Archives > Décembre 2007Gottfried Bürger n'a pas eu 361 ans le 1er janvier 2008
![]() DANS une vallée silencieuse brille une belle petite fleur ; sa vue flatte l'œil et le cœur, comme les feux du soleil couchant ; elle a bien plus de prix que l'or, que les perles et les diamants, et c'est à juste titre qu'on l'appelle la merveille des fleurs./ Il faudrait chanter bien long-temps pour célébrer toute la vertu de ma petite fleur et les miracles qu'elle opère sur le corps et sur l'esprit ; car il n'est pas d'élixir qui puisse égaler les effets qu'elle produit, et rien qu'à la voir on ne le croirait pas./ Celui qui porte cette merveille dans son cœur devient aussi beau que les anges ; c'est ce que j'ai remarqué avec une profonde émotion dans les hommes comme dans les femmes, aux vieux et aux jeunes, elle attire les hommages des plus belles âmes , telle qu'un talisman irrésistible./ Non, il n'est rien de beau dans une tête orgueilleuse, fixe sur un cou tendu, qui croit dominer tout ce qui l'entoure ; si l'orgueil du rang ou de l'or t'a raidi le cou, ma fleur merveilleuse te le rendra flexible, et te contraindra à baisser la tête./ Elle répandra sur ton visage l'aimable couleur de la rose, elle adoucira le feu de tes yeux en abaissant leurs paupières ; si ta voix est rude et criarde, elle lui donnera le doux son de la flûte, si ta marche est lourde et arrogante, elle la rendra légère comme le zéphyr./ Le cœur de l'homme est comme un luth fait pour le chant et l'harmonie, mais souvent le plaisir et la peine en tirent des sons aigus et discordants : la peine, quand les honneurs, le pouvoir et la richesse échappent à ses vœux ; le plaisir, lorsque ornés de couronnes victorieuses, ils viennent se mettre à ces ordres./ Oh ! comme la fleur merveilleuse remplit alors les cœurs d'une ravissante harmonie ! comme elle entoure d'un prestige enchanteur la gravité et la plaisanterie ! Rien dans les actions alors, rien dans les paroles qui puisse blesser personne au monde ; point d'orgueil, point d'arrogance, point de prétentions !/ Oh! que la vie est alors douce et paisible ! Quel bienfaisant sommeil plane autour du lit où l'on repose ! La merveilleuse fleur préserve de toute morsure, de tout poison ; le serpent aurait beau vouloir te piquer, il ne le pourrait pas !/ Mais, croyez-moi, ce que je chante n'est pas une fiction, quelque peine qu'on puisse avoir à supposer de tels prodiges. Mes chants ne sont qu'un reflet de cette grâce céleste, que la merveille des fleurs répand sur les actions et la vie des petits et des grands./ Oh! si vous aviez connu celle qui fit jadis toute ma joie : la mort l'arracha de mes bras sur l'autel même de l'hymen ; vous auriez aisément compris ce que peut la divine fleur, et la vérité vous serait apparue, comme dans le jour le plus pur./ Que de fois je lui dus la conservation de cette merveille ! elle la remettait doucement sur mon sein, quand je l'avais perdue ; maintenant un esprit d'impatience l'en arrache souvent, et toutes les fois que le sort m'en punit, je regrette amèrement ma perte.//Ô toutes les perfections que la fleur avait répandues sur le corps et dans l'esprit de mon épouse chérie , les chants les plus longs ne pourraient les énumérer : et comme elle ajoute plus de charmes à la beauté, que la soie, les perles et l'or, je la nomme la merveille des fleurs, d'autres l'appellent la modestie. Lecture de Labo : Dresden CodakPosté par 2goldfish le 28.12.07 à 10:31 | tags : bd, comics, lectures de bureau, science-fiction, web
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Jonathan Franzen vous souhaite la bienvenue dans sa zone d'inconfort
Jugez plutôt : le jeune Jonathan a été élevé dans le Missouri et parle peu des névrosés de la côte Est (ou Ouest), a fréquenté avec enthousiasme des clubs de scouts chrétiens, étudié l'allemand et nourrit une passion particulièrement diserte et vraiment passionnante pour l'ornithologie (si, si). Le pitch ? Alors qu'il visite une dernière fois la maison familiale promise à la vente, Franzen déroule ses souvenirs adolescents, premières émois sexuels, cavalcades débiles avec les potes, expérience de la honte familiale, etc... Rien de bien original dans son propos, et pourtant, en six chapitres qui se lisent comme autant de brèves nouvelles, l'auteur des Corrections offre un livre particulièrement émouvant conçu comme un "pré-roman" : thèmes personnages et événements sont au rendez-vous sans que l'écrivain n'ait encore trouvé le liant qui en ferait une bonne grosse fiction agencée et rassurante. Et c'est précisément cet aspect inabouti qui lui permet de sublimer la commune chronique des jours perdus en une réflexion autrement troublante sur l'intimité dévoilée. Sur ce qu'implique le fait de se dire et de ne pas y arriver. Franzen y est maladroit jusque dans la description de sa maladresse, de sa gaucherie.
Car l'auteur ne manque ni d'inventivité ni de puissance d'évocation et a justement les défauts de ses qualités : érudit et ambitieux, il est régulièrement beaucoup trop bavard et Les Corrections pâtissait de ce que voulant à tout prix maîtriser totalement son ouvrage, il allait jusqu'à sacrifier inutilement certains personnages sur l'autel de ses pesantes démonstrations. On croyait lire un chirurgien méticuleux et on subissait finalement 700 pages de la prose d'un artificier surdoué. Cette fois Franzen laisse intact ce qui résiste. Conscient qu'il y a ce que disent les mots et ce qu'ils cachent. Que la littérature a autant à voir avec le fait de dire que celui de taire. Dans la zone d'inconfort il n'y a pas de place pour le show. On veut donc croire que l'auteur a moins échoué dans une entreprise autobiographique que réussi à créer une forme fidèle à ce qu'est toute histoire personnelle racontée : la quête nécessaire et forcément ratée du sens à travers la reconstitution hasardeuse de sa vie.
