Archives > Septembre 2008Houellebecq sur les ondes
Première question sur l'échec de son film, bien sûr, qui aura fait depuis sa sortie à peine 20 000 entrées. Où l'on apprend que si Houellebecq n'est pas venu présenter La Possibilité d'une île en France, c'est parce qu'il était "objectivement malade, tout simplement". Se défendant de la paranoïa excessive dont on l'a souvent accusé, il reproche aussi aux critiques de n'avoir pas prêté attention à son œuvre : "on ne parle pas vraiment du film. On ne parle que de moi... parce que c'est à moi qu'on en veut". Selon lui, le lynchage médiatique dont il est victime explique que son film ait rencontré si peu de succès. Mais Houellebecq affirme ne pas être un homme blessé : "C'est pas des gens que je respecte de toute façon. J'ai toujours eu un certain mépris, pour Jérôme Garçin par exemple". Ah ! voilà des noms ! la guéguerre par médias interposés, du pipole littéraire dont on causera à midi dans les rédactions ! "C'est quand même un des auteurs actuels les plus médiocres", parvient à caser l'écrivain.
Du contenu de l'ouvrage Ennemis publics, qui paraît dans une semaine (une co-édition Grasset-Flammarion), on n'apprendra pas grand chose, sinon qu'il y parle "inhabituellement de religion". En revanche, quelques mots sur BHL, avec qui le livre est co-écrit : "C'est le seul qui comprenne certaines choses, pour cette histoire de lynchage médiatique par exemple". Michel Houellebecq n'a donc pas que des ennemis. Il y a BHL, il y a Carla aussi, qui a repris sur son album le poème "La Possibilité d'une île". "Je la connais à peine. J'ai bien aimé sa chanson. Je l'aime bien". Et son mari ? "J'en pense plutôt du bien (...) Sarkozy, à mon avis, il applique le programme pour lequel il a été élu." Un programme qui implique notamment des réformes fiscales, rappelle Fogiel. Houellebecq vit aujourd'hui en Irlande. Est-ce pour payer moins d'impôts ? "Oui, c'est trop". Reviendra-t-il un jour ? "Je reviendrai quel que soit le système fiscal quand j'en aurai assez de parler anglais." Car il commence à se lasser de cette langue, paraît-il. A se lasser aussi, sans doute, de son interlocuteur, puisque lorsque celui-ci lui propose de rester, il lui répondra, très Michel Houellebecq : "Oh non. Je vais y aller. Je suis pas encore très sociable." "Forcément sur Europe 1", émission du mardi 30 septembre 2008, présentée par Marc-Olivier Fogiel (08h49-08h57) Julien Gracq : qui dit mieux ? Décédé le 22 décembre dernier, Julien Gracq était peut-être l'un des derniers mythes littéraires français vivants. L'ensemble de ses biens, qui devrait être estimé à une très grande valeur, sera vendu le 12 novembre à Nantes, soit cinq ans après la vente André Breton. Seul les manuscrits légués à la BNF ne seront pas mis aux enchères. Le 14 octobre, l'hôtel des ventes Couton-Veyrac présentera le catalogue complet de la vente, qui comprend notamment une centaine d'ouvrages "ayant trait à la vie littéraire de Julien Gracq et au surréalisme", des livres d'André Breton, des éditions rares, des dessins, des lithographies. Mais c'est surtout la correspondance de l'écrivain, échangée avec des personnalités du monde littéraire, comme son éditeur José Corti ou son ami André Breton, qui constitue le témoignage le plus précieux du catalogue. Sera également mis en vente le mobilier de son appartement parisien et de sa propriété de Saint-Florent-le-Vieil (dans le Maine-et-Loire) : des armoires, son bureau, ou encore son échiquier assortis d'une collection de traités d'échec datant des années 30, à l'époque où Gracq, membre du Parti Communiste, recevait chez lui des joueurs russes. L'événement devrait attirer de nombreux collectionneurs français et étrangers. La ville de Nantes, qui a déjà fait une acquisition en dehors de la vente, se montre elle aussi intéressée. Certains objets pourraient donc se retrouver exposés dans l'enceinte du château des Ducs, Musée d'histoire du Nantes, afin de témoigner de cette "page de littérature française écrite sur les bords de Loire".
Source : Ouest France du 30 septembre 2008 Le 104 fait place aux livres
Les ouvrages du pôle d'édition 104 sont co-édités avec les Nouvelle éditions Lignes, dirigées par Michel de Surya, et diffusés par Les Belles Lettres. Le tout premier ouvrage, paru le 12 septembre, est signé Olivia Rosenthal, qui a travaillé sur la mémoire du lieu en rappelant ses anciennes fonctions : entre documentaire et fiction, le livre Viande froide. Reportages fera l'objet d'une installation sonore le jour de l'inauguration. "Il s'agissait surtout pour moi de saisir la mort comme un lieu, et l'histoire d'un lieu", explique l'auteur. "Un lieu de l'entre-deux, entre visible et invisible. Un entre-deux étrange et paradoxal, où le corps est là sans être là, où il insiste encore pour ne plus paraître que dans le désordre de ses chairs, et dans sa bouleversante humanité. Où il ne s'offre qu'à son corps défendant, où il vit d'une autre vie, à lui-même inconnue."
Le 18 septembre, en co-édition avec La Découverte cette fois, le 104 a publié Paris, dernier voyage. Histoire des pompes funèbres municipales (XIXe-XXe siècle), de Bruno Bertherat et Christian Chevandier. Le prochain ouvrage, à paraître le 14 novembre, sera une pièce de théâtre de l'auteur japonais Toshiki Okada, intitulée Free Time, et qui sera jouée du 25 au 29 novembre au 104 en coproduction avec le Festival d'automne. Le programme des publications dépend de la production du lieu, visant à y instaurer une dynamique par le biais des livres. Une revue est également prévue sur Internet, et la librairie, conçue par Yannick Burtin, le fondateur du Merle Moqueur, devrait ouvrir ses portes au printemps.
Festival America : au menu ce dimanche La matinée sera faite de rencontres exceptionnelles. A 10h, on peut retrouver J Eric Miller (Salle Timothy Findley), l'un des auteurs les plus noirs et les plus déjantés de la rentrée littéraire. A 11h, on on enchaînera soit avec Brian Evenson et Seth Greenland (Salle Carson McCullers), soit avec Mary Gaitskill et Gary Shteyngart (Salle Anne Hébert).On ira faire un petit tour au Café des libraires, ou à l'espace Truman Capote pour assister à des lectures en V.O., en attendant l'un des débats les plus intéressants de la journée, "Etats-Unis : les jeunes écrivains face au fictif et au réel" (15h30-17h, Auditorium Ernest Hemingway), avec notamment Brian Evenson et J Eric Miller. De nouveau, les fans de Richard Ford (et ils sont nombreux, on a pu le constater hier), ne manqueront pas de le retrouver pour une rencontre avec Richard Russo, intitulé "Richard & Richard" (16h-17h30, Salle Octavio Paz). Le temps semble se faire le complice du festival ce week end. Il fait bon se promener d'une salle à l'autre, d'aborder les écrivains, très disponibles pour la plupart, et de repartir surtout avec mille envies de lecture... Le Festival America 2008 sur Fluctuat Festival America : au menu ce samedi Le Festival America ouvre ses portes dès ce matin, ce qui nous permettra de prendre notre café en belle compagnie. Le programme de la journée nous donne l'embarras du choix, mais voici une petite sélection de rendez-vous (on remarquera que le noms des lieux investis par le festival ont agréablement été rebaptisées avec des noms de circonstance).A midi, on ne loupera pas la rencontre autour du thème "Un monde grinçant" (12h-13h15, salle William Faulkner), et qui réunira des noms pour le moins attrayants : Brian Evenson, qui vient de publier La Confrerie des Mutilés au Cherche Midi (voir l'entretien), Seth Greenland, Gary Shteyngart (auteur d'Absurdistan), et Colson Whitehead. Les fans de Richard Ford pourront le retrouver dans l'après-midi en compagnie de Richard Russo et de Mary Gaitskill, autour du thème "destinées" (16h-17h, Salle William Faulkner). Une autre rencontre thématique, intitulée "En temps de guerre" (19h-20h, salle William Faulkner), réunira les écrivains James Cañon, Rawi Hage, et Uzodinma Iweala, respectivement originaire de la Colombie, du Liban du Nigéria). Ces auteurs viendront parler de l'influence que les conflits de leur pays d'origine a eu sur leur œuvre.
- "Femmes d'Amérique, citoyennes du monde" (14h00-15h30, auditorium Ernest Hemingway) avec Abha Dawesar, Mary Gaitskill, Véronique Papineau, Lionel Shriver, Melanie Wallace, Alissa York. On l'a compris, le débat fait honneur aux femmes ! - "USA : Black is Beautiful. La question raciale existe-t-elle encore ?" - (17h00-18h30, auditorium Ernest Hemingway) avec Percival Everett, Eddy Harris, Colson Whitehead, John Edgar Wideman. - Cinéma et littérature : les liaisons dangereuses » (18h00-19h30, théâtre Francis Scott Fitzgerald), avec Peter Behrens, Thomas H. Cook, Seth Greenland, Richard Russo. Enfin, On ne manquera la rencontre qui aura lieu en hommage à Raymond Carver, disparu il y a tout juste dix ans : « Pour la nouvelle : hommage à Raymond Carver » - (19h00-20h30). Les écrivains Charles D'Ambrosio, Richard Ford, Eric Puchner et Tobias Wolff viendront discuter du genre de la nouvelle, genre très prisé en Amérique, et dont Raymond Carver s'est révélé un véritable maître.
