Livres : actu romans, essais et bd, extraits... blog Mille feuilles.

Archives > Février 2008

Acide manga test

Posté par 2goldfish le 29.02.08 à 15:37 | tags : manga, science-fiction

Dans ce qui ressemble fort à un futur proche, le Japon a légalisé le commerce et l'usage d'à peu près toutes les drogues et permis l'ouverture de "bars à pompes" où les salarymen las peuvent venir s'envoyer divers hallucinogènes de synthèse derrière la cravate après une dure journée de travail. Evidemment cette nouvelle consommation récréative respectable de la bonne société se démarque bien de celle des junkies qui fréquentent des bars à pompes crades, tenus par des médecins peu regardants sur les risques encourus par leurs clients, et qui se font harceler par la "police sanitaire" s'ils sont pris en flagrant délit d'hallucination dans la rue.

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Ultra Heaven

Keiichi Koike

Glénat




Le dernier voyage de Bruno Poissonnier : canal épique

Posté par Myosotis le 29.02.08 à 15:12 | tags : métailié, roman

La lecture du quatrième de couverture de ce Dernier voyage ne laissait pas présager un aussi bon livre. L'histoire est assez simple et tient dans les 128 bonnes pages de ce court roman, sorti il y a quelques années dans une petite maison d'édition avant d'être repris pas Métailié. Un vieux marinier, Raymond, et sa vieille péniche années 30, le Gueule d'Amour, acceptent par orgueil un dernier long voyage pour Arles alors que le trajet était promis à deux péniches type F1 appartenant à des industriels-mariniers et frères incarnant une nouvelle génération d'entrepreneurs. Le chargement est finalement éclaté sur les deux bateaux qui se font un étrange pari : celui qui arrive le premier à bon bord...gagne (mais quoi ?).

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Le Dernier Voyage

Bruno Poissonnier

128 pages - Métailié - Suite Littérature

 

 







Remina : rire ou frémir

Posté par 2goldfish le 28.02.08 à 18:24 | tags : manga

Dans un futur proche, le professeur Oguro reçoit le prix nobel pour sa découverte d'une nouvelle planète apparue soudainement et mystérieusement d'une autre dimension. Il n'a sans doute jamais vu de film catastrophe et donne à cette planète le nom de Remina, sa fille. Cette dernière est jolie et profite de l'attention des médias pour devenir une "idol". Les japonais ont la réputation d'être bien organisés et ce phénomène là ne les fait pas mentir : une idol c'est une jeune fille dont le métier consiste à faire un peu de chant, de mannequinat et/ou de comédie mais dont on admets volontiers que le rôle est avant tout d'être jolie et de faire vendre un peu puis d'être oubliée. Les idols, ce sont des Paris Hilton institutionnalisées, reconnues pour ce qu'elles sont, et rien de plus.

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Rémina : La planète de l'enfer

Junji Ito

Tonkam




Jerry Stahl : Requiem pour un gros

Posté par Maxence le 28.02.08 à 16:50 | tags : polar, rivages

Jerry Stahl nous avait bien fait rire avec A poil en civil, publié chez Rivages en 2005, même si ce roman, le troisième du jeune auteur américain, également scénariste pour Hollywood, ne nous avait pas non plus laissé de souvenirs plus mirobolants qu'une lecture agréable et une bonne tranche de rigolade (ce qui n'est déjà pas si mal en soit, mais cela ne suffit pas).

Moi, Fatty est d'une ambition autre ! A travers la biographie imaginaire de Roscoe Arbuckle, dit "Fatty", célèbre acteur du muet et première personnalité à faire fortune en profitant de l'essor de ce qui allait devenir Hollywood, alors un repère de saltimbanques, de managers rusés et d'escrocs, Stahl s'attaque aussi aux prémisses de l'industrie des médias du divertissement, à la naissance du voyeurisme, à l'inexorable ascension, enfin, de l'incroyable "l'usine à rêve" que nous connaissons aujourd'hui.

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Moi, Fatty

Jerry Stahl
Rivages Thriller




Faut-il boycotter la culture ?

Posté par Céline le 28.02.08 à 15:08 | tags : news, actu du salon du livre

 

Il y a des noms de pays, comme ça, qu'on ne peut plus prononcer sans qu'ils ne déclenchent aussitôt une véritable polémique : des pour, des contre, des oui-mais clamés par critiques, écrivains, intellectuels de tous horizons.

A l'occasion du 60e anniversaire de la création de son état, Israël est l'invité d'honneur du prochain Salon du Livre de Paris (du 14 au 19 mars). Seulement, voilà : cet événement qui se fête heureusement pour les uns correspond pour les autres à la Nakba, la "catastrophe". Alors le président de l'Union des écrivains palestiniens appelle au boycott, considérant que le choix de cet état comme invité revient à "légitimer tous ses agissements fascistes". D'autres pays rejoignent rapidement cette position : le Liban, l'Egypte, mais aussi l'Algérie et le Maroc, dont les éditeurs ont décidé qu'ils déserteraient le salon cette année.

La Foire du Livre de Turin, qui se déroulera du 8 au 12 mai, a subi le même boycott pour les mêmes raisons. Les organisateurs français comme les italiens peinent à trouver une solution pour remédier aux stands vides qui risquent quand même de plomber la fête...

Cela a-t-il un sens de boycotter la culture ? Inviter des écrivains d'Israël revient-il vraiment à cautionner la politique de ce pays ?

Voyons rapidement qui pense quoi au sujet de cette épineuse question.

Sans surprise, Tariq Ramadan a déclaré dans la Repubblica qu' "il est clair qu'on ne peut rien approuver de ce qui vient d'Israël". Dans le même journal, l'écrivain franco-marocain Tahar Ben Jelloun, moins radical, condamne l'occupation israélienne de la bande de Gaza, mais voit dans la campagne de boycottage la dangereuse assimilation d'écrivains à la politique de leur gouvernement.

Du côté des israëliens, la délégation des écrivains invitée à Paris, qui comprend entre autres Aharon Appelfeld, David Grossman, A.B. Yehoshua, Etgar Keret, compte des absents : le poète Aharon Shabtaï par exemple, refuse de participer à une manifestation qui pour lui "soutient l'occupation".

