Livres : actu romans, essais et bd, extraits... blog Mille feuilles.

Archives > Novembre 2007

Noël avec Robert Crumb

Posté par 2goldfish le 30.11.07 à 16:06 | tags : comics

C'est Noël, vous avez l'instinct de vider votre portefeuille pour offrir des cadeaux à vos amis. Mais seulement voilà, vous venez de passer un semaine horrible, chaque matin debout longtems avant les poules pour aller attendre un hypothétique train coincé dans une gare avec beaucoup trop de vos semblables collés contre vous, se mouchant parce qu'ils ont la grippe humaine ou aviaire et qu'ils ont beaucoup trop de germes pour eux tout seul. Dans vos oreilles il y a Nadya qui chante "Comme un Wok" et ça y est, vous avez glissé de l'autre côté. La chute de la civilisation de son état de grâce pré-industriel pour en venir à "ça" vous apparaît comme une insupportable évidence. Vous détestez tous ces gens, y compris vos amis, et vous n'en avez plus rien à foutre de la société, dans les trains maintenant vous vous collez aux femmes avec de grosses fesses et vous imaginez toutes ces choses horribles que vous allez leur faire subir, vous, créature repoussante et libidineuse mais tellement supérieure intellectuellement. Pour Noël, vous allez vous offrir à vous même un album de Robert Crumb.

Il y a justement l'embarras du choix cette année : le véritable cadeau de luxe, pour le connaisseur, c'est Robert Crumb's Sex Obsessions paru chez Taschen. 256 pages en couleurs "d'absurdes galipettes avec de belles, grosses filles et des petits gars flippants". Pour le novice, chez Cornélius, il y a Mes problèmes avec les femmes, une compilation de comics autobiographiques de Crumb qui l'air de rien construit de sources disparates, une histoire de l'auteur avec un début, un milieu et une fin.
Dans la foulée, Cornélius réédite ses deux précédents albums "thématiques" : Mister Nostalgia, consacré à la fascination de Crumb pour l'Amérique d'Entre-deux-guerre, son jazz et son blues, ainsi que Sans issue, consacré à la critique sociale simpliste (mais notre société décadente mérite-t-elle mieux ?) mais acerbe et cinglante de Crumb. Vous voulez que je vous raconte la fin ? On est tous foutus.

Sur le mag : Lire la chronique de ses Sex Obsessions.
Lire aussi le portrait de Robert Crumb




Les meilleures ventes : XIII

Posté par Solaris le 30.11.07 à 10:19 | tags : best-seller, news, roman

Semaine du 19 au 25 novembre : Les lauréats des prix littéraires ont la côte..., mais pas autant que XIII.
En effet, dans le top des ventes, on retrouve les prix Goncourt, Renaudot de la saison 2007 : Alabama Song de Gilles Leroy et Chagrin d'école de Daniel Pennac.
Les mémoires de personnalités suscitent aussi la curiosité, l'intérêt de certains. Ainsi, Une vie de Simone Veil semble en passionner plus d'uns. Souhaitons à Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ? de Michel Drucker de connaître le même destin...
On retrouve ensuite deux auteurs best-seller. Tout d'abord, J.K. Rowling. L'écrivaine britannique n'a pas de souci à se faire. Son petit protégé, Harry Potter, se maintient. Et un come-back auquel on ne croyait pas : Muriel Barbery et son son élégant hérisson continue de "séduire". (Et non, il ne se fait pas oublier en Extrême-Orient comme son auteur.)
Enfin, au rayon bd, les deux derniers volets des aventures de XIII caracolent en tête (XIII Tome 19 : Le dernier round et XIII Tome 18 : La version irlandaise), loin devant le tome 23 de Fruits basket de Natsuki Takaya.







Irvine Welsch de retour en librairie...et dans la hotte de Flu

Posté par Maxence le 29.11.07 à 17:15 | tags : au diable vauvert, news, roman

A peine sorti de la rentrée littéraire 2007, on voit déjà se profiler celle de janvier 2008 ! Bien que je m'étais promis de ne plus participer à cette foire d'empoigne épuisante, il est difficile de passer à côté du grand retour d'Irvine Welsh, l'auteur culte de toute une génération avec l'acclamé Trainspotting, un roman adapté en 1996 par Danny Boyle. Cette fois, ce sont les éditions Au diable Vauvert qui s'y colle avec, non pas une, mais deux traductions de l'écrivain écossais.

Les lecteurs français auront donc droit à Porno, la "sequel" tant attendue de Trainspotting, qui suit les aventures de Begbie, Sick Boy et Spud des bas-fonds d'Edinburgh en passant par Amsterdam, et même la croisette Cannoise, quelques années après la disparition de Mark Renton avec l'argent de la bande. Centrée sur le personnage de Sick Boy, Porno raconte ses efforts pour réussir dans le business de la pornographie amateur (le porno "gonzo" pour être exact) après avoir rencontré Nikki, une étudiante anglaise aussi belle que paumée.
Ce roman, paru en Grande-Bretagne il y a cinq ans, est accompagné avec seulement un an de retard par la traduction d'un des romans récent de l'auteur, Recettes intimes de grands chefs. Une fable gothique et morale explorant les rapports entre Danny et Brian, deux inspecteurs de l'hygiène de la Mairie d'Edinburgh, dans un remake contemporain et plutôt réussi du portrait de Dorian Gray.

 

 

Deux livres très différents donc, qui permettent de faire le point sur l'évolution du talent d'Irvine Welsh. On en reparle très bientôt sur Flu', le mag, avec une longue interview de l'auteur.

En outre, Fluctuat et Au Diable Vauvert vous proposent de gagner cinq lots de deux livres dont l'un est contenu dans la superbe hotte de Flu.

Participer au concours La Hotte de Flu




Desolation Jones

Posté par 2goldfish le 29.11.07 à 10:35 | tags : comics, polar, science-fiction

 

Michael Jones est un ancien espion du MI-6, mis à la retraite après avoir subi une expérience mystérieuse qui a rendu sa peau grise et son humeur massacrante. Comme le reste des espions décommissionnés du monde, il est assigné à résidence à Los Angeles où il survit en jouant les détectives dans la communauté bigarrée des ex-espions de L.A. Le premier album commence quand un vieil homme fortuné l'engage pour retrouver une bobine de film qui lui a été volée. Le vieux a aussi trois filles, dont une a été kidnappée et l'intrigue est calquée plus ou moins fidèlement sur celle du Grand Sommeil de Chandler. Aussi, la bobine que Jones doit retrouver contient un film pornographique tourné par Hitler dans son bunker en 1944.

Les connaisseurs auront immédiatement identifié un pitch de Warren Ellis (scénariste de BD à ne pas confondre avec son homonyme violoniste et comparse de Nick Cave). Bourré d'idées dans tous les sens, d'obscénité, de violence et d'amertume mais basé sur un genre qu'il respecte finalement plus qu'il ne le subvertit. C'est à la fois la principale qualité et le principal défaut d'Ellis : ses scénarios sont souvent squelettiques, des prétextes pour nous caser des concepts plus ou moins intéressants. C'est d'autant plus vrai avec l'utilisation du roman de Chandler, déjà tellement exploité par deux films, trois même en comptant The Big Lebowski. Ici, nous avons plutôt de la chance. Le bouquin s'ouvre sur une petite leçon d'urbanisme, se perd un peu dans les histoires d'espions génétiquement modifiés, puis nous parle un peu des affres du porno "gonzo".

La vraie force de Desolation Jones se trouve dans le dessin de J.H. Williams III, connu principalement pour son boulot sur Prométhéa. Un choix pas vraiment évident : les compositions alambiquées et les grands écarts stylistiques, qui faisaient des merveilles pour les visions mystiques, d'Alan Moore ne semblaient pas a priori adaptés à un polar terre à terre. Cependant, Williams s'en tire finalement très bien, ne se lâchant que dans les flashbacks et des scènes d'action visuellement épatantes, mais plutôt confuses. Le reste du temps les feux d'artifices sont assurés par le coloriste José Villarubia, dont les choix parfois extrêmes fonctionnent la plupart du temps plutôt bien, assurant une ambiance unique à chaque séquence.

Desolation Jones manque de substance, mais offre suffisament de bonbons pour l'oeil et le cerveau pour qu'on ne regrette pas sa lecture. Et puis si ça peut vous rassurer, on ne voit jamais le film d'Hitler.

Desolation Jones, Tome 1 : Made in England
Warren Ellis, J.H. Williams III
Panini




Marre des romans ? Essayez Balzac...

Posté par Myosotis le 28.11.07 à 15:23 | tags : extrait, roman

Les deux paysans, le père et le fils, restaient silencieux, résignés et soumis à la volonté de Dieu, en gens accoutumés à suivre instinctivement, comme les animaux, le branle donné à la Nature. Ainsi, d'un côté les richesses, l'orgueil, la science, la débauche, le crime, toute la société humaine telle que la font les arts, la pensée, l'éducation, le monde et ses lois ; mais aussi, de ce côté seulement, les cris, la terreur, mille sentiments divers combattus par des doutes affreux, là, seulement, les angoisses de la peur. Puis, au-dessus de ces existences, un homme puissant, le patron de la barque, ne doutant de rien, le chef, le roi fataliste, se faisant sa propre providence et criant : -- "Sainte Ecope !..." et non pas : -- "Sainte Vierge !..." enfin, défiant l'orage et luttant avec la mer corps à corps.

On imagine assez mal comment serait reçu pour Noël un cadeau consistant en une collection de plusieurs volumes de Balzac. Mal, sûrement, tant la réputation chez les jeunes générations (j'entends par jeune, ceux nés après 1940) de Balzac a souffert des études de texte scolaire.
Balzac est connu partout comme le loup blanc le plus chiant de la planète littéraire et fait concurrence à Zola, qui peut encore se targuer avec Germinal, d'être aimé des socialistes et amateurs de réalisme social. C'est vraiment dommage tant la prose balzacienne et surtout sa technique littéraire sont atypiques et impressionnantes, lorsqu'on les prend du bon côté. Balzac est, à ma connaissance, avec Nicholson Baker peut-être, le seul qui peut se permettre (dans Le Père Goriot) peut-être d'ouvrir une porte et de traverser un couloir en 25 pages, c'est le seul formaliste qui s'autorise des digressions patrimoniales et des virées explicatives (sorte de flash-backs futuristes) qui constituent à eux seuls des romans à part entière.
Sur la meilleure database du marché http://www.v1.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm, on peut se lire La Comédie Humaine in extenso agrémentée d'un appareil critique de haute qualité. Plutôt que d'aller reprendre les classiques, on s'amusera à fouiller les textes de quelques pages qui montrent de Balzac un volet qu'on ne connaît pas : un Balzac fantaisiste, allumé du bocal ou carrément halluciné. C'est un peu le cas de l'extrait qui précède, tiré d'une sorte de mini-nouvelle baptisée Jésus-Christ en Flandre. Si on la lisait sans savoir qui en était l'auteur, je parierais mes deux bras que personne ne penserait à Balzac. Mais, c'est bien lui qui est derrière tout ça, comme souvent. Il y a une époque où on avait coutume de dire que Balzac se tenait derrière chaque écrivain français. De nos jours, il est nettement au dessus, mais aussi autour, derrière, comme un maître gracieux, mastodonte et qui fout les foies.  
L'intégrale Omnibus, pas chère et maniable, peut être, à cet égard, une assez bonne affaire, à condition qu'on choisisse à qui l'offrir.

Jésus-Christ en Flandre
Honoré de Balzac




De Superman au Chat du Rabbin : passez par Eisner et Kurtsman

Posté par 2goldfish le 28.11.07 à 10:06 | tags : bd, comics

L'exposition De Superman Au Chat Du Rabbin au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme à Paris retrace l'évolution parallèlle de la condition juive et de la bande dessinée - des comics américains en particulier.
Il semble qu'aux débuts du comic strip et jusque dans les années 1970, la bande dessinée outre-atlantique n'était l'oeuvre que de Juifs New Yorkais. Ils ont peut-être formé (et déformé) les esprits de la jeunesse américaine pendant tout ce temps mais avant de vous lancer en mode "antisémite parano", il faut bien vous dire que c'était loin d'être aussi cool que de contrôler les finances internationales, simuler la Shoah ou tuer Jésus : si les Juifs contrôlaient la production de comics, c'est avant tout parce que personne n'en voulait. Comme le racontait Will Eisner à Frank Miller dans leurs entretiens, on laissait la BD aux Juifs parce que les illustrateurs goys travaillaient tous pour la pub qui payait bien mieux et qu'on préférait toujours les employer eux plutôt que des noirs.

L'expo, précedemment évoquée sur Flu, commence avec des strips : c'est dans les journaux américains qu'a été inventé la BD... Dans la version américaine des faits (parce que, bien sûr, chacun prétend avoir inventé la BD en premier). Une chose est certaine, la BD a été inventée pour les immigrants qui lisaient mal l'anglais, parmi lesquels beaucoup de Juifs, et ces premiers strips étaient pleins de stéréotypes savoureux et révoltants. La naissance de Superman, puis des autres super-héros marquent l'entrée des comics dans le monde de l'enfance. Toujours considéré comme un médium pour illettrés, le comic strip (puis le comic book) fait les frais de l'alphabétisation des masses et à quelques exceptions (le Spirit de Will Eisner en est une) s'adresse à ceux qui ne savent pas encore bien lire.

Malgré tout ce qu'on a fait de Superman comme messie ou golem de la diaspora juive américaine, le judaïsme n'est presque jamais abordé ouvertement en BD. Il faudra attendre la révolution des "underground comix" et des auteurs comme Harvey Pekar, Aline Kominsky et Art Spiegelman pour que le judaïsme sorte du placard (Robert Crumb, contrairement à ce que certains croient, n'est pas juif).
Cette crise d'adolescence débouche sur le graphic novel, qu'on dira inventé par Will Eisner en 1978.

Depuis que les comics de super-héros passaient aux mains des petits Américains de toutes origines qui avaient grandi en les lisant et qui, incroyable, "veulent" faire du super-héros, les auteurs juifs sont libres de se consacrer à des poursuites plus littéraires, à des oeuvres historiques comme Ben Katchor, théologiques comme le Chat du Rabbin de Sfar ou autobiographique comme tout le monde.

Ne vous laissez pas tromper par l'affiche : Superman et le Chat Du Rabbin ont beau être deux BD des plus ennuyeuses, l'expo est bien fournie en planches originales et la scénographie est bien pensée. La visite fournit en plus au passionné de BD un argument massue pour défendre ses petits miquets : le prochain qui me regarde de haut quand je lui explique de quelle partie du blog Livre je m'occupe, je le traite d'antisémite !

 




Salon du Livre de Montreuil 2007 : J-1

Posté par Solaris le 27.11.07 à 17:19 | tags : livre, news

Consacré à la littérature jeunesse, le Salon du Livre de Montreuil est devenu le rendez-vous incontournable de l'automne.
Regroupant 290 professionnels du livre et de la presse, le programme 2007 est alléchant. Vous pourrez ainsi partir à la découverte de l'univers du jeu et des jouets, apprécier la mise en lumière de la littérature anglo-saxonne, rencontrer des auteurs, illustrateurs...

Pour plus d'informations, consultez le dossier spécial Salon de Montreuil 2007 sur ados.fr, ainsi que les coups de coeur en littérature enfantine de momes.net.


Salon du Livre et de la Presse Jeunesse
Seine-Saint-Denis



Du 28 novembre au 3 décembre

Halle Marcel Dufriche Paris-Est Montreuil
128 rue de Paris - Montreuil
Métro 9, arrêt Robespierre
Bus 102, arrêt Sorins

Gratuit pour les enfants




Mardi, c'est Paradis avec Herman Melville (2)

Posté par Myosotis le 27.11.07 à 11:02 | tags : roman

On peut classer traditionnellement les grands livres en deux catégories : ceux qui vous donnent envie d'écrire, voire de les imiter, et ceux qui vous font l'effet inverse, car trop imposants, trop effrayants pour qu'on s'essaye à faire aussi bien.
Mardi de Melville, dont on a déjà parlé, est bizarrement l'un des rares livres à échapper à cette classification. Malgré la démesure du projet (une sorte d'Odyssée dans les mers chaudes), le style de Melville appelle à l'imitation et laisse ouvert un champ que l'écrivain en herbe a envie d'investir : celui de la littérature de voyage et de l'aventure déambulatoire. Pendant clair d'Au coeur des ténèbres de Conrad, Mardi n'en reste pas moins effrayant par son caractère hospitalier et sa manière d'approcher ou d'accrocher la lumière. Dans ce domaine, les descriptions édéniques des îliens et des vahinées prépubères qui peuplent les îles sont archétypales d'un monde littéraire à la fois ultrasimple dans son énoncé (des filles, des seins, des fesses qui remuent en jouant au volley), mais dont la reproduction est aussi ardue que celle qui consisterait à reproduire l'intensité d'une toile de Van Gogh. On ne peut penser qu'il suffit pour décrire ça comme Melville le fait de l'avoir vu ou d'en avoir approché le matériau de près, comme l'a fait Melville qui, rappelons-le, a beaucoup navigué dans sa jeunesse. Non, pour parvenir à cette précision, il faut vraisemblablement avoir atteint une sorte de transubstantiation littéraire entre le projet et le sujet qui n'est pas donnée à tout le monde. Ainsi, derrière cette déclaration d'intension, il faut entendre beaucoup plus. Melville ne s'est pas contenté de voir les ïles, il les a inventées.    

Lecteur, écoute ! J'ai entrepris un voyage sans carte. Avec une boussole, nous n'aurions pas trouvé ces îles de Mardi. Ceux qui se lancent hardiment, en coupant tous les câbles et se détournent de la commune brise (bonne pour les navigateurs ordinaires), ceux-là gonflent leurs voiles de leur propre souffle. Suivez de près le rivage, vous ne voyez rien. Mais si vous cherchez un monde nouveau, "Ohé, la terre !" tel est le cri que vous entendez. M'étant mis en route pour me divertir, j'ai été entraîné par une rafale irrésistible. Jeune, sans expérience, forcé de bonne heure à mener la vie dure, je continue à me laisser porter par le vent. J'essaie de conserver tout mon courage. - Et s'il est plus difficile maintenant que les mers ont été parcourues tant de fois par tant de navigateurs, de trouver des pays nouveaux, la gloire n'en sera que plus grande ! Mais le monde nouveau que nous cherchons est plus étrange que celui du voyageur qui partit de Palos ; car c'est le monde de l'esprit, où l'errant peut avoir plus de raisons de s'étonner que la troupe de Balboa parcourant les vallées d'or du pays des Aztèques.