Le Festival America 2008 sur Fluctuat
Illustrations : L'Amérique vu par Patricia Gorostarzu© ; Portraits d'Amérique ©Jean-Luc Bertini. Le saviez-vous ? Le saviez-vous ? Le second lecteur le plus rapide du monde, Gary Crosby, tenta toute sa vie de ralentir sa vertigineuse vitesse de lecture ! Tout le monde connait le "llama", mais avez vous entendu parler du lllama, ou du llllama ? Et avez vous entendu parler des Chrabatchers, la secte qui prétend que les écritures sacrées perdent de leur valeur avec le temps et l'updatent en temps réél avec les plus récents néologismes ? Etiez vous seulement au courant du fait que deux personnes ont inventé, chacune de son côté, le calendrier orné de chats ? Vous devriez vraiment lire "Amazing Facts... And Beyond !" de Kevin Huizenga, Ted May et Dan Zettwoch. Leon Beyond nous y fait part de sa connaissance encyclopédique de l'anecdotique, du trivial et du méconnu, de "l'incroyable mais vrai", et du "le saviez-vous". Etonnant, non ? Ouverture du Festival America
Consacré à la littérature, le festival laisse aussi place à la musique. Au programme, un concert d'Ian Kent et son groupe The Immigrants (18h30 - 21h00, salon de l'Hôtel de ville), puis, en partenariat avec Fargo, un spectacle de des THE BOYZ, Jake La Botz et Mariee Sioux (21 heures, Espace Truman Capote (Magic Mirrors)). Punk-rock, Bluesgrass, musiques tribales : la diversité des influences musicales répond au thème choisi cette année pour le festival, qui est, pour rappel, "l'Amérique-Monde".
Quatre expositions de photographies sont également présentées, à l'hôtel de ville et au centre culturel Georges Pompidou :
- "Portraits d'Amérique" par Jean-Luc Bertini : pendant un voyage effectué en 2007, le photographe et un ami journaliste sont allés à la rencontre d'auteurs américains sur leur terre, notamment James Crumley, Thomas Mc Guane, Jim Harrison dans le Montana, David Treuer dans le Minnesota, Charles d'Ambrosio dans l'Oregon, ou encore William T. Vollmann en Californie… - "Sur la terre des Blackfeets" par Vincent Bourdon, photographe des affiches du festival depuis 2002. Celui-ci nous raconte son voyage au cœur d'une double identité, américaine et indienne, à travers des photos prises sur la réserve. - "L'Amérique vue par Patricia de Gorostarzu" - "Les Etats-Unis", par François Taverne, avec la projection d'un film de Jacques Loeuille. On y retrouvera des photographies de cette Amérique fantasmée, contestée, métissée, que l'on connaît par les livres et que l'on aime voir en image.
Partenaire du festival, nous assisterons ce week end avec plaisir aux nombreux débats, conférences et rencontres proposées. Rendez-vous dès demain matin pour connaître le programme au jour le jour, et recevoir des infos en direct du festival.
En attendant, notez quelques événements à ne pas manquer sur le Festival America 2008.
Illustrations : Portraits d'Amérique, ©Jean-Luc Bertini ; Les États-Unis, ©François Taverne. Quand Will Eisner était un loser : C'est celui qui le dit qui y est (14)Il n'y a parfois pas mieux pour se rendre compte du travail d'un artiste que de le laisser parler, dessiner, écrire ou lire : c'est un peu le principe de cette rubrique. On parle assez souvent ici de Will Eisner et de ses fameux romans graphiques, ce genre de comics dont il a été à la fois l'inventeur et le père fondateur, mais on a rarement eu l'occasion (par delà les couvertures de ses livres, la reproduction d'une page ou deux, parfois) de montrer à quoi ressemblait son travail. Eisner est un vieux monsieur (décédé en 2005 à 87 ans) et son travail a pris, avec les années, une dimension à la fois mythique et légendaire (un petit côté daté ?) qui a eu tendance à faire fuir les jeunes générations, voire à lui donner un tour académique. Cette petite vidéo en forme de montage en deux minutes et quelques secondes tiré d'un documentaire exemplaire et en 3 parties sur sa carrière lui redonne une fraîcheur et un allant qu'on espère retrouver dans le prochain film adapté de son personnage phare, et superhéros perverti, Le Spirit. Will Eisner, vous vous en rendrez compte, s'est fait voler sa signature par Walt Disney (la signature ne vous rappelle rien?) et a composé des panneaux, des planches, des livres ultraséduisants, reposant en même temps sur un socle théorique réellement révolutionnaire, exposé dans un ouvrage La Bande dessinée, art séquentiel, qu'on ne peut que recommander. Eisner dessine comme un caricaturiste et est ennemi du réalisme : ces planches sont tout sauf des dessins proches de ce que l'on voit, des extrapolations du réel, des sculptures baroques et dont l'effet de vérité est produit par l'outrance, l'exagération ou la surcomposition. Eisner a adapté Melville quelques années avant sa mort (Moby Dick), travaillé sur Kafka et d'autres, produit ce livre devenu fameux sur L'histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion, mais aussi introduit quelques techniques de décentrage du point de vue (appliquées aux BD) qui ont fait de lui, devant l'Histoire, une sorte d'Orson Welles du 9ème art. Ce qui est drôle avec Will Eisner, c'est qu'il a longtemps eu un succès inversement proportionnel à sa légende. A l'exception du Spirit, la majorité de ses créations ont été des fours (il s'est fait voler la vedette par les superslips, les Kirby, les Siegel, les Lee) et il n'a vraiment été redécouvert et érigé en maître qu'en 1978, date de la sortie de A contract with God (Un pacte avec Dieu). C'est durant les trente dernières années qu'on lui a bâti sa statue en or massif, comme s'il avait fallu attendre jusque là pour se rendre compte qu'il y avait une vie en dehors des types en collants. Pendant dix ans au moins, ce type a donné des cours à la fac et dessiné des capsules de bière pour la pub. A sa façon, il avait une vie de superhéros. Festival America : le programme Organisé du 26 au 28 septembre à Vincennes, le Festival America est l'un des rendez-vous littéraires de cette rentrée ne pas manquer. Pourquoi ? C'est bien simple : deux journées entières de rencontres, de débats et de lectures, en présence d'écrivains comme Richard Ford, Percival Everett, Gary Shteyngart, Melanie Wallace, Brian Evenson, et bien d'autres.
Le thème retenu cette année, "L'Amérique Monde", permet de convier des écrivains originaires de différents pays, souvent riches d'une double culture, et de questionner notamment le rapport entre écriture et identité, entre fiction romanesque et réalité sociale. En dehors des lectures et des concerts, trois types de rencontres seront proposées : - des cafés littéraires, qui réuniront plusieurs auteurs autour d'un même thème (comme "Destinées", avec Richard Ford, Richard Russo, Mary Gaitskill ou "En temps de guerre" avec Rawi Hage, James Cañon, Uzodinma Iweala) - des débats thématiques, où les écrivains sont invités à discuter du rapport entre le monde et la littérature : "L'Afrique, l'Amérique et nous", "Voix d'Amérique, Échos d'Asie", "Europe, Europa : une histoire en héritage"... Une soirée de débat rendra également hommage à Raymond Carver, disparu il y a dix ans. - Des rendez-vous privilégiés avec des auteurs qui présenteront leurs œuvres et leurs univers : on pourra ainsi passer "Une heure avec"..., entre autres, Marisha Pessl, Gary Shteyngart, Colson Whitehead, etc...
Partenaire du Festival America, Fluctuat suivra l'événement de près. Voici, d'ores et déjà, une petite sélection des rencontres à ne pas manquer : Le Festival America 2008 sur Fluctuat. Le site du Festival America Atelier de trivialités (3) : les secrets de la psychogéographieOn a déjà parlé ici à plusieurs reprises des démarches psychogéographiques et des auteurs qui y sont associés. Cette approche sensible des univers urbains n'a en soi pas révolutionné les sciences sociales comme on aurait pu l'espérer, ni représenté la piste de développement que lui prédisaient les Situationnistes, Guy Debord en tête. Ce dernier, s'il n'en a pas été l'inventeur à proprement parler, l'a positionné d'emblée comme une des pierres angulaires de sa révolution situationniste, l'une des manières réellement différentes d'appréhender le réel et qui pourraient mettre à jour pour l'homme contemporain le sens caché des choses. Dans cette définition, Debord dit les choses assez clairement pour qu'on n'ait pas envie de le paraphraser.
