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Archives Mars 2008
Livres : actu romans, essais et bd, extraits... blog Mille feuilles.

Archives > Mars 2008

William Vollmann : c'est celui qui le dit qui y est (2)

Posté par Myosotis le 31.03.08 à 14:29 | tags : élucubration, roman, youtube
 
 
L'un des talons d'Achille de la France culturelle (personne n'en dit jamais rien), c'est qu'elle n'a pas la culture des lectures, privilège anglo-saxon et germanique, qui permet à tout un chacun de juger sur pièce comment un livre se tient dans la bouche de ...la tête qui l'a imaginé. Si l'exercice se développe depuis 4 ou 5 ans, le pays préfère néanmoins les étals de boucher des salons du livre ou les forums questions/réponses où l'on entend l'auteur tenter de justifier l'injustifiable (ce qu'il a écrit), dissimuler ses intentions sous une chappe (pré-fabriquée par lui-même pour l'exercice) d'intelligence, plutôt que l'écoute du texte lu, bêtement et scrupuleusement par l'écrivain. L'exercice peut être chiant (lorsque le texte l'est ou que l'auteur n'est pas à l'aise) mais s'avère assez souvent passionnant lorsque l'auteur réussit à rendre oralement la petite musique intérieure du livre, soit celle qu'il entendait au moment où il transcrivait son idée en mots.
 
Il y a peu de textes bâtis spécifiquement pour la lecture mais aucun qui ne sorte ragaillardi d'une lecture par son auteur. Dans le meilleur des cas, comme chez Palahniuk, Gibson, ou d'autres papes du roman américain, le texte décolle et s'accompagne par la voie du postillon d'un cortège d'images et de sensations qui ne résonnaient pas avec cette évidence à notre propre lecture. L'explication du phénomène est simple : lorsque je lis le livre, ce sont mes images mentales que j'amène; lorsque c'est Vollmann comme ici, c'est lui qui travaille et me mitraille de ses sensations. De là à dire qu'il faudrait se faire lire les romans à domicile, il n'y a qu'un pas qu'on ne franchira pas puisque les plaisirs sont tout simplement différents et, d'une certaine façon, complémentaires.
 
Après le petit clip d'Anna Gavalda, le spectacle d'un Vollmann qui lit quelques pages de son dernier ouvrage Riding Toward Everywhere, se passe de commentaires. On repèrera l'apparition d'une ride lorsque le journaliste écrivain monte en wagon, quelques rictus de contentement lorsqu'il bute sur un passage qu'il aime, une inquiétude quand il s'aperçoit que sa phrase ne coule pas aussi fluide qu'il l'aurait voulu. Le vieux conte qui veut que Flaubert se relisait à voix haute est une autre illustration de tout ça : il faut entendre pour lire et entendre pour écrire. Les sourds et durs de la feuille (penchez vous sur l'expression si vous ne l'avez pas fait avant) sont condamnés à faire avec les moyens du bord.
Riding Toward Everywhere, pendant que nous y sommes, raconte une aventure américaine à la Vollmann : le bon William a décidé de reprendre la route comme s'il avait encore 20 ans et donc monte dans un train dans le Wyoming qu'il va filer jusqu'en Idaho, avant de traverser le pays du Nord au Sud et vice versa comme un vrai hobo. Il finit en rêvant de Cold Mountain, à la colle (ou presque, ils s'embrassent) avec une sorte de SDF prostituée bizarroïde. Etrange bonhomme pour un étrange voyage dans une Amérique de misère et de liberté. Vollmann, en seulement (pour lui) deux petites centaines de pages, et une langue spectaculairement asséchée par l'effort, revient à l'intensité dramatique des Nuits du Papillon ou des Putes pour Gloria.
 
Ca s'écoute avant de se lire en extrait, étant entendu qu'entre Central Europe, Copernic et celui-ci, il y en a eu encore un autre (Poor People) et que celui-là arrivera en français avant le... suivant. Comprenne qui pourra. Vollmann est l'homme qui écrit plus vite qu'il parle, une sorte de Lucky Luke de la machine à écrire qui terrasserait Sollers, Troyat et Stephen King avant même qu'ils aient pu mettre la main au ceinturon.



Nextwave : l'effet Red Bull

Posté par 2goldfish le 31.03.08 à 11:56 | tags : comics

Les lecteurs de son blog savent que Warren Ellis boit exclusivement de la Red Bull, une "energy drink" autrichienne. La Red Bull contient de la taurine et a par conséquent été interdite de commercialisation en France parce que celle ci engendrerait des effets neuro-comportementaux indésirables : des rats dopés à la taurine ont montré un tel état d'excitation qu'ils se rongeaient les pattes.

Pour autant que l'on sache, Warren Ellis n'en est pas encore là mais il a écrit Nextwave et ce pourrait bien être un premier synptome plutôt inquiétant.

 

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Nextwave, Tome 1 : Rendez-vous avec la H.A.I.N.E., et Tome 2 : Dans ta face

Warren Ellis & Stuart Immonen

Panini Comics

 

 







Quand Dionysos joue à Tim Burton : La Mécanique du coeur

Posté par Myosotis le 28.03.08 à 10:46 | tags : best-seller, flammarion, roman

Pauvre France, le retour. Après le Hérisson sans épines et en même temps que La Consolante d' Anna Gavalda, La Mécanique du Coeur de M. Dionysos Ruiz, Mathias Malzieu, déboule parmi les meilleures ventes de romans en France et semble devoir devenir le nouveau succès "du coeur" justement dans les librairies.

Après lecture (à un bon rythme, avouons le, qui place le livre assez près de l'ancien record de 2H54 réalisé sur un Marc Lévy dont j'ai oublié le nom), La Mécanique du Coeur fait penser à un Amélie Poulain littéraire, mâtiné de Jean Teulade pour le côté gothique décalé et de Tim Burton pour le grand guignol.

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La Mécanique du Coeur

Mathias Malzieu

Flammarion




Anna Gavalda : c'est celui qui le dit qui y est (1)

Posté par Myosotis le 27.03.08 à 16:48 | tags : élucubration, roman
Ce qu'on reproche à l'invisible mais omniprésente Anna Gavalda tient en un mot : (à peu près) "tout". Ce court métrage, réalisé à partir d'une des "meilleures" nouvelles de son recueil Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, "The Opel Touch", est, en substance, une bonne illustration de ce qu'on peut attendre d'Anna Gavalda : une fluidité narrative sans précédent depuis Marc Lévy, une pointe de mélancolie dans un océan de détresse et (accessoirement si vous êtes un homme), un poil d'excitation érotique devant ses belles bourgeoises catholiques aux dents blanches qui votent à droite modérée.
Love Bless(e) you ressemble à un film d'otaku japonais, les petites socquettes en moins et donne une idée de l'extrême densité sentimentale à laquelle prétend Gavalda depuis l'origine. La perversité des romans de la jeune femme tient également au fait qu'on ne puisse qu'assez difficilement en critiquer un contenu oecuménique, une exécution légèrement au dessus des standards du genre (une écriture de plus en plus décharnée mais sans aspérités, ni scandale majeur) et des valeurs inattaquables. Gavalda écrit pour le bien et lutte contre le mal dans la vie et la littérature. Elle milite en faveur de vies compliquées et d'imbroglios existentiels qui se dénouent pour le meilleur et pour le pire, mais qui ont toujours l'issue que le lecteur mérite.
Il n'y a de fin que dans l'émotion. Il n'y a de résolution que dans l'harmonie ou la tempête. Il n'y a de point final qu'en suspension, comme si l'éternité était à ce prix. En cela, la puissance de son oeuvre rivalise avec la puissance de la vie elle-même. Critiquer Gavalda équivaut à critiquer l'humanité, à critiquer le sang qui coule dans nos veines, le coeur qui bat, le vent dans les cheveux, les sexes humides et l'essence sans plomb. Le seul moyen de n'en pas dire du bien est encore de ne pas la lire, ce qui, après tout, lui rend encore hommage. Anna Gavalda est nous comme Flaubert était Emma Bovary, c'est ce qui fait le plus peur.



Martin Lemelman : dessine-moi mes souvenirs

Posté par 2goldfish le 27.03.08 à 10:56 | tags : comics

Comment écrire l'horreur ? Martin Lemelman n'a pas eu à trop se prendre la tête avec cette question : sur son lit de mort, sa mère a décidé de lui raconter comment elle a traversé les années trente et quarante en Pologne, et il a tout filmé.

