Archives > Septembre 2007
Une adaptation du roman de Muriel Barbery, L'élégance du hérisson, est en cours depuis janvier 2007. Et c'est Mona Achache, jeune scénariste et réalisatrice de 26 ans qui s'y colle. Ayant obtenu les droits avant le succès phénoménal du livre, le projet lui paraît "formidable et impressionnant à la fois". La productrice, Anne-Dominique Toussaint, confie que "Ce texte n'est pas facile, pas linéaire. Il y a un gros travail d'adaptation à faire dessus". Et le casting alors ? Il semble bien tôt pour l'évoquer. L'élaboration de l'adaptation d'un tel best-seller exige de la réflexion ainsi que du temps pour éviter les déceptions.
L'élégance du hérisson Muriel Barbery Gallimard


Avec L'affaire Jeanne d'Arc, la bergère vierge la plus célèbre de France chute de son piédestal. Marcel Gay et Roger Senzig démonte le mythe de cette jeune gardienne de brebis ignorante, à qui Dieu confie la mission de sauver le royaume de France. Marcel Gay, journaliste de l'Est républicain, remet en question le personnage, à commencer par son nom qui ne serait pas celui "d'Arc". Elle ne serait pas non plus bergère, puisqu'au cours de son procès à Rouen elle déclare n'avoir "jamais gardé les moutons et autres bêtes". Cavalière émerite, Jeanne utilise aussi parfaitement le français de la cour. Manipulation du peuple au service de la royauté mise à mal par ses voisins Anglais, Jeanne d'Orléans aurait servi à destabiliser les armées adverses. Invention de Yolande d'Anjou, belle-mère de Charles VII, Jeanne, conduite par le divin, inspire de la crainte aux troupes Anglaises. Les résultats lors des campagnes militaires prouvent que la stratégie fonctionne. En outre, sa mort demeure une source d'interrogations, puisque plusieurs documents historiques confirment sa présence en divers lieux (France, Belgique, Allemagne) après 1436. Enfin, Jeanne aurait épousé Robert des Armoises (1436). L'Immaculée n'est plus. Comme le confirme Marcel Gay, "la légende est belle, mais la vérité l'est encore plus."
L'affaire Jeanne d'Arc Marcel Gay, Roger Senzig Editions Florent Massot

Impossible Sagesse est un ouvrage de philosophie assez admirable par sa simplicité et sa franchise. Les ambitions de Jacques Schlanger (dont on avait lu le passionnant Guide pour un apprenti philosophe) sont des ambitions modestes de penseur qui souhaite se faire comprendre de tous et n'a pas l'intention de rivaliser avec les plus grands. Schlanger ne se prend ni pour Hegel, ni pour Nietzsche, n'a pas la prétention de renouveler le lexique philosophique, ni celle de vous donner le sens de la vie sur un plateau. Sa pensée n'en est pas moins valeureuse et à distinguer des dizaines de manuels de philosophie ou d'ouvrages de vulgarisation qui vous vendent le Bonheur Pour les Nuls ou du concept à la mode Luc Ferry, sans aucune forme de plus-value. Sur un thème assez fondamental (et basique) : l'aspiration de "certains" hommes à la sagesse, Schlanger nous offre ici un essai léger comme une plume et tout à fait didactique. Le mouvement d'Impossible Sagesse s'appuie sur 3 temps successifs qui forment une investigation des manifestations (des symptomes, dirait-on) de la sagesse en l'homme. Pourquoi ressent-on une sorte d'admiration ou d'attirance envers les personnages (réels, philosophiques, les aînés, les religieux, les personnages de roman) qui dégagent un modèle de sagesse ou semblent mener une vie en cohérence avec leur pensée ? Pourquoi est-ce que l'homme semble sans cesse à la recherche d'un point d'équilibre entre ce qu'il vit et ce qu'il pense ? Pourquoi, enfin, et c'est le titre du livre, la sagesse est-elle impossible ? Dans une formulation un peu différente mais plus problématique : à quelle sagesse l'homme moderne peut-il aspirer ? Schlanger trace un parcours élégant dans la philosophie antique, interrogeant plusieurs pratiques de sagesse, aussi diverses que celles des épicuriens, des stoïciens, analysant les comportements de Marc-Aurèle, d'Epictète, de Platon ou de Diogène. En chacun, il identifie les ressorts de l'admiration, la manière d'affirmer son essence et de vivre sa vie comme on l'entend, par delà les différences de pratique. En cela, il trace un lien direct entre sagesse et liberté, qu'on retrouve dans le deuxième volet de l'essai consacré à la sagesse en littérature. Entre Jacques le Fataliste (déterministe et fataliste, donc) et le magnifique Choukov de Soljenytsine dans une Journée d'Ivan Denissovitch, sobre et humain, Schlanger passe en revue les mécanismes qui font l'homme sage. L'harmonie qui se dégage du roman du goulag et de son personnage principal forment un point d'attraction qui force l'admiration et appelle à un comportement mimétique des hommes communs. Hommes communs, justement, qui sont l'objet du troisième volet. Après avoir examiné les figures exceptionnelles puis les héros de roman, Schlanger ramène habilement la problématique à notre niveau et se demande ce que signifierait rechercher la sagesse pour un homme normal. Le passage de la théorie à la pratique est un peu rude (et on doit le reconnaître, la partie la plus décevante de l'essai) mais conclut subtilement une étude aussi concise que praticable. Le message n'est pas révolutionnaire : comme pour la philosophie, on trouve la sagesse en la prenant pour cible et, seconde idée forte, on ne l'atteint jamais. Impossible sagesse est non seulement un ouvrage agréable à lire mais aussi un livre qui s'adresse, par son côté "directement opérationnel" (qui n'est pas un gros mot en philosophie), à tous ceux qui sont confrontés dans leur vie à des arbitrages entre leur vie et leur système de valeurs, c'est-à-dire tout le monde. Le livre pourra même présenter l'avantage chez les allergiques de tenter une belle réconciliation avec le genre. A découvrir donc.
Impossible sagesse Jacques Schlanger Métailié

L'automne s'annonce prometteur avec la sortie du prochain Jonathan Littell. Publié dans la collection de "L'Arbalète", Le sec et l'humide est un essai sur Léon Degrelle, leader de l'extrême-droite belge. Cet ouvrage d'une centaine de pages a été élaboré à partir des notes prises par Littell pendant la période de recherches historiques consacrées aux Bienveillantes. Léon Degrelle, qui aurait inspiré le personnage de l'officier nazi Maximilien Aue, y est d'ailleurs plusieurs fois nommé. Qui est-il ? Adhérant aux préceptes de Charles Maurras, il bascule dans le fascisme avant de se joindre à la légion "Wallonie" qui officie sur le front russe conjointement aux Waffen SS. Bien que le tirage demeure inconnu, il semblerait que les éditions Gallimard préfère limiter le nombre d'exemplaires lors de son lancement.
Le sec et l'humide Jonathan Littell Gallimard

Testament amoureux, testament d'Antoine de Saint-Exupéry, Tango pour une rose de Laura Pariani jette un éclairage romanesque sur la folle passion qui unissait l'aviateur à son épouse. Et c'est au cours d'une soirée, dans les salons des Amigos del Arte à Buenos Aires, qu'il la rencontre. Il occupe alors le poste de directeur de la Compania Aeroposta Argentina. Elle, originaire du Salvadore, se remet à 27 ans de son second veuvage. Un échange de baisers en plein ciel et une lettre de quarante pages plus tard, les deux tourtereaux débutent leur liaison passionnelle, leur coeur vibrant aux rythmes du tango argentin. « Être la femme d'un pilote, c'est un métier ; mais être la femme d'un écrivain, c'est un sacerdoce », affirmait Consuelo. Pourtant, c'est l'aviation qui la séparera de son bien-aimé. De ce couple demeure le mythe qui inspire à Laura Pariani son dernier roman. Bien que son intérêt pour l'écrivain français soit apparu à la lecture du Petit Prince, ce n'est qu'à la suite d'une promenade dans la Galeria Güemes de Buenos Aires, s'apercevant qu'aucune indication ne précise qu'Antoine de Saint-Exupéry y a résidé, que lui vient l'idée de lui rendre hommage. Le projet ne prend sens qu'après une série d'évènements, dont la découverte de l'épave de son avion, retrouvée au large de Marseille 60 ans après sa disparition. C'est ainsi que s'entreprend la réalisation de cet ouvrage, mettant en scène l'agonie funèbre de Saint-Exupéry. Un récit interrompu par les interventions de son héros, car s'offre à lui l'opportunité d'écrire une missive, dernière fenêtre ouverte sur le monde des vivants. Quatre tentatives pour rédiger une ultime lettre à sa Belle, bercées par le rythme du tango. Une musicalité qui s'immisce dans le récit à travers des interruptions en espagnol tendrement distillées :
Tengo miedo del encuentro con el pasado que vuelve a enfrentarse con mi vida... ... tengo miedo de las noches que probladas de recuerdos encadenan mi sonar... tengo miedo de las noches, tengo miedo de las noches, Percanta que me amuraste en lo mejor de mi vida, dejandome el alma herida y espinas en el corazon...
Le parcours dantesque conduisant Saint-Exupéry aux portes de l'enfer n'est que le bilan de son existence, car de la main de Laura Pariani s'élabore une réflexion sur son vécu, sur son amour infini pour la muse grâce à laquelle il imagine la rose du Petit Prince. Le délire d'un homme que la mort peu à peu entraîne sur les rives du Styx.
Tango pour une rose Laura Pariani Flammarion
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La chaloupe à voile des Phares & Balises bondit dans les vagues de la chaussée de Sein, et mon cœur caracole avec elle. Je suis passé à l’avant, malgré les embruns qui me fouettent jusqu’au sang et me glacent et m’enchantent. La mer ! La mer dans sa beauté, mais aussi dans sa violence lorsqu’elle rencontre et épouse la terre. Je me retourne. Entre le foc et la grande voile, j’aperçois au loin la pointe du Raz de Sein, blanche de l’écume des vagues qui se brise sur cet ultime promontoire de l’Europe. Finis terrae, l’extrémité de la terre, le Finistère, muraille de schiste, falaises coupées d’entailles, assaillies comme un château en ruines par l’assaut incessant des vagues.
Ancien marin et ancien correspondant de guerre naval, Jean Jacques Antier fait partie des meilleurs historiens de marine actuels. Mais ça, je vous l’ai déjà dit ! Ai-je suffisamment insisté sur son talent à reconstituer la vie à bord des grands voiliers ? Le réalisme dont il fait preuve ? Oui ? Bon, alors je n’y reviens plus ! Avec « Tempête sur Armen » point d’aventure ! L’auteur aborde la passion de la mer sous une forme différente : L’homme face à lui-même et son environnement ; pas d’actions tonitruantes mais de l’intimisme et un soupçon de mystère et de romantisme. L’histoire se déroule en mars 1914. Gildas Kerdaniel réalise son rêve d’enfance : Etre gardien du phare d’Ar-Men. Il sait que cette nouvelle vie qui l’attend renferme de nombreux dangers : Tempêtes, assauts incessant des vagues, rafales de vents, sans parler de la solitude et de l’enfermement qui conduisent parfois jusqu’à la folie ! Tout au long de ses journées, le jeune homme évoque la Bretagne côtière du début du siècle, les croyances et les superstitions des marins ; il ressasse le choix qu’il se voit contraint de faire entre la mer, sa grande passion et Oanig, la femme qu’il aime, avec au milieu, pour compliquer les choses, une magnifique tentatrice, belle et intrépide qui vient le débusquer jusque dans son phare. Enfin, il y a ce désir qui le taraude de laver le nom de son père qui se suicida après qu’il fût accusé d’avoir provoqué le naufrage d’un navire. Au bout du compte, la guerre éclate qui balayera toutes les incertitudes !
NB Easywriter : Ce texte a été rédigé par Montsé, qui a également réalisé le dessin illustrant la notule.

