire, avait d'abord pensé à l'écrivain et aventurier Sir Walter Raleigh... Jusqu'à ce qu'un expert de l'université de Birmingham reconnaisse finalement Shakespeare, représenté six ans avant sa mort, à l'âge de 46 ans (en 1610). La toile, qui va donc sur ses 400 ans, est l'œuvre de Cornelis Janssen, un peintre flamand qui travaillait en Angleterre au début du XVIIe siècle pour une grande famille. Le milieu de l'art attend maintenant de savoir si elle a vraiment la valeur que lui accordent les premiers jugements d'expert...
Photo : Le portrait de William Shakespeare, présenté comme l'unique représentation du dramaturge anglais réalisée de son vivant.
Lire aussi : Un inédit de David Foster Wallace prévu pour 2010 Une liste de courses de Burroughs vendue 400 dollars sur e-bay Le lien commercial et le don d'orgasmes sont l'avenir du livre....Posté par Myosotis le 06.03.09 à 17:30 | tags : élucubration
J'y reviens une seconde (et donc dernière) fois mais l'insertion de publicités ciblées, je ne sais trop comment, dans le corps de ce blog, souvent entre le billet et la zone de commentaires, n'en finit pas de me fasciner. J'ai beau me dire que ces messages ne me sont pas destinés et ne m'apporteront aucune satisfaction - je n'ai pas l'intention d'acheter quoi que ce soit par ce biais - chaque expérience (clic) m'amène à des découvertes qui me font, chaque fois, y revenir.
Sur l'échantillon d'aujourd'hui, trois liens publicitaires dont deux, au moins, valent franchement la peine. Le premier lien, je l'élimine, renvoie vers un site (sûrement très bon) de fournitures de bureau tout à fait convenable et traditionnel. Rien de bien marrant si l'on ne dirige pas une armée de secrétaires ou une entreprise de 1000 personnes ou si on n'a pas l'occasion (comme beaucoup) d'emprunter les 3 ou 4 crayons (pointe fine, noir, bleu, Pinball) dont on a besoin dans la réserve du boulot.
Deuxième lien : cette histoire de bureaux à louer à Montreuil. A priori la première question qui se pose est la suivante : que fout ce lien sur le blog livres ? Quel rapport avec le livre et surtout pourquoi l'automate si puissant et qui a l'air de connaître son affaire a-t-il trouvé bon et légitime de l'incruster ici ? Il faut toujours faire confiance à la machine. Bureaux de 15 à 350 m2. Que pourrait bien faire un visiteur du Blog Livres de 15 m2 à Montreuil , 278 rue de Rosny ? Entreposer des livres ? Les cacher en cas de saisie ? Monter un quotidien ou un magazine de littérature érotique ? Par les temps qui courent, ce serait un truc bizarre mais pourquoi pas, si on n'en a les moyens. Cette histoire de bureaux renvoie peut-être à une question plus importante qui est l'espace nécessaire au rangement de sa bibliothèque. On l'a déjà dit à maintes reprises, en attendant le tout numérique (retro satanas), entreposer ses livres chez soi est un calvaire.
L'automate suggère vraisemblablement aux lecteurs de déstocker et d'externaliser cet hébergement dans le secteur commercial et privé. On peut choisir pour 40 euros/ mois de louer un m3 de stockage dans une entreprise spécialisée ou considérer que nos livres méritent mieux. Alors qu'au XIXème siècle, les rentiers et les bourgeois avaient les moyens de s'offrir une garçonnière-bibliothèque pour s'isoler, lire et aimer en paix, on pourrait imaginer qu'un local de bureau serait plus accessible et autoriserait à un collectionneur contemporain à peu près le même usage. Soit.
La vraie pépite de sélection reste, malgré tout, le lien n°3 : i-editions.com, une maison d'édition qui a un projet ! Hé, oui, il faut le considérer avec attention car c'est un projet intéressant qui communique notamment sur l'idée d'un retour sur investissement... assuré. Est-ce à dire que si vous auto-éditez une immonde merde (c'est facile), i-editions.com est si fort qu'il vous garantit à peu près de rentrer dans vos sous ? Ca y ressemble. En vitrine - et là encore, ça vaut son pesant de cacahuètes littéraires, deux ouvrages qui semblent des must du genre, et capables de rapporter un maximum de blé :
1. Les vêtements d'Hiroshima : il fallait y penser et ils y ont pensé. « Je ressentais le besoin de photographier ces signes intimes du corps des victimes de Hiroshima, je voulais transmettre la souffrance dont ces tissus sont les témoins. Les vêtements des victimes de l'explosion me sont apparus à la manière de fossiles que l'on découvre enfouis, qui renferment les sensations de ce qui a été vécu dans la chair, la douleur, l'impuissance, la honte. » Je me disais bien aussi qu'un tel ouvrage manquait. Pas vous ? Iconographie au poil, projet pour le moins original et tout à fait louable. Voilà une chouette idée de cadeau pour qui s'intéresse aux vêtements d'Hiroshima, non ?
