Pourquoi parler pouvoir puisque pauvre poète Puisant pour parvenir par pensées palpitantes Afin d'annihiler l'armure analphabète Aux autres attirés aux alcoves accueillantes, J'irai puiser mon encre aux ciels des pluies d'automne Pour y tremper ma plume afin de vous noyer Dans d'immenses chagrins provoqués par les hommes Déversés sur ces pages où mon coeur vient pleurer, Je promenerai mon âme aux jardins que j'admire. Là où la poésie m'aide à trouver la force De découvrir mes rêves enfouis sous mon écorce Et d'écouter mon coeur jouer sur notre lyre. Pourquoi parler pudique puisqu'un panégyrique Peut parfois pamphléter présomptueusement. Mes mots malentendus mis maladroitement Me mettent malheureux, miteux, mélancolique.
En 1857, paraît l'ouvrage de Charles BaudelaireLes Fleurs du mal. Cette publication engendre alors un tollé, conduisant le poète et son éditeur devant la justice. Condamné à des amendes et à la suppression de six poèmes, Baudelaire doit attendre 1861 pour qu'une seconde parution de son oeuvre majeure se produise. Quant à la condamnation, elle ne sera levée qu'en 1949. A l'occasion du 150e anniversaire de cette première édition du recueil et de son procès, Gallimard sort une édition complète des Fleurs du mal, sous coffret spécialavec un CD 12 titres réalisé par Jean-Louis Murat, sur des mélodies inédites de Léo Ferré.
Sur Flu, le concours de mauvaise poésie s'achève bientôt. Un concours sans lauréat, quelle misère ! C'est pourquoi, la sortie de ce coffret a inspiré les membres de la rédaction, qui se sont dit : "Voilà la récompense appropriée !" Vous avez donc jusqu'au 5 novembre, minuit, pour proposer votre composition. Et l'heureux gagnant sera désigné le 15 novembre. A vos archives pour dénicher la perle rare !
Quand je le vois je suis fous de lui dès que je le vois je tombe dans les pommes je suis archi folle je ne sais plus quoi faire dès que je le voissssssssssss
Le Grand Prix de Littérature Policière 2007 vient de désigner ses lauréats. Dans la catégorie roman français, c'est Citoyens clandestinsde DOA (éditions Gallimard/Série noire) qui a été choisi. Et le romancier étranger primé est Arnaldur Indridason pour La Voix (éditions Métailié). Le Grand Prix de la Littérature Policière a été créé en 1948 par le critique et romancier spécialiste du genre Maurice-Bernard Endrèbe, afin de récompenser un roman policier français et un étranger publiés dans l'année.
Retrouvez l'article consacré à La voix sur le mag.
Elle est pour toi cette chanson Petite lune jaune citron. Toi qui vit seule dans ta maison près des étoiles et de l'espace Tu attends que le temps passe. Elle est pour toi cette chanson Petite lune jaune citron. Viens vite ce soir dans ma maison Que je t'apprenne ma chanson.
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Poupounette, qui précise "Poème écrit en 1993, à l'âge de 7 ans, suite à un dessin donné par mon maître d'école représentant un Pierrot assis sur une lune, tenant un instrument de musique dans ses mains."
J'aime ton prénom j'aime ta voix j'aime la douceur de tes levres je t'aime tout court !! Mais pourquoi m'embrasses-tu si tu en veux même pas ? tu le voies pas je t'aime mais je souffre.
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Aurelie, qui précise "J'ai écrit ça pour Eddy, une personne dont je suis tombée amoureuse."
Posté par 2goldfish le 30.10.07 à 10:11 | tags : bd
L'un des pires aspects des massacres russes en Tchétchénie est leur banalité. Ils étaient en quelque sorte l'aboutissement de tout un siècle de violences semblables, résultats prévisibles de l'Histoire commune de deux nations. La particularité de ces massacres-ci étant la réussite avec laquelle on a tenu éloigné l'attention de la communauté internationale (qui, sans doute, ne demandait que ça).
J'aimerais donc pouvoir vous recommander la lecture de cette Chronique du proche étranger en Tchétchénie de Rash et Tamada. Il y est question d'un médecin français qui traverse un pays dévasté et écrasé sous la botte russe. N'est malheureusement pas Joe Sacco qui veut et, horreur, double horreur, cette BD est terriblement banale. Je me sens presque coupable de dire ça mais, outre les défauts techniques du dessin et du scénario (les deux sont bien trop confus), l'album manque singulièrement d'originalité et d'efficacité. Son ambition de nous "faire prendre conscience" la plombe. Si le reste du monde a ignoré la Tchétchénie, c'est en partie parce qu'il le voulait bien et la BD nous le rappelle souvent. Faut-il donc accabler le lecteur qui a fait l'effort d'ouvrir, peut-être d'acheter cette BD, et le sermonner ?
Ce qui ressort de cet album, c'est un sentiment d'impuissance. Pas l'impuissance des Tchétchénes, mais celle du scénariste qui ne trouve pas l'histoire si terriblement tragique, le bébé dans un four ou l'orphelin tout neuf encore couvert du sang de ses parents qui nous fera tomber à terre sous le poids de la honte et ramper jusqu'à Moscou pour étrangler Poutine de nos mains. Alors le scénariste s'énerve, oublie la fiction pour nous asséner les faits bruts, les dates et les morts. Il nous les jette au visage en désespoir de cause. Nos potentiels d'indignation, de culpabilité, de commisération et de révolte sont malheureusement limités et presque constamment sollicités.
Ne faire que les demander ne suffira pas. Idéalement, dans un livre, il ne faut pas demander, il faut susciter. Ça a quelque chose à voir avec "donner un poisson" ou "apprendre à pêcher". Si vous avez l'audace d'attendre quelque chose de votre lecteur, essayez de vous y prendre avec un minimum de subtilité.
Chronique du proche étranger en Tchétchénie Rash et Tamada Vertige Graphique
Cette idylle que j'imagine comme étant la plus belle est entre les mains de celle dont je suis épris : Martine.
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Goldenloustic, qui précise "Lamentable poème, écrit lors de mes premiers émois amoureux (mon premier flirt !) le 03 décembre 1962. Curieusement gardé intact en mémoire. Quant à Martine, où est-elle ?
Lorsque je t'ai aperçu; j'ai senti Ô douleur; Tel un "Rouy" dégageant son odeur. Te voyant avec ta jupe large, tu m'faisais l'effet d'un Paquebot prenant le large, Mon Coeur s'est accroché au tien, telle la Merde au Cul d'un Chien !
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Le Wazo, qui indique "J'étais Jeune. J'étais Fou, elle ne m'Aimait plus..."
Jeudi, la saison des prix littéraires s'est ouverte avec l'attribution du Grand prix du roman de l'Académie française. Le lauréat est Ap. J-C de l'écrivain grec Vassilis Alexakis. Né à Santorin en 1943, cet auteur vit entre la Grèce et la France, où il a débarqué à l'âge de 17 ans et entrepris ses études supérieures. Devenu journaliste littéraire, il publie son premier roman, Le sandwich, rédigé en français (1974). En 1995, il obtient le prix Médicis pour La langue maternelle.
Dans Ap. J-C, Nausicaa, une dame âgée de 99 ans, héberge un jeune étudiant en Histoire. Elle lui demande d'enquêter sur les moines du Mont Athos. Ce récit est un voyage temporel à travers l'Histoire du Christianisme de l'Antiquité à nos jours.
00h01 : le voilà enfin. Le 7ème et dernier opus de la saga Harry Potter réalisée par l'écrivaine britannique J.K. Rowling est désormais disponible, en version française, dans toutes les bonnes librairies. Sorti en version originale en juillet dernier, Harry Potter et les reliques de la mort clôture les aventures du jeune sorcier Potter. A l'occasion de cet évènement, Flu vous propose de retrouver cet univers magique dans un dossier spécial.
Dany aimait être à califourchon, Pour la sentir entrer dans le béton...
Dommage qu'elle reste coincée... Car le ciment a séché...
Nb Solaris : Ce poème est proposé par cme, qui indique "J'étais en 4e, en 1994... Cela ne me rajeunit pas. J'adorais la poésie, et puis pourquoi ne pas me marrer un peu. Les cours de sexologie en 4e n'étant pas trop passionnant, la poésie l'était plus. Dédicace à ma prof de Bio".
Le nouveau bouquin de Chris Ware publié par Delcourt s'appelle simplement Acme, d'après Acme Novelty Library, la série de comics dans lesquels Ware publie outre-Atlantique toutes ses oeuvres depuis 1993, Jimmy Corrigan et Quimby The Mouse inclus. Il y regroupe en fait un tas de BD, fausses pubs et autres objets graphiques non identifiés, qui n'ont pas trouvé leur place dans un des bouquins précédents et ne la trouveront pas dans un prochain, que ce soient les quelques aventures de Rusty Brown, collectionneur de jouet geek, Rocket Sam, homme du futur à la recherche d'un ami ou une histoire de l'art du Précambrien à aujourd'hui, une paire de BD microscopiques cachées sur la tranche extérieure de la couverture et un millier d'autres choses (j'exagère à peine le chiffre).
En France, on avait découvert Chris Ware avec Jimmy Corrigan, un graphic novel a posteriori plutôt classique, extrêmement bien fait certes, mais dont les extravagances se limitaient pour la plupart à la gigantesque jaquette à déplier. Quimby The Mouse offrait une vision plus anarchique des travaux de l'auteur en incorporant quelques publicités, le déchirant récit de la fabrication dune tirelire et surtout tout un tas de BD de toutes les tailles et de toutes les formes à lire dans tous les sens. Le recueil Acme va encore plus loin dans la démesure. L'objet tout d'abord est gigantesque et ne manque pas de susciter la curiosité de vos voisins de queue et de la caissière de la FNAC qui n'arrive pas à le faire rentrer dans ses sacs. En l'ouvrant (après avoir passé quelques minutes à lire le bandeau de papier qui fait bien sûr partie de l'oeuvre), on découvre des dizaines de fausses publicités écrites si petit qu'il faut plisser les yeux pour les lire, puis quelques BD et un diagramme géant sur deux pages qui explique la vie et l'art ou quelque chose comme ça, avant un nouveau test ophtalmologique consacré à l'oeuvre d'un obscur lettreur imaginaire.
Le style est ampoulé au-delà du raisonnable (et j'ai pour ma part un seuil de tolérance en la matière assez élevé, si j'en crois vos commentaires), et la maquette inutilement mais magnifiquement compliquée, Ware ayant la particularité d'exceller tout autant dans ce domaine que dans celui du dessin. A le lire, les deux ne paraissent finalement pas si éloignés que ça. Tous ces efforts étant déployés avant tout pour souligner leur propre vacuité, ce qui fait de ce nouveau bouquin de Ware une nouvelle lecture démoralisante que vous ne serez pas moins heureux de garder à côté de votre lit pour en lire un peu tous les soirs.
Ne vous moquez jamais De la femme qui boit ! D'ailleurs, elle ne boit pas, Elle s'éponge le coeur Pour tenter d'adoucir Des blessures anciennes Dont elle n'a souvenir Que par bribes incertaines. Si elle boit toute seule S'est qu'elle s'est fabriquée Une prison sans murs Ni barreaux, ni fenêtres Dont la porte est fermée A double et triple tour Et dont elle ne sait plus Ou elle a mis la clef. Des heures durant elle boit, De la bière au whisky Du whisky à la bière Elle se remplit d'alcool Sans le moindre plaisir Pour connaître l'ivresse Qui seule peut effacer La laideur de sa vie. Quand l'alcool lui aura Donné de fausses ailes De fausses raisons de vivre Et de fausses espérances Elle remplira de larmes Son verre déjà vide Et se saoulera de pleurs Ce vin au goût salé. Après s'être enivrée Et saoulée de tristesse Il ne lui restera Qu'à tendre un dernier verre Pour le remplir de honte Cette liqueur amère Qui peut faire pire encore Que tout l'alcool du monde. Et toute honte bue, Elle rentrera chez elle Hideuse et titubante Sous le regard moqueur De ceux là et de celles Qui la montre du doigt Mais qui ne savent rien Du malheur de la vie. Ne vous moquez jamais De la femme qui boit ! Ne l'éclaboussez pas De sourires méprisants ! Aidez-la simplement A retrouver sa clef Pour qu'elle ouvre sa porte Au vent de liberté. MARIE.K
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Hardzezelle08, qui précise "C'est un texte que j'ai écrit le jeudi 25 janvier 2007 à 21:09, après avoir longuement parlé avec une amie qui m'a ouvert le coeur et m'a avoué que sa mère était alcoolique. L'histoire de cette femme et de sa fille m'ayant touchée, j'en ai fait un poème avant de m'endormir.
