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Archives > Janvier 2008

La vie des morts vivants par Bret Easton Ellis

Posté par Maxence le 31.01.08 à 15:26 | tags : easton ellis, news

On nous avait annoncé Glamorama par Roger Avary, se sera finalement Zombies (The Informers) qui se verra adapté au cinéma par Gregor Jordan, réalisateur plutôt discret (Ned Kelly), sous la supervision de Bret Easton Ellis lui-même, ce qui est une bonne nouvelle.

Autre news plutôt positive, après Brandon Routh (Superman Returns) et Billy Bob Thornton, c'est au tour de Kim Basinger de rejoindre se casting d'angelenos en proie à toutes les molles turpitudes de la capital du cinéma.
On imagine déjà la star vieillissante incarnant une de ses mères abruties de valium et de prozac. Pour finir, on annonce aussi la présence au casting d'Ashley Olsen, de l'une des deux jumelles bien connues. On se prend à rêver à l'évocation de cette gamine anorexique qui a connu dés son plus jeune âge tout ce que L.A. peut produire de sexe cru, de drogue et de désillusion dans un film supervisé par Ellis... Un rôle de composition, pour le moins !

Après Moins que Zéro médiocrement adapté au grand écran sous le titre de Neige sur Los Angeles, puis l'excellent Les Lois de l'attraction de Roger Avary et le plutôt raté (bien que cela ce discute semble t'il ardemment sur certains forums tuning) American Psycho, espérons que ce recueil de nouvelles dont toutes les histoires sont liées (une gageur pour le réalisateur) sera honoré comme il se doit.

Le tournage a débuté en octobre dernier à Los Angeles (évidemment) et le film sortira courant 2008. On attend impatiemment la bande annonce.




Manu Larcenet plante des clous

Posté par Easywriter le 29.01.08 à 16:49 | tags : bd, news

 

Tous les afficionados du bonhomme le savent mais Planter des clous de Manu Larcenet est totalement fini. Le dessinateur explique sur son site que les couleurs du quatrième tome du Combat ordinaire sont terminées - dessins et couverture sont prêts depuis août dernier.
L'auteur publie même une planche qui montre son héros Marco en rendez-vous chez son psy à qui il n'a manifestement plus grand-chose à dire.

 

Tout finit bien apparemment - comment l'imaginer autrement - et on s'impatiente d'avoir l'objet entre les mains. Même si chaque jour qui passe nous rapproche aussi d'une autre terrible échéance : l'avoir déjà lu...

 

Planter des clous
Manu Larcenet
Dargaud







Alan Moore, romancier gourou

Posté par Myosotis le 28.01.08 à 16:04 | tags : alan moore, roman

Premier roman d'Alan Moore, le "plus grand scénariste de BD de tous les temps", La voix du feu est sorti, en version originale, dans une présentation aussi ésotérique que son propos, illustrée de photographies de José Villarubia qui en renforçaient le côté inquiétant et sanglant.
La traduction française impeccable arrive 11 ans après l'original (peu importe), au moment où Moore semble complètement aspiré par les passions magiques qui constituent le ressort essentiel de ce roman.

Un deuxième roman, intitulé Jérusalem, est annoncé, ainsi que, bientôt, un livre-somme sur les arts magiques puis un tryptique de La Ligue des gentlemen extraordinaire (dont le Black Dossier récent et excellent ressemble à un grimoire) qu'on dit sous influence mystique.