On peut s'accorder pour trouver la publicité invasive mais avec cet automate là, c'est de la poésie en barre sur chaque livraison. Il faut se rappeler que certains écrivains (Amis, Palahniuk, et d'autres) sont désormais sponsorisés, au même titre que les réalisateurs de films, pour faire apparaître des noms et des marques dans leurs ouvrages.Bret Easton Ellis le faisait à l'œil, ce grand niais. La pub et le name-dropping sont l'avenir du roman de gare. Ils rapporteront bientôt plus que les ventes misérables de livres. On vous aura prévenu. Un inédit de David Foster Wallace prévu pour 2010 La disparition de David Foster Wallace en septembre dernier avait suscité une vive émotion auprès de ses lecteurs. Aujourd'hui, six mois après sa mort, et quatorze ans après la parution d'Infinite Jest, sa plus grande œuvre, l'éditeur Little, Brown & Compagny prévoit de publier l'un de ses romans.Intitulé The Pale King, le manuscrit inachevé de ce roman a été retrouvé par la femme de Wallace, deux mois après la mort de celui-ci. Selon Michael Pietsch, éditeur chez Little, Brown - qui affirme avoir passé un accord provisoire avec l'agent de Wallace pour publier le roman en 2010 - on retrouve dans The Pale King le style "incroyable, léger, audacieux" de l'écrivain. Des extraits sont disponibles sur le site du New Yorker. L'article de présentation qui accompagne ces extraits évoque un véritable tournant dans l'oeuvre de Wallace : "(il) espérait que faire une pause dans la drogue pourrait l'aider à se sortir de l'impasse créative dans laquelle il se trouvait, et lui permettre de finir The Pale King dans un "état d'esprit clean" ". Innsmouth de Lovecraft, la comédie musicaleComme le montre l'adaptation ratée de Watchmen : les gardiens dans les salles en ce moment, ce n'est pas parce qu'une adaptation est "fidèle" qu'elle est bonne. Au contraire, les deux termes sont plutôt antithétiques. Prenez l'oeuvre de H. P. Lovecraft. Sa misanthropie en a toujours fait la grande favorite des geeks qui trouvent en elle un réconfort à leur solitude. Un peu comme il trouvent un réconfort à leus troubles existentiels dans l'univers bourré de sens de Watchmen. Comme les geeks sont des gens créatifs, ou du moins comme ils ont du temps à tuer, à travers les années ils en ont réalisé beaucoup, des adaptations de Lovecraft. Des adaptations plus ou moins réussies mais le plus souvent peu fidèles parce que rééllement réappropriées. Peut-être parce que les geeks d'aujourd'hui ne ressemblent tout de même au fond pas tant que ça à un vieil anglais acariâtre et raciste du début du siècle dernier. Ceux qui se font appeler The HP Lovecraft Historical Society, par exemple, enregistrent depuis des années des chansons inspirées de l'univers de leur maître. Et quand un autre geek en prend une pour la mettre en image, ça donne ça, "Fishmen", une version du Cauchemard d'Innsmouth en comédie musicale : Une liste de course de Burroughs vendu 400 dollars sur ebay Tous les internautes le savent : on trouve de tout sur ebay. Mais vraiment de tout. Par exemple, une liste de courses de l'écrivain William Burroughs, qui a été mise en vente avec un prix d'achat immédiat de 495 dollars.Quel type d'articles trouve-t-on inscrit dans cette liste ? Rien de sensationnel : des gaufres, du thé, de l'eau, de la vodka, entre autres, ainsi que de la nourriture pour chat - qui a l'avantage de rappeler la passion de l'écrivain pour les félins. En revanche, pas de munitions, de solution anti-cafards ou de dose de morphine. D'autres articles sont inscrits sur le recto de l'une des pages (il y en a trois en tout), mais ils ne sont apparemment pas écrits de la main de Burroughs. Burroughs (que vous pouvez retrouver dans un entretien posthume inédit publié sur Fluctuat) avait donc lui aussi besoin d'aller faire ses courses comme les autres... Mais l'homme est devenu légende, ce qui explique que la liste ait été vendue 400 dollars.