Ginsberg et la balade des squelettes (américains)

Posté par Myosotis le 26.11.07 à 17:37 | tags : poésie, youtube

Il y a une éternité maintenant Allen Ginsberg enregistrait pour la postérité un album de poésie intitulé The Ballad of Skeletons en compagnie de Paul McCartney et de Philip Glass. Quelques années plus tard et deux ans avant sa mort, sur une scène londonienne, l'un des personnages essentiels de la beat generation, se faisait assister d'un guitariste obscur, membre d'un groupe oublié de Liverpool, pour l'accompagner dans sa diatribe contre l'Amérique puritaine, militariste, arc-boutée sur les valeurs familiales et antigay. Cet enregistrement assez exceptionnel dans son genre témoigne de la vigueur d'une poésie peu prisée en Europe : politique, engagée, révolutionnaire et hautement mélodique.
Aujourd'hui, Ginsberg est mort et coincé entre Burroughs et Kerouac dans les manuels d'histoire beat. Mc Cartney toujours vivant (encore que...) peine à faire croire qu'il a été l'espace d'une soirée plus politique que son comparse à lunettes.
Cette version de La balade des squelettes, emballée en moins de 7 minutes, reste un témoignage rarement égalé (Sonic Youth accompagnant Burroughs peut-être, Lou Reed lisant Edgar Allan Poe, sûrement pas) de l'alliance pourtant évidente de la musique pop et de la poésie. Léo Ferré s'essaiera à mettre Baudelaire en musique. Murat reprendra le flambeau quelques années plus tard, mais sans parvenir à se défaire d'un certain faisandage. On n'entend pourtant rien ici qu'une évidence : la poésie est faite de mots, de sons et d'idées qui vont bien ensemble.
Les Beats sont les seuls à avoir rendu le mot CIA super-tendance, à avoir fait swinguer les "multinationales", le "fascisme" et les "shoots" avec élégance. Rien que pour ça, ils méritent un mausolée à ciel ouvert.  
  



Phénix : l'oeuvre d'Osamu Tezuka

Posté par 2goldfish le 26.11.07 à 10:32 | tags : manga

Phénix, sûrement la pièce maîtresse de l'oeuvre gigantesque d'Osamu Tezuka, est enfin réédité en France pour le plus grand bonheur de ceux qui comme moi ont découvert le génie de Tezuka trop tard pour se procurer la première édition des années quatre-vingt-dix. Les nouvelles couvertures sont assez laides, comme l'étaient de toute façon les anciennes, et le choix fait cette fois-ci de retourner les planches originales pour adopter le sens de lecture occidental a logiquement les défauts et les qualités inverse du choix de l'édition précédente... Bref, il n'y a pas grand chose à dire de ce côté là, si ce n'est qu'on aurait bien voulu un objet un peu plus luxueux, surtout un papier plus blanc, à la manière de la réédition de Bouddah.


C'est que Phénix a beaucoup à voir avec la biographie en manga de Siddharta Gautama du même auteur. On y trouve en fait les mêmes thèmes mais dans une présentation plus claire et plus complète. Phénix, c'est onze volumes presque tous indépendants (au moins en surface) qui racontent chacun un bout de l'histoire de l'humanité et de sa quête d'immortalité. Chaque histoire est celle d'une poignée de personnages en quête du mythique oiseau de feu dont on dit que quiconque boira son sang obtiendra la vie éternelle. Le truc c'est bien sûr que ce n'est jamais ceux qui le chassent qui l'attrapent et que les rares personnages qui goûtent son sang finissent par le regretter. Le premier volume se déroule aux premières heures du Japon, le second aux dernières de l'humanité et les suivants alternent entre science-fiction et récits semi-historiques en se rapprochant toujours plus de notre époque. Tezuka n'aura malheureusement jamais achevé son grand oeuvre, mais on imagine qu'il prévoyait un final ayant pour cadre le présent.

Plus que temporel, cependant, le mouvement qui anime Phénix est celui des idées. Chaque histoire apporte une nouvelle précision, une nouvelle couche à une philosophie bouddhiste d'abord simple (respectons tout ce qui est vivant, renonçons au désir, acceptons la mort, etc...) mais qui se raffine chaque fois un peu plus. Ainsi, la première histoire est celle, de facture assez classique, d'une reine cruelle qui voudrait rester belle éternellement et de ceux qu'elle écrase dans la course à l’immortalité, le tout finissant en petite leçon à la morale assez prévisible. Dès les volumes suivants les choses se compliquent, le magnifique quatrième volume étant consacré aux trajectoires symétriques de deux sculpteurs dans le Japon médiéval, le cinquième à un homme qui après avoir été ressucité par la science ne voit plus les hommes que comme des amas de matière inerte, mais voit les robots comme des hommes... Toujours pourtant l'histoire est grosso-modo la même, celle de la volonté destructrice des hommes et de l'un d'entre eux qui apprend à s'en libérer.

Et puis il y a l'inventivité constante de Tezuka, capable de composer de véritables poèmes visuels, de bouleverser toutes les constructions classique de la page de BD parfois parce que simplement c'est ce qui semble avoir le plus de sens, d'autres fois parce qu'il y a visiblement longuement réfléchi et d'autres fois encore parce que, sans doute, il s'ennuyait. Phénix reste une oeuvre absolument unique dans l'histoire de la BD, d'une ampleur, d'une ambition et d'une profondeur époustouflantes, un monument que devraient lire tous les aspirants auteurs de BD, comme une leçon d'humilité et comme un défi à relever. Les lecteurs eux doivent le lire parce qu'il n'existe pas de meilleure preuve de la valeur de la bande dessinée en tant qu'art.

Phénix
Osamu Tezuka
11 tomes chez Tonkam

 

 




Un jeu cruel, Silverberg et ses freaks romantiques

Posté par Myosotis le 23.11.07 à 09:06 | tags : roman, science-fiction

A n'en pas douter Chuck Palahniuk n'aurait pas craché sur cette histoire-là, tant les jolis monstres de Robert Silverberg font écho à l'univers déjanté de l'auteur de Choke et d'Invisible Monsters. Un jeu cruel est une fable assez étonnante sur la plume pourtant variée de Silverberg, l'homme aux 200 et quelques textes (romans, nouvelles), auteur de l'Homme Programmé ou de Gilgamesh.
Ecrit en 1967 et venu à nous en Folio SF 40 ans plus tard, Un jeu cruel, court roman de 200 et quelques pages, se situe dans un futur assez éloigné mais qui n'est pas dénué de réalisme. Un producteur télé qui tient, dans une logique de concentration tout azimut, des chaînes de télé comme des parcs touristiques, des sites naturels sur la Terre et les planètes de la galaxie, a l'idée pour relancer l'audimat d'organiser la rencontre de 2 freaks à la dérive : un astronaute kidnappé par des extraterrestres hostiles qui, après avoir tué ses deux collègues, le reconstruisent en tentant "d'améliorer ses fonctions rudimentaires". Ses yeux, par exemple, s'ouvrent non plus de haut en bas mais de droite à gauche. On lui a rajouté des tentacules et refait le portrait, ce qui n'a pas manqué de le traumatiser. L'homme vit en reclus et n'ose plus faire un pas dehors. Le monstre parfait. A sa gauche, une jeune fille de 16 ans, pas moins paumée qui a eu son heure de gloire lorsque des scientifiques zélés lui ont prélevé cent ovules pour donner naissance simultanément à 100 bébés. La vierge aux 100 bébés, 2ème personnage culte de cette histoire loufoque. Le gras-double producteur de télé (obèse et qui se nourrit à la souffrance humaine) organise avec ses sbires un rencard qui fonctionne par delà les espérances et amène à une love story entre les deux monstres, lesquels entreprennent alors une sorte de lune de miel des meilleurs spots de la galaxie. Dit ainsi, pas simple de vendre ce livre-là sans dire que Silverberg s'en tire à la quasi-perfection tant sur le plan de la forme que du fond. Sur le fond, justement, les travaux d'apprivoisement des deux coeurs perdus sont impeccablement saisis. Si l'on considère (c'est une définition qu'on peut en donner) que l'amour n'est jamais que le moyen trouvé par deux douleurs pour se consoler, Un jeu cruel en est la meilleure illustration. Les échanges entre la vierge folle et le Caliban astronaute sont superbes. Leur redécouverte de leur corps meurtri sonne tout à fait juste et les brouilles qui suivent leur idylle prosac tout à fait convaincantes. On déplorera juste que la partie médiatique soit sacrifiée au profit de l'aventure sentimentale. Le rôle du producteur sort un peu affaibli des choix structurels, ce qui est dommage compte tenu de son potentiel. Sur la forme, où Silverberg excelle d'ordinaire à faire pleurer les machines, le récit offre quelques beaux morceaux de bravoure : récits enchassés des tortures subies par les astronautes, solitude, poursuites amoureuses à travers l'espace intersidéral : du grand art à haut potentiel évocateur, comme souvent chez cet auteur.

A l'arrivée, un Jeu cruel n'est pas un roman aux enjeux extraordinairement élevés (on parle amour, beauté et pas gloire), mais un plaisir de gourmets qui ravira tant les amateurs de soap opera que les fans de SF. Dans un registre différent, le livre s'adresse à ce public de plus en plus nombreux qui vient à la SF par l'extérieur et qui aime garder un pied en terre connue. Un Jeu Cruel fait cet effet là et le fait bien.

Un jeu cruel
Robert Silverman
Folio SF




Astro City : des ailes de plomb qui se changent en or

Posté par Myosotis le 22.11.07 à 15:30 | tags : comics, polar

Il aura fallu pas moins de 7 ans (si je ne me trompe pas) pour passer du tome 3 publié chez feu Semic d'Astro City à ce magnifique tome 4, sous-titré des Ailes de Plomb, sorti il y a 2 mois maintenant chez Panini.
L'univers créé par Kurt Busiek, dessiné par Brent Anderson et Alex Ross (couvertures uniquement), est l'un des plus passionnants des univers new comics, ces séries qui visaient après les ravages causés par Alan Moore (je caricature) sur les superhéros à en redorer le blason et l'amour à l'ancienne. Astro City comme le Top Ten du même Moore se situe comme une tentative réussie de mêler les codes super-héroïques et le monde du polar, dans une ambiance old school (type golden age, mais sans son côté kitsch) prenante et classieuse, qui lorgne par sa lenteur et sa langueur du côté des Marvels de Ross justement, l'album fondateur de cette veine-hommage.
Le scénario des Ailes de plomb constitue la principale qualité de ce recueil qui se lit indépendamment des autres tomes. Un héros loser en acier appelé Steeljack sort de prison et regagne, la queue entre les jambes, son quartier de prédilection, une zone paumée d'Astro City, peuplée de cloches et de loubards qui n'ont pas vraiment le vent en poupe. Obsédé par sa propre destinée, par la mort de sa mère et le crime qu'il a commis enfant, SteelJack peine à trouver un sens à sa vie et traîne sa misère jusqu'à ce que les habitants de ce Hell's Kitchen de comics lui demandent d'enquêter sur une série de meurtres mystérieux (pas de cadavres) perpétrés dans les milieux lumpenprolétaires de la petite truanderie. Steeljack ne doit pas renouer avec le milieu sous peine de retourner en prison, où il a passé plus de la moitié de son existence. Mais sans autre espoir de réinsertion, il finit par accepter et se met sur la piste du tueur et de ses motivations, allant d'échec en échec et faisant coïncider son enquête avec un travail d'analyse sur soi qui donne de l'épaisseur au recueil.

De temps à autre, les pages sont éclairées par le passage des Anges, les super-héros qui veillent sur Astro City et semblent, du haut de leur piédestal, et sous le regard de Steeljack le banni, mépriser la vulgate. Les Anges fascinent et en imposent, mais restent longtemps inaccessibles. Des Ailes de Plomb est une exploration sous forme de polar du rapport entre le commun et le fantastique. Le rythme est volontairement ralenti pour qu'on puisse apprécier les déambulations de Steeljack dans son propre passé et le passé des autres. La rencontre avec un vieux super-héros hidalgo, El Hombre, dégradé pour avoir voulu briller une fois de trop (il a payé un supervilain pour se faire mousser) va changer la donne de l'enquête et donner un éclairage nouveau sur les ambiguïtés et la concurrence qui règnent entre les héros. Les êtres à sauver comptent-ils pour eux ? Superman et les autres travaillent-ils parfois pour soigner leur ego ? Quid de la compétitition chez les bonnes soeurs ? Le thème du succès ou de la décadence des super-héros est omniprésent dans les comics d'aujourd'hui : on le retrouve chez Gaiman, mais aussi dans l'excellente série 52, qui poursuit son bonhomme de chemin en France (ah, Booster Gold). Il n'est pas étonnant que les 2 personnages clés qui s'interrogent sur ces questions soient des types associés aux métaux précieux que sont l'or (Booster Gold) et l'argent (SteelJack).

Astro City diffuse de la mélancolie sur un rythme presque dangereux pour la santé. L'univers dessiné par Anderson est nettement moins sombre et torturé que le Sin city de Miller, mais bénéficie d'une force immédiate et d'une lisibilité affective et artistique qui lui confèrent un impact sur le lecteur presque aussi important. Ceux qui pensent que Miller en fait parfois trop dans la noirceur et le jeu d'ombres trouveront leur compte ici dans un récit équilibré et suffisamment traditionnel pour ne pas dérouter. L'album est un vrai plaisir pour les yeux (à ce titre, le personnage de Steeljack est un bonheur) et offre des arrières plans réalistes, sur lesquels il est très agréable de s'attarder.
Astro City est une belle réussite qui fera un beau cadeau de Noël pour les ados et les adultes.


Astro City : Des ailes de plomb
Busiek / Anderson / Ross
Panini




Cat And Girl

Posté par 2goldfish le 22.11.07 à 10:16 | tags : comics, lectures de bureau, vo

 

Une des choses que j'ai apprises en écrivant pour Mille feuilles c'est qu'il est extrêmement difficile d'écrire sur une série de strips. Il n'est déjà pas facile de parler du comique en général, la tentation étant très forte de juste dire "regardez, c'est rigolo", parce que, chacun le sait, une blague ça ne s'explique pas. Non content d'être pour la plupart comiques, les strips présentent la difficulté supplémentaire d'être généralement très simples.
On peut s'en sortir avec Peanuts, certes, mais peu d'oeuvre en ont la subtilité ou la richesse et, surtout, les soixante années d'existence (sans parler des travaux de critiques plus talentueux qu'on peut paraphraser).


Cat And Girl de Dorothy Gambrell est un excellent webcomic qui raconte la vie de tous les jours d'un chat anthropomorphique léger et fantasque, et d'une fille intello et cynique. Le strip typique les voit confronter leur point de vue sur une question philosophique plus ou moins élaborée, abstraite, fondamentale ou parfaitement triviale. Le strip peut être comme ses deux personnages assez intello ou agréablement inconséquent, passant de réflexions sur l'art et la vie à une aventure de Bad Decision Dinosaur. Parfois une poignée de personnages secondaires parmi lesquels Boy, prétendant malchanceux de Girl, Grrrl ou les zombies de Dorothy Parker et Joseph Beuys apportent un peu de variété. D'autres fois, Dorothy Gambrell fait juste n'importe quoi.

Que dire de plus, finalement ? Regardez, c'est rigolo.

Cat And Girl
Dorothy Gambrell
catandgirl.com chaque semaine le mardi, jeudi et vendredi




Comment devenir un Dieu vivant

Posté par Solaris le 21.11.07 à 14:09 | tags : au diable vauvert, littérature en vidéo, news


Certains ambitionnent d'être "apprenti maître du monde" (version Star Wars dark side). D'autres, tel Julien Blanc-Gras, affichent clairement leur volonté d'accéder au statut de Dieu vivant.
En attendant le publication de Comment devenir un Dieux vivant (Au Diable Vauvert, 2008), un peu de littérature en video sur Mille-Feuilles.



A la découverte de la littérature érotique

Posté par Myosotis le 21.11.07 à 11:11 | tags : sexe et littérature, web

Ceux qui aiment la littérature érotique et qui trouvent l'ami Robbe-Grillet un peu trop cavalier et sauvage pour eux, pourront aller faire un tour sur l'un des sites français de référence en la matière, le mal nommé http://www.eros-thanatos.com/.
Le site qui s'appuie sur une mise en page peu ragoûtante est une vraie caverne d'ali-baba de la littérature érotique avec en réserve quelques pépites de textes issus des bonnes plumes du genre Sade évidemment, mais aussi les moins connus Restif de la Bretonne ou encore, comme ici, ce bon Théophile Gautier. Dans cet extrait, tiré d'une Lettre à la Présidente écrite en 1850, l'auteur du Roman de la momie, augure une sorte d'excursion touristique qui, à la manière d'un Jean-Pierre Pernaud priapique, nous emmène dans un tour des cons, des culs et des enculades qui n'est pas sans charme. On peut, au fil des lectures, s'émerveiller des tournures de phrases de ces grands écrivains des XVIIIe et XIXe siècles, dont la langue, avec le recul, sonne à la fois kitsch et parfois quasi-administrative. Lorsque l'érotisme est envisagé sous le prisme de la raison, on voit bien qu'il a tendance à s'emballer.   

Dans le Valais, nous avons rencontré ma chimère, c'est-à-dire la femme à trois tétons ; mais le troisième était un goitre et c'était le seul dur. Je n'ai pas été tenté de demander à cette Isis suisse si elle avait le con en travers, fantaisie chinoise qui m'affriole. Dans l'auberge du Simplon, dont le papier représente les Anglais en Chine, comme un roman de Méry, un parapilla ailé et monstrueux s'introduit dans la bouche de Lady Bentinck, qui s'écrie "Very delicious !" Les canons sont transformés en membres qui déchargent, les roues forment les couilles, les canons, la pine, et la fumée simule la mousse éjaculatoire : ces embellissements priapiques sont dûs au crayon libidineux de jeunes rapins français.

À Domo d'Ossola, les lieux, que quinze heures de route nous faisaient un devoir de visiter pieusement, pour y déposer nos libations, présentaient un aspect enchanteur et féerique ; ils étaient peints à fresque et représentaient des bouquets de roses qui s'épanouissaient comme des trous du cul de blondes, avec une touche de pourpre au milieu. Il est fort agréable de s'accroupir, ayant l'oeil sur ces anus fleuris, ou sur ces fleurs anales, dépliant leurs pétales : les fronçures d'un sphincter, prêt à boire une pine, ou à vomir un étron.




Alan Moore, Art Siegelman et Dan Clowes dans les Simpsons

Posté par 2goldfish le 20.11.07 à 16:40 | tags : alan moore, comics, littérature en vidéo, vo
Dans le dernier épisode de la saison 19 (!) des Simpsons diffusé aux USA, une nouvelle librairie de comics "alternative" s'ouvre à Springfield et organise une séance de dédicace avec Daniel Clowes, Art Spiegelman et Alan Moore.
Dans les années 1980, alors qu'il n'était "que" l'auteur du brillant strip Life In Hell, Matt Groening aurait pu s'asseoir à la même table. Observez bien le poster de Lost Girls derrière Moore, parce que depuis que Delcourt s'est dégonflé, la diffusion sur Canal+ de cet épisode sera sans doute ce qu'on aura de plus proche d'une publication de cette BD en France.
Oui, bon, euh... C'est vrai que les Simpsons, à la télé, c'est plus ce que c'était.
C'est quand même un moment important dans la reconnaissance culturelle des comics alternatifs. Ou pas. Enfin, c'est un peu amusant, je crois. Euh, je fais quoi là, déjà ?