Moore est passé de l'autre côté du réel, s'il a jamais été des nôtres. Les propos d'un Snake and Ladders ou de Prométhéa ont peu à peu gagné sa conscience créatrice pour l'habiter entière et en faire un espace passionnant où l'ordre des choses ne relève pas du sens commun.
Moore est l'inventeur des Multivers (les univers qui se déploient sur des continuités et dimensions parallèles), mais aussi l'initiateur dans le omaine des BD des jeux temporels qui ont pu naître chez Wells (accouchant du steam punk), chez Poe (la littérature d'inspiration gothique) ou plus tard chez Philip K Dick (la dimension techno-parano). Dans cette Voix du feu, il nous entraîne dans une série d'historiettes toutes situées dans son village natal de Northampton entre le néolithique et 1995. Les histoires sont écrites chacune depuis le point de vue d'un narrateur différent (un homme préhistorique débile, un romain en mission, une sorcière, un pendu, la maîtresse d'une condamnée, un juge venu rendre sentence après un vol de bétail et finalement Alan Moore lui-même qui prendra la parole en dernier) et évoquent sur plus de trois mille ans d'histoire, la vie de ce territoire paumé à l'Est des Midlands, sur la rivière Nene.

Comme Moorcock et le maître du genre Ian Sinclair, Alan Moore est un artisan topographe de génie qui, raconte-t-il dans le dernier récit, a récupéré des montagnes de documentation concernant sa ville natale : des registres, la liste de tous les faits divers recensés depuis des lustres, des meurtres, des grimoires, des mentions dans des chroniques historiques; et dégagé des sortes de "constantes" ou "images récurrentes" qui, en motifs, viennent émailler l'histoire de la bourgade.

Parmi celles-ci, on trouve des odeurs, mais aussi des figures : celles d'une fille rousse vénéneuse, celle de têtes décapitées, de feux, qui éradiquent le Mal ou le provoquent, et qui viendront donner sa couleur et son unité à l'ensemble. Côté histoires, Moore ne craint pas d'en rajouter et nous offre des scènes souvent formidablement conçues (l'envoyé de Rome qui découvre que l'Empire n'a plus les moyens de fondre de vraies pièces d'or; le traître du Complot des Foudres lynché à la nuit de Guy Fawkes; le juge à la gorge tranchée par des Furies à poil, le templier converti qui rentre chez lui....) dans un style ultraréaliste au point d'en devenir pompier.

Comme les photos de Villarubia, les instantanés de Moore sont saturés de mots, d'odeurs, de chair et finissent parfois par écoeurer. La style est "populaire", presque rabelaisien ou sur le mode des Contes de Canterbury, toujours charnel (les scènes suggérées ou assumées de sexe sont toutes ultra convaincantes et dérangeantes) mais verse parfois dans un excès qui évoque le souci d'authenticité des films de Conan le Barbare. L'histoire d'ouverture contée avec ses propres mots (je vous laisse imaginer) par un demeuré du néolithique, chassé de sa tribu et qui se lie avec la femme du sorcier (l'homme-Hob, figure centrale, barbue et méchamment dominante, du roman), est quelque peu désarmante au delà de la cinquantième page.

Certaines histoires sentent la peau de bête et ont le côté repoussant et trop fort du gibier. Moore a une telle puissance évocatrice que la succession des contes nous accable aussi souvent qu'elle nous enchante. Certains twists sont de toute beauté et la plupart des nouvelles des chefs d'oeuvre de composition dramatique. Le propos pris dans son ensemble suggère l'histoire d'une ville de campagne à l'image de celle des hommes : violente, barbare presque et dominée par l'absence de dieu et de raison.

Moore démontre brillamment que les passions dominent le monde et sont capables d'ouvrir sur des dimensions (sanglantes, mystiques, ésotériques) que seul l'art peut mettre en évidence. Sa vision historique est noire et sans échappatoire, ce qui d'une façon ou d'une autre, perturbe l'accueil d'un livre qui ne nous laisse pas grand chose ni grand monde à qui nous raccrocher. Comment aimer ce qu'on nous raconte alors .