"Le mot psychogéographie, proposé par un Kabyle illettré pour désigner l'ensemble des phénomènes dont nous étions quelques-uns à nous préoccuper vers l'été de 1953, ne se justifie pas trop mal. Ceci ne sort pas de la perspective matérialiste du conditionnement de la vie et de la pensée par la nature objective. La géographie, par exemple, rend compte de l'action déterminante de forces naturelles générales, comme la composition des sols ou les régimes climatiques, sur les formations économiques d'une société et, par là, sur la conception qu'elle peut se faire du monde. La psychogéographie se proposerait l'étude des lois exactes, et des effets précis du milieu géographique, consciemment aménagé ou non, agissant directement sur le comportement affectif des individus. L'adjectif psychogéographique, conservant un assez plaisant vague, peut donc s'appliquer aux données établies par ce genre d'investigation, aux résultats de leur influence sur les sentiments humains, et même plus généralement à toute situation ou toute conduite qui paraissent relever du même esprit de découverte." Guy Debord, 1955.
Sans surprise, la France est passée à côté de cette nouvelle "science", ne laissant que peu de traces, en dehors du mouvement, d'éventuels cas pratiques. Il faut se tourner en Angleterre, encore et toujours, pour lire des choses intéressantes sur ce thème passionnant et notamment considérer ce qui a été fait par plusieurs auteurs (qu'on aime bien) autour de la ville de Londres. Iain Sinclair, le premier d'entre eux, le plus appliqué et le plus doué, a marché dans les pas de John Betjeman et produit une véritable psychogéographie de Londres à travers un itinéraire quartier par quartier (le plus connu étant son livre sur Whitechapel et l'East End), une évocation de la mythologie de la M25 (la grande autoroute, omniprésente chez Ballard et d'autres) et surtout un recueil de textes monumental sorti il y a un an ou deux maintenant et baptisé : London, city of disapearances (aucun n'a été traduit à ma connaissance).
Sinclair y coordonne des interventions romancées, chroniques, nouvelles, poèmes écrits par un tas de gens bien comme Ballard, évidemment, mais aussi ses amis intimes, le vieux Moorcock ou bien sûr Will Self. Ce dernier, qui s'est amusé dans son Livre de Dave (bientôt traduit) à imaginer un Londres devenu tout à fait autre chose après une catastrophe naturelle et quelques siècles d'histoire, a aussi livré, dans ce registre, un indépassable ouvrage illustré par Ralph Steadman et qui reprend notamment un très beau trajet à pied entre l'aéroport de New York et son centre-ville, autant dire un cheminement que personne n'avait fait à pied depuis des lustres. L'écrivain anglais, pour ceux que ces thèmes intéressent, tient aussi colonne dans The Independent pour lequel il signe régulièrement quelques pieds intitulés "Psychogeography" et qui constituent, avec certaines séquences de William Vollmann, les plus beaux et vigoureux exemples de mise en oeuvre de cette pensée fructueuse. L'enjeu représenté par la lecture des territoires urbains (les routes, les magasins, les quartiers, les parcs) est, pour les sciences, et pour la littérature, peut-être l'un des plus importants qui soit. Ben Laden, ce poète
Les poèmes du fondateur d'Al-Qaida, enregistrés sur des cassettes dans les années 90, à diverses occasions (mariages et autres banquets), avaient été retrouvés en Afghanistan après les attaques du 11 septembre. Alors que le FBI y a cherché attentivement les traces de quelques messages codés, le Professeur Flagg Miller, spécialiste de poésie arabe (Univerty of California, Davis), les a étudiés à son tour et en a conclu que "Ben Laden est un poète doué à la versification très habile". Ce qui explique en partie que "les gens l'enregistraient et faisaient circuler les cassettes, comme on le fait pour des chansons pop".
Les vers de Ben Laden présentent leur propre auteur comme un "poète guerrier", dont la parole doit mener ses disciples à un refuge idyllique dans les montagnes de l'Hindou Kouch. Miller remarque que Ben Laden fait de la montagne une métaphore fréquente : "En tant que frontières, les montagnes sont ce qui séparent les arabes les uns des autres, mais elles peuvent également protéger des tentations du monde profane." Ces poèmes font aussi souvent le récit des morts sanglantes de jeunes moudjahiddin, se basant à la fois sur une "théologie radicale" et sur la tradition du hamasa (une tradition de poèmes guerriers destinés à capter l'attention des jeunes hommes). Ils semblent alors conçus pour "exciter une jeunesse contrariée, en leur offrant une opportunité d'échapper à leur village et à leurs aînés", ajoute le professeur Miller, qui travaille d'ailleurs à un ouvrage sur "la poésie de Ben Laden et son rôle dans le Jihad".
Alors que des extraits tirés des fameux enregistrements vont être publiés dans le prochain numéro de la revue Language and Communication, d'autres spécialistes de la culture arabe voient d'un mauvais œil la découverte de ces cassettes, estimant qu'"elles paraissent aussi puériles et brutales que des vidéos ultra violentes, réalisées avec un talent infime dans le seul but de convaincre les esprits sensibles de jeunes hommes sanguinaires". Pour le moment, les cassettes vont être envoyées à l'université de Yale, où elles seront réparées, afin d'être mises à disponibilité des chercheurs en 2010. On avait déjà entendu parler du terrorisme poétique. Parlera-t-on bientôt d'une poétique du terrorisme ?
Source : "Pray silence for Bin Laden the wedding poet", Le site propose d'écouter l'extrait d'un poème récité par Ben Laden, accompagné d'une traduction en anglais... Houellebecq et BHL : Ennemis Publics![]() Le 17 juin dernier, l'annonce par Teresa Cremisi, PDG de Flammarion, de la sortie prochaine d'un ouvrage mystérieux tiré à 100 000 exemplaires (au moins) avaient donné lieu à toutes les hypothèses possibles ou inimaginables... On savait que le livre était écrit à quatre mains, et que Houellebecq était de la partie (vous pensez bien, 100 000 exemplaires). Chacun y est donc allé de sa proposition, sérieuse, odieuse, ou juste délirante. Houellebecq et Sarkozy. Houellebecq et Beigbeder (vous pensez bien, 100 000 exemplaires). Houellebecq et Carla Bruni, pouvait-on lire sur Marianne2.fr (la chanteuse a repris un poème de Michel sur son dernier album). Houellebecq et Dantec, proposait enfin Le Figaro Littéraire.
Finalement, c'est le JDD qui a révélé hier le nom de l'auteur mystérieux : c'est entre Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy que se joue l'un des gros coups marketing de la rentrée. Le livre s'appelle Ennemis publics, Correspondance de Michel Houellebecq et de Bernard-Henri Lévy, une co-édition Flammarion Grasset, dans les bacs le 8 octobre. On y trouvera donc des lettres échangées entre janvier et juillet 2008, dans lesquels les deux auteurs traitent "de la littérature, de l'intime, de l'humour, de leurs parents, de l'amour, de leur réputation". La réunion de "deux redoutables bretteurs, amateurs de castagne" devrait provoquer le succès espéré, surtout si, comme le suppose le JDD, "la correspondance du philosophe "médiatique" et du romancier "dépressif" arrive à réunir les ennemis de l'un et de l'autre"...
Philip Roth fait un cinéma
Récemment, Isabel Coixete a réalisé Elegy, tiré du roman La bête qui meurt (The Dying Animal) et dans lequel Penelope Cruz tient l'un des rôles principaux. Le film a remporté peu de succès, la beauté fulgurante de l'actrice ne suffisant pas toujours. Philip Roth s'est justement contenté d'approuver la prestation de cette dernière.
Il se montre encore moins complaisant envers l'adaptation de La Tache qu'a donné Robert Benton en 2003, The Human Stain (La Couleur du mensonge en français) avec Nicole Kidman et Anthony Hopkins en vedette. "Intolérable", déclare-t-il au sujet de ce film. Même jugement envers Portnoy's Complaint d'Ernest Lehman (Portnoy et Son complexe, 1972), tiré de son roman du même nom. Il aura cependant apprécié Goodbye Columbus, de Larry Peerce, adapté de la nouvelle éponyme en 1969, dans lequel joue l'actrice alors l'inconnue Ali McGraw, "une merveilleuse jeune comédienne", selon l'auteur. La Pastorale américaine est également en train de faire l'objet d'une adaptation. Mais Roth ne s'en mêlera pas : contrairement à d'autres écrivains comme Russell Banks ou John Irving, il dit n'être absolument pas tenté par la production ou l'écriture de scénario. "Je suis loin du monde du cinéma. Je ne fais que regarder si les gens sont présentables, s'ils ont de bonnes manières, s'ils sont bien habillés. Je n'ai aucune attente." Et du coup, le voilà tout déçu du résultat. Il est vrai que les deux adaptations les plus récentes, La Couleur du mensonge et Elegy, se sont avérés bien fade en regard des romans qu'elles sont plus ou moins censées retranscrire à l'écran. Mais bon, on en revient toujours à cet éternel débat, à savoir le livre ou le film ?, débat qui pour beaucoup de grands lecteurs n'a déjà plus aucune raison d'être.