Jonathan Franzen Editions de l'Olivier
Mort@17 : la BD sanglante pour les filles
Le dernier homme : Margaret Atwood et l'apocalypse Oryx and Crake, ou Le dernier homme en français, est l'oeuvre la plus récente de Margaret Atwood, l'un des écrivains (Canadienne) d'anticipation les plus justement remarqués, auteur notamment de l'excellent La servante écarlate, dont on avait parlé il y a quelques mois (ou années).Le dernier homme est dans la même lignée dystopique que cet ouvrage de référence, mais évolue dans un contexte de proximité avec notre monde qui en renforce l'impact. On entend par dystopie, une sorte d'utopie à l'envers (les spécialistes ont une théorie qui dit à peu près le contraire, mais elle serait trop compliquée à résumer ici), c'est-à-dire l'invention d'un monde proche du nôtre (à partir d'hypothèses crédibles donc), où tout aurait mal tourné au lieu de s'agencer en paradis. La dystopie est ainsi en littérature l'occasion d'exacerber des phénomènes qu'on peut aujourd'hui identifier comme "potentiellement dangereux" ou inquiétants et de regarder ce qu'ils donneraient, si, par mégarde, ils prenaient le contrôle du monde. Le Dernier Homme, comme son titre l'indique, renvoie ainsi à la mythologie évoquée il y a quelques jours à l'occasion de la sortie de Je suis une légende : celle d'un monde où l'homme tel qu'on le connaît aujourd'hui aurait disparu à l'exception d'un... unique représentant. Ecrit en 2003, Le Dernier Homme se focalise sur le récit d'un dénommé Snowman - Jimmy dans l'ancien monde, ami du principal responsable de tout ça. La narration se déploie entre l'évocation de la vie actuelle de Snowman et le récit de ce qui s'est passé. Snowman survit et évolue sur une Terre peuplée de créatures hostiles (des louchiens véroces, anciens canidés dopés au gène de pitbulls), débarrassée de tout souvenir de l'ancienne civilisation. Les seules créatures amicales sont les fils et filles d'Oryx et de Crake, homo sapiens modifiés, gentils comme des coeurs (débiles) et nés sur les cendres de l'humanité. Les fils et filles sont niais, privés d'émotions véritables et figurent une race humaine améliorée qui n'a plus besoin réellement de se nourrir (ses fonctions digestives ont été remplacées par une sorte de matrication bovine), de s'aimer ou de lutter pour se reproduire. Les Nouvelles Femmes ont des chaleurs, le cul bleu quand il est mûr, et ont des vulves artificielles qui leur permettent de se faire saillir sans échauffement jusqu'à ce qu'elles tombent enceinte (de partenaires multiples). Parallèlement à cette description savoureuse, Snowman nous révèle l'histoire de la Terre à rebours depuis sa rencontre adolescent avec Crake, le futur génie monstre de la génétique, jusqu'à la chute de la maison mère.Le dernier homme Margaret Atwood 10/18
Le Livre Noir de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires Ce Black Dossier n'est pas le véritable troisième tome des aventures de la Ligue des gentlemen extraordinaires d'Alan Moore et Kevin O'Neill. La Ligue, rappelons-le, est une Bd au concept simple et génial : les héros de la littérature victorienne parmi lesquels Alan Quatermain, l'Homme Invisible et le Capitaine Némo, sont embauchés par les services secrets britanniques pour lutter ensemble contre les menaces du monde moderne : Fu Manchu, les Martiens de la La Guerre des Mondes etc...Jusqu'ici, nous avons eu droit à deux aventures en Bd de la Ligue, et à une, paraît-il, horrible adaptation cinématographique. Black Dossier n'est donc pas le troisième épisode de la série, mais plutôt un interlude ou un supplément de luxe qui s'avère finalement encore meilleur que le matériel d'origine. Dans les première pages de la Bd, nous retrouvons Mina et Allan, les deux héros des précédents volumes, mystérieusement rajeunis dans le Londres des années 1950 alors en pleine transition après la chute du régime de Big Brother. Mina séduit un espion playboy, qui aime les vodka-martini secouées mais pas frappées, qui se fait appeler Jimmy (pour des raisons de droit, comme plusieurs de ses collègues des fifties, il ne sera jamais plus clairement identifié). Elle l'utilise pour infiltrer l'ancien Ministère de l'Amour et subtiliser le fameux Black Dossier. La suite de la Bd sera une course poursuite entre les voleurs et Jimmy, assisté d'Emma Peel et Bulldog Drummond (espion britannique pré-Bond), pourtant cette course poursuite n'est qu'une succession d'entractes, ce qui nous permet de souffler entre deux tranches du Black Dossier volé, intégralement reproduit dans les pages de l'album.Ce dossier est censé présenter l'histoire de la Ligue, de sa première incarnation avec Gulliver, Prospero et Davy Crockett aux plus récentes aventures d'Allan et Mina en Amérique parmi les beatniks. Moore et O'Neill s'en donnent à coeur joie et multiplient les pastiches : d'une fausse pièce inachevée du célèbre biographe William Shakespeare à un hilarant mix entre l'auteur comique P.G. Wodehouse et l'effrayant H.P. Lovecraft en passant par une Tijuana Bible (Bd porno) "1984" et un très drôle chapitre à la Kerouac dans lequel Mina et Allan stoppent le diabolique Docteur Sachs. Il y a forcément plus de références qu'on ne saurait reconnaître, mais peu importe, ça fait partie du jeu : Black Dossier est deux fois plus ludique encore que les précédentes aventures de la Ligue. Les dernières pages font même usage de la troisième dimension grâce à une paire de lunettes fournies avec le livre. Black Dossier est cependant plus que ludique. C'est aussi une histoire de la fiction et de son rôle depuis l'aube de l'humanité, un traité de dissidence sexuelle plus condensé et efficace que Lost Girls et une démonstration de l'étendue du talent de dessinateur de Kevin O'Neill. D'une certaine façon, c'est un travail plutôt mineur pour Alan Moore, et pourtant on est encore une fois époustouflé par son génie.Une ultime précision : l'avenir pourrait me faire mentir, nous avons déjà eu de telles frayeurs finalement infondées avec Lost Girls, mais il semblerait bien que le président de DC comics, très en colère après Alan Moore, ait décidé d'empêcher la publication de ce Black Dossier en dehors des USA. Sa lecture demande un très bon niveau en anglais. Toutegois, voyons les choses du bon côté : le dollar ne vaut plus rien pour nous autres riches Européens et même en tenant compte des frais de port, on peut importer la Bd pour une bouchée de pain. The League of Extraordinary Gentlemen: Black Dossier Alan Moore, Kevin O'Neill DC Comics/America's Best Comics Ballard de Noël : je regarde Home sur YoutubeJ'ai reçu hier matin dans ma boîte aux lettres le programme télé (gratuit de la ville du Mans) pour les fêtes de fin d'année et j'ai réalisé que, comme la précédente, Arthur et Patrick Sébastien risquaient de m'accueillir en 2008 si je n'y prenais garde. Je ne lis pas, par principe, les soirs de Nouvel An ou de Noël, mais je regarde la télé. Pas de bamboula en instance, pas d'amis dans le périmètre (voilà ce que c'est que d'habiter Le Mans et de travailler le jour du réveillon) et juste la perspective d'un repas, peut-être surgelé, à partager en amoureux devant une émission enregistrée dans les derniers jours du mois d'août. Cela ne sentait pas très bon et je me doutais bien que je n'allais pas être le seul à devoir me les farcir. Heureusement, je me suis souvenu que j'avais toujours en stock (sur Youtube) l'adaptation par la BBC d'une nouvelle de J.G. Ballard, mon écrivain chouchou, tirée du recueil Fièvre guerrière. La nouvelle qui a servi à cette excellente adaptation s'appelle The Enormous Space et raconte l'histoire d'un type, Gerard Ballantyne, plutôt