La Voix du feu est le premier jalon-synthèse d'une obsession dans laquelle on se fait prendre comme dans le filet du rétiaire. On y respire mal, on aime pas ça mais on ne peut pas s'en extirper aussi facilement. Le livre est admirable mais trop radical et monochrome pour être aimable. Le roman, avec toutes ses imperfections (trop d'intensité tue l'intensité....), est suffisamment bien tourné pour nous faire changer notre regard sur le cours des choses. Ce n'est pas un petit effet. Cet homme-là avant d'être un auteur, a tout du gourou : la capacité à nous faire voir le monde par ses propres yeux, sans qu'on s'en aperçoive.

 

La Voix du Feu - Alan Moore

Calmann Levy - janvier 2008 - 330 pages (20 euros)

 

 




Johnny Glynn : Et le septième jour, Peter Crumb s'arrêta, ouf !

Posté par Maxence le 23.01.08 à 14:56 | tags : editions du panama, rentrée littéraire, roman

Voilà presque 5 ans maintenant que les éditions du Panama s'imposent tranquillement comme l'un des acteurs incontournables du paysage éditorial français. Au vu de la qualité de leurs dernières parutions dans le domaine du roman, on se dit même parfois que l'on tient là les futurs Christian Bourgois. Après l'excellent La Fille du Boucher de Lynda Barry, c'est au tour de Jonny Glyn de nous envoyer au tapis avec Les sept jours de Peter Crumb. Acteur britannique également auteur pour le théâtre et la télévision, Jonny Glynn signe ici un grand premier roman déjanté, croisement sauvage entre Chuck Palahniuk et Hubert Selby Jr.


Récit dérangé et dérangeant, précis comme la dissection d'un cadavre sous la lumière crue d'une salle d'opération, Les sept jours de Peter Crumb met en scène la déglingue supposée d'un être dont l'existence a brutalement basculé sept ans plus tôt, lors d'une tragédie familiale qu'il aurait - ou pas - provoqué. Laissé pour compte et abandonné de tous, Peter Crumb décide qu'il ne lui reste plus que sept jours pour vivre et pour donner la mort, afin de mettre un terme à sept ans de souffrance. Après quoi, il se suicidera. Mais cette condamnation est pour le moins ambiguë. Drôle de hasard en effet dans ce calcul de sept ans et sept jours, car dés le début il est évident que Peter Crumb souffre de crise de schizophrénie aiguë : Habité par un être tout droit sorti de son enfer personnel, celui-ci le pousse à commettre des actes abominables. Crumb, victime d'hallucinations paranoïaques, est également persuadé de lire l'avenir dans les gros titres des journaux. Un avenir qu'il provoquera si celui-ci n'advient pas comme prévu.

 

Les sept jours de Peter Crumb retrace donc le compte à rebours mortel d'un homme banal devenu dangereusement psychopathe et lâché dans un Londres non moins menaçant. Inspiré à son auteur par une "overdose" de récits sanglants déballés sans pudeur en première page des tabloïds anglais, Les sept jours de Peter Crumb se donne pour mission de remuer la boue et de marquer les esprits. A ce sujet Jonny Glynn ne nous épargne rien. Son récit détaillé des exactions de son personnage est écrit avec une minutie et une lucidité sans faille qui fait penser à cette phrase de William Burroughs concernant le Festin Nu : "le Festin Nu, c'est cet instant pétrifié et glacé où tous les convives sont réunis autour d'une table et ou chacun peut voir ce qui est piqué au bout de sa fourchette". Le livre s'impose comme un constat d'échec, celui d'une "civilisation" débordée par sa propre sauvagerie. Décapitation, viol, éventration, brutalités diverses, par delà sa violence assumée de faits divers atroces, Les sept jours de Peter Crumb est aussi la chronique d'un monde qui sombre lentement dans la folie écrite par un fou.

 

Un livre plombant, dont la morale pourrait être "Qu'importe le meurtre dans un monde en ruine". A ce titre, une des prophéties de Peter Crumb est éloquente : "La planète se meurt, dit il, mais elle est si belle, si belle".


 

Les sept jours de Peter Crumb
Jonny Glynn
Panama




Nouveau Palahniuk : Qui a peur de Buster Casey ?