Source : Associated Press, New York Mort de James Crumley Considéré par beaucoup de ses contemporains comme l'un des plus grands auteurs de polars de son époque, James Crumley savait orchestrer mieux que personnes les crimes les plus violents, avec une noirceur et une poésie inégalées. L'écrivain américain est décédé le 17 septembre à l'âge de 68 ans, des suites d'une maladie pulmonaire, dans un hôpital de Missoula, Montana, où il vivait depuis près de quarante ans.Crumley aura eu le temps de publier onze ouvrages - une série mettant en scène le détective C. W. Sughrue, une autre consacrée à Milo Milodragovitch, et deux recueils de nouvelles - qui lui ont valu des comparaisons avec les plus grands, de Raymond Chandler à Malcolm Lowry. Avec son premier roman, Un pour marquer la cadence (Once to count cadence, 1969), Crumley a également donné à la littérature l'un des récits les plus justes et puissants sur la guerre du Vietnam. Mais comme le fait remarquer un article de Patricia Sullivan publié dans le Washington Post, le plus connu de ses romans est sans doute Le dernier baiser, titre souvent cité par d'autres écrivains comme une référence, et "dont les premières lignes ont été unanimement considérées comme les meilleures du genre" : "Quand j'ai finalement rattrapé Abraham Trahearne il était en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique nommé Fireball Roberts dans une taverne mal en point juste à la sortie de Sonoma, en Californie du Nord ; en train de vider le cœur d'une superbe journée de printemps (...)".
Vétérans du Vietnam, gueules de bois, règlements de compte à coups de revolver, histoires d'amour foireuses : Crumley sert dans ses textes "une psychologie brut de décoffrage, mêlant philosophie Nietzschéenne et mythe de l'ouest sauvage" (voir la chronique de Folie douce, son dernier roman paru chez Fayard Noir). Et si la férocité côtoie parfois la tendresse dans ses romans, c'est cependant toujours le sens de la précision qui l'emporte. "Il prêtait attention à ce que faisait les gens autour de lui, à ce qu'ils disaient, à la façon dont ils parlaient et se comportaient", témoigne William Kittredge, essayiste et éditeur qui vit lui aussi à Missoula. "Il pouvait ainsi vous donner non seulement le nom de leurs enfants, mais aussi de leur chien, ou de la rue dans laquelle ils avaient vécu trois années auparavant... Il composait de superbes phrases quand il le voulait, et il était un homme formidable." (Source : Washington Post).
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La rentrée des lecteurs : petit bilanPosté par Céline le 18.09.08 à 15:47 | tags : vos lectures
Voilà plus de deux mois que nous avons lancé la rentrée des lecteurs. Il est temps de faire un petit état des lieux.Pour rappel, le principe était de vous laisser la parole sur des ouvrages de la rentrée littéraire 2008. Les demandes ont affluées, et certains d'entre vous se sont prêtés à l'exercice avec autant de style que de sérieux. Les autres auront abandonné en cours de route, se seront faits enlever par les hommes verts... De l'ensemble des chroniques reçues se dégage une certaine tendance, vérifiée la plupart du temps : les lecteurs sont exigeants. Peu de critiques dithyrambiques, d'éloges gratuits et enflammés. En revanche, d'agréables découvertes, de surprenantes déception, la lassitude du déjà-lu... Vos chroniques donnent en tout cas un autre aperçu des parutions de la rentrée littéraire et de ses auteurs. Merci à l'ensemble des lecteurs qui ont collaboré à cette rentrée !
Retrouvez les chroniques de la rentrée des lecteurs (dont la liste reste à compléter). Retrouvez toutes les chroniques de la rentrée littéraire. Sony lance son e-book en France On en parlait il y a quelques temps déjà : le livre numérique a fait son retour ces dernières années, et attend maintenant son heure de gloire. Adopté par les Etats-Unis et le Canada en 2006, il a fait son entrée en Grande Bretagne il y a quelques semaines, et débarque maintenant en France : dans le cadre d'un partenariat avec la Fnac et Hachette, Sony va diffuser son Reader dans l'hexagone.L'objet : 260 grammes, jusqu'à 160 livres stockés, une autonomie de 6 800 pages tournées, technologie e-ink... Cette bibliothèque portative tout confort sera vendu 299 euros, et, pendant les six premiers mois qui suivront son lancement fin octobre, uniquement dans les enseignes Fnac et sur le site Hachette. Hachette Livre proposera via sa plate-forme numérique Numilog près de 2 000 titres en version e-book, issus des catalogues du groupe (Grasset, Fayard, Stock, JC Lattès, Hachette Littératures, Le Livre de poche, Calmann-Lévy...) ou de clients en distribution, comme Albin Michel ou Anne Carrière. Ces livres numériques devraient coûter 10 à 15% de moins que leur version papier. Le nouveau défi des éditeurs ? En tout cas, Antoine Gallimard ne passera pas à côté. Après l'annonce du partenariat entre Sony, la Fnac et Hachette, l'éditeur affirme avoir demandé que ses titres ne fassent pas partie de l'offre mise en avant par Hachette via Numilog : “Je ne vois pas pourquoi il y aurait un seul acteur majeur pour l’édition de livres électroniques”. Le directeur de Gallimard dispose en effet d'un catalogue de 8 000 titres numérisés, et prévoit de mettre en place sa propre offre téléchargeable sur le site de sa librairie Divan.
Source : Livres Hebdo
Atelier de trivialités (2) : la littérature, les foires et le vinLa France reste un curieux pays, un pays où se tiennent des manifestations littéraires en forme de foire, dans lesquelles on associe vin et littérature, foie gras et poésie, théâtre et gésiers de canard. Un pays où, comme ici à Angers (un salon parmi d'autres - n'y voyez aucun mépris contre les vins d'Anjou), le livre est fêté sous couvert de grands crus et en mémoire d'un acteur de second rang et alcoolique notoire érigé en totem de l'esprit national (Jean Carmet, remember La Soupe aux choux) et où, tout se termine toujours par.... un autographe de Bernard Werber et une apparition de Claude Sarraute, vue à la télé. Les Salons du livre qui se tiennent depuis début septembre dans toute la France n'ont, malgré les efforts des organisateurs qui rivalisent de ruses pour donner des gages à l'art (expositions de peinture, conférences, concours de nouvelles, remises de prix), jamais été autre chose que des courses à l'échalotte. Le jeu consiste à dénicher les gens connus, à picorer des livres qu'on trouve majoritairement en grande surface et à pêcher dans les yeux bilouteux d'écrivains en campagne une connivence qui tient plus à la complicité créée par leurs apparitions dans les magazines ou les émissions de télé qu'à la connaissance et au respect de leurs oeuvres. Partout le rituel se répète, immuable et terrifiant. Un accueil par le maire de la ville qui échange quelques mots avec PPDA, figure de proue de la caravane depuis des décennies (sera-t-il là cette année?), avant de poser pour le quotidien régional ; des soirées, des buffets froids, des dédicaces, des ivresses. Les journalistes dupliquent les articles, copient-collent des séquences en roue libre sur le nombre d'auteurs présents avant de consacrer un encart aux figures établies et aimées par le public. Pour peu que Bernard Pivot débarque et c'est la chenille qui redémarre. Culture, vinasse, patrie. Littérature, pêches et tradition. C'est dans ce genre de fêtes de village, de librairies médiocres à ciel ouvert, que l'on peut, comme l'on introduirait son doigt dans le cul d'une vache, sentir l'âge du pays, mesurer son caractère maladif et prendre la température de son déclin. Vieux lecteurs, vieux auteurs, allures de notaires de province, clichés chabroliens, balzaciens, peu importe, le pays du pantalon en velours, des cravates endimanchées, des marchés de primeurs se rassemble comme un cauchemar. La France est vieille jusque dans sa manière d'habiller les spectacles culturels. Elle ressemble parfois à une caricature d'elle-même qui nous fait douter du bien-fondé de toutes les conneries démagogiques entendues sur sa "spécificité", son irrédentisme, sa façon altière de porter les droits de l'homme, son exception culturelle. Le tableau est exagéré. On peut s'amuser à en rajouter trois couches mais le spectacle est, en soi, et lorsqu'on le regarde de près, assez abominable. Notre monde littéraire, notre société, saisie un dimanche matin à Nancy, Angers, Bordeaux, Paris, partout ailleurs, appartiennent au siècle d'avant. Il est à peu près certains qu'à se présenter ainsi, ni l'un ni l'autre ne méritent de passer au suivant. Rentrée littéraire : Halte au massacre !Posté par Maxence le 17.09.08 à 15:00 | tags : elucubration
![]() C'est un fait bien connu, la rentrée littéraire est l'équivalent culturel d'une catastrophe écologique massive.
Elle bouleverse brutalement le biotope littéraire, bouscule les douces habitudes de ceux qui y baignent toute l'année en clapotant doucettement. Soudain, ce sympathique bassin où l'on cause et pense en douce, se transforme en une mer déchaînée. Le plus paisible des écrivains prend des allures de grand carnassier, le vivier de l'imaginaire devient un vulgaire panier de crabes et le cerveau fragile des critiques littéraires, comme le homard, se met à cuire à l'étouffée.
C'est néfaste. Pire, c'est absurde.