Il ne fait pas bon traîner dans les rues de Londres, en cette fin de siècle, surtout quand des morts-vivants en pleine forme y rodent à la recherche du futur casting de leur prochain snuff movie. Oui, car le personnage de Lit de béton de Laurent Fétis c'est brutalement réveillé en 1980 dans la morgue du comté de Chester en Angleterre. Depuis, il zone dans la capitale Britannique et vit grand train grâce aux commandes que des pervers de tout poil lui passent à des fins de satisfaction personnelle. Un marché qui prend de l'ampleur chaque année, même si les vedettes principales des films produits par notre zombie, finissent toujours de manière tragique, la plupart du temps dispersées en petits morceaux aux quatre coins de la ville. "Une carrière n'est parfaite que si elle s'achève rapidement et de façon spectaculaire", telle pourrait être la devise de Red Eyes Production. Seulement voilà, notre bonhomme immortel, ne s'est jamais posé les bonnes questions. Pas un seul instant il ne se demande comment et surtout pourquoi la "vie" (ou plutôt, en l'occurence, la mort) lui a réservé ce curieux destin. Des questions qu'il va bien être obligé de se poser le jour où "la plus belle saloperie de toute la ville", comme il aime à se nommer lui-même rencontre plus monstrueux que lui...
Avec Lit de Béton c'est clair, Laurent Fétis nous sert une sorte de comics littéraire brutal et ignoblement drôle, comme du Spawn, ou du Bret Easton Ellis qui aurait des visées dans le domaine de la série B. Evidemment peu crédible, cette histoire franchement gore est pourtant fascinante pour peu qu'on y entre sans a priori. Elle se lit en une journée avec autant de plaisir qu'une bonne BD ou un roman décadent de la fin du XIXe siècle. L'oiseau de nuit qu'est Laurent Fétis décrit mieux que tout autre le Londres nocturne, cette jungle de béton, ses lieux sordides, ses faunes interlopes, sa misère psychologique et morale, et les situations scabreuses qui en découlent. Sa peinture sous-jacente de la société occidentale - et de ses mœurs - à la fin des 90's, est d'une sauvagerie peu commune, tout en restant parfaitement neutre et atone. La violence de Fétis est celle des bourreaux en col blanc. Son portrait de la psychologie du tueur pourrait également être un cas d'école. Terriblement pervers, l'anti-héros choisit sa proie avec soin, et c'est le lecteur qui est finalement malmené du début à la fin. Âmes sensibles s'abstenir, pour les autres, foncez ! Lit de béton Laurent Fétis Edition Baleine
Toi qui m'as promis que tu m'aimerais toujours, Toi qui m'as dit que tu ne pouvais pas te passer de moi, Toi qui me rendais heureuse chaque jour, Toi qui ne rêvais que de moi. On pensait qu'on ne se quitterait jamais, Que notre amour serait parfait, On se voilait la face tous les deux, En amour on ne peut pas être constamment heureux. Et c'est ce qui s'est passé, Tu as décidé de me quitter ; Le temps est passé maintenant, Mais si tu voulais de moi, je reviendrais en courant. Au fond de moi je t'aime encore très fort, Et ce sentiment ne s'effacera qu'à ma mort.
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Punch71, qui précise "Poème suite à une séparation douloureuse avec mon premier grand amour !!!"
On attendait ce tome 3 depuis des lustres - bon, ok, j'ai achevé la lecture de Tom Strong en VO il y a au moins 2 ans ! - et on ne le regrettera pas. Tom Strong n'est pas le plus médiatique et le plus respecté des travaux d'Alan Moore, notre scénariste chouchou et légendaire, mais c'est sûrement l'un des plus agréables à lire et des plus riches sur les plans référentiels et narratifs. Tom Strong s'inscrit dans une démarche de rénovation des pulps qui faisaient la pluie et le beau temps aux Etats-Unis dans l'après-guerre et un peu avant, sous forme romanesque ou BD (le fameux Doc Savage). C'est un scientifique né au début du siècle et qui a été élevé par son père (un autre scientifique) sur une île (pas déserte), après un naufrage. Isolé de la société des hommes, maintenu dans un caisson pressurisé, dont il a tiré une force herculéenne, et nourri avec des drogues locales qui lui ont conféré une longévité hors normes, Tom Strong est le héros parfait. Il est marié à une bombe noire Dahlua (fille du chef local), a une fille ultrasexy, un singe qui pense et parle, ainsi qu'un vieux robot en boîtes de conserve amélioré. Sur le plan des valeurs, Tom Strong est intègre, courageux, fidèle (encore qu'il se laisse tenter parfois...), a un sens moral ultradéveloppé et est animé par un humanisme que ne renierait pas Kant. Malgré cet aspect lisse, Alan Moore en a fait, avec le génie qui le caractérise, un personnage extraordinaire et passionnant ; réussissant à mêler sur sa personne et ses aventures toute la mythologie du roman d'aventures à la Jules Verne, de la tradition S-F du début du siècle, et des obsessions beaucoup plus contemporaines comme le fascisme (il a des ennemis hérités de l'époque nazi), le futurisme, les multivers, la tolérance, etc.
Ce qui frappe à la lecture de Tom Strong, comme souvent chez Moore, c'est l'intensité des récits qui sont souvent bouclés en une dizaine de pages et pétillent de rebondissements. D'autres auteurs (on a parlé des Thorgal, il y a peu) étireraient de telles idées et de tels scénarios sur dix albums alors que Moore les injecte à haute dose dans une seule histoire. Les références littéraires sont foisonnantes et on prend un plaisir incroyable à lire une bande-dessinée adulte qui emprunte sans cesse aux codes du récit d'aventures. Tom Strong, c'est Melville, Conrad, Verne avec la tronche et le dessin de Tintin, une sorte de boy-scouterie ultrasophistiquée qui, d'une certaine façon, est ce qu'on peut offrir de mieux à lire aujourd'hui aux... enfants de 7 à 77 ans.
Fer de lance de la ligne ABC, le cycle a d'ailleurs connu un certain succès et mériterait de doubler la BD franco-belge sur son propre terrain. Lisez donc Tom Strong et vous ne le regretterez pas ! C'est un peu le message qu'on voudrait faire passer.
L'écrivain irlandais Jonathan Swift écrivait beaucoup et réflechissait tout autant. Très attaché aux problèmes économiques de son temps, il trouva une idée lumineuse pour que le royaume retrouve sa prospérité : saler les enfants des pauvres et les mettre en conserve. Soit un renforcement de la production alimentaire doublée d'une lutte efficace contre la mendicité. Voilà en quoi Jonathan Swift est un auteur tout à fait moderne.
Et qu'il a sa place dans cette rubrique destinée à améliorer la vie de bureau et tout autant à célébrer aujourd'hui un certain sens de la glande. Ainsi, parmi la myriade de fulgurances exemplaires qu'on devrait réciter religieusement, Swift eut un jour celle-ci: “Je fais à présent une expérience très répandue chez les auteurs modernes; à savoir, écrire sur Rien."
Je suis un peu à la traîne sur Amélie Nothomb, voire carrément à la ramasse, je l'avoue, n'ayant lu (il y a une éternité) que l'Hygiène de l'Assassin (pas mal) et Stupeur et Tremblements. C'est d'ailleurs un peu pour ça que je m'y suis remis. Présenté comme une sorte de suite ou de prolongement naturel de son best-seller japonais (Nothomb qui travaille dans une entreprise nippone, travaille et travaille encore), Ni d'Eve, ni d'Adam promettait de ne pas être trop dur à suivre pour moi qui était resté scotché sur cet univers de salary men dégradés et dégradants. Après 252 pages de lecture en vitesse supersonique (on lit du Nothomb aussi vite que du Lévy, mais pour un plaisir beaucoup plus intense et des raisons différentes), Ni d'Eve, ni d'Adam me semble être un bon livre de comédie, un équivalent littéraire de ces comédies américaines avec Robert de Niro ou Steve Martin en beau-papa, Ben Stiller en fiancé et une next-door-girl en guise de jeune fille à séduire, qui vous donnent le sourire l'espace d'une heure ou deux, jusqu'à vous donner envie de voir (ou de lire) la suite, la resuite et la ratasuite.
L'intrigue de ce roman, dans lequel les dialogues occupent une bonne moitié de l'espace disponible, léger comme une plume et qui se digère assez facilement tant Nothomb est économe de moyens, est réduite à sa plus simple expression, comme dans les bons scénarios de Capra : une fille (Nothomb ou son double) tente de nouer une liaison avec un Japonais qui a la loose. Son soupirant (et vice-versa) s'appelle Rinri et est son élève. La jeune Belge lui donne des cours et tombe peu à peu sous le charme. Le tout est émaillé de scènes auxquelles on s'attend dès que s'amorce la romance et qui sont EXACTEMENT racontées comme on les aurait imaginées : rencontre avec la belle-famille, anti-héroïsme, quelques vacheries, incompréhensions sur les codes amoureux, échec final, quiproquos de boulevard...
Maman regarde moi Maman parle moi Maman que vois tu ? M'as- tu oubliée ? M'as- tu rejetée ? Maman c'est moi. Ne m'oublie jamais. Ne l'oublie jamais. Celle qui t'aimait. Celle qui pleurait seule dans le noir. Enfermée dans son placard Ne m'oublie pas !! Maman ! Réponds-moi Ne m'oublie jamais. Ma folie t'a rendue folle Ma folie t'a tuée tout comme elle m'a tuée. Non, non, Non, Ne m'oublie pas. Si je meure Promets moi. Tu ne m'oublieras pas. Promets le moi. Quand je nourrirai, Pleure moi. Maman. Pleure pour moi, maman.
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Paranoiake, qui indique "même encore après des années, ce poème me brise le coeur..."
Actuellement en tournée "lecture&dédicace" aux Etats-Unis, J.K. Rowling a révèlé que le professeur Albus Dumbledore, héros de la saga Harry Potter est homosexuel. Après la lecture de passages du dernier volet des aventures du jeune sorcier, Harry Potter, tome 7 : Harry Potter et les reliques de la mort, la romancière britannique a répondu aux questions des fans réunis au Carnagie Hall. Un jeune garçon a donc voulu savoir si Dumbledore était tombé amoureux. Et dixit JK Rowling : "Pour être franche, j'ai toujours pensé que Dumbledore était homosexuel". Elle a ensuite expliqué que Dumbledore était effectivement tombé amoureux. Le directeur et professeur de Poudlard se serait entiché du sorcier Gellert Grindelwald après l'avoir affronté. Et comme l'écrivaine a tenu à le souligner "L'amour peut rendre aveugle", et en ce qui concerne Dumbledore, l'amour c'était sa "grande tragédie".
L'espagnol est une matière infâme, Car on entend toujours crier cette bonne femme, Après les élèves qui n'ont rien fait, Cette meuf a vraiment du toupet ! L'italien est une matière géniale, En plus la prof n'est vraiment pas banale, Ses cours sont très bien structurés, Et en plus elle nous fait délirer !! L'anglais est une matière super, Pas égale à l'italien ça c'est clair ! Ça n'empêche que la prof soit cool, A part quand elle fait sa tête de pit-bull !! Le francais, matière litteraire, Enfin des cours qui sont clairs, Mon esprit ne pense qu'à ça, Vive la L quoi !!! Les maths c'est la galère, Pour moi ça sort tout droit des enfers, En plus le prof ressemble à une tortue, Je ne sortirais pas avec lui dans la rue !! L'histoire-géo c'est super, Surtout avec la vieille mégère, En plus elle nous crache dessus, Au premier rang moi j'en peux plus !! La physique, matière de Satan, Ces S sont vraiment pas marrants, Avec leurs béchères et leurs fioles, Ils vont me faire devenir folle !! Les SVT ça peut aller, Sauf que la prof a un gros nez, Enfin on s'en fout, C'est la vie après tout !!
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Punch71, qui précise "Petit délire lorsque j'étais au lycée. Ce poème a même été l'emblême de ma classe pendant un an !"
Je t'aime Des mots tant de fois répétés Tant de fois murmurés. Je t'aime Trois petits mots Tant de fois nés sur nos lèvres Et morts tout aussitôt. Trouver le secret De te dire Je t'aime Comme si c'était la première fois A chaque fois. Trois petits mots tout simples Nés sur nos lèvres Comme le poids d'un secret Trop lourd à porter. Je t'aime Je te le dis comme si c'était La première et dernière fois.