Frédéric Beigbeder choisit de vivre et quitte Facebook Frédéric Beigbeder n'aime pas (ou plus) les relations virtuelles : l'écrivain a annoncé vouloir fermer sa page Facebook, en prenant soin d'expliquer cette décision dans sa chronique pour le magazine Voici, qu'il a rejoint le mois dernier après quatre ans d'absence.
En fin (?) sociologue, Beigbeder analyse les dérives du virtuel, qui est « l'empire des fakes et des frustrés, ou simplement des losers tristes et seuls, timides et respectables auxquels on offre un mensonge, en échange d'une surveillance orwellienne de leurs habitudes de consommation. » Le réseau Facebook « drogue au narcissisme » ses jeunes utilisateurs, qui, on le sait, aiment y afficher maints détails de leur vie privée, au point que l'auteur de 99 francs considère qu'à côté de ceux-ci, les photos de Voici sont « pudiques »... Beigbeder, qui se demande également si nous avons « vraiment besoin de retrouver les gens que nous avons volontairement perdus de vue » (sa réponse est évidemment non), conclut sa diatribe sur une comparaison assez radicale : « Il y a la même différence entre le réel et le virtuel qu'entre la vie et la mort. Or moi je viens de prendre une grave décision : vivre. » Mais tant d'autres utilisateurs, tous condamnés.
Source : Buzz littéraire
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Iggy Pop s’est inspiré de Houellebecq pour son nouvel album
Dans une vidéo publiée sur son site officiel, Iggy pop affirme avoir d'abord été contacté par un réalisateur néerlandais pour composer la musique d'un documentaire intitulé Last Words, retraçant les difficultés de l'écrivain français à devenir réalisateur (une conversion qui ne s'était pas très bien passé). C'est à ce moment qu'il aurait commencé à travailler sur les textes de La Possibilité d'une île.
Musicalement inspiré par des légendes du jazz comme Louis Armstrong et Jelly Roll Morton, ce nouvel album se veut une sorte de réponse à tous les « mauvais groupes de rock » qu'Iggy Pop dit ne plus supporter. Il comprendra notamment une reprise de la chanson Les feuilles mortes, écrite par Jacques Prévert, et qui a été interprétée, entre autres, par Yves Montand. Une dédicace spéciale à ses fans français...
Source : NME
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Jean-Baptiste Del Amo reçoit le Goncourt du premier roman
Né en 1981 à Toulouse, le jeune écrivain avait déjà reçu en 2006 un prix pour l'une de ses nouvelles, intitulée "Ne rien faire". Une éducation libertine avait quant à lui déjà figuré dans la sélection du prix Goncourt à l'automne dernier, mais n'avait pas été primé (le jury lui avait préféré le Syngué Sabour d'Atiq Rahimi). Dans cet ouvrage, Del Amo retrace l'ascension d'un jeune provincial dans le Paris pervers et corrompu du XVIIIe siècle. A mi-chemin entre Flaubert et Sade, le roman avait séduit la critique au lors de sa sortie.
Au même moment, un autre poulain de chez Gallimard, Tristan Garcia, se faisait aussi remarquer avec son roman La Meilleure Part des Hommes. Pour l'anecdote, le vrai nom de Del Amo est Jean-Baptiste Garcia, et c'est la raison pour laquelle il aurait du choisir un pseudo. Les deux écrivains cumulent décidément bien des points communs : nés la même année, ils ont tous les deux écrits un premier roman dans lequel il retrace une époque qu'ils n'ont pas vécue, tout en abordant le thème de l'homosexualité. Le printemps des poètes rend hommage à Jean Tardieu
Tardieu est un type insondable, aux poèmes parfois aussi légers que du Prévert ou du Eluard, mais aussi foncièrement angoissé et sombre, sur ses meilleures strophes. Il se raconte que le jeune Tardieu comprit très vite qu'il serait écrivain et poète et qu'il reçut pour toute récompense une conscience névrotique et une nature angoissée qui le menèrent assez souvent au bord du déséquilibre, tout au long de sa vie. Cette part d'ombre qu'il interroge dans ses meilleurs ouvrages le rend hautement fréquentable, lui qui traduisait d'autres immenses « torturés de l'âme et des sentiments » comme Goethe et Hölderlin.
Dans ce poème bien tourné, c'est presque le Tardieu grand public qu'on vient chercher. Celui qui s'amuse à rapprocher le poète-écrivain de l'artisan, à faire de la poésie un travail manuel (le recueil Poèmes pour la main droite fait écho aux Concertos pour la main gauche). On appréciera la légèreté et la malléabilité du vers libre, les effets comptés ainsi que la chute un rien angoissante du poème : ce gars qui dépose les armes et sort du cadre est aussi terrifiant que VGE, un soir d'élection, qui se lève de sa chaise et dit bonsoir.
