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La Nuit Blanche de Régis Jauffret

Posté par Céline le 30.07.08 à 12:05 | tags : news, roman
Le nouveau roman de Régis Jauffret est l'un des plus attendus de cette rentrée littéraire. Composé d'échange épistolaire, Lacrimosa s'annonce assez sombre : un écrivain s'adresse à son amante "Charlotte", qui vient de se pendre. Il se dit déjà partout que ce roman est à la hauteur des précédents, et qu'il confirme absolument la présence d'un grand écrivain français (nous y reviendrons).

Jauffret ne se contente pas d'écrire. Visiblement, il lui tient à cœur d'habiter ses textes - ou d'être habité par eux, comme nous l'avions déjà remarqué avec l'interprétation en musique de "Petite Salope", l'une des séquences de Microfictions.

Ces Microfictions (Grand prix de l'humour noir, Prix du livre France Culture Télérama) ont décidément emballé tout le monde, au point que le Théâtre du Rond Point proposera, à l'occasion de la prochaine Nuit Blanche (le 4 octobre) de donner vie à l'ouvrage : mis en scène par Valéry Warnotte et Charlie Windelschmidt, cent comédiens, parmi lesquels Pierre Arditi, Sara Forestier, Micheline Presle ou Frédéric Beigbeder, incarneront cent personnages et cent fragments de vie de l'ouvrage de Jauffret.

 

Pour l'occasion, une galerie de portraits d'anonymes, photographiés par Sébastien Durand, sera installée afin de faire écho aux lectures des comédiens. Le public circulera donc librement devant les artistes : un déplacement et une proximité voulus par les deux metteurs en scène, dont l'argument est le suivant : "Nous sommes tous le voisin d'un autre qui est le voisin du suivant ; et quand il y a un mort c'est, quelque part, le voisin de palier, de chambrée, de rame de train... celui dont on ne connaît rien et pourtant dont on connaît un peu l'odeur, la démarche, le grain de la voix, le silence, le regard."

Régis Jauffret inscrit lui-même l'événement dans la continuité de son oeuvre : "Cent personnages isolés à l'intérieur de Microfictions, ce morceau de foule. Ils apparaissent, ils passent aux aveux, ils racontent leur histoire, ils balancent leur existence au public comme si soudain ils se déchargeaient d'un fardeau, ou comme s'ils lui faisaient offrande de leur vie. Des générations de comédiens nés au XXe siècle, qui se retrouvent une nuit d'octobre 2008 comme pour témoigner, comme pour porter la voix de femmes et d'hommes qui vivent en ce moment disséminés sur la même planète."

L'entrée sera libre et le spectacle diffusé en direct sur France Culture. Noter aussi que Régis Jauffret sera (encore) au Théâtre du Rond-Point en décembre, pour donner une lecture de son nouveau roman, Lacrimosa.

 

Microfictions - Nuit Blanche 2008, 100 Comédiens pour 100 microfictions. Au Théâtre du Rond-point le 4 octobre 2008, 17h00, Salle Renaud-Barrault. Entrée libre (durée 8h).
De Régis Jauffret ; mise en scène Valéry Warnotte, Charlie Windelschmidt avec notamment Pierre Arditi, Frédéric Beigbeder, Evelyne Bouix, Sophie Duez, Sara Forestier,Micha Lescot, Tonie Marshall, Micheline Presle ; images de Sébastien Durand.

Lacrimosa. Au Théâtre du Rond-Point du 5 au 30 décembre, 19h, Salle Roland Topor
. D'après le nouveau roman de Régis Jauffret lu et interprété par Régis Jauffret sous le regard de Anne Bourgeois.

Plus d'infos sur le site du Théâtre du Rond-Point




La boîte à outils de l'écrivain : 5 trucs pour réussir

Posté par Myosotis le 29.07.08 à 11:11 | tags : élucubration, roman

Parmi les dizaines de sites, américains pour la plupart, qui exposent les activités de divers ateliers d'écriture, j'ai noté la dernière fois (l'info était relayée par le blog deepgenre.com mais je n'ai pas retrouvé son emplacement exact) une série de conseils très intéressants portant sur l'équipement technique de l'écrivain. Cette question du matériel est clairement une question sous-estimée, voire rarement évoquée ici, même si elle fait l'objet, dieu sait pourquoi, d'une véritable obsession sur les Salons du livre, de la part des badauds qui interrogent les plumitifs. "Au fait, bah, vous écrivez sur quoi ? Je veux dire sur un carnet, un cahier, ou alors directement sur l'ordinateur ?"

La réponse dessine généralement un schisme ancien (attachés au cahier à spirale, à la plume, au crayon)/ modernes (Apple vs PC, miniportable, azus,...) du plus bel effet qu'on estime finalement d'importance assez relative. Dis moi sur quoi tu écris et je dirai qui tu es ? Ça ne marche pas le moins du monde, mais cela ne veut pas dire qu'il faille négliger cet aspect des choses. Les débats traditionnels : faut-il écrire à heure fixe ? faut-il écrire toujours dans la même pièce, dans l'isolement, à la campagne, dans le train, en string, avant ou après l'amour,... n'ont d'intérêt que dans la mesure où vous n'en trouvez pas les réponses pour vous. Une fois que vous serez arrangés avec vous-mêmes, il est probable que vous écrirez ce que vous avez à écrire et serez à même de vous fixer votre propre protocole.

 

Cela ne rend pas moins inutile cette description de ce qu'il faut aujourd'hui pour être un techno-écrivain qui en impose :

1. Un programme de recherche sur le bureau (Desktop Search Program) : je n'y aurai pas pensé en premier mais ce n'est pas idiot. Lorsqu'on écrit un roman, il y a un tas de trucs dont on doit conserver la trace et qu'on doit être capable de retrouver en un clin d'oeil. A quelle heure a eu lieu le crime ? Quelle était l'immatriculation du tueur ? Comment s'appelait ce foutu personnage secondaire introduit au chapitre 2. En fouillant son micro à l'aide d'un utilitaire tel que Copernic Desktop Search ou n'importe quel autre moteur piqué sur google ou yahoo, vous pourrez vous en tirer facilement et ne pas avoir à farfouiller pendant des heures en pleine séance d'écriture pour faire émerger de votre fichier V12.5 une information mobilisable en un quart de seconde.

2. Une bonne encyclopédie en ligne, genre Microsoft Encarta ou autre. Ca paraît bête comme chou mais il faut insister sur les services rendus par une bonne encyclopédie, un bon vieux dico ou un atlas. Dans une scène de description, vous serez bien de contents de pouvoir vous la jouer j'y étais et de glaner deux ou trois informations rapides sur ce que vous racontez : un endroit où vous n'avez jamais mis les pieds, un truc que vous connaissez à moitié bien (et donc aussi à moitié mal). Comme le sait Michel Houellebecq (hé oui), une bonne encyclopédie, une bonne doc, c'est toujours vingt ou trente pages de gagnées sur 300 ou 400 à écrire pour composer un bon roman. Rien de tel qu'une bonne séquence didactique sur un sujet obscur pour vous faire passer pour quelqu'un de rare.