doux et BCBG, qui a assisté à un accident de voiture qui le hante. Lorsque sa femme demande le divorce (chose qu'il n'avait pas vu venir), Gerard décide de s'enfermer chez lui et de n'en plus bouger, histoire de se couper complètement d'un monde qui lui veut du mal. S'enfonçant peu à peu dans la folie (il survit en se nourrissant exclusivement de ce qu'il trouve dans la maison, comme s'il était dans le Sahara ou dans la Jungle), le héros va vivre une expérience extraordinaire qui change le Cocooning en une sorte de Koh-Lanta hardcore. Le renfermement sur soi (et sur la maison - on se croirait dans une adaptation filmée de Levinas) se double d'une plongée métaphysique qui est tout aussi bouleversante et spectaculaire que la perspective du lieu clos et parfaitement étanche. Je ne raconte pas la fin de cet excellent film, mais je me suis promis de le revoir avant le 31 décembre, histoire de me pousser dehors de chez moi ou d'échapper aux autres croque-morts en différé. Ceux qui hésitent à se mettre un masque, une plume dans les cheveux (ou ailleurs) et à jeter des confettis, pourront toujours jeter un oeil sur cet Home sinistre. Il vaut mieux sortir que de voir ça. Ballard a à peu près senti toutes les tendances du monde contemporain, vu toutes les horreurs et les risques auxquels il nous exposait, à l'exception de Sébastien et Arthur un soir de nouvelle année. S'il avait incorporé le modèle de la télévision française à sa nouvelle, il est probable que des millions d'Anglais seraient morts à l'heure qu'il est. Classe affaires : Une héroïne comme on ne les aime pas !![]() Nb : la notule ci-dessous a été rédigée par Montsé, lectrice assidue de Mille-feuilles. Toi aussi, propose tes lectures, chroniques, élucubrations via l'espace client. Je ne devrais pas le dire, mais ce qui m’a encouragé à lire le roman de Benjamin Berton, Classe Affaires, est avant tout l’admiration que je porte à notre très estimé critique littéraire de Fluctuat (je n'en fais pas trop Myosotis ?!) Connaissant son style mordant, je m’attendais à tout. Et pourtant, dès les premières pages, je suis tombé sur le cul, expression tout à fait dans le ton ! Oui, j’avoue, son roman m’a cloué. Comment avouer que les yeux me sortaient des orbites au fur et à mesure que je découvrais nos petits désagréments de femme étalés en premières pages. Benjamin Berton, l’affreux, ose, avec humour et sans détours, raconter le combat incessant que nous menons entre autre contre la pilosité… Voyez plutôt : Les hommes ne comprennent rien aux poils. Bien qu’ils en soient eux-mêmes tapissés, ils se montrent d’une intolérance brutale quand ils découvrent du crin sous une aisselle ou deux poils au nombril. Ils aiment les peaux lisses et déposer des baisers sur la ligne de friche du pubis. Mais il faut que cette ligne ait de la rigueur et ressemble à la frontière est-allemande avant la chute du mur, avec les barbelés pour délimiter les territoires… Nanou, comme un général d’armée, passe en revue les dégâts sur le champ de bataille encore chaud de la veille. Il paraît difficile de s’aventurer à l’air libre avec des poils et des idées noires. Sans cesse il faut développer des stratégies et intervenir avec des moyens nouveaux. Plus on coupe, rase, cire-ôte les poils et plus ils s’étendentClasse Affaires Benjamin Berton Gallimard John C.Wright : L'âge d'or et la fin de l'histoire
Dans L'Oecumène d'Or (The Golden Age en VO) sous-titré Une geste de l'avenir lointain, l'auteur nous présente une société entièrement gérée par des intelligences artificielles, nommées "sophotechs", qui s'occupent principalement de l'aspect juridique, énergétique, stratégique et économique des affaires humaines tout en pourvoyant à leur plaisir dans des univers virtuelles ultra-sophistiqués. Le genre humain s'est donc asservi volontairement pour son plus grand bien. Les planètes de notre système solaire sont toutes colonisées, ou servent de matière première à la Terre. Mieux, dans cette société véritablement post-humaine, la mort a disparu depuis longtemps. Les humains ne se reproduisent plus de manière "naturelle", ou presque, mais effectuent des copies, des doubles, des artefacts les représentants à divers endroit de l'univers. Ils vivent de toute façon plus généralement dans d'immenses simulations informatiques.
Christian Bourgois éditeur : une maison d'édition orpheline L'éditeur français Christian Bourgois est décédé jeudi à Paris des suites d'un cancer.Fondateur de la maison d'édition qui porte son nom, il aura contribué à faire découvrir au public francophone de grands écrivains étrangers, dont Alexandre Soljenitsyne, Gabriel Garcia Marquez, William Burroughs, Antonio Lobo Antunes. Issu de la bourgeoisie d'Antibes, il souhaite intégrer Normale Sup. Ses projets sont contrariés par son père qui préfère le soustraire à l'influence de ses camarades de khâgne, vivier notoire de gauchistes. Elève brillant du Lycée Louis-Le-Grand, il sera diplômé de l'IEP de Paris, second d'une promotion dans laquelle se trouve également un certain Jacques Chirac. Après un an à l'ENA, il démissionne, car son ambition le porte vers un autre milieu. Passionné de lecture et amoureux des livres, il rejoint la maison Julliard (1959). En 1966, il fonde au sein du groupe Les Presses de la Cité (qui a précedemment racheté les éditions Julliard) sa propre maison d'édition. Christian Bourgois éditeur devient le reflet de ses goûts en matière de littérature, qui se définissent essentiellement par l'éclectisme et la qualité. Le Seigneur des Anneaux, tout comme Les Versets sataniques font partis de son catalogue. Disparu à l'âge 74 ans, Christian Bourgois laisse derrière lui une maison d'édition qui aura été tout au long de ses années au service de la littérature. Poésie et hermétisme : Partie de neige de Paul CelanArchipaillettes de minerai, tout au ond de l'effervescence, patriarches. Tu t'en tires / en faisant / comme si, avec eux, parlaient / des angiospermes, leur disant / une parole
C'est exactement ce pourquoi il faut fréquenter la poésie de Paul Celan, écrivain juif allemand-austro-hongrois-russe-roumain-ukrainien (au fil des changements d'appartenance de sa province natale), né en 1920, suicidé en 1970 (probablement après s'être jeté dans la Seine) et qui est souvent considéré comme l'un des plus grands poètes en langue allemande du XXe siècle. Son hermétisme se nourrit du réel et ne constitue pas une limite à la découverte de son travail, mais une condition. Après Auschwitz, Celan (pour faire simple) va réapprivoiser les mots et tenter de leur faire dire ce qu'ils ne peuvent plus dire : le silence d'après, le silence qui suit l'extermination et entoure le présent. Il triture la matière, réduit les mots à rien, simplifie la structure poétique de façon radicale jusqu'à la désosser, à faire de ses poèmes des alignements de mots, de monosyllabes, de sons qui bizarremment convoquent une petite musique souvent élégante et énigmatique. Brad-Pitt Deuchfalh : et si c'était...
Brad-Pitt Deuchfalh refusant obstinément tout entretien (exception faite de quelques échanges par mail), difficile de se faire une juste idée de qui il est vraiment. Sur Flu, nous avons donc émis des hypothèses. Du "déjà envisagé et dementi" (Nothomb ?), du "pourquoi pas c'est bien son genre" (Beigbeder ?), de l'incongru (Despentes ? Delarue ?). Bref, rien de bien probant... Comme plusieurs avis valent mieux qu'un, nous avons décidé d'inviter deux confrères à se pencher sur le phénomène Brad-Pitt D. Pensent-ils vraiment qu'un adolescent puisse être l'auteur de ce blog ? Et si une personnalité se cachait derrière ce pseudo, qui envisageraient-ils ?