Côté français, le Ministère des Affaires étrangères défend le choix d'Israël comme invité d'honneur au Salon du Livre. L'écrivain Pierre Assouline, s'étonne, quant à lui, que ce type de boycott ne s'étende pas au "pays du Moyen-Orient, qui pratiquent la peine de mort pour les drogués et les homosexuels, la lapidation en public des femmes adultères".

On sait bien que le débat sur la douloureuse question Israël-Palestine s'étend bien au-delà de l'affaire du Salon du livre. Mais cette dernière illustre bien en tout cas la triste tendance qui ressort de ce débat depuis des années : on n'en sortira pas.

 




Christopher Priest : la nouvelle vague SF

Posté par Céline le 27.02.08 à 15:09 | tags : science-fiction

 

Considéré comme le successeur de Philip K Dick par certains, décrié par d'autres, puristes, qui l'ont soupçonné de parodier H-G Wells, Christopher Priest s'est taillé une place à part dans le domaine de la SF. Les distorsions de la réalité, les dangers de la virtualité, les personnages partagés entre deux mondes, il maîtrise. Les amateurs de SF peuvent foncer, chacun de ses romans plonge dans un nouvel univers où se mêlent imaginaire, réflexion sur la société, intrigue sentimentale.

C'est avec son troisième roman, Le Monde inverti, que Christopher Priest a conquis son public : il remporte le Prix British Science-Fiction, une forme de reconnaissance envers sa contribution littéraire au genre. Avec Ballard, il a participé à la nouvelle vague SF qui a traversé les années 70, en abordant de nouveaux thèmes et en soignant davantage son style.

Deux ans après Le Monde inverti, est publié Futur intérieur, considéré comme un roman mineur, alors qu'il comporte pourtant une importante thématique pour tous les travaux qui suivront.

Viennent ensuite de nombreux titres : notamment L'archipel du rêve, Le Prestige, qui a été adapté au cinéma en 2006 par Christopher Nolan, la novélisation de l'eXistenZ de Cronenberg, mais également des romans qui évoquent davantage l'univers développé dans ses écrits de jeunesse, comme Les Extrêmes et La Séparation.

Toujours, la problématique de la frontière entre réel et virtuel est mise en avant, et explorée dans tous ses possibles. Après la découverte d'un auteur comme Christopher Priest, pilier du genre, on comprend que les succès SF genre Matrix ne se sont pas inventés tout seul.

 

Lire les chroniques de Fluctuat sur Christopher Priest :

Les vertus du Monde inverti

Futur Intérieur, avant le virtuel

Les Extrêmes : entrez dans le jeu

La Séparation : entre Histoire et 'science) fiction

 

 




Philippe Marcadé : French Connection

Posté par Céline le 26.02.08 à 12:01 | tags : autobiographie
Si vous entendez parler d'un petit français, débarqué à New York en pleine effervescence punk, et qui au hasard des rencontres se met à fréquenter les NY Dolls, les Ramones, Blondie, Nancy Spungen et autres noms mythiques de l'époque, qu'en pensez-vous ? Et si l'on ajoute que ce même français est devenu le chanteur des Senders, un groupe qui aurait cartonné longtemps sur les scènes de l'Underground new-yorkais, vous y croyez ?
Pas vraiment le choix, parce que c'est là l'histoire de Philippe Marcadé, alias Flipper, et que Flipper a des preuves. Des photos, des disques. Et surtout, des souvenirs trop captivants pour avoir été montés de toutes pièces. Le voilà qui nous raconte, sur un ton presque ingénu, ce soir où il a fumé sans le savoir un joint avec Bob Marley dans sa loge. Et les fois où Madonna lui faisait de l'œil en le croisant...
Philippe Marcadé
Scali



Le Printemps des poètes : l'éloge de l'autre

Posté par Céline le 26.02.08 à 11:33

Quand revient le soleil, faîtes place à la poésie. Le Printemps des poètes revient pour sa dixième édition, qui se déroulera du 3 au 16 mars. De nombreuses manifestations (lectures, conférences, spectacles…) vont donc investir les rues, théâtres et café, pour le plus grand plaisir des spectateurs avertis ou surpris.

En ces temps où la littérature devient parfois le support d'étalages narcissiques en tout genre, le printemps des poètes entreprend de redonner à l'écriture une dimension altruiste. "L'éloge de l'autre" : c'est le thème retenu pour cette dixième édition.

 

10e Printemps des poètes
Tout le programme sur www.printempsdespoetes.com



American Splendor : de vieux jours comme les autres

Posté par 2goldfish le 25.02.08 à 13:15 | tags : autobiographie, comics

The Quitter d' Harvey Pekar, paru dans la collection Vertigo il y a quelques mois, nous avait laissé un peu perplexe quand à l'opportunité de sa publication... Un jour comme les autres, c'est déjà un peu plus ça. L'album regroupe en fait quatre comic books "American Splendor" écrit par Harvey Pekar en 2006. Il ne s'agit donc toujours pas des American Splendor vintage qui font que Pekar est célèbre et qui manque toujours cruellement au lecteur francophone mais ça y ressemble pas mal.

Plutôt que le trompeur graphic novel initiatique The Quitter, cet album nous donne à lire l'essence même du talent de Pekar. Il s'y met en scène débouchant ses toilettes, attendant un avion ou pestant contre ses éditeurs.

Chacune de ces courtes anecdotes est dessinée par un auteur différent et, si pas mal de types pondent des dessins plutôt anecdotiques, il faut bien le reconnaitre, il y a aussi un paquet de beaux noms : Gilbert Hernandez, Eddie Campbell, Hilary Barta, Chris Weston...

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American Splendor : Un jour comme les autres

Harvey Pekar

Vertigo/Panini




Joan Didion : Généalogie de l'ennui

Posté par Maxence le 22.02.08 à 16:22 | tags : robert laffont, roman

Bret Easton Ellis n'est pas le seul à avoir su donner une dimension existentielle à l'ennui qui sévit au sein des classes aisées de la Californie, et à avoir prêté un habillage glamour à la dépression. Avant lui, la romancière, scénariste et journaliste Joan Didion, que le natif de Los Angeles cite comme une influence essentielle, a su mieux que personne établir le constat désenchanté d'une Amérique certes libre, mais surtout en totale perte de repères.