3. Une imprimante laser qui fonctionne : c'est tout con aussi mais vous avez déjà remarqué la propension qu'ont les imprimantes d'écrivain à tomber en panne ? Il faut avouer qu'on a beau être technophile, il y aura TOUJOURS un moment où on aimera imprimer ce qu'on a fait pour se relire à la fraîche avec une cigarette et une bière brune. Pas facile de se relire exclusivement sur écran lorsqu'on écrit A la recherche du temps perdu ou même Mes amis, Mes amours. Avec une bonne imprimante, on est sûr de pouvoir s'accorder une pause utile, d'interrompre sa séance sans culpabiliser. Pourquoi pas l'imprimante à jet d'encre ? Bah, parce que Nicholson Baker a écrit un truc là-dessus et démontré scientifiquement que l'imprimante laser était ce qu'il nous fallait.

 

4. Un disque dur externe ou un espace de stockage en ligne : Il y a quelques histoires célèbres de manuscrit perdus et beaucoup d'écrivains amateurs qui passent leur temps à vous raconter qu'ils avaient démarré un super roman incroyablement bon et que MALHEUREUSEMENT ils se sont fait avaler les 40 premières pages par un crash de leur disque dur ! Bah voyons. Si vous voulez être sérieux, 2 solutions donc : le disque dur externe qui vous permettra de multiplier ad lib les copies de travail et de sauvegarde de votre roman (comptez 1 Go pour une oeuvre monumentale), ou une location d'espace de stockage en ligne. Le Yahoo Briefcase fait ça très bien et vous pouvez y déposer vos fichiers précieux en toute sécurité. Avec ça, aucun souci de pertes de données, vous n'aurez pas d'excuses à la noix comme ce vieux naze de Gogol qui perdit successivement deux fois son roman dans l'incendie de sa maison.

5. Un bon PDA pour la prise de notes : pas d'écrivain, dit-on, sans un carnet, un outil de prise de notes. Pas la peine de s'embêter aujourd'hui, la plupart des téléphones portables évolués permettent une prise de notes à peu près confortable. La seule difficulté : lorsque vous prenez des notes sur votre portable, on croit que vous envoyez des SMS. C'est beaucoup moins glamour, mais peu importe le glamour si vos notes sont prises comme il faut. Dans un bistrot, un parc, à la campagne, vous dégainez votre PDA et ne craignez pas d'avoir oublié votre stylo sur la table du gîte rural. Pas de risque non plus d'être saisi par une angoisse parce que vous attaquez un nouveau carnet, ou, à l'inverse, parce qu'il ne reste plus qu'une page. L'e-carnet offre une liberté de mouvement incroyable... à condition que vous n'ayez pas de problème de charge.

 

Avec ces conseils matos et une idée ou deux, si vous n'y arrivez toujours pas, c'est que c'est plus grave qu'on pensait !

 

 







Soyons rock'n'roll : rentrée littéraire (1)

Posté par Céline le 28.07.08 à 10:33 | tags : news, actu de la rentrée, roman
Difficile de ne pas se perdre dans le déferlement de bouquins qu'annonce la rentrée littéraire. On peut essayer, pour y voir plus clair, de regrouper quelques ouvrages en fonction de leurs thèmes. Commençons, par exemple, par le rock et ses grandes figures, qui seront à l'honneur de plusieurs titres de la rentrée.

Le spécialiste du genre est sans aucun doute François Bon, qui avait déjà livré une biographie des Stones (Rolling Stones : Une biographie, Fayard), brossant par la même occasion le tableau de toute une génération. L'année dernière, l'auteur de l'excellent Daewoo s'intéressait cette fois à Bob Dylan (Bob Dylan, Une biographie, Albin Michel) dont la carrière énigmatique est davantage celle d'un poète que d'une rock star. Pour cette rentrée, Bon, revient avec un portrait de Led Zeppelin (Rock'n'roll : Un portrait de Led Zeppelin, Albin Michel), autre nom mythique d'un groupe aux milles tubes et aux millions de fans.

 

Les Stones, décidément aussi solides que le suggère leur nom, ont inspiré quant à eux deux auteurs (au moins) de cette rentrée. Dans Petit déjeuner avec Mick Jagger, Nathalie Kuperman met en scène une jeune femme qui s'invente une histoire avec Mick Jagger pour fuir sa réalité. Amanda Sthers, qui s'était fait connaître avec sa pièce Le vieux juif blonde, entre dans la peau de Keith Richards, amant de Mick Jagger, "guitariste de génie", "vieux garçon qui a sniffé les cendres de son père", dans son roman Keith Me (Stock).

Bertina Henrichs fait plus classique : elle retrace l'histoire d'Eva Jacobi partie sur les traces du King à Memphis dans That's all right, Mama ! (Panama). Ariel Kenig, jeune auteur remarqué pour ses précédents romans, co-écrit avec Gaël Morel le roman New wave qui aurait, on le devine au titre, New Order et The Cure pour bande sonore. Enfin, Scali publie un Dictionnaire rock de la littérature, établi par Denis Rouleau, une façon d'unir en théorie les deux domaines.

Un peu de patience, nous saurons bientôt si tout ces titres se montrent capables de faire autant de bruit qu'une grosse guitare.

 

Voir notre dossier sur la rentrée littéraire.




Emily Jane Brönte et ses soeurs

Posté par Myosotis le 25.07.08 à 10:48 | tags : poésie

 

"Je fais peu de cas des richesses/ Et je tiens l'amour en mépris;/ La gloire désirée ? Un songe/ Evanoui avec le matin

Si je prie, la seule prière/ Qui remue mes lèvres pour moi,/ C'est : "laisse le coeur que je porte/ Et me donne la liberté."

Comme s'enfuient mes jours rapides, / Oui, c'est là tout ce que j'implore : / Vive ou morte, une âme sans chaînes/

Et le courage d'endurer." (1841)

Il y a assez peu de cas de fratries littéraires. Parmi elles, les soeurs (et le frère) Brönte constituent ce qu'il y a de mieux en matière de mimétisme spirituel et poétique, au point qu'il a été parfois difficile de savoir à qui il fallait attribuer tel ou tel poème. On a dit beaucoup sur la tragédie de la famille Brönte, la triste fin du frère Bramwell qui termina alcoolique et opiomane, la malédiction de la famille, la mort des soeurs. Tout ceci pris corps dans un isolement extraordinaire qui, alors qu'il développait la créativité des enfants, allait modeler à jamais leur caractère asocial et leur tempérament mélancolique. Emily, la plus connue des soeurs, était, dans son genre, un parfait modèle d'inadaptation. Ses rares tentatives de s'extirper de son Yorkshire natal (où le père était pasteur) se révélèrent des échecs : elle perdit son seul amour, ne réussit pas à gagner ses galons d'institutrice et se réfugia dans la poésie et le monde imaginaire (Angria, Gondal et Gaaldine) qu'elle et ses soeurs avaient inventé enfants. De retour à Haworth, Emily place un premier recueil de poèmes en 1846 mais en garde la plupart dans son secrétaire personnel dont ils ne sortiront qu'après sa mort. Elle tente quelques incursions dans les milieux littéraires sous le pseudonyme masculin de Ellis Bell et essaie, en vain, de rivaliser avec le succès de sa soeur qui publie alors Jane Eyre, avec une petite fantaisie champêtre et romantique baptisée les Hauts de Hurlevent. Le roman connaît une petite renommée mais ne mènera pas l'écrivain très loin. Emily, pourtant la plus solide des Brönte, enterre son frère peu après et prend froid lors de la cérémonie. Elle chope une crève d'enfer, devient tuberculeuse et meurt peu de temps après fin 1848, à 29 ans et des poussières. Il faut souffrir pour être belle, dit-on, mais aussi pour ne pas l'être assez.