La fille de Mendel est la retranscription, avec illustrations au crayon, de la bande vidéo de cette nuit là. Emotionnellement pour lui, c'était sans doute difficile mais à part ça, le livre s'est écrit tout seul.

Gusta Lemelman a grandit dans un petit coin de la Pologne où juifs, polonais et serbes vivaient en relativement bonne intelligence jusqu'à l'arrivée des russes, puis des nazis. Elle a passé une bonne part de la guerre cachée dans un trou au milieu de la forêt avec ses deux frères, dans l'attente anxieuse des nouvelles du monde et de ses massacres.

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La fille de Mendel

Martin Lemelman

Editions Cà et Là

 

 




MEL : la littérature s'invite au Petit Palais

Posté par Céline le 26.03.08 à 14:30 | tags : news

Trois jours pour réfléchir aux enjeux contemporains de la littérature, pour rendre hommage aux mots, et réaffirmer avant tout leur place dans la réalité du monde.

La Maison des écrivains et de la littérature (MEL) organise, pour la deuxième année consécutive, ses journées de rencontres littéraires, du 3 au 5 avril au petit Palais.

Il y a, dans les interventions organisées par la MEL, une volonté affichée de délivrer la réflexion littéraire de son seul carcan universitaire, de la rendre plus pratique, plus vivante.

Si les intitulés du programme ressemblent à ceux d'un cours de fac, disons licence de lettres modernes (avec des jeux de sonorités pompeux, genre Inventions/Interventions ; corps crié/corps caché...ainsi que des problématiques parfois obscures), le débat pourra cette fois être renouvelé, élargi, éclairé par la présence de véritables écrivains.

Ceux-ci seront questionnés par des universitaires et des critiques littéraires, au cours de tables rondes, chacune d'entre elles cherchant à répondre à un champ de réflexion.

La liste des auteurs participants annonce en tout cas du beau monde : Patrick Deville, Pierre Péju, Camille Laurens, Yves Pagès (sous réserve), Céline Minard, Hubert Nyssen, pour n'en citer que quelques-uns.

L'événement, mondain et intello, réserve sans aucun doute de passionnantes discussions, peut-être aussi quelques inoubliables longueurs.

 

"Littérature : Enjeux contemporains II"

Colloque organisé par la MEL, les 3,4 et 5 avril 2008 au petit Palais

Entrée libre dans la mesure des places disponibles 

Pour voir le programme complet et plus d'infos : le site de la MEL


 




Lidia Jorge : Psy, vampires et autres soucis quotidiens

Posté par Myosotis le 26.03.08 à 12:31 | tags : métailié, roman

Totalement ignorant en littérature portugaise (et hispanique en général), je n'avais jamais entendu parler de Lidia Jorge, 62 ans et hauteur d'une petite dizaine de romans, bénéficiant semble-t-il d'une belle réputation critique dans son pays, avant de tomber sur ce Nous combattrons l'ombre qui, disons le, m'a convaincu : 1) qu'il n'était pas idiot de lire des livres portugais 2) que ceux de Lidia Jorge n'étaient probablement pas les pires pour démarrer.

Nous combattrons l'ombre, malgré son titre qui ne veut rien dire, nous emmène dans une aventure fictive (et littéraire) assez originale, entre le roman policier qui n'en est pas un (des espions, du mystère, des femmes fatales et d'autres qui le sont moins) et le roman d'analyse psychologique qui s'amuse dans la grande tradition judéo-américaine avec un divan autrichien, une psychanalyste à la dérive et des clients agités du bocal.

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Lidia Jorge

Nous combattrons l'ombre

Métailié - mars 2008

 




Donjon : le concours

Posté par Céline le 25.03.08 à 12:17 | tags : bd, news
Créée par Lewis Trondheim et Joann Sfar en 1998, la série Donjon a déjà derrière elle 10 ans d'existence. Dix ans que paraissent donc, à un rythme exceptionnel, les aventures de Terra Amata, monde médiéval dans lequel on reconnaît aisément la référence à l'univers du jeu de rôle Donjons et dragons.
Pour fêter cette décennie de pérégrinations drolastiques en compagnie d'Herbert le canard, de Marvin Rouge le Lapin et autres bipèdes intelligents, le site Les Murmures du donjon et les éditions Delcourt ont lancé un concours de bande-annonce (jusqu'au 10 avril). Il s'agit de proposer une vidéo de 2 minutes maxi pour présenter la série Donjon, sans aucune contrainte formelle ni technique. Le gagnant verra sa bande-annonce devenir le clip officiel des "10 ans" et se verra remettre des albums de Donjon.
 

Voici l'exemple d'une vidéo en lice, réalisée par LeFlo :

 


Donjon mecanique
envoyé par lefloinscotland

 

 

Les votes sont ouverts du 1er au 15 avril.

Pour voir l'ensemble des vidéos retenues et obtenir plus d'informations, cliquez ici

 




Vladimir Sorokine : Petit précis d'oppression

Posté par Maxence le 25.03.08 à 10:56 | tags : roman, science-fiction

Moscou 2028. Tous les matins, l'opritchnik Komiaga se réveille au son d'un coup de fouet suivi d'un cri, et d'un deuxième coup suivi, lui, d'un gémissement. C'est la sonnerie de son téléphone portable, enregistrée dans l'une des salles de tortures du quartier général de l'Opritchnina, la terrible police secrète du souverain absolu qui gouverne la Russie dans le futur proche de Vladimir Sorokine.

Le reste de la journée sera rythmé par des rituels très précis, mêlant violence et prières, enquêtes et orgies, corruptions et machinations politiques, menées tambour battant à bord d'une automobile décorée d'une tête de chien fraîchement coupée, pour le compte d'un souverain omnipotent que les technologies de surveillance électroniques ultra-sophistiquées rendent omniprésent.

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Vladimir Sorokine

Journée d'un opritchnik

Ed. de l'Olivier




La terrible affaire Sébire et la valeur littéraire des faits divers

Posté par Myosotis le 21.03.08 à 15:41 | tags : elucubration

 

Alors que Fluctuat fait, en ce moment, la part belle à William Gibson et à son Code Source riche en mouvements souterrains, les rumeurs enflent sur le web concernant ce qui a bien pu se passer dans la semaine au domicile de Chantal Sébire. Chantal Sébire est, rappelons-le tout de même, cette femme de 52 ans qui, suite à des tumeurs déformantes et ultradouloureuses, a remis sur le tapis ce vieux serpent de mer qu'est l'euthanasie, le droit à mourir dignement ou à la mort volontairement assistée. Là où l'affaire nous intéresse évidemment, c'est quand elle quitte le domaine journalistique pour entrer dans celui du surnaturel et de l'étrange, donc celui de la fiction à venir.

Il est possible que la télévision tente un jour un récit type docu-fiction du calvaire de cette femme courageuse, mais il n'y aura guère que l'Internet (sur lequel la rumeur court déjà) et la fiction pour oser ce qu'on ose pas ailleurs : supposer que Chantal Sebire n'est pas morte de mort naturelle (trop de souffrance), ne s'est pas suicidée, n'a pas été assistée par un médecin (le sien n'était pas présent), un proche ou un parent ayant facilité son trépas. Ce que la fiction pourrait oser dire avec l'Internet, c'est que Chantal Sébire a été tuée...., qu'on lui a donné secrètement satisfaction.

Il ne faut pas être un grand sympathisant des théories conspirationnistes pour trouver "troublant" que sa mort intervienne après un beau battage médiatique et une inflexion de l'opinion publique, que son médecin de famille ait été dépêché, peu avant, avec un ou plusieurs spécialistes et son dossier médical sous le bras à l'Elysée pour un entretien à caractère privé (étaient présents Nicolas Sarkozy, le Dr Arnold Munnich et le professeur Brasnu, que des noms bizarres). Ajoutez à cela que les premières constatations judiciaires et médicales tardent à venir (autopsie ou pas autopsie), que le temps passe et vous obtenez un beau canevas romanesque. Et si... on vous disait que plusieurs habitants de son bled ont aperçu dans le village une fourgonnette de couleur blanche qui aurait été vue garée à 300 mètres du domicile de la famille et dont 3 personnes en costume sombre seraient descendues peu après. Si on vous disait que ces hommes sont repartis juste avant que le mari de Chantal Sebire ne rentre chez lui et ne découvre le corps de son épouse ?