La maison d'édition L'Harmattan a récemment lancé un site qui propose à l'achat ou en téléchargement des films et documentaires. L'Harmattan TV dispose également d'une partie gratuite dans laquelle sont disponibles des interviews d'écrivains de L'Harmattan, des conférences de presse, des reportages. Quelques pièces de théâtre mises en scène dans la salle parisienne du Lucernaire sont également à découvrir. Le directeur général de L'Harmattan, Denis Pryen, considère qu'il s'agit d'une "télévision à la demande sur Internet". Le site bénéficie déjà de l'intérêt des internautes, puisqu'il compte quelques milliers de connexions ainsi que de nombreuses ventes. D'ailleurs, une vingtaine de nouveautés par mois sont prévues, ainsi que des partenariats avec d'autres éditeurs envisagés, dixit Sébastien Tézé, responsable du site.

 Avant même l'annonce des Prix, j'avais déjà décidé de tirer un bilan désastreux de cette rentrée littéraire : trop de livres (comme toujours) ; trop de livres lus dans le cadre de ce blog (une cinquantaine en 2 mois, vraiment vraiment lus, et dont certains sur lesquels je n'ai même pas trouvé le courage d'écrire 2 mots) ; pas assez de bonnes surprises, et surtout pas de gros choc émotionnel, de révélations à vous faire regretter un jour d'avoir commencé à écrire. J'avais déjà presque achevé le Vollmann quand je m'y suis remis, et déjà lu le Coupland lors de sa sortie anglaise. Je n'ai pas été transporté par le dernier Dantec, comme pour Grande Jonction. J'ai séché sur Cendrillon, et carrément levé les bras au ciel en lisant Zoli. Olivier Adam m'a terrifié et Foenkinos fait seulement sourire. Qu'allait-il advenir de moi ? Avais-je raté le livre de l'année ? Ou est-ce qu'il n'existait pas pour moi ? Pour la première fois en 25 ans, j'ai même passé une journée sans lire (pas sans livre : je me suis trimballé un traité des Arts Magiques ce jour-là, mais sans l'ouvrir), me contentant d'écouter de la musique et de feuilleter le journal. D'ailleurs, Libération est devenu aussi mauvais qu'un roman de 2007. Sarkozy y est en couverture un jour sur deux. L'après-midi, je suis allé à la bibliothèque, mais n'ai rien pêché de bon. Jusqu'à ce que je m'empare de la réédition chez Phébus de Moby Dick. Herman Melville, toujours, dont nous avons présenté Israël Potter il y a quelques mois et dont on reparlera bientôt de Bartleby, de Mardi et d'à peu près tout. Moby Dick fait un petit millier de page dans cette édition. C'est un gros pavé qui rentre à peine dans mon sac (une baleine évidemment....), mais qui m'a redonné le sourire. Ecrit en 1850, le roman démarre sur la route de Nantucket par une bonne centaine de pages magique, dans lesquelles il est très peu question de baleines et encore moins de Moby Dick (on a pas encore vu Achab). Le narrateur et héros est un dénommé Ishmael qui vient s'enrôler sur un baleinier et qui, surtout, s'amourache très vite d'un harponneur, Quiequieg, noir et bâti comme un rugbyman Néo-Zélandais, fils de roi, et couvert de tatouages rituels. Ishmael se retrouve obligé de partager la couche du harponneur parce qu'il n'y a plus d'autre chambre dans l'auberge. Ils bouffent ensemble et s'observent. Il fait froid et les deux hommes se retrouvent au petit matin tendrement enlacés. Je ne cite pas Melville, mais ces quelques scènes d'auberge où se présentent les deux compères sont formidables, et elles suffisent à faire passer toutes les atrocités stylistiques et idées plus ou moins avant-gardistes de construction romanesque lues ces 3 ou 4 derniers mois. Moby Dick n'a pas encore pointé le bout de ses nageoires, que déjà on s'y croirait. J'ai envie de soupe de poissons (l'auberge en a fait sa spécialité), de la rudesse du climat et de me trouver face à cette mer moche, dont on ne voit pas le bout. J'en viendrais presque à regretter de n'avoir jamais partagé ma tente avec Jonah Lomu. Il suffit d'un bon livre pour retrouver le goût de lire, de faire ou d'écrire n'importe quoi, et de vivre. C'est ça qui est chouette.
Moby Dick Herman Melleville Phébus

 En Libye, le Conseil général de la culture vient de se distinguer en annonçant la création d'un nouveau prix littéraire international : Le "Prix Kadhafi international de littérature". La dote est de 250.000 dinars (presque 144.000 €) Cette récompense reviendra "aux hommes de lettres et savants qui auront contribué à travers leurs oeuvres littéraires et leurs actions à la défense des droits de l'homme, des libertés fondamentales, qui expriment les préoccupations de l'homme, ses besoins, ses causes justes, ses ambitions, ses souffrances et qui respectent sa dignité, sa dimension humaine, ses spécificités, son identité sans considération de son espace, époque, couleur, religion ou nationalité." Ce prix littéraire, dont la valeur est purement "symbolique", doit promouvoir la créativité intellectuelle afin de fortifier une culture uniforme en vue de la construction de l'Union africaine (UA) aboutissant à l'établissment des Etats-Unis d'Afrique. Les intellectuels et penseurs africains sont invités à établir une sélection d'auteurs susceptibles d'obtenir ce prix.

 Comment transmettre l'histoire de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions sans outil adapté ? Gilles Gauvin a élaboré un abécédaire pour combler ce vide. Cet ouvrage évoque les différents aspects de l'histoire des anciennes colonies françaises soumises à l'esclavage (Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion et Haïti/Saint-Domingue). Ce qui permet de comprendre que cette histoire partagée fait partie intégrante de l'histoire nationale. L'iconographie abondante et diversifiée sollicite l'imaginaire et constitue un support pédagogique de première qualité. Cet Abécédaire de l'esclavage des Noirs est donc un ouvrage de sensibilisation indispensable. Gilles Gauvin, docteur en Histoire, spécialiste de l'histoire contemporaine de La Réunion, est depuis une dizaine d'années enseignant en collège ZEP (Zone d'éducation prioritaire). Par ailleurs, il est membre du Comité pour la mémoire de l'esclavage (CPME), institué le 5 janvier 2004 en application de la loi du 21 mai 2001 qui tend à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité. L'une des missions du CPME consiste à proposer des mesures d'adaptation des programmes d'enseignement et à soumettre des actions de sensibilisation dans les établissements scolaires. Il a publié récemment Michel Debré et l'île de La Réunion : une certaine idée de la plus grande France (2006) et a collaboré à l'ouvrage Les Français au quotidien, 1939-1949 (2006). Il prépare par ailleurs une Histoire de La Réunion.
Nb Solaris : Cette news est proposé par Nathalie.
Retrouvez l'entretien accordé par l'historien Marcel Dorigny.

A l'occasion du Festival International de Géographie organisé du 4 au 7 octobre prochain à Saint-Dié-des-Vosges, le prix Amerigo Vespucci sera décerné à Bernard Giraudeau pour Les Dames de nage. Le dernier roman du comédien et réalisateur français a précedemment reçu le Prix littéraire des Sables d'Olonne en septembre. Il a aussi été récompensé par le Prix des lecteurs de L'Express (juin 2007).
Les dames de nage Bernard Giraudeau Métailié

La principale originalité de Fell a été perdue en traversant l'océan : Warren Ellis et Ben Templesmith proposaient outre-Atlantique un comic book plus court, plus compact, moins cher et sans pub contenant une histoire complète à chaque numéro. Un concept marketing sensé sauver le comic book en mal de nouveaux lecteurs. En France, nous n'avons que l'édition intégrale des huit comics, soit huit histoires courtes remplies de tous les clichés ellisiens : un protagoniste taciturne, une jolie femme qui s'attache vaguement à lui, une société en déréliction et des perversions toujours plus trash et imaginatives.
Le pitch ici, c'est "Richard Fell, inspecteur intègre et talentueux, se retrouve à cause d'un incident mystérieux dans son passé muté dans Snowtown, ville "retournée à l'état sauvage", abandonnée par tout et tous. Là bas, il résout les affaires les plus glauques. Il sera le seul à ne pas laisser tomber Snowton." Ajoutez bien sûr un vague "intérêt romantique" à Rich Fell et une inexpliquée nonne avec un masque de Nixon pour le quota de bizarre, et vous avez un indéniable signe que Warren Ellis est surproducteur depuis quelques années déjà.
Sauf que... si Ellis fait ces choses, c'est qu'il sait les faire à peu près bien les yeux bandés. Et il se trouve que cette fois-là il était vraiment en forme, brodant des enquêtes rondement menées autour de faits divers trouvés sur le net : "Par où est rentré l'alcool qui a tué cet homme médicalement incapable de l'avaler par la bouche ?", "Où est passé le bébé qui aurait dû se trouver dans l'utérus de ce cadavre ?" (je l'avais déjà vu dans The Shield celui là, tiens) ou bien sur le mode "Où est Charlie ?" l'épisode "Où est l'homme à la ceinture de bombe ?". Le format strict qui oblige les histoires à être bouclées en seize pages de neuf cases chacune fait qu'on n'a jamais le temps de s'ennuyer, tout est raconté avec punch et concision. C'est simple et efficace.
Et puis il y a Ben Templesmith qui élève le tout un cran au dessus. Il travaille consciement dans la lignée de Bill Sienkiewicz et Dave McKean : un trait simple, parfois caricatural, un peu de collages ainsi que des couleurs riches et sales, qui débordent souvent les traits, ici pour figurer l'atmosphère étouffante de Snowtown qui déteint inévitablement sur tous les personnages. Le découpage strict empêche heureusement trop de fantaisie. L'indulgence avec eux-mêmes des deux modèles de Templesmith les rend trop souvent illisible. Ici, rien ne passe avant la narration. On est pas surpris d'apprendre que le modèle d'Ellis et Templesmith pour Fell était le Spirit de Will Eisner. Il y avait dans un épisode du Spirit deux fois plus d'idées en deux fois moins de pages, mais Fell se débrouille pas trop mal quand même. Et tient très bien sur ses deux jambes à lui.
Fell 1 : Snowtown Warren Ellis et Ben Templesmith Delcourt

Le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié des peuples) a adressé aujourd'hui une lettre aux Editions Casterman (Bruxelles). Dans ce courrier, est demandée la publication d'un appel à la vigilance contre les "préjugés racistes" dans toute nouvelle édition de l'album Tintin au Congo. Attaché "à la liberté d'expression", le Mrap considère que Tintin au Congo, bien qu'il soit un document historique, contient des préjugés racistes. C'est pourquoi, "pour toute nouvelle édition, un avis aux lecteurs éclairant le contexte historique de l'ouvrage et signalant les préjugés racistes qu'il contient doit être inséré".
La semaine passée, le Cran avait lancé le débat en France. Ses représentants avaient réclamé aux Editions Casterman le retrait de cet album d'Hergé, estimant "offensant" le caractère de cette bande dessinée.



La sorcière de Porto Bello sera prochainement adaptée au cinéma. Réalisation d'un film sous la direction de 15 réalisateurs sélectionnés via Internet. Paulo Coelho souhaite ainsi permettre à ses lecteurs de participer à ce projet. Il leur suffit de filmer l'histoire d'Athéna. A l'issue d'un examen par un jury de quatre indépendants, dont les identités ne sont pas encore connues, 15 réalisateurs seront retenus. Au final, les 15 séquences seront montées par un réalisateur professionnel en un seul long-métrage. "Athéna, l'héroïne, sera interprétée par différentes actrices. Elle peut être africaine dans l'un des films et blonde dans un autre. Cette variété reflète fidèlement l'intention du livre puisque la même histoire est racontée de points de vue différents", précise Paulo Coelho. "Une fois le film terminé, nous le montrerons dans les festivals du monde entier tout en essayant de le diffuser par le circuit traditionnel."
Les candidats qui souhaitent participer doivent se rendre sur le site consacré au concours, et choisir un personnage. Ils recevront un e-mail de confirmation ainsi que les modalités d'envoi de leur court-métrage (dans toutes les langues). Les inscriptions sont ouvertes jusqu'au 19 mars 2008 et la proclamation des résultats aura lieu le 25 juillet 2008. Les réalisateurs gagnants recevront un prix de 3 000 € et les compositeurs 1 500 €.