Ses poésies ne sont pas loin de constituer ce qu'elle a laissé de meilleur, même si son unique roman connaîtra une destinée fulgurante par la suite. Elles sentent bon la simplicité, la détresse et le mysticisme des jeunes filles qui, faute d'avoir su rencontrer le monde, s'en sont inventé un, guère plus accueillant que la réalité, tellement aride et minéral qu'il prend des allures de terre mythologique. Dans l'univers d'Emily Brönte, le désir, la mort, la solitude et l'espoir ne font qu'un. On chante, il y a du brouillard, des rayons de soleil et quelques apparitions d'un mystérieux "consolateur", venu pour apaiser les peurs. Derrière les images d'Epinal (la lande, la rudesse du presbytère), Emily Brönte nous permet de nous approcher au plus près de ce que d'aucuns oseraient appeler : l'âme féminine, l'équivalent érotique de l'âme slave ou de l'âme caline, chez les jeunes filles en fleur.

Emily Jane Brönte, Poèmes, NRF Gallimard

 

 




Devenez chroniqueur pour Flu ! (3) La rentrée des lecteurs

Posté par Céline le 24.07.08 à 10:56 | tags : news, vos lectures

Pour rappel, Flu vous invite cette année à participer à l'effervescence livresque qui agitera les mois à venir. La rentrée littéraire approche, et pour ceux que tentent l'expérience, voici la dernière liste des ouvrages proposés pour la rentrée des lecteurs.

Le principe : Flu vous propose de devenir chroniqueur, le temps d’un, deux, trois livres, voire plus si affinités. Pour cela, il vous suffit de faire la demande du ou des ouvrage(s) que vous souhaitez chroniquer parmi la liste proposée, d’attendre réception… et de vous mettre au travail.

Pour faire votre demande, faîtes nous parvenir un post qui devra comporter :

- Vos coordonnées

- Le nom du ou des titres souhaités, classé dans l'ordre de préférence (=le préféré en premier)

- Quelques lignes pour vous présenter, expliquer votre choix d'ouvrages, attester de votre motivation.

 

Faîtes votre choix :

 

1 - Pierre Daix, Les Revenantes, Fayard.

2 - Michel Le Bris, La beauté du monde, Grasset.

3 - Anna Rozen, La bombe et moi, le Dilettante.

4 - Christine Brusson, Alexis, la vie magnétique, Le Rocher.

5 - Jean-Yves Lacroix, Le cure-dent, Allia.

6 - Mathieu Belezi, C'était notre terre, Albin Michel.

7 - Dominique Fabre, J'attends l'Extinction des Feux, Fayard.

8 - Dubravka Ugresic, Le ministère de la douleur, Albin Michel.

9 - Philippe Vilain, Faux-Père, Grasset.

10 - Elie Wiesel, Le cas Sonderberg, Grasset.

11 - Uzodinma Iweala, Bêtes Sans Patrie, L'Olivier.

12 - Pierre Mérot, Arkansas, Robert Laffont.

13 - Eugène Green, La Reconstruction, Actes Sud.

14 - José Angel Manas, L'Affaire Karen, Métailié.

15 - Robert Alexis, Les Figures, José Corti.

16 - Mathieu Riboulet, L'Amant des Morts, Verdier.

17 - James Meek, Nous Commencons Notre Descente, Métailié.

18 - Amy Bloom, Ailleurs, Plus Loin, Belfond.

19 - Atiq Rahimi, Syngué Sabour, P.O.L.

20 - Eric Yung, Un silence coupable, Cherche-midi.Michel.

 

Voir les ouvrages proposés dans les listes précédentes :

- Devenez chroniqueur pour Flu (1)

- Devenez chroniqueur pour Flu (2)

 

Toutes les chroniques de la rentrée littéraire des lecteurs.

Consulter aussi le dossier permanent sur la rentrée littéraire.

 

 




Watchmen : chronique d'un désastre annoncé

Posté par 2goldfish le 23.07.08 à 12:26 | tags : comics

 

 

Le film Watchmen : les gardiens adapté de la bédé Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons sortira en 2009 mais nous avons déjà cette bande annonce. Il n'est bien sur nul besoin de savoir que le réalisateur Zack Snyder a précédemment officié sur les très peu subtils Dawn Of The Dead et 300 et s'est fait un nom en filmant des pubs automobiles pour savoir que le film va être une catastrophe qui fera saigner les yeux de tout ceux qui ont lu le comic book. Ni même de savoir que Terry Gilliam, un temps attaché au projet, a finalement décidé qu'il était "infilmable".

Non, il suffit d'un coup d'oeil à cette bande annonce, semblable à n'importe quelle autre bande annonce de film de super héros, pour savoir que personne dans l'équipe du film n'a rien compris. L'une des nombreuses choses qui ont fait de Watchmen un comic book unique, c'était la façon dont Gibbons l'a dessiné. Il y a un guide de dessin édité par Marvel et créé par John Romita dans les années 1960 qui s'intitule "how to draw comics themarvelway". Dans ce guide, une série de dessins montre une même scène dessinée de la mauvaise façon et de la façon Marvel. Dans la première, les personnages ont les bras ballants et sont dessinés de loin. Dans la seconde ils s'agitent, surjouant complétement leurs émotions et ils sont vus de plus près, leurs membres menaçant de s'échapper des cases... Dans Watchmen tout était dessiné de la beaucoup moins dynamique et dramatique première façon. Dans le film, on sait déjà qu'on va avoir le droit à des ralentis, des plans impossibles à la David Fincher, des acteurs qui prennent des poses mélodramatiques et une bande son industrialo-gothico-nulle.

Il est intéressant de noter que pour le design du film on a fait appel à deux dessinateurs de comics, talentueux certes mais bien éloignés du style de Gibbons : John Cassaday, célèbre pour avoir inventé les comics "widescreen" avec Warren Ellis sur The Authority, des comics qui vous en mettent plein la vue... comme au cinéma, et Adam Hugues, un spécialiste de la pin up à l'ancienne. Evidement on pourra probablement tirer un blockbuster divertissant de l'oeuvre originale. Ca a déjà presque été fait, avec le charmant Les Indestructibles des studios Pixar qui reprenait les grandes lignes du scénario de Watchmen. De toute façon, on savait tous depuis le début que ce film serait nul, pourquoi donc me fais-je du mal en regardant les bandes annonces et pourquoi m'en plaindre après ?