Christophe Greuet, Journaliste culturel au Midi Libre, blogueur sur Culture Café J'ai entendu parler de ce blog et du livre qui en a été tiré, bien sûr. J'ai même été lire plusieurs billets sur le blog, mais je dois vous avouer que mon intérêt pour lui n'a pas dépassé le raz des pâquerettes (et je reste poli). Je comprends assez mal d'ailleurs la frénésie médiatique autour d'un tel nano-phénomène. En l'occurence, bien sûr qu'un adolescent, ou très jeune adulte, peut être l'auteur d'un tel blog. Je pense même que la plupart des adolescents pourrait faire mieux que cela. Quant à savoir si c'est un écrivain professionnel, c'est effectivement une éventualité, car je pense qu'un adolescent aurait plus besoin de reconnaissance sous son vrai nom qu'un tel souhait d'anonymat. Quant à l'identité de celui qui se cacherait derrière, je n'en sais rien. Mais ce doit être un auteur en quête de publicité, ce qui correspond à 99 % de la profession ! Alexandra, Journaliste et co-créatrice du blog Buzz littéraire Je pense qu'un adolescent peut tout à fait écrire avec talent et sensibilité. Je me souviens d'un véritable choc littéraire en lisant les textes d'une blogueuse de 17 ans à l'époque (Satinella). En ce qui concerne Brad-Pitt Deuchfalh, je n'ai pas été particulièrement touchée par son style ni son univers, tout en lui reconnaissant un véritable ton. Pour autant, il y a quelques indices qui peuvent faire douter quant à son âge véritable. Un ado ne ressent en général pas le besoin de préciser que ses textes sont l'oeuvre d'un "vrai" garçon de 15 ans (comme s'il redoutait déjà qu'on le soupçonne). De plus, ses textes sonnent un peu cliché parfois (comme celui sur les règles). Enfin l'indice le plus flagrant est le fait qu'il a refusé de se montrer aux différents éditeurs qui l'ont contacté (sauf M6Editions avec qui il a signé). Toutefois j'ai le sentiment qu'il s'agit de quelqu'un de jeune, même s'il n'est peut-être pas collégien (je le vois difficilement avoir plus de 30 ans). C'est quelqu'un qui maîtrise Internet et l'informatique (logiciels de retouche) sur le bout des doigts. Quelqu'un qui travaille peut-être au contact de jeunes (pion, prof ?). En tout cas quelqu'un qui lit Citato (un magazine qui est uniquement distribué dans les lycées, il faut connaître...). Dans tous les cas, quelque soit son âge, le plus important en tant qu'auteur, c'est qu'il ait rencontré son lectorat qui lui est fidèle. Honnêtement, je ne pense pas qu'une célébrité se cache derrière ce blogueur... Mais si l'on devait inventer, je dirai Titeuf pour l'humour un peu gras et potache qu'il partage tous les deux. Retrouvez Brad-Pitt Deuchfalh en entretien sur ados.fr La vie rocambolesque et insignifiante de Brad-Pitt Deuchfalh Brad-Pitt Deuchfalh M6Editions
Je suis une légende : le livre ou le film ? (3)![]() Le film sort aujourd'hui. Mais j'ai eu la chance (Amis pirates américains, merci) de regarder en avant première le I am a Legend adapté de Richard Matheson avec Will Smith dans le rôle principal. La comparaison du livre et du film nous donne une nouvelle et excellente occasion de variation sur notre thème favori du moment (après Stardust, 30 jours de nuit) : le livre ou le film ? Là encore, et pour des raisons différentes de la dernière fois, le match est plus serré qu'on ne l'aurait cru, s'agissant d'un chef d'oeuvre de la SF daté de 1954, ayant fait en 1964 et 1971 déjà l'objet de deux adaptations inégales ET d'un film avec... Will Smith qui n'est pas notre acteur favori. Dans le livre et le film, Je suis (une) légende - l'absence ou l'existence de l'article a toute son importance et mériterait un billet à lui seul - un homme appelé Robert Neville est le dernier survivant de la race humaine (pense-t-on) après qu'une contamination virale ou bactérienne ait changé tout le voisinage en vampires supposément débiles et glouglouteurs de sang. Neville se balade en ville dans la journée, joue avec son chien, fait ses courses dans des supérettes abandonnées et trucide des vampires qui roupillent, avant de se planquer la nuit dans sa maison bunker, tandis que les méchants bonhommes l'attendent ou le menacent. Dans le livre, Neville est une épave humaine (la dernière du stock avant clôture), boit comme un trou et est miné par des visions de sa famille disparue (je ne dis pas comment). Les vampires déposent de temps à autre une carcasse de nana à la porte de chez lui, histoire de lui plomber le moral. En journée, il fait des expériences et nous fait part de son ennui extrême tout en dissertant de manière scientifique sur l'origine et le fonctionnement du virus vampirique. Dans le film, le schéma est assez similaire, si ce n'est que Neville semble avoir une forme morale un cran au-dessus. Il bouffe bio, a l'air assez joyeux malgré la pesanteur de la solitude et vit sa vie à la cool (du moins en apparence), Will Smith étant parfait avec son allure dégingandée pour suggérer un degré de bien-être supérieur au personnage du livre. Le plus bizarre, alors qu'on pourrait crier à la trahison (Neville sombre contre Neville clair), le Neville-Smith n'est pas inférieur psychologiquement au Neville du bouquin. On voit bien pourquoi le personnage a été éclairci (se taper Will Smith est déjà rude mais un Will Smith qui fait la tronche ou joue la gravité non merci) mais aussi ce qu'un personnage plus lumineux amène comme dynamisme. Alors que le livre s'appuie sur la répétition des jours, l'ennui et le caractère tragique des situations, le film s'intéresse à la manière de l'excellent 28 jours plus tard (film écrit par notre chouchou Alex Garland, rappelons-le) sur la ville sinistrée, le désert, la solitude cinématographique. Depuis L'Armée des 12 singes, les panoramiques apocalyptiques de grandes villes sont une belle réussite et l'on se prend à penser que les évocations du film sont ici supérieures à ce que le livre nous avait donné à voir. Pour la nuit, en revanche, le cinéma est clairement en retrait. Le réalisateur cède aux travers de vouloir faire de l'action quand Matheson faisait de la dépression. La mort du chien, dans le même registre, fonctionne aussi bien en image qu'à lire. Pour des raisons qui tiennent sans doute à notre éducation et à la structure de notre cerveau, il semble qu'on soit plus réceptif aujourd'hui lorsqu'on voit la mort à l'écran que lorsqu'on la lit. Est-ce une question de génération ? En tout cas, sur ce terrain, le film (en quantité de larmes versée) fonctionne presque mieux que la version originale. On ne parlera pas ici de la fin comparée des deux histoires. La fin du livre est assez géniale, depuis l'arrivée de l'amie Ruth, jusqu'au dernier jour et son retournement de perspective. Celle du film la suit d'assez près, mais avec une morale moins dramatique et moins perturbante. Les variations de l'un à l'autre des supports illustrent non pas une intention artistique différente (on peut supposer que le réalisateur n'a pas eu les mains libres sur sa chute, d'autant plus que, d'après la rumeur, la fin a été retournée après projection devant les fameux panels-tests qui dictent le montage final des hyperproductions US), ni une limite de l'un ou l'autre media, mais tout simplement la liberté supplémentaire (quasi infinie) dont bénéficie l'écrit par rapport à l'image.
Inversion de Brian Evenson : Roman (Mormon) de l'année 2007 J'ai repéré ce roman un peu tardivement pour qu'il puisse prétendre (sous mon influence sournoise auprès de mes camarades) à une place dans notre top 5 des meilleurs romans de l'année. Je m'en mords les doigts.Brian Evenson qui est un jeune auteur américain (41 ans), de religion mormone (il s'est fait exclure de sa communauté dès qu'il est "entré en littérature") nous livre avec Inversion un roman remarquable et glaçant de talent. L'auteur qui compte plusieurs romans à son actif n'a bénéficié que d'une traduction en 2006, chez LOT49 la collection de Claro (dont il assure, une fois n'est pas coutume, les traductions en anglais), pour un ouvrage (pas lu) regroupant des nouvelles et baptisé Contagion. En attendant de pouvoir en lire plus, Inversion suffit à notre bonheur. L'histoire démarre sur un schéma de connaissance dans l'Amérique des classes moyennes. Le jeune Rudd, adolescent timide de 19 ans, complexé et cancre (sauf en anglais), vit avec sa mère, après la mort violente de son père (suicide ?), dans le culte mormon. L'ambiance est stricte et pas folichonne. Rudd est plutôt solitaire, n'aime pas sa mère, mais ni plus ni moins que les enfants de cet âge. En farfouillant à la cave, il découvre dans les papiers de son père un courrier qui lui révèle l'existence possible d'un demi-frère, nommé Lael, qui habiterait, avec sa mère, à portée de scooter. Rudd part à la recherche de Lael, le retrouve et en fait son ami fidèle, celui notamment auquel il demande de l'aider pour un exposé scolaire sur son "héros mormon historique".Inversion Brian Evenson Le Cherche Midi
Lady Snowblood : Kill Kazuo
Kazuo Koike est un scénariste spécialisé dans les mangas de samouraïs/ninjas/yakuzas (bref, de Japonais qui s'entretuent). Il est entre autre l'auteur de Crying Freeman et de Lone Wolf & Cub. Les thèmes adultes de ses mangas (comprendre par là que non seulement on y découpe à grands coups de sabre mais qu'en plus on y baise allègrement) ont éveillé l'intérêt de pas mal d'Occidentaux dans les années 1970-1980, en premier parmi eux Frank Miller, et ils y ont en bonus découvert une façon de raconter totalement nouvelle, le fameux "découpage cinématographique" du manga.
