Archives > Novembre 2008Quel est le plus bel endroit pour mourir ? Exemple avec Walter BenjaminCertains vous diront qu'il n'y a rien de mieux que de mourir au lit avec une blonde à forte poitrine entre les cuisses, d'autres préféreront mourir sur scène en chantant Amsterdam ou en jouant Le Bourgeois gentilhomme, dans leur lit, sur une île déserte, la lune, en voiture à 250km/heure projeté contre un pin, et on en passe. Il y a presque autant de fantasmes de mort que de fantasmes de vie et aucune qui rattrape le déchirement (ou la libération) de l'événément lui-même. Peu importe quand cela se produit, ni quand. Il n'y a qu'une chose qui compte : le résultat. Pas si sûr, c'est un poncif que de dire qu'il y a des morts réussies et des morts foireuses, des morts glorieuses et des morts qui ne valent pas la peine d'être vécues. Une poire à lavement dans l'anus qui vous déchire les intestins et vous laisse abandonné sur un tapis persan en train de vous vider d'à peu près tout ? La mort de l'écrivain Jean Lorrain, esthète fin de siècle, n'est pas brillante même si elle se tient et n'est pas dénuée de sens dans la vie de celui-ci. Qui dit mieux ? Dans l'histoire des morts, celle de Walter Benjamin, notre ami philosophe, a toujours eu une résonance particulière car elle symbolisait, d'une certaine façon et comme celle de Stefan Zweig qui suivrait de peu dans une version carioca, la mort de la culture européenne. En septembre 1940, Walter Benjamin est un homme en bout de course. Réfugié à Paris, il quitte la capitale la veille de son invasion par les troupes nazies. Benjamin rebondit à Marseille avec sa valise et quelques livres, puis tente de gagner l'Espagne par les Pyrénées. Aidé par deux anti-nazis, Hans et Lisa Fittko, Walter Benjamin accompagné de deux autres personnes, s'engage dans une escapade qui le mènera à bout de forces (il n'a que 48 ans mais est un homme bouleversé et malade) dans la petite ville espagnole de PortBou. En route, Benjamin est informé qu'une nouvelle directive du gouvernement franquiste a commandé aux policiers espagnols de reconduire à la frontière les fugitifs. De peur d'être arrêté, Benjamin absorbe une dose substantielle de morphine et se suicide donc durant sa première nuit d'homme libre. La fameuse directive, quant à elle, ne fut jamais appliquée et fut même annulée quelques jours ou heures avant ou après l'information livrée à Walter Benjamin, faisant de sa mort une mort sans cause. Le petit film ci-dessus ne remplace pas le très beau documentaire Who Killed Walter Benjamin ?, impossible à voir chez nous et qui reprend pas à pas cette odyssée de la pensée, mais donne une idée assez précise de ce que furent les derniers pas de Benjamin. Il y a évidemment une valeur hautement symbolique à ce que cette dernière transhumance d'un des penseurs les plus fins du siècle se soit tenue dans ces conditions : dans un cirque naturel sublime, à cette altitude, face à la mer. La mort de Walter Benjamin a beau être une mort imbécile (techniquement, il n'avait sans doute plus besoin de faire ce qu'il a fait) mais c'est une mort à la scénographie parfaite par son rapport à la nature, par sa dramaturgie, par sa triste banalité. Avec Benjamin, c'est la vieille culture européenne qui met un genou à terre alors qu'elle était boutée par la barbarie hors de son espace vital originel. Avec Benjamin, qui avait dans sa valise son oeuvre monument, ses Passages inachevés qui deviendraient par la suite le manuscrit perdu le plus précieux du monde, une époque rendait-elle les armes devant une autre, d'horreur, de masse et d'inculture ? Sur sa tombe, on choisit d'inscrire l'une des phrases si simples et compliquées de Benjamin, tirée de ses Thèses sur la philosophie de l'histoire : " Il n'y a aucun témoignage de la culture qui ne soit également un témoignage de la barbarie ". Comprenne qui pourra. Après Harry Potter, un nouveau J.K. Rowling pour Noël Voilà un cadeau de Noël qui va faire tourner la tête des fans d'Harry Potter : Gallimard jeunesse publie le 4 décembre Les contes de Beedle le barde, le nouveau livre de J.K. Rowling, à l'occasion de sa sortie mondiale. Les Conte de Beedle le Barde avait fait l'objet, l'année dernière, d'une édition spéciale à sept exemplaires, écrite à la main et illustrée par l'auteure elle-même, et dont Amazon avait acquis un exemplaire aux enchères pour deux millions de livres sterling (2,7 millions d'euros). L'ouvrage réunit cinq contes, parmi lesquels Le Conte des trois frères, qui figuraient dans Harry Potter et les reliques de la mort, et quatre inédits. Tiré à 260 000 exemplaires par Gallimard, il devrait faire exploser les ventes de fin d'année, même si les chiffres ne sont pas encore comparables à ceux de la saga Harry Potter, dont les sept tomes s'étaient vendus à 24 millions d'exemplaires en France. Cependant, derrière les gros sous, on trouvera quand même la bonne action : les droits d'auteur seront reversés au Children's High Level Group, une association caritative fondée par J.K. Rowling et la députée européenne Emma Nicholson, et qui vient en aide aux enfants et adolescents abandonnés dans les institutions spécialisées.
A l'occasion de la sortie du livre, Amazon.fr organise jusqu'au 14 décembre un concours permettant de gagner dix livres dédicacés par l'auteure d'une édition collector (en anglais).
Quand aux aventures du jeune sorcier, elles pourront encore occuper une très bonne place sous le sapin. Gallimard jeunesse propose, depuis le mois d'octobre, le septième et dernier Harry Potter en « Folio Junior », un coffret réunissant les sept tomes en format poche, ainsi qu'une édition de luxe des deux premiers tomes. En revanche, le sixième film de la saga, Harry Potter et le Prince de sang mêlé, qui était prévu pour Noël, voit sa sortie repoussé au 15 juillet 2009 : c'est une histoire de vampire, Twilight, adapté d'un roman de Stephenie Meyer, qui est passé avant lui. Joyeux Anniversaire Horace !
Le père d'Horace prenait, sur les opérations qu'il finançait (des ventes de bestiaux, des achats de céréales, des enchères...) une commission de 1%, ce qui était pas mal pour l'époque mais fait aujourd'hui petit joueur par rapport aux pontes de la Société Générale ou de la BNP (7 euros pour encaisser un chèque, et quelques-uns de plus pour une carte de fidélité...). C'est avec l'argent du business que papa Horace finança les études de son fils et lui permit d'aller étudier en Grèce. Après l'assassinat de Jules César (en 44 avant JC, l'autre JC), Horace devient un guerrier et dirige une légion à 21 ans dans le conflit qui oppose Brutus et l'armée des Libérateurs à Octave et Marc Antoine. Après la victoire de ces derniers, Horace repart de rien. Ses biens ont été saisis et il doit à Mécène, le confident d'Octave, que lui a présenté son ami Virgile, de se refaire une place au soleil des arts, cette fois. Le reste appartient à l'histoire des lettres classiques. On fait une pièce de théâtre avec sa vie, il écrit des Odes, des Epîtres et des choses fabuleuses, mettant en place une poétique extrêmement énergique, ultraviolente (souvent) et très incisive. Ses écrits sont réputés assez élaborés et pétris de doubles sens. Son carpe diem quam minimum credula postero n'est pas contrairement à sa légende un hymne hédoniste à la partouze, à l'abus de drogue et à la consommation de plaisir post-cercle des poètes disparus mais bien un manifeste pour une jouissance rationnelle et ascétique des plaisirs périssables. Horace, malgré la jupette, n'était pas un marrant mais un être exigeant, à vif et dont la poésie reflétait l'inquiétude et le sentiment d'insécurité existentielle permanents.
2016 ans après donc, Horace dispose d'un espace impeccable sur le net sur lequel on peut relire à peu près tout ce qu'il a écrit, en version originale (latine, donc) et en traduction française. Il faudrait décerner un prix aux administrateurs du site Espace Horace (www.espace-horace.org), si bien fait et qui porte en plus un super titre, moderne et plein d'allant, susceptible d'attirer les jeunes générations. Pour le plaisir, cette petite ode tout à fait appétissante et qui nous change des Christine Angot, Marc Lévy et autres trucs habituels. Ah, respirez le doux parfum de l'Antiquité, du préchristianisme, de Rome et Tivoli dans le petit matin....
Hélas ! Postumus, mon cher Postumus, comme elles s'enfuient vite nos années... et toute notre piété ne saurait retarder ni les rides, ni la vieillesse toute proche, ni la mort indomptée. /Non, mon ami, quand bien même, chaque jour qui passe, tu sacrifierais trois cents taureaux, pour te rendre favorable Pluton, le dieu sans larmes qui retient le géant Tityos et Géryon aux trois corps, l'onde infernale nous la traverserons tous, un jour, nous qui sommes nourris des fruits de la terre, que nous soyons rois ou humbles paysans./ C'est en vain que nous nous préserverons de Mars, le dieu violent, c'est en vain que nous éviterons le déferlement des flots grondants de l'Adriatique, en vain encore qu'à l'automne nous éviterons l'Auster malsain./ Inévitablement, il nous faudra aller voir le sombre et languissant Cocyte au cours errant, et l'infâme descendance de Danaüs, et Sisyphe, le fils d'Éole, condamné à un labeur perpétuel./ Il faudra laisser ces terrains, cette maison, cette épouse aimée ; et de tous ces arbres cultivés avec soin aucun ne suivra son éphémère maître, hormis l'odieux cyprès./ Un plus digne héritier videra tout ce Cécube conservé à l'abri de cent clés et rougira le pavement de ce vin orgueilleux, de ce vin supérieur même à celui servi aux dîners des pontifes./ (Pour ceux qui aiment ça, d'après mes recherches, personne n'a appelé son enfant Postumus depuis une bonne tricentaine d'années...) Votez pour le prix Sncf du meilleur polar 2008La sélection automne-hiver pour le prix Sncf du polar est tombée. Trois titres européens et trois titres français se soumettent au vote d'un collège de 1200 lecteurs de la France entière, avant la grande finale qui aura lieu à la fin de l'été, et qui confrontera l'ensemble des ouvrages retenus par les lecteurs.
Sélection meilleur polar français: Signalons la présence de Sébastien Gendron, collaborateur occasionnel de Flu, pour Le tri sélectif des Ordures (Bernard Pascuito). A ses côtés, figurent Chantal Pelletier pour son Montmartre, mont des martyrs (Gallimard) et Stéphane Michaka pour La Fille de Carnegie (Rivages).
En lice pour le prix du meilleur polar européen: Les lecteurs ont à choisir entre London Boulevard de Ken Bruen (Fayard), Le carré de la vengeance de Pieter Aspe (Albin Michel) et Scalpel de Campbell Armstrong (le Masque).
Si vous voulez voter pour votre polar préféré, vous pouvez vous inscrire ici pour rejoindre le collège de lecteurs de votre région.
"Books" : le nouveau magazine sur l'actu littéraire dans le monde Il y a du nouveau dans la presse littéraire. Le magazine Books (aujourd'hui en kiosque) propose un concept inédit en France : aborder l'actualité française et internationale à travers les livres qui paraissent dans le monde entier. Fondé par Olivier Postel-Vinay, qui fut notamment rédacteur en chef du Courrier International et de La Recherche, Books fonctionne sur le principe du Courrier International justement, en proposant chaque mois une sélection d'articles originaux repérés dans la presse mondiale. "Le livre reste et restera le lieu par excellence de l'analyse et de la réflexion approfondies. Un organe de presse qui s'appuie sur le livre offre sur le monde un regard irremplaçable", affirme Olivier Postel-Vinay, lors d'un entretien avec Fluctuat.
Les articles sont mis en perspective de différentes manières : dans le cadre de grands dossiers par exemple, dans la rubrique "Francophilies" (actu des livres étrangers portant sur la France et des livres français traduits à l'étranger), "Bestsellers" (une liste de bestsellers commentée par un spécialiste) , "Censure" (analyses de livres censurés dans le monde), "Jadis et naguère" (les livres tombés dans l'oubli ou restés inconnus), "Skoob" (insolite), etc.
De nombreux collaborateurs, connus pour leur indépendance d'esprit, apporteront également un point de vue complémentaire : Sandrine Tolotti, ancienne rédactrice en chef d'Alternatives Internationales, les philosophes Tzvetan Todorov et Dominique Lecourt, la politologue Marie Mendras...