Posté par Easywriter le 21.01.08 à 18:28 | tags : denoel, roman

Rant (ou Peste en français) est l’un des livres les plus aboutis et ambitieux de Chuck Palahniuk mais aussi le plus bordélique et le moins bien tenu…de l’intérieur.

 

Présenté comme une « biographie orale », genre qui consiste à reconstituer la vie du personnage principal, ici un dénommé Buster Casey, supposément le plus grand serial killer du continent, par une succession de témoignages et d’interviews recueillis auprès d’experts, d’amis, de proches, d’anciennes maîtresses ou d’ennemis, Rant se présente donc comme un texte composé de paroles et récits indépendants (...)

 

Peste
Chuck Palahniuk
Denoël




Emily Dickinson : Superstar de la poésie romantique

Posté par Myosotis le 18.01.08 à 10:29 | tags : le seuil, poésie

Avec un nouveau NRF Gallimard et ce Points Poésie en édition bilingue, l'actualité Emily Dickinson a été plutôt chargée ces derniers mois, signe que la native de Amherst a de nouveau la cote. Il faut dire que la vie de la (relativement) belle Emily est triste à mourir et suffisamment crève-coeur pour convertir tous les amateurs de poésie.

"Ce monde n'est pas une Conclusion./Il y a une vie au-delà/Invisible, comme la Musique/ Mais positive, comme le Son/ Elle fait signe, elle déconcerte/

La philosophie, connaît pas/ Et, à travers une Enigme, enfin/ La Sagacité finit par se faufiler / La deviner tourmente les clercs/ Pour l'avoir, les Hommes ont enduré

Le mépris des Génération/ Et la Crucifixion montré du doigt/

La Foi glisse, et rit et reprend des forces/ Rougit, devant témoin / Tire sur uune brindille de Preuve / Demande à une Girouette, le chemin

De grands Gestes, de la Chaire / Roulent de puissants Alléluias / Aucun Narcotique pour calmer la Dent / Qui grignote l'âme"

 




Je Détruirais Toutes Les Planètes Civilisées !

Posté par 2goldfish le 16.01.08 à 11:00 | tags : bd, comics

Fletcher Hanks est un artiste culte dans le milieu des comics qui connaît enfin si ce n'est la popularité, disons au moins la reconnaissance des ses pairs grâce à Paul Karasik, un autre auteur de BD. Dans "Je Détruirais toutes les planètes civilisées !" Karasik a compilé quinze des bédés de Hanks réalisées au cours de sa courte carrière d'auteur de comics entre 1939 et 1941.

A première vue, les aventures de Stardust le super magicien dont "la vaste connaissance de la science interplanétaire fait de lui l'homme le plus remarquable ayant jamais vécu" et de Fantomah, la femme mystère de la jungle ne sont que des comics super-héroïque lancés sur les traces du succès de Superman comme tant d'autre à la fin des années 1930. Sauf que les comics de Fletcher Hanks sont remarquablement "mauvais", kitsch et, disons le, complètement cinglés. Invariablement, une aventure de Stardust ou Fantomah se déroule ainsi : le héros découvre les plans d'un méchant gangster/espion/terroriste pour s'emparer d'une grande richesse et/ou détruire la civilisation et s'interpose quand ces plans sont mis à exécution, utilisant une liste de pouvoirs illimités ("Stardust voyage sur des ondes supra-solaires accelérés !", "Fantomah concentres ses puissantes ondes de volonté", "Stardust utilise son téléviseur détecteur de crime", etc...) les héros, véritables figures divines, empêchent la ruine de la civilisation et à l'aide de leurs pouvoirs inventent un châtiment particulièrement cruel pour les méchants, impliquant souvent la transformation en sous-homme et une souffrance éternelle.