 

Chantal Sebire était-elle suivie et veillée en permanence ? La surveillance a-t-elle été absente l'espace de cinq ou six secondes, le temps d'un petit pipi ou d'un détour par la cuisine ? Les Men in Black agissaient-ils sur ordre de la présidence en concertation avec la famille ou, en sous-main et comme de parfaits assassins ? Qui avait intérêt à ce que Chantal Sebire meure prestement : elle, l'Etat, la mystérieuse Nadine Morano ?

On ne cache pas qu'il y a un certain mauvais goût à voir MAINTENANT le drame sous cet angle mais la fiction fonctionne de cette façon. Beaucoup d'auteurs, pour le meilleur (Gibson qui y a pêché son histoire de container dans Code Source) ou pour le pire (l'affaire des bébés congelés selon Mazarine), suivent la presse, les colonnes faits divers comme le faisaient Flaubert ou Balzac en leur temps, pour saisir l'événement qui pourra résumer l'époque ou leur permettre d'accoucher d'un épisode qui révéléra aux contemporains ce qu'eux-mêmes n'oseront jamais se dire.

Que dit l'affaire Sébire ? Est-ce un métier affreux ? Qu'est-ce qui nous vaut de penser à ce qui aurait pu se tramer en coulisses ? Qu'est-ce qui empêche qu'on substitue à ce qui s'est sans doute réellement passé (rien, une femme qui expire), un conte, une histoire d'horreur ou d'espionnage ? Pas grand chose à vrai dire : la morale et la pudeur ne tiennent pas, le respect guère plus. L'envie. La pertinence du faits divers. A-t-il quelque chose à nous dire qui n'ait été vu ailleurs ? L'apparence physique de Chantal Sébire est-elle d'autant plus spectaculaire que nous vivons au temps de la publicité et de Nip Tuck ? Peut-on tout dire maintenant ?

 

La littérature est voyeuriste quand elle est mal faite, visionnaire quand elle l'est mieux, toujours en éveil en tout cas. Le cas Sebire est à la fois trop frais et presque trop dramatique pour qu'on en tire un bon livre. C'est le reproche qu'on a pu faire à Mazarine : il est impossible de se dépêtrer d'une telle histoire sans chausser de gros sabots littéraires. La réalité est parfois trop improbable pour donner une fiction crédible... Mais qui sait ? Il est possible que Chantal Sebire mérite une belle histoire, un bel auteur, ou un conte. Il est possible que d'une certaine façon David Lynch en ait déjà résumé l'essentiel dans son Elephant Man qui dit, à l'ancienne (la mode de la fin XIXème et du début XXème), ce que nous disons tout bas aujourd'hui. La différence, l'humanité sont peu de choses. Et cetera.




Houellebecq premier ministre ???

Posté par Céline le 21.03.08 à 15:00 | tags : news
Didier Jacob, un chroniqueur littéraire du Nouvel Obs, a publié hier un pastiche (crédible) de Michel Houellebecq, dans lequel l'écrivain raconte comment il s'est vu proposer la place... de François Fillon !

 

Après de lourdes explications sur la façon dont Claire Chazal, une journaliste de Libé puis Rachida Dati le font bander (passage obligé de la prose de Houellecbecq), l'écrivain se retrouve dans le bureau de Nicolas Sarkozy. Le président veut plus d'ouverture. "Faites-moi des propositions pour le gouvernement. Je veux des artistes, des écrivains. Que du haut de gamme", annonce-t-il. Tiens, ça aussi, c'est crédible.

Et puis Carla est là, qui ajoute du piment à l'affaire. Et parce qu'elle aussi veut aider son chéri, elle lui propose, dans un élan lumineux, de remplacer Rachida Dati par Asia Argento... Sexy, le gouvernement signé Bruni.

 

On ne sait pas trop quelle valeur accorder à ce texte-là (au moins d'amusement). En tout cas, le genre du pastiche semble revenir à la mode, entre Pascal Fioretto qui jouait à être Lévy, Nothomb et compagnie dans Et si c'était niais ?, ou Héléna Marienské, qui avait d'ailleurs déjà donné du Houellebecq, plutôt habilement, dans Le degré suprême de la tendresse.

Bon, l'important, dans tout ça, c'est quand même que Houellebecq ne devienne pas vraiment ministre. Quoique. Le pire n'est jamais arrivé.


A propos du pastiche, cet exercice d'imitation ne s'applique en général qu'à des auteurs soit excellents, soit foncièrement médiocres. Chacun juge comme il veut pour ce qu'il en est de Monsieur Houellebecq, le vrai.

Lire le pastiche de Michel Houellebecq sur le site du Nouvel Obs


 




1001 nuits de neige

Posté par 2goldfish le 21.03.08 à 10:38 | tags : comics

On a vite fait de classer la série Fables de Bill Willingham dans la catégorie "Sandman du pauvre", ce que la lecture de plus d'une poignée d'épisodes de Fables dément, la série ayant ses propres ambitions et ses propres mérites, moindre sans doute mais bien différents de l'oeuvre de Neil Gaiman.

L'album "hors série" 1001 Nuits de Neige invite cependant à nouveau les comparaisons avec Sandman : reprenant le prétexte des 1001 nuits, cette fois avec le personnage de Blanche Neige devenue la prisonnière d'un sultan misogyne, l'album est une sorte d'anthologie d'histoires plus ou moins courtes illustrées dans un style généralement "peint" par des artistes de renom du comic book.

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Bill Willingham

Fables : 1001 Nuits de Neige

Panini Comics




Saint-Exupéry : tué par un lecteur du Petit Prince ?

Posté par Céline le 20.03.08 à 16:51 | tags : biographie, news
C'est assez évident dans la tête des français, Jacques Pradel aime bien résoudre les mystères. Son dernier ouvrage, Saint-Exupéry, l'ultime secret, co-écrit avec Luc Vanrell, raconte ainsi la longue enquête qui a permis d'expliquer la mort de l'écrivain et aviateur, disparu en 1944 au cours d'une mission de reconnaissance aérienne.

Horst Rippert, 88 ans aujourd'hui, était à l'époque un pilote de chasse de la Lutwaffe. Lorsque l'équipe de recherche l'a contacté, il aurait annoncé "Vous pouvez arrêter de chercher c'est moi qui ait abattu Saint-Exupéry".

Il y a deux choses à apprendre sur cet homme. La première, dont on ne sait finalement plus trop quoi faire, est qu'il serait, selon lui, le frère caché d'Ivan Rebroff. La seconde, c'est qu'il était lui-même un grand lecteur de Saint-Exupéry. "Si j'avais su que c'était Saint-Exupéry, je ne l'aurais jamais abattu", a-t-il affirmé à l'AFP.

 

Alors, Horst Rippert est-il vraiment celui qu'il prétend être, un lecteur du Petit Prince qui aurait abattu sans le savoir l'avion de l'un de ses auteurs favoris ? Ou essaie-t-il de jouer sur tous les tableaux, en se faisant passer à la fois pour le frère d'un chanteur folklo et l'assassin d'un écrivain français ? Si le témoignage de l'ex-pilote allemand se révèle aujourd'hui tout à fait crédible, Luc Vanrell, le plongeur marseillais qui a initié l'enquête, reconnaît qu'il manque encore la preuve ultime de cet ultime secret...

 

Les auteurs de Saint Exupéry, l'ultime secret, présenteront samedi leur livre au Musée de l'air et de l'espace du Bourget, où sont d'ailleurs conservées les pièces retrouvées de l'avion de l'écrivain.




William Gibson : entretien avec l'ex-pape du cyberpunk

Posté par Maxence le 20.03.08 à 15:14 | tags : polar, au diable vauvert, chick lit, science-fiction

Cela devait arriver. Avec sa manie d'inclure objets hype, références musicales et manies contemporaines dans ses romans, l'ex-pape du Cyberpunk William Gibson a fini par réinventer la "chick litt", cette littérature légère et branchée pour jeune fille moderne.

A sa manière à la fois ironique et visionnaire, la parution de Code Source fait de Gibson l'écrivain contemporain le plus ancré dans notre modernité, et le plus lucidement mordant quand il s'agit de se moquer gentiment de l'homo habitus du 21e siècle. Omniprésence et références continues à la pop culture, séjours dans des hôtels de luxe, nouveaux comportements liés au technologies de l'information et marques nommées à tout bout de champ, Gibson décrit un monde ridicule dans lequel l'apparence est tout, mais contre lequel ses personnages, éternelle rebelles without a cause, se battent constamment, à leur façon étrangement apathique et décalée. Un monde dans lequel même les espions utilisent le Ipod comme disques durs externes, où les fugitifs cours en Adidas GSG9, portent du Prada, boivent de la Red Bull et écoutent du reggaetón.