 

Découverte en France grâce (ou plutôt à cause) de L'année de la pensée magique, un roman narrant la disparition de son mari John Gregory Dunne, romancier fameux et scénariste (souvenez-vous, le polar sacrilège Sanglantes confessions et son adaptation avec Robert Duvall et Robert De Niro en prêtre révolté par la corruption de l'église américaine, c'est de lui !). Joan Didion est l'égérie d'une certaine intelligentsia US, parmi laquelle on compte Ellis bien sûr, mais également Jay McInerney ou encore Donna Tartt.

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Robert Laffont - Pavillon poche




Exit Wounds : boum ! au quotidien

Posté par 2goldfish le 22.02.08 à 15:48 | tags : comics

Exit Wounds raconte l'histoire d'un garçon et d'une fille réunis par des circonstances extraordinaires et qui ne s'aiment pas beaucoup au début mais vont apprendre à se connaître et s'apprécier... Ce pourrait être le scénario d'une comédie romantique façon Hugh Grant et Julia Roberts si les circonstances extraordinaires n'étaient la disparition possible du père de l'un et de l'amant de l'autre dans un attentat suicide palestinien en Israël. Tous deux ont des raisons de douter que le corps trop brûlé pour être identifié soit celui de leur proche.

Exit Wounds est cependant tout sauf politique. L'attentat pourrait aussi bien être une catastrophe naturelle : Exit Wounds, ça veut dire "plaie de sortie" et il est davantage ici question de conséquences que de causes. Rutu Modan lance ses personnages dans une quête dont on se moque un peu : le mort potentiel semble avoir été un type plutôt déplaisant et on doute fort qu'il soit effectivement mort.

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Exit Wounds

Rutu Modan

Actes Sud BD




Lire et élire : la course aux prix littéraires

Posté par Céline le 22.02.08 à 15:05

Au mois de mars, il va décidément se mettre à pleuvoir… des prix littéraires. Si ce genre de récompense ne peut jamais assurer la qualité d'un livre, la sélection des jurys permet cependant de porter un regard intéressant sur certaines œuvres qui sans cela passeraient peut-être inaperçues.

Autant le dire tout net, ce roman m'est un peu passé par dessus (ou dessous) la tête, au point qu'ayant laissé passer une bonne semaine entre sa lecture et la rédaction de cette notule (qui n'en est pas vraiment une du coup), j'ai dû rechercher sur Internet de quoi diable ça pouvait parler.

Il faut, lorsqu'on rend compte d'un livre, faire preuve d'un minimum de précision, ce dont je n'étais plus capable. De Voyager léger, je me souvenais du style léger, désinvolte et moderne qui permet une lecture facile, et installe une connivence de bon aloi entre le lecteur et son auteur. Julien Bouissoux a l'air d'être un type aussi sympa que son alter ego, du genre qu'on aimerait avoir pour ami. Son personnage est jeune, hésitant sur la manière de mener sa vie. Ses remarques sur la vie sont souvent amusantes et pertinentes : elle n'est pas facile, pas vrai ?, mais laissent souvent une impression de déjà-entendu. Tristan Poque (voilà ce dont je me souvenais) était un écrivain non pas vraiment à la dérive, mais disons "en recherche de dynamique". Auteur d'un premier roman ambitieux, il s'était réfugié assez vite faute de succès dans l'écriture de romans policiers sous des pseudonymes qui lui apportaient, à défaut de la reconnaissance, des ventes significatives et l'argent qui va avec.

Editions de L'Olivier



Girls : gare au spermato géant !

Posté par Myosotis le 21.02.08 à 16:00 | tags : comics

Il m'aura fallu pas mal de temps avant d'être convaincue par la série Girls des frères Luna, qui s'est achevée il y a quelques mois par le tome 4.

 

L'histoire de Girls (qu'on ne confondra surtout pas avec le Lost Girls d'Alan Moore) est assez simple : dans l'Amérique profonde, au milieu du village Pennystown, peuplé de quelques dizaines d'habitants, atterrit un jour une jeune fille à poil. Recueillie par un adolescent dans sa voiture, il s'avère assez vite que la jeune femme, plutôt bien faite -euphémisme, les brunettes sont à croquer, suffisamment en chair pour suggérer leur extrême fécondité, peau de porcelaine, lèvres papillon etc - ne s'intéresse qu'à une chose : baiser pour se reproduire.

Fécondée, elle se reproduit en mode Gremlins, pond un oeuf et donne bientôt naissance à une colonie de nanas à poil extraterrestre qui entreprennent de massacrer les femmes (à l'exception des femmes enceintes), de séduire les hommes et de se reproduire davantage. Accessoirement elles portent aussi les cadavres de leur victime comme nourriture à leur vaisseau-mère, un spermato géant incandescent de plusieurs mètres de diamètre, posé dans un champ à côté.

Hum....vous vous dîtes que les types qui ont écrit ça avaient sacrément fumé, pas vrai ? En fait, malgré ce résumé, Girls ressemble plus à un film bien achevé des frères Coen qu'à un délire sans queue ni tête.

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Girls, Tome 1 à 4

Jonathan et Joshua Luna

Delcourt

 




Iain Levison : Travailler plus pour gagner moins.

Posté par Maxence le 21.02.08 à 12:09 | tags : rentrée littéraire, roman

Signe des temps, les livres sur l'environnement professionnel, le travail de bureau, les aléas de l'intérim et le chômage se multiplient (et parfois se ressemblent). Rares cependant, sont ceux qui sont aussi drôles - et surtout aussi lucides - que Les tribulations d'un précaire de Iain Levison (titre original : A Working Stiff's Manifesto). Levison, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, est l'auteur d'un excellent roman noir universitaire, Une canaille et demie, toujours chez l'éditeur Liana Levi, ainsi que d'un autre roman sur le travail, Un petit boulot. Dans ce nouveau roman, en réalité un récit ouvertement autobiographique, l'auteur américain se met en scène et brosse un portrait sans concession du marché de l'emploi aux Etats-Unis.

Apre et réaliste, Les tribulations d'un précaire s'éloignent des molles préoccupations des personnages de Génération X de Douglas Coupland, ou de l'Open space de Joshua Ferris. Dans ces romans les protagonistes ont encore l'espoir de trouver ou de garder un emploi décent. Mais l'expérience de Iain Levison, elle, tend carrément à prouver qu'un "emploi décent" ne veut plus rien dire de nos jours pour beaucoup d'américains.