Le dessin de Hanks est qui plus est très "amateur" et l'anatomie de ses personnages est particulièrement bizarre. Si on a déjà lus quelques comics super héroïques de l'époque, on sait cependant que la différence entre ceux là et ceux de Hanks n'est qu'une différence de degrés : le dessin médiocre, la science fiction débile, les scénarios répétitifs et la bizarrerie générale étaient la norme à l'époque, Hanks n'était guère que le plus fou de l'asile.

L'oeuvre de Fletcher Hanks est pour le lecteur moderne une invitation irrésistible à la psychanalyse de comptoir. Ses héros ont écrit "surmoi" au néon sur le front, ses vilains qui s'en prennent à la civilisation sont le "ça" primal que censurent les héros, représentants de la société américaine, de la science, de la maturité et de la mort (fantomah, quand elle utilise ses pouvoirs se transforme en) crâne flottant). Hanks apparaît comme un type tourmenté par des pulsions violentes mais fasciné par la puissance du surmoi.

Il prend un plaisir visible à dépeindre les plans fous de ses vilains et un autre plaisir non moins grand à les faire échouer et à punir leurs auteurs violemment. Le peu qu'ont sait réellement de Fletcher Hanks (l'interview de son fils par Karasik à la fin de cet ouvrage révèle qu'il était un mari alcoolique et violent qui a vite abandonné sa famille) nous conforte dans cette position et surtout nous laisse suffisamment de marge pour donner libre cours à nos fantasmes d'un auteur de quasi-art brut, peut-être un peu fou.

On en vient finalement à s'interroger... Hanks était-il si inconscient ? Beaucoup de ses "fans" sont aujourd'hui de l'avis qu'Hanks était un génie, que son dessin était plus original que "mauvais"... Difficile d'en juger en verité, mais c'est ce qui fait que ce livre est si passionnant, bien au delà du simple objet kitsch.

"Je Détruirais toutes les planètes civilisées !"

Fletcher Hanks, Paul Karasik

Actes Sud BD, L'an 2

 




Ken Bruen : Les yeux pour pleurer

Posté par Maxence le 14.01.08 à 13:20 | tags : gallimard, polar

Les yeux pour pleurer c'est tout ce qu'il vous reste quand vous refermez ce quatrième épisode des enquêtes de Jack Taylor. Le Dramaturge nous présente un Jack Taylor (faussement) assagi, engourdi même, mais toujours en proie à ses démons intérieurs. Taylor ne fume plus, ne se drogue plus, ne boit plus et fréquente la messe. On croit rêver ! Mais tout va rapidement se décanter et basculer dans le cauchemar. Dites vous bien que cette fois, Ken Bruen n'épargnera rien, mais alors, rien du tout, à son personnage fétiche, qui va encore flirter avec l'abîme. Et "quand tu regarde dans l'abîme...", bref, vous connaissez la suite.

 

Jack Taylor est donc repenti. Son fournisseur des beaux quartiers en prison, il est obligé de faire abstinence. Libéré malgré lui de sa dépendance à la coke, il arrête l'alcool dans la foulée. Le destin semble pourtant l'avoir mauvaise puisque c'est justement son ex-dealer qui le charge d'enquêter sur la mort soit-disant accidentelle de sa soeur, trouvée au pied d'un escalier avec un livre de J. M. Synge coincé sous le corps. Bientôt, une autre étudiante est découverte, elle aussi morte, couchée sur un livre du dramaturge irlandais. Subissant pressions amicales et mauvais conscience, Jake Taylor se sent obligé de réagir et se trouve rapidement confronté à une milice paramilitaire, les pikmen. Entre gnons dans la gueule, visions de wisky et nez qui coule, le détective le plus foireux - et le moins motivé de la planète - va mener son enquête la plus pathétique à ce jour.