 

Lire l'entretien avec William Gibson

Lire la chronique de Code Source




Jon Krakauer : Tragédie à l'Everest

Posté par Myosotis le 20.03.08 à 08:10 | tags : essai, roman

Jon Krakauer est devenu l'un des journalistes de reportage les plus côtés de la planète le jour où son expédition pour l'Everest, à laquelle il participait en tant que reporter pour le magazine Outside, s'est changée en tragédie grecque.

Krakauer est redescendu vivant, perdant dans la neige, le froid et les crevasses, les trois quarts de son groupe, deux guides prestigieux, Rob Hall le magnifique et son rival Scott Fischer, quelques inconnus et beaucoup d'illusions. Into Thin Air, traduit en Tragédie à l'Everest, fut développé six mois après le retour d'expédition, presque à chaud mais pas tout à fait quand même (un article qu'on trouve facilement sur le net avait précédé) pour devenir l'un des livres de journalisme les plus vendus aux Etats Unis.

Le récit est particulièrement bien troussé et suit pas à pas l'expédition au printemps 1996 qui allait se solder par 8 morts et quelques blessures plus que sérieuses.

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Tragédie à l'Everest

Jon Krakauer

Presses de la Cité

 




Arthur C. Clarke : la fin d'une odyssée

Posté par Céline le 19.03.08 à 12:07 | tags : news
Sir Arthur C. Clarke est mort ce mercredi 19 mars dans un hôpital du Sri Lanka, à l'âge de 90 ans. La nouvelle a été annoncée à l'AFP par son secrétaire Rohan De Silva, qui a précisé que l'écrivain de SF a succombé à une "attaque cardio-respiratoire".

De Arthur C. Clarke, nous connaissions tous au moins une œuvre, celle qui a fait l'objet d'une adaptation ciné par Kubrick : 2001, l'odyssée de l'espace. Il est autrement l'auteur de plus de 80 ouvrages, romans, nouvelles et essais.

Né en Grande-Bretagne en 1917 Arthur C. Clarke avait collaboré avec la Royal Air Force pendant la Seconde mondiale, notamment en mettant au point un système d'alerte radar.

Dès 1945, il avait prédit l'essor des communications par satellite. Ecrivain visionnaire donc, il avait également affirmé que "Les voyages dans l'espace et le tourisme spatial deviendront un jour aussi communs que de prendre l'avion pour se rendre dans les destinations exotiques de notre planète".

Dans le message d'adieu enregistré à l'occasion de son 90e anniversaire, en décembre dernier, il disait regretter de n'avoir pas pu voir de son vivant la preuve de l'existence des extra-terrestres.

Mais Arthur C. Clarke est loin d'être de ces excentriques obsédés par les petits hommes verts. Il prônait l'abandon du pétrole pour des énergies moins polluantes. Son autre grand souhait était de voir la fin du conflit ethnique qui déchire le Sri Lanka, son pays d'adoption. Ce grand inventeur a donc décidément œuvré jusqu'au bout pour l'environnement et la paix.

Il vivait depuis des années dans un fauteuil roulant, conséquence d'une polio contractée pendant l'enfance. Sur ce dernier enregistrement remis à la presse, il déclarait aussi : "Je n'ai pas de regrets et n'ai plus d'ambitions personnelles". Aucun regret. Arthur C. Clarke rejoint les immortels. Une académie du Sri Lanka porte son nom.

 

Voir le discours d'Arthur C. Clarke pour son 90e anniversaire :

 




Le Journal de Serge Clerc : vers la ligne Clerc

Posté par Maxence le 18.03.08 à 17:10 | tags : bd, denoel

Le Journal de Serge Clerc marque le grand retour d'un auteur culte de la BD des années 80. Sous-titré "Une histoire vraie", Clerc y conte en BD la fondation, l'incroyable ascension et la néanmoins vertigineuse chute, du fameux magazine Métal Hurlant. "Tout est vrai, ou presque" déclare Jean-Pierre Dionnet, fondateur de la revue dans la préface de ce pavé de 230 pages. Et on le croit, malgré l'humour à froid, décalé et totalement singulier de l'auteur de cette saga. Décrite du point de vue subjectif d'un petit provincial (Clerc est âgé de 17 ans quand il débute à Métal) monté à Paris en 1975 pour faire ses débuts dans la bande dessinée.

Dans Le Journal, Clerc raconte donc son parcours chaotique et éloquent en parallèle à l'histoire du magazine. De sa rencontre à son initiation avec les grandes figures de la BD adulte de l'époque...

 

Serge Clerc
Le Journal (une histoire vraie)
Denoël Graphic




Pourquoi il ne faut pas se souvenir des livres qu'on a lus (2)

Posté par Myosotis le 18.03.08 à 13:02 | tags : elucubration, roman

Si on oublie les livres, ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas bons, mais bien parce que les bons livres sont faits pour être oubliés... et être intégrés (ingérés ou digérés) peu à peu à notre expérience et donc (sans se le jouer grandiloquent) à notre propre personne. Il va de soi qu'un livre qu'on oublie totalement a toutes les chances d'être un livre merdique. Si l'on en a pas gardé la moindre trace, c'est qu'il nous est passé à côté ou au travers, dessous ou dessus, et qu'il n'en valait pas la peine (ou que nous n'en valions pas la peine, ce qui est possible). Si l'on s'en souvient trop bien, qu'on le connaît par coeur, qu'on est capable de le réciter comme une bible, c'est probablement que la greffe n'a pas pris complètement et que le livre (qu'on a toutes les chances d'avoir aimé ou... détesté dans ce cas) ne s'est pas encore incorporé à notre matière. Il est possible alors, contre les apparences, que ce livre de chevet ou de référence ne soit pas tout à fait (et inconsciemment) notre ami intime.

Les livres compagnons (ceux qui nous accompagnent alors qu'on ne les a pas sur nous) sont des livres dont le souvenir est suffisamment fugace et flou pour être avec nous, mais pas trop clair et présent. Ces livres sont souvent des livres qui font disparaître la distance entre le livre et nous, des livres dont le nom du héros échappe au souvenir (pour la simple raison, qu'ils nous ont parlé à la 1ère personne tout du long), dont les ressorts sont quelque part en nous mais un peu trop profonds pour qu'on puisse les exhumer pour la galerie et à la commande. Selon la vieille technique magique, les livres compagnons sont pourtant contenus dans notre mémoire. Il suffit de fermer les yeux dessus, de s'isoler et de penser à leur titre pour qu'ils semblent vous apparaître tels qu'ils sont, somme mélangée de leur contenu, de leur sens, de votre vie avec eux, du grain de leur couverture, de leur odeur mais aussi des circonstances et lieux dans lesquels vous les avez découverts. Votre livre compagnon n'a pas nécessairement un grand rapport avec le souvenir qu'en aura un autre lecteur qui le tiendrait seulement pour "un bon livre" ou un "classique", c'est ce qui, d'une manière générale, rend extrêmement difficile l'échange autour des expériences de lecture, le partage d'émotion. Si on peut s'émouvoir collectivement sur les mêmes images (de mort, de joie), il est beaucoup plus rare qu'une expérience de lecture soulève chez deux êtres, même proches, une émotion identique.

La tragédie du lecteur est que, comme le M&M's dans l'espace, il est toujours seul et qu'on ne l'entend pas crier.

 




Fu Manchu ou l'art oublié du feuilleton

Posté par Myosotis le 14.03.08 à 08:00 | tags : polar, roman

On se demande bien ce qui a pu pousser les classieuses (et graphiquement inégalables) éditions Zulma à entreprendre la réédition (qu'on espère complète) des oeuvres de Sax Rohmer, excentrique écrivain anglais, consacrées à ce chien jaune de Fu Manchu. C'est en tout cas, si ce n'est une idée de génie, une excellente inspiration. Le feuilleton romanesque de Rohmer qui se décline sur au bas une vingtaine de volumes est époustouflant de talent et de dynamisme et égale n'importe quel roman d'aventure contemporain de William Gibson à Ian Fleming.

Le premier tome ici présenté baptisé Le mystérieux docteur Fu Manchu (ou the Insidious Dr Fu Manchu) date de 1913 (ce qui ne nous rajeunit pas...) et marque la genèse de la saga. Rohmer qui était un écrivain à moitié fou (excentrique du moins, travesti, dépensier, d'origine prolétarienne, puis richissime et ruiné) y introduit son célèbre duo comique et policier...