Ce qu'on peut lire pendant les grèves

Posté par Myosotis le 20.11.07 à 10:30 | tags : elucubration

Les périodes de conflits sociaux dans les transports sont des périodes de deuil pour les amateurs de lecture en transport collectif. Ceux qui n'ont pas recours aux vélos, aux pieds, aux rollers,  peinent à assouvir leur besoin primaire (la lecture) dans des rames bondées, inexistantes ou qui sentent le poney. Les plus acharnés, entassés en bestiaux intellectuels entre la porte et la porte, réussissent parfois à survivre et à gratter quelques lignes dans l'adversité. Ainsi, j'ai moi-même pu établir une liste de ce qui peut être lu pendant les grèves, lorsqu'on n'a même pas la place de sortir un Hérisson de sa poche (bonne nouvelle ?), un Télé 7 jours ou n'importe quel roman digne de ce nom.

1. Lire une interview d'Entrevue par dessus l'épaule d'un colosse.
C'est possible à condition de ne pas se faire remarquer. Le colosse en cuir élimé n'aime pas, ça mais n'a rien contre partager quelques lignes de l'interview exclusive qu'accorde ce mois-ci Virgine Caprice (photo) dans le magazine. Au fil des stations, on découvre la version écrite d'une imposture de Jean-Yves Lafesse (qu'est-ce que c'est drôle), des propos contradictoires de Didier Drogba sur son avenir à Chelsea, ou la présentation du nouveau CD-Rom Calendrier accompagnant le magazine Guts.

2. Lire l'étiquette rappelant les règles de sécurité du métro parisien.
C'est en 3 langues (Français/ Allemand/ Anglais) et c'est toujours bon à savoir. On s'arrête quelques secondes sur le lapin qui dit l'essentiel : "ne mets pas tes mains, tes cheveux, ton sexe sur les portes, tu risques de te faire pincer très fort.", soit "dont let your hands on the door, you could get f****" ou encore "Weg an die türen, du könnste....". En le relisant trois ou quatre fois, on peut tenir là-dessus cinq à six minutes.

3. Espionner la voisine d'à côté.
Celle à laquelle on est collé depuis dix minutes et qui sent Lolita Lempicka Parfum à plein nez. Entre les stations, elle envoie un SMS chaque fois différent et qu'on rêverait de recevoir. Les SMS sont aussi de la littérature (Ah, bon ?). Ex : "Sui a chatelet. JTM". Deux secondes plus tard. "Sui a reomur. rdv devan monop. JTM toujour." Trois secondes plus tard "é raté la sorti. a demain." Là encore, attention de ne pas se la jouer invasif. Les claques partent vite pendant les temps de grève et l'on vous reproche assez facilement de profiter de la promiscuité pour déclencher un début d'érection dans le dos des gens.

4. Un mini-livre sur le traité européen. Je suis sûr que vous en avez reçu un vous aussi au moment du référendum. 200 et quelques pages sur un livre de 1 centimètre de côté, autant dire que même sur la ligne 4, vous pouvez facilement sortir trois doigts de la poche de votre voisin et relire le meilleur texte de Valéry Giscard d'Estaing depuis le Passage. Bon, ok, le texte a été repoussé mais, à ce qu'on raconte, il reste valable à 98% dans le nouveau projet de traité simplifié de l'Uberchtibonhomme. C'est bien sûr la lecture la plus excitante que vous pourrez trouver par les temps qui courent.

5. The Gum Thief, le dernier roman du canadien Douglas Coupland, dans votre sac transparent (un sachet de chez Ed) depuis 5 jours et dont vous commencez à connaître par coeur la couverture, juste la couverture, coquille d'oeuf, une caméra pointée vers vous comme dans une émission de télé-réalité avec un chewing-gum collé juste en dessous de la lunette. Le chewing-gum est en forme de coeur, rose ou framboise, à peine mâché. La lecture des 3 ou 4 premières pages le soir, avant de vous endormir à 20H32, complètement lessivé, vous a convaincu que c'est peut-être un bon livre. Le héros Roger, 42 ans, officie comme ouvrier en rayon dans un magasin de papiers pour le bureau. Il tient un journal qui est découvert par l'une de ses collègues, Bethany, une jeune fille de 24 ans, fringuée gothique. Pour lire la suite, il va falloir attendre évidemment, mais ça suffit presque à faire avaler tout le reste. Roger écrit un roman gnangnan en parallèle. C'est beau comme du Coupland et il n'y a pas de grève au Canada ?




Kindle : le lecteur de livres numériques d'Amazon

Posté par Solaris le 19.11.07 à 18:00 | tags : e-book, livre, news
Aujourd'hui, l'un des leaders des ventes sur Internet doit présenter à New-York son lecteur portable de livres numériques.
Attendu depuis plusieurs mois, Kindle se présenterait sous un format livre, pourvu d'une connexion wi-fi permettant la prise de note grâce à son clavier, ainsi que le téléchargement de livres et de journaux via Amazon. Les livres audio pourraient également être écoutés sur celui-ci. Son prix d'achat avoisinerait les 400, voire 500 dollars.
Ce lecteur deviendrait un sérieux concurrent de celui lancé en 2004 par le géant japonais Sony. De plus, Amazon a racheté en 2005 Mobipocket, afin de recourir à son propre format de livre à la place d'un format open qu'utilisent les autres éditeurs. En choisissant cette option, les livres électroniques téléchargés depuis Amazon pourraient ne pas être lus sur les autres lecteurs comme l'e-book de Sony.

Par ailleurs, il semblerait que le livre numérique soit en vogue. En effet, Google s'est engagé dans une grande opération en vue de constituer une bibliothèque électronique mondiale, projetant même de mettre en place un service payant pour le téléchargement de certaines oeuvres. Service dont les revenus seraient partagés avec les éditeurs. Toutefois, les "classiques" libres de droits (Shakespeare, Mauspassant) récupérés gratuitement sur Google pourraient ne pas être sous un format compatible avec le lecteur d'Amazon.
Quant au projet de bibliothèque numérique européenne, il avance. Mais "piano, piano".
Affaire à suivre.

Sur Flu : dossier complet, une histoire du E-book, avec la chronologie des différentes tentatives



Concours de poèmes : and the winner is...

Posté par Easywriter le 19.11.07 à 15:57 | tags : concours de poèmes, poésie

Bon ben voilà, après avoir dépouillé les milliers de commentaires et le courrier pléthorique parvenu à la rédac de Flu, nous sommes en mesure de vous annoncer le vainqueur.
Il s'agit de : ISA, qu'on applaudit bien fort.
Myosotis et 2 Goldfish avaient voté pour Rien ne s'efface et Solaris avait choisi Chanson pour la lune.
Pour ma part, j'avais sélectionné Douce Poil. Comme quoi à la différence des jurés du Renaudot, la rédaction de Fluctuat est d'une intégrité totale.
La lauréate gagne un superbe coffret Les Fleurs du Mal

Ci dessous, re-publication du poème gagnant :

Combien de fois
J'ai pleuré pour toi,
Combien de jours
J'ai manqué d'amour,
Combien d'années
Je t'ai aimé.
Juste une seconde
Et je perds mon monde,
Juste une minute
M'amène à ma chute,
Juste une heure
Et je me meurs.
Mais mon ange me sourit
Et petit à petit
Je me reconstruis.
Et tant pis pour lui
S'il part dans l'oubli.
Enfin, je revis !




Joe Matt : portrait de l'artiste en branleur

Posté par Easywriter le 19.11.07 à 12:32 | tags : bd

 

- Il est artiste fainéant, insupportablement égocentré et imbu de lui-même. Humainement, il est loin d'être parfait (radin, froussard et il dévore ses croûtes de pied).
- On vous mentirait en vantant l'originalité de son graphisme ou son inventivité scénaristique.
- Son dernier ouvrage est quasi-exclusivement consacré à la masturbation.
- Et pourtant le modeste article qu'on lui consacre est élogieux.
- Il s'appelle Joe Matt (clique sur son nom).

Lire : la biographie détaillée de Joe Matt
la chronique de Strip-tease
la chronique d'Epuisé

 




Vita Nova : Avant la divine comédie

Posté par Myosotis le 19.11.07 à 10:14 | tags : gallimard, poésie, roman

Dire de Béatrice ce qui ne fut jamais dit d'aucune autre

Après ce sonnet m'apparut une vision admirable, dans laquelle je vis des choses qui me firent prendre la résolution de ne plus rien dire de cette bienheureuse tant que je ne pourrais pas traiter d'elle plus dignement.

Et pour atteindre à ce but, j'étudie vraiment autant que je peux, comme elle le sait. Si bien qu'autant qu'il plaira à Celui qui fait vivre toute chose, si ma vie dure encore quelques années, j'espère pouvoir dire d'elle un jour ce qui jamais ne fut dit d'aucune autre.

Et après, plût à Celui qui est sire de la courtoisie que mon âme s'en puisse aller voir la gloire de sa dame, c'est-à-dire de cette Béatrice bienheureuse, laquelle glorieusement contemple la face de Celui "qui est per omnia secula benedictus".

A quelques jours ou années de La Divine Comédie, on voit qu'on n'y est pas encore. Vita Nova qui est ressorti, il y a quelques mois, dans une nouvelle traduction par notre MBK national, n'est pas un brouillon de la Divine Comédie, mais l'oeuvre d'un poète déjà sublime à qui il manque l'étincelle. Dante n'a peut-être pas, à cette époque, encore eu l'idée-déclic, mais travaille d'arrache-pied et accumule du matériel pour nourrir sa vision. On ne sait évidemment pas quand, ni dans quelles conditions le projet jaillit "d'entre les ténèbres de son esprit", mais le moins que l'on puisse dire c'est que la lumière fut, comme sur cette illustration de Gustave Doré et qu'elle fut pour longtemps et probablement toujours.




Voyage en Arménie : ce qu'il faut faire

Posté par Myosotis le 17.11.07 à 10:00 | tags : élucubration

Je ne suis pas vraiment un spécialiste de la section Beaux-Livres, trop chers, trop précieux et parce qu'ils prennent (tout bêtement) beaucoup trop de place dans l'étagère et pas assez dans la mémoire, passée la première lecture découverte. Il vaut mieux à mon sens toujours un bon récit de voyage à l'ancienne qu'une débauche photographique, qui n'arrivera qu'extraordinairement rarement à la cheville d'une mémoire humaine, saisie par soi-même lors d'un voyage entre amis ou amoureux, ou même avec son propre appareil numérique de chez Lidl et avec sa trogne omniprésente au premier plan. Tout ça, mieux qu'une débauche d'effets spéciaux, de style et de volupté faite cliché. Il y a néanmoins quelques exceptions dont ce très beau Voyage en Arménie de Paul Kazandjian fait partie.

La qualité de ce livre repose sur sa modestie et son intention de dire le paysage non pas comme une gravure de mode (beurk), ou un numéro spécial de Géo (re-beurk), mais comme un espace géographique, humain et historique. Si le voyage de ce photographe amateur fait une large place aux paysages fantastiques des gorges de l'Euphrate, aux forêts réellement flippantes et sombres du Karabagh ou aux terres noires d'Erzincan, il n'en oublie pas au travers de textes particulièrement bien tournés, truffés de détails historiques, bibliques mais aussi d'impressions de voyage très personnelles (les plus intéressantes finalement sur ce genre d'ouvrages) de faire une large place au pays comme lieu de vie, en mouvement, assailli par les troubles, les interventions humaines, les événéments du temps.  

Les photos elles-mêmes témoignent de cette approche (elles peuvent être consultées ici  http://voyageenarmenie.free.fr/ dans une version infiniment moins jolie que sur papier évidemment), qui alternent les paysages idylliques (ceux qui sont allés en Arménie le savent, c'est un pays splendide, dont les hauts plateaux sont un joyau peu mis en valeur) et les scènes plus réalistes. Cette dimension aurait sans doute pu être creusée davantage par un auteur qui retrouve sur son ton, son souci pédagogique et sa "naïveté de pionnier" (l'auteur explique qu'il part ici à la recherche de ses propres racines), l'engouement et l'enthousiasme (rien que ça) des voyageurs du XIXe siècle.

Sans en faire trop, ce livre témoigne de la vigueur sur le net et dans le monde "amateur" d'une contre-culture du voyage vivace, érudite et bien plus excitante que les trolées de guides et récits commandées à des huiles ou à des routards du crime touristique. 


Voyage en Arménie
Paul Kazandjian
Editions Astrig




Le best-of de Brad-Pitt Deuchfalh : Fast-food littéraire ?

Posté par Solaris le 16.11.07 à 17:03 | tags : news, roman

La vie rocambolesque et insignifiante de Brad-Pitt Deuchfalh, tout un programme !
Pour ceux qui connaissent le blog, et les autres qui vont peut-être s'y intéresser après cette notule, voilà, au format papier, les meilleures chroniques du "Petit Nicolas des temps modernes". Celles-ci viennent d'être publiées, disponibles dans toutes les bonnes librairies depuis hier. Et comme, le jeune auteur le souhaitait, il a obtenu une pleine page dans le magazine gratuit du MacDo (trop cool !)

Sur AEIOU, dès 2005, on en a parlé.
Après réception de l'ouvrage du Brad-Pitt des blogs, et une lecture du dit-livre plus tard, on demeure conquis par la plume de l'énergumène. Rien de foncièrement profond, mais une juste observation de son environnement.
Fast-food littéraire ? Après avoir tenu son journal via le net, le blogueur s'est vu proposé la publication de ses oeuvres. Après tout, il ne s'agit là que d'une édition de ses meilleurs billets d'humeur, une sorte de menu Best-of. Les chapitres sont courts, cependant, tout au long de ce recueil, humour et bons mots sont habilement distillés. Et les illustrations au stylo à bille bleu valent le coup d'oeil.

Le quotidien d'un ados, ça ressemble à quoi ? Et bien en lisant La vie rocambolesque et insignifiante de Brad-Pitt Deuchfalh vous en aurez un rapide aperçu.



La vie rocambolesque et insignifiante de Brad-Pitt Deuchfalh
Brad-Pitt Deuchfalh
M6 Editions




Les meilleures ventes : yes, Sir !

Posté par Solaris le 16.11.07 à 14:37 | tags : best-seller, news, roman

Semaine du 05 au 11 novembre : La semaine anglaise sur Canal+ en accord avec le n°1 du classement.

En effet, cette semaine, Canal+ est à l'heure anglaise et les lecteurs ont décidé de faire de même, puisque le number One des ventes est le dernier opus des aventures du sorcier Potter, Harry Potter, tome 7 : Harry Potter et les reliques de la mort. Combien de temps J.K. Rowling occupera t-elle la place ? Les paris sont ouverts.
Le dernier lauréat du prix Gongourt n'est pas très loin (Alabama Song de Gilles Leroy), précédé tout de même de Chagrin d'école de Daniel Pennac (prix Renaudot). Suivent Une vie de Simone Veil, Un secret de Philippe Grimbert.
Le mystère des dieux de Bernard Werber connaît une chute vertigineuse, occupant une position de relégable comme Anticancer prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles de David Servan-Schreiber.
Et, Oh, surprise : L'élégance du hérisson de Muriel Barbery a disparu.

Au rayon BD, on retrouve Naruto, volume 32 et Kid Paddle, volume 11.




Stardust : le livre ou le film ?

Posté par Myosotis le 16.11.07 à 10:52 | tags : le livre ou le film ?, roman, science-fiction

Stardust, le mystère de l'étoile a ses supporters parmi les fans de Neil Gaiman. Même s'il faut avouer qu'il se situe très nettement en dessous en matière d'ambition littéraire et d'imagination que Neverwhere, Anansi, American Gods et même le très beau MirrorMask (dont le livre illustré vient d'ailleurs de sortir en français).
Stardust est un roman de genre pur jus, un conte pour grands enfants, un rien décentré par rapport à la tradition victorienne et par rapport aux pratiques ultérieures du genre (Le Seigneur des Anneaux, Conan...), mais d'une certaine façon un roman qui déborde d'assez peu la veine à laquelle il se rattache sciemment. C'est cette distance infime entre le roman fantasy victorien, ses histoires de fées, de lutins, son retour à la nature et à la campagne épaisse, sa naïveté et son langage ampoulé, et la langue moderne qui fait la magie du livre de Gaiman et le manque de charme du film qui en est tiré.
Rien d'exceptionnel dans cette histoire d'un jeune homme (né de l'union d'un homme de Wall, petit village-frontière, et d'une magicienne de l'autre côté du mur) parti récupérer pour l'amour d'une ingrate une étoile filante tombée de l'autre côté du mur.

Tristan Thorn croisera des licornes, des rois fantômes, des sorcières, des mages, des guerriers, de l'horreur et des bons sentiments. Les amateurs de fantasy seront avec le livre en terre connue, mais sur une terre connue revisitée avec des moyens modernes (une mise en place littéraire simple, des scènes d'action plus nombreuses que les descriptions, des séquences transitoires moins barbantes que chez Tolkien,...) sans pour autant être révolutionnaire ou satirique (à la Pratchett). La fantasy de Gaiman n'est jamais moqueuse et n'a d'intérêt que dans son infini respect des codes du genre. L'ouvrage reste suffisamment simple pour porter sur lui le potentiel féérique et le potentiel dynamique qui en faisaient un candidat admirable pour une adaptation cinématographique.
Ce qui cloche dans l'adaptation de Matthew Vaughn, c'est que la machine hollywoodienne n'a pas su faire la différence entre l'épique et le bucolique et a foncièrement foiré le travail d'équilibre, fondamental dans le domaine de la fantasy, entre les scènes d'action et les scènes dites psychologiques. L'épique est privilégié par le film et accompagné tout au long du film d'une musique symphonique ridicule qui vient anéantir la petite musique intérieure, primesautière et badine entendue lors de la lecture.

La construction hollywoodienne (en séquences) conduit à privilégier le spectacle, c'est un fait. Et ça l'est d'autant plus que la production dispose d'un beau et bon casting et de quelques moyens financiers, mais aurait pu s'autoriser quelques ponts un peu peinards qui auraient permis de donner une autre densité au film. Si le personnage interprété par Michelle Pfeiffer est très réussi, la complexité (et la méchanceté) de son caractère transparaît bizarremment moins efficacement à l'écran qu'en livre, alors même que l'actrice et les effets spéciaux auraient laissé espéré l'effet inverse. Le cabotinage de Robert de Niro envahit son personnage et lui enlève un tantinet le charme du personnage souche, beaucoup plus intéressant et moins lisible. Surtout, et c'est là que tout se joue, même si Stardust le film reste un très beau et bon spectacle familial, un film où on ne s'ennuie pas, le seul écart d'insolence prévu par Gaiman à la lettre du conte de fées a été supprimé. La dernière confrontation entre Victoria (la fille pour laquelle Tristan va chercher l'étoile) et Tristan est amputée de son véritable sens et évacuée comme une première conclusion rapide au film alors même qu'elle donnait au roman de Gaiman une intensité et une justesse proche des Contes de grenade de Wilde. Traitée en 2 plans, la séquence n'est pas compréhensible dans le film alors qu'elle constitue non seulement la clé du happy end final mais surtout une justification a posteriori de la quête qui passe d'une quête amoureuse à une quête philosophique. Deux minutes plus tard, les scénaristes choisissent de couronner l'Etoile et Tristan immédiatement alors même que le roman, dans un twist très libre, les envoyait en excursion de plusieurs années à travers le monde, vivre le romantisme de leur histoire et prolonger l'aventure bohème. D'un côté, on se trouve avec une fin cliché, de l'autre, avec un fabuleux appel d'air libertaire. Soit une différence fondamentale qui explique pourquoi on ne ressent que rarement la puissance évocatrice du livre dans le film.