 

Ecrit dans un contexte international catastrophique (l'ouverture de la guerre en Irak), Le Dramaturge est le roman traduit en français le plus dur et le plus désespéré de Ken Bruen. L'auteur qui nous avait habitué à un humour noir et grinçant avec sa série R&B, s'enfonce d'un cran dans la noirceur sans espoir de retour. Par delà le récit d'une enquête des plus vaseuse et l'attachement sadomasochiste que Bruen manifeste envers son personnage, l'auteur se fait l'écho d'une société en totale perte de repères, en l'occurrence, celle d'une Irlande en pleine croissance économique mais paradoxalement toujours plus intolérante, sectaire et finalement apeurée. Sa galerie de personnage délaisse le côté grotesque et convivial des précédents épisodes pour affiner encore sa vision socio-politique pessimiste au travers des yeux chassieux de Jake Taylor et de ses amis.

 

Le Dramaturge est un roman qui secoue. Ames sensibles passez votre chemin (et pour une fois cela n'a rien à voir avec le nombre de litre d'hémoglobine versé, il n'y en a pas, ou presque, mais avec les sentiments), ce livre est une vraie tragédie et on le referme démolit.

 

Le dramaturge
Ken Bruen
(Serie Noire/Gallimard)




Nouvelle charge Ellroyique des editions Rivages

Posté par Maxence le 11.01.08 à 14:35 | tags : news, poche, polar, rivages, roman

Belle initiative des excellentes éditions Rivages qui sortent simultanément une réédition de feu la revue Polar Spécial Ellroy au format de poche et Tijuana Mon amour, un troisième recueil de nouvelles et d'articles de l'écrivain américain, qui clôt (provisoirement) la publication des textes courts et inédit de James Ellroy.

Une façon certainement, pour l'éditeur, de faire patienter les lecteurs avisés qui se demandent peut-être, et à raison, ce que devient le troisième volet de la trilogie Underworld U.S.A, mais passons, c'est toujours un plaisir de retrouver l'écrivain de polar et de série noire le plus talentueux de sa génération.

 

Après Crimes en série et Destination morgue, Tijuana Mon amour réunit donc une série d'inédits initialement parus chez Rivages au printemps 2000 dans le cadre d'une campagne promotionnelle de vente en ligne sur le site d'Alapage. Le livre comprend "Hush-Hush" et l'émouvant "Tijuana Mon amour" deux nouvelles autour du savoureux personnage de Danny Getchell, journaliste véreux et éditeur de l'Indiscret, le journal à sensations d'Hollywood ("Hush-Hush" ou "Chut" en VO). Le reste est une suite d'articles prétexte à analyser de manière critique le fonctionnement de la société américaine au regard des crimes qui passionnent - ou passionnaient - l'Amérique, des années 50 à aujourd'hui, quand il ne s'agit pas de dénoncer (par la bande) sa violence et sa corruption, qu'elle soit policière, politique médiatique ou économique (ou tout ça à la fois), dans la droite ligne de Crime en série et Destination Morgue.

 

Toujours cynique et parfois même brutalement ironique, Ellroy peut parfois sembler un rien détaché de toute cette actualité d'époque et cela fatiguera peut-être le lecteur en mal de récit nerveux dans lequel l'auteur s'impliquerait plus frontalement. Reste le plaisir de lire, et relire, cette plume acérée avec ses partis pris souvent borderline, ses descriptions saisissantes, scabreuses ou tout simplement sanglantes, et sa galerie de personnages mythiques, qui font tout le charme pour le moins vénéneux de l'œuvre et de son auteur.

 

La réédition de la revue Polar Spécial Ellroy quant à elle est passionnante en tout point, surtout pour ceux qui n'ont pas eu la chance (c'est mon cas) de lire l'originale. En plus des articles d'époque (situés entre 1988 et 1992), ce volume se voit augmenté de nombreux inédits qui poursuivent la réflexion sur l'œuvre de l'américain.