Un témoignage inédit de l'écrivain Primo Levi vient d'être publié par l'hebdomadaire italien L'Espresso. Ce document, retrouvé dans les archives du mémorial israélien de Yad Vashem à Jérusalem, date du 14 juin 1960 et retrace sa vie de son arrestation en Italie en septembre 1943 jusqu'à son retour après sa déportation à Auschwitz. Ce grand témoin de la Shoah y mentionne des "noms" : de son groupe de résistants (y compris celui du "traître"), des médecins juifs du camp d'Auschwitz (notamment celui du Grec qui dénonçait les malades aux SS), ainsi que celui de son chef de baraquement Français ("plus humain")... Margalit Shlain, qui mène des recherches sur l'image de Primo Levi en Israël, a découvert ce témoignage parmi une cinquantaine d'autres de juifs italiens. Selon les responsables des archives de Yad Vashem, il était destiné aux juges d'instruction travaillant à la préparation du procès d'Adolf Eichmann. Arrêté en Argentine en 1960 par les Israéliens, Eichmann a été jugé à Jérusalem, condamné à mort et pendu le 15 décembre 1961. L'auteur de Si c'est un homme s'est suicidé le 11 avril 1987 à son domicile de Turin.

 Avec ses 60 pages pour 10 euros (un peu cher mais la couverture est jolie), l'édition par la Finitude de ce Vieux Zack de l'écrivain américain Herman Melville est une bénédiction pour ceux qui avaient envie de se marrer un peu et n'avaient pas perçu la dimension foncièrement comique de l'auteur de Billy Budd, Moby Dick ou Bartleby. Melville est l'un des meilleurs écrivains américains du XIXème siècle, un prosateur au talent incroyable, un homme qui place rarement un mot en trop ou de travers lorsqu'il s'agit de s'attaquer à des formats courts. Comme souvent, dans ses nouvelles, dans ses articles, sa précision est ce qui ressort de son travail, au point qu'on serait bien infoutu de retrancher une virgule de ce qui nous est présenté ici. Le Vieux Zack est un recueil d'articles satiriques et politiques parus à l'été 1847 dans un journal appelé le Yankee Doodle. Melville, toujours en manque d'argent, y pigeait et faisait campagne ouvertement contre la candidature du général Zachary Taylor, militaire ventru et figure de proue de la campagne mexicaine qui avait agité le pays à cette époque consécutivement à l'annexion du Texas. Héros de guerre rabelaisien, Taylor décidait de devenir le 12ème président des Etats-Unis d'Amérique et lançait ce qui peut être considéré comme la première campagne moderne du pays, à grands renforts d'effets spéciaux et de communication. Outré par ce Barnum (lequel personnage est présent dans les articles de Melville, puisqu'il était contemporain de l'affaire), Melville livre au Yankee Doodle, ce qu'il appelle les Réelles Anecdotes au Sujet du Grand Général Taylor. Malheureusement pour lui et pour le pays, ces hilarants papiers ne réussiront pas à empêcher l'élection d'un Taylor survolté, puisque celui-ci accédera à la présidence en 1849, avant de mourir un an plus tard... Les anecdotes portraits rapportées par Melville sont de vraies pièces d'anthologie décrivant un Zachary Taylor grotesque, obsédé par la nourriture et la réparation de ses fonds de culotte. Rétrograde au possible, Zachary Taylor avait avoué peu avant son élection à la Présidence n'avoir aucun intérêt pour la politique et n'avoir jamais voté lui-même. Melville tire à boulets rouges sur lui, insistant sur ses travers tartarinesques et ses obsessions de vieille caricature militaire. Avec le recul historique, on peut même trouver que Melville qui semble s'amuser comme un fou ici dans ses mises en scènes (il affiche une fausse correspondance du Général et développe un attirail satirique qui est assez novateur et digne de la meilleure presse moderne) n'a pas la main lourde puisqu'il ne prend même pas la peine de moquer les idées politiques de son sujet : propriétaire d'une plantation dans le Sud et dont l'élection se fit avant tout parce qu'il ne déplaisait, à l'époque, ni aux Sudistes, ni aux Nordistes, qui le considéraient tous comme un benêt. Si le livre est vite digéré, on peut s'offrir avec ce Vieux Zack une belle tranche de rigolade et s'amuser à transposer quelques situations à d'autres actualités. L'activisme forcené de Taylor rappelle évidemment d'autres présidents montés sur secteur. La description de son agitation permanente et de son volontarisme en appelle à des comparaisons aussi improbables qu'indispensables. Le Vieux Zack - Herman Melville Finitude (avril 2007)

Semaine du 10 au 16 septembre : Amélie Nothomb prend le large. Son éditeur annonce une publication à 250.000 exemplaires de son dernier roman Ni d'Eve ni d'Adam. Et selon divers classements des ventes, celui-ci se positionne en tête, devançant l'essai politique de Yasmina Reza, qui après un accueil mitigé de la critique connaît un désamour du public. Par ailleurs, L'élégance du hérisson trouve encore du public. Sans oublier les premières sélections des prix littéraires qui se rapprochent de ce peloton, comme : Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel, Les Disparus de Daniel Mendelsohn, Millénium. La reine dans le palais des courants d'air de Stieg Larsson, La physique des catastrophes de Marisha Pessl, Cendrillon de Eric Reinhardt, A l'abri de rien de Olivier Adam. Toutefois, la plus grosse vente de la semaine est un manga, le volume 31 de Naruto de Masashi Kishimoto.


Je n'avais jamais la sensation de dormir. Le matin j'étais plus fatiguée que la veille. Parfois l'interrupteur pour éteindre mon cerveau fonctionnait : les somnifères, des somnifères de cheval. Mais quand ça ne fonctionnait pas, quand je ne m'abattais pas comme une jument dans un sommeil de brute, j'avais le temps de visiter les coins les plus reculés du labyrinthe. Cauchemar, nuit, jour, quel nom portait ce lieu ? Tom avait brûlé. Corps et biens comme on dit, ses biens se montant à des sous-vêtements blancs, et à tout, tout. J'étais avec Tom. J'étais seule. Une écurie en flammes. Un caveau. Un caveau-écurie-soute-labyrinthe, nulle part, des couloirs infinis, des impasses, des oubliettes. Non, quel joli mot bénin que le mot oubliettes. J'étais dans le noir et la cendre du souvenir total. Gouffre au-dessus de moi, sans lumière. Plus de pensée. La douleur au point fixe. J'étais dans la vérité de la mort. Dans la lucidité extrême de l'insomnie.
Un simple récit, phrase après phrase sur un cahier pour raconter la mort de Tom, quatre ans et demi, à Sydney en Australie. Voici le début de la quatrième de couverture du dernier roman de Marie Darrieussecq. L'histoire : Une mère raconte dix ans après la mort de son fils cadet. Une mère prise dans les affres de la douleur engendrée par la mort accidentelle d'un enfant. Moment d'inattention, instant tragique créateur du lourd fardeau de la culpabilité maternelle. Peu de temps après leur installation à Sydney, Tom meurt. Mais, la vie des autres se poursuit. Il faut prendre de nouveaux repères et se créer un quotidien sans Tom. Le mari, en bon chef de famille, prend le relais d'une mère indisponible pour l'aîné et la benjamine en bas âge. Peu à peu, elle perd pied, dépressive, aphone, en prise parfois avec ce qu'elle ressent comme le fantôme de Tom. Au vu des premières sélections des prix littéraires, cet ouvrage semble connaître une sorte d'unanimité. Et pourtant, un seul mot pour résumer la lecture de ce roman semble convenir : ennui. Même pour un esprit empathique, entrer dans cette histoire est une épreuve de force. Se laisser prendre par le récit, être habiter par les personnages relèvent d'une "mission impossible". En arrivant au bout des 247 pages, après bien des digressions temporelles, vous découvrirez enfin comment Tom est mort. Et pas de fausse joie, cela tient en un paragraphe, le dernier d'ailleurs. Alors, pour vous mettre sur la voie, il ne s'agit pas : d'une électrocution, d'un empoisonnement, d'une manoeuvre d'Heimlich qui a échoué. 9 lignes pour conclure sur la description de la disparition de Tom, alors que les détails abondent sinistrement lorsqu'il est question du cadavre et de sa crémation. Ce récit de fiction, qui est loin d'être simple, ne raconte donc pas la mort de Tom, mais les dix ans de tourment de sa mère. Le long chemin de croix d'une pénitente en mal de compréhension, le tout sous la forme d'une narration intellectualisée de sa souffrance de mère endeuillée. Pourquoi est-il difficile d'accrocher ? Sans doute parce que tomber dans un pathos cérébral en multipliant les envolées lyriques ne séduit pas toujours. Sans compter certains épisodes, dont celui au cours duquel la narratrice verse dans le spiritisme, crise mystique passagère avec cette pratique régulièrement remise au goût du jour. Il ne manquait plus qu'une séance de table qui tourne pour que le revival soit complet. A Flu, il a fallu que quelqu'un se dévoue pour lire Tom est mort. Au terme de cette expérience, considérons cela comme son acte de contrition de l'année.
Tom est mort Marie Darrieussecq P.O.L
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Etats-Unis, Grande-Bretagne, Suède, Belgique. La polémique concernant l'album Tintin au Congo de Hergé a progressivement enflammé différents pays. Plusieurs actions en justice ont d'ailleurs été menées, conduisant au mieux à sa diffusion dans les rayons bd pour adulte des librairies. En France, le Cran (Conseil représentatif des associations noires de France) vient de solliciter les éditions Castermann, afin que soit retiré cet ouvrage. "C'est un livre offensant pour les Noirs qui a sa place au musée, pas dans les bibliothèques ou les vitrines des librairies", a déclaré à la presse Patrick Lozès, le président du Cran. Il poursuit en soulignant que "Dans cette BD, les stéréotypes à l'égard des Noirs sont particulièrement nombreux. Les Noirs s'y expriment comme des imbéciles et même les chiens y parlent un meilleur français". Faisant preuve de "compréhension", la direction de Castermann est disposée à s'entretenir avec les représentants du Cran à la fin du mois. La suite de l'action menée se décidera à l'issue de cette réunion. Serait-ce le dernier sursis pour Tintin ?