D'un côté, l'écrivain ne prend plus le temps de faire ce pour quoi il est fait : écrire. De l'autre, les critiques n'ont pas le temps de lire sérieusement les livres dont ils doivent rendre compte et se mettent à raconter n'importe quoi. Et pour finir, les lecteurs ne savent plus où donner de la tête et ne savent plus à quel critiques accorder foi, et pour la peine finissent par nous détester et critiquer la critique (et ils ont bien raison !)
La rentrée littéraire nous tue. Elle tue le lecteur en nous, la part humaine, et nous transforme en critique. Autant dire à cette époque de l'année, en benne à papier. Nous ne lisons plus pour lire et partager notre plaisir, mais pour rendre compte et critiquer (ironiquement la pire chose qui puisse nous arriver dans ce métier). Nous devenons les chiens de traîneaux du marketing. Et en avant, yahahhh ! Le public, de moins en moins crédule, nous voit venir à des kilomètres, et se lance lui aussi dans la curée, nous assassinant froidement sur les forums et dans les blogs (et encore une fois, ils a bien raison).
L'excitation, la pression (les pressions !) et le stress est telle au moment de la rentrée littéraire, que cela fini par provoquer des catastrophes au niveau planétaire (enfin... dans la sphère de ceux qui lisent encore évidemment, ce qui, nombrilistes comme sont les lecteurs, équivaut au monde entier).
Rendez vous compte, on fini par penser du bien de Christine Angot ! On empiles les titres en tête de classement et on fini par écraser sous la dite pile, ceux qui méritaient mieux que la 637ième place... Une catastrophe je vous dis ! Un massacre !
Cette année encore je le redis : Halte au massacre !
Et à l'année prochaine ; ) "Brèves de blog" : le salon littéraire selon Pierre Assouline
En effet, Assouline remarque que cet espace dédié aux commentaires pourrait bien correspondre au salon littéraire de l'ère virtuelle. Pour nous faire profiter de la conversation, il a choisit 600 commentaires parmi les 160 000 laissés sur ses pages depuis 4 ans. Une compilation de morceaux de bravoure anonymes : "On y voit les arguments de la dispute philosophique emprunter sa souplesse au babil mondain. Des apparentements terribles y foudroient des affinités électives. La profondeur s’y enveloppe de légèreté."
Un blog est "le lieu de tous les procès d'intentions et de la paranoïa absolue. Tout y est interprété et disséqué", rappelle Assouline. On a pu en faire l'expérience ici. Parfois, cela tourne court. D'autres fois, les réactions des lecteurs donnent lieu à des débats dont la qualité dépasse même celle du billet initial : "la masse des commentaires intelligents, érudits, enrichissants, éclairants, drôles doit être bien supérieure à celle des commentaires indigents et insultants." Dans la présentation de ces "fragments d'un discours blogueux", Assouline proposera aussi un vocabulaire amusant, et peu courant dans le milieu des blogueurs pour désigner les différents profils de trolls : les "voyous lexicographes" (obsédés de l'orthographe) les "interpellateurs" (qui exigent une réponse rapide de l'auteur, on en a repéré quelques-uns parmi vous), les "insulteurs de circonstance" (courtois dans le monde réel, infâmes sur la toile). A ce sujet, on peut consulter un article de Nicolas Kayser-Bril sur Windows on the Media, qui annonce les Brèves de blog comme une forme intelligente de monétisation : tiré à 16 000 exemplaires, le livre devrait (au moins) trouver pour acheteur les internautes eux-mêmes, prêts à débourser 21 euros pour "pour soutenir leur auteur préféré" ou retrouver sur le papier leur propre commentaire. Et vous, que diriez-vous de voir vos commentaires laissés sur Flu publiés dans une anthologie ?
- L'avant-propos des Brèves de Blog sur La République des Livres
Mort de David Foster Wallace
On connaissait peu David Foster Wallace. On sait qu'il est né en 1962 à Ithaca, dans l'état de New York, qu'il était professeur d'anglais et donnait des cours de Creative Writing au Pomona College, dans l'Illinois, et qu'il était vénéré comme un dieu par ses contemporains. Plus précisément il comptait - et compte encore, c'est certain - de nombreux fans acharnés de par le monde, même si sa prose est reconnue comme l'une des plus difficiles. Emule de Thomas Pynchon, Wallace était un peu fou, c'est certain. Le bonhomme n'aimait rien mieux que mettre en relief la perversité sous-jacente de nos relations aux autres. Il excellait dans la dénonciation des travers de la culture américaine. Autant dire que la décision de traduire un certain nombre de ses écrits relève du challenge et on ne peut que féliciter le Diable Vauvert, le seul éditeur français à avoir oser acheter ses droits, pour son initiative.
C'est donc en deux volumes de presque 600 pages, que les premiers symptômes sont apparus dans notre pays. Brefs entretiens avec des hommes hideux tout d'abord, un recueil de nouvelles auscultant les mœurs de ses contemporains, et Un truc soi-disant super auquel on ne me reprendra pas, réunissant sept articles et essais sur des sujets aussi variés que "balistique et tennis par grand vent", les croisières de luxe, le roman post-moderne et la télévision, ou un tournage de David Lynch. Reste à traduire de nombreux textes et surtout son mythique Infinite Jest, un roman fleuve de plus de 1000 pages au format unique, ou encore Consider the Lobster, autre recueil d'articles acides sur nos contemporains. David Foster Wallace est mort vendredi à l'âge de 46 ans. Il a été retrouvé par sa femme, pendu dans sa maison de Claremont en Californie. Thomas Pynchon et l'esprit du temps
C'est l'ère du capitalisme naissant que stigmatise Pynchon dans ce nouveau roman. L'entrée dans une époque obsédée par le profit et qui verra bientôt triompher l'esprit du capital au bénéfice des puissants financiers de l'époque, signant ainsi la fin des « aventuriers » que sont les Casse-cou, ces adolescents évoluant au dessus du sol dans des communautés d'aérostiers, et celle des anarchistes illuminés comme Webb Traverse, personnage dont la descendance parcourt ce roman d'un bout à l'autre. L'année 1893, celle où débute Contre-Jour, représente donc bel et bien la fin d'une époque habitée d'idéalisme, de découvertes et d'innovations jusqu'alors innocentes et dévolues au bien de tous.
Contre-Jour, par delà les aventures rocambolesques de ses protagonistes, nous mène de l'âge de la vapeur à celui de l'électricité, dans un enchaînement de découvertes qui préfigure la course et la conquête technologique sur notre planète. Une obsession qui hante tous les livres de Pynchon, des premières fusées (dans L'Arc-en-ciel de la Gravité) à la naissance d'un réseau de communication global rendant obsolète les modes de communication alternatifs (Vente à la criée du lot 49), en passant par la fusion de l'atome, la bombe atomique, la guerre, "les" guerres, le terrorisme et la paranoïa (V.), celle de la fin des années 60 (Vineland), celle de la guerre froide et celle que nous vivons aujourd'hui. Avec Contre-Jour, Pynchon se livre donc à une sorte de généalogie des symptômes qui ont annoncé le monde d'aujourd'hui. Le livre est un voyage à rebrousse temps pour expliquer comment nous en sommes « arrivés là »...
"On écrit l'histoire pour se débarasser du passé" disait Goethe. Il faut croire que c'est ce que fait Thomas Pynchon. En réécrivant l'histoire à sa sauce, il se débarasse du passé et nous offre un nouvel avenir.