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Tribulations d'un précaire
Iain Levison
(Liana Levy)




Le poche de luxe : habillage prestigieux/ lectures essentielles

Posté par Céline le 21.02.08 à 11:16 | tags : news, poche
Les romans de la nouvelle collection "Signatures" des éditions Points sont comme des grands... mais en petit. Avec leurs couvertures à rabats et en papier glacé, les titres parus dans cette collection se veulent des poches de prestige.
Mais de prestigieux ils n'ont pas que l'apparence : les œuvres choisies sont toutes de véritables trésors de Points. Les enfants terribles de la littérature moderne inaugurent la collection : Italo Svevo, Ian McEwan, John Fowles, John Cowper Powys et William Faulkner. Sans doute existe-t-il aussi une cohérence entre les cinq premiers titres publiés. Entre Le jardin de ciment de McEwan et Givre et sang de Powys, la résonance se signale jusque dans les titres eux-mêmes. Dans ces œuvres, tout comme dans L'Obsédé de Fowles et Le bon vieux et la belle enfant de Svevo, il est question de nature humaine, de désir et de conscience torturée. Quant à Faulkner, avec Moustiques, il est sans aucun doute le maître de cette littérature crue et cruelle qui a su troubler le XXe siècle.

Il faut donc espérer que le compromis entre le livre broché (trop cher, trop encombrant ?) et le livre de poche (trop populaire, pas assez classe dans le métro ?) redonne le goût de la lecture à certains. Surtout s'il s'agit d'auteurs incontournables. Et pour ceux qui y prendraient goût et voudraient uniformiser l'étagère de leur bibliothèque, trois autres auteurs sont à paraître pour le mois d'avril : Jay McInerney, William Boyd et Henri Roth.

 

Concours : En partenariat avec Points, Fluctuat vous propose de gagner cinq lots des cinq premiers ouvrages de la collection.

Accéder au concours Points / Fluctuat


 




Millénium, la trilogie millionnaire

Posté par Céline le 20.02.08 à 14:05 | tags : best-seller, news, polar
La trilogie "Millenium" de Stieg Larsson (dont le premier volume, Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes, a été chroniqué il y a longtemps déjà sur Fluctuat) rend accroc comme ces séries TV que tout le monde suit, sans trop oser s'en vanter, et de façon quasi-obsessionnelle. Comme pour l'autre best-seller qu'est Harry Potter, il se passe là quelque chose qui a peut-être bien à voir avec la sorcellerie.

 

Parus pour la première fois en 2004 en Suède, les trois polars de la série n'ont depuis pas cessé d'étendre leur succès. En Suède mais aussi en France (près d'un million d'exemplaires vendus), tout le monde se laisse happer par les aventures du journaliste Mikael Blomkvist, et de sa comparse Lisbeth Salander, une punkette rachitique et bisexuelle pour qui l'informatique n'a aucun secret. Les ingrédients d'une histoire si bien menée ? Prenez un couple improbable. Ajoutez-y des références à l'universelle Fifi Brindacier (l'héroïne de la romancière Astrid Lindgren, dont l'auteur a toujours été fan). Eliminez comme des grumeaux toute invraisemblance qui pourrait subsister dans l'enquête policière, et enfin versez sur le tout une critique acerbe du "modèle scandinave".

Si on se permet ici de parler de ce livre comme d'une recette qui marche, c'est que Stieg Larsson a toujours semblé très sûr de son coup. Selon son ami Mikael Ekman, avec lequel il a publié une étude sur le nationalisme suédois, Stieg aurait évoqué dans ces termes son projet de rédiger un polar : "pour faire du blé et assurer une retraite pépère consacrée entièrement à l'écriture". Il réitère ces propos auprès de son éditrice Eva Gedin au moment où elle lui achète son manuscrit, assurant que "Millenium" serait son "assurance-retraite".

Stieg Larsson avait bien calculé. Dommage pour lui qu'il n'ait pas vécu assez longtemps pour en profiter. Ses fans regrettent surtout de ne jamais voir sortir la suite des trois premiers volumes parus : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, et La reine dans le palais des courants d'air. Ils pourront toutefois se consoler avec les adaptations pour le cinéma et la télévision qui devraient bientôt voir le jour.

 

Voir la fiche de Millénium, le film de Niels Arden Oplev.




Swap : Superman et un Moore de plus

Posté par Myosotis le 19.02.08 à 08:03 | tags : comics, roman

 

Le problème avec les Moore, c'est qu'ils n'entretiennent aucun lien de parenté et se multiplient comme des lapins pour le meilleur et... le meilleur. Après Alan, dont on ne cesse de parler, Christopher, dont on parle moins mais qui nous enchante par ses romans burlesques depuis pas mal d'années (l'Agneau, le lézard de Melancholy Cove ou son Livre de Noël), voici venir Antony Moore et son premier roman bobobrillant qui nous ramène certes (comme chez ses homonymes) dans l'univers des comics, mais surtout dans celui de la fiction débridée.

Qu'on ne se méprenne pas, Swap n'est pas une simple affaire de BD ni un roman pour spécialistes, même si l'histoire tourne autour d'un exemplaire n°1 de Superman, objet d'un échange "innocent" entre 2 gamins de douze ans, à la sortie d'une école de Cornouailles. On est loin ici des référentielles Aventures de Klay & Kavalier de Michael Chabon (on parlera bientôt de son perroquet).

L'atmosphère s'apparente plus, avant sa chute, au beau roman de Nick Hornby intitulé Haute fidélité. Le héros de Swap s'appelle Harvey. Il a la trentaine, un magasin de bande dessinées à Londres, un gros bidon de buveur de bières et un profil de looser pas très beautiful.

 

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Swap - 352 pages

Antony Moore

Editions Liana Levy

 




Robbe-Grillet : le presque immortel

Posté par Céline le 18.02.08 à 16:20 | tags : news

N'en déplaise aux ardents défenseurs de la morale, Alain Robbe-Grillet a eu raison de s'en donner à cœur joie dans Un roman sentimental, sa dernière provocation littéraire en date, et sa dernière provocation tout court. L'académicien qui n'avait jamais voulu endosser l'habit est mort d'une crise cardiaque dans la nuit du 17 au 18 février.