82. Vous avez égaré votre point de vue ? Au moins ce silence médité, têtu et su tel des deux côtés de nous participant en somme d'un jeu eût-il donné crédit même si muet à l'effort par moi consenti pour revêtir les signaux d'une certaine gravité tandis que sinon, dans cet autre cas qui est le plus probable : à savoir qu'il n'a rien remarqué des efforts que j'avais consentis, tout simplement, il me fallait admettre alors que je l'indifférais d'une certaine façon, ce qui était quand même une perspective dure à avaler si ça peut se dire mais aujourd'hui tout cela m'indiffère moi aussi assez voire complètement et aurait même tendance, je dois dire à m'amuser ce qui est un autre signe indubitable je trouve que des choses quelque part bougent et pas seulement le temps et je suis satisfait aussi de ça, depuis le temps et c'est normal je trouve : peut-être est-ce que je m'éloigne de moi ou que je m'en approche ? Malgré ses allures de jeu formel (le texte est découpé en 5 parties, et 800 et quelques séquences numérotées), Continuez, deuxième ouvrage de Jérôme Gontier après le bien accueilli Ergo Sum, est un ouvrage de facture française classique. L'auteur s'y offre certes quelques audaces stylistiques (les registres lexicaux sont variés et évoluent du familier au plus tordu ou littéraire comme sur cet extrait), mais le fil narratif est un et limpide, ce qui, d'un côté, facilite la lecture et renforce la structure romanesque, de l'autre, donne l'impression que la mise en place est un rien poseuse et démonstrative. "L'histoire" de Continuez est assez simple : un homme va chez son psy. Il raconte son trajet, l'entrée dans le cabinet, la salle d'attente, la séance sur le divan et le retour chez soi. En 200 pages. Sur ce simple énoncé, on n'y va pas forcément la fleur au fusil et on s'attendrait au pire, si Gontier ne réussissait pas le pari de nous rendre la chose amusante, drôlatique parfois, et d'une certaine façon assez passionnante.
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Webcomics.fr est unportail francophone à publier des BD en ligne qui offre aux auteurs un hébergement ainsi qu'une interface adaptées à la bande dessinée sous toutes ses formes (et pas juste celle de blog-bd). L'interface est même bien plus complète et pratique que celle des anglo-saxons, comme Comic Genesis ou Webcomics Nation, offrant la gestion des tags, la possibilité de lier la BD avec un blog, de faire une BD interactive en flash, etc...
Il n'y a pour l'instant que quelques BD sur le site, parmi lesquelles les plus remarquables sont Deo Ignito, une histoire de démons infernaux aux magnifiques couleurs signée Doc Folaweb, et Ka, la toute nouvelle BD du tout nouvellement célèbre Everland. Pour le reste, ça va du pire au meilleur de l'amateurisme (enfin, pas tout à fait le pire, il y a une sélection à l'entrée).
Il y a donc des "itérations iconiques (bd avec une seule image, seul le texte change), des mangas d'héroic fantasy, des BD improvisées et d'autres trucs plus ou moins intéressants.
Pour tout dire, mis à part Ka et Deo Ignito, il n'y a pas grand chose à lire sur webcomics.fr. Le portail a pour l'instant sans doute autant besoin d'auteurs que de lecteurs. Puisque j'ai appliqué le tag "lectures de bureau" à ce billet, puis-je vous suggérer de gribouiller un strip sur un coin du vôtre ou sur une table de réunion, peut-être avec un chien qui fait des observations décalées sur la vie des humains qui l'entourent ? C'est un genre très populaire et votre glandouille pourrait devenir productive.

Alabama Song de Gilles Leroy est le récit fiction d'un couple mythique. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Zelda Sayre, belle jeune fille du Sud des Etats-Unis, rencontre Scott Fitzgerald. La Miss et l'écrivain, deux destins qui s'unissent, pour le pire. Un couple d'excès : alcool, fêtes, jalousies, rivalités. Une passion destructrice à laquelle elle survit, avant d'être internée dans un hôpital psychiatrique pour schizophrénie, et d'y périr brûlée dans un incendie. Gilles Leroy devient Zelda pour relater son histoire. Une narratrice parfois antipathique, souvent expansive, dont il se sert pour égratigner Scott Fitzgerald, décrit comme un mari envieux, un écrivain "pilleur", n'hésitant pas à spolier sa compagne de ses écrits et à torpiller sa carrière. Le recours au "je" confère à cette fiction un ancrage intime dans le réel. Un roman réussi qui bénéficie de quatre nominations dans le cadre de la première sélection des prix littéraires.
Alabama Song Gilles Leroy Mercure de France
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Cinq ans à Souffrance sous France Le Faubourg est face à la ville, les pauvres d'un côté les riches de l'autre. Elle s'appelle Beurque cette ville. Entre la ville et le Faubourg il y a le marais et le fleuve. Marais plus fleuve ça fait quatre cinq kilomètres de quoi se noyer dans pitié. Le marais est la conséquence d'un méandre du fleuve, un problème de niveau, faudrait construire une digue ça coûte un max et pour quoi faire ? Pour contenir les crues ? Pour qui ? Quelques douzaines de traîne-lattes, phtisiques et compagnie ? Faut pas déconner laisse tomber ! Donc pas de digue. Encadré par des peupliers hauts de cinq étages, un chemin de terre éculé remblayé à la merde de vache part du Faubourg et rejoint la grande route en terre éculée remblayé à la merde de vache qui elle conduit à Beurque. Au bout de la grande route il y a le pont. Lui il est en pavés et en pierres de taille. On veut en construire un autre depuis Vercingétorix. Avant les élections c'est cher mais on le fera, après les élections c'est trop cher on le fera pas. Donc sur le port c'est souvent le marasme, on se roule dessus se bouscule s'insulte. Et puis on sort du piège on a traversé le pont et donc on quitte Beurque ou on arrive à Beurque. Beurque sous-préfecture du département c'est pas New York. Cinq six mille citoyens un internat un musée avec trois tableaux et deux gardiens plus un asile de dingues. La légende dit plein de conneries parle de Saint Thomas le Coquin de Louis XIII du marquis de Sade de José Maria de Heredia c'est là qu'il aurait pas volé sa célèbre pneumonie. La ville aurait été pillée par les Drague-Queen les Vikings les armées révolutionnaires et fondée par un abbé connu de tous mais personne se souvient de son nom. C'est dans ce faubourg qu'atterrit durant l'exode, un mac, une petite troupe d'entraîneuses et un enfant trouvé parmi les ruines d'un village. Richard Morgiève nous livre un conte en clair-obscur dans une période grise de l'histoire ou les personnages livrent un à un les raisons de leur propre Occupation. Morgiève met en pleine lumière les collabos-résistants, la splendeur et la misère des claques de l'époque. Je vous avoue, je suis carrément passé à côté de ce bouquin. La prose est ciselée, ne serait-ce le mélange de référence vingtième a tendance à me faire décrocher. C'est sûrement dû à une overdose personnelle concernant cette période. Sinon, ça reste une bonne porte d'entrée dans le monde et les obsessions de Richard Morgiève.
Miracles et légendes de mon pays en Guerre Richard Morgiève Denoël
Nb Solaris : Cette chronique est proposée par Jeev.
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N'est-ce pas la plus grande des disgrâces, de ne pas exister comme unité ; - de ne pas posséder d'individualité ; - de ne pas produire le fruit particulier que chaque homme a été créé pour porter, mais d'être fondu dans la masse, indiscernable, des centaines, des milliers de membres de la section, du groupe auquel nous appartenons... Ralph Waldo Emerson Dès les premières pages d'Open Space, le narrateur, un "nous" informel et impersonnel, nous rappelle cette citation du grand penseur américain Ralph Waldo Emerson, nous aidant ainsi à mieux comprendre l'incroyable "violence des échanges en milieu tempéré" décrit par Joshua Ferris dans ce premier roman. Employés de bureau évoluant dans la publicité, les protagonistes d'Open Space sont le vivant symbole de l'empire de consommation qu'est l'Amérique triomphante de la fin des années 90. Surfant de contrats juteux en cadeaux d'investisseurs, d'alliances commerciales en OPA sauvages, ils vivent sous la loi du plus fort, celle du marché de l'offre et de la demande. Mais, dans les bureaux, c'est aussi la loi de la rumeur, du "on-dit", du ragot triomphant et de la cruauté la plus vile. Pourtant, avec le nouveau siècle et la fin des années Clinton, les budgets dégringolent, les avantages s'envolent, et avec eux la sécurité de l'emploi. Pour survivre à la vague de licenciements qui frappe leur entreprise, ces salariés n'hésitent devant aucun coup bas, aucun mensonge, ni aucune bassesse. Cela n'exclut pas non plus les ralliements stratégiques et les réconciliations plus ou moins tactiques. C'est humain. Tout ce petit monde tente désespérément de garder sa place en cette ère de restriction, sans se douter que tout va finalement s'écrouler un fameux 11 septembre 2001.
Open Space Joshua Ferris Denoël
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Je n'ai pas lu Le Patient Anglais mais on m'en a dit du bien, comme des livres de Michael Ondaajte en général, dont je découvrais ici, pour la première fois, la plume. A défaut de resituer Divisadero dans l'oeuvre de cet auteur (je n'y connais rien si ce n'est que c'est son 5ème livre et que je n'en ai lu aucun), on le rangera dans sa case d'appartenance : du "nouveau best-seller", au sens où la littérature populaire s'engagerait dans l'expérimentation formelle et narrative. Comme le titre du livre l'indique, Divisadero est une histoire double, ou une histoire duplice, deux romans en un qui en forment peut-être un seul, mais dont la réunion est si étrangement proposée qu'elle ne fonctionne pas du tout. Des deux histoires, on a préféré la première, intéressante, bien menée, et qui promettait beaucoup. La seconde (qu'on a eu du mal à identifier comme telle) ne vaut pas tripette, regorge de clichés idiots (elle se passe en France, à la campagne), est assez mal écrite et suffit à vous gâcher le bon souvenir que vous aviez du début.
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Divisadero Michael Ondaatje Editions de l'Olivier
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La lecture au bureau a un nouveau nom officiel, la glandouille. La glandouille n'est en effet pas le propre du sauvageon prompt à l'incivilité et de l'immigré qui ne peut aller au boulot parce qu'il n'y a pas de bus. La glandouille concerne aussi tout un tas d'employés livrés à eux même dans des bureaux non vidéo-surveillés. Pour glandouiller au bureau cette semaine, je vous propose donc Creased Comics, l'oeuvre d'un certain Brad Neely. Ces gags surréalistes en une case sont plutôts laids, souvent incompréhensibles (mais pas moins drôles) et tristes, très tristes.
Ça ne vous remontra probablement pas le moral si vous bossez dans une de ces usines automobiles où tout le monde se suicide, mais si vous vous faites prendre en flagrant délit de lecture, ils fonctionneront parfaitement comme appel à l'aide et on vous accordera enfin le droit de prendre une heure de pause pour aller voir le psy comme tous vos collègues. Quand le Prozac commencera à faire effet, vous pourrez retourner travailler heureux, et par peur de vous "pousser de l'autre côté", tout le monde vous laissera tranquille quand vous lirez Creased, BD qui fonctionne d'autant mieux lue dans un état émotionnel chimiquement contrôlé.
creasedcomics.com

L'émergence de l'informatique en tant que puissance a permis à la technique d'unifier tous ses systèmes et d'atteindre une espèce d'homéostasie à la faveur de laquelle ces derniers se renforcent et se conditionnent les uns les autres. Ainsi, j'ai envisagé la société sous forme de réseau, de modèle électronique - avant la prochaine étape qui devrait m'amener à me pencher sur les métazoaires. L'idée n'est pas nouvelle. Il suffit de regarder les images du début du siècle de Los Angeles vue du ciel, pour comprendre que la force d'harmonisation générale inhérente au déploiement de la Technique a depuis longtemps tendance à confondre les communauté humaines et circuits intégrés. C'est la raison pour laquelle j'emploie le néologisme connectivité pour parler de ce que l'on appelle encore la collectivité.
Imagination contre incarcération, musculation contre immobilisme, urbanisme contre littérature, amour contre anomie. C'est "le choc d'Eros contre la machine". Ou, comment dans un futur proche terriblement semblable à notre "aujourd'hui", seules les puissances subversives de l'art et de l'amour nous permettent de se réapproprier une humanité qu'étouffe un peu plus chaque jour le carcan mortifère de la technique. C'est le thème ambitieux exploré par Technosmose, le brillant dernier roman de Mathieu Terence. Un auteur à suivre dans notre rentrée littéraire.
Technosmose Mathieu Terence éditions Gallimard
Retrouvez dès aujourd'hui la chronique et l'interview de Mathieu Terence sur le mag.
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Je m'aperçois, en relisant ces lettres, que ce qui les rend si étrangement émouvantes est dû au fait qu'elles sont adressées à la deuxième personne du singulier. Chaque lettre est adressée à un "tu" - "Je te salue et t'embrasse du fond du coeur" est l'adieu préféré de Schmiel - et pour cette raison, il est difficile, en lisant ces lettres, des lettres adressées à d'autres, de ne pas se sentir impliqué, de ne pas se sentir vaguement responsable. Lire les lettres de Schmiel, après que nous les avons trouvées, a été ma première expérience de l'étrange proximité des morts, qui parviennent cependant à rester hors d'atteinte. Voilà un pavé qui devrait déjà avoir disparu de la rédaction. Il est vrai que 650 pages, cela en effraie plus d'un. Certains hésitent à se l'approprier. Trop volumineux pour être lu dans le métro (selon les adeptes du style dépouillé), opération encore moins évidente sur un vélib. Et pourtant, Les Disparus méritent une attention toute particulière. Best-seller aux Etats-Unis lors de sa publication à l'automne 2006, cet ouvrage a été plébiscité par la critique outre-Atlantique et reçu deux prix : le National Jewish Book Award, ainsi que le National Book Critics Circle Award. Enfant, Daniel Mendelsohn entend des anecdotes sur son grand-oncle Shmiel, son épouse et leurs quatre filles. Ils ont été tués à l'Est de la Pologne en 1941. A quelle date, comment, en quel lieu ? Personne ne lui répond. Après la découverte de lettres envoyées en 1939 par Schmiel à son grand-père qui a immigré aux États-Unis, l'écrivain se lance dans une enquête afin de retrouver ses disparus. Un récit personnel émouvant, parfois amusant, construit comme un polar. "A la recherche d'un passé familial perdu" qui évoque l'oeuvre de Proust, qu'il a attentivement relu avant de débuter la réalisation de ce roman. Appartenant à une génération charnière, la dernière à avoir côtoyé des survivants de la Shoah, Daniel Mendelsohn réalise un véritable chef-d'oeuvre, témoignage de l'indicible en lutte avec les tabous de cette période historique.
Les Disparus Daniel Mendelsohn Flammarion
Prochainement sur Flu la chronique complète. Consultez le dossier Rentrée littéraire.