Le site Booksmag.fr, qui fonctionne indépendamment de la version papier, propose depuis hier des contenus en ligne (une partie sera réservée aux abonnées à partir de janvier 2009). Ce mois-ci au programme de Books : un article sur le succès d'un roman écrit en spanglish, un dossier sur "l'effet Panurge" de la crise, le "mythe Levi-Strauss", des focus, des insolites... Mon beau sapin : la B.D fait sa B.ALa jeune auteure de BD Pénélope Bagieu a fait un pari fou et généreux. Celui d'attirer avant Noël 100 000 visiteurs par jour sur un site de BD et donner les sous récoltés à l'opération "Arbre de Noël" de la Croix Rouge qui garnira de cadeaux les sapins un peu vides en cette année de crise. L'objectif fixé par le partenaire Orange a été littéralement éclaté depuis le lancement du site le 17 novembre et ce sont déjà 15 000 euros qui ont été récoltés. "Mon beau sapin" c'est une planche par jour de jeunes auteurs drôles et talentueux comme Martin Vidberg (illustration), Boulet ou Soph' et aussi un petit jeu débile mais très drôle signé Kek où il s'agit d'aider le père Noël, faché par la crise; à jeter du caca sur les immeubles. Courrez-y, c'est pour une bonne cause et ça vaut le coup. Mon Beau sapin, le site de bd en ligne qui fabrique des cadeaux de Noël
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Ces livres qui nous piègent
Dans ses moments les plus déboussolants, on doit se souvenir de cinq niveaux de narration en même temps et se rappeler que tel personnage avait fait une apparition dans une toute autre histoire quatre cent pages plus tôt. C'est d'autant plus difficile qu'avec ses très denses six cent pages, le livre m'aura pris près de trois mois de lecture (ces trois mois incluant quelques péripéties comme la perte du livre dans un train, la publication de nombreuses BD que je devais lire d'urgence et des problèmes ophtalmiques). C'est probablement le plus long temps que j'ai passé sur un seul roman depuis très longtemps. Le dernier John Irving m'avait retenu longtemps mais c'était surtout qu'il m'ennuyait. Cent ans de Solitude m'avait posé pas mal de problèmes puisqu'une longue interruption forcé de sa lecture m'avait obligé à me replonger au milieu de dizaines de personnages qui portaient deux fois moins de n
Le problème, c'est qu'il y a des livres pièges, des livres difficiles à lire parce que trop ambitieux, trop ennuyeux ou trop fous et qu'ils s'accaparent notre temps de lecture comme s'il n'y en avait plus que pour eux. Ils nous obsèdent mais on a peur de les ouvrir. On doit parfois se faire violence pour les finir alors qu'on les aime vraiment (sans quoi ils nous tomberaient simplement des mains). Le Manuscrit Trouvé à Saragosse est un chef d'oeuvre et un livre "important". Je suis heureux de l'avoir lu mais je n'oserais le recommander à presque personne. Tout ce que je souhaite, maintenant, c'est trouver une copie de son adaptation cinématographique polonaise dont la réputation est à peu près aussi haute que son prix sur Amazon ou Ebay. Un film offre l'avantage de se terminer qu'on le veuille ou non. Un livre piège peut virtuellement ne jamais finir. Carla del Ponte : haïe mais publiée en Serbie
Ils la voient, en effet, comme celle qui a "tué" Slobodan Milosevic (mort en prison en 2006, en attente de son jugement). Un solide argument de vente pour Marko Vidojkovic de la maison d'édition Profil Knjiga qui a tiré La chasse... à 2 000 exemplaires, ce qui est très honorable pour un essai en Serbie. Les Serbes reprochent, en outre, à Carla del Ponte son silence - avant 2008 et la sortie de son livre - à propos d'une éventuelle affaire de trafics d'organes sur 300 serbes kidnappés et déportés dans le nord de l'Albanie, dans lequel serait impliqué Hashim Thaci, l'actuel chef du gouvernement kosovar. Une plainte a d'ailleurs été déposée par les parents des disparus contre l'ex-procureure pour "dissimulation de crime". Ce sont surtout les freins de la communauté internationale, qui a tenté de l'empêcher de faire son travail de procureure du TPIY qu'elle raconte dans son livre honni. L'OTAN qui obstrue son enquête sur l'intervention de ses troupes au Kosovo en 1999, la CIA qui n'a pas daigné capturer plus tôt le criminel de guerre serbe Radovan Karadzic, finalement arrêté en juillet 2008. Tandis qu'elle fournit à la Cour internationale de justice des documents prouvant la culpabilité directe de Milosevic, celle-ci écarte en février 2007 toute responsabilité serbe dans le cadre de la plainte pour génocide déposée en 1993 par la Bosnie. Pour del Ponte, la communauté internationale- dont Bernard Kouchner à la tête de la mission de l'ONU au Kosovo (MINUK) - est plus soucieuse de préserver la paix fragile dans la région que d'y traquer la vérité- indispensable pour espérer la réconciliation. Si la presse a monté en épingle l'affaire du trafic d'organes - exemple parmi d'autres des crimes de l'UCK (armée de libération du Kosovo) sur lesquels ont l'a empêchée d'enquêter - c'est surtout pour la faire passer pour folle via la position du TPIY qui démonte l'affaire. Evitant soigneusement d'affronter la complexité de la situation dans les Balkans et la part d'ombre du Kosovo, "gentil" de l'histoire, les médias s'en sont tenus à la version officielle. Au moment de la sortie du livre de del Ponte, le Kosovo déclarait son indépendance qu'il fallait soutenir contre les "méchants" Russes et Serbes. Et ne surtout pas s'attarder sur le véritable propos de l'ex-procureure qui questionne la transparence et l'efficacité de la justice internationale. Aujourd'hui ambassadrice de Suisse à Buenos Aires, Carla del Ponte gêne toujours. Et le gouvernement helvétique de la sommer de ne pas accompagner la promotion de son livre lors de sa sortie, en avril 2008, en Italie. La chasse..., co-écrit avec un journaliste du New York Times, sortira aux Etats-unis en janvier 2009 sous le titre de Madame Prosecutor. Confrontations with humanity's war criminals and the culture of impunity (Other Press). On en attend toujours la traduction française. 39,66 % de La Recherche de Proust lus à haute voix Il y a de ces projets fous, impensables, comme voués à rester inachevés. Celui de Véronique Aubouy, par exemple, qui a entrepris il y a quinze ans d'enregistrer l'intégrale de La Recherche de Proust lue à haute voix par des lecteurs venus de tous horizons. « À raison de deux pages par lecteur, dans l'ordre du livre. Il faudra des dizaines d'années pour tout enregistrer. Un engagement pour la vie. »
Engagée, oui, peut-être même, un brin monomaniaque. Cet automne, Véronique Aubouy a décliné son projet sous une nouvelle forme, invitant des internautes du monde entier à se filmer avec leur webcam en train de lire une page d'A La Recherche du temps perdu. Intitulé « Le Baiser de la matrice », ce projet, qui a déjà pas mal fait parler de lui, propose d'engager une nouvelle réflexion sur le temps : « La Matrice va précipiter tous les mots de La Recherche en une durée propre, qui n'aura plus rien à voir avec la durée de lecture linéaire du livre papier, produisant un effet d'anamorphose temporelle (qui, tout en évoquant le « bullet-time » des films de science-fiction n'est pas sans rappeler l'incorporation du temps produite par l'absorption d'une petite madeleine ?) »
Sur le site du Baiser de la matrice, on apprend ce matin que 39,66% de l'œuvre de Proust ont été lus pour l'instant, soit 1358 pages. On peut aussi y voir quelques vidéos de lecteurs, dont certaines sont d'ailleurs très élaborées : avec mise en scène, musique, éclairage s'il vous plaît. L'utopie de Véronique Aubouy semble prendre forme. Elle avait déjà fait l'objet d'une projection à l'occasion de la dernière Nuit Blanche. Europeana victime de son succès
Trop modestes, les concepteurs d'Europeana ont tablé sur 5 millions de visiteurs par heure. Or, dès le jour de son lancement, ce sont 10 millions de curieux qui cliquent sur la page d'accueil du portail, contraignant le site à fermer quelques heures en milieu de journée. Mais la fermeture de jeudi est loin de décourager les internautes qui sont près de 20 millions à visiter le site à sa réouverture le vendredi. Malgré le nombre de ses serveurs, passés à six, Europeana ne supporte pas le choc et doit fermer ses portes, le temps de mieux se préparer à accueillir ces avides visiteurs lors de sa réouverture vers la mi-décembre.
Conçue en réponse à l'offre de Google, Europeana devrait proposer 10 millions de titres d'ici 2012. Alors que s'engage une guerre numérique sans merci entre Europeana et Google, un état des lieux et des forces en présence s'impose. Retrouvez le battle Europeana vs Google sur Fluctuat.net, côté mag. Emmanuelle Pagano décroche le prix Wepler![]() Le 11e prix Wepler-Fondation La poste, doté de 10.000 euros, a été décerné à Emmanuelle Pagano pour son roman Les Mains gamines (P.O.L). Les mains gamines, troisième roman de Emmanuelle Pagano, 39 ans, l'a emporté devant Une Fille du Feu d'Emmanuelle Bayamack-Tam, également publiée par les éditions P.O.L et Corniche Kennedy (Verticales) de Maylis de Kerangal . Les mains gamines raconte l'histoire d'une très jeune femme, autrefois systématiquement violée par les garçons de sa classe, devenue aujourd'hui l'employée de l'un de ses anciens tortionnaires.
La mention spéciale du jury, dotée de 3.000 euros, est allée à Céline Minard pour son quatrième roman Bastard Battle (Léo Scheer), que nous avions beaucoup apprécié chez Flu (voir la chronique).
Issu de la librairie indépendante, le prix Wepler est attribué par un jury renouvelé chaque année de libraires, critiques et lecteurs. Ses organisateurs viennent de publier un recueil de textes inédits des lauréats des dix années précédentes, sous le titre Seize nouvelles (Thierry Magnier). La lecture est-elle innée ou acquise ? Atelier de trivialités (6)Il y a très peu de monde aujourd'hui pour soutenir que la lecture est innée chez l'homme, l'enfant ou le bébé. Pourquoi apprendrait-on à lire autrement, et avec grand mal parfois depuis le CP jusqu'au collège ? C'est une évidence qui peut être démontrée chaque jour : un bébé humain ne sait pas lire un livre à la naissance, déchiffrer les mots, les phrases, pas plus (on suppose) qu'il ne comprend quoi que ce soit à un livre d'images, un roman (fût-il de Guillaume Musso !) avant d'avoir abandonné les biberons et les couches. Pourtant, ce qui est plus troublant, et comme le montre cette vidéo et l'expérience que vous avez peut-être avec vos propres enfants, il est indéniable que, si l'enfant ne comprend pas ce qu'il lit, il est naturellement doué pour tenir un livre en mains, tourner les pages et savoir quelle utilisation il faut faire de cet objet. Mettez un livre sur un tapis en position fermée, disposez près de ce livre un bébé, fille ou garçon pas trop branque de plus de 4 mois et demi, et vous pouvez être certain que le bébé ramassera le livre et se mettre assez vite à l'utiliser correctement. Son regard se posera sur les pages, qu'il se mettra à tourner douze à douze peut-être, dans le mauvais sens peut-être, mais en n'oubliant pas de poser son regard sur chacune d'elle comme le ferait votre ado débile de 17 ans, pressé d'en finir avec son "livre à lire pour l'école". De cette expérience, on peut tirer plusieurs conclusions : 1) soit l'objet livre est si parfaitement conçu pour faire ce qu'on en fait qu'il ne peut pas échapper à sa destination et commande qu'on le feuillette à toute créature qui s'en approche. C'est le cas des objets bien foutus : n'importe quel ahuri s'assied sur une chaise s'il en voit une. Mais pourquoi est-ce qu'un singe ou un chien n'en ferait pas autant ? 2) soit il y a un truc actif chez l'être humain, aussi bébé soit-il, qui le détermine à saisir un livre pour y chercher quelque chose. Cette seconde conclusion est la plus intéressante et tendrait à prouver que l'humain est génétiquement ou divinement programmé pour lire des inscriptions, des instructions (les tablettes divines) sur un tel format. Cette programmation est-elle génétique, neurospatiale, chimique ou un héritage darwinien des quatre mille années d'écriture humaine (la mémoire du signe), on n'en sait trop rien. Toujours est-il qu'elle nous permet d'affirmer non seulement qu'il faut arrêter de prendre les bébés pour des cons mais aussi que, oui, la lecture est, un tant soit peu, naturelle et donc.... bonne pour la santé. De là, on peut extrapoler facilement en théorie pédagogique et considérer que le goût pour la lecture est inné et qui si de trop nombreux enfants ne savent pas bien lire ou n'aiment pas lire, c'est parce que la cellule familiale, la société dans laquelle ils vivent leur a désappris. Il y a donc une responsabilité individuelle et sociale qui a conduit à l'effacement du pouvoir de lire chez les enfants, les ados, identique sûrement à celle qui nous empêche de faire l'amour devant nos amis ou à roter en réunion de service. Coupables nous sommes. C'est dit. Stephen King: le retour du Roi
Nostradamus mystique Dans Just after sunset, ses dernières nouvelles encore inédites en France, l'écrivain est devenu si ce n'est mystique, du moins obsédé par l'idée d'un Dieu cruel qui se joue sans cess de l'homme. Presque réactionnaire, King déclare que si les mythes et paraboles émaillant les religions du Livre suggèrent un difficile cheminement moral, ils sont toujours préférables au dieu de la technologie, de la micro-puce, du téléphone portable. Et l'écrivain de proposer treize nouvelles impitoyables, fables ammorales où ceux qui ont survecu au attentats du 11 septembre sont rongés de culpabilité, où coupables et innocents sont autant punis et où même les morts ne trouvent aucun salut. Pile 30 ans après sa publication, son oeuvre la plus conséquente, Le Fléau lui donne des airs inquiétants de Nostradamus. Un virus qui s'échappe des labos de l'armée décime quasiment l'humanité entière et l'Amérique est renvoyée à la sauvagerie à travers des petits groupes de survivants. Un groupe suit la voie du Bien incarnée par une vieille femme, l'autre celle du Mal, sous les traits d'un noir mystérieux. Si aujourd'hui la voie du bien et de l'espoir est incarné par un jeun afro-américain, le bio-térrorisme et le retour en force du religieux sont des thèmes plus que jamais d'actualité. King évoque dans une interview pour Salon.com, avoir été inspiré par l'oeuvre de Tolkien, où les références bibliques sont omniprésentes sans être nommées. Il parle de "dark christianity" autour du thème de l'antéchrist, du diable et de la fin du monde qui hantent l'ensemble de son oeuvre.