Revenu en kiosques, il y a quelques années pour surfer (peut-être) sur le succès des adaptations de comics au cinéma, Comic Box est redevenu, en quelques numéros, un magazine incontournable pour tous les amateurs de comics et de BD en général. La présentation pendant la campagne présidentielle d'un super-vilain extra-terrestre nommé Sarkozy, découvert dans de vieux magazines des années 40, aura permis de juger de l'étendue du nouveau lectorat, puisqu'on put retrouver le scoop, dans les semaines qui suivirent, dans une bonne demi-douzaine de magazines généralistes. En attendant, la revue reprend ses bonnes habitudes et affiche sa bonne santé en retentant une belle et offensive politique de numéros hors-série. L'abonnement gagne enfin en intérêt et on attend le numéro 50 pour se laisser surprendre.
Pour le 49, il faudra se "contenter" d'une splendide aventure de Stan Lee et du Silver Surfer, d'une interview d'Alan Davis (le Clou) et d'une belle dissertation sur la Mort de Captain America (le reste est tout aussi alléchant). La couverture est consacrée, comme le dossier principal, au retour de Spawn, ce qui risque de dérouter ceux qui ne sont pas spécialistes du genre. Rappelons le : vous ne serez pas déçus en achetant Comic Box et ce même si vous n'y connaissez rien. Les approches sont souvent historiques, mêlent sociologie du média populaire, érudition et analyse politique. Certains journalistes ne dépareilleraient pas s'ils émargeaient (en enlevant leurs costumes et leurs collants, ça va sans dire) au Monde Diplomatique. Comic Box donc, tous les deux mois en kiosques et un peu plus si affinités.
Au rayon bd-jeunesse, Thorgal, volume 30 : Moi Jolan de Grzegorz Rosinski et Yves Sente est toujours n°1, encore suivi par le volume 13 Le petit Spirou - Fais de beaux rêves !.
La différence entre une bonne et une mauvaise poésie est parfois très mince. Le succès de René Char, dont on fête cette année le centenaire de la naissance (voilà pourquoi ses livres refleurissent comme par magie en vitrine des librairies de province), peut s'expliquer à cette manière qu'il a de tenir ses vers sur la ligne de l'ultra-sincérité. Ses mises en place sont souvent simples, son vocabulaire immédiatement intelligible, les sentiments exprimés dans la ligne pure de ses auteurs favoris, soupçon d'hermétisme compris : Rimbaud, Alfred De Vigny. Son oeuvre se partage elle-même (disons qu'elle subit deux attractions) entre la tentation surréaliste (à laquelle il s'abandonnera sur le collectif Ralentir Travaux) et la tentation quasi-élégiaque dont est tiré ce poème. Pour l'anecdote, rappelons (même si cela ne se sent pas) que René Char était un rugbyman averti et un coeur de madeleine, qui faisait à peu près la taille d'un Sébastien Chabal (1m92). On peut donc faire de la bonne et de la mauvaise poésie, sans peur du ridicule, à peu près dans n'importe quelle condition. La poésie, contrairement aux autres sports (à l'exception des fléchettes) est une discipline ultra-démocratique. Allégeance, le poème qui suit, est un assez bon exemple de la poésie de Char, vigoureuse, directe et un rien mélancolique. On y trouve des formules heureuses et d'autres qui fonctionnent moins (comme ici, cette histoire de méridien...). Mais, l'impression de fulgurance et d'une justesse générale l'emporte haut la main.
Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus ; qui au juste l'aima ? Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part. Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse. Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus ; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas ?
La seconde sélection du prix Interallié a été révélée hier par son jury. Six écrivains sont encore en lice pour ce prix, qui sera décerné le 13 novembre prochain. Les voici :
On a pas assez parlé du fabuleux roman qu'est La Mémoire du vautour de Fabrice Colin. Ou alors mal. Ou en mal. C'est pourquoi je reviens dessus, quelques mois après sa publication estivale. Roman incompris (souvent), roman mésestimé (parfois), mais surtout roman inexploré. Sous ses airs plutôt banal (il est présenté comme le premier roman de "littérature générale" de l'auteur). La mémoire du vautour est pourtant un immense roman univers, une œuvre cerveau emplie des obsessions de son créateur, mais également un voyage initiatique qui partage avec nous, outre de nombreux clins d'oeil (à Lynch, entre autres), des émotions puissantes et des croyances universelles.
Bill Tyron est homme à tout faire. Il dispense ses multiples talents dans de petits boulots, gardiennage, bricolage, mais aussi traductions, mise en page, relecture et corrections. Il vient de mettre un point final à la relecture du manuel technique d'une société américaine spécialisé dans les fours crématoire quand une organisation anonyme lui téléphone pour lui proposer de surveiller Sarah, une ancienne GI. Signe particulier ? Suite à un traumatisme subit en Indonésie, la mémoire de Sarah a été effacée grâce à un traitement révolutionnaire. Malheureusement, ce trou dans la continuité de ses souvenirs semble l'avoir rendu malade, elle est atteinte d'une leucémie. Pour Bill, le boulot semble simple, jusqu'à ce qu'il tombe amoureux de Sarah, mourante et qui refuse tous soins. Il pense partir à la recherche de sa mémoire quand tout bascule.
Difficile d'en dire plus sans dévoiler des pans entiers de la réflexion de Fabrice Colin. Car plus qu'un simple roman, La mémoire du vautour est avant tout une profonde digression philosophique sur la vie et la mort. Comme l'écrit magnifiquement Colin, "la mort dessine une carte dont nous sommes l'unique point mouvant, jusqu'à ce que nous nous immobilisions et trouvions notre place, mais nous laissons des traces, c'est sûr. L'amour, les mots, la vie : Notre passage n'est pas vain (P.132)"
A ce titre, le chapitre central est éloquent dans son évocation du passage de la vie d'un être à l'autre, d'une vie à l'autre, d'une conscience et d'une mémoire à l'autre, disséminé, diffusé entre tous les êtres vivants. Car, au-delà de "l'intrigue", il serait, en effet, dommage d'ignorer la dimension proprement chamanique de ce livre. Un livre qui s'oppose à toute compréhension immédiate, dans le sens naïf du terme. Pour cela, La mémoire du vautour ne se révèlera incompréhensible qu'à ceux qui ont trop cherché à en comprendre l'histoire, sans en suivre la trame, sans écouter leur petite voix intérieure, celle qui nous dit ce qu'il faut croire et ce qui est vrai. Une dimension métaphysique et spirituel donc, qui laissera certainement quelques lecteurs de côté, même si le récit - contre toute attente, au vu de mes arguments exposés ci-dessus - s'apprécie également de lui-même, au premier degré. En ce sens, la plume de Fabrice Colin semble ici à son apogée, totalement connectée avec son sujet transcendant, entièrement impliqué dans l'action décrite, qu'il s'agisse de la complexité géopolitique (l'étude de l'action de la CIA en Indonésie), des troubles de l'adolescence, du choc des cultures ou de la conscience animale et de la folie. A ceux qu'il a touché, enfin, La mémoire du vautour fera du bien, et ça, c'est tellement rare, que cela méritait aussi d'être souligné.
Dans la vie t'as mal Dans ton monde tu souffres Dans ton coeur c'est cassé A ces moments t'es brisée Dans tes nuits ton esprit s'enfuit Dans tes sentiments plus rien se donne vraiment Grâce à ce passé tu restes blessée à jamais Et n'arrive plus à t'arrêter d'y penser Tu regrettes, tu penses T'éloigne de cette espérance Arrache ce besoin d'amour Détruis en toi ce que tu croyais garder Peu de mots sont capables de te détruire L'amour que tu donnes est trop fort Il disparaît et laisse des traits de blessures Qui restent et ne s'effacent...
La poésie est, rappelons-le, un art qui s'exerce depuis toujours, et dans des situations pour le moins inattendues. Chacun de nous connaît les poésies élégiaques, les grands cycles épiques, les poésies érotiques, les poésies sacrées, les poésies médiévales à la gloire des chevaliers. Auxquelles il faut ajouter désormais les mauvaises poésies de jeunesse. Il ne faut pas oublier pour autant l'existence de poésies du travail, car celles-ci reviennent en force. Parfaites pour accompagner un discours hiérarchique ou accompagner un collègue vieillissant vers la sortie, célébrer un hommage ou se recueillir sur le souvenir d'une époque révolue, les poésies du travail sont à apprécier autour d'une bouteille de Vouvray pétillant, d'un pain surprise, et à quelques mètres de la pointeuse (histoire de pouvoir se faire la malle dès que les premiers seront partis). Elles correspondent, toutes proportions gardées, aux blues qu'on chantait il y a près de deux siècles dans les plantations, la musicalité et la détresse en moins.
A quelques heures de la grande grève qui marquera (peut-être) la mort du syndicalisme à la française (telle qu'on le connaissait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale), il faut apprendre dès maintenant le poème des retraités (dont l'auteur est ici anonyme) et espérer qu'on ne nous le récitera pas trop tard, aussi laid soit-il.
LA RETRAITE
Enfin, après tant d'années de dur labeur, l'heure est arrivée, un petit pincement au coeur. La liberté, ne plus travailler, mais c'est dur d'arrêter.
Quand toute votre vie n'a été façonnée, oeuvrée, employée qu'à besogner. Mais la page est tournée. On va mettre la main à la pâte, pour s'occuper. Différemment, on va faire, ce dont on toujours eu envie, se donner de la peine, pour piocher. Et avoir de belles fleurs cet été.
Ouvrager, restaurer, des petits trucs usés. Se promener, visiter le monde entier. Mais pas trop dépenser, car l'argent est vite avalé. Se préoccuper de sa famille avec facilité, puisque notre disponibilité, n'est plus privée.
On va faire des loisirs, des amis, familiers et tout ce que l'on voulait faire, avec volonté, témérité, on va s'y employer.
Au début, on va se sentir un peu perdu, c'est évident. On a jamais rompu le travail, même en état grippal. Mais là, ça y est on est plus enchaîné si on s'ennuie, on peut toujours aider, dans les oeuvres caritatives, ou des écoliers.
Mais le plus important, on n'a plus à pointer. A dire, le pourquoi du comment, quand on est crevé. Ah ça va avoir du bon, et puis les années ont passé c'est tout juste, si on a vu les enfants grandir, évoluer.
On était souvent irritable, car fatigué, l'on va se laisser glisser avec sérénité, porter, se traîner, se transformer, pour leur offrir, pas un passé.... mais un avenir modifié.
Les beaux jours vont arriver, on va exploiter, tirer parti, s'enrichir, de ce qu'on a pas pu exploiter. Utiliser ce don on a appris, pour faire pousser, progresser, nos petits-enfants, rendre service, deviendra une priorité.
Et puis on n'est pas vieux, donc merci la VIE, pour cette RETRAITE servie, au bon moment, qui nous grandit, car nous avons quand même travaillé sans répit.
Trois mois seulement depuis notre rencontre, Toi moi seulement depuis notre rencontre. Pour ceux qui veulent nous séparer : Jamais nous ne pourrons nous quitter ! Et comme je sais que vous cherchez dans mes papiers, Vous ne découvrirez d'autres secrets, Nous nous aimons un point c'est tout !
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Josper, qui précise "En 1974, alors lycéenne j'adressais ce poeme à mon "amoureux", surveillée de près par mes parents... Pas assez près, puisque nous nous sommes mariés en 75. Nous le sommes toujours et j'ai gardé une floppée de poèmes tous autant, comment dire, gentillement naïfs."
La deuxième sélection du prix de Flore a été communiquée hier par son jury. Six romans sont encore en lice pour ce prix, qui doit être décerné le 7 novembre prochain. Voici les heureux élus :
Métabief, Labergement, Pontarlier, Oui c'est là haut que mon amour est né N'imaginez pas que je puisse m'en détacher Aujourd'hui, mon coeur est trop lié Mon Amour du Haut-Doubs Oui il est si fou Unique sera alors le jour où cet homme si chou Riverain d'un coin si doux Deviendra le plus beau marié Uni à sa véritable moitié Habitant ensemble une merveilleuse contrée Amoureux et remplis de gaieté Unique sera alors ce jour où nous dévoilerons notre amour Tant attendu par ceux qui nous entoure Désireux d'être ensemble pour toujours Oui, nous dirons sans détour Une soirée de Saint-Valentin Bâtira peut-être notre destin Si je crois bien, j'ai les clés en main ?...
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Soophy, qui précise "Voilà un poème écrit pour la Saint-Valentin vers mes 17 ans... Lorsque l'on croit que c'est pour la vie et qu'on rêve de prince charmant. Résultat aujourd'hui : j'ai déménagé, il est marié et je suis toujours célibataire ! Désespérant... (autre chose : si vous lisez les premières lettres de chaque phrase, elle forme le titre : MOn amour du Haut-Doubs..pathétique mais n'empêche que je mettais creuser dans mon lit pendant plusieurs soirs!)