Thomas Pynchon, Contre-jour, éditions du Seuil, septembre 2008. Lire la chronique de Contre-Jour Lire notre dossier Thomas Pynchon
Toutes les chroniques de la rentrée littéraire Les Nobel à la mode... Art déco !Assez des couvertures moches, kitsch, des couvertures qui recyclent éternellement la même toile de Klimt et la même photo de Doisneau ? Les éditions Points l'entendent bien. Pour habiller leur collection unique (à tirage limité), dans laquelle paraîtront le 25 septembre les œuvres de quelques Prix Nobel, elles ont fait appel aux élèves de la prestigieuse école d'art appliqués l'ENSAD (Ecole nationale supérieure des arts décoratifs). Un concours a ainsi retenu cinq graphistes parmi une soixantaine de concurrents, pour illustrer les couvertures soit de romans inédits en poche : Rabindranath Tagore (De l'aube au crépuscule), Gao Xingjiang (Une canne à pêche pour mon grand-père), Alexandre Soljenitsyne (Le Clocher de Kaliazine), Knut Hamsun (Rêveurs), Günter Grass (Pelure d'oignon) ; soit de rééditions : J. M. Coetzee (Disgrâce), Gabriel Garcia Marquez (Cent ans de Solitude), Elfriede Jelinek (La Pianiste). Des grands noms à lire ou relire, un habillage graphique en noir et blanc, très épuré : le Nobel de poche Art Déco essaie d'allier le pratique, le classe et l'utile. ![]() ![]()
Le site des Nobel de Points
Jay McInerney nous apprend à voterCet espace est-il celui où l'on devrait parler des élections américaines ? Oui, si les écrivains s'en mêlent. Et ils sont de plus en plus nombreux à prendre parti, à l'instar de Jay Mc Inerney, copain de Bret Easton Ellis, réputé lui aussi pour le regard lucide mais désabusé qu'il porte sur la société américaine. Dans un article très sarcastique paru dans le journal The Independent daté du 6 septembre, McInerney s'attaque à la très souriante Sarah Palin. Selon lui, la colistière de du candidat McCain n'aurait été choisie, dans une perspective très sexiste, que pour recycler les partisanes déçues d'Hilary Clinton. Mais parviendrait-elle même à cela, alors que ses intentions sont diamétralement opposées à celle de la démocrate ? Au pays de Palin... ![]() McInerney commence par rappeller la tentative de Palin pour retirer de la bibliothèque de Wassilia (la ville d'Alaska dont elle était maire) des ouvrages à contenu licencieux, puis pour renvoyer la bibliothécaire rétive : "Je ne sais pas si certains de mes livres se trouvaient parmi ceux que Sarah Palin a tenté de virer des étagères de la bibliothèque publique de Wassilia Mitt Romney pour un militant d'extrême gauche" ! Il apparaît bien plus probable que certains hommes voteront finalement pour sa liste seulement parce qu'ils auront trouvé Sarah Palin jolie... Quelles sont aujourd'hui les réelles chances de Barack Obama ? Obama est afro-américain. Et l'histoire montre que la couleur et l'origine du candidat jouent un rôle déterminant dans les élections, surtout dans des régions où les français sont encore couramment appelés les "singes capitulards bouffeurs de fromage" ("cheese eating surrender monkeys": expression xénophobe popularisée pendant la guerre en Irak...). McInerney prend l'exemple de deux spots publicitaires ambigus diffusés par et pour le parti républicain : l'un datant de 2006 (pendant les sénatoriales opposant le démocrate Harold Ford à Bob Corker) et dans lequel l'actrice Johanna Goldsmith prétend avoir rencontré Ford à une "playboy party" ; l'autre, plus récent, montre des images d'Obama en alternance avec celles de Britney Spears et Paris Hilton. Beaucoup ont vu dans cette "juxtaposition entre des femmes blondes et un homme noir" de vraies intentions racistes. L'article de l'écrivain s'achèvera par une bien sombre conclusion. Pour accéder à la Maison Blanche, Obama comme McCain ont maintenant à convaincre les mêmes électeurs, encore irrésolus, de la "white working class" : "Obama semble faire appel à leurs espoirs, quand McCain, à en juger par sa rhétorique, et l'histoire récente de son parti, semble faire appel à leurs peurs. Optimiste comme je suis, je suis moi-même effrayé à la perspective que la peur et les préjugés l'emporteront".
Jay McInerney, "Palin in the land of prejudice", The Independent, 6 septembre 2008.
La sélection des Prix Médicis 2008Les sélections des prix littéraires qui seront remis cet automne s'empilent... et se ressemblent parfois. Voici celle du Prix Médicis, qui sera attribué le 5 novembre.
Domaine français Sasa Stanisic, Le Soldat et le Gramophone (Stock) La sélection du Prix Renaudot 2008Le Prix Renaudot sera décerné le 10 novembre. Voici une liste de gagnants potentiels.
Romans: Christine Angot, Le Marché des Amants (Le Seuil) Olivier Poivre d'Arvor, Le voyage du fils (Grasset)
Essais: Celia Bertin, Portrait d'une femme romanesque. Jean Voilier (De Fallois) La sélection du prix Femina 2008Le jury du Prix Femina a rendu sa première sélection. Le nom du lauréat sera connu le 3 novembre. Romans français: Olivier Poivre d'Arvor, Le voyage du fils (Grasset) Anne Serre, Un chapeau léopard (Mercure de France)
Romans étrangers: Les Schtroumpfs sont-ils communistes ?
Toutes ces théories sonnent assez juste et il n'est après tout pas improbable que Peyo, étudiant dans une école d'art dans les années 40-50 fut à une époque communiste (sur la fin de sa vie, quand il engrengeait les royautés des studios de dessin animé américain et des usines de jouet asiatiques, ces idéaux semblaient bien loins...). Sauf que l'auteur lui même à toujours nié toute arrière pensée idéologique et qu'on retrouve surtout chez les Schtroumpfs un état d'esprit conservateur et une morale médiévale (plus apparente encore chez Johann et Pirlouit, la bédé de Peyo dans laquelle les Schtroumpfs ont fait leur début).
On pourrait décider de comparer le grand Schtroumph à Big Brother puisqu'il maintient le reste du peuple dans un état infantile, le préservant des secret de la connaissance qu'il s'autorise à lui seul et les faisant travailler à la construction sans fin d'un barrage pour les tenir docile. Le parler Schtroumpf serait un équivalent du Novlangue orwellien. On pourrait comparer le Grand Schtroumpf à n'importe quel roi barbu de l'histoire. On pourrait dire que Gargamel est une caricature antisémite. On pourrait s'intéresser à la Schtroumpfette et aux implications théologiques, sexuelles et morales de sa création par Gargamel... On pourrait faire un tas de choses mais sans doute pas affirmer détenir LA vérité sur le sens de la métaphore très ouverte de la société Schtroumpf. Mordicus : les éditions qui font débat Mordicus, c'est aussi le nom très bien choisi pour une toute nouvelle maison d'édition dont le but est... de faire débat. Dirigées par Emmanuelle Duverger, la rédactrice en chef du magazine Médias, et adossées à Panama, les éditions Mordicus publieront des ouvrages polémiques par essence, puisqu'ils mettront face à face des opinions opposées sur différents sujets. Le 16 octobre paraîtront ainsi deux titres, dont l'un pourrait faire du bruit : Faut-il avoir peur des religions ? confrontera les points de vue du très controversé Tariq Ramadan, spécialiste très engagé de l'Islam, de l'évêque Jean-Michel Di Falco (médiatisé aussi, pour avoir été accusé il y a quelques années de pédophilie), et Elie Barnavi, enseignant à l'Université de Tel Aviv et ex-ambassadeur d'Israël. L'autre ouvrage pose la question Faut-il être plus sévère avec nos enfants ? aux pédiatres Aldo Naouri et Edwige Antier. A travers ces publications, Emmanuelle Duverger applique finalement le principe qu'elle faisait entendre dans La Censure des bien-pensants, l'ouvrage qu'elle a co-écrit avec son mari Robert Ménard, lui-même fondateur de Reporters sans frontières : "Il n'est pas acceptable dans une démocratie de criminaliser certaines opinions quelles qu'elles soient". Avec Mordicus, il ne s'agira donc pas de prendre parti dans les débats proposés, mais de présenter aux lecteurs plusieurs opinions, même les plus extrêmes. Un moyen sans doute de rappeler qu'une complète liberté d'expression suppose d'autoriser, d'un point de vue légal (ce qu'il ne faut pas confondre avec accepter d'un point de vue moral...), tous les discours, même ceux qui sont supposés déviants. Six à dix titres devraient paraître chaque année dans un petit format, pour la somme de dix euros. La sélection du Prix Wepler 2008Le Prix Wepler - Fondation La poste couronnera le 24 novembre prochain et pour la 11e année consécutive, une oeuvre française qui aura su se démarquer par sa singularité dans le paysage éditorial. Cetta année, les titres de chez POL semblent avoir beaucoup plu... (4 ouvrages sur les 12 sélectionnés)
La sélection du Prix Wepler : Genèse d’Emmanuel Adely (Seuil) Les figures de Robert Alexis (José Corti) Une Fille du Feu d’Emmanuelle Bayamack-Tam (POL) Là ou les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma) Des néons sous la mer de Frédéric Ciriez (Verticales) Solo d'un Revenant de Kossi Efoui (Seuil) Zone de Mathias Énard (Actes Sud) Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal (Verticales) Bastard Battle de Céline Minard (Léo Scheer) Les Mains gamines d’Emmanuelle Pagano (POL) Syngué Sabour d’Atiq Rahimi (POL) Notre âme est une bête féroce de Jean-Louis Schefer (POL)
(Daniel de Almeida est membre du jury 2008 du prix Wepler pour Fluctuat.net)
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La sélection du Prix de Flore 2008Les premiers romans sont les plus représentés dans cette première sélection pour le Prix de Flore, conformément à son rôle qui est de récompenser un écrivain au talent prometteur. Parmi les auteurs retenus, beaucoup ont déjà fait l'objet d'éloges critiques (ici, notamment !). On verra lors de la deuxième sélection (le 2 octobre), si ce sont eux qui resteront justement en lice. Le prix devrait être décerné le 6 novembre.