Sublimation de la violence Les romans de Stephen King - que certains qualifieraient, si ce n'est de gare, du moins de populaires - ne donnaient lieu, ces derniers temps, qu'à de mauvaises et ignorées adaptations ciné( le lamentable Fenêtre secrète avec Johnny Depp en 2003) après avoir donné des chef-d'oeuvres de genre, Carrie de Brian de Palma, Misery de Rob Reiner mais surtout le cultissime Shining de Stanley Kubrick. Mais à y regarder de plus près, papy King ne serait-il pas devenu une figure incontournable de la littérature "pop" contemporaine? N'existe-til pas aujourd'hui une génération "King" bercée à l'horreur et à la violence frisant à l'absurde de ses romans sur ce que l'homme a intrinsèquement de plus sombre, de plus sadique? 1999, Stephen King est fauché par une voiture. A sa sortie de l'hôpital, il achète le pick-up qui l'a renversé. Pour le détruire de ses propres mains, cette réminiscence de Christine. C'est cet épisode qui a conduit le performeur français Christophe Fiat à lui consacrer un essai, Stephen King forever. Où il est question de Guy Debord, de William Burroughs et de littérature comme une arme. Séduit par l'humilité de King qui ne veut pas être un bon écrivain mais juste raconter de bonnes histoires, Fiat avait déjà"performé" sur ses textes au festival d'Avignon de 2007. Et à la suite de l'association des auteurs de romans policiers américains, il décerne à Stephen King le titre mérité de "great master ", tant son oeuvre porte en elle les stigmates d'une civilisation en crise.
Un nouvel hommage à Ballard Cet automne était le moment de célébrer J. G. Ballard, auteur atypique, visionnaire ultime, rendu mythique de son vivant : les éditions è®e rendent ainsi hommage à l'écrivain en publiant J.G. Ballard, hautes altitudes, un recueil de textes et d'entretiens destiné à mettre en lumière l'ensemble de son œuvre (sous la direction de Jérôme Schmidt, membre actif du collectif Inculte et d'Emilie Noteris, parution le 14 novembre). De leur côté, les éditions Denoël ont réédité La Forêt de cristal, tandis que les éditions Tristram propose le premier tome de ses Nouvelles complètes, ainsi que le court roman Sauvagerie. Pour tous les grands lecteurs de science-fiction, le nom de J. G. Ballard sonne comme un nom quasi fantasmatique. Un nom inclassable, qui règne sur un univers inclassable : "trop fantastique, trop violent, trop sexuel, trop décandent, trop politique", précise l'éditeur de J. G. Ballard, hautes altitude.
Dans cet ouvrage, on trouvera notamment deux entretiens avec l'auteur lui-même, qui permettent de saisir la pensée ballardienne à travers plusieurs thèmes, comme "la notion de surveillance", "le 11 septembre", ou encore "la fin de l'écriture". Sur ce dernier point, Ballard affirme d'ailleurs : « Je n'ai jamais pensé à arrêter d'écrire. Pourtant, j'ai largement dépassé l'âge de la retraite, mais ça ne m'est simplement jamais passé par la tête. Je ne considère pourtant pas cela comme une "nécessité vitale", comme me disent certains de mes confrères. Au contraire... Mais j'éprouve toujours le même plaisir à mettre sur papier toute l'étrangeté qui m'entoure. »
Le recueil comporte, en outre, un entretien avec David Cronenberg, qui a adapté Crash ! au cinéma, des textes d'écrivains comme Jacques Barbéri, David Pringle, Luc Sante ou Norman Spinrad, ainsi qu'une bibliographie commentée de Ballard. Un excellent outil pour approcher une œuvre essentielle et inépuisable.
J. G. Ballard. Hautes Altitudes, sous la direction de Jérôme Schmidt et Emilie Notéris, avec J. G. Ballard, Jacques Barbéri, Bruce Bégout, David Cronenberg, Rick McGrath, Rick Poynor, David Pringle, Luc Sante, Norman Spinrad, Bruce Sterling, éditions è®e. Le dernier manuscrit de Nabokov sera finalement publié Voilà près de trente ans qu'une œuvre inachevée du grand Nabokov repose dans les profondeurs d'un coffre-fort suisse. L'écrivain avait remis ce manuscrit, intitulé "L'Origine de Laura", à sa femme et à son fils Dimitri, en leur demandant de le brûler. Ce que ces deux derniers n'ont jamais consenti à faire.
Alors que cette révélation a suscité de nombreux débats au cours de ces dernières années, Dimitri Nabokov (maintenant âgé de 73 ans), après de douloureuses hésitations, s'est enfin décidé à publier le roman inachevé, et à offrir ainsi au public une pièce essentielle de littérature. Interviewé hier par la BBC, il a expliqué que cela ne revenait pas à désobéir aux dernières volontés de son père : « Mon père m'a révélé quels étaient ses ouvrages les plus importants. Laura faisait partie de la liste. On ne désigne pas ainsi un livre qu'on a l'intention de détruire. (...) Il aurait voulu le finir »
Le manuscrit, composé sur 138 pages, devrait faire sensation lorsqu'il paraîtra, peut-être dans le courant de l'année prochaine. En attendant, Nabokov fils donne quelques éléments sur cette œuvre restée si longtemps mystérieuse, qu'il précise être « captivante », et « pas forcément agréable - choquant d'une certaine manière ». Le héros de "L'Origine de Laura" est un universitaire nommé Philip Wild, au physique peu attractif mais à l'esprit brillant, qui a épousé Flora, personnage infidèle et aux mœurs légères, parce qu'elle lui rappelle une jeune femme qu'il a autrefois aimé. Dans ce roman à la fois sombre et enjoué, Wild caresse l'idée d'un suicide.
Pendant ces dernières années de discussion autour de cette œuvre, il a souvent été dit que "Laura" reprenait plusieurs thèmes du très controversé Lolita, dans lequel le narrateur Humbert Humbert s'éprend d'une fillette de douze ans. Le journaliste de la BBC évoque d'ailleurs une anecdote à ce sujet : l'écrivain Kingsley Amis, faisant la critique de Lolita, avait méchamment écrit au sujet du roman : « Où est tout le sexe, alors ? » Aujourd'hui, la rumeur avance que « tout le sexe » se trouve justement dans l'ouvrage inachevé.
Europeana : la bibliothèque en ligne qui résiste à Google
Avec deux millions de documents dans un premier temps, puis dix millions d'ici 2010, ce sont 2000 ans d'oeuvres littéraires, picturales, photographiques, musicales ou cinématographiques appartenant aux bibliothèques nationales, aux musées et aux diverses institutions publiques européennes - donc libres de droits - qui seront numérisées et consultables gratuitement du monde entier - le tout en 21 langues. Initié en 2005, ce gigantesque projet de l'Union est le fruit de la volonté exprimée par Jacques Chirac de concevoir une alternative européenne à l'ennemi américain Google. La France sera donc très présente sur Europeana avec 52% du total des oeuvres issus de la Bibliothèque nationale de France (BNF), l'Institut national de l'audiovisuel (INA), la Cité de la musique, l'Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique (Ircam) du Centre Pompidou et le portail Culture.fr. Le géant américain, qui a déjà signé avec six bibliothèques européennes, exigent de leur part une exclusivité et leurs catalogues devraient, en principe ne pas être "moissonné" par le moteur européen. Or, Klaus Ceynowa, directeur adjoint de la bibliothèqueb nationale de Bavière, nie dans une interview accordée à Livres Hebdo l'exclusivité contractuelle qui lie les bibliothèques à Google et affirme que les catalogues figureront bien sur Europeana.
Un flou juridique, donc, qui semble indiquer que la guerre transatlantique du numérique aura bien lieu...
Voir la vidéo de présentation d'Europeana Martin Amis et la guerre aux clichés : c'est celui qui le dit qui y est (17)Je me suis rendu compte qu'inexplicablement on n'avait pas donné ici l'occasion à Martin Amis d'être entendu de vive voix. C'est d'autant plus bizarre que l'auteur de London Fields, de La Flèche du temps et du récent (et très très bon) La Maison des Rencontres a l'une des langues les mieux pendues de la littérature anglo-saxonne actuelle. Dans le domaine des lettres, et des médias, Martin Amis est ce qu'on appelle un "bon client" : quelqu'un qui balance et qui, un temps, fut surnommé "Bigmouth" parce qu'il ne mâchait pas ses mots. Comme le fils de Kingsley n'est pas quelqu'un qui attire immédiatement la sympathie (il est petit, a le visage généralement fermé et les machoîres si serrées qu'on imagine pas ce qui arriverait s'il serrait une bûche ou un bras entre elles), on doit présumer que, si Martin Amis est si apprécié des intervieweurs, c'est parce que ce qu'il dit : 1) est rarement dit par quelqu'un d'autre que lui 2) n'est pas totalement débile. Illustration ici même, dans cet extrait d'entretien, où Martin Amis disserte sur l'un de ses chevaux de bataille (le terme baptisera l'une de ses collections d'essais, tout à fait recommandables) : la guerre aux clichés. En quelques mots, l'écrivain met le doigt sur ce qui est le travers numéro 1 des écrivains, aussi sûrs d'eux, célèbres et doués fussent-ils, la propension à enfiler des perles, à mettre en phrases des choses qui n'ont aucun intérêt. Amis illustre par son oeuvre très contrôlée, self-conscious et ultratravaillée (si bien qu'on lui reproche souvent son manque complet de naturel) que la littérature est, avant d'être une affaire d'imagination, une affaire de travail. La phrase, expose-t-il, plus ou moins, si on la laissait faire, coulerait vers sa pente naturelle : l'enfilade de banalités, l'exposé le plus commun à partir de mots communs, d'expressions communes de ce que l'auteur a en tête. Le boulot consiste à la contrecarrer, à enrayer sa propension à nous ramener sans cesse dans le champ de l'inintéressant et du banal, pour la "tordre" vers autre chose. L'écrivain est un travailleur de force. Quelqu'un qui lutte contre lui-même et contre ses propres images mentales pour faire décoller l'espace représentatif. Aller contre le cliché, c'est aller contre l'homme et donc contre soi-même. Il ne s'agit pas simplement, comme il le dit, de ne pas céder à la facilité, de ne pas se laisser déborder par son propre discours, flow, rythme, mais bien de tout dynamiter en permanence et de rouler, sur chaque mot, sur chaque image, sur chaque dialogue avec le frein à main. La Guerre contre le cliché est une guerre contre la fluidité, une guerre contre l'onctuosité qui vient avec le savoir-faire, l'aisance qui découle de la professionnalisation du métier d'écrire. Martin Amis, qui n'est pas un rigolo, explique (ce qui donne de l'espoir à la concurrence) qu'à chaque instant, un écrivain doit apprendre à ne pas écrire pour écrire autre chose. Rien que pour cette remarque, on peut considérer qu'il est un critique hors pair et l'un des alliés les plus efficaces du camp qui s'oppose à l'Ecole Orphique (laquelle, rappelons le, place l'auteur en sujet de l'Inspiration). Serge Bramly remporte le prix Interallié Le dernier prix littéraire de la saison est tombé : Serge Bramly remporte le prix Interallié pour Le premier principe, le second principe publié chez Jean-Claude Lattès (groupe Hachette). Le lauréat n'a été élu qu'après quatorze tours de scrutin. Serge Bramly l'a emporté avec six voix contre quatre à Jean-Paul Enthoven, qui a déjà vu le Médicis lui filer sous le nez.Né en 1949 à Tunis, Serge Bramly est un grand voyageur, spécialiste de la photographie, de la Chine et de l'art. Polar dense qui plante son décor dans les années mittérandiennes, Le premier principe... s'ouvre sur une incursion saisissante dans les dernières pensées de Lady Di lors de son accident sous le pont de l'Alma. Flash back sur son mariage avec le prince Charles en 1981, un des nombreux paparazzi présents se trouve être lié au destin de la princesse, de Pierre Bérégovoy et d'un marchand d'armes suisse. L'appel entendu de Rahimi pour les réfugiés afghans
Au lendemain de la consécration de Rahimi chez Drouant, l'écrivain rendait public son soutien aux 54 immigrés clandestins afghans menacés d'expulsion dans la région de Calais. Et le ministère des affaires étrangères a fait savoir hier qu'il renonçait à un projet de charter franco-britannique pour rapatrier vers leur pays les réfugiés, reconnaissant que "les conditions ne sont pas réunies pour un retour, notamment du fait de la situation en Afghanistan, et au regard des critères habituellement utilisés par le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés".