Paul Pope est actuellement l'un des meilleurs dessinateurs de comics. Son trait est souple et vif, très européen. Mais son découpage, sans être purement "manga", porte les marques indéniables des quelques années qu'il a passé au Japon à dessiner pour l'éditeur Kodansha, quand celui-ci avait pris l'initiative de faire venir des auteurs étrangers pour apporter une nouvelle approche à ses mangas avant de décider de ne pratiquement rien publier de leurs travaux "trop différents".
Pope a publié quelques graphic-novels dont deux nous sont parvenus jusqu'ici, Arnaque à l'Arraché et Escapo, tous deux épuisés. Un troisième ne devrait pas tarder, Heavy Liquid chez Dargaud à la fin du mois. En attendant nous avons Batman : Année 100, qui vient de paraître chez Panini Comics. Le titre fait référence au Year One de Frank Miller et David Mazuchelli, qui a inspiré le dernier film (Batman Begins). Batman : Année 100 n'a cependant rien à voir. Plutôt qu'une réinvention pseudo-réaliste du personnage, il s'agit ni plus ni moins que d'une aventure de Batman des plus classiques, située en 2039, soit cent ans après la création du personnage par Bob Kane, sans que ne soit expliqué comment ce type ordinaire a fait pour vivre si longtemps, ou comment il fait pour être si fort.
De toute façon, il ne faut pas trop se préoccuper du scénario, mais des dessins. Le futur n'est pas très joyeux. On y voit Batman aux prises avec un gouvernement américain qui a viré totalitaire. Mais plutôt qu'un commentaire politique, c'est surtout pour Pope une occasion de dessiner des voitures de police volantes qui ont de la gueule. Cette attitude est d'ailleurs plutôt rafraichissante : l'auteur ne traîte pas Batman pour plus que ce qu'il n'est, c'est-à-dire un héros de pulp qui court et saute partout pour notre plus grand plaisir, pas un personnage faussement complexe qui passe son temps à ressasser la mort de ses parents.
Batman : Année 100 est donc une BD dynamique, fun, magnifique et un peu stupide. Je pourrais vous parler du pouvoir du pinceau, de la beauté du mouvement et trouver quelque chose à dire sur les couleurs de l'excellent José Villarubia, qui a la rare capacité de faire une coloration pas dégueu bien qu'elle soit informatique. Et, ce serait mérité, mais cela serait trahir l'esprit anti-prise de tête de la BD.
Batman Année 100 Paul Pope et José Villarubia Panini Comics
Pour Michael Jackson Mon coeur sonne... Avec "Thriller" Je meurs !... Tu vis ta musique C'est pour ça que tu es unique ! Tu es mystérieux, On le lit dans tes yeux ! Avec la musique de "PYT" On pense à E.T. Tu es épatant Dès l'âge de 9 ans ! Tu es époustouflant Comme Peter Pan ! Tu aimes les animaux, C'est pourquoi tu as un zoo ! Tu es mon idole, Avec qui, je somnole. Tu seras mon chanteur favori Pendant tout le long de ma vie ! Hélas, je dois te quitter, Sur ma lèvre une larme vient sécher...
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Quimperoise29, qui indique "Poème écrit à l'âge de 15 ans (en 1985). Mais peut-être qu'aujourd'hui, je me suis un peu améliorée..."
Hier après-midi, dans les salons du café parisien Le Procope, le jury 2007 du prix RFO, présidé par Daniel Picouly a désigné son lauréat. Humus a donc remporté la 12e édition de ce prix face au Paradis des chiots de Sami Tchak (5 voix contre 4).
Ce roman de Fabienne Kanor, journaliste et romancière originaire de Martinique, relate le périple d'un groupe de femmes victimes de la traite négrière. Au XVIIIe siècle, Le Soleil, un navire, transporte des esclaves vers les colonies d'Amérique. A son bord, quatorze femmes déclenchent une rébellion et plongent dans l'océan pour échapper à leur sinistre destin d'esclave.
Tu es une petite fille de la nuit tu aimes jouer aux jeux interdits tes petits rêves ne sont que mélancolie tu sera reine, reine de la pluie Princesse des enfers maîtresse du mystère prêtresse du pêché déesse des damnés Tu savoures de plaisir l'obscurité tu désires par amour l'intimité tes pensées se perdent dans les abîmes tu devines ainsi, et commences la déprime Ennemie des anges amie de l'étrange ennemie de la joie amie du désarroi Tu danses dans le froid du soir, petite étoile tu penses à ta croix, qui se cache dans ta toile tes envies d'aujourd'hui se dessinent pour demain tu n'es qu'une mutine, qui se meurt de chagrin
Nb Solaris : Ce poème est proposé par la petite fille au tambour, qui précise "un texte qui me tient énormément à coeur. Chacun est libre de le comprendre à sa façon..."
On peut être journaliste et développer en parallèle une pensée pratique digne des meilleurs. C'est ce que démontre Patrice Bollon, adepte de Cioran, auquel il s'est consacré, au fil de ses ouvrages. Sa Morale du Masque et son Esprit d'époque (réflexion sur le conformisme) nous avaient laissé un très bon (et très net) souvenir, ce qui risque d'être le cas de cette nouvelle livraison. Le Manuel du contemporain fait partie de ces ouvrages de philosophie qui se lisent comme des romans mais qui ne cèdent pas sur le contenu philosophique. Autour d'une question assez basique (comprend-on jamais ou comment comprendre son époque ?), Bollon enchaîne une pensée sous forme de fragments (10 lignes à 3 pages maximum) qui aborde tous les thèmes qui comptent : l'individu, le relativisme, les faux-semblants, la vérité, la démocratie, le pseudo-multiculturalisme,.... Sa vision est à la fois pessimiste et extralucide, nous invitant (c'est une tarte à la crème, mais on a guère fait mieux depuis les Grecs) à regarder la réalité les yeux ouverts et le cerveau en éveil. Ses démonstrations sonnent justes et combatives, s'énoncent dans un style toujours clair et intelligible, percutant et qui sait se ramasser en quelques jolies fusées, dignes de son penseur favori. Avant de le retrouver prochainement en interview, un petit extrait apéritif qui n'est pas la séquence la plus originale, mais pas non plus la moins intéressante. Ou quand on cherche l'individu dans l'évidence d'un monde pourtant individualiste....
Faudra-t-il bientôt ériger sur les places publiques les plus symboliques de nos grandes métropoles des statues à l'Individu inconnu ? Le poids des normes dans nos sociétés est devenu tel, d'autant plus écrasant que celles-ci s'exercent désormais avec notre assentiment et notre appui, et le conformisme qui en résulte si généralisé et étouffant qu'on se demande parfois si ces sociétés sont encore en mesure de donner naissance à un seul individu, authentique s'entend. Car de faux individus, qui posent aux esprits libres tout en rabâchant le sens le plus commun de leur époque, on en trouve à foison. Et rien à attendre non plus de ceux qui, parce qu'ils sont nés riches ou puissants, pourraient faire un pied de nez à la société : l'argent ou le pouvoir sont devenus pour eux des absolus, des secondes natures, qu'ils ne songent qu'à faire fructifier encore et encore. Les seuls vrais individus susceptibles d'émerger dans cet univers clos et si faussement respectable ne sauraient plus être que des marginaux tragiques, qui se sont donné le luxe - car c'en est un, et suprême - d'être libres, en maniant alternativement la règle et l'anti-règle, le légal et l'illégal. L'Individu ou la dernière figure possible du Héros ?
Légère et agile, comme la chante Virgile, la voici comme chaque matin qui vient chercher son pain.
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Albatro, qui précise "Ecrit lors d'une tournée de livraison de pain, pour une jeune cliente, vers l'âge de douze ans..."
Posté par 2goldfish le 15.10.07 à 15:27 | tags : bd, web
Suite au débat dans les commentaires de mon billet sur webcomics.fr, je vais vous parler aujourd'hui d'un autre site de publication de BD en ligne, celui de la maison d'édition L'Employé Du Moi, j'ai nommé Grand Papier. On apprend sur la page "à propos" que Grand Papier est la suite donnée à deux projets de l'EdM : le Journal de l'EdM, qui était une série de BD réalisées par une dizaine d'auteurs et publiées quotidiennement sur le site de l'éditeur (puis pour certains imprimés, reliés et vendus en librairie), et 40075km-comics.net, un site ouvert à toute personne désireuse de proposer une BD sur le thème du voyage et qui a aboutit à la publication en librairie d'une anthologie-pavé au début de l'année.
Grand Papier offre donc une plateforme de publication à des auteurs séléctionnés pour la qualité de leur travail et leur correspondance avec la ligne éditoriale de l'Employé du Moi (comprendre : c'est de la BD d'auteurs, les enfants, pas Lanfeust). La qualité est effectivement au rendez-vous, il y a indéniablement plus de choses intéressantes à lire que sur webcomics.fr. La différence fondamentale avec ce dernier site réside dans le fait que Grand Papier ne se veut pas une finalité en soi, mais plutôt un tremplin vers une édition papier. C'est peut-être à cause de ça que la lecture sur le web est si inconfortable : la navigation d'une page à l'autre n'est pas intuitive, et surtout, souvent les pages sont trop petites pour êtres lues et on doit ouvrir une nouvelle fenêtre pour pouvoir zoomer. Fenêtre démunie de tout lien vers la page suivante.
On peut très bien utiliser Grand Papier pour découvrir "en gros" des auteurs et leurs oeuvres, mais pour les lire, il faut s'armer de patience, ou plutôt d'un bon de commande. Dommage.
L'attente Une sensation bizarre une sensation énervée une sensation stressante La vie est faite d'épreuves ensuite d'attente On a l'impression d'être dans un tunnel bouché sans fin Chaque minute paraissent des heures Chaque heure paraissent des jours Chaque jour paraissent des mois Chaque mois paraissent des années Le pire c'est pendant les vacances l'absence de tes bras, de tes lèvres, de ton sourire l'absence de toi est insupportable et rend l'attente de plus en plus douloureuse Dégouté de mes vacances, de ma famille Chaque pensées, battements de mon coeur affaibli est pour toi Mon coeur attend avec impatience le retour à l'internat Pour regagner sa vitalité, sa force à tes côtés L'attente amoureuse est le pire des sentiments
Ceux qui ont connu la télévision en noir et blanc se souviennent peut-être qu'il n'était pas impossible, par la force de l'imagination, et malgré la réalité technique, qu'on y vit parfois les choses en couleurs. Sans parler d'un match de football, au cours duquel les maillots gris des joueurs devenaient bleus pour tout le monde, le cerveau avait à l'époque tendance à substituer aux camaïeus incolores une gamme au moins aussi variée que celle d'un arc-en-ciel. Lorsqu'on lit un livre (à moins qu'on ne choisisse d'y ajouter sa propre musique par l'écoute d'un CD, d'un disque en bruit de fond), il n'est pas rare, et sur le même modèle, qu'on puisse entendre deux sortes de musique : la bande son du livre et celle du texte lui-même. La première est bien sûr la plus évidente. Comme pour un film, on peut attendre les ambiances sonores qui accompagnent l'action ou les personnages : la mer pour un récit marin, la campagne, le futur, l'espace, le désert, ce que suggère l'auteur, mais également les références qu'il peut faire volontairement à telle ou telle oeuvre de musique. La seconde source est moins simple à entendre, mais répond au rythme du texte et à la musicalité produite par l'articulation des phrases de l'auteur. Il arrive que cette musique ne soit pas audible, parce que la phrase n'est pas suffisamment homogène ou stylée pour dégager quoi que ce soit ; il arrive que la musique du texte soit en opposition avec la musique du livre, ce qui ne manque pas de poser problème et nuit globalement à la qualité du livre ; il arrive aussi que la phrase et le livre (disons, l'intrigue) joue la même partition sur toute la longueur, ce qui immanquablement, risque de faire de l'ouvrage que vous écoutez... un chef d'oeuvre. Pour illustrer cette énième théorie fumeuse, prenez cet extrait de Moby Dick et écoutez ce qu'il a à dire (monologue d'Achab, page 708, de l'édition Phébus) :
... je confesse ta puissance implacable et sans mot; ne te l'ai-je pas dit ? Et ce ne m'était point arraché par contrainte ; pas plus que maintenant je ne vais relâcher cette chaîne. Tu peux, toi, m'aveugler; mais je peux, moi, continuer à tâtons. Tu peux me consumer; je puis être de cendres. Accepte donc et reçois l'hommage que te rendent ces malheureux yeux et l'écran de ces mains; je n'en veux point; je ne le garderai point. Oui, ces éclairs m'ont traversé le crâne,et mes yeux sont des cendres de cendre; j'ai l'impression que mon cerveau, sur le coup, a été arraché et roule avec fracas sur le sol foudroyé. Mais tout aveugle, que je sois, ah !ah j'ai encore quelque chose à te dire. tu es lumière, soit, mais tu sors des ténèbres, tandis que moi, je suis ténèbres qui sortent de la lumière, des ténèbres qui sortent de toi !