Cela dit, Koike a certainement été influencé par le cinéma de Sergio Leone. Ses combats au sabre doivent beaucoup aux duels au pistolet de l'Italien. Lady Snowblood est une histoire de vengeance bête et méchante. Dans une prison pour femmes, une détenue meurt en donnant naissance à une fille à qui elle laissera pour tout héritage une liste de noms et une dette de sang. Devenue adulte, la petite fille est une tueuse au sang froid qui gagne sa vie en louant ses talents et en profite pour rechercher les hommes dont elle doit se venger. Le recueil de contes de J.K. Rowling vendu près de 2,7 millions d'Euros
![]() Acquisition record : 1,95 millions de livres (2,7 millions d'Euros) pour l'unique exemplaire des Contes de Beedle le Barde mis aux enchères lors d'une vente qui s'est tenue chez Sotheby's à Londres. L'acquéreur n'est autre que le groupe américain Amazon.com. Le livre de contes a été réalisé de la main de J.K. Rowling, auteur de la saga Harry Potter. Il existe sept exemplaires des Contes de Beedle le Barde, tous en reliure cuir avec des ornementations en pierres semi-précieuses ou en argent. Les six autres ouvrages seraient destinés à "ceux qui ont été le plus impliqués" dans l'édition des sept volets de Harry Potter, selon l'interview précédemment accordée par J.K Rowling à la BBC.1,95 million de livres, c'est environ 40 fois plus que l'estimation la plus haute envisagée pour ce manuscrit. Et le fruit de cette vente sera entièrement reversé à la fondation The Children's Voice, co-fondée par l'écrivaine britannique, et qui oeuvre, entre autre, auprès des orphelins d'Europe de l'Est. Amazon a créé sur son site une page spéciale entièrement consacrée au recueil. Toutefois, aucune précision ne filtre quant à une éventuelle publication grand public...
Anticyclopédie Universelle
On trouve dans l'anticyclopédie un portrait de l'homme préhistorique via un questionnaire de Proust, des révélations sur l'implication du KGB dans Pif Gadget, des conseils pour réussir un bon autodafé et une double page de pub de Kim Jong-Il (un peu comme le Figaro, donc). Malgré quelques légères tendances satiriques, l'Anticyclopédie donne avant tout dans un humour absurde plutôt poli et bien élevé. C'est d'ailleurs là que le bouquin est le meilleur, quand il cesse d'être une parodie d'encyclopédie traditionnelle pour ressembler davantage à l'encyclopédie d'un monde parallèle fantaisiste ou à l'oeuvre d'un idiot savant qui ne comprendrait rien au monde qui l'entoure. Emmanuel Vincenot et Emmanuel Prelle Mille Et Une Nuits Lire aussi : Knol : comment Google veut croquer Wikipedia sur le blog Aeiou Le Journal modeste d'Hervé Di Rosa : entre la ligne et le mot
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Les cahiers sont, sous une forme que je m'oblige à garder, comme des traces que ma main a dessinées - un instant où mon esprit fonctionne pour faire ça et pas autre chose. Il y a beaucoup de fantaisie, des citations et des plans de ce que j'ai entrepris ou dont je rêve. Le monde des images est si vaste que j'essaie de le répertorier, de le capturer à ma manière. Heureusement, il est sans fin, sinon j'en aurais fini. Ces cahiers peuvent faire découvrir des fragments du monde. J'en prélève des signes qui sont aussi des constats sociologiques et politiques. Ils ne sont pas évidents au premier coup d'oeil. Je magnifie les armes à feu, les armes de destruction, les missiles par exemple. (...) Le réel habite mes dessins même si ce ne sont pas des dessins de la réalité... Je ne suis toujours pas un grand fan des "Beaux-Livres", mais il m'arrive (comme beaucoup) d'avoir dans ce domaine des coups de coeur dont ce Journal modeste fait partie. Constitué d'un long entretien entre le peintre et dessinateur sétois Hervé Di Rosa et un journaliste spécialisé (aux questions plus que pertinentes), ce Journal Modeste reprend un certain nombre de dessins tirés des cahiers de Di Rosa, évoluant entre différents styles et différentes intentions.
A côté de son oeuvre qu'on peut considérer comme principale, bien que cela ne veuille pas dire grand chose, le peintre, ancien membre du mouvement Figuration Libre dans les années 1980 (Combas, Lamarche-Vadel) et créateur du Musée International des Arts Modestes, a gardé à portée de main de grands cahiers qu'il a assujettis, en journal intime, carnets de voyage, ou de croquis, bloc-notes, polaroïd picturo-littéraire à sa "créativité domestique". Les dessins qui figurent dans ce livre sont tout bonnement suprenants et splendides, influencés par les séjours américains (l'auteur vit à Miami sur la période) ou mexicains, par le "bas" des cultures populaires (les pulps mexicains, les comics US), les croquis de Di Rosa ont parfois des allures de cartoons majestueux, de pense-bête ou de visions figées pour d'autres illustrations. Leur beauté repose parfois sur leur style, leurs couleurs ou leur caractère inachevé. Dans tous les cas, comme sous l'effet de petits poèmes en prose-torpille, on est fasciné par cette auto-organisation de la mémoire qui se met en place devant nous. Retrouvez l'intégralité de la chronique de Journal modeste. Journal Modeste Hervé di Rosa (entretiens avec Patrick Amine) Buchet Chastel, les cahiers dessinés Les meilleures ventes![]() Semaine du 3 au 9 décembre 2007 : Il est parfois difficile de commenter le classement hebdomadaire des meilleures ventes. Car, comment se renouveler ? Une nouvelle fois, on retrouve le prix Renaudot 2007, mais sans le Goncourt sur ses talons. En effet, quid d'Alabama Song de Gilles Leroy, tandis que Chagrin d'école de Daniel Pennac caracole en tête. Suivi au loin par un autre roman, celui de J.K. Rowling (Ce n'est pas possible. Il y a forcément un lobby pro-Harry Potter qui s'est constitué et qui achète chaque semaine par milliers le tome 7 !?) Dans la catégorie Biographie, Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ? de Michel Drucker passe devant Une vie de Simone Veil. Et fait son entrée avec un essai politique sur les dernières élections présidentielles Ségolène Royal (Ma plus belle histoire, c'est vous). Enfin, au rayon Bd, toujours XIII Tome 19 ainsi que XIII Tome 18. Sans oublier le tome 33 de Naruto réalisé par Masashi Kishimoto, qui vient de sortir.