La façon décomplexée avec laquelle Robbe-Grillet a décrit des scènes d'inceste et de pédophilie dans son dernier roman – un "conte de fée pour adultes" – avait suscité de vives réactions : tandis que certains y ont vu un ultime chef d'œuvre du Pape du Nouveau Roman, d'autres ont décrié la légitimité d'un texte aussi choquant.

A l'âge de 85 ans, Robbe-Grillet avait-il simplement pour dernière ambition de se faire censurer, de faire sortir la littérature de ses retranchements ? Ou est-il mort en vieux dégueulasse ?

Dans tous les cas, un homme à la tête d'une œuvre aussi imposante que la sienne pouvait bien se permettre ce petit scandale. L'auteur de La jalousie est à l'origine du dernier grand (et vrai) mouvement littéraire qu'ait connu le vingtième siècle, mais il a également travaillé pour le cinéma, soit en tant que scénariste (L'Année dernière à Marienbad d'Alain Resnais, Lion d'or en 1961), soit en tant que réalisateur (Glissements progressifs du plaisir, La Belle Captive).

A la fois érudit et turbulent, Alain Robbe-Grillet aura su bousculer jusqu'à la fin les petits bonhommes les plus figés du monde littéraire. Depuis mars 2005, messieurs les membres de l'Académie Française attendaient que le nouvel élu prononce son discours de réception. Ils peuvent toujours attendre… Et sans doute s'amuser de cela serait-il un hommage pertinent à l'écrivain.




Daniel Woodrell embrasse le roman noir rural

Posté par Maxence le 18.02.08 à 10:44 | tags : polar, rivages, roman

Ceux à qui la nature parle, ceux qui apprécient par exemple les paysages désolés filmés par Ethan et Joel Coen et décrit par Cormac McCarthy, les contrées sauvagesde Jim Harrison et le sud profond de James Lee Burke, ne resteront pas indifférent à la lecture de Faites-nous la bise, dernier roman de l'américain Daniel Woodrell paru en poche chez Rivages/noir ce mois. Après le turbulent La Fille aux cheveux rouge tomate et le grinçant Sous la lumière cruelle, Woodrell part à la rencontre de ses racines campagnardes à travers ce "roman noir rural" truculent et quasi-autobiographique.

A travers l'histoire classique d'une vendetta générationnelle vue par un des membres les mieux lotis du clan, Doyle - l'écrivain de la famille - Faites-nous la bise brosse avec tendresse et ironie la saga d'une famille originaire des Ozark, terre rocailleuse et inhospitalière du sud profond des Etats-Unis.

"Trois petites secousses", c'est ce qui valut aux Redmond de se voir déchue de leurs terres et de perdre ainsi fortune et considération. Trois petites pressions des doigts du grand-père "Panda", sur la gâchette d'un revolver un jour de marché, et ç'en était fait du destin de toute une lignée de Redmond.

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Daniel Woodrell
Faites-nous la bise
Rivages/Noir




Bruce Wagner et le rêve hollywoodien

Posté par Easywriter le 15.02.08 à 12:10 | tags : polar

Tout le monde aime tellement Bruce Wagner qu'on finirait par s'en méfier. De son roman Toujours L.A., James Ellroy a dit (en préface s'il vous plaît) que c'était une tragédie spirituelle et Bret Easton Ellis que c'était "Le grand roman hollywoodien". Certes de ces deux zigues on avait pris l'habitude de ne pas tout avaler.

Mais quand Salman Rushdie dit de Wagner que c'est un visionnaire déguisé en farceur, que David Cronenberg voit en lui un "Joyce dont Hollywood est Dublin", on se dit qu'il commence à y avoir un peu trop de monde pour une banale entente de bidonneurs associés ( et en monnaies sonnantes et trébuchantes éventuellement remerciés). Et encore vous fait-on grâce des papiers énamourés de la presse East-Coast...

En croisant les destinées de trois personnages à Hollywood - un acteur en plein boom, une lose et une secrétaire nympho - Wagner décrit la cauchemardesque industrie du rêve.
Pour ce qu'on en a lu jusqu'ici ( cette notule n'est pas une critique littéraire) Wagner s'essaie à un genre où certains américains (Easton Ellis en tête) excellent régulièrement : trouver dans les gestes anodins la marque des névroses contemporaines et être capable de saisir une vie entière en quelques fulgurances, le tout ponctué par un sens aigu du name-dropping ( et de la surenchère trash).

CONCOURS : En attendant de pouvoir vous en dire plus et de papoter ensemble autour de l'ouvrage, on vous propose d'en gagner dix. Ainsi que dix exemplaires de "Un sur deux" de Steve Mosby autre thriller salué outre-Atlantique et dont on reparlera également bientôt.




A chacun sa Saint-Valentin

Posté par Easywriter le 14.02.08 à 16:22 | tags : elucubration
La Saint Valentin m'a toujours gonflé. Parce que :

1) J'ai quasiment toujours été célibataire à chaque 14 février.
2) Il faut toujours que j'écrive un truc sur cette fête à la c... alors que mes camarades Puck (ici) et Mon Missionnaire ()sont plus cyber-inventifs que moi
3) J'ai quasiment toujours été célibataire à chaque 14 février.

Ne vous attendez donc pas à ce que je fasse ici la promotion des dîners aux chandelles (ni aux Chandelles d'ailleurs, passons...).
Je vous offre juste deux exemples de romantisme moderne.
Le premier pour les femmes :

Je suis allée dans notre chambre à coucher et je me suis couchée par terre, pour ne pas défaire les couvertures. De là où j'étais, j'ai vu de la poussière et des vieux magazines, sous le lit, qui m'ont rappelé un dicumentaire sur les fourmis que nous avions regardé. Il existe des civilisations entières là-dessous toutes aussi actives que nos villes à la surface de la terre. Nous ne faisons plus l'amour. Je ne m'en plains pas, c'est de ma faute. Je suis allongée à côté de lui, j'essaie d'envoyer des signaux à mon vagin, mais c'est comme essayer de regarder les chaînes câblées sur un téléviseur qui n'a pas de branchement pour recevoir les programmes du câble. Mon esprit réclame de faire l'amour, mais mon vagin se contente d'attendre la prochaine fois qu'il aura envie de faire pipi. Il pense que son unique boulot c'est de faire pipi.