 Le jury du prix Femina a révélé aujourd'hui sa première sélection. En lice quelques noms repérés précédemment pour les "Gongourt, Renaudot, Médicis & Co"... Le 12 novembre prochain, les lauréats seront désignés. En attendant, voici les admissibles.
Romans français Nathacha Appanah, Le dernier frère (L'Olivier) Dominique Barbéris, Quelque chose à cacher (Gallimard) Jean Clausel, Cherche mère désespérément (Rocher) Marie Darrieussecq, Tom est mort (P.O.L.) Ananda Devi, Indian Tango (Gallimard) Christophe Donner, Un roi sans lendemain (Grasset) David Foenkinos, Qui se souvient de David Foenkinos ? (Gallimard) Eric Fottorino, Baisers de cinéma (Gallimard) Linda Lê, In memoriam (Christian Bourgeois Editeur) Gilles Leroy, Alabama Song (Mercure de France) Jean Pérol, Le soleil se couche à Nippori (La Différence) Olivier et Patrick Poivre d'Arvor, J'ai tant rêvé de toi (Albin Michel) Claude Pujade-Renaud, Le Désert de la grâce (Actes Sud) Dominique Schneidre, Ce qu'en dit James (Seuil)
Romans étrangers Milena Agus, Mal de pierres (Liana Levi) Alessandro Baricco, Cette histoire-là (Gallimard) Joan Didion, L'Année de la pensée magique (Grasset) Shirley Hazzard, Le passage de Vénus (Gallimard) Dinaw Mengestu, Les belles choses que porte le ciel (Albin Michel) Joseph O'Connor, Redemption Falls (Phébus) Arto Paasilinna, Le Bestial Serviteur du Pasteur Huuskonen (Denöel) Marisha Pessl, La physique des catastrophes (Gallimard) Edward St Aubyn, Le goût de la mère (Christian Bourgois Editeur) Melanie Wallace, Sauvages (Grasset) Daniel Mendelsohn, Les Disparus (Flammarion)
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La rentrée littéraire semble s'accélérer avec la communication rapprochée des sélections des jurys des grands prix littéraires. Hier, celui du prix Médicis a publié sa première sélection de romans, dont les lauréats seront connus le 12 novembre prochain.
Prix Médicis du roman
Charles Dantzig, Je m'appelle François (Grasset) Yannick Haenel, Cercle (Gallimard) Christophe Donner, Un roi sans lendemain (Grasset) Vincent Delecroix, La chaussure sur le toit (Gallimard) Gilles Leroy, Alabama Song (Mercure de France) Eric Fottorino, Baisers de cinéma (Gallimard) Philippe Forest, Le nouvel amour (Gallimard) Antoine Volodine, Songes de Mavlido (Seuil) Jean Hatzfeld, La stratégie des antilopes (Seuil) Charif Majdalani, Caravansérail (Seuil) Eric Reinhardt, Cendrillon (Stock) Linda Lê, In memoriam (Christian Bourgeois Editeur) Jean-Paul Kauffmann, La maison du retour (Nil) Jean-François Haas, Dans la gueule de la baleine guerre (Seuil) Jeanne Labrune, L'obscur (Grasset) Nathacha Appanah, Le dernier frère (L'Olivier) Olivier Adam, A l'abri de rien (L'Olivier)Prix Médicis du roman étranger Daniel Mendelsohn, Les Disparus (Flammarion) Christine Leunens, Le ciel en cage (Philippe Rey) Knud Romer, Cochon d'allemand (Les Allusifs) Abha Dawesar, Babyji (Héloïse d'Ormesson) Milena Agus, Mal de pierres (Liana Levi) Ismail Kadaré, Hamlet le prince impossible (Fayard) Santiago Gamboa, Le Syndrome d'Ulysse (Métailié) William Vollmann, Central Europe (Actes Sud) Marisha Pessl, La physique des catastrophes (Gallimard) Emili Rosales, La ville invisible (Actes Sud)

La sélection 2007 du Prix Wepler-Fondation La Poste a été communiquée mardi. 13 ouvrages ont été retenus. Depuis 1998, la Brasserie Wepler anime la vie culturelle du quartier de Montmartre en participant à la rentrée littéraire et l'attribution d'un prix auquel elle a donné son nom. Organisé à l'initiative de la librairie des Abbesses et bénéficiant d'un partenariat avec la Fondation La Poste, le Prix Wepler-Fondation La Poste récompense deux auteurs contemporains pour un ouvrage de fiction en langue française. Le dessein est d'offrir à un certain nombre d'écrivains, débutants ou confirmés, une "réception riche, vivante et libre". Le jury change tous les ans et se compose de journalistes, de libraires, de lecteurs, et cette année d'une détenue de longue peine. En attendant les délibérations, voici les romans de la rentrée 2007 qui ont retenu leur attention.
Nelly Arcan, A ciel ouvert (Seuil) Maurice Audebert, Tombeau de Greta G. (Actes Sud) Dominique Barbéris, Quelque chose à cacher (Gallimard) Louise Desbrusses, Couronnes boucliers armures (P.O.L.) Hélène Frappat, L'Agent de liaison (Allia) Philippe Garnier, Roman de plage (Denoël) Yannick Haenel, Cercle (Gallimard) Jérôme Lafargue, L'ami Butler (Quidam Editeur) Linda Lê, In memoriam (Christian Bourgeois Editeur) Marius Daniel Popescu, La symphonie du loup (José Corti) Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître (Verticales) Jacques Serena, Sous le néflier (Editions de Minuit) Philippe Vasset, Un livre blanc (Fayard)
Le prix sera décerné le lundi 12 novembre.

"Madeleine grelotte. Elle souffle sur ses doigts. Une main après l'autre. Un froid mouillé s'engouffre sous sa jupe. Elle plaque sa jupe contre ses cuisses. Les arbres nus succèdent aux arbres nus, découpés sur le ciel gris-mauve. Elle fixe le ruban d'asphalte. Elle serre le châle sur sa poitrine."
Le style de Valentine Goby n'est pas ma tasse de thé : j'ai horreur de ces phrases sèches à dominante descriptive qui s'embarrassent d'images plus ou moins réussies pour suggérer une scène cliché. Aussi le début de cette échappée me faisait-il craindre le pire. L'histoire ne me disait pas plus : le quatrième de couverture est un ratage complet qui n'indique ni le sujet, ni vraiment ce dont on va parler. Je pensais faire le travail néanmoins et dérouler le livre comme il faut, vite et sérieusement, avant... d'en dire du mal. Mais cette échappée vaut beaucoup mieux que cette première approche. Lire la chronique complète L'échappée Valentine Goby Gallimard
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La première sélection du prix Renaudot a été dévoilée hier. 16 romans, 7 essais sont en lice en cette rentrée littéraire 2007. Les voici : RomansOlivier Adam, A l'abri de rien (L'Olivier) Charles Dantzig, Je m'appelle François (Grasset) Vincent Delecroix, La chaussure sur le toit (Gallimard) Ariel Denis, Soixantième (Le Rocher) Christophe Donner, Un roi sans lendemain (Grasset) Paul Fournel, Chamboula (Seuil) Eric Fottorino, Baisers de cinéma (Gallimard) Hubert Haddad, Palestine (Zulma) Vénus Khoury-Ghata, Sept pierres pour la femme adultère (Mercure de France) Carole Martinez, Le coeur cousu (Gallimard) Gilles Leroy, Alabama Song (Mercure de France) Charif Majdalani, Caravansérail (Seuil) Amélie Nothomb, Ni d'Eve, ni d'Adam (Albin Michel) Lydie Salvayre, Portrait de l'écrivain en animal domestique (Seuil) Eric Reinhardt, Cendrillon (Stock) Cécile Wajsbrot, Conversations avec le maître (Denoël) EssaisSamuel Brussell, Musique pour les vivants (Grasset) Thomas Clerc, Paris musée du XXIe siècle (Gallimard) Hélène Cixous, Si près (Galilée) Olivier Germain-Thomas, Le Bénarès-Kyoto (Le Rocher) Gilles Lapouge, L'encre du voyageur (Albin Michel) Yasmina Reza, L'aube le soir ou la nuit (Flammarion) Dominique de Villepin, Le soleil noir de la puissance (Perrin)

Dans le ciel qui s'embrase, les nuages langues de feu vengeur les oiseaux, vols des noirs présages les vents, annonciateurs d'orages les avions, avec la pluie des hommes, suspendus dans la nuée aux corolles brillantes trop brillantes pantins, inertes sous leurs ficelles, aux corps criblés de haine avant d'avoir touché le sol. Au loin, implacable spectateur, le disque écarlate s'éloigne laissant sur la mer des trainées de sang Il va saluer, derrière l'horizon, les bateaux qui attendent. C'était un jour de juin.
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Tiwitio qui précise "En s'ennuyant en cours d'histoire..."
Nous vous rappelons que vous pouvez également proposer votre (vos) poème (s) d'adolescence en cliquant par ici. Toutes les explications pour ce concours sont par ici.