Les dix ouvrages sélectionnés : Pierric Bailly, Polichinelle, POL Frédéric Ciriez, Des néons sous la mer, Verticales Tristan Garcia, La Meilleure Part des Hommes, Gallimard Tristan Jordis, Crack, Seuil Jean-Yves Lacroix, Le cure-dent, Allia Fabrice Pliskin, Le juif et la métisse, Flammarion Régis de Sa Moreira, Mari et femme, Au Diable Vauvert Karine Tuil, La Domination, Grasset Philippe Vilain, Faux-Père, Grasset Aude Walker, Saloon, Denoël
Retrouvez aussi toutes nos chroniques de la rentrée littéraire La sélection du Prix Goncourt 2008Au début de l'année, le jury Goncourt avait décidé de s'offrir un petit coup de jeune, en fixant la limite d'âge de ses membres à 80 ans. En mai, il a accueilli deux nouveaux membres, Tahar Ben Jelloun et Patrick Rambaud. Que d'agitation. On n'a pas vu le temps passer et nous voilà en automne, l'heure de la sélection, entre autres, du Prix Goncourt. Parmi la liste des quinze ouvrages retenus, cinq des éditions Gallimard, trois de chez Grasset, deux du Seuil. Les noms des auteurs sont tous familiers, en dehors de celui du jeune Jean-Baptiste Del Amo, dont c'est là le premier roman, et de Jean-Marie Blas de Roblès, qui, inconnu jusqu'alors, commence tout juste à faire parler de lui depuis quelques semaines. Pas de Régis Jauffret, ou de Jean-Paul Dubois en vue, quand on pouvait s'attendre pourtant à les voir dans cette première sélection. Pour le moment, Olivier Rolin est pressenti comme le favori. Mais peut-on savoir ? Une deuxième sélection sera annoncée le 7 octobre prochain, avant la remise du prix le 10 novembre.
Les 15 ouvrages en lice : Jean-Baptiste Del Amo, Une éducation libertine, Gallimard Salim Bachi, Le silence de Mahomet, Gallimard Christophe Bataille, Le rêve de Machiavel, Grasset Mathieu Belezi, C'était notre terre, Albin Michel Jean-Marie Blas de Roblès, Là ou les tigres sont chez eux, Zulma Catherine Cusset, Un brillant avenir, Gallimard Jean-Louis Fournier, Où on va, papa ?, Stock Valentine Goby, Qui Touche a Mon Corps Je le Tue, Gallimard Alain Jaubert, Une nuit à Pompéi, Gallimard Michel Le Bris, La Beauté du monde, Grasset Catherine Millet, Jour de souffrance, Flammarion Patrice Pluyette, La Traversée du Mozambique par temps calme, Seuil Atiq Rahimi, Syngué Sabour, POL Olivier Rolin, Un chasseur de Lions, Seuil Karine Tuil, La Domination, Grasset
Retrouvez aussi toutes nos chroniques de la rentrée littéraire La rentrée littéraire ou le marathon de l'écrivain Un coup d'œil sur les titres de la presse qui couvrent la rentrée littéraire et vous êtes fixés : sur les 676 bouquins annoncés, beaucoup de mort-nés, et seuls quelques ouvrages auront su retenir l'attention des critiques (puisque ce sont eux qui avant le public poussent les premières clameurs autour de tel ou tel auteur).
Sur Flu, on a commencé depuis un moment notre propre opération de défrichage. Parmi les auteurs qui ont attiré notre attention, nous en avons rencontré certains : qu'ils nous parlent de leurs romans... Vous pouvez déjà retrouver en ligne les entretiens avec Mathias Enard (Zone, Acte Sud), Pierric Bailly (Polichinelle, P.O.L), Poppy Z. Brite (Alcool, Au diable Vauvert), et Tristan Jordis (Crack, Seuil). Encore un peu de patience et vous pourrez bientôt lire, voir, écouter les interviews de Tristan Garcia (La Meilleure Part des Hommes, Gallimard), Régis Jauffret (Lacrimosa, Gallimard), Richard Ford (L'Etat des lieux, L'Olivier), Brian Evenson (La Confrérie des mutilés, Cherche-midi).
Retrouvez aussi toutes nos chroniques de la rentrée : David Lodge (La vie en sourdine, Rivages), Ian McEwan (Sur la Plage de Chesil, Gallimard), Olivier Rolin (Un Chasseur de Lions, Seuil), Maylis de Kerangal (Corniche Kennedy, Verticales), Hal Duncan, (Vélum, Denoël), Thomas Pynchon, (Contre-Jour, Seuil), Simon Ings (Les Cartes du Monde, Panama), etc...
Le jour où Ballard est mort
Ballard ne compte pas ici et assez peu ailleurs qu'en Angleterre où il est possible que même le grand public en ait déjà entendu parler une fois ou deux. Le jour où Ballard est mort, je serai simplement paumé et en train de vivre une nouvelle expérience : la première mort d'un écrivain dont je me considère le contemporain, et même s'il est né en 1930, et dont j'aurai pu guetter la sortie des livres en temps réel, dont j'aurai lu et vu l'évolution à quelques mois de distance, celle qui sépare l'écriture de la publication. Je n'aurai jamais connu ça avant : la disparition d'un maître (quel sale mot), d'un seigneur des lettres, d'un prince de la fiction, d'un pape de l'anticipation. Je n'irai pas aux funérailles (trop loin, trop cher), je n'honorerai pas sa mémoire. Je ne le connais pas. Je n'enverrai pas un carton à sa famille. Je ne connais pas son adresse. Le jour où Ballard est mort, je serai seul avec ses héritiers pour lire le futur. Il le faisait pour nous avec souvent un temps (deux temps, trois temps) d'avance et mieux que tout ce que nous pourrions faire par la suite.
Le jour où Ballard est mort, il y aura un trou dans le ciel et le présent tombera dedans. Je publierai, si je suis encore ici, un post blanc (ce que je n'ai jamais fait) sans un mot, sans titre et tout le monde (enfin, ceux qui seront encore là et s'en souviendront) saura que c'est de cela dont il s'agit. Les autres penseront à un bug informatique, ce qui reviendra au même. Des boussoles seront déposées sur le sol en signe de respect. Elles n'indiqueront plus le Nord, pendant un quart de millionième de seconde, elles n'indiqueront plus le Nord, cela ne se remarquera pas tant le laps de temps sera bref, elles indiqueront le ciel, le soleil, n'importe quel astre idiot auquel instantanément et dans un de ces réflexes primitifs dont il nous avait appris l'expérience, nous, les hommes modernes associons le départ de quelqu'un qu'on aime. Le jour où Ballard est mort, je serai seul avec les enfants. Peu de gens savent que Ballard a perdu sa femme très tôt et a élevé seul ses trois enfants, parmi les livres et les meubles. L'histoire ne dit pas s'il bénéficiait des services d'une nounou à domicile, s'il avait une femme de ménage qui, de temps à autre, pouvait le surprendre en train de travailler. Personne ne lui a jamais posé cette question. Si le jour où Ballard est mort ne s'écrit pas correctement ("le jour où Ballard sera mort", commande la Grammaire), c'est parce que ce jour est proche. The Miracles of Life, son dernier livre sorti il y a quelques mois en Angleterre, est l'une des plus belles autobiogaphies d'écrivain vivant qui soit. Il n'y a pas un mot de trop. Vers la fin, Ballard parle de la maladie qui va l'emporter : un cancer de la prostate qui épargne... la prostate mais s'est déjà emparé des os. Ballard est soigné par un médecin qui ne ressemble pas du tout aux médecins de ses livres (et heureusement), ce qui lui a permis de tenir jusqu'ici et de boucler ce retour sur sa vie. Les Miracles risquent d'être son dernier livre. Le jour où Ballard est mort aurait déjà pu se conjuguer au passé, si la science n'était venue à la rescousse. Elle lui devait bien ça après toutes ces années de bons et loyaux services. Le jour où Ballard est mort, le monde ne frissonne pas. Il ne fait ni plus chaud, ni plus froid. Il ne pleut que si des gouttes argentées venues des nuages deviennent plus lourdes que l'air. Le jour où Ballard est mort, rien ne change. Peut-être est-ce qu'il y a juste un peu moins de vent, moins de souffle. Certains le ressentiront. La plupart ne remarqueront rien. Le jour où Ballard est mort est un autre jour. Le jour où Ballard est mort, nous non. Les secrets de Londres et les polars victoriens
Je pourrais donner des dizaines d'exemple pour illustrer cette règle, dont une bonne demie-douzaine de romans de l'écrivain Peter Ackroyd, mais je me contenterai (comme ce n'était pas gagné d'avance) de parler des très beaux Secrets de Londres de Lee Jackson, sortis il y a quelques jours aux éditions 10/18, dans la collection insondable (des titres par dizaines, semble-t-il) dite des "Grands Détectives". En guise de Grand Détective, il n'y en a pas ici et il semble que l'on se retrouve très (trop ?) longtemps tout seul à essayer d'y voir clair avec Nathalie Meadows, la jeune héroïne.