Outils posés sur une table
in Formeries, 1976.
Chomsky expliqué aux enfants par le coloriage
Pour la modique somme de 5 dollars, le projet réalise le pari d'associer coloriage et militantisme. Les traits du père de la grammaire générative, qui se définit lui-même comme un anarchiste socialiste, servent donc de base de coloriage pour les jeunes artistes en herbes. Mais ce n'est pas tout : l'idée étant d'instruire par le jeu, l'auteur de l'album a décidé d'y associer des extraits de textes tirés des grands ouvrages de Chomsky. Entrecoupé d'une citation, d'un texte court, le dessin favoriserait la réflexion des touts-petits...
On pourrait voir là un « cours d'autodéfense intellectuelle », préconisé par Chomsky, adapté au public des moins de dix ans. Ou un bon argument de vente misant sur les affinités politiques des parents militants, pressés de transmettre leurs idéaux à leurs rejetons. Et pourquoi pas une BD Bourdieu, ou un pictionnary Bernard Stiegler ?
Source: AP
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Le gars (cinquante ans, portant beau et visiblement ayant bon goût en poésie) avait distraitement étalé des photocopies du recueil, une bonne douzaine de pages, sur son bureau, et les décortiquait comme s'il épluchait une note de service ou un rapport d'activités, en essayant (en vain) de dissimuler sa funeste et sournoise activité aux importuns. Bon prince, j'ai détourné le regard comme si de rien n'était et décidé de ne pas l'accabler, ce qui n'aurait pas été le cas, je l'avoue, si je l'avais surpris en train de lire Marc Lévy ou Anna Gavalda. Il faut avouer que lire La Terre Vaine au bureau est à la fois un choix incroyablement pertinent, approprié et... risqué.
Si j'en avais eu le courage, j'aurais bien sûr conseillé à ce collègue poète, de se connecter au merveilleux instrument qu'est ce read-at-work qui permet par un simple clic d'accéder, sous la couverture d'une interface Windows tout ce qu'il y a de plus anodine, à des dizaines d'ouvrages en langue... anglaise. On peut ainsi se payer un Shakespeare en donnant l'impression de contempler un rapport ou un document Word de base. Etrangement, je ne connais pas l'équivalent français de ce site. Alors qu'une requête simple sur google de type "read at work" renvoie à des tas de discussions passionnantes sur les lectures qu'on peut s'autoriser sur son lieu de travail, la même opération en français (lire au travail, donc) donne un résultat très décevant : "lire du travail", "comment lire efficacement", ce genre de choses. Soit le français est particulièrement fier de rester dans la clandestinité et refuse d'en faire état sur le net, soit on vient de trouver une preuve nouvelle de notre remarquable productivité. Entrez dans le Bodyworld de Dash Shaw![]() L'imposant Bottomless Belly Button de Dash Shaw n'a à notre grande surprise pas reçu de prix à Angoulême. Si on avait pu déplorer le manque de portée social de ce huis clos (lire la chronique sur Fluctuat), cela ne sera pas le cas avec BodyWorld, l'excellent webcomic de Shaw qui vient de s'achever et qui a déjà été acheté par un éditeur américain pour une sortie album l'an prochain.
Bodyworld nous introduit dans la ville science fictionnelle de Boney Borough, une ville nouvelle créée après une guerre dont on ne sait pas grand chose, comme une tentative de paradis écologique. On y suit le séjour d'un type qui se fait appeler "professor panther", envoyé par les éditeurs de "l'encyclopédie des hallucinogènes américains" pour y fumer une nouvelle plante mystérieuse qui vient d'être découverte sur le sol de l'école locale. Evidemment à partir de là il se passe tout un tas de choses bizarres, ou plutôt de choses racontées bizarrement puisqu'au moment de les résumer je me rends compte qu'elles sont tout à fait ordinaires : Panther tombe sur une prof un peu chaude, l'histoire d'amour de deux élèves modèles tourne au vinaigre le soir du bal de promo, Panther se rappelle de son ex dans un flashback...
Bottomless Belly Button était un huis clos familial étouffant, Bodyworld est l'examen psychédélique d'une communauté fermée elle aussi mais à plus grande échelle. On y retrouve les mêmes névroses, les mêmes obsessions et le même talent mais, contrairement aux sept cent pages de Bottomless Belly Button, celles-là sont gratuites. |
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