 

Lire aussi :

La chronique du film Watchmen : les gardiens

Le dossier Alan Moore




C'est celui qui le dit qui y est (11) : Céline et les nouilles

Posté par Myosotis le 22.07.08 à 10:44 | tags : élucubration, littérature en vidéo, roman
Ceux qui nous reprochent de faire dans la vidéo spectaculaire et de rechercher les images choc en auront cette fois pour leur grade : on peut trouver ici et ailleurs des vidéos qui prennent leur temps et qui font l'effet d'un (mini)shoot d'intelligence en avançant avec la vitesse d'un escargot au galop. Cette interview de Céline peut inspirer un bon millier de réflexions à celui qui s'amuserait à l'analyser. On pourrait penser, en ces temps de débat et d'interrogations sur le rôle du service public, combien l'époque a changé : combien faudrait-il payer aujourd'hui pour qu'une chaîne diffuse une interview ou un sujet aussi mal monté que celui-là ? Le rythme n'a rien à envier à un Derrick, la mise en scène est laborieuse et le journaliste semble avoir toute la vie devant lui, en une sorte de belle antithèse de ce qui se pratique aujourd'hui. Les 8 minutes semblent une éternité dans l'économie vidéo-littéraire de 2008. Guillaume Durand aurait déjà claqué le beignet à cet écrivain de pacotille qui parle comme s'il avait toute la vie devant lui.
Que dire de la manière de raconter qui vous rappellera, peut-être, si vous avez connu ça, les longues après-midi que vous passiez chez vos arrière-grands-parents, entre le tic-tac de l'horloge ultradistrayant et le vavavoum du réfrigérateur ? Pépé le Facho est calé dans le fauteuil d'osier et vous raconte le temps d'avant, celui où on allait à pied ou à vélo, où il y avait la guerre et qu'on bouffait des nouilles. Ce qui est amusant ici, aussi, c'est qu'on sent l'ennui à plein nez dans la voix du génie. Les auteurs contemporains ont appris (ils prennent des cours parfois, c'est le cas des Musso & co) pour ne pas avoir l'air de s'emmerder, pour avoir l'air aussi frais et "dynamique" qu'un acteur américain en promotion. Céline se fait chier et parle toc. D'une certaine façon, il n'a rien à raconter. On peut se dire que c'est un truc chouette de n'avoir pas grand chose à dire et que cela se sente. Venant d'un type qui a écrit ce qu'il écrit, c'en est presque rassurant. On frémit lorsqu'il prononce quelques mots magiques : attention scandale ? "pédéraste", "androgyne". Le Youpin n'est pas là. Céline a déjà procédé au grand nettoyage post-guerre mondiale, mais, selon nos standards, nous paraît à deux doigts de la bavure, de la bourde, qui fera les belles heures du zapping du lendemain. Allez Céline, lâche toi, coco. Enfin, pas coco.
Le dialogue est daté et globalement inintéressant. On n'apprend rien et c'est ce qui est bien ici. Inhumain, le gars, qui considère la machine et pas l'homme ? Travailleur, l'écrivain qui fait un long brouillon avant d'y revenir ? Quel intérêt ? Il faut accepter de ne rien apprendre parce que c'est le propre de Céline : il n'a rien appris, il n'a rien à enseigner, il n'a rien à démontrer. Ce n'est pas un théoricien. Il n'y est jamais arrivé malgré quelques tentatives de commande qui sont restées dans les mémoires (sic). Dans le jargon, c'est un "monstrateur", une sorte d'hyper-témoin qui met le doigt sur les coutures et n'hésite pas à les arracher avec ce qu'il a sous la main : les dents, les doigts, les flingues ou alors l'écriture. L'image (voilà une nouvelle idée) affiche ici sa limite première : elle montre mais elle ne parle pas contrairement aux apparences. La télévision n'a jamais dépassé le stade du muet. C'est un flux idiot et cette histoire de nouilles le dit bien. Quel rapport avec la littérature ? Approche bio-critique... pour ceux qui avaient oublié que cela avait existé. C'est une approche payante mais pas ici : un médecin inhumain. Quel pourcentage de chances d'en faire quelqu'un ? Bouffe des nouilles et tu auras une chance de devenir un écrivain. Quelle marque ? Peu importe, c'est la cuisson qui compte.



Envies d'utopie : le Yellow Submarine en ébullition cérébrale

Posté par Myosotis le 18.07.08 à 10:21 | tags : revue, science-fiction

Yellow Submarine a beau être la revue de SF française la plus ancienne (1983), ce n'est pas nécessairement la plus connue du grand public, ce qui est malheureux, compte tenu de l'extrême qualité de ses contributions et contributeurs. La revue actuelle qui paraît (si je ne me trompe pas) au moins deux fois par an regroupe désormais sous forme d'une revue-livre des articles autour d'une thématique comme les extraterrestres, une ville, ou cette fois-ci la notion d'utopie. Le recueil qui sort aux Editions Moutons Electriques est le numéro 133 de la revue mais aussi celui qui célèbre le 25ème anniversaire de sa création. Pour l'événément, le thème des utopies tombe à pic puisqu'il permet d'élever le débat vers ce qui se fait de mieux en la matière, mêlant investigations historiques, approche géo-sociologique (les villes) et variations journalistiques sur des mouvements sociaux qui ont vécu de et par l'utopie.

 

Le numéro de 190 pages est moins SF que réflexif cette fois, comme si l'âge avait fait gagner tout le monde en raison philosphique. L'introduction du fondateur du titre, André François-Ruaud situe le débat dans une vision politique qu'on ne partage qu'à moitié : la notion d'utopie aurait été battue en brèche après que les grandes utopies se soient révélées des désastres pour l'homme, à moins qu'on ne les ignore parce qu'elles disent... la vérité d'un monde que "certains" ne veulent pas voir advenir. On caricature à l'extrême la vision portée par l'édito en disant cela mais on peut regretter tout de même que le texte introductif ne soit pas à la hauteur analytique des articles qui suivent. Si l'utopie ne prend plus, à mon sens, c'est qu'elle a été défaite par la réalité et non parce qu'elle est étouffée. L'utopie, entre autres, souffre de deux maux qui sont assez anciens : la mort (politique, technique, philosophique, biologique) du rêve qui affecte l'enfant et l'adulte; le transfert du songe du réel fantasmé vers le fantasme du réel (en clair, l'onirique a versé dans le 7ème art, technique qui n'en permet pas par principe l'actualisation).