Les dames de nage, roman écrit par le comédien et réalisateur Bernard Giraudeau, est le lauréat 2007 du Prix littéraire des Sables d'Olonne. Le jury composé de personnalités était présidé par Régine Deforges. A travers les histoires d'amour de ses personnages, Bernard Giraudeau signe une invitation au voyage de l'Afrique à l'Amérique du Sud. Son écriture est franche, lyrique, tout en s'affranchissant d'une éventuelle mélancolie. Cet ouvrage a précédemment été plébiscité par le grand public, recevant même le Prix des lecteurs de L'Express (juin 2007).
Les dames de nage Bernard Giraudeau Métailié

La Cité de Verre de Paul Auster, adapté par Paul Karasik et David Mazuchelli, voilà le contre-exemple que tout le monde cite quand on parle de l'inintérêt uniforme des adaptations de romans en BD. Je l'ai lu il y a quelques années. C'était effectivement très très bon. Et, mis à part quelques oeuvres plus obscures qui existent certainement et qui me surprendront peut-être un jour, je peux me permettre d'aborder les autres adaptations de ce type sans m'attendre à grand chose. J'ai été pris en traître par l'adaptation en manga de Yapou: Bétail Humain, classique de la littérature SM japonaise d'après-guerre. La couverture (imprimée du mauvais côté du bouquin, pour ajouter à la confusion) met bien en avant une citation élogieuse de nos confrères de Chronic'Art qui, je l'ai découvert plus tard, parlaient en fait du roman de Shôzô Numa et nullement du manga que j'avais entre les mains.
Le roman de Numa racontait l'histoire d'un couple composé d'une Allemande et d'un Japonais, qu'une voyageuse temporelle égarée dans le XXe siècle rammène chez elle, dans un futur dominé par des femmes blanches. Leurs époux leur sont soumis, mais le pire sort a été réservé aux Japonais, devenus les "yapous", sous-hommes utilisés comme animaux de compagnie, repose-pied et/ou sex toy. Je n'ai pas lu le roman, mais ce que j'ai pu en deviner, d'après cette, c'est que tout comme pour Sade, passée la révélation de la justesse de la vision sociale (ici le masochisme du Japon vis-à-vis des vainqueurs de 1945), si on n'a pas un vif intérêt personnel pour la description du dressage des êtres humains et des diverses humiliation qu'on leur fait subir, on s'ennuit bien vite. L'adaptation en manga de Tatsuya Egawa est confondante de médiocrité. Le dessin est étonnament mauvais. Etonnament, parce que si les Japonais ne produisent pas des planches qui cherchent à égaler la qualité illustrative de la BD européénne, le système de production en masse du manga nous a habitués à un certain professionalisme, ici totalement absent. Pourtant, le pire est sans doute l'abscence de tout travail d'adaptation. Le texte original, plein de longues descriptions de la société misandre du futur, ne se prétait pas vraiment à la BD sans un gros travail de réécriture. Egawa ne s'en est manifestement pas rendu compte, se contentant de multiplier les pavés de texte accompagnés d'illustrations inutiles.
Publié dans la "sérieuse" collection Kami, l'importation de Yapou chez nous laisserait perplexe même dans une collection érotique moins prétentieuse. C'est en fait si mauvais que la lecture en devient divertissante, un peu comme une "fan fiction" Harry Potter, Tome 1 : Harry Potter à l'école des sorciers érotique ou un film de Steven Seagal. Pour ma part, je me lasse assez vite de la médiocrité et je ne regarde jamais les séries Z plus de quelques minutes. Bref, si vous croisez ce manga : passez votre chemin.
Yapou : Bétail humain Tatsuya Egawa Kami

Denis Guedj écrit des livres de scientifique (il enseigne à l'université), et donc de poète : beaux comme des démonstrations et organisés comme des classiques instantanés. Ce Villa des hommes est à ce titre un parfait échantillon de son talent : impeccable (presque trop) et ce quel que soit l'angle par lequel on le prend. L'histoire est simplissime : deux hommes, un lieu, deux histoires, difficile de faire mieux. Le lieu sera un asile psychiatrique en Allemagne, pendant la Première Guerre Mondiale. L'homme n°1 est un brillant mathématicien, septuagénaire, décalque du vrai génie Georg Cantor, créateur de la théorie des ensembles et du théorème de... Cantor, dans lequel il définit l'existence d'une infinité d'infinis. L'oeuvre de Cantor (qui est un peu évoquée ici) est l'une des plus importantes du siècle mathématique, établissant un nouveau paradigme de pureté, traversé par de belles inspirations métaphysiques. Hans Singer (le personnage du livre) est authentiquement Cantor : même biographie, même parcours. On le prend au bord du livre au moment où il est de nouveau interné pour dépression : ses mathématiques sont critiquées par l'intelligentsia, on l'humilie publiquement lors d'une conférence et il perd pied dans son propre travail, absorbé, comme dans un gouffre, dans une ultime démonstration dont il ne viendra jamais à bout. Le personnage n°2, Matthias Dutour, est un cheminot français d'obédience anarchiste, engagé dans l'armée et qui se retrouve dans cet asile allemand après avoir perdu pied sur le front, vaincu par la laideur de la guerre, le propre reniement de ses valeurs et un affreux incident qu'on ne connaîtra qu'à la fin du roman. Le directeur de l'établissement psychiatrique décide, comme un botaniste, d'aparier les deux hommes et leurs malaises en les plaçant dans la même chambre. Les deux mutiques se changent alors en pipelettes et, autour d'une belle et sincère amitié, se racontent leurs vies, leurs folies. L'aventure ne durera que quelques semaines ou mois pour chacun d'eux. Il n'apparaît pas nécessaire d'en dire beaucoup plus sur un livre qui, sur la justesse de l'émotion créée par la confrontation harmonieuse des contraires apparents (le jeune/le vieux, l'intellectuel/le soi-disant manuel,...) est une réussite totale. Les destinées des deux hommes se complètent, s'ajoutent et se multiplient à la perfection comme deux objets mathématiques ou une illustration in vivo de la théorie des ensembles. Le jeune Matthias se met aux mathématiques tandis que le mathématicien fantasme sur les grosses locomotives. Guedj montre que la folie ne tient qu'à un fil et est souvent une réponse appropriée (?), aux agressions du monde extérieur. On rassurera ceux qui craindraient de se voir infliger des démonstrations mathématiques et autres pensums sur la théorie des infinis en disant que tout cela est servi de façon très digeste et plutôt bien amené dans le cadre d'une conversation tantôt amusante, tantôt carrément émouvante. L'intrusion de personnages secondaires dans le périmètre du récit (une jeune femme, la famille de Singer) vient casser un peu le rythme d'un ouvrage dont la construction linéaire et le huis-clos parfaits sont une qualité indéniable, et peut-être la seule faiblesse. Dans un univers chaotique, Guedj choisit d'offrir à ses personnages (et au lecteur) un oasis d'humanité qui, si on ne se laisse pas embarquer par l'émotion et les récits des deux hommes, pourrait laisser penser qu'il a choisi la facilité. Il n'en est rien. Le monde est dur et la villa des hommes, paradoxalement, lieu d'enfermement et d'exclusion, permet de mieux y respirer. Le roman ne fait sans doute pas partie des romans époustouflants de cette rentrée (y en a-t-il seulement ?) mais sûrement de ceux qu'il fait bon lire.
Villa des hommes Denis Guedj Robert Laffont
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Aujourd'hui, la liste des XV sélectionnés pour le Prix Goncourt vient d'être publiée. Le lauréat sera désigné le lundi 5 novembre. En attendant, voici les heureux titulaires : Olivier Adam, A l'abri de rien (L'Olivier) Pierre Assouline, Le portrait (Gallimard) Philippe Claudel, Le rapport de Brodeck (Stock) Marie Darrieussecq, Tom est mort (P.O.L.) Vincent Delecroix, La chaussure sur le toit (Gallimard) Delphine de Vigan, No et moi (J.C. Lattès) Michèle Lesbre, Le canapé rouge (Sabine Wespieser) Clara Dupont-Monod, La passion selon Juette (Grasset) Yannick Haenel, Cercle (Gallimard) Gilles Leroy, Alabama Song (Mercure de France) Amélie Nothomb, Ni d'Eve ni d'Adam (Albin Michel) Olivier et Patrick Poivre d'Arvor, J'ai tant rêvé de toi (Albin Michel) Grégoire Polet, Leurs vies éclatantes (Gallimard) Lydie Salvayre, Portrait de l'écrivain en animal domestique (Seuil) Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître (Verticales) Consultez le dossier Rentrée littéraire.

Selon toute vraissemblance, vous devez être nombreux à lire Fluctuat au bureau. Et avec la croissance si proche du zéro, c'est peut-être irresponsable de notre part de faire davantage de mal à votre productivité, mais nous ne sommes pas votre mère ni votre patron. Aussi ce billet inaugure-t-il une série sur les lectures de bureau. Des lectures divertissantes, consommables par petites doses, furtives et faciles à cacher dans un onglet anonyme de votre ordinateur. 
Pour commencer cette entreprise de sape de l'économie française, il n'y a pas mieux que le célèbre Perry Bible Fellowship, un strip hebdomadaire à l'humour universel. Contrairement à la plupart des webcomics, PBF est très bien dessiné (ne vous fiez pas à l'exemple du dessus qui date un peu), le plus souvent dans un style naïf rappelant les livres d'enfants, mais parfois aussi dans toute une variété de styles allant de l'estampe japonaise au pixel-art selon les besoins du gag. Globalement, ceux-ci tournent à peu près toujours autour du sexe, de la mort ou de la stupidité, trois thèmes éternellement porteurs. Les archives sur le site ont été récemment raccourcies pour accorder l'exclusivité des meilleurs vieux strips à un bouquin sorti il y a peu aux Etats-Unis mais il reste tout de même quelques dizaines de très bons strips. Il n'y a rien de pire que d'expliquer une blague, si ce n'est peut-être de décrire à quelqu'un ce qu'il est tout à fait capable de voir lui même, aussi je vous laisse parcourir vous-même les archives de Perry Bible Fellowship. Faites juste bien attention qu'on ne vous voit pas.