 

Un autre pour nous les hommes :

 

Je vous téléphone encore, ivre mort au matin
Car aujourd'hui, c'est la Saint Valentin
Et je me remémore notre nuit très bien
Comme un crabe déjà mort
Tu t'ouvrais entre mes mains
Ceci est mon voeu, ceci est ma prière
Je te la fais, les deux genoux à terre

Non non non non non
Non non non non non
Je ne suis plus saoul
Un peu à bout c'est rien
Moi je crois en toi
C'est tout

Allo oui c'est moi encore, écoute moi bien
Moi la nuit quand je m'endors
Je t'imagine très bien
Perdue sous d'autres corps
Me réclamant en vain
Bouffée par les remords de la Saint Valentin


Le premier est signé Miranda July, extrait de son recueil de nouvelles, "Un bref instant de romantisme" et l'autre est une chanson de ce joyeux drille de Miossec. Vous pouvez l'écouter ici.



Multiple Carlos

Posté par 2goldfish le 13.02.08 à 14:10 | tags : bd

 

Carlos Gardel est un légendaire chanteur argentin dont on sait finalement peu de choses sur lui, ou plutôt trop pour que toutes soient vraies. Il serait né en France, en Argentine ou en Uruguay, aurait été communiste ou pas du tout, peut-être lié au crime organisé, il aurait été homme à femme ou homosexuel (ou les deux), aurait été assassiné ou victime d'un accident d'avion. Ce qu'on sait pour sur c'est qu'il a popularisé le tango sur toute la planète grâce à ses disques et ses films et qu'il reste un héros national en Argentine et en Uruguay, les deux pays se disputant la paternité du chanteur.

Ce gros flou qui entoure la vie de Carlos Gardel, José Muñoz et Carlos Sampayo en profitent pour raconter ce qu'ils admettent être une "vie rêvée" de Gardel et pour présenter plusieurs points de vue contradictoires tout au long de la bédé. Le prétexte, c'est une émmission de radio dans laquelle deux "experts" débattent du chanteur. L'un est un argentin qui croit en Gardel le héros national, l'autre est uruguayen et communiste et veut démonter le mythe pièce par pièce. Pendant que ces deux là se disputent nous est présenté ce qui pourrait être la "réalité" de la vie de Gardel, quelque part entre les deux.

Ce n'est qu'un premier volume bien trop court cependant et on ne peut dire avec certitude où Muñoz et Sampayo veulent en venir. Ce qui est certain c'est que la vie du chanteur offre aux auteurs un canevas sur lequel ils peuvent broder à l'envie leurs thèmes favoris, ils font de Gardel une figure à la Sinatra, un séducteur et un joueur qui rencontre des jazzmen à new york et évolue dans une Buenos Aires en noir et blanc magnifique, tout en contrastes et jeux d'ombres élégants, un véritable délice pour les yeux.

Carlos Gardel, La voix de l'Argentine

José Muñoz et Carlos Sampayo

Futuropolis




La Solution Finale ou le retour foireux de Sherlock Holmes

Posté par Myosotis le 12.02.08 à 12:16 | tags : robert laffont, roman

Michael Chabon a fait son petit effet en donnant un titre provocant (inspiré de Conan Doyle et non de ce qu'on sait) à ce petit livre policier à l'ancienne.
La solution finale
fait ainsi référence moins à la Shoah qu'à ces instants magiques où un détective anglais (ou américain) réunit les protagonistes d'une affaire criminelle pour leur livrer, au sortir d'une belle démonstration mi-scientifique, mi-mystique, la solution de l'énigme.

L'auteur des Mystères de Pittsburgh, des Garçons Epatants et du génial les Aventures Extraordinaires de Kavalier et Clay (Prix Pulitzer brillant qui évoquait la création de l'industrie des comics au travers du destin de deux immigrés juifs), est à 45 ans, l'un des écrivains américains qui marchent le mieux, l'un des plus acclamés depuis ses Mystères (en 1988) et des plus respectés pour sa manière de mêler des intrigues historiques complexes et des questions intimes (la nostalgie, la judéité sont au coeur de son travail).
Le tout sous une langue châtiée, élaborée et un cran au dessus de la moyenne américaine. Chabon serait ainsi au roman ce que Woody Allen est au cinéma, un grain de Mark Twain en plus, ce qui lui permet, dans ses meilleurs moments, de faire souffler de l'épique là où d'autres ne verraient que des questions domestiques. Il a aussi participé à l'écriture de Spiderman 2 et collaboré sur un remake de Blanche Neige et les 7 Nains en film d'arts martiaux.... pour le compte de Walt Disney.

Malheureusement pour nous, la Solution Finale n'est clairement pas à la hauteur de ses précédents travaux. On retrouve dans ce livre, court de ses 157 pages, les thématiques qui font d'ordinaire la qualité des travaux de Chabon mais pas la fluidité de leur enchaînement. La Solution Finale se veut un livre hommage aux romans de Conan Doyle. La scène se déroule dans une Angleterre campagnarde où dans une pension de famille est recueilli un jeune garçon, Linus, arrivé (nous sommes en pleine guerre mondiale) d'Allemagne. L'enfant ne parle pas ou très peu, a sans doute perdu sa famille en déportation et est flanqué d'un perroquet appelé Bruno qui débite à longueur de journée des séries de chiffres (un code ?) en Allemand. La pension accueille évidemment quelques autres caractères (le fils de la famille violent, une sorte de mystérieux représentant, etc) qui vont constituer assez vite une liste de coupables et de seconds rôles assez archétypale et convenue. Au bout de quelques pages, le perroquet Bruno est enlevé et un des pensionnaires retrouvé mort au pied de sa voiture. Il s'avère assez vite que l'individu était en train de voler le perroquet et a été interrompu en pleine fuite. Un vieux détective, jamais nommé (on se demande pourquoi tant les appels du pied sont énormes et répétés), en retraite, devenu apiculteur, veste de tweed, ayant habité Londres et qui se prévalait jadis de qualités exceptionnelles de déductions scientifico-rationnelles est ému par le gamin et décide de mener l'enquête pour retrouver le perroquet et identifier le coupable.