 

Utopies en Vrac

 

Ceci étant dit, ce numéro 133 est une mine d'informations et de révélations qui font le sel de cette excellente revue. Marie-Pierre Najman propose un article un peu didactique sur la typologie des utopies et nous aide à poser nos idées. La revue devient carrément emballante lorsqu'on arrive à la section des cas pratiques : la Cité du Soleil de Tommaso Campanella (passionnante évocation de Ullo Bellagamba) et surtout l'article-phare du recueil, un développement de François-Ruaud sur les villes utopiques réelles et fantasmées. L'article titré "Helvéties rêvées, Helvéties réalisées. De l'utopie comme espace de vie." est impeccable, savant mais pas trop, soutenu par une iconographie intéressante et délivre un message qu'on ne répétera jamais assez : il manque de la géographie dans la littérature générale, de l'analyse des lieux comme porteurs de valeurs et de pensée civilisationnelle. L'auteur dans un méli-mêlo pardonnable nous livre en pâture une bonne dizaine d'utopies qu'on découvre avec lui les yeux embués et des rêves pleins la tête. Chaque aventure mériterait un roman tant on a envie de se plonger dans chacune des expériences qui sont évoquées ici.

 

Plus loin, Max Renn, alias secret de notre collaborateur et ami Maxence Grugier, tire le portrait de tribus utopiques venues de loin : les Zippies technophiles psychédéliques et Ferals, écotopistes techno australiens. Les deux articles ont l'avantage de donner les clés de ces deux mouvements assez célèbres dans le monde anglo-saxon et qu'on n'aura jamais la chance de découvrir ici que dans Tracks peut-être ou, un jour d'égarement, dans les pages Voyages du Figaro Madame. Les portraits sont précis et décrivent un peu trop brièvement peut-être pour qu'on y soit vraiment, ce qu'il faut savoir d'essentiel sur ces groupes hauts en couleurs.

D'une manière générale, on pourra reprocher à ces Envies d'Utopies de manquer un peu de cohésion et d'homogénéité (le thème aurait gagné à être circonscrit, à moins que s'agissant d'utopie, le choix de naviguer autour ait été pris sciemment) mais surtout pas d'idées et d'anecdotes. On entre dans chaque article avec l'idée qu'il va s'y passer quelque chose et on rentre verni, ce qui est déjà pas mal. Yellow Submarine est une revue précieuse parce qu'elle fouille et creuse là où beaucoup ne fourrent pas le nez, mais peut-être aussi, parce qu'elle n'a pas l'ambition de nous imposer une vision éditoriale trop dogmatique des thématiques qu'elle aborde. Cette qualité est son principal défaut.

 




Gagnez un sac plein de livres !

Posté par Céline le 17.07.08 à 12:22 | tags : news

L'une de nos préoccupations sur ce blog, c'est de savoir ce que vous lirez cet été. Notre dossier sur les romans d'été devait vous donner quelques idées.

Pour ceux qui souhaitent voyager léger, il y a toujours la solution livres de poche : une bonne alternative au gros pavé barriolé que tout le monde s'arrachera dans les relais de gares. Il faut voir le côté pratique de la chose : plus c'est petit, plus on peut en emporter avec soi.

Flu vous propose de gagner un lot de cinq livres de poche bien choisis, assorti du sac qui vous permettra de les emmener sur la plage. Vous y retrouverez :

- Une oeuvre fort bien adaptée à la saison, La Traversée de l'été de Truman Capote.

- Le témoignage d'un ex-détenu d'Auschwitz, pour le devoir de mémoire, Le Requiem de Terezin de Josef Bor.

- Des histoires de grosse pomme dans Brooklyn Follies, de Paul Auster.

- Le parcours initiatique de deux jeunes indiens pendant la Première Guerre mondiale avec Le Chemin des âmes de Joseph Boyden.

- La destinée d'un self-made man dans Martin Dressler, ou le roman d'un rêveur américain de Steven Millhauser.

 

Tentez votre chance ici.




Sonic Youth, l'art et la science-fiction

Posté par Maxence le 16.07.08 à 10:43 | tags : science-fiction, elucubration, arts et littérature

Réécoutant Evol il y a peu, pour les soins de ma rubrique Culte et Bizarre sur Playlist, je réfléchissais à l'influence de la science-fiction dans l'œuvre musicale des New Yorkais de Sonic Youth. En effet, tout au long de leur désormais longue carrière, les membres de Sonic Youth eurent à cœur de rendre hommage en musique à ce genre littéraire propice aux évocations fantastiques et aux visions prémonitoires plus ou moins sinistres de notre futur.

Du clin d'œil à Halloween sur Bad Moon Rising, en passant par la fameuse Sprawl Trilogy, titre donné au triptyque de William Gibson comprenant ses trois premiers roman (Neuromancien, Comte zéro et Mona lisa s'éclate), et qui sert d'inspiration à une monumentale pièce également en trois parties sur Daydream Nation, jusqu'au « Pattern Recognition » titre de l'avant-dernier roman du même Gibson, qui ouvre Sonic Nurse lui aussi avant dernier album du quatuor, les new-yorkais émaillent à l'envie leur œuvre de références et d'influences science-fictionnesques.

 

Pour ceux qui, comme moi, ont encore des vinyls, il est alors amusant de jouer à l'archéologue en exhumant certains disques de sa collection. Au hasard de ces retrouvailles, on trouve des clins d'œil cachés, parfois même cryptiques, à l'outsider de la SF Californienne K. W. Jeter, mais aussi à Philip K. Dick et à Lucius Shepard. Le roman sur le vaudou de ce dernier, « Les yeux électriques », est explicitement cité comme source d'inspiration sur Sister et Shepard y est remercié. A l'intérieur de la pochette d'Evol, on peut également voir une image d'enfant blond crucifié évoquant le film Les Enfants du Maïs, lui-même tiré d'une nouvelle de Stephen King.

Nul doute que Thurston Moore, principal auteur des textes du groupe avec Lee Ranaldo, soit doté d'une impressionnante culture dans ce domaine, même si le groupe est riche de bien d'autres influences, en particulier dans le domaine de l'art contemporain, comme en témoigne leurs pochettes créditées du collectif Savage Pencil, mais aussi d'artistes de renom comme Richard Kern (Evol), Gerhard Richter (Daydream Nation), Raymon Petibon (Goo), Mike Kelley (Dirty), William Burroughs (une peinture pour NYC Ghosts & Flowers), Richard Prince (Sonic Nurse), etc.

 

A noter à ce propos, qu'une exposition Sonic Youth, Sensational Fix, a actuellement lieu au LIFE à Saint-Nazaire, ancien hangar à sous-marins créée par la Wehrmacht durant la seconde guerre mondiale (Alvéole 14), du 18 juin 2008 au 7 septembre 2008. L'expo remet en perspective les activités pluridisciplinaires du groupe, son travail sonore et son approche du graphisme et de l'art en général.

Plus de renseignements ici.




Wigu revient parmi les siens

Posté par 2goldfish le 15.07.08 à 10:45 | tags : comics, lectures de bureau, vo, web

La reprise de WiguWigu est revenu ! Les plus anciens d'entre vous se rappellent peut-être que j'avais parlé de l'oeuvre de Jeffrey Rowland il y a quelques temps déjà... Pour les autres, rappellons briévement que Mr Rowland est un artiste de comics sur le web, célèbre pour son blog imaginaire Overcompensating. Il a cependant de plus grandes ambitions en tant qu'auteur de fiction : il a commencé Wigu en 2002 et produit des centaines de strips sur le web puis trois comic books véritablement brillants.