Lire la suite

 

http://www.njedge.net/~knapp/FuFrames.htm

Le mystérieux docteur Fu Manchu de Sax Rohmer

Editions Zulma - 320 pages




Le Libé des écrivains : surprise journalistico-littéraire

Posté par Céline le 13.03.08 à 15:46 | tags : news, actu du salon du livre
A l'occasion du Festival d'Angoulême, Libé avait sorti un numéro spécial bd assez plaisant. Eh bien, en ce jour d'inauguration du Salon du livre (Gagnez des invitations pour le salon du livre sur Fluctuat), vous pouvez trouver en kiosque "Le Libé des écrivains", un numéro pour lequel il a été demandé à 50 écrivains de traiter chacun un sujet d'actualité.

On y trouve ainsi une foule de noms, souvent entendus et par conséquent plutôt attendus. Eric Reinhardt, l'auteur du très remarqué Cendrillon, interviewe Laurence Parisot. Vincent Delecroix (La chaussure sur le toit) présente un documentaire sur "la destruction des individus par l'entreprise". L'éminente Julia Kristeva livre une analyse sur la Chine, que les Etats-Unis viennent de retirer de leur liste noire des droits de l'homme.

Citons encore Gilles Leroy, primé au Goncourt pour son roman Alabama Song (il revient sur l'affaire des municipales de Neuilly), ou Le Clézio, Bergounioux et Pierre Péju qui se font critiques littéraires d'un jour.

Si certains des écrivains se plient parfaitement à l'exercice - au point qu'on ne note pas vraiment de différence entre leurs articles et celui d'un rédacteur lambda - il est vraiment réjouissant d'en lire d'autres qui alternent des morceaux de bravoure stylistiques et des... tics journalistiques !

En tout cas, ces regards croisés d'écrivains sur l'actualité révèlent surtout ceci d'important (et de rassurant) que l'engagement en littérature est toujours au goût du jour. Camus disait d'ailleurs : "L'écrivain n'est pas engagé, il est embarqué". Et on embarque volontiers avec lui le temps de lire ce numéro très spécial.

 

A noter : France 5 diffuse ce soir un making of réalisé en un temps record, sur la table ronde des écrivains qui a permis la réalisation de cette édition spéciale de Libé, et qui a duré toute la journée d'hier (Le Libé des écrivains, France 5, 22:25).

 




Aharon Appelfeld : l'école de la sérénité

Posté par Céline le 13.03.08 à 12:24 | tags : autobiographie, news, roman, actu du salon du livre

Parmi les écrivains israéliens invités au salon du livre, il y aurait comme une distinction à faire entre la Nouvelle et l'Ancienne génération. Les p'tits jeunes, ce sont des Etgar Keret, Orly Castel-Bloom, Zeruya Shalev, dont le travail n'est pas de prendre nécessairement pour thème central l'histoire conflictuelle de leur peuple.

Aharon Appelfeld, lui, relève assurément de la tradition des anciens. D'ailleurs, il fait partie de ces vétérans dont le port du béret impose le respect. Dans un entretien paru sur Bibliobs, il reconnaît aimer ces jeunes écrivains, mais venir d'"une autre perspective".

Dans la plupart de ses romans, Appelfeld s'inspire de sa propre expérience pour évoquer la réalité quotidienne de la population juive avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.
La chambre de Mariana, son dernier roman, rappelle à la fois Tsili et Histoire d'une vie, deux ouvrages qui laissaient aussi une grande part à l'autobiographie. Il retrace le parcours de Hugo, qui a été confié par sa mère à Mariana, une prostituée qui vit et travaille dans une maison close.

Attention : il faut détromper ceux qui, à lire ce rapide résumé, s'attendraient à un récit accablant de désespoir. L'univers dans lequel Appelfeld fait évoluer Hugo sait être lumineux, émouvant, et n'a pas pour objectif de faire justice de la barbarie des hommes.

"Parmi nous les survivants, les écrivains, Aharon Appelfeld a su trouver un ton unique, irréversible fait de tendresse et de retenue." Primo Levi

Aharon Appelfeld sera donc présent au salon du livre du 14 au 19 mars (gagnez des places avec Fluctuat !), et assistera à plusieurs conférences et séances de décidace (infos Salon du livre).

 

Lire la chronique de La Chambre de Mariana sur Fluctuat

Gagner des places pour le salon du livre avec Fluctuat




Des femmes de choc en Colombie

Posté par Céline le 12.03.08 à 18:11 | tags : news, roman

Imaginez une ville où il n'y aurait quasiment plus un seul homme. Imaginez des veuves et des jeunes filles, livrées à elles-mêmes, remplies des pires lubies et atteintes d'une grave hystérie... Une vieille femme perd la boule, une nymphomane se consume d'impatience, un prêtre lubrique échaffaude des mauvais plans.

Bienvenue à Mariquita : un village de Colombie vidé de sa population masculine depuis que d'impitoyables guérilleros sont passés par là, tuant ou enrôlant de force tous les hommes "en âge de combattre". Privées de fils, de frères et de maris, les femmes s'organisent tant bien que mal, tantôt faisant preuve de logique et de courage, tantôt entreprenant les solutions les plus absurdes.

Dans la ville des veuves intrépides, premier roman de James Cañon, est l'un de ces récits baroques comme la littérature sud-américaine sait si bien en produire (Carlos Fuentes, Julio Cortazar, Vargas Llosa). Le jeune auteur écrit certes en américain - sa langue d'adoption depuis qu'il vit à New-York - mais ses personnages et ses descriptions nous ramènent à un exotisme cocasse et familier, fait de manguiers et de galettes de maïs, de grosses femmes dévotes et d'enfants désaxés.

En même temps, si les tribulations des habitantes de Mariquita prêtent souvent à sourire, le texte garde néanmoins sa part de gravité : c'est de son propre pays dont parle James Cañon. De cette Colombie qu'il a quittée, ravagée par des années de guerilla, en quête d'une paix et d'une stabilité pour le moment assez compromises...

En dépit de quelques longueurs, Dans la ville des veuves intrépides a le mérite d'entraîner facilement le lecteur dans son univers attachant, souvent drôle mais parfois âpre, et où l'on n'a pas d'autre choix que de laisser aux femmes le dernier mot (nous reparlerons bientôt de cet étonnant récit sur Fluctuat).

 

A l'occasion de la parution du roman chez Belfond, Fluctuat vous en fait gagner des exemplaires :

accéder au concours Dans la ville des veuves intrépides




Grégoire Bouillier : Jeu, tu, il...

Posté par Céline le 12.03.08 à 10:34 | tags : autobiographie, autofiction
Quatre ans après la parution de L'Invité mystère, son deuxième roman, Grégoire Bouillier revient avec une nouvelle : Cap Canaveral. Celle-ci figure dans le recueil 10 Ans, 10 auteurs, 10 nouvelles de J'ai Lu - qui fête avec cet ouvrage les 10 ans de la collection nouvelle génération - mais paraîtra également dans une version plus achevée chez Allia, qui avait déjà édité ses précédents romans.

Grégoire Bouillier est un auteur qui revendique sa liberté. Qui souhaite créer un espace littéraire nouveau, affranchi de ces conventions qui veulent absolument scinder en deux la littérature, entre autobiographie et fiction. Le modèle incontournable de cette conception de la littérature, c'est assurément Michel Leiris, auteur de L'âge d'homme, et auquel Bouillier fait volontiers référence dans ses textes.

Dans un entretien avec Fluctuat, Grégoire Bouillier nous fait un nouveau rapport sur lui... sur ce qu'il écrit surtout.

On attendait de vos nouvelles depuis quatre ans. Pourquoi une aussi longue absence ?

Gregoire Bouillier : J'étais simplement occupé ailleurs. Faire les choses à mon rythme est une liberté à laquelle je tiens et je me suis arrangé pour n'avoir aucune pression du côté de l'écriture. C'est mon luxe. L'idée de pondre chaque année à la même période un bouquin, comme si le principe créatif s'effaçait au profit d'une logique de production, m'ennuie d'avance. Cela me fait penser aux impôts, qui tombent toujours à la même période.

Lire la suite de l'entretien

 

Fluctuat vous propose de gagner des exemplaires du recueil 10 Ans, 10 auteurs, 10 nouvelles :

Accéder au concours Nouvelle génération

 




Polémique d'enfant gâté au salon du livre ?