L'édition originale de Polar s'arrêtant à White Jazz, dernier roman de la tétralogie de Los Angeles, il était important d'augmenter ce volume de l'actualité que constitue les deux premiers volets d'Underworld U.S.A. (soit American Tabloid et American Death Trip). C'est pourquoi en plus des très bons articles et analyses de Michel Lebrun, Jean-François Guérif, Michel Abescat, Jean-Louis Touchant et Bruno Corty, on découvre deux inédits de Jean-Pierre Deloux ainsi qu'une étude de Natacha Lallemand sur Ellroy et les Femmes. A cela viennent s'ajouter les nouvelles inédites de l'auteur, une bibliographie/filmographie remise à jour, un document éloquent de Stéphane Bourgoin sur les serial killers, un autre de David Goodis sur Le Dahlia Noir et un dialogue délirant de Jean-Bernard Pouy etTonino Benacquista. Rien à jeter donc, pour le fan d'Ellroy, dans ce très bon complément thématique à son œuvre.

 

Tijuana Mon amour
James Ellroy
Polar Spécial Ellroy
Collectif
(Ed. Rivages et Rivages/Noir)




Sade éternel : l'album biographique de Michel Delon

Posté par Myosotis le 10.01.08 à 11:16 | tags : essai

Il reste assez difficile de parler aujourd'hui du Marquis de Sade  sans sombrer dans la redite ou la caricature. Michel Delon qui a notamment coordonné l'édition de l'auteur dans la Pléiade y parvient une nouvelle fois en nous offrant deux albums somptueusement habillés pour ouvrir la collection dite "de l'atelier" chez l'éditeur Textuel.

Malgré son prix relativement prohibitif (69 euros pour les 2 albums encoffrés), ce travail reste passionnant à découvrir... en bibliothèque et surtout d'une grande et réjouissante lisibilité. Le style de Delon est clair, d'une rigueur à toute épreuve et réussit à nous dire, sur le premier tome, l'essentiel de la vie de Sade en une cinquantaine de pages. Le volume 1 de ces Vies de Sade démarre par une biographie tout ce qu'il y a de plus classique mais sacrément efficace. Delon y raconte Sade depuis son enfance (il est fils d'un noble monté à Paris et qui s'y brûle les ailes et la fortune) jusqu'à ses dernières années d'enfermement (les célébrissimes pièces de théâtre jouées à Charenton,...), en ne lésinant pas sur les anecdotes.

La vie du Marquis est contextualisée et Delon insiste (...)

Lire la suite de la chronique

Les Vies de Sade
Michel Delon
Editions Textuel




Simone de Beauvoir nue...

Posté par Easywriter le 08.01.08 à 22:57 | tags : news

 

...Se retourne t-elle dans sa tombe ?

Si c'est pas Google friendly ça je ne m'y connais pas. Avalanche de commentaires outrés ou à l'inverse de mots de soutien pour le Nouvel Observateur qui a publié la semaine dernière une photo de Simone de Beauvoir nue, shootée par le photographe Art Shay en 1952. A son insu ?

L'hebdo assure qu'elle aurait simplement lancé un "vilain garçon" à l'artiste. Pour sa défense l'Obs indique que Beauvoir a justement toujours provoqué la société bourgeoise et les bonnes moeurs. L'hebdo des instits et cadres de gauche abuse un peu, car si la photo pouvait être jugée un rien scandaleuse dans les années 1950, elle fait surtout penser un demi-siècle plus tard aux nues qui servent à vendre des yaourts ou des bagnoles.

D'ailleurs, le Nouvel Observateur aurait fait retoucher la photographie selon des critères très marketing. Voici ce qu"a relevé le blog du désordre : "Eclaircissement à la pastille de tout le haut du corps, notamment les bras, rendus plus fluides, des rides aux épaules sautent, de même que ce qui paraît être des tâches de rousseur sur l’image orginale d’Art Shay. 5. L’éclaircissement, toujours à la pastille, des fesses et du haut des cuisses permet d’une part de les rendre plus visibles, mais aussi de gommer un peu la largesse des hanches et du haut des cuisses. 6. De même avec les jambes. 7. Sur la fesse droite, quelques boutons disparaissent sous quelques coups de tampons de clônage. 8. Et dans la cuisse droite, un peu au dessus du pli du genou, quelques coups de tampons de clônage permettent également de débarrasser cette pauvre Simone de Beauvoir qui n’en demandait décidément pas tant d’un peu de culotte de cheval."