Paisley, la soeur nihiliste de WiguSeulement depuis quelques temps, Wigu était pour ainsi dire en hiatus, le temps que Rowland transforme son petit business en véritable entreprise qui vend des T-shirts au nom d'autres auteurs de webcomics et puisse employer suffisament de personnel pour se consacrer à la bédé à plein temps. Il y a quelques semaines donc il a relancé Wigu avec une nouvelle histoire, qu'on peut prendre en route sans connaitre le passé de la famille Tinkle.

En prenant cette nouvelle série au début, vous découvrirez les ravages que l'éducation télévisuelle américaine a pu faire sur le cerveau intelligent du petit Wigu, la différence que fait sa soeur Paisley entre son nihilisme et le simple gothisme de ses pairs, l'alcoolisme hystérique de sa mère et la violence bien intentionnée de son père. Si les Simpsons avait commencé dans les années 200 ou s'ils n'étaient pas devenu l'ombre d'eux-mêmes au tournant du millénaire, voilà à quoi ils ressembleraient.




Devenez chroniqueur pour Flu ! (2) La rentrée des lecteurs

Posté par Céline le 15.07.08 à 09:52 | tags : news, roman, vos lectures

Comme promis, voici la deuxième liste d'ouvrages que Flu ( la première est ici) vous propose de chroniquer dans le cadre de la rentrée littéraire.

Pour rappel :

- la chronique doit comprendre entre 2000 et 4000 signes (espaces compris)

- Elle doit nous parvenir avant la date qui vous sera indiquée.

- Veillez à joindre un extrait de l'ouvrage (1 page environ) qui vous semble significatif, afin que les lecteurs puisse se faire plus facilement une idée du texte dont vous traiterez.

- Vous devez donner une note à l'ouvrage, comprise entre 1 et 5 (5 étant la note la plus élévée).

 

Pour faire votre demande, faîtes nous parvenir un post qui devra comporter :

- Vos coordonnées

- Le nom du ou des titres souhaité(s), classés dans l'ordre de préférence (= le préféré en premier)

- Quelques lignes pour vous présenter, expliquer votre choix d'ouvrages, attester de votre motivation.

 

1 - Pierre Mari, L'ange incliné, Actes Sud, 200 pages.

2 - Laurent Gaudé, La porte des enfers, Actes Sud, 372 pages.

3 - Laurent Maréchaux, Bijoux de famille, Le Dilettante, 256 pages.

4 - Julien Almendros, Vue sur la mère, Le Dilettante, 128 pages.

5 - Jean-Paul Enthoven, Ce que nous avons eu de meilleur, Grasset, 220 pages.

6 -Christina Mirjol, Dernières lueurs, Mercure de France, 190 pages.

7 - Xavier Gual, Ketchup, Au Diable Vauvert, 308 pages.

8 - Katharina Hacker, Démunis, Christian Bourgois, 378 pages.

9 - Kossi Efoui, Solo d'un Revenant, Seuil, 216 pages.

10 - Agnès Clerc, AL, Seuil, 320 pages.

11 - Serge Bramly, Le Premier principe, le second principe, JC Lattès, 600 pages.

12 - Almudena Grandes, Le coeur glacé, JC Lattès, 950 pages.

13 - Claire Castillon, Dessous, C'Est l'Enfer, Fayard, 240 pages.

14 - Sylvie Germain, L'inaperçu, Albin Michel, 300 pages.

15 - Stéphanie Janicot, Dans la Tête de Shéhérazade, Albin Michel, 320 pages.

 




Angot Endless : la copie qui copie le plagiat

Posté par Myosotis le 13.07.08 à 11:23 | tags : elucubration

La force de Christine Angot tient dans le faux rythme de son écriture, un rythme qui semble fait pour la parole et qui, lu, restitue à la quasi perfection la structure mentale de celui qui l'a énoncé, à savoir le Sujet Christine. S'il y a sans doute mieux à faire que de parler de son prochain livre, Le Marché des Amants, dont on a retenu (comme les autres) qu'il causait, entre autres choses (mais lesquelles au juste ?) de la relation de l'écrivain avec le rappeur sarkozyste Doc Gynéco, on ne peut que s'amuser à mettre côte à côte cet extrait du futur roman de Christine Angot et la parodie (joyeuse) que nous en donnions lorsqu'avait été annoncée la liaison entre le chanteur et l'écrivain.

 

Avec un peu de savoir-faire, on peut ainsi composer du Angot ad lib qui sans être du Angot ressemble tout de même à du Angot. On peut se faire tourner la tête et s'amuser même, si l'on a un peu de temps, à raconter sa propre vie en mode Angot. Pour cela, il faut s'essayer aux phrases syntaxiquement simples, élaguer du côté des épithètes et des mots qui attirent l'attention, désosser la phrase et veiller à respecter la règle d'or de la composition angotique : soit faire tomber la phrase en 2 fois "compliquée, trop médicalisée", pof-pof, dans l'exemple, soit en faisant en sorte que le premier bras de la phrase soit plus long que le second. Une bonne phrase de Christine Angot est en effet une phrase sans effet et qui donne l'impression d'avoir une jambe plus courte que l'autre. C'est ce léger déséquilibre qui crée le rythme et évite (parfois) l'endormissement précoce du lecteur. Pour le reste (le fond littéraire, disons), je me garderai de redonner le même sempiternel jugement sur l'autofiction à la mode Angot : un je(u) sinistre que le public (dont je suis) ne fréquente que pour de mauvaises raisons (l'intérêt érotique pour les hommes, perpétuellement désamorcé par l'auteur mais qui soutient l'ensemble de la composition, comme un porno filmé au microscope où s'accoupleraient les âmes; la curiosité mentale pour les femmes qui n'ont jamais rien vu d'aussi près...).

L'original :

"Dès la première nuit Bruno m'avait dit qu'il voulait un enfant. J'étais même allée voir une gynécologue pour lui montrer que ce n'était pas de la mauvaise volonté de ma part si je ne pouvais plus. Elle confirmait que ç'aurait été une grossesse compliquée, trop médicalisée. D'après Bruno, avec la médecine tout était possible, il pensait que c'était moi qui ne voulais pas, que je prenais l'âge comme prétexte, il ne le gobait pas. Il n'avait jamais confiance dans ce qu'on lui disait. Alors il mentait, tout le temps, comme pour anticiper les mensonges qu'il attendait des autres"

L'un des plagiats :

"Je lui dis : c'est étrange. Se rencontrer ici, à Brive, alors que nous habitons à deux pas et que, d'une façon générale, nous fréquentons les mêmes endroits, les mêmes boîtes. Je ne me souviens pas avoir croisé sa silhouette. Une fois peut-être, j'étais avec un ami, je lui dis, et cet ami m'a signalé sa présence en disant simplement : tiens, c'est Doc Gynéco, le rappeur. Juste ça. Lui me dit que c'est pareil. Il n'osait pas me parler. Il n'osait pas m'approcher. Il n'en avait pas très envie avec tout ce qu'on dit de moi et mon apparence. C'est Christine Angot. L'écrivain. Tu sais ? Je ne suis pas sympathique. Je ne suis pas accessible, peu avenante. C'est la timidité à tout considérer. Nous avons sûrement des amis communs, des connaissances. Il ne voit pas. Il ne comprend pas. Je sais à ce moment là que nous avons au moins un point commun. Alors nous discutons. Autour de nous, les gens qui écrivent boivent des cocktails et se lèvent pour danser. Il rigole de la situation. Le Tout Paris qui danse ici, dans cette boîte du Sud Ouest. Ca a un côté ridicule, non ? Je ne sais pas."