Pour se résumer, Stardust le film est un divertissement qui vous fait dire, avec un frisson, que décidément la fantasy n'est plus tout à fait de votre âge ; Stardust le livre vous donne le frisson et vous fait penser que... décidément, vous avez conservé intact votre coeur d'enfant. Entre les deux, à vous de choisir votre camp.

 




La Vie Secrète Des Jeunes

Posté par 2goldfish le 15.11.07 à 15:05 | tags : bd

 

Publié depuis 2004 dans Charlie-Hebdo, La vie secrète des jeunes de Riad Sattouf vient enfin de faire l'objet d'un volume relié chez l'Association.
Chaque semaine depuis trois ans, Sattouf a produit une page rapportant une anecdote vue ou entendue dans le métro, une fête ou n'importe où. Dans son introduction l'auteur prévient (et le sujet reviendra à l'intérieur des BD elles-mêmes) : tout est 100% vrai. Ça a pu être "recadré", remis en scène, mais c'est arrivé. C'est qu'apparement personne ne veut le croire. Il n'y a pourtant rien de si invraissemblable dans ce qui est rapporté, si ce n'est peut-être la fréquence des faits intéressants/étonnants/significatifs dont Sattouf est témoin. Moi, je ne prends pas les transports en commun, ne vais pas aux fêtes, et en règle générale je ne sors pas de chez moi, aussi je n'en sais rien. Mais, pour qui garde les yeux et les oreilles ouvertes, il n'y a là rien d'exceptionnel, ou presque, c'est un peu ça le sujet d'ailleurs.
Si ces histoires étaient inventées, elles montreraient surtout un grand manque d'imagination. Il ne s'agit pas ici de présenter une réalité qui dépasse la fiction, mais une réalité qui en aurait été débarrassée.


Ce qui est exceptionnel, peut-être, c'est surtout le talent de Sattouf pour saisir et retranscrire les détails qui "font" l'anecdote : les mimiques, les postures, le vocabulaire, la barette dans les cheveux ou le regard qui se détourne. Un bon dessinateur consciencieux devrait régulièrement sortir de son atelier pour faire du dessin d'observation. Beaucoup le font. Ici, la différence réside dans le fait que Sattouf conçoit aussi du "scénario d'observation". On y découvre la source des détails qui font sonner Pascal Brutal si juste bien qu'il évolue dans un futur dans lequel Alain Madelin est devenu président de la République.

Tout ça, c'est bien me direz-vous. Cependant, quelle est cette vie secrète qu'on découvre dans ce bouquin ? Moi, je n'y ai pas découvert grand chose parce que je suis encore jeune. Vous aussi, je parie.
En effet, on constate que les "jeunes" du livre ont parfois allègrement entamé leur trentaine. Nous voulons tous être jeunes, et nous repoussons sans cesse dans notre esprit l'âge limite de la jeunesse (il est pourtant très objectivement fixé à 25 ans par les banques et la SNCF). Le corollaire étant qu'on réduit à l'état d'enfant ces filles de 18 ans qui parlent en SMS et leurs copains de 20 ans les oreilles bouchées par leur iPod (comme nous, parce que nous sommes encore jeunes). Des enfants ou des abrutis, se dit-on.

On ne découvre donc pas vraiment dans ces pages que la jeunesse est "avant tout un état d'esprit" fait d'irresponsabilités, d'hédonisme, de stupidité et d'un goût immodéré pour la nouveauté. On découvrira peut-être que la réalité ne se prête à aucune conclusion définitive ni aucune généralisation facile si on ne les a pas amenées avec nous a priori.
Face à ce livre, le critique rigoureux est forcé de botter en touche : La Vie Secrète Des Jeunes, c'est le bouquin de Sattouf entier, impossible à réduire, diviser ou résumer.


La vie secrète des jeunes
Riad Sattouf
L'Association (et toutes les semaines dans Charlie-Hebdo)




Gare au Golem ! Meyrink et le fantastique pragois

Posté par Myosotis le 15.11.07 à 10:00 | tags : roman

C'est alors que resurgit secrètement en moi la légende du Golem, cet être artificiel qu'un rabbin cabaliste a créé autrefois à partir de l'élément, ici même, dans ce ghetto, l'appelant à une existence machinale, sans pensée, grâce à un mot magique qu'il lui avait glissé derrière les dents. De même que le Golem se figeait en une figure de glaise àla seconde où le mystérieux verbe de vie lui était retiré de la bouche, il me semble que tous ces humains tomberaient privés de leur âme si l'on faisait jaillir dans leur cerveau n'importe quel microscopique concept, un désir subalterne, peut-être une habitude sans motif ni but chez l'un, voire simplement chez l'autre la sourde aspiration à quelque chose de tout à fait indéterminé, dépourvu de consistance.Quelle effrayanete, quelle incessante attente est tapie dans ces créatures ! Jamais on ne les voit travailler et pourtant elles s'éveillent dès les premières lueurs du jour pour guetter en retenant leur souffle - comme on guette une proie qui ne vient pas.

Voyage à Prague oblige, je suis revenu avec mon Golem en pendentif et mon exemplaire du roman de Gustav Meyrink dédié à la créature de glaise, protectrice de la communauté juive de la capitale tchèque (entre autres).
Meyrink, contrairement à ce que peut penser le touriste, n'est pas Tchèque mais Autrichien. Il n'en reste pas moins que séjournant à Prague pendant une vingtaine d'années, il s'imposa dès son premier roman, Le Golem donc, en 1915, comme une sorte d'auteur maison dont l'oeuvre est profondément ancrée dans la topographie de la ville et du quartier juif en particulier.
Banquier à ses heures, traducteur entre autres professions gagne-pain, Meyrink est une sorte d'excentrique passé du XIXe siècle sur le XXe siècle, dont la vraie passion est l'ésotérisme, la recherche sur les sciences occultes. Cette dimension est ce qui fait de son oeuvre le pendant de celle de Poe sur le continent américain, mais aussi par sa manière de saisir les hommes et les ombres, une oeuvre précurseur de l'expressionnisme (allemand), qu'on peut caricaturer ici, sur le plan cinématographique, à une technique spécifique d'éclairage des ombres et des âmes.
Dans ce Golem, le gros bonhomme en mousse (graisse) n'est pas si présent que ça et sert un peu d'attrape-gogo (je me mets dans le lot). Le livre raconte l'histoire un rien obscure (attention à être attentif dans les premières pages) d'un homme qui prend par erreur le chapeau d'un autre. L'inversion des chapeaux l'amène, dans un mécanisme fantastique assez génial et élémentaire, à se retrouver projeté (mais on ne le sait pas de cette façon) dans l'existence d'un juif du ghetto nommé Athanasius Pernath. C'est la vie de cet homme qui est racontée dans le livre, la vie de son immeuble de son quartier, ses aventures sentimentales et surtout la lutte ésotérique qu'il va mener contre le brocanteur maléfique Aaron Wassertrum. Les personnages annexes sont savoureux et l'ambiance crépusculaire à souhait. L'originalité de Meyrink tient aussi en une structure narrative plus complexe qu'il n'y paraît et en l'insertion de séquences oniriques dans la maille du récit. Ces séquences produisent les fameux effets fantastiques et d'éblouissement magique qui ont fait la réputation du livre.
Autant dire qu'après une telle lecture, on garde un souvenir modifié de son séjour à Prague (la littérature a ce pouvoir là), ayant eu l'impression de porter à son tour le chapeau de Pernath. Autant dire qu'on sera prêt aussi à croire à peu près en toute manifestation bizarre affectant le réel, ce qui, par dessus tout, est l'objectif véritable de l'auteur.

Le Golem
Gustav Meyrink




Ce qui est cool dans le roman français

Posté par Myosotis le 14.11.07 à 14:40 | tags : roman, youtube

Ce qui est cool dans le roman français, c'est que cela permet de donner la parole à des gens intéressants et qui ont des trucs supers à dire aux gens qui viennent les écouter, dans une langue intelligible et dénuée d'ambiguïté.
Lorsque Palahniuk lit des nouvelles en intégralité (Guts, par exemple), lorsque Vollmann assure le spectacle, quand Coupland et Ellis font un boulot de professionnels, en France, Tom est mort. Tom est mort. "Et la cabane est tombée sur le chien", dirait Albaladejo, s'il ne bouffait pas les pissenlits par la racine.
Dans cet extrait "saisi sur le vif", on peut apprécier ce qui fait la différence entre le roman français et le roman anglo-saxon : la prise de chou, la revendication d'intelligence, la réclamation du sens pour soi et chacun de ses mots. Ceux qui ont assisté à des assemblées, lectures, dédicaces avec des écrivains anglo-saxons ont pu noter qu'ils "ne se prenaient pas au sérieux", qu'ils "n'avaient pas la prétention de faire de l'art". Le syndrome Dean Martin vaut pour la littérature comme pour le cinéma. Evidemment, ce constat ne vaut pas pour tous et toutes, mais fonctionne dans la majorité des cas. Ici, on reconnaît l'écrivain français à trois choses :

1. Il dit que les choses s'imposent à lui. Il n'écrit pas en tenant son crayon. Il est pénétré par la fulgurance de l'histoire, tel Isaac le peintre junkie de Heroes. L'écrivain français ne peut pas ne pas écrire ce qu'il écrit. Il n'a pas le choix. Du coup, son écriture vaut parce qu'elle est par-delà son petit être. Dans l'extrait, le titre c'est "l'évidence absolue".

2. L'écrivain français réfléchit tout haut et pose au linguiste psychanalyste. "Tom c'est mot à l'envers. On rajoute un r et ça fait mort." Si on enlève le T, ça fait Rom (les gitans, le voyage), un E, la capitale de l'Italie, c'est dingue. En remettant le T, on peut rentrer chez soi à Saint-Germain en prenant le TRO-Mé.

3. L'écrivain fait des découvertes importantes et permet de combler les zones d'ombre de la connaissance humaine. Tom est mort. On parle ici de la crudité de la mort et de son côté irrémédiable. Steevy se serait fait virer de chez Ruquier pour moins que ça.

Pourquoi tant de méchanceté gratuite ? Parce qu'en France, les critiques sont gratuitement méchants, cyniques et rêvent tous d'écrire des livres, contrairement à leurs homologues anglo-saxons. A suivre donc.




Jacques Prévert soutient la grève de la SNCF

Posté par Myosotis le 14.11.07 à 10:44 | tags : élucubration, poésie

Novembre est une saison propice à la poésie et aux conflits sociaux. En 1933, une grève importante secouait l'industrie automobile française et mettait à l'arrêt les entreprises Citroën et Renault, aboutissant à une résolution du conflit un rien sauvage : dizaines d'arrestations, mais retrait du projet de la marque au chevron (Citroën), qui proposait alors une baisse de la rémunération de ses ouvriers de l'ordre de 15 à 20 % (rien que ça).
Le poète Jacques Prévert qui passait par là (pas que....) en profitait pour nous offrir ces quelques vers qui, s'ils ont bien vieilli, peuvent avec quelques modifications bien placées, trouver encore un certain écho.
Jouons par exemple à remplacer Citroën par SNCF, à faire rimer Fillon avec Millions, et on obtient déjà quelque chose de pas mal du tout.

SNCF
À la porte des maisons closes C'est une petite lueur qui luit... Mais sur Paris endormi, une grande lumière s'étale : Une grande lumière grimpe sur la tour, Une lumière toute crue. C'est la lanterne du bordel capitaliste, Avec le nom du tôlier qui brille dans la nuit./
Sarko ! Sarko !/ C'est le nom d'un petit homme, Un petit homme avec des chiffres dans la tête, Un petit homme avec un sale regard derrière son lorgnon, Un petit homme qui ne connaît qu'une seule chanson, Toujours la même./
Bénéfices nets... Millions... Millions.../
Une chanson avec des chiffres qui tournent en rond, 500 voitures, 600 voitures par jour. Trottinettes, caravanes, expéditions, auto-chenilles, camions.../
Bénéfices nets... Millions... Millions...Fillon... Fillon... /
Et le voilà qui se promène à Deauville, Le voilà à Cannes qui sort du Casino/
Le voilà à Nice qui fait le beau Sur la promenade des Anglais avec un petit veston clair, Beau temps aujourd'hui ! le voilà qui se promène qui prend l'air,/
Il prend l'air des ouvriers, il leur prend l'air, le temps, la vie Et quand il y en a un qui crache ses poumons dans l'atelier, Ses poumons abîmés par le sable et les acides, il lui refuse Une bouteille de lait. Qu'est-ce que ça peut bien lui foutre, Une bouteille de lait ? Il n'est pas laitier... Il est Sarko.
Il a son nom sur la tour, il a des colonels sous ses ordres. Des colonels gratte-papier, garde-chiourme, espions. Des journalistes mangent dans sa main. Le préfet de police rampe sous son paillasson./
Fillon ? Sarko ? Millions... Millions...
Et si le chiffre d'affaires vient à baisser, pour que malgré tout Les bénéfices ne diminuent pas, il suffit d'augmenter la cadence et de Baisser les salaires des ouvriers
Baisser les salaires
Mais ceux qu'on a trop longtemps tondus en caniche, Ceux-là gardent encore une mâchoire de loup Pour mordre, pour se défendre, pour attaquer, Pour faire la grève... La grève...
Vive la grève !

Bonne gambade.




Graffiti Kitchen : Eddie Campbell vieillit

Posté par 2goldfish le 14.11.07 à 09:00 | tags : autobiographie, comics

Après La Bande Du King Canute parue un peu plus tôt cette année, Cà et Là poursuit la traduction d'Alec, la série autobiographique d'Eddie Campbell avec Alec, Tome 2 : Graffiti Kitchen. Il s'agit en fait de l'adaptation de l'album anglophone Three Piece Suit, qui rassemble trois travaux de longueur moyenne de Campbell : Graffiti Kitchen, qui donne donc son nom à l'édition française, Little Italy et The Danse Of Lifey Death qui inspire sa couverture.

Le premier tiers, Graffiti Kitchen, est une oeuvre de jeunesse de Campbell, datant du début des années 1980. C'est aussi le plus intéressant. Le style est le même que celui de La Bande Du King Canute, mais plutôt qu'une série de courtes vignettes il s'agit ici d'un véritable graphic novel d'une cinquantaine de pages, qui raconte avec beaucoup d'auto-dérision, un peu de surréalisme et de poésie trois mois qu'il a passé partagé entre les lits d'une mère et de sa fille.

Ce qui distingue l'autobio de Campbell des autres, c'est son but. Il ne croit pas mener une vie passionante, ni que sa seule "sensibilité" suffit à justifier de nous en parler. Campbell est intéressé par la BD comme média (ou art, si vous voulez) et un de ses soucis est de la libérer des "genres" et du drame en général. Quoi de moins dramatique qu'un journal ? Que ce soit dans son dessin proche du crayonné, évitant toujours de définir clairement les visages, dans son découpage "gauffrier" sans fioriture (et souvent sans cases non plus, un peu comme chez Eisner) ou dans ses textes sardoniques, Campbell attaque tout sous un angle indirect, s'assurant ainsi de nous maintenir lui et nous d'un côté, le pathos de l'autre et un beau gros espace entre les deux.

Le tiers suivant s'intitule La Petite Italie en référence au Nord-Est de l'Australie, région pleine d'Italiens d'origine, où il passait alors quelques mois avec sa femme au milieu des années 1980 et le bouquin se termine sur La Danse de La Vivie et de La Mort (oui, je sais, mais comment l'auriez-vous traduit, vous ?) datant du début des années 1990, et dans les pages de laquelle on retrouve l'auteur définitivement installé au pays des kangourous avec femme et enfants, devenu auteur de BD à plein temps.

Le dessin de Campbell a évolué pour le mieux vers un travail plus fini, mais qui garde l'énergie et la justesse de ses ébauches. En revanche, il n'y a dans ces deux derniers tiers qu'une série d'anecdotes domestiques, certes attachantes et pleines d'esprit, entrecoupées de quelques moments de clairvoyance sur la vie, la mort, etc... C'est bien fait, frais et léger, pourtant il faut bien reconnaître qu'après l'ébouriffante première partie, on passe la suite à attendre en vain que quelque chose se passe.

Alec, Tome 2 : Graffiti Kitchen
Eddie Campbell
Cà et Là




Prix Interallié 2007 : Christophe Ono-Dit-Biot

Posté par Solaris le 13.11.07 à 16:07 | tags : news


Mardi 13 novembre : the last (important) price.
Le jury a décidé (au 1er tour, à 6 voix contre 4) de décerner le prix Interallié 2007 à Birmane de Christophe Ono-Dit-Biot.

A 32 ans, le journaliste au Point signe là son quatrième ouvrage. Cette fiction relate l'enquête d'un reporter qui, cherchant à interviewer un grand caïd de la drogue birman, réalise la portée de l'action de la dictature qui gouverne ce pays.
Publié alors que la Birmanie fait l'actualité (cf. : manifestations des moines à Rangoon), son roman a suscité l'engouement du public.
Au cours des dernières années, Christophe Ono-dit-Biot a régulièrement effectué des reportages en Birmanie, et dénoncé, comme il l'a fait dans son roman et pendant la crise de septembre, les dérives et la corruption du régime militaire.




Prix Goncourt des Lycéens 2007 : Philippe Claudel

Posté par Solaris le 13.11.07 à 12:18 | tags : news, roman

Lundi 12 novembre : déferlante de prix littéraires. Le Médicis, le Femina, le Wepler, et enfin le plus teen-ager d'entre eux le 20e prix Goncourt des lycéens.
Cette année, il a été attribué à Philippe Claudel pour Le rapport de Brodeck (Stock).
Né en 1962, Philippe Claudel exerce à l'Université de Nancy. Ce maître de conférence enseigne à l'Institut européen du cinéma et de l'audiovisuel.
Le jury du prix Goncourt des Lycéens a été sensible à son "écriture poignante" et la "dimension universelle" de son dernier roman.
Philippe Claudel avait précédemment été lauréat du prix Renaudot en 2003 pour Les Âmes grises.