Les communistes des jours anciens sont à la mode. Après Guy Môquet et sa Lettre d'adieux reprise dans les écoles ainsi qu'à Marcoussis, voilà Boris Souvarine ressuscité par les éditions Allia. En effet, la rentrée littéraire se laisse porter par ce renouveau et prend des airs de déjà-vu avec la réédition de Sur Lénine, Trotski et Staline de Boris Souvarine. Deux interviews accordées respectivement à Branko Lazitch en décembre 1979 pour L'Express, et à Michel Heller en 1978 parue dans la revue Kontint (Continent). L'historien, dont la biographie Staline (1935) demeure une référence, dresse le portrait des trois grandes figures du communisme russe. Décryptage de l'histoire à travers ses souvenirs, ses rencontres. Lénine, un utopiste opportuniste, Staline un égocentrique cynique, Trotski perfectionniste et soucieux de son rôle dans l'Histoire. Un petit fascicule de 60 pages, sans prétention, facile à lire. A (re)découvrir.
Sur Lénine, Trotski et Staline Boris Souvarine Editions Allia
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Le Parisien du jour y va cash : Pas la peine de les lire. 5 ouvrages de la rentrée littéraire exhibés en tant que livres ratés. Chroniques de l'asphalte 2 de Samuel Benchetrit, Bad Love de Catherine Breillat, C'est fou, une fille... de Marie Billetdoux, Artefact de Dantec (Et oui Myoso. Tu te places sûrement dans la catégorie "Fans absolus"...), sans oublier... Cendrillon d'Eric Reinhardt. Idem sur le net. François Begaudeau, Nathalie Rheims, Eric Halphen, entre autres, sont classés parmi les mauvais élèves (lire.fr). Comme quoi avoir un nom et connu le succès ne suffisent pas. En attendant, Yasmina Reza continue de caracoler en tête des charts. Suivie par Amélie Nothomb. Toutefois, les goûts et les couleurs ne se discutant pas, que valent vraiment ces appréciations ?... Qu'en pensez-vous ?
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Le Grand Oracle est de retour, comme chaque année, chaque semestre presque, et il a des choses importantes à nous écrire. En attendant une vraie chronique en marge de la soirée qui se tiendra le 11 septembre à la Maison des Associations et des Solidarités (Paris, 13e), pour célébrer la mise en branle de la Communauté des Babylon Babies, quelques pistes et impressions de lecture pour ceux qui auraient déjà entamé ou fini le mini-monstre. Mini-monstre, et c'est là une surprise, parce que Artefact (sous-titre Machines à écrire 1.0 - on en parle pas aujourd'hui), malgré sa longueur (566 pages), est un livre qui se dévore en mode "free brain", sans aucune difficulté apparente (avec une petite réserve sur la 2ème séquence), ni aspérités. Peu ou pas d'analyses qui ralentissent le rythme, références zéro et rétropédalage en vocabulaire ultrasimple : Dantec nous offre la quintessence de sa pensée à la mode Albin Michel (et je le dis sans méchanceté). Artefact est composé de 3 séquences, ou mini-romans de 150 à 200 pages, qui formeront, à la dernière minute (à moins que vous ne soyez plus finauds que moi) une trinité ou un Tout (ce qui n'est pas la même chose évidemment, puisque le principe de la Trinité, évoqué dans le livre, est qu'elle est une sorte d'équilibre déséquilibré). Trois mini-romans donc, pour le prix d'un. Le premier peut être interprété comme une variante brillante taillée sur le motif de la Sirène Rouge. On oublie les maladresses stylistiques (l'image "aiguille ou paille qui se perd dans la meule de foin ou le panier" revient une bonne dizaine de fois) qui disparaissent en Mondiovision. Un homme (ou presque), une jeune fille ou enfant, taillent la route pour échapper au monde et rattraper leur destin. Dantec n'invente rien (la fin est un artifice ultrarabâché de SF) mais transcende un schéma (ab)usé en fécondant son duo de sacré et de "mysticisme". Entre La Grande Evasion et StarMan, l'effet est garanti, sublime, émouvant et pétaradant, renforcé évidemment par le grand morceau de bravoure que constitue l'ouverture : la descente du World Trade Center, en quasi mode téléréalité, le matin du désastre. Mieux vaut vous laisser découvrir ça par vous-même. La deuxième séquence démarre assez mal (le coup de la chambre blanche dans laquelle un amnésique se réveille sent le déjà-lu) et nous laisse sceptique jusqu'à ce que cette partie prenne tout son sens, au milieu de la séquence 3. Du coup, alors qu'on avait dévalé ça la tête dans le sac, on repart en arrière pour s'apercevoir que le coeur trinitaire du roman est bien là, dans cette écriture répétitive et épurée, simplissime, obscure. La troisième séquence, justement, est sûrement la plus créative, dure et belle comme du Palahniuk ou du Bret Easton Ellis anarchiste. Un tueur (ou un homme tout court) fait alliance avec le diable qui... part en vacances. On est pas chez Bruce Tout-Puissant mais c'est presque aussi drôle. La descente aux enfers sur Terre est terrible, enivrante, hypnotique. Les horreurs s'enchaînent autour d'une sublime démonstration par l'absurde : le Mal est en nous. Le Mal est humain. Leçon de choses. Dantec fait un clin d'oeil aux histoires d'horreur, à ces films de série Z qui nous font frissonner (Hostel, ce genre de trucs), en s'appuyant sur un fond idéologique finalement pas si différent mais plus intelligemment tourné. L'exécution de Sami Naceri est subtile, les autres meurtres se tiennent et l'on grimpe d'une dimension lorsque Dantec tente de venir à bout du monde en organisant un grand téléthon, une Armée des Douze Singes téléréelle, matinée de Star Ac de l'horreur. Quelques... stratagèmes sont moins réussis que d'autres mais la balade with the devil fonctionne impeccablement et nous invite à reprendre un peu de lumière et de grâce au chevet des 2 premières histoires. Artefact en impose clairement moins que Villa Vortex ou Grande Jonction. Il n'en reste pas moins que l'auteur y donne l'impression d'être redescendu parmi ses anciens amis (les lecteurs moyens, les fans des premiers polars déçus, les lecteurs de bibliothèque et les adolescents boutonneux), qu'il s'est mis à portée du plus grand nombre, sans néanmoins céder sur l'essentiel, ni faire la moindre concession sur la dynamique de sa pensée. Si on ne ressent aucun trouble à dérouler Artefact, c'est sûrement qu'on a fini par rendre les armes et partager, d'une certaine façon, sa vision du monde.
Artefact Maurice Dantec Albin Michel
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Je voudrais écrire un poème Ou bien savoir dessiner Chanter écrire ou composer Pour décrire ce que j'aime Mais pour faire ça L'envie ne suffit pas Tes vers sont bêtes Ils ne ressemblent à rien. Mais ils évitent que t'embêtes N'est-ce pas ? C'est déjà bien. D'ailleurs je m'en fous éperdument De faire des vers plats, Des rimes à rien. Ce qui compte pour moi, pour l'instant C'est d'occuper ma pensée par n'importe quoi De ne plus penser à rien. Pour m'empêcher de pleurer Pour m'empêcher de crier De leur hurler mon chagrin A tous ceux qui ne comprennent rien. Qui se foutent de moi Qui s'imaginent Dieu sait quoi. Mais surtout pas que je puisse être triste Que je puisse désirer être seule Tu divagues de plus en plus Ma pauvre amie. Peut-être vaut-il mieux pour finir Que tu pleures, que tu cries.
NB Solaris : Ce poème est proposé par Otir qui indique "Daté sur le manuscrit. Année supposée en fonction de l'endroit où je l'ai retrouvé : 1973. Âge : 15 ans révolus. Circonstances (supposées) : état dépressif. Mon amie dont j'étais éperdument amoureuse ne m'a pas écrit, les amis de mon frère aîné se moquent (apparemment) de mes sautes d'humeur, tandis que je m'apprête à leur demander de m'emmener au Larzac avec eux (et je tomberai amoureuse transie de l'un d'entre eux peu après ce poème). Nous vous rappelons que vous pouvez également proposer votre (vos) poème (s) d'adolescence en cliquant par ici. Toutes les explications pour ce concours sont par ici.

J'peux pas dormir Y a trop de lumière Dans ton sourire Ça m'fout les nerfs Et puis, le bruit De ton sourire, Et puis, la nuit, Les souvenirs. Sors de ma tête Dégage d'ici Faut que ça s'arrête Ces insomnies.
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Cyz qui précise "Age approximatif : 15 ans. Historique : Ecrit une nuit d'insomnie, après avoir été éconduit par une demoiselle qui voulait "qu'on reste amis"." Nous vous rappelons que vous pouvez également proposer votre (vos) poème (s) d'adolescence en cliquant par ici. Toutes les explications pour ce concours sont par ici.


Ce soir, le monde devient ovale. France vs Argentine comme match d'ouverture de la Rugby World Cup. Si votre coeur balance et souhaite vibrer sur des rythmes sud-américains, la lecture de Coco Dias ou la Porte Dorée de Brina Svit devrait le satisfaire. Un roman passionnant, qui vous transporte de Paris à Buenos Aires. "Si tu écris sur moi, je t'apprends à danser." Une proposition que saisit l'héroïne. C'est ainsi que débute sa folle aventure, au cours de laquelle elle retrace la genèse du tango tout en se perfectionnant. Sur Flu, vous retrouverez bientôt une chronique plus complète de cet ouvrage. Car, comme vous l'aurez compris, ce billet est juste un clin d'oeil au match dont le coup d'envoi sera donné dans 3 heures.
Nb : Et pour les vrais amateurs de rugby, Vestiaires de Jean-Pierre Rives aux éditions Anne Carrière.
Coco Dias ou la Porte Dorée Brina Svit Editions Gallimard
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Sous la rentrée... la plage, c'est ce que nous propose Philippe Garnier avec cet attrayant Roman de Plage, paru ces derniers jours. Un graphiste parisien revient comme chaque année au Vénézuela (pays de son ancienne compagne qui a la garde de leur enfant) pour passer trois semaines de vacances en compagnie de son fils Pablo (7 ans, ou quelque chose comme ça). Dans un pays marqué par le gouvernement abracadabrantesque de Chavez, un pays miné par la corruption et les lois de la jungle sud-américaines, Stéphane et son fils sont envoyés, par la belle famille qui les suit de près, dans un complexe hôtelier sécurisé et privilégié, qui constituera le huis-clos étouffant et comique du roman. L'hôtel pour vacanciers argentés ressemble à un Club Med artisanal, tenu par une famille très "Vieille France" (ou "Vieux Vénézula", si cela existe), aux tours aussi mystérieux que désuets. Les enfants gambadent entre eux, tandis que le papa pas-poule s'interroge sur la vie. Le roman mélange ainsi une sorte d'introspection nombriliste (un roman psychologique) et un crescendo fantastique (des enfants disparaissent du complexe, sans aucune explication). C'est l'intrication des deux dimensions : la montée de l'angoisse liée à la disparition des gamins et le malaise du père par intérim, qui font l'intérêt du livre. L'écriture de Philippe Garnier contribue par sa clarté et sa simplicité à ne pas faire des réflexions du père un pensum sur le mal-être des quadra. Elle nous offre quelques beaux passages, lorsque Stéphane essaie de draguer une ancienne amie de sa femme et sèche sur l'érection, ou lorsque père et fils déambulent par delà les fortifications de la zone de vacances. Le crescendo est orchestré de telle sorte que les choses aillent de mal en pis et finissent par croiser la dure réalité du pays. Pablo disparaît, les policiers débarquent et prolongent l'état de siège enclenché par les disparitions pour d'autres finalités. La légèreté du roman et sa justesse en font une lecture facile, élégante et pleine de mélancolie. On aurait bien quelques reproches à faire ici (une longueur deci delà, un faux rythme parfois agaçant, une conclusion savonneuse) mais on préférera, pour une fois, insister sur les qualités plutôt que sur les défauts. Roman de plage est un excellent livre de rentrée, un de ces poids plumes qui comptent plus (et mieux) que certains poids lourds, un livre de technicien romancier (Garnier bosse apparemment dans sa propre maison d'édition) qui ne dégaine aucune arme lourde (pas de pédophilie, de meurtres d'enfants, de sadisme, de méchanceté) pour parvenir à ses fins modestes.
Roman de plage Philippe Garnier Editions Denoël
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Deux leaders de l'Internet profitent de l'élan technologique dont bénéficie le livre électronique pour asseoir leur position sur ce marché porteur. En effet, Amazon, fournisseur number 1 de produits de loisirs, proposera un lecteur portable en noir et blanc, tandis que Google mettra en place un service de téléchargement de livres payant. Kindle, un lecteur à écran plat format livre, sera disponible dès le mois d'octobre (estimation du "joujou" : 400 à 500 $). Compatible wi-fi, il sera possible de récupérer des livres ainsi que des journaux comme Le Monde, le Wall Street Journal, le New York Times via le site Amazon. Il disposera également d'un clavier, permettant prise de note et surf sur la toile. Utilisant un format de e-book propre à la technologie de sa filiale Mobipocket, Amazon ne sera pas accessible aux autres lecteurs. Une situation d'absolu monopole, court-circuitant un concurrent de taille : le japonais Sony. Quant à Google, ses équipes sont investies depuis plusieurs mois dans la récupération d'ouvrages afin de réaliser une bibliothèque électronique mondiale. Un service payant sera mis en place, dont une partie des revenus sera créditée sur le compte des éditeurs. Ces opérations seraient un coup de pouce non négligeable au recours à l'e-book et pourraient également encourager les maisons d'éditions à entreprendre une numérisation plus conséquente et efficace de leurs ouvrages. Si ces projets, faisant la part belle à l'innovation, séduisent les Geeks les plus hardcores, certains demeurent encore sceptiques. Ainsi Michael Gartenberg, expert en nouvelles technologies (JupiterResearch Office), se montre plus prudent, affirmant dans le New York Times qu'il n'envisage pas l'éclosion d'un vrai marché de l'e-book dans l'immédiat, convaincu que le grand public aura du mal à se détacher du contact rassurant du papier.
Sur Aeiou, décryptage d'une nouvelle fonctionnalité de Google Book Search : quelle est la citation la plus populaire de la littérature française ? A vous de googliser...

J'imagine ton corps sur lequel coulent les gouttes, De chacun de tes pores perlent chacun de mes doutes, Je m'imagine seul devant ta nudité, Devoir courber l'échine devant une telle beauté. Je voudrais contempler encore un petit peu, Et continuer de rêver sans passer aux aveux, J'imagine ma main glisser dans tes cheveux, Puis courir le matin pour t'ouvrir les yeux, Pour qu'enfin tu puisses voir que nous sommes deux.
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Pitoum qui indique "Voilà, j'étais jeune (14/15 ans) et je draguais Hélène, une fille qui habitait à deux pas de chez moi et que j'avais rencontré sur Internet. Et elle m'avait révélé que son fantasme c'était de faire l'amour sous la douche (Hélène, si tu nous lis, j'ai une belle douche à Grenoble maintenant...)." Nous vous rappelons que vous pouvez également proposer votre (vos) poème (s) d'adolescence en cliquant par ici. Toutes les explications pour ce concours sont par ici.