Ce projet de charter était dévoilé par le milieu associatif dès début novembre et dénoncé par des organisations d'aide aux immigrés ainsi que des ONG travaillant en Afghanistan. Or il a fallu le soutien public de Rahimi pour que cette histoire fasse les gros titres. Celui qui "se bat avec les mots contre l'obscurantisme" a su exploiter opportunément la tribune médiatique que lui offrait le Goncourt. Dommage que d'autres auteurs surexposés ne fassent pas preuve de l'engagement à la mesure élégante de l'écrivain. Atiq Rahimi n'en a ni trop ni insuffisament fait. Il a juste gagné.
Source: AFP Les recettes littéraires du Wepler disponibles en librairie Pour fêter ses dix ans, en 2007, le prix Wepler-Fondation La Poste avait commandé à plusieurs auteurs contemporains - parmi lesquels ses lauréats - une « recette secrète », qui devait refléter l'ensemble de leur œuvre. Nous vous proposions déjà de retrouver en ligne ces seize nouvelles, signées, entre autres, Eric Chevillard, Pavel Hak, Héléna Marienské, Yves Pagès, Antoine Volodine... Chaque écrivain y livre, avec humour souvent, sa supposée recette d'écriture, même si, comme le souligne François Bon, « Il n'y a pas de recette qui vaille en littérature mais longtemps qu'on le sait ».
Désormais réunis dans un recueil, publié aux éditions Thierry Magnier, les inédits du Wepler offre un beau panorama d'une littérature singulière, représentée par des auteurs à la verve remarquable, qui n'en ont pas fini de faire faire du sport à la langue française.
Seize nouvelles : 1998-2007, 10 ans du prix Wepler-Fondation La Poste, ed. Thierry Magnier, octobre 2008. Un livre antisémite de Ford retiré de la Foire de Zagreb
Tout le monde connaît Henry Ford. Nos manuels scolaires le présentent comme ce sympathique industriel du début du XXe siècle qui a révolutionné l'organisation du travail à l'usine qui, fractionné, est devenu à la chaîne. Sa fameuse Ford T, première voiture populaire, symbolise le fordisme et sa vision du welfare capitalism (capitalisme du bien-être) qui veut qu'"un ouvrier bien payé est un excellent client".
Mais Ford, le défenseur acharné de la paix durant la Grande guerre et de la société des Nations du président Woodrow Wilson, développe de sombres théories antisémites qui lui valent d'être cité dans Mein Kampf, d'être adulé par Hitler, himself et d'être décoré de l'ordre allemand de l'aigle en 1938.
Le côté obscur de la Ford
Ford rachète en 1918 le Dearborn Independent, obscur hebdomadaire qui devient la tribune privilégiée de la diffusion des idées antisémites. Le Dearborn publie le Protocole des sages de Sion - "classique" de la littérature antisémite - et atteint 700 000 lecteurs jusqu'à sa fermeture en 1927 suite à un procès en diffamation intenté par un avocat de San Francisco et une coopération juive. Durant le procès le rédacteur en chef de son journal couvre Ford, déclarant que celui-ci n'avait aucune connaissance du contenu du Dearborn, bien qu'il y aie signé quelques 81 articles entre 1920 et 22. Et sous la menace de boycott de ses consommateurs juifs, Ford présente des excuses publiques.
Cependant, le mal est fait et en 1934 une maison d'édition "fantôme" - dont l'adresse n'est qu'une boîte postale - publie une édition des Protocoles des sages de Sion largement augmentée des articles de Ford. Cette version diffusée en Europe alimente le discours nazi et inspire même largement Baldur Von Schirach, le chef des jeunesse hitlériennes, selon son propre aveu au procès de Nuremberg. On pourrait croire que le drame de la Shoah et de la Seconde guerre mondiale discréditerait les thèses nauséabondes des Protocoles et des articles de Ford mais en 1949, la maison d'édition basée en Angleterrre The Independant Nationalist publie la dernière version de The International Jew sous la signature d'Henry Ford.
Aujourd'hui c'est l'Iran qui présente cet ouvrage lors d'une Foire internationale du livre dont l'invité d'honneur est Israël. Tout comme les Protocoles, la littérature négationniste et antisémite connaît une véritable renaissance dans les pays hostiles à Israël. Aussi devons-nous questionner le traitement à réserver à ce type de propagande dangereuse. Aurait-il fallu procéder à d'immenses autodafés - comme les Nazis eux-même - à une "épuration" littéraire, en marge de Nuremberg ? Ou ces documents, témoins de l'Histoire, doivent-ils être protégés, au risque de les voir poursuivre leur trajectoire de nuisance ? Les Bienveillantes, les vraies : le grand Sandman de Neil Gaiman
Les excellents Comic Box revenaient dans leur dernier numéro sur la genèse du Sandman et les conditions de son incroyable succès. Gaiman y expliquait comment il avait repris, dans l'indifférence générale, ce vieux personnage poussiéreux et dont personne ne se souvenait pour le réinventer quasi complètement. Son Dream, Prince du Royaume de Rêve, avec ses allures de Robert Smith (modèle avoué du créateur), sa mélancolie maladive et son sens élevé des responsabilités est la clé de tout l'édifice de Gaiman : un héros à la fois très byronien, gothique et en même temps aussi fort et torturé qu'un héros antique. Dans ces Bienveillantes, qui constituent l'histoire la plus élaborée, la plus insensée de la saga, Dream a une position assez inhabituelle et paraît clairement débordé par les événements.
L'histoire repose sur l'enlèvement mystérieux d'un enfant, Daniel, qui conduit sa mère aux marges de la folie, sur la mise à sac gigantesque du Royaume de Rêve par les Bienveillantes, venues "venger" le "meurtre" charitable d'Orphée - déchiqueté par les femmes de Thrace - par son père dans un épisode précédent. Dream a été brisé par la disparition de son fils et semble peu disposé à répondre aux agresssions qui viennent de tous les côtés. On croise Loki redevenu furieux et libre, ce qui, comme toujours finira mal pour lui (un serpent, un roc et du poison dans la bouche, une femme amoureuse par dessus), Abel et Caïn qui se trucident pour l'éternité, un majordome, une corneille et le retour d'un Nouveau Corinthien, ce sublime démon avaleur d'yeux humains que Gaiman tira de nulle part au volume 3 (?). Les Bienveillantes fait partie de ces livres qui se racontent mal et se lisent bien. Le dessin reste une difficulté qu'il ne faut pas négliger chez ceux qui ne sont pas des fidèles de la série : les couleurs sont criardes, les visages dessinés à la serpe. Ce qui frappe toujours c'est ce décalage incroyable entre le propos et le trait - on se croirait dans les Chroniques de la Lune Noire - d'habitude si préjudiciable aux comics et qui, ici, sur cette série précise, ajoute une dimension mythologique, farcesque, Falstaffienne à l'ensemble.
C'est peu dire que d'affirmer que Sandman est une série importante pour les amateurs de comics. Elle n'a pas eu une portée décisive sur le genre comme Watchmen ou Dark Knight mais fait, après 10 ans, toujours figure d'OVNI narratif et poétique indépassable. Une adaptation cinématographique est discutée en coulisses qui pourrait transformer assez vite le rêve en cauchemar. En attendant, Dream continue d'hanter ou d'enchanter nos nuits, même presque mort, même presque re-né, comme on l'abandonne à la fin de ce volume. Le petit minou des grands écrivainsPosté par Céline le 14.11.08 à 16:33 | tags : elucubration
Inquiétant chez Poe (Le Chat Noir), sensuel chez Baudelaire ("Le Chat"), voyou chez Boris Vian ("La Ballade des Pussy Cats"), le chat s'est souvent révélé d'excellente compagnie et grande source d'inspiration pour les écrivains. Beaucoup de sites de fans de chats, ou de livres (les deux sont assez répandus, parfois combinés) proposent ainsi des textes d'écrivains connus consacré à l'animal : Le "Sonnet à Ménine" de Du Bellay, "Le Chat noir" de Rilke, "Le Matou" de Colette, "Les 21 histoires de chats fantastiques" de Lovecraft, ou Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll pour son formidable Chat Cheshire.
Photos, de haut en bas : Ray Bradbury, Jack Kerouac, Georges Perec, avec leur chat respectif. Les stars de la rentrée littéraire qui font un bide
Ils bénéficient de plans com' en or massif , leurs avances sont vertigineuses mais ils font un bide. Enfin, le public se rebelle et ne suit plus benoîtement les instructions d'une poignée de critiques et de plans marketing imaginés les grandes maisons d'édition : les "stars" de la rentrée que sont les Millet, Angot et le duo comique BHL-Houellebecq ont été simplement boudés (punis ?) par les lecteurs et les prix littéraires, qui préfèrent encore récompenser les modestes ventes d'un inconnu.
Petit palmarès de la lose.
Catherine Millet qui avait vendu plus de deux millions et demi de La Vie sexuelle de Catherine M. a touché l'avance rondelette de 500 000 euros de la part de Flammarion pour son Jour de souffrance. La maison d'édition devait sentir venir le grop coup éditorial avec le roman de Millet. Or Jour de souffrance, sorti fin août à 120 000 exemplaires, n'atteint pas les 30 000 exemplaires vendus ! Sans doute la sulfureuse libertine a-t-elle lassé avec ce nouveau rôle d'épouse banalement jalouse ?
Christine Angot, elle, a tenté le chemin inverse avec son Marché des Amants. L'auteure de L'Inceste, autre carton en librairie, a tenté de passer par le porno en racontant sa "torride" liaison avec Doc Gynéco, et leurs passionnantes joutes réthoriques sur les bienfaits de la sodomie. Un plan com' en béton armé assurant l'omniprésence médiatique de l'auteure, et le petit plus "people" Doc Gynéco n'y ont rien fait : Le marché des amants dépasse péniblement les 15 000 ventes depuis sa sortie à la fin de l'été. Coup dur pour le Seuil qui a tout de même déboursé 250 000 euros d'à valoir lors du transfert d'Angot depuis Flammarion. Un bien belle prise, en effet. Le coup de grâce a été donné par Doc Gynéco lui-même qui a avoué ne pas avoir aimé le livre, trop impudique pour lui.
On s'est beaucoup moqué de la posture de Caliméro du duo BHL-Houellebecq qui se disent victimes de l'opinion médiatique alors qu'ils bénéficient d'une couverture systématique quand sort la moindre liste de courses signée de leur auguste main. Or, il semblerait qu'effectivement, les Français sont au minimum indifférents à l'essai du couple maudit. S'ils ont touché 300 000 euros d'avance chacun, ils n'ont vendu que 34 000 de leur Ennemis publics, tiré à 150 000 exemplaires et pourtant extrêmement survendu en amont dans les médias avec ce ridicule mystère sur l'identité des auteurs. Et même l'exilé fiscal Houellebecq a fait l'effort de venir montrer sa chemise de bûcheron et sa parka pour soutenir ce qui s'apparente à un accident industriel face à Soeur Emmanuelle et ses 867 000 Confessions d'une religieuse vendues.