30 jours de nuit : le livre ou le film ? (2)
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Alors que les 2 tomes de 30 jours de nuit, comic book américain de Niles et Templesmith, reviennent en bonne place dans les étals de librairie pour Noël, sort prochainement l'adaptation cinématographique du premier volume de cette série horrifique et romantique par David Slade et avec, dans les rôles principaux, Josh Hartnett et la sublime Melissa George. Le trait de Templesmith est trop dynamique et trop concentré sur ses effets verticaux (la neige, la nuit, le sang) pour suggérer les 30 jours qui n'en finissent pas, les non-levers de soleil et l'attente des humains traqués par les vampires. Le film n'y parvient pas plus, incapable de se soustraire à son rythme semi-hollywoodien de poursuites, séquences d'évasion, plans à la con ou morceaux de bravoure, pour laisser respirer et frissonner son monde. Du coup, BD et film peuvent, pour une fois, être renvoyés presque dos à dos, autour d'un semi-échec qui tient autant à des erreurs de gestion (artistique, s'entend) qu'à des défauts intrinsèques des médias. Sur le terrain de l'attente, du temps qui passe... lentement et de l'angoisse, il est assez difficile de rivaliser avec le roman. Est-ce à dire que les mots contiennent par leur double dimension spatiale et sonore, par leur lettrage, leur plumage et leur configuration intrinsèque (un après l'autre) une qualité que les autres n'ont pas ? Ce n'est pas si sûr. Le film qui attend ennuie (souvent). La BD qui attend est souvent prétentieuse. Le livre qui attend (on parlera de Je suis la ou une légende bientôt) peut être un chef-d'oeuvre. Le roman attend toujours, d'une façon ou d'une autre. Il aura plus de mal à pétiller et à rivaliser sur le champ de l'action, de l'humour qui fuse. Chacun ses armes, ce qui ne veut pas dire qu'on ne puisse pas trouver d'exceptions, de contre-exemples etc.
Top Ten : ce qui reste après l'Alan Moore Alors que leur créateur lance cet automne le troisième tome de sa La Ligue des gentlemen extraordinaires, tome 1 (on reviendra prochainement sur ce Black Dossier très attendu), les superflics mutants du 10e district s'offrent leur première escapade sans Alan Moore et Gene Ha, sous la plume de l'écrivain newbie Paul Di Filippo et du dessinateur Jerry Ordway.Rappelons que Top Ten est l'une des séries-phare lancée par Alan Moore dans le cadre de sa ligne tout public ABC et un mélange assez savoureux de 21 Jump Street, de Mike Hammer (?) et de n'importe quelle sitcom américaine. Di Filippo, qui semble être un auteur de SF connu (?), mais qu'on ne connait pas, se tire plutôt pas mal de la lourde charge qui consiste à succéder à Moore. S'appuyant sur des personnages solides auxquels il n'ajoute pas grand chose, il situe l'intrigue de cette nouvelle mini-série cinq ans après les derniers événements qui avaient secoué Néopolis. On retrouve la bande de Top Ten rassemblée pour un barbecue champêtre telle qu'on l'avait laissée ou presque : le vieux commissaire gay est aux manettes, le chien robot en chef de meute lancé dans une procédure d'adoption avec sa fidèle épouse humaine, ToyGirl (la fille aux jouets mécaniques) à la colle avec un Ken en plastique qui s'envoie en l'air avec Barbie derrière son dos, un couple bleu de frère et soeur incestueux, etc. Di Filippo ajoute quelques recrues à la fine équipe, dont une très jolie sirène qui se balade tantôt dans son bocal les seins à l'air ou allume sa collègue goudoue en ondulant sur sa queue. Côté intrigue, la nouvelle aventure est tordue mais ne manque pas de piment : les Top Ten ont fort à faire avec une sorte de Dr Fatalis spectral géant (tête de mort à l'appui) qui distribue de la drogue de synthèse virale contaminant tout le monde et qui transforme les gens en zombie. Ajoutez à cela que la mairie est tenue par un babouin débile aux manières de cochon, que celui-ci manque déclencher un conflit social en remplaçant le commissaire homo par un ancien militaire et cela donne une bonne mixture irracontable, sans que cela ne déshonore aucunement l'esprit libre et libertaire de la série. Di Filippo en fait peut-être un peu trop dans le pathos (la mort de la mère du CowBoy) et se perd parfois dans les pistes qu'il a lui-même ouvertes. Pourtant, on ne peut pas lui en vouloir d'avoir essayé de rivaliser avec l'intensité narrative d'Alan Moore. Côté dessin, et c'est la bonne surprise, Jerry Ordway fait oublier le Gene Ha des premiers épisodes (on met de côté le Top Ten 49rs et ses ambiances crépusculaires) en truffant ses planches de détails subliminaux (des apparitions de cartoon célèbres comme Popeye, Jimmy Corrigan et d'autres) et en respectant le cahier des charges : Néopolis est une ville de BD sublime, un bonheur pour les yeux et un personnage à elle toute seule. On a beau patauger un peu vers la fin, Top Ten : Au delà de l'ultime frontière est une prolongation honorable à une série importante, un bon divertissement dans un environnement impeccable, où les héros parlent super-pouvoirs mais aussi crise du logement, adoption ou sexualité. Le nouveau duo a, en cela, accentué l'une des tendances de Moore et Ha qui était de faire primer la vie des policiers sur leurs enquêtes. L'équilibre de l'ensemble en pâtit peut-être, mais on s'amuse plutôt bien et cela suffit à notre bonheur. On n'ira pas néanmoins jusqu'à conseiller ce tome à ceux qui n'ont pas apprivoisé les personnages de Top Ten et leurs petits secrets en de précédentes occasions : ils n'y verraient que du (petit) feu et ce serait dommage. Top Ten : Au delà de l'ultime frontière Paul Di Filippo, Jerry Ordway Marvel Panini FranceL'Ange à la fenêtre d'Occident : le meilleur du fantastique pragois Pas facile de revenir au XXIe siècle ces dernières semaines, j'en suis conscient. Les griffes du XIXe siècle sont particulièrement puissantes et ne lâchent pas leur petite proie journalistique quand elles l'ont agrippée. Celles du début du XXe ne font pas de cadeaux non plus, quand le XXIe siècle aiguise encore ses "griffes de lait". Certains s'impatientent et réclament de la nouveauté. Hé bien, la nouveauté, qu'on se le dise, n'appartient pas plus au présent qu'au futur : la nouveauté (malheureusement) est souvent plutôt derrière que devant, à l'image de cet ultramoderne Ange à la fenêtre d'Occident de l'austro-tchèque Gustav Meyrink, qu'on avait laissé la dernière fois avec son célébrissime Le Golem.Cette fois, Meyrink a quelques années de plus (12 pour être précis, puisqu'on est désormais en 1927) et s'achemine tranquillement vers sa fin (il lui reste 5 ans au compteur et aucun autre livre...). Le succès s'est éloigné ; on le conspue un peu partout et il s'est absorbé corps et âme dans l'ésotérisme : expérience à la poudre de perlimpinpin, invocations de satans à nichons pointus... La réputation de Meyrink est celle d'un excentrique, tendance menaçante pour la population qui voit les coups dans les murs, les explosions et la visite de succubes comme un danger bien réel, au point qu'on lui a lapidé sa maison quelques années plus tôt et qu'il a dû quitter Prague. Au lieu de se racheter une conduite et d'écrire L'élégance du hérisson, Meyrink se démène pour livrer le roman d'alchimiste ultime, le plus tordu, fantastique, inquiétant, sensuel, sombre et gothique que la Terre ait porté depuis les Proverbes infernaux de William Blake et le Moine de Matthew Lewis : l'Ange à la fenêtre d'Occident. Le livre devrait plaire un maximum à ceux qui sont fans de Lynch et ont apprécié le dernier Coppola, L'Homme sans âge, ceux qui pensent que le temps n'est pas si linéaire qu'on croit et peut faire d'étranges mouvements sur lui-même, voire aller jusqu'à soutenir de sa matière molle des entreprises aussi foireuses que la réincarnation à distance ou la transmutation des âmes. Il était une fois Fables