Le roman démarre par la mort d'Elllen Warwick, ancienne chanteuse de cabaret, retrouvée et enterrée avec tous les honneurs d'une héroîne sulfureuse de quatre sous. Son amie, une sorte de dame de compagnie mais pas tout à fait, est retrouvée peu après à moitié noyée, mais sauve, dans les eaux de la Tamise. C'est avec elle qu'on va enquêter sur la mort de sa patronne. Nathalie Meadows change de nom, se fait reloger dans un hôtel à putes de WhiteChapel, puis par un mystérieux pasteur qui a engagé une croisade pour la vertu et la disparition des vices dans ces terres de dépravation. Nathalie remonte diverses pistes et le roman musarde, sans idée de manoeuvre apparente, alternant les points de vue narratifs, dans son tableau londonien. On croise un vieux libraire, un petit truand des quartiers défavorisés Harry Shaw, un député (James Aspenn) et un mystérieux "commanditaire" photographe amoureux de l'actrice chanteuse, Arthur Wilkes, que l'on devine, tous autant qu'ils sont, avoir leur part de responsabilité dans le drame. Comme dans tout bon roman victorien (et même si celui-ci est plutôt moyen, à vrai dire), on se balade dans les ruelles (qu'on appelle venelles), sur les bords de la Tamise, à la lumière crépusculaire de lanternes qui n'éclairent pas. Il y a du brouillard, on mange mal, il fait froid la nuit et les héros n'ont pas trois sous vaillants. Lee Jackson, qu'on ne connaissait pas, mène sa barque avec une belle maîtrise technique, réussissant à masquer par ses effets de manche (les points de vue, une certaine avarice à livrer des détails) une solution qui, bien que simple et assez bêta finalement, est assez surprenante pour ne pas nous faire regretter, lorsqu'elle est dévoilée, la lecture du livre. Il serait malvenu d'en faire des tonnes pour un petit polar victorien mais ces Secrets de Londres, dont on n'attendait pas grand chose, sont une bonne surprise et l'un de ces romans qu'on peut lire avec plaisir en attendant des choses plus consistantes. Une ambiance, du sang, du crime, du suspense, quelques embrouilles et un brin (final) de sensualité (INDICE). Quoi de mieux pour passer le temps ?
L'ivresse de la rentrée chez l'écrivain moyen
Apprenez pourquoi, en 10 points, les écrivains aiment les rentrées littéraires encore plus que les rentrées littéraires n'aiment les écrivains... - Voir l'article : "L'ivresse de la rentrée littéraire. 10 trucs pour survivre à la rentrée littéraire"
- Retrouvez toutes nos chroniques de la rentrée littéraire - Découvrez les auteurs de la rentrée en entretien sur Fluctuat
Ahmed Chawqi : La Fontaine éqyptien ?Je poursuis avec mes faibles moyens mon exploration de la poésie arabe et la chose n'est pas simple. Beaucoup me disent que les poésies traduites ne valent rien et que toute approche d'une poésie sans maîtrise de la langue originelle n'a aucun sens. Je veux croire que cette objection qui revient étrangement beaucoup plus dans la langue des "natifs" arabes que lorsqu'on s'attaque à la poésie chinoise, à la poésie russe ou à la poésie anglaise, n'a pas de sens. Une traduction est une traduction qui, si elle est bien faite, doit à défaut de renvoyer le sens exact de l'original, en suggérer l'impact et en trouver la correspondance dans la langue d'accueil. Parmi mes découvertes récentes, la poésie de l'Egyptien, Ahmed Chawqi, constitue peut-être une exception à la règle, tant elle semble (traduite) calée sur les standards européens, tout en revendiquant une arabité forte et une identité qui en fait l'un des poètes les plus respectés du monde arabe.
Chawqi bouffe du classique et repart courtiser dans son pays vers le début des années 1890. Il gagne sa place dans la vie culturelle du Caïre jusqu'à l'aube de la Première Guerre Mondiale où il est exilé par les Anglais en Andalousie. Pendant cette période, il compose des poésies nostalgiques qui rappellent avant l'heure les vers de feu Mahmoud Darwich, dont on parlait il y a peu (ici). Après 5 ou 6 ans d'exil, où il en profite pour étudier l'histoire d'Al-Andalus et plancher sur une histoire de l'Islam et de ses "hommes valeureux", le poète rentre chez lui où il pratiquera une poésie plus populaire mais plus difficile appréhendée ici puisque tournée ouvertement vers la religion et l'adoration du Prophète. Le poème ci-dessous écrit pendant cette dernière période n'en garde pas moins une vraie et belle fraîcheur. La traduction est sans doute excellente et donne à apprécier le caractère extrêmement moderne de l'écriture d'Ahmed Chawqi, la manière à la fois simplissime et juste selon laquelle se déploient ses vers. Son rapport au temps (n'en déplaise à certains qui verraient les "Africains" enfermés dans une boucle sans fin !) est identique à ce qu'on rencontre chez les poètes occidentaux.
LA MONTRE J'ai une montre en métal, Mais je la porte puisqu'elle
Alan Moore n'est pas drôle Avant d'être un scénariste connu pour ses scripts détaillés jusqu'à l'obsession, Alan Moore a commencé sa carrière dans les comics en dessinant lui même ce qu'il écrivait. Nul doute que ça lui donne un minimum de crédibilité quand il exige de ses artistes de représenter une foule attaquée par un monstre quinta-dimensionnel et de ne surtout pas oublier de glisser dans la même case le visage d'un obscur héros de la littérature pornographique anglaise du XIXème siècle à la fenêtre du douzième étage d'un immeuble.Seulement voilà, Moore n'était pas un très bon dessinateur, il l'avoue lui même, et à vrai dire il n'était pas vraiment très bon scénariste non plus au début des années 1980 quand il oeuvrait pour le magazine Sounds sur "Roscoe Moscow" puis "Stars, Dy Depravation". Ce qui nous permet de l'affirmer c'est la mise en ligne récente de ces deux strips jamais réimprimés dans leur intégralité. Sous le pseudonyme Curt Vile, Moore dessinait dans un style qui se réclamait de Robert Crumb ces strips humoristiques qui ne sont pas, il faut bien l'avouer, très drôles. On pourrait blâmer la jeunesse de Moore si on n'avait pas lu ses plus récentes tentative humoristiques, les BD Skizz et La machinerie scénaristique de Moore, c'est tout un système complexe dont les produits sont des constructions alambiquées mais réglées au millimètre et c'est sans doute pour ça qu'il échoue quand il s'attaque à l'humour ou au porno, deux domaines où la spontanéité fonctionne toujours mieux que les plans les plus scrupuleusement établis. Christine Angot : l'avis des centristes ou la synthèse littéraire
Tentative de bilan strictement littéraire après avoir entendu les pour et les contre : Ce qui cloche : La construction du Marché des Amants laisse à désirer. L'amant Marc disparaît pendant les trois quarts du livre. Docteur Gynécologue qui est d'une certaine façon le héros du texte fait de même aux alentours du 2ème tiers. C'est déséquilibré et pas satisfaisant sur le plan littéraire. Angot ne rend pas justice au temps qui passe : elle nous trompe sur la durée de sa relation. Après 3 semaines, on a l'impression qu'ils ont vécu 3 ans ensemble. Cela décrédibilise l'intensité et le réalisme du truc. Après un an, on a l'impression que rien.... Le rapport au temps ne sonne jamais juste chez Angot. Il va lentement ou trop vite mais le réglage n'est pas bon. Du coup, on s'ennuie parfois (l'effet des répétitions) ou au contraire, on reste sur sa faim. Ce qui ne va pas. Ce qui est bien : Des scènes épatantes : l'entretien avec la voyante, la visite de la porte de Chapelle avec le Docteur à croucrou sur le scooter (tout le monde s'en est moqué mais c'est une scène très belle et qui, contrairement à ce qu'on a lu, ne sonne pas du tout comme une tentative de voyeurisme culturel ou un épisode de Christine chez les barbares), l'évocation de la sexualité (quelques images fortes : Christine qui se masturbe dans le petit matin pour tromper l'insomnie comme un Houellebecq au féminin, le cunnilingus introductif et briviste, le sexe dans l'escalier,..), la découverte de l'altérité. Il y a des moments où, quoi qu'on en pense, le livre décolle et se paie de savoureuses tranches de vie. C'est ce qu'il faut retenir si on y tient. La banalité a ses fulgurances. Verdict : Lisez ce livre à la bibliothèque ou alors chez le coiffeur, lorsque celui-ci aura abandonné son abonnement à Voici au profit d'une réédition en folio des livres de Christine Angot. Ca a quand même une autre gueule.
- Lire la chronique du Marché des amants - Toutes les chroniques de la rentrée littéraire Au secours pardon de Beigbeder au Livre de poche Le titre éminemment chrétien du dernier roman de Frédéric Beigbeder sonne comme une prière, une imploration... et aurait bien pu marquer le début d'une rédemption. Rédemption ? Dans Au secours pardon, Octave Parangon, le rédacteur publicitaire de 99 francs, n'est pourtant pas encore devenu un irréprochable ascète. Devenu "talent scout" à Moscou, il en profite pour écumer la Russie de tous les clichés et goûter aux excès qu'elle propose. Alcool, luxe et luxure, grands hôtels et clubs privés : le héros de Beigbeder n'a pas tout à fait le profil du pénitent.« Je vous assure que j’ai failli devenir un type bien » : derrière l'aveu d'échec de Beigbeder, il y a finalement le signe de sa constance. Puisque, sans s'en cacher, l'écrivain continue finalement de servir cette recette qui l'a porté au sommet de sa gloire. De la provoc (ici le blasphème), du cynisme déguisé en lyrisme (le parcours pseudo-initiatique du héros), quelques considérations sur le triste état du monde (les affres du culte de la beauté, la toute-puissance du capital et l’obsession sexuelle globalisée)... Une recette que vous pouvez désormais découvrir à moindre coût, puisque le roman, initialement édité chez Grasset, vient de paraître au Livre de Poche. Et qu'en plus, vous pouvez en gagner un exemplaire sur Fluctuat en participant au concours. |
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