Mardi : c'est Paradis ! avec Herman Melville (1)

Posté par Myosotis le 13.11.07 à 10:00 | tags : roman

Et cet état d'être, intermittent chez moi, ne serait-il pas celui de maint objet muet, passif que nous traitons avec tant d'indifférence ? Croyez-moi il y a bien des choses vivantes en dehors de ce qui rampe, vole ou nage. Pensez-vous, Monseigneur, qu'il n'y ait pas de sensation dans l'état d'être d'un arbre ? Qu'il ne sente pas la sève dans ses branches, la brise dans son feuillage ? Pensez-vous que ce ne soit rien d'être un monde ? De se sentir un dans le troupeau qui erre, comme les bisons, à travers les prairies sans fin de l'éther ? Aux yeux d'un oiseau qui ne voit pas dans nos âmes, quels sont les témoignages de notre propre vie ? Nous bougeons, nous faisons du bruit, nous avons des organes, des pulsations et nous sommes composés de fluides et de solides. Eh bien, tout cela existe dans le corps de Mardi. Chaque jour, les solennels battements de son coeur se révèlent à la surface dans les marées du lagon. Les rivières sont ses veines ; quand il souffre, les tremblements de terre sont ses angoisses ; il crie dans le tonnerre et pleure avec la pluie ; et comme le corps d'un bison se couvre de poil, Mardi se couvre d'herbes et de plantes parmi lesquelles, pauvres parasites, nous ne faisons que ramper, en torturant la patiente créature à laquelle nous nous accrochons. Mardi n'est pas encore guéri des douleurs que lui ont causées les fondations de la première maison. Mardi est vivant jusqu'en son axe. Quand vous versez de l'eau, ne murmure-t-elle pas ? Quand vous frappez une coquille perlière, ne sonne-t-elle pas ? Pensez-vous qu'il n'y ait pas de sensation dans l'être du rocher ? Exister, c'est être ; être, c'est être quelque chose, c'est...

Il y a des extraits qui parlent d'eux-mêmes et qui ne gagnent pas à être expliqués, disséqués ou déconstruits par "l'appareil critique".
Ces quelques lignes tirées de Mardi, troisième ouvrage d'Herman Melville après deux récits de voyage, suffisent à dire qu'il est question ici de perfection faite langue. Ecrit en 1849, Mardi est plus qu'un simple livre un réservoir de sensations qui s'apparente, pour ceux qui aiment ça, au frisson qu'on ressent lorsqu'on regarde un film de Terrence Malick (au hasard, La Ligne Rouge, Nouveau Monde), lorsqu'on écoute les dernières chansons de Brel sur les Marquises (Mardi croise dans la zone des actuelles Iles Galapagos). Dans la littérature contemporaine et en mode mineur, il n'y a guère que La Plage d'Alex Garland, sur quelques pages, qui a pu décrire aussi bien la sensation de découvrir un paradis perdu. Mardi est la première oeuvre de fiction d'Herman Melville, âgé à l'époque de 30 ans à peine et qui ne livrera (avec aussi peu de succès critique que pour celui-ci) son Moby Dick que deux ans plus tard. Ce n'est plus un récit mais une sorte d'odyssée métaphysique, un pendant solaire aux travaux d'Homère ou, plus tardifs, de Joyce sur un schéma similaire (la recherche d'île en île d'une jeune indigène sauvée d'un sacrifice humain et dont il est tombé amoureux). Peu importe à vrai dire ce qu'on y lit ou voit : tout y est d'une façon ou d'une autre, si l'on prend la peine d'abandonner sa propre vie et son époque à l'entrée.


Mardi
Herman Melville
Gallimard




Olivia Rosenthal obtient le Prix Wepler

Posté par Easywriter le 12.11.07 à 17:37 | tags : news
Après c'est promis on arrête avec ces satanés prix, mais le dernier prix littéraire qui ne peut être suspecté de magouille, le prix Wepler donc, vient d'être attribué à Olivia Rosenthal (en photo) pour On n'est pas là pour disparaître.
Un livre sur la mémoire autour du portrait d'un homme atteint de l'Alzheimer. "En cinq livres, cette auteure a vraiment beaucoup mûri et la littérature, il ne faut pas l’oublier, c’est le temps."
nous explique sur le mag de Flu, Marie Rose Guarniéri, fondatrice du prix, qui revient sur le lauréat 2007 et sur dix ans de Wepler.
En plus, les lauréats des dix années précédentes vous offrent chacun un texte inédit à lire sur notre site.
A noter également la mention spéciale attribuée à Louise Desbrusses, pour Couronnes, armures et boucliers, deuxième ouvrage d'un auteur fortement remarqué lors de la parution de son premier livre, L'argent l'urgence.
Vous savez tout.



Norman Mailer : le polémiste américain a tiré sa révérence

Posté par Solaris le 12.11.07 à 17:24 | tags : news

Norman Mailer est décédé samedi des suites d'une insuffisance rénale.

Amateur de femmes, écrivain prolifique, son oeuvre riche et corrosive est tamponnée, de bout en bout, du sceau de la polémique. Son ultime ouvrage, Un Château en Forêt, publié en France au début de l'automne, restera la dernière illustration de ce trait de caractère de l'enfant terrible de l'Amérique.
Patriote, mais farouche opposant à l'hégémonie américaine dans ses démontrations les plus viles (il déclarait récemment à propos de George Bush :"Le pire président que j'aie vu. Ce n'est pas peu dire, car j'ai connu Ronald Reagan..."), Mailer aura marqué son époque de son empreinte particulière, s'intéressant à ses contemporains (Marylin Monroe, Mohammed Ali...) et s'investissant dans des projets multiples.
Parti à 84 ans, Norman Mailer va manquer à la littérature américaine. Son tempérament explosif ne saurait être prestement remplacé.

Lire sa biographie complète.

 




Prix Femina 2007 : Eric Fottorino

Posté par Solaris le 12.11.07 à 16:55 | tags : news, roman
 

Aujourd'hui, à l'Hôtel de Crillon, les soutifs se sont dégrafés et le prix Femina remis à un homme. (Enfer et damnation !)

Le jury du Femina a choisi, également au premier tour, comme successeur à Lignes de faille de Nancy Huston, Baisers de cinéma d'Eric Fottorino.
Le directeur de la rédaction du quotidien Le Monde a déclaré que ce prix vient récompenser "quelque chose de très personnel, de très intime".
Parallèlement, le prix Femina du roman étranger a été remis à l'écrivain britannique Edward Saint-Aubyn pour Le goût de la mère, et le prix Femina Essai à Gilles Lapouge pour L'Encre du voyageur.


La petite anecdote 2007 : L'un des salons du prestigieux établissement de la place de la Concorde a bien failli être le lieu d'un embrasement de sous-vêtement.
En effet, une jeune Chienne de garde a voulu signaler aux membres du jury sa désapprobation de voir le prix revenir à un homme (comme s'il s'agissait d'une première !). Rapidement libérée de son soutien-gorge corseté, dont elle s'est servie comme étendard de sa revendication, la jeune militante féministe a interrompu la conférence de presse, vociférant, entre autre que "Ce prix est une honte !". Sortie manu militari de l'hôtel, elle a poursuivi son invective, affirmant "Je suis féministe et je suis révoltée que le prix Femina ne soit pas attribué à une femme. Nous avons mis des millénaires avant de pouvoir nous exprimer. Je suis révulsée !"
Suite à cette intervention, le porte-parole du Femina a déclaré que ce prix "n'a jamais eu vocation à récompenser des femmes".
"Depuis 1904, si on fait le compte, il y a eu plus d'hommes que de femmes. Cette personne fait parler d'elle. Qu'elle proteste tant qu'elle veut. Cela fait parler d'elle et de nous", a t-il ajouté.

Une chose est sûre : les prix littéraires cuvée 2007 auront une fois de plus réussi à créer l'effervescence médiatique...




Prix Médicis 2007 : Jean Hatzeld

Posté par Solaris le 12.11.07 à 14:56 | tags : news, roman
 
Aujourd'hui, le jury du prix Médicis a désigné son lauréat 2007 (et ce au premier tour). Il s'agit du roman La stratégie des antilopes de Jean Hatzfeld (Seuil).
Jean Hatzfeld, ancien grand reporter du quotidien Libération (au sein duquel il a évolué pendant près de 30 ans), a parcouru le monde et couvert plusieurs conflits, notamment celui du Rwanda. La stratégie des antilopes est le troisième ouvrage qu'il consacre au génocide rwandais de 1994. Dans celui-ci, il relate l'évolution de ce pays depuis 2003, s'intéressant plus particulièrement à la cohabitation entre les victimes du génocide et leurs ex-bourreaux.

En 2006, le prix Médicis avait été attribué à Une promesse de Sorj Chalandon.

Par ailleurs, le prix Médicis, catégorie Essai, a été remis à Joan Didion pour L'année de la pensée magique.
Le prix Médicis du roman étranger revient à Daniel Mendelsohn pour Les Disparus.



Chuck Klosterman autopsie la culture pop

Posté par Maxence le 12.11.07 à 12:34 | tags : naïve editions, société

Dans l'ensemble j'avais apprécié Je, la mort et le rock'n'roll : Une histoire vraie à 85% de Chuck Klosterman, un recueil d'articles écrits sur la route et évoquant la mort du point de vue des personnalités et des célébrités.
Klosterman ciblait principalement les rock-stars et c'était plutôt plaisant. D'autant qu'il s'agissait surtout d'un prétexte pour explorer les obsessions de l'auteur qui posait la question du poids d'une vie au regard des mythes vivants (et donc morts, vous suivez toujours ?) engendrés par la culture musicale populaire. Klosterman usait du style gonzo inventé par Hunter S. Thompson (Las Vegas Parano, La Grande Chasse aux Requins), pour un road movie existentiel sur fond de rock'n'roll. Voilà en gros ce qu'était Je, la mort et le rock'n'roll et ce n'était pas si mal. Naïvement, je prévoyais que le prochain serait encore mieux...

Autant dire que la déconvenue fut à la hauteur des espoirs que j'avais placés dans ce critique américain. Hélas, trois fois hélas, dès le titre racoleur, Sexe, drogues et pop-corn annonce la couleur. Télé réalité (The Real World), univers vidéoludique (dit simplement : "jeux vidéos". Où Klosterman fixe en particulier sur le phénomène des Sims), apologie de l'horreur rock FM Billy Joel (si si, vous lisez bien !), analyse de la vidéo porno de Pamela Anderson, re-apologie de Guns N' Roses cette fois (comme si avec Billy Joel, la coupe n'était pas déjà assez pleine...), base-ball, football, voilà les sujets abordés par les chroniqueurs américains dans ce qui n'est finalement qu'une compilation d'articles. Même si certains papiers valent le coup (le chapitre sur les Sims est tout bonnement hilarant), la plupart des tirades de l'auteur agacent au plus haut point. On sent bien à quel point Chuck Klosterman adorerait vraiment être méchant, mais qu'il est bien trop américain pour cela.

Finalement, hormis une prétention sans borne et un ton qui laisse penser que beaucoup de gens dans le monde "devrait" s'intéresser d'avantage à ce que Chuck Klosterman pense des enfants, des animaux, des groupes que les autres aiment et pas lui, du football français, et en fait, de tout ce qui ne touche pas son petit univers de music geek prostré dans le posture classique du déni anal et régressif, "moi, ma petite collec' de disque, ma TV, mon PC", le principal défaut de l'Américain est sa manière de jouer les esthètes et les critiques indulgents envers l'inculture des autres. Une pose difficile à assumer quand sa culture se borne à Star Wars, Sauvés par le gong, Happy Days, les céréals Cocoa Puffs, et côté musique (puisque tel est son métier après tout)  Nirvana, Radiohead, les Monkeys, Elvis Costello, pour les plus pointu, quand ce n'est pas Axl Rose, Kiss, Eagles, Duran Duran, Eurythmics, Molly Hatchett (argh !) ou U2.

 

Au final, Klosterman possède un sens de l'humour tellement surévalué, et surtout des goûts tellement douteux, qu'on croirait lire une version sérieuse des encadrés musicaux ironiques de Bret Easton Ellis dans American Psycho. Comme le dit la citation de la quatrième de couv' : "Lire Sexe, drogues et pop corn c'est comme regarder la TV avec la télécommande d'un autre". Or, il n'y a rien de plus énervant au monde !
A lire si vous aimez la culture populaire, et uniquement populaire, servie réchauffée par un binoclard prétentieux, sûr de vous être supérieur juste parce que sa discothèque compte plus de 50 CD, et qui déclare sans sourire que Appetite for Destruction de Guns N' Roses est "peut-être le 1er album le plus fort de l'histoire du rock" !

Sexe, drogues et pop-corn,
Chuck Klosterman
Editions Naïves




Prix de vil prix

Posté par Easywriter le 11.11.07 à 21:33 | tags : news, prix

"Cette dérive est grave. Elle a été initiée par Franz-Olivier Giesbert, qui a une dent contre le Goncourt et contre Grasset, parce qu'en 1995 il n'a pas reçu le Goncourt pour "La Souille" (Grasset).
C'est cette histoire-là qu'il raconte quand il dit que je "cherche un bouc émissaire" et que j'ignore que "on n'est pas lauréat avant que le jury libre et souverain ait voté".

Il raconte là quelque chose qu'il a vécu et projette sur moi. Mais c'est son histoire. C'est lui qui est blessé, pas moi. J'ai déjà été un candidat déçu à certains prix littéraires, mais j'ai accepté qu'un autre soit récompensé, parce qu'il faisait partie des auteurs sélectionnés. (...)
En l'occurrence, je le maintiens : la voix de Franz-Olivier Giesbert a été déterminante. Il dit avoir résisté à une manipulation lancée par Grasset, ma maison d'édition. Mais quelle manipulation a-t-il pu y avoir ? Au 1er, au 2e, au 3e tour, j'ai été désigné avec le plus de voix. Quel besoin aurait eu mon éditeur de manipuler quelque chose ? Sa manipulation à lui est visible, en tout cas. Sa réponse est d'ailleurs très claire : pourquoi, encore une fois, n'a-t-il pas voté pour mon roman puisqu'il le considérait comme "un des meilleurs livres de la rentrée" ? C'est bien lui qui tire toutes les ficelles."

Christophe Donner ( Un roi sans lendemain) était bien parti pour obtenir le prix Renaudot cette année, mais lui fut finalement préféré Chagrin d'école de Daniel Pennac... qui n'était théoriquement plus en course. 
Comme on le voit dans les propos ci-dessus, l'esprit de revanche sur fond d'embrouilles entre éditeurs est d'une élégance rare.

Dans la foulée, le prix de Flore, qui récompense des jeunes écrivains à l'avenir prometteur, a été attribué à... Amélie Nothomb, fraîche romancière qui porte tous les espoirs en effet de la littérature de demain. Les Echos relèvent que sur un marché déprimant (c'est nous qui ajoutons le qualificatif) la maison Gallimard est une valeur en hausse avec déjà un Renaudot et un Goncourt dans la besace.

Bref... Tout ça pour dire qu'on publiera demain un entretien avec Marie-Rose Guarnieri, créatrice du Prix Wepler, à notre sens dernière récompense digne de ce nom dans la République des Lettres. Le dixième prix Wepler-Fondation La Poste sera remis demain soir, nous y reviendrons également.




Catherine Dufour : Une éternité au goût amer

Posté par Maxence le 10.11.07 à 13:00 | tags : poche, roman, science-fiction

A quoi bon la vie éternelle, si c'est pour la vivre en vase clôt, sous terre, comme la narratrice au début du Goût de l'immortalité de Catherine Dufour ?
A quoi bon, en effet, vivre éternellement sur une planète désolée, dévastée par la misère, les catastrophes écologiques et génétiques, les guerres et les épidémies ? A quoi bon l'immortalité en effet, si c'est pour la vivre en ne communiquant avec le reste de l'humanité que par le biais des réseaux informatiques à l'expansion endémique, dernier artefact du "lien social" sur une planète moribonde ?
C'est la question que pose subrepticement ce surprenant roman de Catherine Dufour, paru en 2005 aux Editions Mnémos, et réédité ce mois-ci en poche.
L'occasion, pour ceux qui ne s'étaient pas immédiatement rués sur ce livre (j'en suis, honte sur moi, je l'avoue) de découvrir l'un des meilleurs romans de science-fiction français de ces dix dernières années. Ni plus ni moins.

Envoyé en Mandchourie dans la ville de Ha Rebin en 2213, le chercheur en biologie Cmatic est chargé d'enquêter sur la réapparition d'une épidémie qui menace à nouveau à l'échelle internationale. Malheureusement, le fonctionnaire tombe immédiatement la tête la première dans une gigantesque machination politico-scientifique et joue de malchance en se laissant prendre au jeu d'une guérisseuse mal intentionnée. Affaibli, il ne devra la découverte de la vérité qu'à une étrange adolescente maladive, avec laquelle il va devoir s'engager dans un voyage au cœur des ténèbres d'une époque en totale déréliction.

J'hésite sur la forme, écrit-elle à son mystérieux correspondant dans ce roman épistolaire de plus de 300 pages.
Quand au fond, je peux déjà vous promettre de l'enfant mort, de la femme étranglée, de l'homme assassiné et de la veuve inconsolable, des cadavres en morceaux, divers poisons, d'horribles trafics humains, une épidémie sanglante, des spectres et des sorcières, plus une quête sans espoir, une putain, deux guerriers magnifiques dont un démon nymphomane et une... non, deux, belles amitiés brisées par un sort funeste, comme si le sort pouvait être autre chose. A défaut de style, j'ai au moins une histoire... (p.13).

Et quelle histoire ! Mais cette description lapidaire ne rend pas forcément hommage à la subtilité d'un roman monde, dans lequel l'auteure parcourt les steppes d'un panasiatisme futur comme d'autres écrivent sur leur nombril, surfant sur la génomique, la politique, la magie et la sensualité décadente avec ce qu'il faut de "sens of wonder", pour vous tenir en haleine de la première page à la dernière.
Car du style, Catherine Dufour en a assurément, ainsi que des idées, et si son petit livre est si puissant, c'est qu'il nous rappelle immanquablement les grands de la S-F engagés et polémiques des années 70, les John Brunner, J.G. Ballard ou Philip K. Dick !
Il est également bon de noter que Le goût de l'immortalité a collectionné les prix littéraires. De 2005 à 2007, il remporte le Prix Rosny Aîné, le prix Bob Morane, le Grand Prix de l'imaginaire et le Prix du lundi de la S-F Française. A sa lecture, vous comprendrez que ce n'est certainement pas pour rien.

Le goût de l'immortalité
Catherine Dufour
Livre de Poche




Les meilleures ventes : le come-back !

Posté par Solaris le 09.11.07 à 17:07 | tags : best-seller, news, roman

Semaine du 29 octobre au 4 novembre : Si on vous en parle, c'est bien parce que certains changements sont intervenus.

Alors pour commencer, difficile d'échapper au héros britannique préféré des enfants. Le dernier volet de la saga Harry Potter de J.K. Rowling (Harry Potter, tome 7 : Harry Potter et les reliques de la mort) est évidemment numéro 1.
Plus sérieux, la biographie, Une vie de Simone Veil. Puis suivent le roman lauréat du prix Renaudot Chagrin d'école de Daniel Pennac, Un secret de Philippe Grimbert.
Bernard Werber, avec Le mystère des dieux se maintient, tout comme David Servan-Schreiber avec son ouvrage médical Anticancer prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles.
Indéclassable, L'élégance du hérisson de Muriel Barbery flirte avec la relégation.