Sur le plan musical, difficile de faire mieux. Le monologue se lit sous la tempête qui est celle du Péquod, le bateau, pris dans des paquets de mauvaise mer, celle du capitaine entré en lutte avec les éléments et qui prend des accents bibliques, tandis que la phrase elle-même se disloque en poésie pour évoquer la folie, la mer et le défi métaphysique. On a dit de Melville dans Mardi(le Pet Sounds de la littérature, sur lequel on reviendra prochainement) et dans Moby Dick qu'il était l'un des écrivains américains les plus techniquement aboutis. Cette histoire de musique du livre et du texte y est pour beaucoup. J'en profite pour vous renvoyer à la très belle lecture de Billy Budd, son dernier travail, par Benjamin Britten, dans l'opéra du même nom.
Je lève mon verre à cette cour de récré C'est là-bas que je t'ai rencontré Je lève mon verre à cet amour passionnel Vivre pour te voir est obsessionnel Je lève mon verre au chagrin que tu me fais Car ajourd'hui je sais que je ne te fais aucun effet Je lève mon verre à cette chance que tu ne m'as pas donné J'aurais tant aimé que ton regard vers moi se soit tourné Je lève mon verre aux pleurs, cauchemars, frustrations, tourments, souffrances ma jeunesse aussi délicate que toi m'échappe en silence C'est la toute dernière fois que je lèverai un verre Je me tournerai dans un monde de sommeil éternel où je pourrai enfin te plaire
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Meli-melo, qui indique "Voilà mon petit poème de petite adolescente recevant son premier chagrin d'amour !"
Dans un post préparatoire à cette chronique, je comparais Lynda Barry à Kathy Acker. Une relation hasardeuse, qui s'avère finalement assez juste tant les univers de la papesse du trash américain et de cette brillante illustratrice (voir image) sont proches.
Née en 1956 Lynda Barry est l'auteur du comics Ernie Pook's Comeek. La fille du boucher est son premier roman. Et quel roman ! La fille du boucher est l'histoire contée à la première personne d'un traumatisme enfantin vécu dans l'Amérique fantôme des 70's, celle du chômage et de la récession, de Ted Bundy et de Henry Lee Lucas, de Massacre à la Tronçonneuse ou de La Colline à des yeux. Dans cette Amérique trash (Lynda Barry dirait "crade"), Roberta, 16 ans est une ado tourmentée, et elle a ses raisons. Affligée d'une mère sadique et d'un père psychopathe, elle décide de raconter sa vie dans son journal intime après s'être fait arrêter par la police les poches pleines d'acides. Une existence que l'on ne souhaiterait pas à son pire ennemi et qui culmine par le massacre du Lucky Chief Motel, où elle est trouvée errante et couverte de sang, serrant dans ses bras Cookie, sa petite chienne galeuse. Pourtant, Roberta n'est pas l'innocente victime qu'elle paraît être. Enlevée par un père pressé de retrouver les différentes parts de "l'héritage familial" disséminées au quatre coins de la Californie, elle est aussi dressée par celui-ci. Or, cet homme dangereusement instable, boucher de formation, s'obstine à voir en elle "Clyde", le garçon qu'il n'a jamais eu, tout en la forçant à cultiver des talents qui peuvent s'avérer pour le moins dangereux.
La fille du boucher est donc un roman double. Furieux road-movie sanglant, c'est aussi la chronique de la déchéance ordinaire au coeur d'une petite ville américaine abandonnée de Dieu. Ainsi, tandis que le lecteur fait connaissance avec les compagnons d'infortune de Roberta - l'étrange Vicky, "meilleure amie" auto-proclamée, La Tortue (un hippie dégingandé échappé d'un hôpital psychiatrique pour adolescents en compagnie du grand Wesley, son double charismatique), et "le Fil", le frère souffreteux de Vicky - il apprend également, chapitre après chapitre, le lourd secret que la jeune fille porte sur ses épaules. Le récit prend alors la forme d'une ellipse hélicoïdale en folie, qui s'empresse de se fondre en une spirale infernale, délirante et meurtrière, où se croisent débiles mentaux, victimes de la mafia recyclées en pâté pour chat, improbables travestis obèse, et bien d'autres freaks encore. Pour décrire cet univers, Lynda Barry ne pouvait user d'une langue plate ou banale. Pour accentuer l'intensité des échanges et des situations vécues par Roberta, elle émaille son texte de coupures brutales, de mises en majuscules hurlées comme autant de break singeant la brutalité des soubresauts langagiers qui animent ses protagonistes. Un style saisissant, à la fois brut et sophistiqué, qu'elle manie avec une férocité et une passion que nous n'avions plus lu depuis longtemps. Une écriture, enfin, entièrement dédiée à son récit et à la violence qui l'habite. On ne voit, à la rigueur que l'excellent Un goût de rouille et d'os le recueil de nouvelles de Craig Davidson, ou le dernier Palahniuk, pour rivaliser. A la lecture de La fille du boucher, on a surtout envie de paraphraser Cormac McCarthy et de dire "Non, ce pays n'est pas fait pour la jeune femme". Un magnifique premier roman et un véritable un uppercut littéraire.
Ton souffle vient frôler mon âme, Charmée par la brise légère, Que ta conscience ivre, condamne. Que pourtant ta lèvre libère. Par ces effluves de douceurs, Je peux exalter ta beauté Qui m'apparaît. Mille senteurs, Que mon nez n'ose refouler. Ma piété se dresse, labile, Quand m'effleure ton doux zéphyr. Résister devient difficile. Et me voilà faible martyr. Et puis, en un long mouvement, Ma main jaillit de sa torpeur, Mue en un messager fervent, Elle te transmet mes aigreurs Deux longues rivières de pleurs Fendent tes gracieuses pommettes, Où en amont, fuit ta douleur, En rafale et sous la tempête. Mes doigts accostent ton visage Et débarquent chargés de peine. Ils y essuient tous les ravages Que ton cœur laissa à la traîne. Epongeant délicatement, Les nombreuses larmes errantes, Ils essaient, désespérément, De palper les passions mourantes. Par la suite, ils glissent agiles, Telles deux colombes au ciel. Traçant leur long parcourt, dociles, Sans arrière pensée ni fiel. Et atteignent, vite, l'orée De ta gracieuse chevelure, Qu'ils voient en cascade dorée, En merveille de la nature. Tes boucles rivalisent tant De clarté avec le soleil, Qui paraît pâle maintenant, Adoucissant ton teint vermeil. Mes yeux sont sans cesse éblouis Par ta couronne chrysocale. Et puis ma rétine en jouit, Comme du meilleur idéal. Sur quelques mots et un adieu, Nos deux cœurs écartelés, tristes, Pleurent. On s'en remet à Dieu Pour qu'il raccorde nos deux pistes. Dans l'avenir, espérons-le, On se retrouvera tous deux. Ni le destin ni tous les feux Invisibles, mais les aveux Abrègeront nos anciens vœux.
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Gorgonzola, qui précise "Vous vous en doutez sûrement. Oui, j'étais amoureux. Et celle à qui j'ai écrit ce poème est encore à mes côtés, mais ignore tout de moi. Il a été écrit en septembre 07. Bonne lecture..."
Semaine du 02 au 07 octobre : De la diversité. Les admissibles aux prix littéraires n'ont pas fait recette. En effet, le classement des meilleures ventes montre que le public semble s'intéresser surtout aux nouveaux arrivants (tout nouveau, tout beau !). Parmi eux, Bernard Werber qui publie Le mystère des dieux(tome 3 de la trilogie Nous les dieux), ou David Servan-Schreiber, qui propose un ouvrage médical Anticancer prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles. Suivent loin derrière Muriel Barbery (et oui encore, L'élégance du hérisson) ou Ni d'Eve ni d'Adam d'Amélie Nothomb déclassée. Au rayon bd-jeunesse, on retrouve le volume 13 Le petit Spirou - Fais de beaux rêves !. Cependant, il est devancé par Thorgal, volume 30 : Moi Jolan de Grzegorz Rosinski et Yves Sente.
Je poursuis bon an, mal an, mon exploration ("française et blanche") de la littérature et de la philosophie arabe ou persane. Mon absence de méthode et mon ignorance n'ont d'égal que ma curiosité pour des oeuvres, dont il s'avère souvent compliqué de ramener quelque chose d'intéressant pour comprendre l'état du monde, tant le contexte historique de création m'échappe et leur portée sur l'état actuel des civilisations, dont elles sont issues, semble faible. Abu Yusuf Yaqub ibn Ishaq al-Sabah Al-Kindi, plus connu sous son diminutif d'Al-Kindi est à cet égard un personnage tout à fait singulier. Né en 801, il est l'auteur de 300 ouvrages monumentaux qui touchent à peu près à tous les domaines de la connaissance. Al-Kindi, et c'est son originalité de philosophe, peut être considéré comme l'homme qui a importé la raison grecque (aristotélicienne et platonicienne) dans la pensée arabe. Protégé par le mécenat et la relative paix apportée par les premiers califats abbassides (sunnites donc), Al-Kindi démarre sa carrière en traduisant, à Bagdad, les ouvrages en provenance de la Grèce Antique. Peu doué pour le Grec, selon la légende, Al-Kindi traduit comme il peut et commence assez vite à broder autour des idées qui lui sont proposées par les penseurs d'Occident. De là, il se réapproprie l'idée (inédite dans son univers de pensée) d'une métaphysique pensée comme connaissance des causes des choses, et met en place un système d'analyse causale qui, s'il se rattache en définitive à Dieu (il démontre son existence dans un tour de passe qui n'a rien à envier aux manoeuvres de Descartes, en posant que la linéarité du temps présent ne peut pas se situer sur une ligne infinie et doit donc... avoir un début, lequel ne peut que valider les options créationnistes), préfigure une approche causale proche de la science moderne. L'insertion de "causes intermédiaires" dans les différents processus qu'il décrit l'amène à tutoyer l'inacceptable et à se heurter aux théologiens.
Bizarremment, et alors qu'il passe dans le monde arabe pour un grand savant, les oeuvres les plus marquantes qui ont émergé de lui en Occident, l'assimilent à un savant ésotérique. Publié par les Editions Allia, son De Radiis est paré d'un bandeau "Théorie des Arts Magiques" qui est une forme de tromperie sur la marchandise. On peut trouver également de lui, en cherchant un peu, un Manuscrit sur le déchiffrement des messages cryptographiques, qui introduit plus de mille ans avant notre époque un certain nombre de règles et recommandations permettant de "craquer" les codes secret. Dans le De Radiis justement, Al-Kindi propose une sublime et très poétique métaphysique des sensations, des mots et des éléments qui tente, sur le modèle d'Aristote, de cerner l'articulation des flux de matière (rayons, feu, eau, chair, pensées,...) dans l'harmonie du monde. L'universel (et c'est une surprise) est au centre de la philosophie d'Al-Kindi. il privilégie l'observation tous azimuts comme méthode de compréhension du monde et explique les phénomènes matériels par un système de rayonnement émanant des objets et des personnes. Cette théorie fascinante donne des morceaux réellement épatants comme celui-ci :
Les paroles sont en effet des formes aériennes, et c'est pour cette raison qu'elles sont plus opérantes sur une matière aérienne que sur une autre. (...) De là vient le fait que certains mots, prononcés rituellement, modifient la sensation des animaux, et des hommes en particulier. En effet, l'esprit humain est de nature aérienne, et de ce fait les mots, comme d'autres choses, provoquent facilement un changement en lui. De là vient aussi le fait que des images apparaissent dans le miroir consacré grâce à la prononciation de certains morts, et que parfois se font entendre des paroles non prononcées par l'homme. De là vient aussi le fait que, durant la prononciation de certains mots, des images venues de l'extérieur se forment dans l'imagination, la raison et la mémoire de l'homme envoûté. C'est aussi pour cela que différentes passions sont modifiées dans l'âme humaine grâce à la prononciation de mots, comme par exemple, la crainte, l'espérance, la joie, la douleur, et cela se produit de manière semblable dans les autres animaux. Ou un joli cours de linguistique irakienne du IXème siècle.
L'un des plus prestigieux prix littéraires vient de dévoiler son lauréat 2007. Le prix Nobel de Littérature a donc été attribué à Doris Lessing. Il s'agit là d'une surprise, car la romancière britannique, qui fêtera son 88e anniversaire le 22 octobre prochain, n'était pas pressentie. Rappelons que sur le site de Ladbrokes, le tiercé gagnant était : Claudio Magris, Les Murray et Philip Roth. Dans un communiqué, l'Académie suédoise précise que Doris Lessing fait figure de "conteuse épique de l'expérience féminine, qui avec scepticisme, ardeur et une force visionnaire scrute une civilisation divisée".