Reste à savoir si l'industrie a la mémoire des chiffres et si les prochaines productions de ces stars déchues vont bénéficier des mêmes conditions de lancement. Saturday Morning Breakfast CerealSaturday Morning Breakfast Cereal est un webcomic peu subtil, mal dessiné et souvent de mauvais goût. Après plus de mille deux cents strips, l'auteur Zach Weiner a fait remarquablement peu de progrès en dessin et si c'est possible perdu un peu en maturité, dans son humour à base de blagues sur les gynécologues, la mort, les préservatifs et Adolf Hitler. Il va sans dire que son site n'est pas safe pour le work. Parce que bien sûr c'est en anglais parce que bien sûr en France on ne sait pas faire de webcomics drôles. Ou presque. Les écrivains sont-ils tous drogués ? (ou suicidés) C'est un thème qui revient régulièrement, évident mais inépuisable, et fascine fatalement le romantique dépressif en quête de modèle : les écrivains sont des gens qui vont mal. Amours difficiles, excès en tout genre, souffrance retenue, folie avérée. Conscience torturée, jusqu'au dégoût de vivre. Combien pouvez-vous citer d'auteurs incontournables, réputés pour leurs frasques hallucinatoires ?
La parution des Friandises littéraires, rassemblés par Joseph Vebret (éditions Ecriture, le 18 novembre en librairie) donne l'occasion de faire le point sur vos connaissances de l'insolite littéraire. Plus souvent futiles (mais agréables) qu'indispensables, les 220 entrées proposent des listes et des chronologies, pour rappeler par exemple qui a aimé qui (une liste des maîtresses de Balzac ou la liste des "Amants terribles"), qui a plagié qui (Ardisson accusé d'avoir plagié Georges Delamare), etc.
L'entrée « Paradis artificiels » répertorie donc quelques auteurs en fonction de ce qu'ils prenaient. Par exemple, Balzac est accroc au café : forcément, avec ce qu'il a entrepris, il lui faut veiller tard. Arthur Conan Doyle et Robert Louis Stevenson prennent de la cocaïne. On passe sur le haschich et l'opium, pour lesquels la liste est longue et évidente (Baudelaire, Rimbaud, Verlaine...). Klaus Mann et Hubert Selby Jr sont connus pour avoir souffert de leur addiction à l'héroïne. Le LSD a valu quelques trips, plus ou moins bons, à Burroughs, Ginsberg, Aldous Huxley, Tom Wolfe...
Ceux qui ont testé la mescaline ont souvent tiré des textes de cette expérience, comme Antonin Artaud, Carlos Castaneda, Henri Michaux, Jean-Paul Sartre, Hunter S. Thompson. Sinon, il y a aussi Boulgakov, Burroughs, Nabokov, qui ont pris de la morphine. Enfin, l'absinthe, réputée pour ses prétendues vertus psychoactives propres à susciter l'inspiration, a eu sa période de succès dans le monde littéraire : notamment auprès d'Apollinaire, Alfred Jarry, Edgar Allan Poe ou Oscar Wilde.
Mais après les paradis artificiels, le voyage se termine. Sur la page suivante, on trouve une liste d'écrivains qui se sont suicidés. Entre Socrate (ciguë) et Virginia Woolf (noyade), Nerval (pendaison) et Hemingway (fusil de chasse), Mishima (Seppuku) ou Gilles Deleuze (défenestration), et tant d'autres, ils sont nombreux à être passé à l'acte. Certains ont donné leurs raisons, d'autres les ont emporté dans leur silence. Ce n'est pas gai du tout. Morbide. Mais le genre de détail biographique qui parfois change la lecture d'une œuvre. La dernière sélection du Prix Interallié
Serge Bramly, Le premier principe, le second principe Benoît Duteurtre, Les pieds dans l'eau Atiq Rahimi : les raisons d'un Goncourt surprise
Alors pourquoi lui ?
1. La théorie des dominos
Celle-ci règnerait sur la logique des prix littéraires selon Clara Dupont-Monod de Marianne pour qui "la question n'était pas: qui récompenser mais: qui ne pas récompenser? Exit Olivier Rolin , trop évident. Michel Le Bris, édité chez Grasset, ne pouvait convaincre les jurés "vendus "à Gallimard, éliminé car ayant touché le gros lot avec le Nobel de Jean-Marie le Clézio... Restait Atiq Rahimi et son éditeur POL qui fête opportunément ses 25 ans d'existence... Du gagnant-gagnant donc, selon la journaliste, pour le jury Goncourt qui "prouve" sa modernité et son indépendance, pour Gallimard, distributeur de POL et pour l'auteur dont l'ouvrage tiré à 20 000 exemplaires en août est en rupture de stock et réimprimé à 120 000 exemplaires. Rappelons tout de même que Clara Dupont-Monod a raté de peu le Goncourt 2007 pour son roman La passion selon Juette publié chez...Grasset!
2. L'étranger écrivant en français est furieusement tendance
Membre du jury Goncourt, Bernard Pivot , bien qu'il reconnaisse une petite cuisine interne - "Roblès ayant eu le Médicis, il était normal qu'on se tourne vers Rahimi." - s'est dit "très sensible au fait que ce soit un Afghan qui ait choisi d'écrire cet ouvrage en français". Et à la suite du Nobel, il est de bon ton de se glorifier du rayonnement culturel de la France et du dynamisme de la francophonie. Après Milan Kundera et Jonathan Littell, Rahimi a choisi d'écrire en français, "langue réthorique et de liberté" pour lui. Mais pour Pivot, ce prix est surtout le signe que "le Goncourt renoue avec la tradition qui consiste à parler du monde".
3. Un enthousiasme sincère pour une oeuvre engagée
Car, force est de constater une réelle tendance en faveur de la distinction d'oeuvres sociales, engagées et en contact direct avec des sujets d'actualité forts, à l'instar du film de Laurent Cantet, Entre les murs, récompensé de la palme d'or lors du dernier festival de Cannes. Edmonde Charles-Roux, présidente du jury, justifie ainsi le choix de l'Académie: "c'est un livre qui défend la cause féminine". Et le Goncourt, selon elle, "cherche à récompenser un livre social". Même ligne du côté de la jurée, Françoise Chandernagor pour qui "le livre s'est imposé par son actualité. L'Afghanistan est un pays qui nous intéresse et qu'on cherche à comprendre."
Aussi Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères s'est empressé de féliciter l'auteur afghan engagé, dans la foulée de l'annonce du prix, tant il est "fier d'avoir soutenu cet auteur dans le cadre de son Programme d'aide à la publication et d'avoir contribué à la production de son film Terre et cendres". Tandis que Rahimi s'est déjà illustré en s'opposant publiquement à l'expulsion de 54 Afghans clandestins arrêtés la semaine dernière dans le Pas-de-Calais, demandant à la France de leur accorder l'asile politique dont il a lui-même bénéficié à la fin des années 80. "Les renvoyer dans leur pays, c'est les condamner à un avenir incertain, c'est prendre le risque de les laisser aux mains des fondamentalistes qui détournent le désespoir de cette jeunesse à des fins religieuses extrémistes" a-t-il déclaré aujourd'hui via un communiqué du Réseau éducation sans Frontières (RESF). Le Prix Décembre 2008 pour Mathias Enard
D'abord remarquée pour sa forme - un long monologue ininterrompu, sans point ni majuscule - l'oeuvre d'Enard se distingue surtout par son érudition : dans un style percutant et d'une violence mémorable, l'écrivain revient sur tous les conflits historiques qui ont fondé un siècle d'Histoire, de la Première Guerre mondiale à celle qui a déchiré la Yougoslavie, en passant par la Guerre d'Algérie et la Seconde Guerre Mondiale. Rien que ça.
Agent de la DGSE sur le point de se reconvertir, le narrateur de Zone, Francis Servain Mirković, prend le train de Paris à Rome, où il doit remettre une précieuse mallette remplie d'archives à un représentant du Vatican. Le voyage sur les rails est l'occasion de dérouler le fil de sa conscience, faite de déceptions existentielles, de traumatismes personnels et d'épisodes historiques. Mirković a tout connu : la guerre, les femmes, la déchéance, la mort, la trahison, et livre ainsi une confession qui ressemble davantage à celle d'un agent de l'Humanité que d'un professionnel du renseignement.
Mathias Enard, s'il ne travaille pas, à notre connaissance, pour la DGSE (voir notre entretien vidéo avec l'auteur), rassemble lui aussi pas mal de vécu : spécialiste du monde iranien, il a effectué de longs séjours d'études au Moyen-Orient (Iran, Liban, Egypte...). Remarqué pour son premier roman, La Perfection du tir, il a également publié Remonter l'Orénoque (Actes Sud) et Bréviaire des artificiers (Verticales). Et à Barcelone où il enseigne l'arabe et anime plusieurs revues culturelles, il ne cesse d'écrire. Avec, espérons-le, la même ambition qui lui a permis d'achever l'oeuvre totale que représente Zone.
Photo : Mathias Enard en septembre 2008, © POL EMILE/SIPA Brad Metzler nous dit la vérité sur SupermanUn écrivain réputé a dit un jour qu'"écrire un roman consistait avant tout à rassembler TOUTES ses obsessions pour en faire une histoire incroyable" ou quelque chose dans ce genre. Cette définition ne donne pas les romans les plus lisibles, ni les plus faciles à lire mais est à l'origine d'une veine assez passionnante de la littérature, à laquelle on rattachera les oeuvres de Neil Gaiman et le nouveau roman de Brad Metzler, The Book of lies. De ce côté-ci de l'Atlantique, Metzler est avant tout connu pour son travail de scénariste sur des comics comme Green Arrow, Identity Crisis et d'autres héros DC. Il reprendra d'ailleurs prochainement en BD le personnage devenu mythique de Buffy The VampireSlayer conçu par Joss Whedon pour Dark Horse Comics. Aux Etats-Unis, il s'est fait connaître également pour plusieurs romans mêlant drames familiaux et fantastique dont ce Book of Lies peut symboliser le couronnement. Dans ce roman, dont le trailer sent la théorie conspirationniste à plein nez avec sa bande annonce façon cinéma US, Metzler s'intéresse à 2 "faits divers" particulièrement savoureux qui sont, d'un côté, le meurtre biblique (le premier de tous) d'Abel par son frère Cain, et, de l'autre celui, datant de 1932, d'un obscur marchand, Mitchell Siegel, tué par un cambrioleur sur lequel on ne remit jamais la main. Mitchell Siegel, émigré russe inconnu du grand public, fut retrouvé mort (d'une crise cardiaque ou d'une balle de revolver) à Cleveland par son jeune fils, un certain Jerry Siegel, qui inventerait (quelques heures plus tard, selon Metzler) un personnage de superhéros sur lequel les balles ricocheraient : Superman. Le roman de Metzler imagine que l'arme qui tua Abel et celle qui tua le père Siegel sont les mêmes. Cela tombe bien : on ne connaît ni l'une ni l'autre. De là, il tisse une intrigue absolument passionnante où un fils et son père qui l'a abandonné lâchement après avoir tué accidentellement sa mère, flanqués d'une jeune femme séduisante et adepte du zen, tentent d'élucider ces deux meurtres mythiques. L'équipage est traqué par un tueur incroyable et par une superflic, téléguidés par un non moins mystérieux Juge, et conseillés par un bizarre Prophète (qui n'est pas celui qu'on croit). Ils récupèrent un numéro d'Action Comics n°1 (le premier fasicule où apparaît Superman) et foncent vers Cleveland à la recherche des premières pages conçues par Siegel, dissimulées dans une cache de sa maison natale et qui, peut-être, révéleraient l'identité du tueur. Le voyage est l'occasion pour le père, le fils et "leur" maîtresse d'apprendre à se connaître, tandis que leur chemin est jonché de cadavres. Raconter le reste de l'histoire ne servirait pas à grand chose et s'avèrerait trop compliqué : il est aussi question de nazis et de la mystérieuse Société de Thulé, d'espions russes et de juifs archéologues. Le roman est évidemment foutraque et un tantinet compliqué à suivre dans ses boucles narratives mais soutenu par une intensité et un rythme étonnants. Metzler nous fait partager son amour des comics (il mène, en ce moment, une action pour que la maison de Siegel soit réhabilitée et transformée en Musée Superman), sans sacrifier la psychologie des personnages et oublier que le vrai sujet du livre est cette relation père-fils fondatrice de bien des aventures. The Book of Lies est un roman qui se lit comme un comics qui se lit comme un roman. C'est une lecture nostalgique, magique et policière qu'on conseille à tous ceux qui aiment Superman, leur père et ... James Bond. Un vrai roman noir, entre Gaiman et Evenson, une vraie histoire américaine tissée à coups de légende, de bible, de faits qui n'ont rien à voir interconnectés, de coups de coeur et de coups de feu. Votez pour votre BD préférée du festival d'Angoulême
La Fnac et la SNCF, partenaires du festival, réitèrent l'expérience qui a récompensé Kiki de Montparnasse de Catel et Bocquet l'année dernière, et proposent de feuilleter les albums ou de les télécharger sur votre Iphone ou Ipod touch. Si l'on perd la sensation du papier et le plaisir d'admirer un bel album en "vrai", le visionnage "nomade" -directement sur votre ordi- rendu possible par la technologie Ave!Comics, révèle véritablement le potentiel cinématographique de la BD, le tout, gratuitement.