En BD, Naruto volume 32 et Kid Paddle volume 11 font leur entrée.




Greg Egan : l’intégrale des nouvelles, deuxième !

Posté par Maxence le 09.11.07 à 13:06 | tags : philosophie, science-fiction

En guise de "participation" à la politique de développement durable actuelle, imaginez la création par une bande de biologistes renégats d'une forêt génétiquement modifiée, à la fois poumon vert de la planète mais aussi réseau de communication et de calcul biologique, collecteur d'énergie solaire et usine chimique cellulaire, non seulement totalement autonome, mais également capable de se défendre seule contre toutes interventions extérieures.
Ce n'est qu'une des fabuleuses idées présentées par l'écrivain de science-fiction australien Greg Egan dans ce deuxième volet de l'intégrale des ses nouvelles proposées par les éditions du Belial ce mois-ci. Une initiative qui débute rappelons-le, avec Axiomatique en 2006 (voir notre chronique ici) et qui se poursuit donc avec Radieux, second recueil réunissant 10 nouvelles ou novelas, accompagnées d'une bibliographie raisonnée de l'auteur. Rappelons aussi que Greg Egan, en plus d'être l'un des plus grands auteurs de science-fiction vivant, est un humaniste éclairé et un scientifique (mathématicien pour être exacte), ainsi qu'un écrivain engagé qui n'a pas hésité à abandonner son activité quelques années afin de se rendre utile dans le domaine de l'humanitaire. Un besoin de se rattacher au réel et au quotidien qui transparaît continuellement dans son œuvre.

La SF selon Greg Egan est toujours plausible, si ce n'est scientifiquement et minutieusement réfléchie. Pas de bébettes verdâtres couvertes de tentacules ici. Ces récits sont basés sur les dernières avancées techniques, ou théoriques, en matière de physique quantique, de bio-ingénierie, de réseaux informatiques et de technologies de pointe. Ces histoires explorent également l'impact psychologique et philosophique (quand ce n'est pas métaphysique) de ces découvertes sur nos vies et les changements qu'elles impliquent, et impliqueront dans le futur (car aussi proches et réalistes que soient les situations décrites par Egan, il s'agit tout de même de science-fiction, ne l'oublions pas) sur notre espèce, nos civilisations et notre histoire. Quand ce n'est pas sur notre vision du monde, de la vie et de la mort, ou en l'occurrence, parfois de sa disparition, comme c'est le cas dans son roman non traduit à ce jour Diaspora (publication en France prévue en février 2008).

Avec Radieux, le Belial fait donc office d'utilité publique en publiant les nouvelles souvent introuvables aujourd'hui, de cet auteur ambitieux et incontournable de la prospective-fiction actuelle, d'autant que l'on annonce un troisième volume en 2008 !  Ce volume regroupe d'ailleurs le meilleur de l'auteur, de Paille au vent (voir intro de l'article) à Cocon (le scandale d'une manipulation génétique embryonnaire destinée à éradiquer l'homosexualité, glups !) en passant par Monsieur Volition (la découverte de la volonté comme simple rouage du processus hyper-complexe qu'est la conscience humaine, ou "Nietzsche est mort !"), Notre-Dame-de-Tchernobyl (un thriller apocalyptique), Vif Argent (et sa vision au vitriole de ce qu'il appel "le spiritualisme") ou L'Eve mitochondriale (ou "la porté politique de la paléontologie"), chaque récit se compose comme une enquête (et bien souvent une quête) passionnante de bout en bout. Même si l'univers de l'Australien en mêlant hard-science, philosophie et humanité n'est pas exempt de difficultés.

A ce propos, j'invite ceux qui, comme moi, callent sur La Plongée de Planck, à se rendre sur ce sujet du forum du fameux webzine  SF-Fantasy-Horreur-Transfictions du Cafard Cosmique (belle une sur Gérard Klein ce mois-ci), pour y trouver définitions, explications et débats sur le sujet.


Radieux
Greg Egan
Editions Le Bélial




Bryan Talbot : inventaire post-révolutionnaire

Posté par 2goldfish le 09.11.07 à 10:37 | tags : comics

Dans les années 1970, Luther Arkwright de Bryan Talbot apparaît dans une bande dessinée britannique moribonde comme une petite révolution, une BD de science-fiction adulte, intelligente et subversive, loin de tout infantilisme super héroïque. On peut sentir son influence directe chez Neil Gaiman, Alan Moore, Grant Morrison et des dizaines d’autres auteurs de BD outre-Manche.

Aujourd’hui pourtant, Luther Arkwright constitue comme un bon argument contre le mélange des lectures de Michael Moorcock et de Carl Jung avec la prise de LSD. Le héros titre est une sorte de super agent secret inter-dimensionnel doté de pouvoirs télépathiques et d’un grand talent pour le sexe tantrique. Dans une Angleterre qui vit sous le joug des Cromwell depuis trois siècles, il œuvre pour le retour de la monarchie en accomplissant des prouesses physiques et psychiques qui feraient lever les yeux au ciel à James Bond comme à Jim Morrison. Tout ce charabia et ces acrobaties, qui ont si mal vieilli, cachent pourtant une œuvre qui, par sa forme, son ambition et ses thèmes, a ouvert la voie pour quelques grandes choses accomplies par la BD britannique depuis.

En 1999, (et aujourd’hui seulement en France) Talbot retourne à son œuvre de jeunesse avec Au coeur de l’Empire (sous-titré L’héritage de Luther Arkwright). Fort heureusement pour nous tous, l’auteur a changé radicalement d’approche. Se concentrant sur Victoria, princesse d’une monarchie qui a viré à la farce sanglante et fille de Luther Arkwright, Talbot relègue le plus gros du baggage mystique à un vieux sorcier proscrit dans les sous sols de Buckingham palace. Tout le monde le considère comme fou et Victoria coupe court à tous ses discours qui aggravent sa migraine.

La moquerie ne s’arrête pas là, toute l’œuvre semblant autant être un commentaire de la précédente que de la société anglaise actuelle et de ses évolutions des vingts dernières années. En place de la dictature renversée par Arkwright, symbole de la contre-culture des années 1970, se trouve maintenant une monarchie tout aussi sanguinaire et hypocrite, obsédée par un obscène décorum élisabéthain et l’adoration idolâtre de la révolution des années 1970.

L’évolution de la forme même de la bande dessinée participe du commentaire : avec un trait et un découpage beaucoup plus simple, Bryan Talbot en dit plus et plus clairement. La richesse de détails dans le dessin, dans l’architecture de cette Londres Steampunk et dans le langage capilotracté de Victoria et de toute la cour renvoie au ridicule des tirades mystiques de Luther comme à celui de la culture de la Cool Britannia, du New Labour et des Young British Artists (Damien Hirst tient d’ailleurs un rôle de flagorneur hilarant dans la BD).

On imagine volontiers une suite dans vingts ans qui s’en prendrait aux errements du Royaume Uni post-Blair, post-Elisabeth II et, on l’espère, post-Irak. Elle reviendrait aussi sans doute sur un certain manichéisme et une naïveté populiste encore présent dans Au Cœur de l’Empire. Cependant, ces défauts ne plombent pas vraiment, pour l'instant, la lecture rafraîchissante de cette farce satirique.


Au coeur de l’Empire
Bryan Talbot
Kymera




Robbe-Grillet : pervers pépère

Posté par Myosotis le 08.11.07 à 17:04 | tags : roman

 


Le présent récit est une sorte de conte de fées pour adultes, ce qui lui permet d'outrepasser en maintes occasions les lois de la vraisemblance. Il est écrit cependant avec un grand souci de précision, qui peut ressembler au réalisme le plus méticuleux, outrepassant cette fois les lois de la bienséance. C'est d'autre chose qu'il s'agit, délibérément. Une autre bienséance et une autre vraisemblance... Malgré les tendres couleurs des chairs nues adolescentes, les contes de fées pour adultes n'ont pas leur place dans la Bibliothèque rose.

Cette entrée en matière est sûrement ce qu'il y a de meilleur dans le dernier ouvrage d'Alain Robbe-Grillet, 85 ans au compteur et presque autant d'années d'érotomanie (je vous passe le syndrome BaliBalo). L'auteur des (excellentes) gommes (1953) et pape célébré du Nouveau Roman (Pour un nouveau roman, 10 ans plus tard) vend son Roman sentimental sous enveloppe et non massicoté, ce qui veut mieux, disons-le, tant l'affaire est dégoûtante. Il ne s'agit pas de moralisme déplacé, mais bien de situer cet ouvrage entre les travaux de Matzneff (pires, car plus snobs et chics que les coups de vieille queue de Robbe) et ceux de Sade, pionnier à qui il faut malheureusement rattacher ce genre de tentatives. Plutôt que de lire Roman sentimental, on préférera reprendre L'anglais décrit dans le château fermé de Mandiargues, autrement plus excitant et criminel.
Robbe-Grillet énonce ici une série de sévices sexuels qui auraient gagné à ne tourner que sous le manteau (les imperméables) des cercles libertins qu'il fréquente. Le texte n'est pas assez abouti pour éveiller un réel désir et ses mécanismes techniques (les tortures, ...) trop peu originaux comparés à ceux des 120 Journées, pour qu'on s'étonne de leur barbarie. C'est plus le sentiment de déjà-vu que le dégoût qui nous fait nous retirer d'un texte dont on ne comprend pas trop l'intérêt littéraire. Difficile néanmoins de dire, comme d'autres, que Robbe-Grillet a voulu créer l'événement, tant ce type de livres semble cohérent avec le reste de son inspiration récente.
L'intérêt du livre réside peut-être en ce qu'il ouvre une fenêtre sur la connaissance des désirs sexuels chez les personnes âgées (des filles, des jeunes filles, des gosses, empalés sur des gros pieux dressés, de la merde, des bêtes, du sang, tout un programme). Autant dire que vous n'êtes plus prêts de laisser vos gosses chez leur papy. Mais comme ce n'est pas vraiment notre public, nous n'irons pas plus loin.
En guise de madeleine, petit extrait de l'Eden et Après, film réalisé en 1971 par le même Robbe-Grillet avec Catherine Jourdan dans le rôle principal. Certaines ressemblances avec des scènes que vous allez retrouver dans Roman Sentimental ne sont sûrement pas accidentelles.

Un Roman sentimental
Alain Robbe-Grillet
Fayard



Des FOLIO de FOLIE !

Posté par Solaris le 08.11.07 à 12:52 | tags : gallimard, news, roman
 

Les éditions Gallimard lancent dans leur collection Folio une nouvelle série. Dix incontournables de la littérature mondiale ont été retenus pour être publiés en format de poche, présentés dans de petits coffrets accompagnés d'un livret illustré sur l'auteur. Le graphisme des coffrets est un rappel singulier du récit de chaque oeuvre : noir bitume pour Sur la route de Jack Kerouac ou rayures de zèbre pour La ferme africaine de Karen Blixen.
"Les folies de Folio" seront lancées à partir du 15 novembre prochain, avec pour premières publications :
Lolita de Vladimir Nabokov 
L'Etranger d'Albert Camus
Le Vieil Homme et la Mer d'Ernest Hemingway
La Vie devant soi de Romain Gary

Vendus en série limitée, ces classiques en coffret vaudront de 7,20 à 9,70€.




L'inquiètude des nouilles

Posté par 2goldfish le 08.11.07 à 11:05 | tags : bd, vo

Worried Noodles de David Shrigley a été publié pour le première fois il y a deux ans chez Tomlab, un label habituellement spécialisé dans la musique.
Le bouquin se voulait en fait le livret de paroles d'un disque qui n'existait pas et en adoptait le format (vynile, pas CD, heureusement). Le livre a vite été épuisé et il est à nouveau publié aujourd'hui, acompagné d'un double CD sur lequel les paroles de Worried Noodles ont été mises en musique par tout un tas de groupes indépendants : TV On The Radio, Liars, Hot Chip, David Byrne... Un casting de luxe qui nous faisait saliver dans le blog d'à côté (le résultat, lui, est pour le moins inégal et inconséquent comme souvent avec ce genre de compilation).

J'ai découvert le travail de Shrigley sur l'album Friend Opportunity de Deerhoof au début de cette année. Il a réalisé douze pochettes plutôt sympa pour le disque. Et le groupe avait le premier composé une chanson sur des paroles trouvées dans Worried Noodles : "Kidz Are So Small".
Ces quelques vers "Si j'étais un homme et toi un chien/je lancerais un bâton pour toi" (traduction libre par mes soins) étaient plutôt amusants et se prêtaient bien à un morceau de hip-hop bordélique et mignon. J'ai donc ouvert le livre de Shrigley dans la meilleure des dispositions.

Les paroles des chansons de Shrigley y sont écrites à la main et accompagnées de ses dessins primitifs, façon faux-art brut. La plupart des chansons sont très courtes, à peine quelques mots, toujours très simples, le plus souvent des observations naïves du quotidien. L'auteur vise tour à tour le mignon et le glauque et est occasionellement drôle.

Malgré un talent certain de Shrigley dans ce qu'il fait, la naïveté feinte peut très vite lasser et il est difficile de lire plus de quelques pages à la suite. Certes, le bouquin ne va pas s'envoler et on peut l'apprécier par petite dose, mais Worried Noodles m'amène à m'interroger sur l'opportunité d'un livre entier réalisé sur ce mode. Sans parler de toute une carrière. Je m'inquièterais presque pour lui.


Worried Noodles
David Shrigley
Tomlab, paru accompagne de deux CD

Ecoutez quelques extraits des disques.




Prix de Flore 2007 : Amélie Nothomb !?!

Posté par Solaris le 07.11.07 à 20:01 | tags : news, roman
 

Cette année, le prix de Flore suscite, tout comme le Renaudot, l'étonnement. En effet, à Christine Angot (Rendez-vous) succède... Amélie Nothomb pour Ni d'Eve, ni d'Adam.
Après de longues délibérations, l'écrivaine belge a été désignée au 4e tour par 5 voix contre 4, face à Boris Bergmann, jeune auteur de 15 ans dont Viens là que je te tue ma belle est le premier roman.

Créé en 1994, avec pour leitmotiv de se démarquer des prix littéraires de la "vieille école", le prix de Flore récompense le 16e roman d'un auteur prolifique dont les oeuvres, régulièrement, cartonnent au box-office. Figurant dans la première sélection, le dernier livre de la best-seller Nothomb avait pourtant été évincé dès la seconde.
Dépité par cette désignation, Bertil Scali, éditeur de Boris Bergmann, a déclaré : "Ce prix est censé encourager les jeunes auteurs. C'est un mauvais message adressé aux nouvelles générations dont on dit qu'elles ne lisent pas".
Réponse du porte-parole du jury : "Le jury n'a pas pu s'accorder sur un nom. Viens là que je te tue ma belle de Boris Bergmann a été qualifié d'assez remarquable pour un premier livre écrit par un garçon de 15 ans mais ce n'est pas parce que l'auteur a 15 ans que le prix devait lui être donné".

Après Angot, Nothomb... Serait-ce l'ère "Les Copines d'abord" au prix de Flore ?




Snoopy vs Peanuts

Posté par 2goldfish le 07.11.07 à 12:44 | tags : comics

En France, Peanuts reste gravement sous-estimé. Déjà chez nous, on ne connaît pas Peanuts, on connaît Snoopy.
Snoopy est le père des animaux pensant de la BD, initiateur d'une tradition qui nous a donné Garfield et Rantanplan entre autres. Snoopy est un chien étonnament intelligent, auquel il arrivait des petites aventures inconséquentes et pas très drôles. Mais on le voit de toute façon plus souvent dans des happy meal ou sur des chaussettes pour enfant que dans des BD, comme Garfield (sauf que Snoopy, c'est plutôt bien).

Peanuts, à la base, était un strip dont le héros était Charlie Brown, un gamin ordinaire, un looser, maître d'un beagle plutôt ordinaire, et accompagné d'une poignée d'autres enfants qu'on appellera ses amis à défaut d'un terme plus neutre. Dargaud a eu l'excellente idée de traduire l'édition de Fantagraphics en y touchant le moins possible : jaquette très classe et habillage par Seth, préfaces, postfaces et interviews pour accompagner les strips, et surtout publication de l'intégrale de ces derniers, dans l'ordre (quelque chose qui n'avait jamais été ne serait-ce qu'approché en France où on n'a connu que quelques publication massacrées, centrées sur Snoopy et parfois mal colorisées).
En bref, cette édition a tout pour vous donner envie de la tenir éloignée des enfants et de leurs sales pattes pleines de confiture.

Le changement le plus notable apporté par l'éditeur français est celui du titre en Snoopy et les Peanuts. On veut bien se montrer compréhensif, l'auteur Charles Schulz détestait le titre Peanuts de toute façon. Il lui avait été imposé par son éditeur en 1950 et Schulz a fait avec, comme il a fait avec plein de choses dans sa vie, extériorisant sa frustration dans son strip.
Dans Peanuts, seuls les enfants son visibles, mais ils parlent et pensent comme des adultes. Schulz répétait volontiers en interview que "Charlie Brown doit souffrir, parce qu'il est la caricature de Mnsieur-tout-le-monde. La plupart d'entre nous connaît mieux la défaite que la victoire". Charlie Brown passe ainsi son temps à perdre des matches de baseball, à être harcelé par Lucy Van Pelt, qui elle se morfond pour Schroeder mais Schroeder, virtuose du piano-jouet, n'en a que pour Beethoven. Et Linus, lui, n'en a que pour le drap qu'il traîne partout avec lui.

Tout l'intérêt de Peanuts n'est pas dans son humour qui, certes, n'est pas mauvais et même souvent plutôt malin et lui a valu son succès auprès des enfants pendant des années (mais les enfants liraient n'importe quoi, nous le savons bien). Non, l'intérêt de Peanuts, le génie de Schulz réside dans les infinies variations minimalistes autour des thèmes de la défaite, du rejet et de la solitude que développe Schulz et de son pessimisme à la Beckett. Par un processus de raffinement qui aura continué pendant cinquante ans, quelques-uns de ces strips parviennent à l'expression la plus épurée qui soit, d'un sentiment ou d'une idée universelle, quelque chose d'aussi simple, pur et génial que le smiley. :)


Snoopy et les Peanuts
Charles Schulz
Dargaud

Nb : A ce jour, quatre tomes sont parus chez Dargaud.




Paperboy, le (vrai) Miami Vice de Pete Dexter

Posté par Easywriter le 07.11.07 à 10:15 | tags : poche, polar

Pete Dexter est connu pour avoir écrit Deadwood, ouvrage dont l'adaptation télévisuelle donna à HBO une de (parait-il je n'en ai vu qu'une infime partie) ses meilleures séries.
A Deadwood, ville pionnière du Far-West, les lois se faisaient par et pour les plus forts, aucun idéal de justice ou de fraternité ne venant transcender la réalité boueuse des hommes aux prises avec leurs obsessions.