Le prix Nobel de Littérature sera remis lors d'une cérémonie officielle le 10 décembre à Stockholm.
Oh joli matin tout mignon, Que je vois quand je me lève, de mon lit tout rose. Oh petit soleil qui se lève, Après une longue nuit de dodo, Tout fatigué et endormi. Oh mon chat qui vient me voir, Comme pour me dire bonjour, Ce matin comme les autres. Oh belle journée qui s'annonce, Comme tu me rends heureuse, Je suis pressée de te manger. Oh il est l'heure je dois aller me doucher, Au revoir mon soleil et le chat.
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Déborah, qui indique "J'ai essayé de faire le poème le plus pourri que j'ai réussi. J'espère gagner. Votez pour moi.
Rentrée littéraire placée sous le signe de la nouveauté aux éditions Points.
En effet, une collection de genre sera prochainement lancée. Intitulée Roman noir, entre Points Policier et Points Thriller, celle-ci ne comptera qu'une dizaine de sortie par an, et privilégiéra des écrivains français et étrangers (anglo-saxons, américains, sud-américains...) aux univers romanesques étonnants et captivants, peuplés de personnages insolites.
Le lancement de Roman noir aura lieu le 8 novembre. 5 ouvrages seront disponibles en librairie :
De vous connaître je suis heureux Fou de vous, je suis amoureux. Vers vous je courrais de bonne heure Si vous répondiez à l'appel de mon cœur. Je suis bien trop loin de vous Et si vous daigniez me fixer rendez-vous Ce serait non un certain plaisir Que je me mettrais à voler plutôt que courir. Je suis plus qu'impatient de vous revoir Depuis notre rencontre de l'autre soir. Je ne pense qu'à vous nuit et jour Et vous êtes mon unique amour.
Tout dans le travail de Joe Daly crie "comic book alternatif Nord-américain", les influences de Robert Crumb et de Gilbert Shelton sautant particulièrement aux yeux. Sauf que Daly est Sud-Africain ce qui, j'imagine, prouve que la figure du "plus-si-jeune branleur misanthrope désoeuvré et défoncé" est universelle, ou du moins endémique du développement économique.
La majeure partie du bouquin, en terme d'histoires, est consacré à de tels personnages qui traversent avec l'indifférence la plus totale une ville pleine de freaks, de légumes géants, de créatures et de bébés surgis de nulle part (ou du mur du salon). Si les sujets et la forme ressemblent à de vieux comix underground, il y a là une différence d'attitude fondamentale, liée à la différence géographique ou générationelle, sans doute : si un protagoniste de Crumb tombait sur un de ces freaks, légumes ou bébés, il se serait étonné, excité et questionné avant de l'attraper pour le baiser. Les interdits et les tabous n'intéressent apparement pas Daly en tant que tels.
Le plus gros du bouquin, en nombre de pages, est consacré à "prebaby", une longue séquence onirique muette qui pourrait bien raconter le parcours d'un spermatozoïde en quête d'ovule, ou quelque chose d'approchant en tout cas. On voit dans ces pages le résultat de la formation d'animateur de l'auteur. Dans un style très simple, avec une palette de couleur limitée, il raconte le parcours de son "prebaby" en un maximum de cases, réduisant l'ellipse au strict minimum pour un résultat qui évoque parfois un story board trop détaillé. Quelques passages sont maladroits, mais d'autres coulent avec une grâce exceptionelle. Globalement il s'agit d'une vraie BD hallucinée et saisissante, quelque chose de rare, presque sans équivalent.
C'est aussi un peu plus intéressant puisque l'apathie des autres BD, même si elle est très bien présentée, est un peu datée. Nous ne somme plus dans les années 90. Nous avons George Bush et l'Irak, le réchauffement de la planète et Nicolas Sarkozy. Nous ne nous en foutons plus. Normalement, nous sommes sensés être préoccupés. Ou au moins en avoir marre de l'ennui.
La saison est étrange. Dans le même mouvement, certains livres et leurs auteurs sont portés au sommet des ventes, des louanges, du panthéon humain (il n'y a rien de plus haut qu'un écrivain star et imaginatif, si ce n'est peut-être un joueur de football ou un rockeur adolescent), tandis que d'autres, livres et auteurs, sont promis à une disparition brutale et à une élimination de masse qui ne se fait plus comme autrefois (au Moyen-Age, en 1933), parce qu'ils ont trop de couleurs (d'idées, de sang juif ou satanique, de sang pédé ou de sang rouge), mais parce que la formidable machine médiatique ne leur en trouve pas suffisamment pour remarquer jusqu'à leur existence.
Il y a une cruauté légumière (même saisonnalité, même péremption rapide et pourriture des denrées) dans l'industrie du livre, qui tend à renforcer, sur un plan théorique, ceux qui aiment à tracer des parallèles entre les totalitarismes et la mécanique capitaliste. Ceux qui ont récemment lu Vollmann ou le Zoli de Colum McCann savent que les totalitarismes s'accommodaient et produisaient à la pelle des stars officielles, des héros culturels qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à nos best-sellérisés d'aujourd'hui : certains bons qui tirent leur épingle du jeu des compromissions et s'étonnent de pouvoir bénéficier, dans un monde hostile, d'un tel succès pour leur art ; d'autres exécrables (je passe sur les noms, pour une fois, mais vous les connaissez) qui jouissent, par ignorance, malice ou accident, des faveurs du marché pour un temps ou l'éternité. Les dignitaires d'antan, qui faisaient les listes de ceux qu'on envoyait au bûcher et de ceux qu'on envoyait au paradis des richesses et de la célébrité, ne sont plus les mêmes et ont été dissouts en une sorte de nébuleuse faite de marchands du temple (les libraires), de prêtres borgnes, aveugles ou décérébrés (les critiques, journalistes, tv) et de terroristes gnangnan (les bloggeuses et autres lectrices de moins de 50 ans qui donnent désormais leur avis sur tout). De tout ça, sort un goût peu sûr pour le livre et ses auteurs, une rente à vie pour des usurpateurs, une rente à vie pour quelques grands talentueux, ainsi que des dizaines de milliers de fatwas publiques ou silencieuses (l'indifférence) qui conduisent justement des livres merdiques (ceux qui n'auraient jamais dû naître) au pilori, mais coupent aussi quelques bonnes têtes de leur lectorat.
La civilisation moderne évolue du stade du "tout se vaut" à celui du "rien ne va plus", qui, en matière de goût littéraire (comme en matière de marché de primeurs, de capitalisme et de totalitarisme) équivaut à un dramatique mais si vrai : CHACUN POUR SOI (et personne pour les autres). La fonction des critiques que nous essayons d'être, si peu audible dans le capharnaüm, est évidemment d'allonger leur corps (sculpté par l'effort de lecture) devant le char des rentrées (littéraires) successives et de se faire écrabouiller par un Hérisson au Galop (ou toute autre arme de destruction littéraire massive) en murmurant sur un dernier souffle le titre du livre qu'ils auront préféré... Derrière l'héroïsme de pacotille, se tient une certaine idée du livre et de son contenu.
Posté par Solaris le 09.10.07 à 18:15 | tags : news
En Italie, sortie demain de Vous ne savez pas. Les amis, les ennemis, la mafia. Le monde dans les pizzini de Bernardo Provenzano, dernier ouvrage d'Andrea Camilleri, auteur best-seller dans son pays d'origine. Le père du commissaire Montalbano réalise ici sa première intrusion dans la sphère de la mafia sicilienne, en exploitant des sources de premier choix. En effet, il s'agit des notes rédigées au cours de ses 43 ans de cavale par le parrain de la Cosa Nostra, Bernardo Provenzano.
Présenté sous forme de dictionnaire, Camilleri reprend une soixantaine de termes, les plus couramment utilisés dans les "pizzini". Ce sont ces petits mots qui ont permis au fugitif le plus célèbre de Sicile (méfiant à l'égard des moyens de communication moderne), de maintenir le contact avec les membres de son clan, et d'assurer la gestion de ses "affaires" courantes jusqu'en avril 2006, date à laquelle il a enfin été appréhendé par les autorités Une association de policiers victimes de la mafia bénéficiera des profits obtenus par la vente de ce livre.
Vous ne savez pas. Les amis, les ennemis, la mafia. Le monde dans les pizzini de Bernardo Provenzano Andrea Camilleri Montadori
Paranoïa vengeresse S'abreuvant de ma violence (les) Abîmes de ma conscience Où l'inconscience est maîtresse Il ne m'a pas épargné Créateur de mon cul Mon poing dans sa gueule Et la vérité nue Ange déchu, je creuse ma tombe Linceul rouge et noir Passionné et barbare Comme le Monde, comme le Monde LE SANG COULE ET LE CANCER ME RONGE LE MONDE EST A MOI A JAMAIS
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Faerwenn, qui précise "1998. Vrai (et seul) poème que j'ai jamais écrit, très adolescent. "Noir c'est noir...", "no future" etc... M'a servi pour introduire une nouvelle d'anticipation que j'ai écrite quelques mois plus tard pour un prof d'anglais qui me l'avait demandée.
Posté par Myosotis le 09.10.07 à 11:28 | tags : bd
Le cycle des Thorgal a été lancé en 1977 (il y a 30 ans tout juste) par Van Hamme (scénario) et Rosinski (dessin), s'imposant assez vite comme une franchise vigoureuse et plutôt intéressante entre Hercule (la série TV sur fond de joyeux mélange des mythologies viking, médiévale,...), Rahan (pour les valeurs et le soin de faire avancer l'espèce humaine) et surtout le comic-book de Conan le Barbare (pour la dimension heroic fantasy). Depuis le premier album, l'inaugural La Magicienne trahie, Thorgal nous était revenu à raison d'une moyenne d'un album par an, pour atteindre 29, l'année dernière, à la même époque, avec un volume aux allures de conclusion, le Sacrifice. Thorgal s'y retrouvait l'enjeu d'un étrange pari liant son fils et un mystérieux Manthor, aux allures sacrément inquiétantes. Entretemps, Van Hamme, également auteur de Largo Winch, s'était rangé des scénarios et avait annoncé qu'il prendrait du recul par rapport à ses séries, ce qui laissait un boulevard ouvert pour un double passage de témoin : celui du scénariste originel au profit de Yves Sente, et celui du personnage principal (Thorgal) au profit de son jeune fils blond et télékynésiste, Jolan. Moi, Jolan, volume 30 de la série, inaugure ainsi un nouvel univers sous la direction d'un Sente qu'on avait appris à apprécier sur sa Vengeance du comte Skarbeck, décalque plutôt bien foutu du Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas, ou sur deux albums de Blake et Mortimer. Jolan, devenu le personnage central du récit, s'embarque ici dans un voyage initiatique où, dans la grande tradition de l'heroic fantasy, il rencontre d'autres personnages inédits, une jolie nana, un noble mi-fourbe, mi-raisin, une autre jolie nana etc. La folle équipe doit se rendre, sur le modèle habituel, dans un endroit de l'Entre Monde, où Manthor désignera un élu (à quoi ?, il est peu tôt pour le dire, mais on l'apprend dans l'album), à la suite d'une série d'épreuves. Evidemment, le trip Communauté de l'Anneau fonctionne à plein régime et on déroule ce Moi, Jolan avec avidité et insouciance.
Sente introduit quelques belles scènes (le mur de feu...), qui ne brillent pas par leur originalité - c'est le moins que l'on puisse dire - mais constituent dans leur enchaînement dynamique un premier tome tout à fait respectable. La narration est très traditionnelle et ponctuée de quelques retours à Thorgal et son épouse, inquiets (juste ce qu'il faut) pour leur progéniture. Ce qui fait l'intérêt véritable de ce volume 30 est la qualité du dessin de Rosinski, devenu depuis cinq ou six ans (et sur l'album précédent en ce qui concerne les Thorgal), un adepte de la couleur directe. Son style, tout en couleurs et pinceaux donc, s'est orienté vers un équilibre assez subtil entre photo-réalisme (incomplet) et impressionnisme. Les pages de Thorgal en sortent grandies et tout à fait différentes de ce qu'elles étaient avant et beaucoup plus poétiques. La nouvelle "touch" de Rosinski (quasi Hamiltonienne dans ses dégradés de rose) sert à merveille la nouvelle épopée qui délaisse le Thorgal vieillissant pour une bande d'adolescents taquins et physiquement beaucoup plus sexy.
Le résultat décevra sûrement les anciens amateurs du Northland, qui aimait la rudesse et la sécheresse de leur héros, mais aussi ses ascendances extraterrestres (Thorgal est le descendant du Peuple des étoiles, un peuple super-doué qui a quitté la terre). Il décevra ceux qui aimaient le héros solitaire et ses grands moments de spleen. Ils apprécieront néanmoins la fraîcheur d'un Thorgal Jr joueur et énergique, la légéreté d'une franchise qui, sans se réinventer, semble se tourner un peu plus vers le public adolescent. Ce qui est clair, c'est que Thorgal a changé d'ère, pour le meilleur et pour le pire.