La dynamique du livre se met en place autour du couple constitué par ce Sherlock Holmes fatigué et le gamin mutique : émotion, temps qui passe, souffrance intérieure, économie des mots sont au programme pathos de l'auteur. Chabon se la joue "le vieil homme et l'enfant" pour dévoiler avec peine une intrigue qui se veut nostalgique des ambiances tissées par Conan Doyle mais ne réussit pas à convaincre. Le perroquet est introuvable. Etait-il recherché par l'Etat parce qu'il dissimulait le système de cryptage de l'Allemagne nazie ? Quelles horreurs a bien pu voir ce gamin pour décider de ne plus parler qu'à l'envers ? Les pensionnaires sont-ils ceux qu'on croit ? En guise d'hommage à Conan Doyle, l'intrigue de Chabon se traîne lamentablement jusqu'à un dénouement idiot et qui fait plus penser à Derrick qu'à Doyle ou Agatha Christie. La langue elle-même paraît ici trop ampoulée et surchargée d'effets (de bons mots, de mots savants, d'adjectifs) pour ce qu'elle a vraiment à dire, mettant en évidence la verbosité gimmick d'un Chabon qui se regarde écrire. Il y a quelques beaux moments d'émotion dans cette Solution Finale (entre le gamin et le vieux notamment, les séances d'apiculture, le retour à Londres, les soirées au coin du feu) mais elles ne suffisent pas à en faire autre chose qu'une pâle imitation d'un roman victorien ou policier à l'ancienne. Le roman est sympathique, se lit vite, amuse mais déçoit globalement par sa vanité et son manque de tenue. Passé de l'autre côté de l'Atlantique, Chabon semble perdre ses repère américains et fait pâle couleur locale. Le roman a produit son effet aux Etats-Unis mais est trop léger pour impressionner en Europe. Sans doute aura-t-on l'occasion de se rattraper prochainement avec son plus consistant The Yiddish Policemen's Union, sorti aux Etats-Unis l'année dernière.

La solution finale de Michael Chabon

Robert Laffont - 157 pages




Un homme changé : un nazi au grand coeur, excellent roman américain

Posté par Myosotis le 11.02.08 à 15:30 | tags : métailié, roman

 

La librairie anglo-saxonne de chez Métailié dévoile mi-février un nouveau roman de l'écrivain américain Francine Prose qui, s'ajoutant aux récentes publications de cette maison d'édition peu exposée, contribue une nouvelle fois à la rendre indispensable. Francine Prose est une universitaire new-yorkaise de 60 ans qui avait notamment fait parler d'elle, il y a quelques années, avec un bon livre Blue Angel, paru en 2001, sur le harcèlement sexuel. Bonne juriste et peintre habile des classes moyennes supérieures blanches, elle aime travailler au corps les contradictions de l'Amérique et étudier d'un point de vue décalé l'enracinement des valeurs fondamentales du pays (la tolérance, la liberté d'expression, la liberté etc).

 

Un Homme changé est un roman à la fois intelligent, intimiste et utile. Il raconte (je la fais courte) l'histoire d'un jeune néo-nazi américain, Vincent Nolan, issu de l'Amérique profonde (pauvreté, famille tuyau de poële comme on dit, chômage, magouille, fumettes et petites embrouilles) qui, un jour, sous le coup d'un trip aux acides dans une rave (!), décide de changer de vie. Vincent Nolan vole le fric de Raymond, son mentor de la grande Maison de la Fraternité Blanche, son 4x4 et débarque à New York où il pousse la porte d'une institution Anti-Raciste, humanitaire et dirigée par la figure tutélaire d'un vieux juif rescapé des Camps de la Mort. L'irruption du nazi repenti, de sa musculeuse présence, de ses tatouages et crâne rasé, bouscule le petit monde des faiseurs de Bien (l'association oeuvre pour la libération de divers réfugiés politiques et peine à trouver des donateurs) qui y voit vite un moyen de doper la collecte des dons. Accueilli par Bonnie, l'assistante Bridget Jonesque (pas de mari, pas de sexe mais des illusions pleins la tête) du président, et ses deux adolescents, Vincent Nolan devient la coqueluche des milieux humanitaires et la preuve vivante que l'homme peut... changer et réformer son système de valeurs.

 

Sous ce petit résumé se devine assez mal la finesse de Francine Prose qui élabore un roman à la fois très réaliste (le personnage de Vincent Nolan est parfait), un rien satirique (les séances de dons et la peinture des joyeux donateurs figurent parmi les bons moments du livre) et globalement émouvant. L'arrivée d'un nazi dans une famille américaine standard est à elle seule une source de comique et de situations cocasses : Vincent Nolan vole la marijuana de l'aîné des enfants, devient une sorte de figure paternelle de substitution qui peu à peu remplace un père complètement odieux (et médecin). Il y a quelques grosses ficelles dans ce roman (le nazi devenu gentil, la femme qui en tombe amoureuse) mais qui jamais ne viennent entraver la fluidité du récit. La métamorphose de Nolan en gentil nazi archétypal est un vrai tour de force. Le balourd transforme sa mémoire, le récit de sa vie pour en faire une sorte de conte épique, donnant à l'Amérique exactement ce qu'elle veut entendre. On déplorera seulement que la résolution de l'intrigue (l'arrivée de Raymond le vengeur sur un plateau télé où Nolan se produit) intervienne aussi brutalement - un coup de poing dans la gueule - et que le tout s'ouvre sur une sorte de happy-end aussi inquiétant que l'était le début du livre.

Sans être un chef d'oeuvre, cet Homme changé est un vrai bon livre "à l'américaine", un roman à la fois convaincant sur le fond et plutôt réussi sur la forme, en même temps qu'une leçon comique d'éducation civique.

 

Un homme changé de Francine Prose

 

Métailié - sortie le 14 février 2008

 




Le totem du Loup peut-il détrôner Harry Potter ?

Posté par Céline le 08.02.08 à 18:40 | tags : news, roman

Vous n'avez peut-être pas encore entendu parler du Totem du loup, pourtant élu "meilleur best-seller chinois depuis la Mort de Mao". Le roman, signé Jiang Rong, a déjà reçu en 2007 le Prix Man de Littérature asiatique (créé par le groupe sponsor du célèbre Booker Prize anglais).
Pourra-t-il étendre son succès au-delà des frontières chinoises ?

Le Totem du Loup vient de paraître en français aux éditions François Bourin, et sera traduit dans 26 langues différentes au cours de l'année. Mais il pourrait même se faufiler jusqu'à Hollywood : la société de Peter Jackson, réalisateur du Seigneur des Anneaux, songe déjà à en faire une adaptation cinéma. On sent là se profiler un nouveau phénomène international, qui pourrait bien s'amplifier jusqu'à poser la question : Le totem du Loup peut-il détrôner Harry Potter ?