Dit comme ça, Fables sonne comme un comic book qui tente comme tant d'autre de surfer sur la vague Alan Moore/Neil Gaiman et avec beaucoup de retard.En interview, Bill Willingham explique d'ailleurs que le concept trouve son origine dans un dessin animé parodiant les contes de fée qu'il a vu enfant (comme Watchmen aurait été inspiré par une parodie des supers-héros parue dans MAD) et dans un projet abandonné de spin-off du Sandman de Gaiman. Rapidement, Fables a heureusement trouvé sa propre voie : plutôt que d'utiliser les contes de fées dans une tentative de commentaire post-moderne sur la fiction, Willingham construit une véritable histoire et n'ironise jamais sur le ridicule ou la profondeur de son concept. S'il y a un sujet à Fables, c'est probablement la politique. Cela ne saute pourtant pas aux yeux : l'exil des fables peut-être lu comme une métaphore de la diaspora juive, mais, la plupart du temps, aucune référence directe n'est faite à l'actualité. La BD est plus une série de contes moraux de plus en plus complexes : la grande simplicité des personnages (la plupart, que ce soit le Prince Charmant ou Cendrillon, ne sont que de simples archétypes unidimensionnels que Willingham ne cherche aucunement à épaissir) permet une grande lisibilité des situations, quand bien même elles impliquent un casting des plus larges. Toute la richesse de Fables tient donc dans l'accumulation des histoires et des personnes. Buckingham au dessin aide beaucoup : il a établi avec son ancien (et plus célèbre) collaborateur Chris Bachalo un style très personnel de découpage, multipliant les motifs et les symboles un peu comme J.H. Williams l'a fait dans Promethea. Ce qui peut n'être qu'un gimmick simpliste ("et si les pages avec le Prince Charmant avait la forme d'un blason ?") s'avère parfaitement adapté à la nature archétypale des personnages. Fables est un truc plutôt rare : un comic book politique plutôt conservateur, et néanmoins subtil ainsi que nuancé, une longue fresque à la Sandman, qui ne se prend jamais pour plus qu'elle n'est et, avec plus de soixante numéros parus aux USA, une série qui ne semble jamais devoir s'arrêter sans qu'on le regrette. Les éditeurs en fête à la Halle Saint-Pierre
- Quel est le but de cette manifestation ? Tout le monde aime American Elf
... Enfin, sauf moi, mais je fais déjà suffisament mon Schtroumpf grognon dans ces lignes. American Elf, c'est le journal dessiné de James Kochalka, Américain qui aime se dessiner en elfe. Ne me demandez pas pourquoi. Il y raconte les insignifiantes anecdotes de sa vie de tous les jours. Tout le monde (attention je dis bien tout le monde) ne fait que de dire que c'est génial. Cela doit certainement l'être. Je dois pour ma part reconnaître qu'il serait difficile de détester ce strip. En tout cas je ne pouvais pas vous signaler que Kochalka a enfin abandonné son antique système d'abonnement, et que dorénavant les immenses archives d'American Elf sont mises gracieusement à votre disposition sur le web. Pensez à dire merci.
Les meilleures ventes : La fiction, une valeur sûre
![]() En novembre, le roman a su gagner les faveurs du public, celui-ci choisissant de s'intéresser aux lauréats 2007 des prix Renaudot et Goncourt. Seule la biographie de Simone Veil, Une vie, parvient à rivaliser vraiment avec le genre. Il semble que le Renaudot se vende mieux que le Goncourt, et surtout que les autres prix ne font pas beaucoup d'émules... Et tandis que Muriel Barbéry continue d'écouler son stock de hérisson, les Adam et Eve d'Amélie Nothomb sont déjà repartis pour un paradis lointain et oublié.
Miss France : Pourquoi la lecture ne rend pas plus laid que le cheval....Posté par Myosotis le 10.12.07 à 11:28 | tags : elucubration
La France va mieux, tout le monde le dit. Depuis samedi soir, la Miss France est réellement jolie et n'a pas l'air totalement stupide lorsqu'elle ouvre la bouche. Pour la première fois (me semble-t-il) d'ailleurs, le site de l'émission nous gratifie d'une fiche individuelle des candidates en lice lors de l'émission de samedi dernier et nous affranchit sur leurs lectures. De l'élue, la réunionaise Valérie Bègue (on ne peut pas tout avoir), on découvre ainsi que son livre de chevet est... L'alchimiste de Paulo Coelho. Miss Auvergne lit Harry Potter ; Miss Provence Le Nom de la rose, d'Umberto Eco; la Picardie "Le château de verre" d'une mystérieuse Jeannette Walls, Miss Loire-Forez n'a pas répondu à la question et écoute de la musique "extrêmement variée"; Miss Artois Hainaut (ma circonscription natale) s'envoie Si c'est un homme de Primo Levi au petit déj; Miss Limousin rien non plus; Miss Languedoc-Roussillon lit la trilogie du Le Seigneur des Anneaux ; Miss Tahiti Paulo Coelho ; Miss Corse l'ABC de la graphologie ; Miss Bretagne Acide sulfurique d'Amélie Nothomb ; Miss Comminges-Pyrénées le Da Vinci Code. Et je m'en tiens là, histoire de ne pas ajouter l'ami Marc Lévy qui figure à 2 ou 3 reprises dans le top des miss.Il est amusant de voir que, si ces jeunes filles n'ont pas prémédité leur coup et maquillé leurs goûts (à considérer qu'elles lisent vraiment, ce qu'on peut supposer à la lecture de ce qui précède), leur liste de lecture ressemble à n'importe quelle autre liste de lecture un tantinet commerciale d'à peu près n'importe quelle Française dite "moyenne". Sans qu'on soit particulièrement bouleversé par cette information, on peut néanmoins en tirer une série d'enseignements qui valent ce qu'ils valent : 1. Les jolies filles ne sont génétiquement pas incapables de lire. Cette idée reçue a depuis longtemps été battue en brèche (je me souviens de cette galerie photos de jolies filles au livre, relayée ici l'année dernière). Mais, il faut le redire et le redire encore : lire ne rend pas laide, ça abîme juste les yeux. On peut s'appliquer sur le visage un Flaubert ou un Marc Lévy, comme on se ferait un masque au concombre. Cela donne bonne mine et éclaire le regard d'une lueur que les hommes (certains hommes) savent repérer au premier coup d'oeil. La lecture, d'où qu'on se place, est une activité beaucoup plus saine pour un mannequin que le ski (les genoux) ou surtout le cheval qui vous déforme les jambes et risque de vous laisser paralysée comme Toulouse Lautrec. 2. Que les Miss n'ont pas cité une seule fois L'élégance du hérisson... Est-ce le signe d'une prochaine dégringolade du titre après des mois au sommet des ventes ? Est-ce que le livre, aussi bon soit-il, n'a pas bouleversé les vies au point d'être cité (encore ou déjà) en qualité de "livre de chevet". Si l'on considère qu'un livre de chevet est un livre qu'on est susceptible de lire et de relire, pourquoi citer l'Alchimiste, Marc Lévy ou même l'ABC de la Graphologie et pas le hérisson ? 3. Que Miss Paris lit actuellement Les hommes viennent de Mars et les filles de Vénus Ce qui explique sans doute qu'elle ait une tête d'extraterrestre. La honte pour l'Ile de France ! 4. Qu'il est très peu probable, sur ma liste de lecture, que je sois sélectionné un jour pour le Concours des Miss France Et ce, malgré mes formes incomparables. De toute manière, je ne faisais pas la taille minimale pour défiler, mais bon.... Le réglement du concours prévoit-il d'éliminer une nana superbien roulée qui lirait Dantec, Chuck Palahniuk et Alain Robbe-Grillet ? 5. Qu'on lit les mêmes âneries sur l'ensemble du territoire français (si on concourt pour le titre de Miss), sans que le Sud de la France se différencie du Nord. Autre idée reçue qui est battue en brèche. Même si, dieu merci, 85% des filles de la téléréalité restent nées entre Saint-Tropez et Montpellier. Peut-on dire pour autant que le jacobinisme a fait autant que le capitalisme pour la diffusion de la bêtise ? 6. Que le portrait de Miss Calédonie est manquant sur le site et indiqué "bientôt disponible". Mais quand au juste ? 7. Qu'il faut vraiment que je lise Paulo Coelho si je veux emballer les filles.