La littérature française est un mirage. Angot est son verre d'eau.

http://livres.fluctuat.net/blog/11297-rendez-vous-2-le-retour-exclusif-.html




Un appartement kafkaïen à Tel Aviv

Posté par Céline le 09.07.08 à 11:11 | tags : news
Qui ne connaît pas son cafard géant ? Nom mythique, œuvre inquiétante : Kafka est une mine d’or pour les chercheurs de style et de thèses. Et c’est à Tel-Aviv que se trouve le filon du moment : selon le quotidien israëlien Haaretz, un appartement de la ville pourrait abriter des documents inédits, dont l’étude éclairerait certains aspect de la vie de l’écrivain pragois.

Ces documents avaient été remis par Kafka lui-même à son ami Max Brod, qui s’était chargé d’éditer son œuvre en Palestine. En 1968, à la mort de Brod, c’est sa secrétaire Esther Hoffe qui hérita des précieux papiers, dont elle choisit de vendre une partie et de conserver l’autre dans des coffres suisses.

Mme Hoffe décédée à son tour, ce sont maintenant ses deux filles qui sont en possession des fameux documents. On ne sait pas encore ce qu’il en adviendra, mais l’annonce de cette nouvelle suscite le plus grand intérêt, quelques jours après la fête du 125e anniversaire de la naissance de Kafka (3 juillet). Espérons qu'elle n'entraîne pas quelques complications qui rappeleraient certains textes de l'auteur du Procès et du Château.



Bukowski et les enfants : the last days of the suicide kid

Posté par Myosotis le 07.07.08 à 11:05 | tags : élucubration, littérature en vidéo, roman
Bukowski est un client parfait pour nos rubriques de vidéos littéraires. S'il n'a pas particulièrement recherché l'exposition médiatique, sa personnalité de vieil ours alcoolique (alcophile, diraient les fans) et sa renommée internationale assez tardive, en ont fait un animal de foire médiatique imposant, capable (comme sur la fameuse émission de Pivot) de créer l'événement (le mauvais événement, celui qui passe en boucle sur youtube et le zapping) à lui tout seul. Bukowski est grand (par la taille et par le talent), il n'est pas nécessairement connu pour avoir été grand par la parole, même si une large partie de sa vie d'écrivain public (une miette dans son existence) aura été consacrée à écumer les universités américaines pour lire ses textes et butiner des jeunes filles qui s'extasiaient devant sa laideur légendaire et son taux d'alcool dans le... corps caverneux (je peux avoir l'humour classe, moi aussi).
Dans cet extrait, Bukowski nous est donné, une fois n'est pas coutume, comme poète et non comme animal : la voix est claire, posée et terriblement profonde. Le texte limpide et effrayant à la fois, monté comme s'il était joué pour des enfants, les fameux Suicide kids, y gagne en impact et en lisibilité. Etrangement, il ne faut pas hésiter chez Bukowski à sortir le monstre du texte pour le laisser respirer. Le poème est sombre mais a l'éclat solaire de certaines scènes de son double cinématographique, l'affreux Larry Clark, lorsque la lumière jaillit du sang, de la violence, du vomi et de la décadence. Bukowski est un petit homme dans un grand corps. Il purge son génie par son activité poétique, devant la machine à écrire ou devant un public.
On ne peut pas espérer comprendre les grands écrivains américains de Burroughs à Bukowski en passant par Vollmann ou même Saul Bellow (qui n'a pas grand chose à voir avec les autres) si on a pas en tête ce grand rapport à la parole, au texte lu. Chez ces gens là, si l'apparence sert toujours de gimmick commercial et quasi marketing devant l'histoire, la voix est un attribut autrement décisif. Les écrivains français sont assez peu (ce n'est pas leur faute) à pouvoir se produire de cette manière. Angot, même si ce qu'elle écrit n'a aucun intérêt (pour nous) vient à l'esprit comme une évidence avec sa scansion si particulière et son écriture à deux temps. Il y en a vraisemblablement d'autres.
Si cette vidéo a ce charme particulier, c'est aussi parce qu'elle expose le rapport de Bukowski à l'enfance qu'il a eu particulièrement difficile. Le grand moment de sa vie, dira-t-il plus tard, sera resté le jour où il a fini, après des années de soumission, par dérouiller son père aux poings, devant les yeux de sa propre mère. Le reste relève de la légende : il termine son collège, quitte la maison, vit comme un clochard avant de se mettre à la colle avec une pochetronne (voir Barfly) et de continuer à écrire au son de radio Classique. L'enfant est étrangement aussi important dans la vie de Bukowski que la chatte dans son oeuvre littéraire : l'enfant qu'il a été, l'enfant qu'il aura en 1964 (une fille), les femmes enfants qu'il se mettra sur le bout du gland, etc. L'enfant brisé est ce qui le sépare de la vie d'homme qu'il aurait pu avoir : les coups, la misère, l'acné sont passés par là pour faire de lui, à moins de 20 ans, ce pour quoi il fut connu et révéré à 60 ans.



Devenez chroniqueur pour Flu ! Rentrée des lecteurs

Posté par Céline le 03.07.08 à 16:04 | tags : news, vos lectures

Même si le temps du farniente semble revenu, n’oubliez pas vos devoirs de vacances. Cet été, quelques soient vos projets (et même, surtout, si vous n’en avez tout simplement pas) il va vous falloir lire, lire, lire… Mais ce n’est pas tout, vous allez aussi devoir écrire…

Lire, mais quoi ? Des ouvrages choisis parmi les 676 titres annoncées pour la rentrée littéraire, et que Flu se charge de vous envoyer.
Ecrire, mais quoi ? Une chronique sur l’ouvrage reçu, et qui sera publié dans de notre dossier sur la rentrée littéraire.

La rentrée littéraire sur Flu, c’est aussi celle des lecteurs !

Critiques en herbe, amoureux des livres, faîtes-nous partager vos expériences de lectures. Flu vous propose de devenir chroniqueur, le temps d’un, deux, trois livres, voire plus si affinités. Pour cela, il vous suffit de faire la demande du ou des ouvrage(s) que vous souhaitez chroniquer parmi la liste proposée, d’attendre réception… et de vous mettre au travail.