Le héros du roman, Chen Zen, est un étudiant débarqué à l'époque de Mao en Mongolie pour y servir la cause de la Révolution culturelle. Mais rapidement, il y découvre des allures de liberté qui lui font revoir ses opinions politiques. Fasciné par les loups, le jeune Chen Zen abandonne ses objectifs pour suivre les cavaliers nomades à travers les steppes.

Mais au-delà du récit initiatique, c'est surtout le message politique du roman qui a fait naître l'engouement des Chinois. Selon Jiang Rong, il faut que les chinois "se mettent à l'école du loup", qui est caractérisé par "l'attachement à la liberté et la force", pour parvenir à la démocratie et cesser d'être "les moutons" que la dictature a fait d'eux.

Cette assertion a soulevé les virulentes attaques des confucianistes, ultra-nationalistes et autres conservateurs chinois. Pour Jiang Rong, le fait que livre n'ait pas été interdit à sa sortie signale (quand même) les progrès considérables que le pays a fait en matière de liberté.
On attend maintenant de voir si Le Totem du loup va provoquer la même révolution auprès des lecteurs français. Et par la même occasion, de savoir si la littérature asiatique s'exporte aussi bien que les nouilles et gadgets en tout genre.




Insekt : Charlie Brown dans Black Hole

Posté par 2goldfish le 05.02.08 à 16:14 | tags : bd

J'ai lu quelque part que Sascha Hommer revendique deux influences principales pour Insekt, sa première bédé parue en France chez Sarabacane : Charles Schultz et Charles Burns. Je ne peux qu'aimer un auteur qui en une déclaration si synthétique et a posteriori si évidente me rend le travail si facile.

De Schultz, l'auteur de Snoopy, L'intégrale : Snoopy et les Peanuts : 1950-1952, il reprend les personnages petits, mignons et tristes. Chez Burns, auteur de Black Hole, il reprend les monstres et le sexe. Et chez les deux il a trouvé la même peinture de la pression sociale, des losers, des exclus et un existentialisme simple et touchant. Si les noms de Burns et Schultz apparaissaient quelque part dans le bouquin, il pourrait prétendre être une critique ou une analyse de texte tout autant que ce qu'il est : un mix intelligent d'inspirations a priori éloignées l'une de l'autre.

Insekt raconte l'histoire de Pascal, un gamin populaire dans une école normale en tout point si ce n'est qu'elle se trouve dans une zone si polluée qu'on n'y voit pas en plein jour. Les filles se battent pour lui jusqu'au jour où l'une d'elle l'entraîne dans une zone non polluée et découvre à la lumière du jour que Pascal est un "insecte", une espèce de mutant monstrueux.

Cette bédé n'a pour elle ni une grande originalité ni aucune réelle profondeur mais le trait rond et épais de Hommer est charmant comme à peu près tout à propos de ce petit bouquin.

Insekt
Sascha Hommer
Sarbacane




CIVIL : Daniel Foucard fait sa Police Academy

Posté par Myosotis le 03.02.08 à 17:20 | tags : roman

J'avais dit mon extrême scepticisme quant au dernier roman de l'expérimental Daniel Foucard, Cold, paru il y a un an ou deux maintenant. Cela ne m'empêche pas de placer son cinquième ouvrage (Foucard est aussi un homme de revues et un expérimentateur de talent - je vous renvoie à son site personnel pour le détail), le bien nommé CIVIL parmi les excellentes surprises de ce début d'année littéraire.

CIVIL se présente comme une séance de cours en quasimonologue professée par un policier instructeur devant une cinquantaine de futures recrues de la police de Madère, cette île portugaise magnifique située au large des côtes atlantiques. Josh Modena, l'instructeur star du roman, est un flic intelligent et un orateur hors pair. Ses dialogues sont au niveau des dialogues de Platon quand il discute, avec l'aplomb et le style(...°

Lire la suite de la chronique 


Civil 

Daniel Foucard

Léo Scheer - 192 pages




Je suis vieille et voudrais n'en faire qu'à ma tête

Posté par Easywriter le 01.02.08 à 12:06 | tags : news, roman

Ca pourrait être un titre d'Anna Gavalda mais ça ne concerne que le changement de philosophie de la romancière. Gavalda publiera son nouveau roman, La Consolante, en mars.
Le livre qu'on attend avec une impatience toute relative, narre l'histoire d'un architecte qui décide de changer totalement de vie après la mort d'une femme qu'il a connue enfant.
Comme toujours chez Gavalda, il sera probablement question des bonheurs simples et de la nécessité de se réapproprier sa vie. Gavalda a décidé d'appliquer ces préceptes à sa propre vie et d'en finir avec une activité qui la saoûle et dont elle peut désormais se passer : le marathon promotionnel.

"Avant j'étais jeune et docile, je ne savais pas dire non et voulais faire plaisir à tout le monde, écrit Anna Gavalda. J'acceptais les demandes des photographes et répondais aux interviews alors même que je détestais cela, prendre la pose. Aujourd'hui, je suis vieille et revêche et voudrais n'en faire qu'à ma petite tête (de linotte?), c'est-à-dire continuer d'écrire, mais le plus discrètement possible.
Ai-je tort, ai-je raison, je l'ignore, seulement je viens de passer deux ans (trois en comptant les rêveries préliminaires) dans la peau d'un homme qui, pour se réconcilier avec lui-même, décide de prendre le risque de (se) décevoir et me dis qu'il serait bon d'en prendre de la graine. Et puis j'ai toujours pensé que mes personnages avaient des vies plus intéressantes que la mienne...
Les malveillants diront « Elle se la pète », les bienveillants penseront « Elle a de la chance... ».
La chance, ou la faiblesse, de croire que ses personnages justement, sauront bien se défendre tout seuls...
Vieille, revêche et écervelée.
Voilà pour le cru 2008.
Mais attentive cependant.
Assez attentive pour répondre à toutes les interrogations que pourrait éveiller chez vous la lecture de ce nouveau roman.
Sachez donc que je me tiendrai de l'autre côté de l'écran et répliquerai de mon mieux pour me faire pardonner mon "manque de visibilité"

Bon ok c'est peut-être juste un coup promotionnel mais ça nous la rend tout de même éminemment sympathique.






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