Respect de la Dame que d'en faire un objet tout beau tout propre ou sexisme ordinaire sous couvert de respect de la modernité ? Les deux photos que publie l'ARV semblent confirmer le propos du blog sus-mentionné.
A Mille-Feuilles, où règnent d'odieux phallocrates encore émoustillés par les attributs fessiers de Simone de Beauvoir on suspend son jugement...

Simone de Beauvoir est née le 09/01/1908




Michal Witkowski et le roman pédé

Posté par Myosotis le 07.01.08 à 17:15 | tags : éditions de l'olivier, roman

Lubiewo est le premier roman de Michal Witkowski, jeune trentenaire polonais, gay revendiqué et critique littéraire (nous dit sa courte biographie) dans plusieurs journaux mainstream (j'entends par là, non "communautaires") polonais.
Se revendiquant du Decameron et de Pasolini (celui des films, de Salo mais, on l'imagine aussi, des Garçons Sauvages et autres rêveries homoérotiques à caractère sociologique), Michal Witkowski (rien à voir avec le Michal voleur d'orange que nous connaissons par ici) nous propose en 300 et quelques pages un voyage assez habile dans l'univers des gays polonais, sujet auquel, on doit l'avouer, on avait jamais pensé avant... A travers une sorte de reportage dont il est le narrateur, le chroniqueur et l'acteur intermittent, l'écrivain entreprend de recueillir les voix de dizaines d'homos polonais, en villégiature sur une plage de la Baltique Lubiewo, qui sert de prolongement sexuel et estival à la faune des tapettes de Wroclaw. Le double intérêt de ce "roman pédé" repose, à la fois(...)

Lire la suite de la chronique

Lubiewo


Editions de l'Olivier - 358 pages





John Burnside et les petits maîtres du roman

Posté par Myosotis le 04.01.08 à 16:48 | tags : métailié, roman

Rentrée littéraire 2008 nous voici et pas mécontents de démarrer en douceur avec cette virée inquiétante dans une Ecosse embrumée.
Le roman de John Burnside fait partie de ces romans de "petits maîtres" qui font souvent mieux ou aussi bien que ceux des pointures et autres génies supposés de la littérature.

Ces empreintes du diable démarrent ainsi atrocement bien, nous plongeant dans une ambiance un peu trop mystérieuse pour ce que la suite du roman a à dire mais dans laquelle on se complaît dès les premières pages.
A Coldhaven, une bourgade de l'Est de l'Ecosse, nous rapporte l'auteur, on raconte que des empreintes de pas... "fourchues" ont été signalées un matin d'hiver, dans la poudreuse.
De celle-ci, on ne saura pas grand chose de plus si ce n'est que les habitants, de génération en génération, ont supposé que le Malin avait traîné ses guêtres dans le coin et peut-être y était encore.

Bien plus tard, de nos jours, une tranquille mère de famille, sur la corde raide psychologique, prend la légende à la lettre et croît voir en son mari l'hôte du démon. Elle se suicide avec son automobile et zigouille deux de ses trois enfants, laissant son mari (un gros beauf, mais pas plus animé que ça) avec leur premier enfant, une jeune fille de quatorze-quinze ans, belle comme le jour et en pleine floraison.

Lire la chronique dans son intégralité

Toute la rentrée littéraire 2008 est sur le mag livres.


Les Empreintes du diable (the Devil's Footprints)

224 pages - 18 euros - Métailié - sortie le 18 janvier 2008
A noter que l'auteur sera à la librairie Le Merle moqueur (51 rue de Bagnolet à Paris 20) le jeudi 24 janvier à 20 heures.






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