Il en va de même dans Paperboy et la Floride rurale des années 1960 qui ressemble évidemment moins à la ville branchaga et aseptisée de Nip/Tuck qu'à une province pourrie du Middle-West.
Totalement obsédés par leurs désirs, les personnages y oublient tout et tous : un journaliste d'investigation qui travaille à l'édification de son propre mausolée au détriment de ses articles, son acolyte psychorigide qui traque sans répit la vérité des faits divers sordides pour oublier celle autrement problématique de son homosexualité, le frère de ce dernier, narrateur distancié moins intéressé par le journalisme qu'il côtoye de loin que par son angoissante frustration sexuelle.

On pourrait également évoquer leur père patron de presse obsédé par sa succession ou une femme au goût maniaque pour les condamnés à mort, mais ce serait risquer de résumer le livre à une série de portraits excessifs.

Or, Paperboy c'est aussi cette machine infernale qui conduit deux reporters du Miami Times contre-enquêtant sur le meurtre d'un shérif à la plus infâme des méprises. Prêts à tout pour faire libérer un "innocent" prestement envoyé dans le couloir de la mort par des autorités peu regardantes sur les procédures.

Lui-même ancien journaliste d'investigation, Pete Dexter n'a aucune raison de croire au mythe romantique de l'enquête journalistique qu'il démonte sans retenue mais dont il épuise tambour battant toutes les possibilités narratives.
A mesure qu'avance la trépidante intrigue qu'on vous laisse découvrir, les personnages ont de plus en plus de mal à masquer leur banale et pathétique vérité.
"Il n'y a pas d'homme intact" conclut Dexter. De Paperboy personne ne sortira indemne.

PS : La nouvelle collection "Roman noirs", format poche, de Points, est d'excellente facture tant sur le fond que sur la forme. Cinq lots des cinq premiers ouvrages (dont Paperboy) sont à gagner dans notre jeu concours.

Participez au Concours : Cinq romans noirs à gagner.




Pennac, l'Instit et l'école de la République

Posté par Myosotis le 06.11.07 à 13:00 | tags : élucubration, gallimard, roman

Après Les Choristes, le Pensionnat de Je-ne-sais-plus-où et l'épisode Guy Môquet "sort-de-ce-corps", c'est Daniel Pennac qui vient, ce mois-ci, relever les compteurs (financiers et littéraires) des écoles de la République avec un Chagrin d'école qui mêle évocations de souvenirs d'enfance, culottes courtes bien propres et blanches ainsi que réflexions, un rien plombantes, sur les techniques d'enseignement qui fonctionnent (et celles qui ne fonctionnent pas).
Après Picouly, passé maître dans l'évocation des terres de contraste scolaires, Pennac vient en mastodonte de l'édition sur un terrain que les poids lourds de la littérature française aiment à disputer à la littérature régionale et aux auteurs autoédités. L'école reste un bon réservoir d'anecdotes, d'images clichés (le professeur très cool qui donne envie d'apprendre, le tableau, la triche,...) et de couleurs ultralocales. On y rit, on y pleure, on y croise des amis et des ennemis, on s'y construit, s'y abêtit, s'y cultive ou s'y humilie. L'école est le creuset de l'individu moderne, l'endroit où il naît la plupart du temps, mais aussi où il fait l'expérience de ses limites (personnelles et sociales).

Le livre de Pennac, qui s'inscrit dans la lignée de son précédent travail Comme un roman (en un peu moins pontifiant), présente un portrait de l'auteur en cancre qui n'est pas exempt de clichés (Pennac décortique l'image du cancre, sa postérité), mais qui fait bien rire dans l'ensemble. Victime de sa curiosité, le jeune garçon n'arrive pas à apprendre et est peu à peu éjecté du groupe de ceux qui auront une belle carrière scolaire. Cela nous vaut évidemment un sublime et bien rétro : "Vous, Pennacchioni, le BEPC ? Vous ne l'aurez jamais !", prononcé par une directrice d'école à la fin des années 50. Pennac part pour la pension et découvre les lectures clandestines et solitaires comme Merlin l'Enchanteur, devient professeur et l'écrivain qu'on connaît.
Le livre vise à revenir sur son parcours et à mettre en évidence la possiblité qui réside en chaque destin, en chaque enfant de s'en sortir un jour. Au passage (et avec un sens certain de l'optimisme), Pennac égratigne quelques idées reçues sur la télévision (pas si méchante la télé), sur la soi-disante bêtise des nouvelles générations (qui, au contraire, sont avides de savoir, mon neveu), et double son discours d'un retour aux fondamentaux qui est tout à fait dans l'air du temps : retour à la grammaire, à la dictée etc.

Ce qui frappe ici, plus que les qualités ou défauts du livre (plutôt bon pour ce genre inintéressant au possible), c'est la permanence du discours français sur la capacité de l'institution scolaire (avec ou sans Super-Instit) à rattraper tous les travers de la société extérieure. Atteinte du syndrome Harry Potter, Tome 1 : Harry Potter à l'école des sorciers, la vision nationale pare l'école de vertus magiques qui sont, pour une bonne partie, illusoires ou statistiquement marginales, et ne doivent pas masquer un autre discours, plus pessimiste celui-là, qui veut que :
1) l'école ne rattrape rien du tout au contraire des inégalités sociales, familiales...
2) les miracles dont parle Pennac (je suis cancre et je deviens écrivain international) se comptent sur les doigts d'une main depuis l'origine des temps
3) les gamins de 13 à 17 ans (un tour sur les skyblogs en donne une assez bonne idée) n'ont plus rien à voir intello-structurellement avec ce qui est exposé dans ce genre de livres
4) l'on ne peut pas demander à tous les professeurs d'être extraordinaires
5) la mythologie héritée elle-même de la IIIe République et des Hussards Noirs de la République ne veut plus dire grand chose aujourd'hui, en dehors des cercles spécialisés.

Ceci étant dit, s'abreuver à la nostalgie positiviste d'un Pennac, progressiste invétéré et aux analyses plus fines que 2/3 des théoriciens pédagogues actuels, reste un bon moyen de réfléchir à ses questions et de passer un bon moment à revivre ses propres souvenirs d'écolier. Le problème de l'Instit et de Pennac en général, c'est qu'il suffit d'en avoir vu un épisode, pour s'en souvenir toute sa vie. C'est tellement bien foutu et facile à aimer (bons sentiments, bon ton, bonne déconne) qu'on y revient les yeux fermés, sans se rendre compte que le réalisme qu'on y pratique n'est pas celui dans lequel se déroule notre vie.


Chagrin d'école
Daniel PennacGallimard




Poésies adolescentes : Mais oui c'est fini. Votez maintenant!

Posté par Easywriter le 06.11.07 à 01:10 | tags : concours de poèmes, poésie

Mille Feuilles est totalement squatté ce matin par une débauche de poèmes pourr maladroits et/ou touchants. Depuis plusieurs semaines maintenant une soixantaine d'ex-aspirants versificateurs rivalisent de style pour remporter vos suffrages.

Bon ok, la plupart d'entre eux font semblant d'avoir trouvé dans un carton poussiéreux un poème qu'ils ont écrit il y a six mois. Personnellement c'est peut-être cette démarche qui me touche le plus. Bref... le succès ayant dépassé nos rêves les plus débridés, nous publions la totale aujourd'hui.

Il reste maintenant à voter pour le meilleur, ou le pire si vous préférez, d'entre eux.
En commentaire de cette notule, apportez votre voix à celui que vous préférez même si c'est le vôtre. Un coffret Fleurs du Mal est à gagner. Les quatre rédacteurs de Mille Feuilles arbitreront ensuite selon des critères qui resteront d'une opacité totale. Pour lire l'ensemble, cliquez sur Concours de poèmes

Pour finir, voici le mien, hors concours bien entendu, comme celui de Myoso d'ailleurs :

Mes nuits vous sont promises

Et tout me sera dû

De vos anciennes traîtrises

De vos promesses vaincues

Mes nuits vous sont promises

Vos sueurs froides, vos angoisses nues !

Précision : version non complète d'un poème écrit à 28 16 ans environ, une nuit d'insomnie. Depuis j'ai retrouvé le sommeil et abandonné la poésie. Qui a dit ouf ?




Concours de mauvaise poésie : Rose

Posté par Solaris le 05.11.07 à 23:50 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires
Si j'étais quelque chose je serais une rose,
si j'étais une rose je serais rose rose,
si j'étais rose rose,
je serais close.


Nb Solaris : Ce poème est proposé par Alicealex, qui précise "Devoir obligatoire/classe de CM2/1991-1992".

Voir la liste de tous les concours



Concours de mauvaise poésie : La salamine

Posté par Solaris le 05.11.07 à 23:40 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires


Je me sens à côté des enfants blonds, qui me caressent en un rêve bleu.
Je m'en vais en requiem celle qui m'informe de mourir
Pour quitter le port de soleil j'irai loin dans la fuite
Pour me prendre par la main en fille de Dieu
Qui me hante
Que porte la chanson des allées blanches de la légèreté du Requiem
Pour la passion de l'ange étranglant
La haine...
MILLIARD DE REQUIEM
Il faut me laisser seul, prends une route sur la grande voie de la gloire !
Il faut m'inventer seul, pense à la nuit voilant l'ennui!
Il faut m'embrasser seul, éjacule-moi par les étoiles à m'émouvoir!
Il faut m'assister seul, frappe les battements d'envie !
L'esprit de la guerre m'attire en commandement
Par héroïsme des effilements trahis je m'en retire
Et de toutes les forces brutales je suinte à la vue le sang
Habile, il perce de ma panse une pouffiasse ouverture venant pourrir.
La chair du cul des coeurs qu'est les Génies des magazines modernes
A la star décédé il n'y a plus d'étoiles qui sachent crever, grandir en une nuit savante
Il faut prétendre au sexe des alchimies nouvelles, les vomir en papier glacée pour les lécheurs de NEURONES ROSES.
Pornographie qui s'était travestie dans les érotismes colorés
La putain ne sonne plus le glas de la jouissance fantastique
Tout est en ce monde et en ce siècle rapide
Luxe, péné et fellations morbides
L'essentiel est dans un mouvement de ritournelle élastique
De vas-et-viens je suis heureux je m'en vais
DECALLOTISATION DE FIN A GLAND PERDU
Allez les artistes redonner de l'armure et des plumes en panache !
Faites du sensuel la Paris des premiers empires, glorieuse et glaneuse
En une nuit nous traîneront de nouveau le doux drap de la Beauté en H
La consonne qui se colore de rose à la divine voyelle I rougie.
Ok et qui d'autre peut se prétendre aussi prétentieux ?
C'est de la tragédie que de vouloir s'exposer ainsi !
Il faut avoir de la pauvreté avant, puis il faut la fêler un peu
Et ensuite l'achever dans la gloire ou dans la solitude.
Je n'ai nullement envie d'être le 1 sur 1000
tant est si bien que les artistes sont à eux seul des 1000 sur 1000;
mais qui sur ce ont un intrus génial l'alpha et l'oméga nouveau.
Je fais les suicides les derniers héritages de fonte Rimbaldienne
Mes nuits se lèvent, la puanteur se casse à l'hiver cadavérique
Je pleure les heures de la cassure de l'après-guerre des lettres
A coup de mots en branle nous mourrons à la téloche muette
En une masse approbatrice qui chante une Révolution trop jeune dans le passé
Ainsi elle bat le tambour de l'ancien Royaume de charme
La main du poète se plombe au sol de la nef, la coulée pisse en larme
UN POEME DELIRANT ET A LA TIENNE !


Nb Solaris : Ce poème est proposé par Alexandre, qui indique "J'ai écrit ce poème en prose comme j'ai su chialer!  C'est-à-dire en ne retenant que la goutte tenant sur le côté..."

Voir la liste de tous les concours




Concours de mauvaise poésie : Elfe

Posté par Solaris le 05.11.07 à 23:30 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires
Elfe de lune
bien triste sous sa plume
joyeux sourire d'amertume
il se rend compte qu'il a perdu plus qu'un rhume.
Elfe de pluie
larme de coeur
parcourant la plaine d'ennuis
elle lui a laissé un peu de rancoeur.
Elfe de nuit
tendresse envolée loin, très loin
comme la couleur de la suie
la couleur de larmes n'en est moins.
Elfe de jour
il n'y aura plus d'amour
pour celle qui par là-bas
ou alors un autre jour
Elfe de soleil
au doux contact de miel
pour qui revivre sans elle
demande plus qu'un sourire d'elle.
Elfe de jour
je suis et je le reste à souffrir
même par amour
bien plus cruel que guérir
Elfe de vent
qui emmène son coeur comme un testament
pour ne plus pleurer
il part, à l'horizon, garder ton amitié
 


Nb Solaris : Ce poème est proposé par Elferouge.

Voir la liste de tous les concours



Concours de mauvaise poésie : Pour le meilleur et pour le pire

Posté par Solaris le 05.11.07 à 23:25 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires

Pour le meilleur et pour le pire
je voudrais rester dans ton empire
même en présence des vampires
je me batterai pour que tu respires
car pour toi j'inspire et j'expire
tu es ma source de vie et mon avenir
l'origine de mon sourire et pour toi je suis prêt à faire le pire
Ursulia je t'aime je t'aime
pour toi j'écrirais mille-et-un poèmes


Nb Solaris : Ce poème est proposé par Neelsk, qui indique "Poème destiné à une petite amie avec qui je suis encore actuellement. Ecrit il y a déjà quelques années, je ne me souviens plus trop des conditions d'écriture, mais je me trouve vraiment mauvais."

Voir la liste de tous les concours




Concours de mauvaise poésie : Cette chose

Posté par Solaris le 05.11.07 à 23:20 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires
J'ai trouvé ce petit bout de papier au hasard, (reste de papier cadeau)
Mais les mots inscrits sur celui-ci n'ont pas été écrits au hasard,
Eux, sortent tout droit d'un endroit mystérieux,
Dont tout le monde connaît son existance,
En lui, il détient diverses sortes de choses,
Que ce soit des sentiments, des secrets, des pensées,
Et peut-être même des qualités encore inconnues à nos yeux,
Qui sait ? Peut-être qu'un jour il s'ouvrira et nous les dévoilera.
Mais qu'est-ce ? Qu'est-ce cette chose ?
Cette chose qui, en elle, a assez de place pour y contenir toutes sortes de choses.
Toute personne a obligatoirement cette chose-la en elle,
Que ce soit les plus mêchants personnages qui existent au monde,
Qu'une personne la plus démunie qui existe sur Terre, n'ait plus d'argent, de foyer... Daccord,
mais il lui reste toujours cette richesse en lui.
Vous voyez de quoi je parle ?...

Nb Solaris :
Ce poème est proposé par Marlou32, qui précise "J'ai écrit ce poème. A ce jour j'avais 11 ans, la veille de Noël, pour mes parents... Inspiration soudaine ???"

Voir la liste de tous les concours



Concours de mauvaise poésie : Veines ouvertes

Posté par Solaris le 05.11.07 à 23:15 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires

Larmes de vie
Même si je ne bois pas
Je verserai toujours des larmes
Celles qui vident le corps,
Inanimé, mort
Ou fébrile un instant
Le robinet coule c'est du sang
Ta souffrance redescend
Le plaisir se prolifère
Pleures, cris, joie, sang
Tu aimes cette atmosphère ?
La vue du sang te fais frémir
La scarification résoud tes souffrances
Tu pries, tu t'extasies, c 'est ta délivrance
Celle d'un enfer qui commence...



Nb Solaris : Ce poème est proposé par Liloo, qui précise "Vive Baudelaire le bô goss de la poésie française !"

Voir la liste de tous les concours




Concours de mauvaise poésie : Oeuf

Posté par Solaris le 05.11.07 à 23:10 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires
Oeuf
Avoir une envie
c'est comme ... un élan d'appétit
cette après-midi
c'est d'un oeuf que j'ai eu envie.
Brune de retour
bravant mon amour
je lui propose l'oeuf du jour
à la coque, je vous prie, pas au four
avec des mouillettes
du pain banette
sorti du four cette après-midi
pour Néo je vous dis
rien qu'un petit poème, pour vous donnez envie, de mon envie bien petite
car un plaisir simple restera le cadeau, une étincelle de liberté bien savourée.



Nb Solaris : Ce poème est proposé par Néo.
 
Voir la liste de tous les concours



Concours de mauvaise poésie : Pour Papa...

Posté par Solaris le 05.11.07 à 23:00 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires

Les jours et les mois ont passés,
Malgré cela je n'ai jamais cessé de t'aimer,
J'ai attendu attendu...
Mais maintenant je peux te dire, que je t'aime énormement.
Rien qu'à l'idée de ne jamais te revoir,
Mon coeur se rempli de désespoir,
Car maintenant tu ne pourras plus me faire découvrir la vie.
Telle était ta destinée
Sans doute mal tracée,
Mais chaque jour et pour l'éternité
Dans ma tête et dans mon coeur
Tu resteras à jamais mon papa adoré...


Nb Solaris : Ce poème est proposé par Constance.

Voir la liste de tous les concours




Concours de mauvaise poésie : El regreso

Posté par Solaris le 05.11.07 à 22:50 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires

 

A quienes amo,
Me hace dano,
Pasar al olvido,
Mi pays querido,
Familia y amigos,
Pronto perdidos,
No encuentro consuelo,
En quitar este suelo,
El mar y el cielo,
Que tanto anhelo,
Mas vendra el momento,
Soplara comme el viento,
Mas suave que un beso,
Sera mi regreso.


Nb Solaris : Ce poème est proposé par Véronica, qui indique "Au cas où vous trouveriez marrant de publier une poésie en espagnol, la seule que j'ai jamais écrite. Celle-ci fut écrite lorsque j'avais quatorze ans et qu'on m'arracha au soleil espagnol. J'ai tenu ma promesse et je suis retournée en Espagne 6 ans plus tard. Je peux si vous le souhaitez la traduire par la suite".




Concours de mauvaise poésie : Une vie

Posté par Solaris le 05.11.07 à 22:40 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires

Une vie... ma vie
Un besoin de solitude, de bonheur
un besoin de dire tout haut ce que je pense tout bas
Besoin de dire que je veux de l'aide
que je veux du reconfort
que je veux de l'amour
que je veux une vie, une vraie...



Nb Solaris : Ce poème est proposé par Reve secret, qui précise "Bof c'est pas genial, mais on sourit."

Voir la liste de tous les concours




Concours de mauvaise poésie : Le regard

Posté par Solaris le 05.11.07 à 22:30 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires

 

Ton regard est une cruelle caresse
Qui fait naître dans l'âme la faiblesse
Le tourment et la tristesse...
Qu'il est beau ce regard aux milles richesses
Qui plonge dans une sombre ivresse
L'être maudit qui cherche sa tendresse
En ignorant que sa divine maîtresse
Est l'œuvre de Satan : une diablesse
La déesse de toutes les traîtresses
Et qu'il suffit juste qu'elle apparaisse
Pour que son regard agresse et blesse
En donnant ses succulentes caresses...