Walden, Thoreau et la vie qu'on mène...![]()
Les Eternels de Jack Kirby![]() On se sent un peu stupide en écrivant sur Jack Kirby. Le scénario des Eternels, son dernier travail important pour Marvel dans les années 1970, évoque au mieux celui des Mystérieuses Cités d'Or mais, avouons-le, on dit ça par pure flatterie : cette histoire de races mystérieuses créées par des dieux extra-terrestres serait ridicule même au sein d'une Gloubi-boulga night. Les personnages sont de risibles clichés, dont on n'aurait pas voulu dans un film d'aventure muet à Hollywood en 1920 et malgré toute la sympathie que nous inspirent ses créations antérieures tout aussi simples (mais attachantes comme la Chose des Quatre Fantastiques, Hulk, les New Gods, etc...), on ne peut considérer les Eternels que comme l'oeuvre d'un génie cramé, usé par des années de service au comic book et qui balance une nouvelle idée toute les trois pages, non pas parce qu'il est inspiré comme par le passé mais probablement parce que comme nous il s'est déjà lassé de la précédente.Peu importe la médiocrité du scénario : Kirby était alors au sommet de son art en tant que dessinateur. Il avait depuis longtemps parfait son style unique de composition et de mise en scène conçu pour que chaque élément du dessin semble vous sauter dessus comme si vous aviez mis des lunettes 3D. Ses héros avaient des costumes couverts de symboles géométriques complexes qui n'étaient encore rien comparés aux constructions folles à la limite de l'architecture escherienne qu'étaient les machines de Kirby, des vaisseaux spatiaux incas aux outils mystérieux de dieux, ces constructions ont dû donner des maux de têtes et des érections à Moebius, Giger, Mignola et un million d'autres. Cerise sur le gateau, le dessin de Kirby bénéficiait pour une fois d'un encrage plutôt bon de Mike Royer et de couleurs propres et nettes (c'est déjà beaucoup à l'échelle de ce qu'a subit Kirby) de Glinys Wein passées par un travail de restauration impeccable des studios Marvel pour une réédition "Deluxe" intégrale.Dernière bonne nouvelle : on peut parfaitement suivre le scénario inepte des Eternels en se contentant de lire les bulles en diagonale (et en zappant complétement les redondants pavés narratifs) pour s'attarder à loisir sur le dessin spectaculaire. C'est en tout cas ce que j'ai fait après avoir scrupuleusement et péniblement lu "sérieusement" les premiers épisodes de l'intégrale. Les Eternels restent un des travaux les plus mineurs de Kirby et ne doivent leur réédition qu'à la récente résurrection des personnages par Neil Gaiman, mais on peut espérer, pourquoi pas, qu'un succès en librairie ouvrirait la voie à une réédition des New Gods. Les Eternels : L'intégrale Jack Kirby Marvel France Lucius Shepard : Le bayou des derniers jours
Ecrivain américain, reporter de guerre, infatigable voyageur et baroudeur émérite, Lucius Shepard fait parti de la génération des Philip K. Dick, Norman Spinrad & Co., autant dire la frange rock'n'roll, exubérante et engagée de la SF des 70's. Mais Shepard est aussi un écrivain au style fluide, proche des grands auteurs anglo-saxons, comme Ernest Hemingway ou Joseph Conrad. C'est également le spécialiste d'une littérature fantastique teintée de modernité qui mélange aussi bien, rites vaudous, légendes urbaines et futur proche. Les personnages de Shepard, sont un peu comme les personnages de La Plage d'Alex Garland, des occidentaux paumés, aux prises avec des forces et des coutumes qui les dépassent. C'est le cas de Jack Mustain, le héros de Louisiana Breakdown, dernier roman de l'Américain traduit aux éditions du Bélial.
Raconté comme un compte à rebours vers le désastre et la perdition, Louisiana Breakdown se déroule en un peu moins de 48 heures dans la moiteur des marais de la Louisiane profonde : Immobilisé malgré lui dans la ville de Graal, Jack Mustain va faire connaissance avec sa population haute en couleur, saturée de chaleur et de secrets. Une bourgade du sud profond qui semble condamnée d'avance et sombre lentement dans la démence sous l'ombre omniprésente du cyclone Katrina. Un lieu où il ne fait pas bon tomber amoureux, un endroit enfin, ou charmes anciens et maléfices sont plus que jamais vivant dans le cœur de ceux qui y vivent. Jul et son Guide du Moutard
Seven Soldiers, encore un tour de passe-passe de Grant Morrison
Pourquoi on meurt plus sur les pages impaires...![]() Ma curiosité continue, année après année, et heureusement pour moi, de s'appliquer spontanément à d'étranges objets d'étude.
William Gibson : Le cyberpunk à travers les mailles du réseauAlors que les éditions J'ai Lu réédite, Neuromancien, Comte zéro et Mona lisa s'eclate, les trois premiers romans de William Gibson (dits, de la Sprawl Trilogy) accompagnés de son recueil de nouvelles, Gravé sur chrome, sous la forme d'un Omnibus titré Neuromancien et autres dérives du réseau, impossible de faire l'impasse sur ce qui fut certainement l'un des plus intéressants mouvements littéraires issu de la science-fiction du 20ième siècle : le cyberpunk, un mouvement littéraire né au début des années 1980 est largement influencé par la new wave anglo-saxonne des années 1970, représentée par des auteurs comme J.G. Ballard, Michael Moorcock, Harlan Ellison ou Samuel Delany. Cet univers, on le doit à de nombreux auteurs, mais avant tout à William Gibson Ford, l'inventeur de ce qui restera dans les annales de l'histoire comme "le cyberespace". Une "réalité virtuelle", un paysage de données, qu'il définit comme une représentation 3D des ordinateurs reliés en réseau de part le monde. (On notera que pour Gibson, cette "hallucination consensuelle" comme il l'a nommée, concerne en premier lieu les transactions de capitaux internationaux.) Un espace qui ressemble fort à notre Internet, à une différence près, et non des moindres, les visiteurs, pirates, hackers et police des corporations, y naviguent réellement pour s'y livrer une bataille sans merci. Mais cet espace virtuel abrite aussi des entités mystérieuses, parfois discrètes, parfois omnipotentes et omniprésentes, les IA, ou Intelligences Artificielles. Ça vous rappelle encore quelque chose ? Bravo, dans Matrix les frères Wachowski lui ont tout piqués ! Sandman 7 de Neil Gaiman : Vies Brèves & Longs plaisirs
On voudrait que les publications du Sandman ne se terminent jamais mais il faudra bien s'y résoudre : un jour, il n'y en aura plus. Entretien avec Laurent Fétis : Techno Animal
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