Posté par Céline le 11.03.08 à 12:26 | tags : festival, roman, actu du salon du livre, société

A quelques heures de l'ouverture du Salon du livre de Paris, le boycott organisé par les pays arabes et musulmans se poursuit. Au cœur du débat : Israël, invité d'honneur. Une façon de cautionner la politique d'occupation de cet Etat ?

Selon l'AFP, la plupart des écrivains israéliens sont hostiles à la politique de leur pays, mais considèrent que le boycottage de l'événement revient à s'opposer à l'existence même de l'Etat hébreu. C'est l'avis par exemple d'Amos Oz, l'un des invités.

Plusieurs autres personnalités (littéraires ou politiques) sont conviées à s'exprimer sur le sujet car la polémique fait beaucoup de bruit en France. Mais l'affaire du Salon du livre est-elle si urgente que ça, au regard de l'Histoire Israël-Palestine, faite de sang et de larmes, pour un peuple comme pour l'autre ?

 

Dans un entretien paru dans Les Inrocks de cette semaine, Etgar Keret, autre écrivain invité, semble presque sourire de cette discussion qui lui paraît purement médiatique : "C'est vraiment un truc pour les pays qui vont bien. Ici, on a d'autres vrais problèmes que votre liste pour le Salon du livre : les infrastructures laissées l'abandon dans les municipalités arabes, ou la quasi-absence de représentants arabes au gouvernement". Il ajoute ensuite, entre provoc et lucidité : "on arrête pas de voir des journalistes français en ce moment. On parle de vous entre nous. Les écrivains sont un peu comme des putes : on est prêt à mettre une perruque et à faire les chiennes si le client veut. Et les journalistes français, on sait leur faire notre numéro d'écrivains israéliens".
Serions-nous à ce point incapable de nous départir de notre regard d'enfant gâté ? Peut-être bien.

 

Fluctuat vous offre 20 places pour le Salon du Livre de Paris : accéder au concours Salon du Livre

 




Zig et Puce... et votre souris

Posté par 2goldfish le 10.03.08 à 11:17 | tags : bd, web

Bonne nouvelle : le Centre National de la Bande Dessinée et de l’Image s'est lancé dans un grand programme de numérisation de ses archives et les premiers résultats se font voir. Vous pouvez consulter en ligne le fonds Alain Saint-Ogan, c'est à dire principalement des albums de Zig et Puce et les carnets de leur auteur qui collectionnait tous les articles et illustrations de sa plume jamais publiés ainsi que toute sa correspondance. Ca fait beaucoup et ça n'intéressera presque personne : c'est ce qu'on appelle un musée.


Ironie mise à part, Zig Et Puce c'est un important bout de culture populaire de l'entre-deux guerres et une étape importante dans la bédé franco-belge : Alain Saint-Ogan a systématisé l'usage de la bulle et tout un tas d'autres petits trucs qui ont fait pour le meilleure et pour le pire la bédé telle qu'on l'a connu depuis. Non, si on a à se plaindre, c'est de l'interface de lecture des albums qui est loin de valoir une bonne vieille lecture sur microfilm. Espérons que ce sera corrigé pour les prochaines bédés mises en ligne par le CNBDI.

 




Sous terre avec Bukowski

Posté par Céline le 09.03.08 à 09:25 | tags : biographie

Que se passe-t-il sous terre pour Bukowski ?

Le "don't try" inscrit sur sa tombe voulait dire : n'essaie pas, fais-le.

 

Lui, a fait. Tout. Et laisse le souvenir d'un beaucoup de chose. Une vie de fou, comme le résume le titre de la volumineuse biographie d'Howard Sounes, récemment traduite en français.

 

Buk est-il allé rejoindre le sud de nulle part ?

 

Repose-t-il avec les damnés ?

 

A-t-il retrouvé son chien de l'enfer ?

 

Mieux, sans doute – et déjà beaucoup évoqué - il boit peut-être des coups avec Céline et d'autres dans un troquet où les bières sont pas chères, "au paradis des écrivains". John Fante vient leur serrer la pince et leur taxer une clope.

 

Dans le resto chic d'en face, devant un millésimé, Claudel et Saint-John Perse lèvent les yeux au ciel, s'étonnent et s'indignent qu'on ait pu faire de la poésie avec des mots si peu nobles.

 

Les uns déclament calices, sépales, illustres. Les autres hurlent salope, gerbe, crève.

 

Sinon, il y a toujours les hypothèses proposées par Bukowski lui-même dans le poème Vers (paru dans le recueil Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages dans les collines) :

 

un gars m'a dit :

tu n'as pas à t'inquiéter des vers quand t'es

mort

ils n'arrivent jamais jusqu'à toi

le corps change d'un tas de manières

différentes - au moment où

ils réussissent enfin à pénétrer dans le cercueil

des choses se sont produites et cela

se passe toujours

d'une manière différente –

ils ont déterré ces vieux rois de leur tombes, tu

sais :

il y en avait un qui n'était plus

qu'une petite tâche d'eau

noirâtre, un autre avait une

barbe de 7 mètres de long et un autre

s'était transformé en une sorte de bloc

de sel.

et je suis remonté dans ma voiture et suis reparti

et les vers n'ont pas arrêté de rire

pendant tout le trajet.

 

Lire la chronique de Charles Bukowski : Une de vie de fou, d'Howard Sounes

Lire le portrait de Bukowski sur Fluctuat




Rumi : le poète qui fait tourner les têtes

Posté par Myosotis le 07.03.08 à 16:25 | tags : poésie

Parmi les grands poètes persans, Rumi, pour les intimes, n'est pas le moindre.

Né dans l'actuel Afghanistan, en 1207, Rumi s'installe à Konya, au centre de la Turquie actuelle, avec sa famille pour fuir les invasions mongoles du début du XIIIème siècle. Son père dirige une madrasa. Il lit Esope et commence à écrire des poèmes mystiques qui seront plus tard rattachés à la veine proto-soufiste (il est également une figure tutélaire des derviches tourneurs).

Rumi prend l'époque à rebours et est connu pour avoir fréquenté à l'époque des chrétiens et des juifs, en plus de sa rencontre décisive avec Shams e-Tabrizi, un derviche errant, qui le bouleverse et devient son meilleur ami. Son oeuvre est constituée de recueils de paroles et surtout du Mathnawî, un ensemble allégorique de 40 000 et quelques vers.

Plus de 700 ans après sa mort, c'est un poète aujourd'hui très apprécié des Turcs et des Iraniens dont les vers, ramassés et poétiques, font preuve d'une certaine charge morale mais aussi d'une grande sensibilité. La traduction "modernisée" de "Sur le lit de mort" est un bel exemple de cette liberté d'expression et de la vivacité de ses approches poétiques.


Sur le lit de mort


Va t'en, pose ta tête sur un oreiller, dors, laisse moi tranquille;
laisse moi brisé, vanné par le voyage que j'ai entrepris cette nuit,
Enveloppé par la vague de la passion jusqu'à l'aube.
Tu peux rester auprès de moi et me pardonner,
Ou alors, si tu préfères, être cruelle et foutre le camp pour de bon,
Eloigne toi de moi et des emmerdes;
Joue la sécurité, évite le danger,
Nous rampons jusque dans les recoins de la souffrance humaine,
libérant un torrent de larmes folles
Tandis qu'un tyran au coeur de pierre massacre son monde,
Et Personne n'est là pour dire : "Préparez vous à payer le prix du sang".
La foi dans le Roi vient facilement lorsque tout va bien,
Mais sois lui fidèle et déguste maintenant, amant palôt
Il n'y a pas de remède à cette douleur, juste la mort,
Alors pourquoi est-ce que je devrais dire : "Libère moi de cette douleur ?"
La nuit dernière, j'ai rêvé
D'un vieux type dans les jardins de l'amour
Qui d'un signe de la main, disait : "Viens un peu ici."
Sur le sentier, Amour est émeraude,
La belle verte qui garde du souffle du dragon,

Je me perds.
Si tu es l'un de ces hommes érudits,
Lis plutôt du classique,
L'histoire des luttes des hommes
Et ne t'embarque pas sur des vers médiocres.