Vous n’aurez à suivre que quelques contraintes, que nous avons réduit au minimum :

- la chronique doit comprendre entre 2000 et 4000 signes (espaces compris)

- Elle doit être justement équilibrée entre le résumé du livre et vos impressions / interprétations.

- Elle doit nous parvenir avant la date qui vous sera indiquée.

- Veillez à joindre un extrait de l'ouvrage (1 page environ) qui vous semble significatif, afin que les lecteurs puisse se faire plus facilement une idée du texte dont vous traiterez.

- Vous devez donner une note à l'ouvrage, comprise entre 1 et 5 (5 étant la note la plus élévée).

- les méthodes Woody Allen sont à bannir : « J’ai pris un cours de lecture rapide et j’ai pu lire Guerre et Paix en vingt minutes – ça parle de la Russie ».

 

Pour faire votre demande, faîtes nous parvenir un post qui devra comporter :

- Vos coordonnées

- Le nom du ou des titres souhaités, classé dans l'ordre de préférence (= le préféré en premier)

- Quelques lignes pour vous présenter, expliquer votre choix d'ouvrages, attester de votre motivation.

 

Avec ces instructions en tête, vous n'avez plus qu'à faire votre choix, parmi la première liste d'ouvrages proposés (d'autres suivront tout au long de l'été)

1 - Régis de SA MOREIRA, Mari et femme, Au Diable Vauvert, 196 pages.

2 - Fabrice Pliskin, Le juif et la métisse, Flammarion, 320 pages.

3 - Martin Page, Peut-être une Histoire d'Amour, L'Olivier, 204 pages.

4 - Alma Brami, Sans elle, Mercure de France, 176 pages.

5 - Ahmet Ümit, Le pantin, Le Rocher, 480 pages

6 - Olivier Rolin, Un Chasseur de Lions, Seuil, 240 pages.

7 - Delphine Coulin, Les Mille-Vies, Seuil, 160 pages.

8 - Abasse Ndione, Mbëkë Mi (A l'Assaut des Vagues de l'Atlantique), Gallimard / Continents noirs, 96 pages.

9 - Véronique Bergen, Fleuve de Cendres , Denoël, 320 pages.

10 - Niccolo Ammaniti, Comme Dieu le Veut, Grasset, 544 pages.

11 - Emmanuelle Bayamack-Tam, Une Fille du Feu, P.O.L, 192 pages.

12 - Morten Ramsland, Tête de Chien, Gallimard, 448 pages.

13 - Thomas Wharton, Un Jardin de Papier, Panama, 350 pages.

14 - Paul MELKI, Au Paradis de Candide, Calmann-Lévy, 224 pages.

15 - Laurent Nunez, Les récidivistes, Champ Vallon, 480 pages.

 




Le manga pour les filles qui aiment les garçons qui aiment les garçons...

Posté par 2goldfish le 02.07.08 à 09:06 | tags : manga, sexe et littérature

Ce qui est bien avec le manga, c'est qu'il est généralement bien découpé en catégories lisibles pour les initiés. Il y a le shonen pour les garçons travaillés par leurs hormones, le shojo pour les filles romantiques, le hentai pour les pervers, l'ecchi pour les pervers de moins de dix-huit ans, le gekiga pour les intellos, etc... Il y a même tout un tas de sous catégories pour désigner des niches spécifiques : "ero guro" pour les fans d'érotisme gore, par exemple, ou "Yaoi". Au non initié, le yaoi apparaitra comme le manga gay : on y trouve deux personnages masculins qui vivent une histoire d'amour et de sexe. Généralement il y a un dominant et un dominé (désignés bien sûr par des termes japonais spécifiques que je vous épargne).

 

A y regarder de plus près cependant, le style utilisé est le même que celui des mangas pour fille : des personnages androgynes, un trait fin et souple, des fleurs qui surgissent de nulle part pour exprimer l'motion des personnages... Le yaoi est en fait fait par et pour des jeunes filles. Comme les jeunes hommes occidentaux s'émeuvent volontiers d'histoires lesbiennes, les japonaises elles sont de plus en plus nombreuses à se délécter des émois homosexuels de jeunes éphèbes. Le fait que l'idéal masculin représenté dans les mangas soit très effeminé ne fait que rajouter à la confusion des genres.

 

On spécule beaucoup sur les raisons qui peuvent pousser les jeunes japonaises (et quelques occidentales) à lire ces mangas. Il y a forcément un lien avec le sexisme de la société japonaise et des mangas traditionnels dans lesquels la femme séduit souvent son homme en lui préparant un bon déjeuner mais seulement une fois qu'elle a surmonté sa timidité maladive (qui est une preuve de "pureté", offrir à manger à tous les garçons qui passent, c'est le propre de la trainée). En s'identifiant à l'un des hommes dans une relation homosexuelle, les jeunes filles peuvent se placer dans une situation d'égal à égal. Il y aurait aussi peut-être le fait de voir des hommes se comporter "comme des femmes", montrer des émotions, se laisser dominer dans la relation... Et puis soyons honnête, les hommes fantasment à mort sur les lesbiennes, les femmes peuvent bien aimer voir s'entrechoquer de beaux corps d'homme. Une scène entre deux hommes, c'est deux fois plus de satisfaction pour les yeux...

 

La toute nouvelle revue Manga, 10 000 images disponible en librairie, offre dans son premier numéro un regard très complet (bien que teinté d'amateurisme) sur ce phénomène encore peu connu en France. Il faut saluer la création en France d'une revue critique aussi poussée sur le manga auquel elle manquait jusqu'ici cruellement. Espérons juste que les numéros suivants ressemblent un peu moins à un bulletin de fan.




Unica, roman choc récompensé par le Grand Prix de la Science-Fiction Française

Posté par Maxence le 01.07.08 à 10:45 | tags : poche, prix, roman, science-fiction

Qui est Unica ? La mystérieuse fillette aux cheveux blancs « comme de la coke » qui traque les cyber pédophiles sur la toile ? Ou bien est-ce elle, qui est traquée par CYBER, l'intransigeante section anti-pédophilie crée à Vancouver dans un futur proche ? Il semblerait en tout cas que ce soit bien elle qui mène la danse puisque cette fameuse brigade se voit irrémédiablement doublée depuis quelques mois par un mystérieux groupe d'enfants vengeurs. A chaque cas traité, la même punition : le coupable est retrouvé chez lui en état de choc, fermement ligoté devant son ordinateur et pleurant des larmes de sang. En tentant de piéger ces justiciers en herbe, Herb Charity, jeune flic à la CYBER devra se débrouiller seul pour faire toute la lumière sur les agissements de celle qui se fait appeler Unica, et son équipe. Une enquête qui ne sera pas une sinécure d'autant que la gamine n'est pas ce qu'elle semble être.

 

C'est sur cette intrigue à la thématique dérangeante que la romancière Elise Fontenaille bâtit son nouveau roman, Unica. Un roman de science-fiction initialement publié chez Stock et récompensé par le Grand Prix de la Science-Fiction Française 2008...

Lire la suite

 

Elise Fontenaille
Unica
Le Livre de Poche






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