Depuis 1994, le prix du Livre RFO récompense le talent d'écrivains d'Outre-mer, ou d'auteurs dont les oeuvres s'inspirent de l'Outre-mer. Cette année, le jury, présidé par Daniel Picouly, réunit des écrivains, tels Issa Asgarally, Paule Constant, Edouard Glissant, Dany Laferrière, Alain Mabanckou, Gisèle Pineau, et Jean-Marie Ozanne (libraire), Martine Laval (critique littéraire), Françoise Barret-Ducrocq (secrétaire générale de l'Académie Universelle des Cultures), ainsi que la journaliste Laure Adler.
Elle a commencé à sourire quand il lui prit la main heureuse, elle respire désormais ils ne font plus qu'un sautant dans les flaques d'eau dansant sur les flots d'un amour chaste il l'aima il fut enthousiaste chaque fois Elle revit depuis lui rencontré par hasard sur les routes du paradis Trop tôt elle se suicida Trop tard il l'aima loin est le jugement dernier ils pourront continuer s'aimer tout est blanc autour d'eux ils marchent sur un ciel bleu... ils pourront continuer à s'aimer
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Nanou qui précise "Pourquoi le destin a fait qu'ils se soient rencontrés... Leur tombe était côte à côte. Leur vie fut sans intérêt, mais leur amour en a désormais !"
Cette nouvelle lecture de bureau que je vous propose a la particularité intéressante d'être payante. Bon, vous pouvez lire gratuitement la première BD, When I Am King celle qui a rendu célèbre son auteur Demian5. Mais, vous aurez certainement envie, comme moi, de verser trois dollars pour lire la suite (surtout au cours actuel du dollar).
When I Am King raconte les amours contrariées d'un chameau pervers et les mésaventures d'un roi d'Egypte, dont le dit chameau mange les vêtements. Personne ne reconnait le roi nu et il se voit refuser l'entrée de son palais. La suite est cartoonesque, psychédélique et émouvante (il est vraiment touchant ce chameau). Le dessin évoque un flyer pour une soirée éléctro du début des années zéro, ce qui n'est guère étonnant vu que c'est de cette époque que datent la plupart des travaux de Demian5. Ce qui importe plus cependant, c'est la forme de cette BD, principalement racontée en très longs strips horizontaux parfaitement adaptés au web (pour une fois, ça nous change) et plein de petites idées : quelques gifs animés, une séquence 3D et tout un tas de trouvailles intéressantes.
Les BD de la section payante sont au moins aussi intéressantes, mais malheureusement, abandonnées depuis quelques années, certaines semblant ne jamais devoir être terminées. Il n'empêche que vous en avez largement pour vos trois dollars (ou deux euros dix-sept cents au cours d'aujourd'hui).
Il était une fois la pluie souvent mélancolique à la fois tragique le messager que Dieu nous envoie cette pluie qui parle tout bas je me console en la regardant je me console en pensant j'arrête de penser le vent est arrivé le rose que j'étais avant a fané sous ce vent oui, ce vent glacial désormais je ne suis plus qu'une rose de Bengale.
Le soleil est venu le vent, la pluie disparus cette fois je mourrus. car personne ne m'a voulu
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Nanou, qui précise qu'il s'agit de son premier poème.
Posté par Solaris le 05.10.07 à 17:01 | tags : news
Une nouvelle fois, le prix littéraire le plus prestigieux suscite des divisions. Issu d'un peloton de favoris ou choisi parmi une flopée d'auteurs peu connus de la plèbe, le futur lauréat du Prix Nobel de littérature demeure un mystère. Car, contrairement aux autres prix littéraires, l'Académie suédoise ne divulgue pas de sélection, laissant libre court aux spéculations. Des noms circulent. Celui de l'écrivain japonais Haruki Murakami, dont le dernier roman Kafka sur le rivage, récemment traduit en Suède, est en tête de gondole des librairies. Et en vrac : Don DeLillo (écrivain américain), Philip Roth (écrivain américain), Les Murray (poète australien), Carlos Fuentes (auteur mexicain), Mario Vargas Llosa (écrivain péruvien), Amos Oz (auteur israélien), Adonis (poète syrien), Claudio Magris (romancier et essayiste italien). Cependant, des gens de lettres sans visibilité internationale flagrante (cela dépend pour qui), tels Jaan Kaplinski, romancier et poète estonien, ou encore la poétesse francophone Maryse Condé, sont évoqués. Sur le site Ladbrokes, les paris en ligne annoncent une cote à 5 contre 1 pour Claudio Magris. Suivent Les Murray et Philip Roth. A Flu, nous attendons sagement le 11 octobre, date du couronnement du/des lauréat(s). La dote étant de 1,08 million d'euros, heureux le(s) futur(s) nobélisé(s) !
Semaine du 24 au 30 septembre : Le classement évolue. Sortie du film oblige, 99 francs, le best-seller de Frédéric Beigbeder fait un retour en force. Il devance même le dernier roman d'Amélie Nothomb qui, depuis deux semaines consécutives, était en tête des ventes. Malgré cette baisse de régime, Ni d'Eve ni d'Adam conserve une bonne place. Cependant, le "long-seller" Muriel Barbery n'est jamais bien loin. L'élégance du hérisson lui colle encore aux talons. Chute vertigineuse de l'ouvrage de Yasmina Reza. Longtemps n°1 dans la catégorie Essai, L'aube, le soir ou la nuit se laisse distancer par L'impasse de Lionel Jospin qui fait son apparition dans le top des meilleures ventes. Au rayon bd-jeunesse, maintien du volume 13 Le petit Spirou - Fais de beaux rêves !, suivi du volume 31 de Naruto.
Ca va être compliqué à force de n'être d'accord avec personne sur cette rentrée littéraire. Après la déception Tom est mort, la semi-déception A l'abri de rien, voici le cas Rachel Cusk - juste un tiers de déception si on garde la même échelle de valeurs.
Au moment où on dépouillait les programmes de rentrée ( en juin), Arlington Park nous inspira la plus grande sympathie : un écrivain anglais que la prestigieuse revue Granta considérait comme l'une des plus plumes les plus prometteuses du moment, recompensé par des prix littéraires respectables, publiait un ouvrage décrivant l'enfer pavillonnaire vécue par des Desperate housewives anglaises avec le talent de Virginia Woolf.
Outre qu'il serait raisonnable d'arrêter de voir planer l'ombre de Virginia Woolf dès qu'un ouvrage féminin et féministe possède quelques qualités, comparer Arlington Park à la série américaine est une erreur : Desperate ne brille pas par la qualité de son étude de moeurs - ce que Cusk réussit en partie. La banlieue pavillonnaire qui sert de décor au feuilleton est plutôt friquée alors qu'Arlington Park est un mouroir très middle-class, et, last but nos least, l'intérêt de la série est sa capacité enjouée à rebondir là où le roman ne raconte quasiment rien. Et c'est d'ailleurs ce qui finit par lasser.
Pourtant Cusk ne manque pas de talent, et notamment de celui de portraitiste. Singulièrement pour décrire la violence potentielle que les femmes du livre réfrènent et qui est assez flippante. C'est la lucide Juliett Randall qui estime qu'au final "tous les hommes sont des assassins" même son bien inoffensif professeur d'époux. C'est l'obsessionnelle Amanda Clapp qui considère sa voiture comme sa meilleure alliée, si propre si spacieuse et si discrète. C'est Maisie Carrington qui se pame devant des miettes de repas.
Tout est ordre dans Arlington Park la ville, des rangées de maisons aux intérieurs proprets en passant par les conversations convenues dont rien ne dépasse ou les ordres plus symboliques comme le mariage. Du coup, tout est en ordre dans Arlington Park le livre, dont les histoires se déroulent à l'identique et finissent par se confondre dans la monotonie.
On attend juste que la pluie qui bat sans cesse finisse par tout dévaster. Comme dans les vieilles pubs du chocolat Crunch où le monde en carton s'écroulait quand on croquait la tablette. La subtilité de l'auteur n'empêche pas qu'après avoir étrangement suffoqué on finit par s'ennuyer. Comme si on lisait son livre dans un de ces pavillons mortels, par un après-midi de pluie, à Arlington Park.
Posté par Solaris le 05.10.07 à 09:00 | tags : news
Organisée par le Ministère de la Culture et de la Communication, conjointement au Centre national du livre, la 19ème édition de Lire en Fête, dont le thème sera "Une Ville, une oeuvre", débutera le 19 octobre avec "La nuit de l'écrit" consacrée à des lectures publique. A cette occasion, tous les protagonistes du livre (auteurs, bibliothécaires, traducteurs, libraires, lecteurs...) se réuniront afin de valoriser le livre, la lecture et la création littéraire. Des milliers de manifestations se tiendront à travers la France et une centaine d'autres pays, dans divers lieux (cinémas, cafés, théâtres, hôpitaux, maisons d'arrêt...) et sous des formes originales (bals littéraires, concerts-signatures). Des rendez-vous festifs placés sous le signe de l'échange. A ne pas manquer.
Une deuxième sélection rendue publique aujourd'hui par le jury du Renaudot. Repêchage de trois ouvrages : Le privilège des rêveurs de Stéphanie Janicot, Birmane de Christophe Ono-dit-Bio, et J'ai tant rêvé de toi des frères Poivre d'Arvor. Dans la catégorie Essai, L'aube le soir ou la nuit est recalé (certains sur Flu applaudissent la lucidité des jurés...).
Officiellement, on ne doit à Friedrich Nietzsche qu'un unique recueil de poèmes : Dithyrambes pour Dionysos, recueil sorti à titre posthume quelques années après sa mort en 1900. Ses biographes relèvent tous néanmoins que le philosophe Allemand a toujours maintenu, à presque tous les stades de sa vie, une forte activité d'écriture en vers, en prose ou prose poétique, détachée de son oeuvre de penseur, et au travers de laquelle il condensait sa philosophie en formules ou en fulgurances. La lecture de ces textes, telle qu'elle est présentée dans le volume de la NRF qui lui est consacrée, n'est pas simple pour celui qui n'est pas familier des travaux "principaux" de l'auteur. Mais celle-ci présente un charme troublant en même temps qu'elle provoque par sa puissance et sa simplicité formelle de délicieux moments de stupeur. Tantôt d'inspiration romantique (poésies de jeunesse) ou crépusculaire (aux accents d'Hölderlin), la poésie de Nietzsche est accessoirement un bon moyen pour ceux qui n'en auraient pas le courage, l'occasion ou l'envie de se confronter à la pensée nietzschéenne. On croise ici Zarathoustra sur quelques séquences. Mais, on peut surtout et assez facilement, derrière les vers, entendre les éclats de rire, le cynisme et les outrances provocatrices d'un penseur qui se sent faire table rase du passé. Derrière chaque poème, c'est plus que sa pensée en vers, la voix si particulière de Nietzsche qui transparaît, sa manière de retourner les idées reçues et de les contaminer par sa propre pensée. Un exemple peut en être donné sur cette Résolution en forme de porte d'entrée à sa pensée sur Dieu.
Je serai sage, car cela me plaît, Et suivant mon propre commandement. Je loue Dieu d'avoir créé le monde Aussi bête que possible. Et si moi, je vais mon chemin Aussi tordu qu'il est possible, C'est que le plus sage a commencé là Et que là le fou _ s'est arrêté. Toutes les sources sont éternelles Jaillissent éternellement. Dieu même - a-t-il seulement commencé ? Dieu même - ne commence-t-il pas sans cesse ?
Dithyrambes pour Dionysos Friedrich Nietzsche NRF Gallimard
Posté par Solaris le 04.10.07 à 11:09 | tags : news
La première manifestation littéraire de l'automne se profile. En effet, la 26e Foire du livre de Brive-la-Gaillarde, présidée par Bernard Pivot, se tiendra du 26 au 28 octobre et bénéficiera d'une annonce de choix : celle de la dernière sélection du Prix Goncourt. Par ailleurs, divers prix seront attribués, tel le Prix de la langue française dont la dote s'élève à 10.000 €. De nombreux écrivains et éditeurs seront présents. Pierre Assouline, Jean-Philippe Blondel, David Foenkinos, Jean Hatzfeld, Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Marc Levy, Bernard Werber devraient faire le déplacement. Sont également prévues des débats et tables rondes au cours desquels le dialogue entre auteurs et lecteurs sera encouragé. D'ailleurs, un second espace, le "Forum des lecteurs", sera aménagé, favorisant les échanges avec les nouveaux auteurs et sur les littératures de genre (bd, ploar, litttérature jeunesse).