(traduction libre)




Suite et fin du Combat ordinaire

Posté par Céline le 07.03.08 à 15:33 | tags : news

Ces cases, extraites de Planter des clous de Manu Larcenet, sont désormais achevées. Et vous allez pouvoir les lire puisque le dernier et quatrième volet de la série Combat ordinaire sort aujourd'hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Suite des aventures de Marco, l'homme ordinaire dont la vie connaît un tournant décisif. Désormais devenu papa, il se retrouve lui-même sur les pas de son propre père, face à un chantier naval toujours plus en déclin. Le personnage de la mère, qui apprend maintenant à vivre seule, sera cette fois davantage présent que celui du frère. On retrouvera encore une fois des éléments autobiographiques, avec une double vision caricaturée du monde (notamment celui de la presse, avec les personnages de Mesribes et Pablo) et de l'auteur lui-même.

 

Le Combat ordinaire, Tome 4 : Planter des clous

Manu Larcenet

Dargaud




Retour sur La route avec Cormac McCarthy

Posté par Maxence le 06.03.08 à 18:21 | tags : elucubration

La bataille fait rage dans les milieux concernés, certains forums et autres blogs, pour savoir si La route de Cormac McCarthy est un roman de science-fiction ou non. Evidemment, on suppose que le roman se passe dans un futur plus ou moins proche (et innommé, puisqu'à aucun moment l'auteur ne donne une date) mais son sujet et sa thématique est universel. C'est le retour à la barbarie de l'humanité, la survie, la violence, la force immuable qui nous pousse à perpétrer notre espèce coûte que coûte et les efforts des survivants pour conserver une part d'humanité, aussi ténue soit-elle.

Un thème qui pourrait s'appliquer à n'importe quel roman se situant durant la deuxième guerre mondiale (On peut penser au Journal d'Anne Franck, ou, plus près de nous, à n'importe quel témoignage de soldat américain racontant son expérience en Irak, par exemple, voir Dans la vallée d'Elah).

Dans Non, Ce Pays n'est pas pour le Vieil Homme, l'écrivain nous avait déjà prévenu : dans un monde qui marche sur la tête, il est difficile de prêcher des valeurs humanistes sans passer pour un vieux réactionnaire (rôle qu'incarnait à la perfection le shérif du roman). Quand à inculquer ces valeurs aux futures générations, la tâche semble carrément impossible. Alors, pas de lumière au bout du tunnel ?

 

Une lueur au bout de la route

Hé bien si justement. Une petite lueur sur La Route. Certains se souviennent certainement du final de Non, Ce Pays n'est pas pour le Vieil Homme, la narration d'un rêve par le shérif. Un rêve de transmission dans lequel père et fils étaient réunis dans la mort :

"Il faisait froid et il y avait de la neige par terre et il m'a dépassé à cheval lui aussi et il a continué son chemin. Il n'a pas dit un mot. Il a simplement continué et il était enveloppé dans une couverture et il allait tête basse et quand il m'a dépassé j'ai vu qu'il portait une flamme dans une corne comme les gens d'autrefois avaient coutume de le faire et je pouvais voir la corne à la lumière qu'il y avait à l'intérieur. À peu près de la couleur de la lune. Et dans le rêve je savais qu'il allait plus loin et qu'il voulait allumer un feu quelque part là-bas dans tout ce noir et dans tout ce froid et je savais que n'importe quand j'y arriverais il y serait " Toute la confiance d'un fils envers son père, exprimé ici en quelques lignes.

 

Par delà les symboles religieux et le thème post-apocalyptique certes chère à la science-fiction, il est étonnant qu'aucun n'aie vu la métaphore évidente qui file d'un livre à l'autre : celle de l'éducation, de la filiation et de la protection, à une époque en total perte de repères morales, théologiques et philosophiques, et presque entièrement vouée à l'avidité (voir encore notre entretien avec Gary Shteyngart à ce propos) et au "chacun pour soit". Une époque enfin, promise à la violence (morale ou physique) et à la destruction.

 

Le fait que McCarthy dédie La route à son jeune fils comme l'a si bien fait remarquer Fabrice Colin dans sa critique, symbolise bien évidemment le legs d'un père à son fils, mais aussi celui d'un être humain plus vieux, incarnant l'ancien monde, à un autre plus jeune. Un autre "passage de flambeau" en quelque sorte, et je ne voudrais pas en dire trop, mais le symbolisme du porteur de lumière dans ce dernier roman de McCarthy est, à ce titre, exemplaire. La lumière incarnant l'espoir, mais aussi, métaphore biblique oblige, la divinité suprême, qui est également le verbe. Et quel legs un écrivain peut-il laisser au monde déliquescent qui est le notre si ce n'est cette lumière tellement parlante ? Je vous le demande.




Moomin, le Snoopy finlandais

Posté par 2goldfish le 06.03.08 à 16:49 | tags : bd, jeunesse

Oubliez Peanuts : Moomin est le vieux strip d'apparence enfantine qui cache des merveilles existentialistes avec la plus grande des simplicités. Ce n'est pas tellement que les dites merveilles soient si merveilleuses que ça, c'est surtout que là ou Peanuts peine à faire illusion (la dépression de Charlie Brown est beaucoup trop saisissante pour que je sois à l'aise avec l'idée de prêter mes Peanuts à un enfant) Moomin ressemble vraiment même de près à un inconséquent et fantasque enfantillage. Le personnage est d'ailleurs une sorte de Mickey scandinave, figure tutélaire du parc Moomin World en Finlande...

 

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Moomin et les brigands

Tove Jansson

Le Lézard noir

 


 




La Laura du papa de Lolita

Posté par Céline le 05.03.08 à 13:12 | tags : news

Pilier du roman contemporain, Vladimir Nabokov est principalement connu pour son roman Lolita. Lo-li-ta, pour les fans qui le disent comme il faut. La nymphette a eu tant de succès qu'elle a été filmée (pour le meilleur, par Kubrick, puis Adrian Lyne), chantée (pour le pire, on ne cite pas de nom), photographié (on ne compte plus les ouvrages aux clichés ambigus sur ce sujet), et que son nom est devenu une expression consacrée.

Il faut croire cependant que Nabokov n'a pas toujours été convaincu par son propre talent. En 1977, avant de mourir, l'écrivain remet à sa femme et à son fils Dimitri le manuscrit de son dernier roman, "The original of Laura", en leur demandant de le brûler.

 

Mise à jour du 25/04/2008 : Dmitri Nabokov a annoncé qu'il ne brûlerait pas le dernier manuscrit de son père. Vladimir serait apparu dans un rêve de son fils pour lui dire "Tu es empêtré dans une vieille histoire, vas-y, publie-le !




Le capitalisme est une aventure sexuelle

Posté par Céline le 05.03.08 à 10:06 | tags : roman

Le premier roman de Charles Robinson, Génie du proxénétisme ne s'embarasse pas du politiquement correct. En reprenant la structure d'un ouvrage de Chateaubriand (Génie du Christianisme), il vise à exposer le bien fondé du projet de la Cité, un bordel légalisé, régi par les mêmes lois qu'une entreprise capitaliste. Sauf que ce projet aux accents utopiques révèle vite toute ce que le système libéral a de plus immoral.

"Le livre peut se lire comme un réquisitoire, mais il est écrit comme une apologie", explique Charles Robinson. Et c'est là ce qui fait tout le génie de ce jeune auteur.

Fluctuat a interviewé Charles Robinson au sujet de son livre coup de poing.

Fluctuat : Comment vous est venue l'idée de remplacer le christianisme par le proxénétisme ?

Charles Robinson : En réalité, le projet s'est initié en sens inverse. J'avais en tête, parmi différents axes de travail, l'envie d'explorer certains thèmes de la doxa néo-libérale : l'influence de cette culture, l'usage de soi comme marchandise, le fonctionnement des organisations en milieu économique rationalisé. En travaillant l'angle du discours politique, j'ai recroisé ce sommet apologétique qu'est Génie du christianisme. Lequel m'intéressait comme structure de discours, comme œuvre de mobilisation générale derrière une idéologie.

Lire la suite de l'entretien

 

 

 




Le Remède Contre la BD

Posté par 2goldfish le 04.03.08 à 17:30 | tags : bd, essai

Le principe : Jochen Gerner a accumulé toute une série de petites phrases, de fragments de phrases et de rares citations plus larges sur la bande dessinée. Il les regroupe par thème, en fait de gros tas, une accumulation d'idées reçues, de déclarations à l'emporte pièce et d'expressions toutes faites qu'il illustre par des dessins ultra-simples, tendant vers la neutralité graphique d'un panneau de signalisation. Ces illustrations sont pour la plupart une retranscription graphique aussi littérale que possible des choses "lues et entendues" par l'auteur.