A vos votes, donc, et rendez-vous le 1er février pour connaître le lauréat du prix Essentiel. Le Prix Renaudot pour Tierno Monénembo
Cette biographie romancée retrace le parcours d'Aimé Victor Olivier, futur Vicomte de Sanderval, appelé Yémé par les Peuls, et qui au XIXe siècle voulut "se tailler un royaume au nez et à la barbe des administrations françaises et anglaises".
Tierno Monénembo a quitté la Guinée en 1969, fuyant la dictature de Sékou Touré. Après des années de voyage (Sénégal, Côte d'Ivoire), il a rejoint la France en 1973 afin de poursuivre ses études. Nommé docteur ès sciences après avoir présenté une thèse en biochimie à l'université de Lyon, il sera par la suite enseignant au Maroc et en Algérie. C'est 1979 qu'il publie son premier roman, Les Crapauds-brousse. Dans ce roman comme dans ceux qui suivront, il s'attache à dénoncer l'impuissance des intellectuels en Afrique, ainsi que les difficultés du peuple africain en exil. Couronné par le prestigieux prix, Le Roi de Kahel pourra désormais faire entendre davantage cette voix singulière de la fiction africaine.
Le Prix Renaudot de l'essai a quant à lui été attribué à Boris Cyrulnik pour Autoportrait d'un épouvantail (éditions Odile Jacob). Le prix Goncourt 2008 attribué à Atiq Rahimi
Dans son premier livre écrit directement en français, Atiq Rahimi donne la parole à une femme afghane au chevet de son mari mourant. Et elle raconte les souffrances et sacrifices d'une guerre absurde qui n'en finit pas et les injustices que son sexe subit au nom dévoyé d'Allah.
Alors que le Parlement français vient de voter l'envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan, le jury Goncourt met en lumière le témoignage singulier de cet auteur en exil, l'une des plus belles surprises de cette rentrée littéraire. Le Goncourt et le Renaudot attribués à...Grasset?
Un seul challenger, en dehors de l'habituel trio Grasset-Gallimard-Seuil, figure sur la dernière liste du Goncourt. Il s'agit des éditions Zulma avec Jean-Marie Blas de Roblès et son Là ou les tigres sont chez eux mais celui-ci, coupable d'avoir reçu la semaine dernière le prix Médicis, pourrait être éliminé d'office de la course.
Du côté du Renaudot, idem, ce sera bien l'une des trois incontournables maisons qui recevra le prix. ( voir la dernière sélection)
Aussi, si l'on regarde de plus près les palmarès, la tentation est grande de parier sur un éditeur, plutôt qu'un auteur, en dehors de toute considération littéraire et en ne se fondant que sur un simple calcul de probabilité.
And the winner should be...Grasset
Le Goncourt 2007 ayant été attribué, une fois n'est pas coutume, au Mercure de France avec Alabama Song de Gilles Leroy, et en 2006 à Gallimard avec Jonathan Littell et ses Bienveillantes, la logique voudrait que le tour de Grasset soit venu et que le prestigieux prix revienne à La beauté du monde de Michel le Bris.
Quant au Renaudot, attribué l'année dernière à Daniel Pennac (Gallimard) et en 2006 à Alain Mabanckou (Seuil), une fois encore la "justice" voudrait que Grasset remporte la mise et là, suspense, deux auteurs de l'écurie s'affrontent avec Olivier Poivre d'Arvor et Elie Wiesel.
Si ces auteurs méritent certainement de voire leur travail salué, nous espérons tout de même que les délibérations des jurys des prix littéraires ne se réduisent pas à de vulgaires tractations de marchands de tapis entre quelques éditeurs jaloux de leur position olipolistique. Réponse dans une heure...
Qui écrira la dernière lettre ? Atelier de trivialités (5)Posté par Myosotis le 10.11.08 à 10:12 | tags : élucubration
Est-il encore possible que des écrivains jeunes et modernes s'écrivent comme de vieilles personnes, que des amants s'envoient des missives enflammées, scellées par un baiser au musc alors qu'ils communiquent 2 ou 300 fois par jour par SMS, que des amis se racontent leur vie en lettres alors qu'ils sont à portée de TGV ou d'avions et parviennent, par la grâce des transports modernes, à se voir tous les 3 ou 6 mois ? La Poste a beau défendre son petit périmètre avant privatisation : le nombre de lettres "personnelles" envoyées chaque année est en chute libre sur le marché intérieur. Josiane écrit encore à sa fille en Australie mais préfère finalement la skyper tous les vendredis soir. On se raccroche aux branches : les cartes postales survivent, mais les lettres plongent au point qu'à ce train, il est tout à fait probable qu'en 2092 approximativement, quelqu'un sera amené à écrire la dernière lettre entre deux individus consentants et non rémunérés.
La date de 2092 n'est pas choisie au hasard. Si l'on considère que les personnes nées en 1990 n'ont plus AUCUNE MOTIVATION pour écrire et peuvent être assimilées à la première génération qui a structurellement abandonné ce mode de communication, il est assez vraisemblable qu'en 2092, soit 102 ans après la naissance de ces personnes (l'espérance de vie sera alors de 98 ans), plus aucun survivant des générations antérieures ne trouvera quelqu'un pour échanger ou nouer une relation épistolaire avec lui. Qui écrira donc la dernière lettre parmi les dernières lettres ?
Qui enverra la dernière missive traditionnelle ? Le jeu de devinettes est ouvert : y aura-t-il un revival épistolaire aux alentours des années 2060 qui amènera certains étudiants des beaux quartiers à s'écrire comme "dans le temps" ? Un commercial essaiera-t-il de refourguer aux nostalgiques des années 1980, un "kit épistolaire" qui permettra pendant quelques temps à de jeunes érudits d'échanger à l'ancienne ? Y aura-t-il un musée des relations épistolaires où on pourrait venir voir des courriers administratifs, des lettres d'amour de gens célèbres, ou des listes de courses ? Quelques snobs feront-ils survivre cette tradition séculaire dans des cercles fermés de fétichistes type Amateurs de lettres érotiques ? Les éditeurs publieront-ils à la place des correspondances sponsorisées les emails des écrivains ou acteurs célèbres ?
L'avenir est assez difficile à entrevoir. On peut juste espérer que la dernière lettre sera une belle lettre, une lettre d'amour, écrite par un enfant à sa mère, par un prisonnier communiste sarkozyste avant la fusillade, par un homme à un autre homme, une femme à une femme, une lettre de confession ou une lettre de grand déballage sentimental, une lettre d'ami, une lettre avec des secrets de famille à tomber raide mort, une lettre courte ou longue, une lettre en lettres de sable ou de farine, de sang ou de coquille d'oeuf, une lettre gauffrée ou chiffon, une vraie lettre banale et irremplaçable comme les centaines de milliers qui l'auront précédée. L'Amérique de John Lofland et de Joe Biden
Fils d'un fermier devenu marchand, Lofland est à la ramasse pendant l'enfance et semble pénalisé par des qualités de compréhension nettement inférieures à la moyenne : il lit très tard et est considéré par les gens de sa famille comme un benêt. Etrangement, il décolle à l'adolescence et s'engage dans des études de médecine. A la fac, il découvre les joies de la vie en communauté et commence à produire des poèmes satiriques sur la vie médicale qui font le bonheur de ses collègues. Surnommé le Barde de Milford, il se lance dans le théâtre et commence à se saoûler avec une énergie incroyable. Diplôme en poche, il retourne à Milford pour se consacrer à sa carrière littéraire. Le père de la femme à qui il était promis le considérant comme un poivrot réussit à empêcher son mariage. Lorsque sa promise épouse un autre homme, Lofland déprime et reste cloîtré chez lui pendant 3 années complètes.
Au début des années 1830, il se fait un petit nom en qualité de poète et publie dans la Gazette du Delaware. Il complète sa consommation d'alcool par une addiction sévère à l'opium (laudanum) qui ne le quittera plus jusqu'à sa mort. Il déménage ensuite pour Baltimore (l'une des villes les plus peuplées d'alors) où il se lie d'amitié (toxicomane) avec un auteur autrement plus mémorable : Edgar Allan Poe, hé oui. Lofland et Poe se font concurrence en beuveries, en orgies et en binge drinking. Lofland enchaîne les comas éthyliques et les cures de désintoxication tandis que Poe devient Poe. Il parvient peu à peu réguler sa consommation de drogue et écrit beaucoup à cette époque. John déménage une ultime fois ensuite pour prendre la tête d'un journal célèbre à cette époque, Le Blue Hen's Chicken. Il mourra peu après de tuberculose. Négligé, dépassé par la gloire d'autres auteurs, Lofland tombe dans l'oubli. les textes de Lofland sont marqués par des qualités dramatiques indéniables et par un goût prononcé pour le macabre et le romantisme à l'anglaise, en même temps qu'un intérêt pas si fréquent pour le féminisme, la cause des Native Americans (les Indiens) et les minorités. Ici, un poème un brin Delawariste, appelé tout bêtement Delaware, qui sent l'Amérique de la Liberté à plein nez. Traduit à la maison.
Cher Petit Delaware, état où je suis né,
Patrie de mes pères, berceau des braves
Quelle joie, O Delaware, pour toi,
Depuis qu'une résistance ferme a libéré la nation Georges Perec vous apprend à demander une augmentation Avec les lettres et les mots qu'il manie comme un maître, Georges Perec s'amuse. En 1968, soit un an avant La Disparition, ce roman dans lequel n'apparaît pas une seule fois la lettre e, il est à la recherche d'une nouvelle contrainte d'écriture / de lecture. Il souhaite explorer davantage celle qu'avait imaginée Queneau, dans Un conte à votre façon (1967) : dans ce récit, le lecteur devait choisir à chaque bifurcation l'une des solutions proposées par l'auteur, à l'exclusion de toutes les autres, et construire ainsi son texte personnalisé.
Perec reprend cette logique « en arbre » pour l'inverser : il décide de concevoir un texte mettant bout à bout tous les parcours possibles. Dans L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation, il retrace ainsi le parcours d'un employé en quête d'une augmentation, en énumérant, au fil de sa remontée dans l'organigramme, toutes les solutions envisageables. Y compris, la séquestration du chef pendant quarante jours...
L'art et la manière... parut en décembre 1968 dans la revue Enseignement programmé (Hachette / Dunod), et fit plus tard l'objet d'une adaptation au théâtre sous le titre L'Augmentation, mais le texte dans sa version d'origine est resté inédit en librairie... jusqu'à aujourd'hui. Hachette littératures décide en effet de lancer, le 12 novembre, une nouvelle édition de L'Art et la manière..., accompagné d'un organigramme-plan de jeu. Et si les conseils énoncés par Perec l'insolent ne vous aideront pas forcément à obtenir votre augmentation, ils raviront plus certainement tous les amateurs de la langue loufoque et expérimentale prônée par l'Oulipo. Tristan Garcia reçoit le prix de Flore Tristan Garcia vient de recevoir le prix de Flore pour son roman La Meilleure Part des Hommes. Agé de tout juste 27 ans, Garcia - l'un de nos chouchous de la rentrée littéraire - a réussi l'exploit inédit de remporter l'adhésion du jury du Flore à l'unanimité dès le premier tour. Premier roman du jeune écrivain, La Meilleure part des hommes est une "Chronique des années quatre-vingt, un conte moral désenchanté et une réflexion sur le Sida" (vous pouvez lire la chronique de l'ouvrage). Dans cet entretien vidéo réalisé par Fluctuat, Tristan Garcia nous raconte son parcours, la genèse de son roman, et ses influences qui vont de la littérature classique aux séries américaines. God Save les Françaises : le plus frenchy des romans british
Stephen Clarke, exilé en France depuis dix ans et auto-publié à compte d'auteur pour son premier roman, A year in ze merde en VO - poursuit son exploration quasi anthropologique des particularismes français. Des complications administratives à l'étrange engouement pour le Tour de France, en passant par la fierté de ne pas posséder de lave-vaisselle dans sa résidence secondaire campagnarde, tous les clichés et préjugés sont passés au crible du terrain.