Cette collection se consacre à "la contre-culture, l'activisme et les nouvelles formes de contestation". A l'exception de la fiction, tous les genres et les formats y sont acceptés. Il s'agit d'une sorte "d'espace de résistance éditoriale" qui se destine plus spécifiquement à un "public jeune dont les pratiques de lectures et d'information sont étroitement liées à internet". D'ailleurs, la plupart des ouvrages de Zones seront "gratuitement et intégralement » disponible en ligne, selon la maison d'édition.
American Born Chinese de Gene Luen Yuang arrive de notre côté de l'Atlantique avec un palmarès impressionant, une liste de prix longue comme mon bras, du genre de celle réservée en général aux classiques instantanés, chefs-d'oeuvres absolus ou, plus souvent, aux trucs plutôts bons et suffisamment inoffensifs, pleins de bons sentiments pour obtenir un consensus mou autour d'eux, quand aucun classique ou chef-d'oeuvre indéniable ne s'est presenté cette année-là. ABC, malheureusement, n'est pas un de ces classiques instantanés, mais ça ne veut pas dire qu'il est mauvais.
Il est question d'un gamin né aux USA de parents Chinois, et qui va devoir apprendre à s'intégrer tant bien que mal quand il quitte le quartier chinois de San Francisco. A cette histoire, se mêlent celle du roi des singes, sans doute la plus célèbre des légendes chinoises, ainsi que celle d'un jeune Américain type WASP qui reçoit la visite humiliante pour lui de son lointain cousin Chintok, Chinois plus stéréotypé que Tchang dans Tintin (personne n'a encore pensé à interdire le Lotus Bleu, au fait). C'est une histoire plutôt classique, avec un sympathique petit "twist" à la fin et une belle bonne morale : au début du livre, alors qu'il va quitter China Town, une vieille Chinoise informe l'auteur, mal déguisé en protagoniste, qu'il pourra devenir ce qu'il veut, à condition de perdre son âme. J'ai presque eu envie de refermer la BD là, mais elle est vraiment fraîche et sympathique malgré tout.
Visuellement, le dessin est clair et sans fioritures, avec de très laides et inutiles couleurs informatiques et le découpage est plan-plan. Ce qui choque, c'est plus l'objet : les planches originales étaient carrées, mais l'éditeur a jugé bon de gaspiller du papier en imprimant un livre rectangle. Et puis, détail qui vous semblera peut-être anodin, mais qui risque vraiment d'embêter l'éventuel lecteur myope qui aurait oublié ses lunettes, on ne peut pas lire cette BD de près : elle pue. Je ne sais pas si ça vient de l'encre, du papier ou du mélange des deux mais c'est un vrai problème dont on ne parle pas assez. Enfin, dont on ne parle pas, en tout cas.
Comme vous le savez, outre un talent monstre, la rédaction livres de Flu se distingue également par sa générosité sans limites et qui a contagié tous les autres services, naturellement moins partageurs il faut bien l'avouer.
On essaiera donc le plus régulièrement possible de vous faire gagner (facilement) livres, cd, tickets d'entrée et autres produits culturels Fluctuat approved. La page Concours de Fluctuat répertorie la liste des courses gratuites à effectuer.
Comme il se doit c'est Douglas Coupland qui inaugure les concours pour la partie livres. Cinq exemplaires d'Eleanor Rigby sont à remporter avant le 15 octobre. Et franchement si vous ne trouvez pas la réponse à la question posée vous n'avez rien à faire dans cet espace. Par ailleurs, le concours de poèmes adolescents est toujours d'actualité (coming soon : le mien)
Petite distraction et diversion en ces temps où l'on ne lit que de l'estampillé ou du millésimé 2007, avec ce roman disparu des étals de librairie, venu d'Angleterre et qui sent bon la littérature fantastique à l'ancienne. Avant d'être le père de son fils (Martin), Kingsley Amis, mort il y a une douzaine d'années, aura été avant tout un très bon romancier, évoluant, tout au long de sa carrière, dans des registres littéraires trop différents pour qu'on se souvienne de lui comme d'un grand auteur (l'homogénéité est une condition presque nécessaire à la statufication). Excellent auteur de comédie, sociologue amusé et amusant de la société britannique, Amis n'a cessé de faire des incursions dans des genres parallèles, allant même jusqu'à taquiner, comme ici, l'horreur, le fantastique et l'érotisme. Son oeuvre comporte ainsi, entre les poésies et les essais, quelques pépites insolites dont cet Homme Vert, écrit en 1969, fait partie. L'auteur des Angry Young Men (un groupe littéraire auquel Amis a été associé dans la seconde moitié des années 50 qui s'amusait à faire exploser les conventions) livre ici un chef-d'oeuvre disjoncté et pervers qui, à côté de Lucky Jim et Take A Girl Like You, ses deux grands succès, est l'une de ses plus belles réussites dans la tentative de mêler peinture sociale et de la sexualité contemporaine et littérature de genre. L'histoire prend pour héros un dénommé Maurice Allington, 53 ans, qui est tenancier d'un hôtel pub (le Green Man), situé entre Londres et Cambridge. Maurice a une seconde épouse avec lequel il s'emmerde sévère, une fille adolescente qui s'emmerde encore plus dans cette campagne toute britannique, et un père octogénaire qui habite un appartement à l'intérieur de l'hôtel. Le pub tient son nom d'une ancienne légende (le Green Man) et a pour réputation d'avoir toujours été fréquenté par des fantômes que personne n'a jamais vus, venus d'une sombre affaire de meurtres intervenus au XVIIème siècle et dont est accusé un occultiste du nom de Thomas Underhill. A dire vrai, l'histoire d'Underhill ne vaudrait pas tripette si elle ne venait s'entrelacer avec le récit du quotidien de Maurice Allington, devenu alcoolique par ennui et engagé dans une tentative de séduction hautement sensuelle avec la femme de son meilleur ami. C'est cette liaison, bientôt consommée en plein air (ce qui nous vaut au moins 2 scènes stimulantes), puis qu'Allington changera en une relation à trois en y mêlant sa propre femme, qui fait véritablement le sel de cet Homme Vert. Comment un quinquagénaire bedonnant et alcoolo, homme à femme, fait-il pour gérer de front sa propre décadence, son addiction, convaincre sa femme de coucher avec sa maîtresse tout en essayant d'enquêter sur l'apparition spectrale d'une femme sur l'escalier d'étage de son hôtel (et dont l'apparition fera succomber son père) ? L'ambiance gothique créée par Kingsley Amis est parfaite, mélange de sophistication à l'anglaise et de panache brumeux, pour ancrer une comédie qui fonctionne admirablement bien et bascule, parfois, pour quelques pages, dans le fantastique de série Z. Le retour d'Underhill (en meurtrier immortel) et la résolution de l'énigme finale (un peu brouillonne) n'enlèvent pas à ce roman ses incroyables qualités d'énergie et d'intelligence. Le drame familial autour d'Allington est traité avec le plus grand sérieux et ouvrira sur des perspectives réjouissantes, tandis que l'histoire de fantômes sera bouclée comme une.... histoire de fantômes avec force exorcisme et effets de lumière. L'Homme Vert est le bouquin parfait pour réconcilier les amoureux de comédie familiale (ou de littérature "psychologique"), les amateurs de fantastique et de littérature qui s'agite. C'est sûrement l'une des oeuvres bâtardes les plus précieuses qui hantent les back-rooms des bouquinistes depuis 40 ans.
Posté par Solaris le 03.10.07 à 09:00 | tags : news
La seconde édition du Festival Vibrations Caraïbes débute aujourd'hui. Sur fond de "Jazz en Caraïbe", une programmation ambitieuse, mêlant expositions, musique, danse, est proposée jusqu'au 7 octobre. En marge de ces rendez-vous, se tiendront des conférences et des tables rondes à l'Alliance Française ainsi qu'à la Maison des Cultures, dont deux débats "Diasporas noires, genres et identités" et "Jazz et Littérature". Lors de ces rencontres littéraires, seront entre autre présents les écrivains Koffi Kwahulé (Côte d'Ivoire), Eddy Harris (Etats-Unis), Alain Mabanckou (lauréat du prix Renaudot 2006). Toutes ces manifestations convergent vers un centre commun : le jazz. Mais, il s'agit également d'une occasion particulière pour s'immerger dans les arts et cultures caribéens. A voir.
Le naufrageur est l'une des bonnes surprises de cette année 2007 au rayon étranger, d'habitude consacré presque exclusivement à nos amis anglo-saxons. C'est un roman italien, né de la plume d'un Napolitain de 47 ans, et qui bénéficie d'un remarquable travail de traduction d'un habitué de nos chroniques (bonnes et mauvaises), le romancier de polar Serge Quadruppani. Si le roman surprend à ce point par son excellence, c'est qu'il nous amène sur la seule force de sa narration (un style, une "voix" comme on dit dans les milieux autorisés) sur des territoires qu'on n'aurait jamais imaginé visiter.
Le naufrageur raconte la vie et l'oeuvre d'un gamin appelé Pjota qui va tenter d'échapper à sa misérable condition (l'intrigue démarre au début des années 80) en faisant "carrière" dans la mafia albanaise. Pjota, qui a une quinzaine d'années au début de l'histoire, est élevé par une sorte de famille préhistorique, inculte, violente, mesquine. Il survit en rêvant d'aventure et en compulsant une cargaison de livres qu'il a dissimulée dans une sorte de caverne d'AliBaba.
Peut-être le "climat" actuel a-t-il poussé son ancien propriétaire à me céder un exemplaire de Snatch Comics (publié par Cornélius en 2005), après les ennuis de Tintin Au Congo au Royaume-Uni, puis en Belgique et tout récement l'interdiction d'une BD éducative anti-discrimination diffusée par l'Union Européénne parce que les personnages noirs ressembleraient à ceux de Tintin. La couverture de ce recueil est plus provocante que jamais. C'est une bonne chose parce que les BD elles-même ont pas mal perdu de leur mordant.
Le recueil rassemble les trois numéros de Snatch publiés en 1968 et 1969 par Robert Crumb, ainsi qu'un "Jiz Comics" de la même époque. A l'époque, Crumb venait d'exploser à la face du monde avec les numéros 1 et 0 de Zap Comics et multipliait les titres pour publier ses délires d'érotomane iconoclaste. Les pages de Snatch sont pleines d'illustrations pornographiques à l'humour un peu lourd et de courtes BD qui dévoilent un imaginaire sexuel débridé, voire un peu glauque (comme n'importe quel autre, vraiment). On parlait alors de BD révolutionnaire, incroyablement subversive. Mais aujourd'hui, on peut se demander ce qui en dehors du style de dessin si particulier de Crumb différencie tellement ces blagues graveleuses des pièces jointes que tout le monde reçoit pour peu qu'il ait un collègue un peu beauf avec le "forward" facile (vous savez, des montages photos grossiers avec Sarko qui baise Ségo, ou des vieux dessins mal scannés d'almanach Vermot porno).
La réponse c'est : pas grand chose. Crumb balançait sur la page tout ce qui lui passait par la tête et que, s'il avait conservé une once de décence ou d'inhibition, il aurait gardé aussi loin que possible du monde extérieur : grosses fesses, inceste, gros seins, violence, inceste, grosses cuisses... Il y a certes une énergie, une vitalité et une inventivité peu commune dans ces dessins. Cependant, les BD pornographiques existaient déjà depuis longtemps à l'époque. Ce qui fait vraiment toute la différence, c'est que le nom de Crumb était écrit gros sur la couverture, que tous ses fantasmes, toutes ses idées saugrenues, perverses, inconvenantes, il les assumait. Et ensemble, elles dressaient le portrait d'une personnalité unique et d'un homme qu'on aurait pu retrouver avec un simple annuaire si l'envie nous avait pris d'aller lui serrer la main.
Aujourd'hui, la "perversion" qui semble gêner le plus de gens, c'est l'assexualité. La zoophilie, la pédophilie et autres "-philie" plus ou moins étranges, restent choquantes, mais on a plutôt l'habitude. On sait plaisanter sur le sujet, on sait comment réagir. L'assexualité, voilà le vrai tabou. Ces vieux Crumb ont donc perdu beaucoup de leur puissance dans une société aussi ouvertement libidineuse que laotre et pour tout dire je leur préfère franchement ses travaux un peu plus "intellectuels" des années 1970, mais on tient tout de même là les débuts de la formation d'un personnage fascinant et, malgré tous les suiveurs qui se sont dessinés en train de se masturber depuis, peu (aucun?) n'a exposé tous les caprices de sa libido avec le même acharnement obsessionel et le même talent. La suite a sans doute rendu ces BD plus intéressantes, mais elles l'étaient déjà pas mal au début.