Il n'y a rien de plus que cette accumulation absurde et ces petits dessins sarcastiques et pourtant en émerge un livre étonnant, qui ne ressemble à aucun autre et dont le propos fascine autant que la méthode.

Lire la suite 

Contre la bande dessinée - Choses lues et entendues

Jochen Gerner

L'Association

 

 

 




Comment se souvenir des livres qu'on a lus pour briller en société ?

Posté par Myosotis le 04.03.08 à 10:42 | tags : elucubration, roman

La mémoire des livres est une chose étrange et, d'une certaine façon, propre à chaque lecteur. Il y a ceux qui lisent peu et qui se souviennent de tout comme s'ils disposaient d'une mémoire à la Tesser Act (un roman d' Alex Garland sur un type qui mémorise tout tout), il y a les Rain Men de la lecture qui lisent comme ils mangent et qui, par une force qu'on ne peut expliquer, sont capables de citer de mémoire des passages de leurs livres, dans à peu près toutes les langues (dont le latin olala), et de vous faire passer pour un gros débile lorsque vous avez la malchance de les croiser en société.

Il y a les lecteurs passoire qui lisent peu pour retenir moins, ceux chez qui les livres sont aussitôt lus, aussitôt passés aux oubliettes, et ceux (dont je suis) qui lisent beaucoup et pensent, les prétentieux, retenir... l'essentiel, soit un mélange de ce qui les a marqués dans un ouvrage, quelques images, quelques traces d'un style, une manière d'agencer les phrases, le fantôme d'une intrigue ou d'une atmosphère, une ambiance, un fond d'odeur, quelques arrière-plans, paysages, et autres péripéties.

Le problème de ces lecteurs là est qu'ils se trouvent démunis lorsqu'il s'agit d'évoquer, en ville, en amoureux, ou en société les livres qu'ils ont lus pour la simple et bonne raison qu'ils ne s'en souviennent pas assez précisément pour briller ou alors rivaliser avec la concurrence. On peut évidemment se rassurer en admettant qu'à l'âge adulte (et disparu l'âge étudiant où l'on parle littérature dans les bars), les endroits où on peut parler de ses lectures sont rares : les repas de famille (bof, bof), les repas entre amis (- Non, je n'ai pas lu le dernier Anna Gavalda et je ne trouve pas que Guillaume Musso est un super bon écrivain - ambiance...), le couple (soit vous avez les mêmes goûts et ça n'intéresse pas forcément l'autre de...discuter des heures avec soi-même, soit ils sont opposés et vous gagnez une occasion de ne pas aimer votre conjoint).

 

Aussi peu nombreuses que soient les occasions, parler de ses lectures reste une chose assez merveilleuse qui vous pose une condition humaine et vous permet de partager une part de vous-même qui est autrement plus intime et importante que le dernier blockbuster que vous avez vu au cinéma, le nom des restaurants où vous avez été manger ou la marque des chouettes rideaux que vous avez fait pendre dans votre salle-manger. Comment faire alors, lorsqu'on n'a pas de tête (ou lorsqu'on lit correctement) pour ne pas passer pour un ignare:

1. Notez comme Garfunkel tous les livres que vous avez lus dans un petit carnet en les résumant en quelques lignes : nom des personnages principaux, faits marquants, dates et 1 citation choisie. Se balader en permanence avec son petit carnet, prétendre, lors du repas, qu'on a envie de faire pipi, de fumer une cigarette dehors, consulter le petit carnet et revenir à chaque fois avec une belle citation toute prête.

2. Ne lisez que des livres que personne ne connaît. Du coup, vous passerez pour un marginal, un type décalé ce qui suscite toujours une certaine fascination. Si vous êtes dans un repas de famille, on passera que vous êtes... gay ou bizarre mais cela n'est pas forcément pour vous déplaire quand cela vient de la tante Zoé. Par contre, vous allez assez vite vous sentir seul, très seul...

3. Ne lisez que des livres qui ont eu une adaptation au cinéma et que tout le monde a vue. Comme on mémorise toujours mieux les images que les mots, vous aurez moins de mal à solliciter votre mémoire et beaucoup plus de chances de trouver quelqu'un à qui parler. Méfiez-vous néanmoins des livres-films : vous perdez en tant que lecteur tout avantage concurrentiel avec ceux qui ont vu le film. Attention encore : ne vous faites pas piéger par les changements apportés aux livres par les scénaristes. Vous pourriez vous faire démasquer assez vite si vous voulez faire de l'esbrouffe ou au contraire être mis en minorité par des idiots qui pensent qu'il y a encore de la vie humaine à la fin de Je suis une légende.

4. Laissez à vos amis l'initiative de la conversation et répondez systématiquement lorsqu'ils vous demandent si vous avez lu tel ou tel livre : "Oui, c'était chouette mais j'ai trouvé que la fin était trop brutale, bancale, inattendue, ouais bizarre, limite ratée." Comme 95% des fins de roman sont foireuses (c'est le principe du roman d'arrêter l'histoire au mauvais moment), vous ne pourrez pas vous tromper et on pensera que vous êtes un lecteur particulièrement fin et avisé.

5. Prétendez que vous ne lisez plus que des classiques. Comme tout le monde dit ça et que personne ne le fait, vous êtes sûr qu'on ne vous demandera pas de causer du Rouge et le Noir, de Salammbô ou de La Cousine Bette. Dites : "en ce moment, je suis dans ma période Maupassant." Dans tous les cas, la conversation s'arrêtera à : "j'ai bien aimé Le Horla" et vous serez débarrassé.

6. Inventez vous même les intrigues des livres que vous prétendez avoir lus. C'est le meilleur moyen de se souvenir de ce qu'on a lu. Dites que vous avez lu un super roman de Jean Baptiste Tergal, appelé L'Allumette Anarchiste qui raconte l'histoire d'une gamine de 14 ans qui fugue après avoir été violée par un notaire de province et décide de devenir terroriste. Si tout se passe bien, on vous lancera un admiratif "Ah ouais ?" avant de vous demander "comment c'est le titre ? Ah, ouais, je vais voir, oui, tiens je vais le lire." Bien entendu, comme vous le faîtes vous-même, pas question que votre ami retienne le titre ou ait l'intention de se procurer ce super livre qui n'existe pas. Mais vous aurez fait votre effet.

 

 

 




Nauséeuse Colonie

Posté par 2goldfish le 03.03.08 à 15:43 | tags : bd

Nicolas Presl était sculpteur avant de se lancer dans la bande dessinée. L'expérience nous a apprit à nous méfier des artistes de "l'extérieur" venus s'essayer à cet "art mineur". Surtout des réalisateurs et romanciers en fait, qui généralement se contentent d'écrire un peu comme il le ferait pour n'importe quel autre travail sans se soucier des articulations particulière du langage de la bédé. A priori un sculpteur n'a pas plus de prédispositions pour parler ce langage qu'un autre mais il n'a au moins pas les mauvaises habitudes d'un scénariste de cinéma.

Divine colonie, le second album de Nicolas Presl, raconte l'histoire d'un jeune prince espagnol naïf et pieux qui part évangéliser le nouveau monde.

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Divine colonie

Nicolas Presl

Atrabile

 

 

 




L'Apprenti sorcier : découvrez Hanns Heinz Ewers

Posté par Myosotis le 03.03.08 à 15:14 | tags : roman

Il faut faire des efforts considérables aujourd'hui pour se frayer un chemin jusqu'aux oeuvres de l'Allemand Hanns Heinz Ewers. Comparé à Edgar Allan Poe, et revendiqué comme influence par H. P. Lovecraft, Ewers est l'un de ces écrivains et hommes passionnants dont la destinée mérite le détour.

Né en 1871 à Düsseldorf, Ewers se fait remarquer au tout début du XXème siècle par un livre de poésies satiriques appelé Le Livre des Fables (quasi introuvable). Il devient homme de théâtre mais part immédiatement avec la troupe qu'il a montée pour un assez original pour l'époque tour du monde. Il parcourt ainsi le monde, échoue en Amérique du Sud, puis aux Etats Unis où il est enfermé dans un camp en 1917 lorsque les Etats Unis entrent en guerre.

En 1910, il publie son Apprenti sorcier, et introduit son personnage fétiche, Frank Braun, sorte de promeneur nietzschéen, philosophe, écrivain, voyageur, tireur de ficelles fantastiques charismatique et qui s'impose en double noir de l'auteur.

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L'apprenti sorcier

Hanns Heinz Ewers

10/18






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