Nb Solaris : Ce poème est proposé par Axl Cendres, qui précise "J'ai écrit ce poème à 16 ans, et je lui dois beaucoup : c'est un peu grâce à lui si j'ai couché avec la plus jolie fille de la classe".

Voir la liste de tous les concours




Concours de mauvaise poésie : Peur

Posté par Solaris le 05.11.07 à 22:20 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires

Peur de la distance qui nous sépare
peur du temps qui nous empare
peur de perdre ton coeur
peur de connaître un malheur
la peur de la peur
la peur de ne plus avoir le bonheur
la peur de ne plus te voir
la peur de trop m'émouvoir
peur de pleurer
peur que mon coeur soit déserté
peur qu'en cendre il devienne
peur que je ne sois plus tienne
la peur de décevoir
la peur de tout savoir
la peur de trop me donner
la peur de ne plus t'avoir mon adoré
Chacun en son coeur porte la peur
Mais la plus grande crainte
est celle de la peur elle-même
Elle entoure chacune de nos pensées
Nous pauvres mortels que nous sommes.



Nb Solaris : Ce poème est proposé par Nanie, qui précise "Lors des durs moments de la vie ou la peur est constante à tout moment, pensez que peu importe ou vous êtes, quelqu'un pense à vous."

Voir la liste de tous les concours




Concours de mauvaise poésie : Portrait d'une balade

Posté par Solaris le 05.11.07 à 22:10 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires

 

Chaque soir, a une heure ou les choses semblent s'arrondir dans une langueur presque sensuelle,
cette heure que le bon sens populaire appelle "entre chien et loup",
je quitte mon rocher et les ruelles pentues me jettent,
après quelques minutes de marche, sur l'océan qui gronde.
Mes pieds se cramponnent au bitume, qui dévale jusqu'a la route de la corniche,
le long des jardins ou les villas se cachent, indifférentes, derrière leurs volets clos.
Les haies dégoulinent d'une végétation verte et fleurie pour la saison,
révélant le taux de pluviométrie élevée sur la côte,
mon regard s'accroche au soleil d'un mimosa dont les boules encore tassées,
semblent s'étonner de pouvoir songer éclore.
A cette heure les odeurs de cuisine titillent mon nez,
ça et là celle d'un gâteau dont j'imagine la pâte gonflant sous les bulles
qui dessinent sa croûte et les odeurs de soupe au potimaron flirtant avec les chataîgnes...
Ma marche rapide n'empêche pas mon regard sur la mer...
là bas le fort de Sokoa, majestueux, dressé sur sa jetée qui semble s'étirer jusqu'à la Gironde...
une petite tâche rose pédale en zigzags le long de la jetée sous l'oeil d'un vieil artiste...
les chiens semblent traîner leur maître, les odeurs d'algues et de varech...
le ciel se grise de la nuit qui s'avance...



Nb Solaris :
Ce poème est proposé par Juliet.

Voir la liste de tous les concours




Concours de mauvaise poésie : Instant

Posté par Solaris le 05.11.07 à 22:00 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires

Jeune femme aux pensées lointaines
Où monte t-on âme profonde ?!
Car, lorsque coule l'eau de la fontaine
Des goûttes de sang t'inondent.


Nb Solaris : Ce poème est proposé par Ame, qui précise "Premier de mes poèmes écrit vers l'âge de 15-16 ans. Lorsque je l'ai lu à mes parents (D'ailleurs, je me demande pourquoi j'ai fait ça) je me suis senti, comme, gêné".

Voir la liste de tous les concours




Prix Renaudot 2007 : Chagrin d'école de Daniel Pennac

Posté par Solaris le 05.11.07 à 16:09 | tags : news, roman

La saison des prix littéraires a démarré aujourd'hui avec deux des plus prestigieux.
Contre toute attente, l'un d'entre eux, le prix Renaudot, vient d'être remis à Daniel Pennac pour Chagrin d'école.
En effet, ce roman ne figurant pas dans la dernière sélection, a été choisi au détriment des cinq auteurs encore en lice la semaine passée.

Christophe Donner, Un roi sans lendemain (Grasset)
Stéphanie Janicot, Le privilège des rêveurs (Albin Michel)
Vénus Khoury-Ghata, Sept pierres pour la femme adultère (Mercure de France)
Gilles Leroy, Alabama Song (Mercure de France)
Christophe Ono-dit-Bio, Birmane (Plon)

Par ailleurs, dans la catégorie Essai, le lauréat est Olivier Germain-Thomas pour Le Bénarès-Kyoto aux éditions Le Rocher.




Concours de mauvaise poésie : La mort du clochard

Posté par Solaris le 05.11.07 à 16:08 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires

Adossé sur un mur humide
le regard tranquille
son corps encore viril
La froideur du temps
faisait sortir ses dents
Malgré la mélancolie de sa vie
il savait qu'il allait bientôt partir
laissant cette poubelle qu'il aimait tant !
La seule... qui ne l'avait pas rejeté
il lui devait d'être en vie
était-ce encore nécessaire ?
Mais ce soir-là
plus que d'habitude
il n'avait pas d'abri
il resta sous l'orage
chaque goutte qui lui tombait
lui prenait une part de sa saleté
il devait être propre,
Car il allait bientôt partir
de loin il regarda la décharge d'ordures
la main sur le coeur
Ses larmes accompagnaient la pluie
Le départ était proche
ce jour-là
sur le trottoir
près des pas de gens pressés
il mourut.
Personne ne remarqua cela
sauf ce chien galeux qui venait de perdre un ami
les jours passaient
il devait reposer en paix
son corps fut jeté dans la décharge municipale
qui l'avait vu grandir
près de l'orphelinat qui l'avait vu naître
au moins il était dans son Ciel.



Nb Solaris : Ce poème est proposé par Fleonnel.

Voir la liste de tous les concours




Prix Goncourt 2007 : Alabama song de Gilles Leroy

Posté par Solaris le 05.11.07 à 13:08 | tags : news, prix goncourt, roman

Et le lauréat 2007 du prix Goncourt est l'ouvrage Alabama Song de Gilles Leroy.

Il y a encore quelques heures, ils étaient cinq à espérer recevoir l'un des prix littéraires les plus courus.
Olivier Adam, A l'abri de rien (L'Olivier)
Philippe Claudel, Le rapport de Brodeck (Stock)
Michèle Lesbre, Le canapé rouge (Sabine Wespieser)
Clara Dupont-Monod, La passion selon Juette (Grasset)

C'est au restaurant Drouant à Paris que le jury a désigné Gilles Leroy. Le 104e lauréat a été élu au 14e tour, à 4 voix contre 2 face à Olivier Adam.
Alabama song, récit du couple mythique formé par Zelda Sayre et Scott Fitzgerald, succède donc au roman Les Bienveillantes de Jonathan Littell.




Concours de mauvaise poésie : La plus frêle des génisses

Posté par Solaris le 05.11.07 à 11:52 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires

Courir, courir, encore et toujours courir,
Les Mollets à l'air et le blé fouettant mes cuisses,
Mon corps souffre de cette course folle, ô martyr !
Et je pleure, je geins comme la plus frêle des génisses.
Souffrir, souffrir, encore et toujours souffrir,
Une plaie d'émotions ouverte en guise d'âme,
Télescopage dans les neurones, sentiments infâmes
Cris étouffés sous le plus mesquin des sourires,
Faiblir, faiblir, encore et toujours faiblir,
Mal au coeur, Mal au corps, Mal aux tripes, Mal encore.



Nb Solaris : Ce poème est proposé par Secretdenfance, qui précise "A l'aube de mes 16 ans, le 22 mai 1998, je venais de me prendre le premier rateau cuisant de toute ma vie, le vrai, le dur, l'humiliant, l'abject, le repoussant, le terrible ! Pour immortaliser ma peine mémorable, j'écrivis ce petit poème sans prétention, un peu puéril ! Mais qui n'a pas été candide et naïf dans sa vie jette la première pierre !"

Voir la liste de tous les concours




Concours de mauvaise poésie : Douce poil (à ma chèvre)

Posté par Solaris le 05.11.07 à 11:31 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires

Douce poil, tel est ton nom,
Je l'ai gravé au crayon,
Sur ta peau d'édredon,
Qui sentait bien bon.
Douce poil, dans ton abri,
Seule, les pieds dans ton pipi,
Je t'entends toute la nuit,
Et puis tu cries "hiiiiii".
Douce poil, quand je te vois,
Quand tu souris, Holala !
Mais les chèvres ne sourient pas !
Mais on dirait, des fois !



Nb Solaris : Ce poème est proposé par LisaPanda, qui indique "Ceci fût écrit par ma personne il y a fort longtemps... Je devais avoir 8 ans. Oui, 8 ans ! Diantre ! Comme j'étais jeune. Ce poème m'émeut encore beaucoup aujourd'hui, lorsque je repense à ce fameux Noël 1998, lorsque ma maman m'acheta ma toute première chèvre, Douce-poil, qu'elle s'appelait".

Voir la liste de tous les concours




XKCD, ça veut dire quoi ?

Posté par 2goldfish le 05.11.07 à 10:02 | tags : comics, lectures de bureau, vo

 

En matière de lectures de bureau, on ne fait pas mieux que XKCD.
Ce petit webcomic sans prétention est pensé spécialement pour le programmeur qui s'ennuit entre deux lignes de code. Certes, les gens comme moi (et peut-être vous) qui ont arrêté les maths à la maternelle peuvent apprécier XKCD, pour peu qu'ils aient deux ou trois notions d'anglais et un minimum de culture geek. Il semble pourtant qu'une part de l'humour échappera toujours au non initié, la part qui vient quand on se reconnait.

Peu importe, c'est pour toi, Ami programmeur, une BD avec des protagonistes anonymes, sans visages ni émotions, avec des blagues sur les maths et sur Final Fantasy VII, une dose étonnament élevée de romantisme et de l'humour.
De l'humour drôle, en plus.




Concours de mauvaise poésie : Toi, c'est lui

Posté par Solaris le 03.11.07 à 10:35 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires

Combien de fois
J'ai pleuré pour toi,
Combien de jours
J'ai manqué d'amour,
Combien d'années
Je t'ai aimé.
Juste une seconde
Et je perds mon monde,
Juste une minute
M'amène à ma chute,
Juste une heure
Et je me meurs.
Mais mon ange me sourit
Et petit à petit
Je me reconstruis.
Et tant pis pour lui
S'il part dans l'oubli.
Enfin, je revis !


Nb Solaris :
Ce poème est proposé par Isa, qui indique "Une petite inspiration nocturne, lors d'une de ces trop nombreuses nuits blanches post-rupture".

Voir la liste de tous les concours

Participez au concours de poésie




JK Rowling : Les contes de Beedle le Barde en 7 exemplaires uniques

Posté par Solaris le 02.11.07 à 15:30 | tags : news, roman

L'écrivaine britannique J.K. Rowling a déclaré hier avoir réalisé un nouveau livre. Intitulé Les Contes de Beedle le Barde, cet ouvrage sera publié en 7 exemplaires manuscrits.
Dans le dernier volet des aventures de Harry Potter, Harry Potter, tome 7 : Harry Potter et les reliques de la mort, le professeur Albus Dumbledore lègue à la jeune Hermione Granger un livre de contes magiques, Les Contes de Beedle Barde. Celui-ci se révèle capital dans la lutte qui oppose Harry Potter à Voldemort.
Illustrés par l'auteur, agrémentés d'une reliure en cuir ornementée de pierres semi-précieuses et d'argent, l'un des 7 exemplaires sera vendu aux enchères, le 13 décembre prochain, à des fins caritatives. Sotheby's a déclaré que cette opération pourrait rapporter entre 30.000 et 50.000 livres (soit 43.000 à 72.000 Euros). Les bénéfices seront reversés à The Children's Voice, la fondation de J.K. Rowling, qui oeuvre auprès d'institutions, spécialement en Europe de l'Est, ayant pour mission de s'occuper d'orphelins.
Les six autres livres seront offerts à ceux ou celles qui au cours des dernières années ont le plus contribué à l'oeuvre de Harry Potter.
Comparant la fin de la saga à un retour à la surface à la suite d'une longue plongée, J.K. Rowling considère que Les Contes de Beedle Barde, et plus particulièrement Le Conte des Trois Frères, est "une manière formidable de dire au revoir".
L'auteur a également affirmé que la moitié de son prochain livre était désormais écrit. En revanche, aucun détail n'a filtré quant au thème qu'elle y aborde.


Lisez le dossier Harry Potter
Retrouvez l'Univers Harry de Potter




A Vendre : histoire courte, jamais écrite

Posté par 2goldfish le 02.11.07 à 14:07 | tags : science-fiction

chaussures bébésVous connaissez surement déja l'anecdote : mis au défi d'écrire une histoire en six mots, Ernest Hemingway composa la très drôle "A vendre : chaussures bébé, jamais portées". Wired Magazine, jamais en retard de plus d'un siècle, a demandé à quelques auteurs de science fiction et de comics de se prêter à l'exercice. Ils ont obtenues des dizaines d'histoires, parmi lesquelles quelques merveilles telles que "Machine. Unexpectedly, I’d invented a time" d'Alan Moore ou "Osama's Time Machine : President Gore concerned" de Charles Stross.
Je sais pas vous mais moi a chaque fois que j'entend parler de l'histoire d'Hemingway, j'entreprend d'en écrire une avant d'abandonner la minute suivante. De toute façon c'est pas juste, c'est beaucoup plus facile en anglais. Le bloggueur renonce, appuie sur "envoyer".

 

 

Ecrivez vous aussi une histoire en 6 mots, et gagnez des livres en participant à notre concours.




Concours de mauvaise poésie : L'ange

Posté par Solaris le 02.11.07 à 12:38 | tags : concours de poèmes, jeux littéraires

Je ne suis pas Ronsard,
Ni même Victor Hugo.
Mais mon histoire peut-être touchante,
Tout comme les leurs.
Dans la nuit sombre d'hiver,
Une sorte de bruit pervers
Me réveilla de mon trou noir.
Un ange apparut ce fut,
Pathétique au point de m'émouvoir
Un rêve, oui j'y ai cru
Mais l'apparition m'était bien réelle.
Cet ange me fit signe,
Pour aller je ne sais où,
Au paradis peut-être.
Non cet ange me tendait
Juste sa main douce pour me remettre,
Dans le droit chemin déshérité,
de mon âme si fraîche.
Cette main pour rien au monde,
Je l'aurais refusée.
Et s'est ainsi par cet ange tant attendu
Que mon retour à la réalité,
Que j'appréhendais,
S'est tellement bien passé.

Nb Solaris : Ce poème est proposé par Déborah inspirée, qui indique "Beaucoup d'imagination et peu de réalité".

Voir la liste de tous les concours
Participez au concours de poésie




McCloud fait Faire de la BD

Posté par 2goldfish le 02.11.07 à 10:33 | tags : bd, essai

Depuis quelques années, il y a de plus en plus de bouquins qui prétendent vous apprendre à faire une BD. Enfin surtout à faire un manga, en fait. Ils sont tous complètement à côté de la plaque évidemment, et vous aurez beau avoir suivi tous les conseils du tome 1 (Apprendre à dessiner les héros) au tome 39 (Apprendre à dessiner les robots et autres ustensiles de cuisine) en passant par l'inévitable tome 23 (Apprendre à dessiner les jupes plissées et les petites culottes), vous serez encore très loin de savoir comment on fait un manga. Il faut avant tout dessiner les cases et surtout choisir ce qu'on va mettre dedans. Quand on est un peu exigeant en la matière, les qualités d'illustrateur de l'auteur passent au second plan. Un simple coup d'oeil sur les rayons "alternatifs" d'une librairie spécialisée suffit pour le novice à comprendre que l'ultime snobisme classe, c'est de lire une BD qui a l'air d'avoir été dessinée par un gamin trisomique.

Le but du nouveau bouquin de Scott Mac Cloud, Faire de la Bande Dessinée (suite de L'Art Invisible et Réinventer la Bande Dessinée), c'est de prendre le contre-pied de tous ces manuels et d'essayer de s'intéresser à toute les questions que l'auteur débutant devra se poser avant Comment dessiner ?.
Les mauvaises langues s'en féliciteront puisque McCloud ne sait pas particulièrement bien dessiner, et la question de sa légitimité mérite pour une fois d'être sérieusement posée. Auteur plutôt anecdotique, McCloud avait suffisamment réfléchi au médium pour parler avec une certaine autorité de la théorie dans ses deux ouvrages précédents, mais il est loin d'être le premier maître vers qui on se tournerait spontanément pour nous enseigner la pratique. Il existe d'ailleurs quelques autres livres qui traitent du sujet autrement que sous l'angle du dessin pur (les deux bouquins fourre-tout de Will Eisner ou l'exhaustif L'art de la BD de Duc, par exemple).

Malgré tout McCloud s'en tire plutôt pas mal. Il crée des catégories et des définitions avec plus d'entrain que jamais, poussant la logique à l'extrême sur sa théorie des expressions, dont on se demandera longtemps si elle est géniale ou ridicule. Il a en tout cas un talent certain pour expliquer très clairement des principes pas toujours, et son choix d'utiliser la BD pour expliquer la BD semble si évident qu'on s'étonne que certains traitent encore le sujet principalement avec des mots.

On pourra discuter du bien fondé de nombre des idées de McCloud comme on l'a fait avec l'Art Invisible, livre lui même plein de théories largement décriées aujourd'hui, mais a eu l'intérêt de soulever tout un tas de questions. Il a l'évident défaut de présenter l'art de faire de la BD comme la simple application d'une série de techniques et de "trucs" que la plupart des grands auteurs ignorent en fait bien souvent. Pour le faiseur comme pour le simple lecteur. Cependant, il a le mérite de présenter un large panorama de tout ce qui doit rentrer en ligne de compte dans la création d'une BD, de l'angle de vue à la position du personnage en passant par le niveau de détail de l'arrière plan et la position des bulles. On oublie souvent de féliciter un artiste qui sait placer ses bulles.

Au final, on a du mal à extraire une théorie directrice du livre de McCloud, contrairement au précédent. Le livre reste pourtant bien plus théorique que la plupart des manuels de sa catégorie. Toutefois, à l'inverse des précédents, ce nouveau McCloud n'offre que peu de pistes nouvelles. L'espace qu'il s'accorde est limité, et bien trop souvent ses conseils se limitent à "faites attention à X" ou "réfléchissez bien au choix Y". Faire de la Bande Dessinée est une lecture instructive, mais bien moins essentielle que l'Art Invisible.






  Discussions en cours sur le forum livres :
Rechercher
Dans la boite
Ajouter à Netvibes Ajouter à Mon Yahoo! Ajouter à mon Google Ajouter ce blog à mes favoris Technorati! Abonnement Bloglines
Sources et amis
- La feuille (FR)
- Le Typographe (FR)
- Tourgueniev (FR)
- M. T. Louverture (FR)
- Tiers livre (FR)
- E®enews (FR)
- Blogs BD (FR)
- Lessig blog (EN)
- Buzz littéraire (FR)
- Culture Café (FR)
- Alalettre (FR)
- Zazieweb (FR)