Mais ce qui fascine - et fatigue - le plus son héros Paul West demeure les curieux rapports qu'entretient sa petite amie frenchy avec sa famille d'hystériques et ses ex. Entre le film 2 Days in Paris de Julie Delpy et l'essai Sacrés Français de l'américain Ted Stanger, les français et leurs travers semblent être un sujet décidemment inépuisable pour les anglo-saxons, somme toute, assez jaloux de notre beau pays.
A l'occasion de la réédition de God save les Françaises en poche, gagnez des exemplaire en participant au concours. John Haines, poète d'Alaska : un hommage à Sarah Palin
Un monde meilleur où les mongoliens (même noirs) auraient enfin accès à l'égalité des chances et aux grands espaces, courant libres comme dans une publicité Royal Canin, où on pourrait dégainer son gun en fonte sans craindre de se faire mettre en slip dans l'arrière-boutique d'un supermarché ou d'un commissariat de quartier. Palin, c'est l'Alaska Idéal pour tous, la cabane au Canada pour ceux qui n'ont plus rien, la vie avant la vie et la mort après l'amour, ce genre de programmes dont on rêverait tous pour ses voisins.
Je n'ai jamais essayé de jouer au tarot avec des courants d'air mais ceux de Fairbanks (d'Helena aujourd'hui, puisqu'il a déménagé dans le Montana) devaient être franchement sympas pour inspirer de telles séquences. Haines est très coté aujourd'hui, mais, derrière son côté rustre, un anti-Palin par le menu. Il passe pour un écolo et un progressiste quand la vice-ex-présidente se la joue pro-life, et pour un badigeonnement de l'intérieur des cuisses et des forêts aux hydrocarbures. Il y a de la beauté chez Haines et du gras double chez Palin. Paix à son âme.
D'entre le tranquille peuple du givre / Je me rappelle un Esquimau / qui marchait un soir/ Sur la route de Fairbanks// Une lampe consumait des ombres/ Sur la table devant nous/la lumière nous venait comme si de loin/ elle passait la peau jaune d'une tente// Des milliers d'années s'écoulèrent./ Des gens étaient entassés sur les rives du fleuve à sécher du poisson/ Au soleil. Les femmes le dos courbé/ Etiraient grattaient des peaux/Animées d'une patience furieuse. Les pointes transperçaient de partout l'herbe de l'automne humide/ les quartiers de viande étaient planqués empilés en caches hautes/comme mémoire rouge contre la blancheur Cela faisait un bail que nous étions loin de chez nous / Les empreintes de pas de l'homme marchant seul/ sur une route glacée d'Asie/ craquèrent écrasées dans les ténèbres/ Avant de s'évanouir. (Traduction libre comme toujours.)
Mort de Michael Crichton, auteur de Jurassik Park et producteur d'Urgences L'écrivain de science-fiction Michael Crichton, à qui l'on doit notamment le roman Jurassic Park dont a été tiré le film éponyme de Steven Spielberg, est mort hier à Los Angeles à l'âge de 66 ans.Auteur d'une dizaine de romans à succès, Crichton était considéré comme l'inventeur du techno-thriller : ses romans dépeignent des individus aux prises avec les évolutions technologiques, le travail en milieu capitaliste ou la nature (Sphère, Harcèlement, La Proie). En 2006, son ouvrage Etat d'urgence avait beaucoup fait parler de lui dans les médias généraux et scientifiques, et déclenché une certaine crispation chez les climatologues : l'écrivain y mettait en doute la réalité du réchauffement climatique, donnant le mauvais rôle à une organisation écologiste sans scrupules.
Michael Crichton était également essayiste, scénariste et réalisateur (Twister). Il est notamment le créateur et le co-producteur de la célèbre série Urgences.
Photo : © WENN/SIPA Obama président, Countee Cullen poète
Cullen peut être associé au mouvement dont nous avions parlé il y a quelques mois et qui s'appelle la "Renaissance de Harlem", mouvement sans précédent de création multiculturelle (photo, poésie, essai, peinture) intervenu dans les années 1920. Pour la première fois, peut-être, les oeuvres d'art... noires s'échappent des cercles de couleur et commencent à séduire les Blancs. Les premières barrières tombent et des types comme Cullen, Langston Hughes, Claude McKay et quelques autres se font connaître dans leur pays et même à l'international. Adopté très jeune par un pasteur méthodiste, Cullen est un poète précoce puisqu'il eut la chance de faire des études à l'Université et de démarrer ses créations poétiques à l'âge de 14 ans. A 20 ans, il publie son premier recueil, Color, et entre à Harvard comme qui vous savez.
Elevé par des blancs, il présente la particularité d'avoir rallié l'Ecole de Harlem un peu tardivement et d'avoir adopté un peu plus tard des thèmes liés à la condition des noirs, se voyant reprocher (comme quoi l'histoire se répète sans fin) de n'être pas un vrai Noir ou du moins de ne pas partager pleinement les problèmes des Noirs. D'une manière générale, sa poésie est une poésie à l'ancienne inspirée des romantiques anglais comme Keats et Shelley, mais intègre peu à peu des éléments modernes, davantage dans ses thèmes que dans la forme.
Un jour que je me baladais dans le vieux Baltimore/ Le coeur et la tête en joie / Je croisais un gars de Baltimore/ Qui me fixait, qui me fixait/ Là, au fond des yeux J'avais 8 ans et j'étais tout petit alors/ Il était blanc et pas franchement plus gros que moi/ J'ai souri et il a répondu / Comme ça en claquant la langue/ "Sale Négro !" J'ai parcouru toute la ville de Baltimore / Je l'ai arpentée de Mai à Décembre/ Mais la seule chose dont je me souviens/ Parmi toutes les choses que j'aie vues ou faites là-bas/ C'est de ce truc là. (Traduction très libre)
Countée Collen est mort en 1946 et né à nouveau cette nuit.
Photo : Countee Cullen à Central Parl, © Carl Van Vechten Les quatre finalistes du Prix Goncourt L'étau se resserre avant la remise du prix littéraire français le plus prestigieux, lundi 10 novembre chez Drouant à Paris. Et le jury a dévoilé les quatres finalistes qui se disputeront le prix Goncourt 2008. Il s'agit de :
Jean-Baptiste Del Amo pour Une éducation libertine (Gallimard) Jean-Marie Blas de Roblès pourLà ou les tigres sont chez eux (Zulma) qui vient d'obtenir le prix Médicis du roman 2008. Michel Le Bris pour La beauté du monde (Grasset) Atiq Rahimi pour Syngué Sabour (POL). Blas de Roblès remporte le prix Médicis de justesse L'écrivain Jean-Marie Blas de Roblès a remporté de justesse le prix Médicis du roman pour Là ou les tigres sont chez eux (ed Zulma), face à Jean-Paul Enthoven et son Ce que nous avons eu de meilleur. C'est la double voix de la présidente, Anne Wiazemsky, qui a finalement tranché en faveur de Blas de Roblès.
L'histoire de Là où les tigres sont chez eux nous embarque de l'Europe du XVIIe siècle aux favelas contemporaines, sur les traces d'un jésuite du XVIIe siècle, Anathase Kircher. Le roman de l'écrivain globe-trotter et spécialiste d'archéologie sous-marine est également en lice pour le prix Goncourt, qui sera décerné lundi prochain.
Quant au prix Médicis du roman étranger, il a été attribué à l'écrivain suisse de langue allemande Alain Claude Sulzer pour Un garçon parfait (Jacqueline Chambon), qui a finalement obtenu les faveurs du jury face à l'Arbre de fumée de Denis Johnson. Premier roman de l'auteur a être traduit en français, Un garçon parfait évoque le thème de l'homosexualité à travers l'histoire d'Ernest, employé modèle d'un palace suisse, et le souvenir passionné de Jacob, qui a dû fuire l'Allemagne dans les années 1930. Récompenser un écrivain Suisse, "cela permet de montrer qu'on n'est pas toute le temps dans la confrontation entre littérature française et américaine", a commenté pour sa part Frédéric Mitterrand, nouveau directeur de la Villa Médicis de Rome et membre pour la première fois du jury du prix littéraire.
Enfin, le prix de l'essai a été attribué à Cécile Guilbert pour Warhol Spirit (Grasset), qui invite à suivre les traces de l'artiste-star Andy Warhol. Le festival des Belles étrangères a 20 ans Le festival des Belles étrangères qui réunit chaque année, depuis 1987, sous l'égide du Centre national du livre (CNL), auteurs étrangers, traducteurs et éditeurs français fête cette année ses 20 ans. C'est à Arles, le 8 novembre, à l'occasion des assises de la traduction littéraire- qui fêtent également leurs 25 ans - que le festival s'ouvrira avec l'ambition de mettre en lumière l'importance que revêt l'art de la traduction dans l'ouverture à d'autres cultures et littératures. Cette année, sont invités 20 écrivains dont dix auteurs confirmés déjà venus aux Belles étrangères, comme le coréen Ko Un ou le guatemaltèque Rodriguo Rey Rosa. Ils seront accompagnés de leurs "poulains" encore à découvrir en France tels que la canadienne Zoe Witthal ou l'egyptien Ahmed Abo Khnegar. Ces auteurs, venus de dix pays et des cinq continents échangeront avec les lecteurs lors d'une cinquantaine de rencontres à travers la France et la Belgique. Une anthologie publiée par Actes Sud réunissant les textes des auteurs "inédits" seront distribuées lors des rencontres dans des bibliothèques et librairies. Le programme complet des rencontres par ville et par auteur ici. Faut-il condamner les images à caractère pédophile... virtuelles ?![]() Chez nos voisins d'outre-Manche la loi vient d'être modifiée pour permettre aux juges de punir les détenteurs d'images "pédo-pornographiques" même quand celles ci ne sont pas des photos. Cette modification aurait pour but de lutter contre un phénomène qui prend de l'ampleur sur le net : la création par des pédophiles de modèles 3D d'enfants mis dans des situations érotiques dans de courts films ou sur des images fixes. N'importe qui peut en effet prendre quelques heureus pour apprendre à se servir d'un logiciel de modélisation 3D et parvenir à partir de modèles pré-existant à faire faire ce qu'il veut à des marionettes virtuelles à peu près convaincantes. C'est bien pour la création et la possession de telles images 3D qu'un britannique a été condamné en Octobre à dix-huit mois de travaux d'intérêt général et à suivre une thérapie. Les images étaient si réalistes, selon le jury, qu'elles pouvaient passer pour des photos.
Bien sûr le condamné n'était probalement pas totalement innocent. Il aurait déclaré n'avoir jamais eu l'intention de violer la loi et ne pas être attiré par les enfants. Cette dernière affirmation est quelque peu surprenante venant de la part de quelqu'un qui détenait des milliers d'images dessinée d'enfants que le juge a qualifiée de "mauvais goût et dégoûtantes mais parfaitement légale". On ne va pas pleurer sur le sort du condamné mais on est en droit de se poser quelques questions : quel mal a-t-il fait exactement ? Aucun enfant n'a été sa victime. Sans l'enquête de la police, cette histoire serait vraissemblablement restée entre lui et son disque dur. Et où le juge décidera-t-il à l'avenir de placer la ligne entre le légal et l'illégal ?
Les images incriminées ont été décrites comme ayant "des bulles, presque comme une bande dessinée". Si le problème est là, je suis coupable autant que le condamné pour la possession d'un exemplaire de Snatch Comics de Robert Crumb (dont j'ai ici reproduit l'illustration coupable dans une version subtilement censurée) et pour une séquence du Filles Perdues d'Alan Moore et Melinda Gebbie. En quoi une représentation picturale non "réaliste" de la pédophilie est-elle moins "grave" ? Pourquoi pourrait-on tout décrire avec des mots mais pas avec des images ? Où se trouve la limite entre pornographie et art ? Plutôt que de débattre de ces questions, on ferait mieux de très pragmatiquement s'inquiéter du fait que ce genre de loi (qu'on supposera si on le veut comme "bien intentionnée") finit toujours tournée ou détournée en outil de censure. N'allez pas croire qu'aucune association de famille bien pensante n'a repéré le potentiel qu'elle représente pour elle. Cyrulnik et Wiesel dans la dernière selection du Renaudot![]() Le célèbre psychanalyste Boris Cyrulnik et son essai, Autobiographie d'un épouvantail, et le prix Nobel de la Paix Elie Wiesel, pour son roman Le cas Sonderberg, rejoignent la dernière liste du prix Renaudot.
Toujours en lice dans la catégorie romans: Salim Bachi, Le silence de Mahomet (Gallimard) Tierno Monénembo, Le roi de Kahel(Le Seuil) Olivier Poivre d'Arvor, Le voyage du fils (Grasset) Olivier Rolin, Un Chasseur de Lions (Le Seuil)
Dans la catégorie essais: Celia Bertin, Portrait d'une femme romanesque. Jean Voilier (De Fallois) Patrice Delbourg, Les Jongleurs de Mots (Ecriture), également ajouté à la liste en dernière sélection. Pour un petit cours sur Saul Bellow![]() Je venais de terminer la lecture de L'Homme de Buridan, ou Un homme en suspens selon les traductions, de Saul Bellow quand j'eus l'idée d'aller voir sur le net ce qu'en disaient les critiques. Parmi les premières propositions françaises, celle d'un site d'échanges de cours et fiches de littérature à destination des lycéens et écoliers qui voudraient en savoir plus sur cet écrivain américain que je n'imaginais pas faire partie des programmes scolaires. L'Homme de Buridan est, en effet, un roman assez déstabilisant, un premier roman écrit en 1944 d'un écrivain certes majeur mais que (je ne sais pourquoi) je pensais, à l'exception de son Herzog peut-être, pas très lu en France.
"C'est le journal intime d'un certain Joseph (K?) qui est au chômage, se morfond, seul dans une chambre, ne sachant que faire de la vacance de ses jours : « Les durs trouvent à leur silence des compensations ; ils pilotent des avions, descendent dans l'arène combattre des taureaux ou partent en mer à la pêche au gros alors que moi, je quitte rarement ma chambre. » Dans les années trente, il avait cru au rêve communiste. Puis il y eut les procès de Moscou et il perdit sa « grande illusion ». Orphelin de l'Histoire, il n'a plus de maître-récit qui donnerait un sens à sa vie. Et, du coup, il laisse affleurer, désormais sans les censurer, ses états d'âme alors qu'il attend son incorporation dans l'armée et que, par phobie des « problèmes sérieux », il se passionne pour la tauromachie."
"Commentaire : Saul Bellow définissait les tensions intellectuelles et spirituelles de beaucoup de jeunes Américains à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, leur sentiment d'impuissance et d'aliénation. Il s'élevait contre une société qui ne peut tolérer la marginalité. Freud et Dostoievski (le roman étant quelque peu inspiré des Notes sur le Souterrain) remplaçaient Marx dans le paysage. Le livre fit date."
La vérité est un peu au dessus de ce compte rendu un rien clinique mais tout à fait juste dans ses grandes lignes. L'Homme de Buridan est un chef d'oeuvre miniature et une entrée en littérature fracassante. L'homme perdu de Saul Bellow fait partie des premiers héros sans illusions du milieu du siècle. Il porte sur lui un brin de désespoir hérité du Jean Désert de La Ville de Mirmon, un zeste de cette désespérance pour le quotidien qu'on retrouvera dans le Le Démon de Hubert Selby Junior mais aussi un cheveu du comique méticuleux et de la cocasserie de l'employé de bureau de la La mezzanine de Nicholson Baker.
Le héros de Saul Bellow est un homme de l'entre-deux, un pied dans son couple et un en dehors, un pied dans le monde du travail et... deux en dehors, un pied dans les mondanités et un autre en dehors, antisocial mais pas trop, romantique mais pas trop. Ses déambulations ressemblent à celles d'un flâneur qui aurait perdu l'amour du monde. Son oeil est pétillant mais plus amusé et il ressent sur chaque pas la pesanteur de l'être qui mange à sa faim et ne sait pas quoi espérer de la vie. S'agissant d'un premier roman, on peut reprocher à Saul Bellow quelques maladresses (l'auto-apitoiement, des répétitions) mais retenir surtout le coup de génie qui consiste à peindre un homme qui porte le malaise angoissé et très européen des années 30 en même temps, que dans une inspiration assez prophétique, une sorte d'indifférence qu'on ne retrouvera à ce degré que dans les années 80.
L'issue du roman (le départ pour la guerre en Europe) fait une porte de sortie narrative efficace mais qui ne change rien à l'affaire et aux affaires de cet homme : le mal du siècle pour l'homme occidental, c'est l'ennui, l'emmerdement, la lassitude, la chute d'intérêt, l'isolement, la fatigue morale. Bellow ne doit pas être confondu ici avec les énergistes type Drieu La Rochelle qui virent dans la guerre un moyen de retrouver goût à la vie et de tutoyer l'héroïsme dans l'exaltation du romantisme. La guerre chez Bellow c'est un moyen de tromper la vie (de la noyer comme on noierait un jeune chat en lui nouant un poids supplémentaire à la patte) dans une mort possible et qui, manque de pot, va les épargner. Onze écrivains célèbres soutiennent Milan Kundera![]() Alors que plusieurs personnalités du monde littéraire avait déjà manifesté leur soutien à Milan Kundera, accusé d'avoir dénoncé en 1950 un jeune déserteur, ce sont aujourd'hui onze écrivains de réputation mondiale, dont quatre prix Nobel, qui dénoncent officiellement, dans un court texte, la "campagne de diffamation" dont l'écrivain tchèque est victime. "Une campagne de diffamation vient d'être suscitée, visant à salir la réputation de Milan Kundera, en l'accusant d'avoir, en 1950, alors qu'il était étudiant dans la Tchécoslovaquie communiste, commis un acte de délation.
Nous observons que Kundera a émis un démenti catégorique quant à ces accusations ; et qu'un témoignage émanant d'une éminente personnalité scientifique de Prague le disculpe très clairement de ce qu'on lui impute. Nous notons aussi que la presse, trop souvent, a répandu cette rumeur diffamatoire avec une légèreté consternante, sans prendre soin d'insister sur ce qui la contredit.
Il ne s'agit, ni plus ni moins, que de ternir l'honneur de l'un des plus grands romanciers vivants, sur des bases pour le moins suspectes. Nous tenons à exprimer notre indignation devant une telle campagne orchestrée de calomnie, et à affirmer notre solidarité envers Milan Kundera."
Diffusé par Gallimard, l'éditeur français de Kundera, ce texte a été signé par les Nobel J. M. Coetzee, Gabriel Garcia Marquez, Nadine Gordimer, Orhan Pamuk, ainsi que par les écrivains Jean Daniel, Carlos Fuentes, Juan Goytisolo, Pierre Mertens, Philip Roth, Salman Rushdie, Jorge Semprun.
Arrivé à ce stade de l'affaire, le journal tchèque Respekt, à l'origine de l'accusation, refuse de publier un démenti, affirmant que le rapport de police accusant l'écrivain est authentique. Le Prix Virilo ou "contre-Fémina" couronne trois auteurs![]() On vous avait parlé du Prix Virilo ici, récompense littéraire qui se veut en quelque sorte un "contre-Fémina", et dont la particularité est d'être remis par un jury de... moustachus !
S'il s'agit plutôt de tourner en dérision la solennité avec laquelle se déroule chaque année la saison des prix, les auteurs couronnés, eux, sont bien sérieux : Robert Alexis pour Les figures, Renzo Biason pour S'Agapo, Pierre Bisiou pour Enculée. Jean-Louis Fournier reçoit le prix Fémina Le prix Fémina a été remis hier à Jean-Louis Fournier, pour son roman Où on va papa ? ? (Stock) qui l'a remporté à 8 voix contre 4 face au roman Pour vous de Dominique Mainard (Joëlle Losfeld). L'ouvrage a immédiatement fait l'objet d'un retirage de 70 000 exemplaires, qui sont venus s'ajouter au 125 000 déjà tirés. C'est la première fois depuis 1951 qu'un auteur publié aux éditions Stock n'avait pas reçu le Fémina. Dans le domaine étranger, Sandro Veronesi a été récompensé pour Chaos calme (Grasset), un très gros succès en Italie, qui fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Antonio Luigi Grimaldi, avec notamment Nanni Moretti et Denis Podalydès à l'affiche. Podalydès figure lui aussi justement sur le podium du Fémina, puisqu'il s'est vu remettre le prix du meilleur essai pour Voix off (Mercure de France). Illustration : Jean-Louis Fournier, Lauréat du prix Fémina, 03/11/2008, © GINIES / SIPA Un inédit de Burroughs et Kerouac enfin publié![]() Les lecteurs branchés Beat Generation vont se réjouir : l'éditeur Penguin Books publie ce mois-ci And the Hippos Were Boiled In Their Tanks, un ouvrage co-écrit en 1944 par Burroughs et Kerouac, bien avant que ceux-ci ne deviennent les figures phares de tout un mouvement littéraire. A l'époque, Kerouac a 22 ans, Burroughs en a 30. C'est un épisode tragique, qu'il vaut la peine de rappeler, qui les mena à cette collaboration (Burroughs, qui plus tard écrira aussi son chef d'œuvre après avoir accidentellement tué sa femme Joan, est-il prédestiné à ce genre d'inspiration ?).
Une nuit de 1944, Lucien Carr, jeune homme introduit depuis peu dans la bande des futurs écrivains beat, vient demander de l'aide à Burroughs, puis à Kerouac. Il vient de tuer leur ami David Kammerer dans une bagarre, sans doute après s'être vu faire quelque « proposition indécente », comme l'écriront plus tard les journaux. Accusé de meurtre au second degré, il sera condamné à une peine maximum de 10 ans.
Aussitôt, plusieurs écrivains New yorkais commence à donner leur versions du meurtre. Ginsberg écrit l'ébauche de The Bloodsong, qui retrace les dernières heures de Kammerer. D'autres jeunes auteurs s'intéressent à l'événement : John Hollander, James Baldwin, Truman Capote. Kerouac et Burroughs s'y mettent à leur tour, décidant en octobre 1944 de commencer un roman écrit à quatre mains : Burroughs se glisse dans le personnage de « Will Dennison », un barman new-yorkais, et Kerouac fait parler « Mike Ryko ». Les thèmes qui hanteront les futures œuvres de Burroughs sont déjà présents dans ce manuscrit : la drogue, les pratiques sexuelles violentes et homosexuelles, les miroirs brisés...
Aucun éditeur n'acceptera cependant de publier à l'époque : est-ce à cause des références junkie, du contexte homosexuel, des passages hallucinogènes, comme celui du premier chapitre où les deux personnages mâchent du verre brisé ? De plus, à sa sortie de prison deux ans plus tard, Lucien Carr émet le souhait d'enterrer cette affaire. Ce n'est dont qu'après sa mort, en 2005, qu'une publication du manuscrit a pu être envisagée.
A défaut de refléter tout le génie dont les deux écrivains feront preuve par la suite, And The Hippos Were Boiled In Their Tanks est apparemment une excellente photographie du Manhattan décadent de la fin de la guerre, avec "ses alcoolos, ses putes, ses matelots, ses tantes et ses âmes perdues, tous en train de se demander quand le monde pourra redémarrer". Un livre témoin d'une génération, comme l'ont été et le seront d'autres livres : Le soleil se lève aussi d'Hemingway, avec ses paumés d'après-guerre, Last Exit to Brooklyn et ses piliers de comptoir, Moins que zéro de Bret Easton Ellis, avec ses gamins désabusés.
Source : The Independent, 3 novembre 2008
Obama vu par neuf écrivains américains![]() A J-1 de l'élection du président des Etats-Unis, nous avons demandé à neuf écrivains américains de nous confier leur avis sur la question. Si les jeux ne sont pas encore faits, le nom de Barack Obama a été plusieurs fois annoncé devant celui de John McCain par les sondages. Si le candidat démocrate est élu, l'Amérique connaîtra un moment historique. Perçu par certains de ses fans comme une sorte de Superman, Obama saura-t-il faire oublier aux Etats-Unis des années d'administration Bush ?
Gary Shteyngart, Eddy Harris, Alan Furst, Seth Greenland, Brian Evenson, J Eric Miller, James Cañon, Lionel Shriver, André Aciman, nous donnent leur vision de Barack Obama, et nous racontent les changements qu'ils espèrent pour l'Amérique.
Lire la série d'entretiens autour de Barack Obama Georges-Olivier Châteaureynaud reçoit le Grand Prix de l'Imaginaire![]() Le Grand Prix de l'imaginaire a été remis ce week-end à Nantes pendant les Utopiales, festival international de science-fiction qui a accueilli les plus grands noms du genre : Jeff Noon, Catherine Dufour, Hal Duncan, Norman Spinrad, et surtout, William Gibson en invité d'honneur. Cette année, c'est un écrivain de littérature générale qui reçoit le prix dans la catégorie roman francophone : Georges-Olivier Châteaureynaud pour son roman L'autre rive (Grasset). Venu recevoir le prix en l'absence du lauréat, l'écrivain Francis Berthelot a d'ailleurs souligné avec humour que si le grand prix de science-fiction s'ouvrait aux maisons non spécialisées en littérature de l'imaginaire, les prix généralistes « pourraient penser à rendre la politesse». Le grand prix du roman étranger a été remis à Théodore Roszak pour L'Enfant de cristal (Cherche-Midi, collection NéO). |
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