Un livre, C'est comme un rêve, ça vous rend ivre sur la grève d'une plage, Sans fin, On en tourne la page, Pour en savoir la fin.
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Melux qui indique " Ecrit à 8 ans, pour la fête des pères. Dédié à mon père, grand lecteur, et rêveur..." Nous vous rappelons que vous pouvez également proposer votre (vos) poème (s) d'adolescence en cliquant par ici.Toutes les explications pour ce concours sont par ici.

Voilà plusieurs jours que ce billet blog est ouvert sur une page blanche. Non pas que l'inspiration manque pour évoquer la jeune Marisha Pessl. Ni même les informations. Née à Asheville en Caroline du Nord, diplômée de l'Université de Columbia, cette jeune demoiselle de 27 ans est une révélation outre-Atlantique. La physique des catastrophes a été classée parmi les cinq meilleurs romans de l'année 2006 par le respectable New York Times Book Review et récompensée par de nombreux prix littéraires. Premiers pas dans la littérature salués par la critique, qui lui valent également des comparaisons flatteuses avec d'illustres aînés tels Donna Tartt (Le maître des illusions) ou John Irving (L' monde selon Garp). Un premier roman ambitieux, avec pour narratrice une adolescente attachante, Bleue Van Meer qui mène une vie peu ordinaire. Orpheline de mère, elle parcourt les Etats-Unis en compagnie de son père un intellectuel excentrique et expansif. Leur relation est fusionnelle, leurs échanges sur la littérature et la physique quantique enrichissants. Toutefois, cette vie de bohème est tout à coup bouleversée par la mort de son professeur préféré, dont elle découvre le cadavre pendu. Bleue se lance alors dans une enquête pour reconstituer l'histoire et élucider cette mort. Subtilement, brillamment, Marisha Pessl établit à travers ce récit un portrait de la société consumériste américaine sans concession. La physique des catastrophes : un titre accrocheur. Un pavé qui, malheureusement, a juste fait une courte halte à la rédaction avant de partir en vacances... (De forts soupçons d'expatriation définitive après un passage de la frontière transalpine planent encore sur ce livre). Quoiqu'il en soit, la lecture de quelques passages avait suffi pour donner envie de poursuivre. La librairie la plus proche étant à quelques rues d'ici, Flu ne manquera pas d'y récupérer un exemplaire afin de vous en reparler. Néanmoins, rien ne vous empêche d'y jeter vous aussi un oeil, et pourquoi pas de vous fier à cette bonne impression (même si cela peut sembler un peu juste).
La physique des catastrophes Marisha Pessl Editions Gallimard
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D'après le téléphone (car peut-être ai-je tendu une fois l'oreille, en traître), le Central Europe n'a strictement rien d'une nichée de pays, c'est une zone vierge pleine d'icônes noires et d'horloges à dorures dont les divisions territoriales accidentelles et sans cesse contestées (de vieilles enceintes datant de l'époque romaine, pour l'essentiel) peuvent être effacées à notre guise, il suffit pour cela que les Gauleiters et les commissaires du peuple les retouchent pour en faire des lignes perméables en pointillé gris, propices aux forces de police. Et maintenant l'heure est venue de contempler l'immense océan des toits striés de rouge, les innombrables îlots que forment les tours vertes et ternies s'élevant au-dessus des façades blanches où sourient des fenêtres et qui sombrent au-dessous de nous dans des récifs dont tous n'ont pas encore le téléphone. L'heure est venue d'admirer les parasols des cafés du Central Europe, pareils à des anémones, ses vieux toits que noircit une crasse semblable à du varech, le fracas de ses sabots et le tintement de ses cloches, les ombres de ses habitants en bas, dans les rues étroites. Oui, l'heure est venue, parce que demain tout devra être, comme l'annonce le téléphone, anéanti sans sommation, détruit, rasé, germanisé, soviétisé, totalement écrasé. C'est un ordre. C'est une nécessité. Nous ne nous battrons pas comme ces pleutres qui sont retenus par leur conscience; nous liquiderons le Central Europe! Mais il n'est pas trop tard pour négocier. Si vous nous donnez tout ce que voulons dans les vingt-quatre heures, nous vous dédommagerons en vous accordant des terres dans l'Est infini.
Ceux qui choisiront de lire, en cette rentrée littéraire, le nouveau roman de William T. Vollmann devront se résigner à n'en découvrir aucun autre. Gageons qu'ils y seront toujours (et à raison) lorsque viendra l'hiver. Avec ses 900 pages et des brouettes, Central Europe (la plateforme téléphonique la plus grandiose de la littérature contemporaine) épuise autant qu'il hypnotise. Il prolonge sous une forme romanesque composite (des histoires, des nouvelles et des destins mêlés) les travaux du romancier sur la violence et le sens de l'histoire. En un ample mouvement musical, l'auteur y organise le télescopage des fascismes, nazis et soviétiques, et des êtres humains, au travers de quelques "moments particuliers" (actes éthiques, dirait Lacan) saisis entre les années de guerres chaude et froide, des moments où la morale vacille et les valeurs se retournent comme de vieilles chaussettes. Autour de quelques figures historiques, dont celle du compositeur Chostakovitch, Vollmann livre un ouvrage encore une fois fascinant, brillant dans sa démesure, mais aussi, et pour la première fois dans son oeuvre pourtant monumentale, un ouvrage qui tutoie la sortie de route littéraire. Pour ou contre ? Voilà à quoi se résume le débat littéraire autour de ce livre. Pour le lire, en ce qui nous concerne, et l'aimer avec ses défauts. Vollmann renvoie Les Bienveillantes à la maternelle d'écriture et mérite sa médaille.
Nb : Sort également ces jours-ci un essai de Vollmann sur Copernic et sa révolution. Dans le registre des essais, on attend plutôt la traduction de l'excellent résumé en... 700 pages de son Rising Up and Rising Down (somme de plus de 3000 pages), essai sur la violence, réellement fascinant, et dont Central Europe est, d'une certaine façon, le prolongement.
Central Europe William T. Vollmann Actes Sud

Hier, le Prix Laurent Bonelli - Lire & Virgin Megastore - a été décerné à Clara Dupont-Monod pour La passion selon Juette. Ce nouveau prix littéraire vient d'être créé en hommage à un homme qui a voué son existence aux livres. Emporté par un cancer, Laurent Bonelli, qui a dirigé la librairie du Virgin Megastore des Champs-Elysées (2000 à 2006) nous a quitté en décembre 2006. Imaginé par François Busnel (directeur de la rédaction du magazine Lire) et Jean-Noël Reinhardt (président du Directoire de Virgin Store), il s'agit d'une récompense (la dote est de 3000€) remise à un auteur français ou francophone retenu dans la sélection de la Rentrée littéraire Virgin Megastore / LIRE. Une occasion pour ce duo de se démarquer en tant que découvreurs de talents, recherchant les pépites littéraires selon les valeurs chères à Laurent Bonelli : oeuvres éclectiques, surprenantes, innovantes. Des coups de coeur de libraires.
La passion selon Juette Clara Dupont-Monod Grasset et Fasquelle Retrouvez les dossiers Rentrée littéraire et Rentrée des Libraires.

Plus ça va Et moi ça va Plus je te vois Et moins j'y crois Pour elle je suis la haine Et pourtant je l'aime.
Nb Solaris : Poème envoyé par Vince qui pécise "Ecrit il y a bien longtemps en cours de français en seconde (quand j'étais amoureux, à l'époque, de Floriane...)." Nous vous rappelons que vous pouvez également proposer votre (vos) poème (s) d'adolescence en cliquant par ici. Toutes les explications pour ce concours sont par ici.


Baisers de cinéma est assurément le meilleur roman que j’ai lu en cette rentrée littéraire. Et peut-être le meilleur que j’aie lu cette année. Je l’ai savouré lentement, assis sur un banc, à l’ombre des grands arbres, au bout du quai Bourbon. Baisers de cinéma est une promenade dans Paris, sur l’île St Louis, le long de la rue Cassette…, avec arrêts dans les cinémas d’art et essai du Quartier Latin. Le narrateur y scrute, presque compulsivement, les films de la Nouvelle Vague. Et Baisers de cinéma devient alors non seulement une promenade dans Paris, mais aussi un roman du cinéma dans lequel Eric Fottorino nous offre de magnifiques éclairages sur la lumière. Et puis Baisers de cinéma, c’est aussi un roman sur la quête de mémoire, la piété filiale, celle que le héros voue à son père (photographe de la lumière, photographe du cinéma) dont l’ombre est omniprésente dans le livre. Baisers de cinéma, c’est encore un roman sur l’absence, celle de la mère, dont le héros espère l’apparition un jour au détour d’une projection dans l’une des salles obscures qu’il fréquente. C’est que son père lui a laissé des dizaines et des dizaines de bouts d’essais ainsi que de photos d’actrices dont l’une, mais Gilles Hector ne sait laquelle, a été sa mère. Et puis un jour que la projection s’achève, aux 3 Luxembourg, sa voisine de fauteuil semble tout droit sortie d’un film d’Eric Rohmer (à moins que ce ne soit de Truffaut ?). Le livre devient alors un roman de la passion, de la déraison amoureuse qui monte comme la vague et submerge tout. (Tout sauf le mari trompé, dont le portrait est à peine, en arrière-plan, mais avec quel talent, esquissé par Fottorino, et dont on devine tout l’héroïsme, tout le malheur muet, tout l’amour qu’il porte à son garçon et, malgré tout, à sa femme infidèle.). Mais la mer toujours se retire, de la femme parfaite apparaissent bientôt les défauts, la vague reflue, l’envoûtement d’abord croissant de l’amoureux devient désamour. Tout cela est magnifiquement construit, parfaitement amené et écrit avec tellement de subtilité, de légèreté, de délicatesse… Un grand, grand bonheur de lecture.
Baisers de cinéma Eric Fottorino éditions Gallimard
Nb Solaris : Cette chronique est proposée par Charles Kermarec, directeur de la Librairie Dialogues à Brest. Retrouvez les dossiers Rentrée littéraire et Rentrée des Libraires.

Les allumettes ça brulent Faut faire attention, sinon on hurle La beauté de leur flamme Douce et fine robe de feu Étincelante comme une lame M'habite corps et âme Gratter leur la tête Pour laisser apparaitre Ces jolies blondinettes
Nb Solaris : Ce poème est proposé par b0b0 qui indique "Poème écrit après une brûlure d'allumette à l'anniversaire de ma petite soeur." Nous vous rappelons que vous pouvez également proposer votre (vos) poème (s) d'adolescence en cliquant par ici. Toutes les explications pour ce concours sont par ici.

Ce livre d'entretiens commence avec ce qui aurait pu être une bonne scène d'action. Après une introduction de Frank Miller qui explique que lui et Will Eisner, en bons amis, se disputaient en permanence sur tous les sujet, la discussion entre les deux auteurs de comics s'ouvre avec Eisner qui balaie d'un revers de la main toute l'oeuvre de Miller : "Dans Un Pacte Avec Dieu, je parle de la relation d'un homme avec Dieu. Le mec qui lit ce que tu écris se fout pas mal de la relation de l'homme avec Dieu. Il veut savoir si Marvin va tuer ce fils de pute ou s'il ne va pas tuer ce fils de pute". A moins qu'il fut bien plus fourbe que ce que l'on pensait, Eisner semble ne même pas s'être rendu compte d'être en train d'insulter Miller et son oeuvre.
Frank Miller, malheureusement, répond sur un mode défensif, mais correct. C'est pourtant un type au tempérament provocateur, et sa politesse trahit le profond respect qu'il a pour un homme qui l'a énormément influencé dans son art. Les 350 pages suivantes se feront donc sur un ton poli, quoique un peu froid. Une fois ce différend fondamental écarté d'un commun accord, il ne reste plus aux deux hommes qu'à s'écouter l'un et l'autre, sans jamais vraiment échanger. Très opposés de par leur personnalité, leur parcours et leur travail, cet échange ne pouvait les mener très loin.
Il est difficile de dire si l'on est déçu ou pas par ce livre. Tout dépend de ce qu'on en attendait, évidemment. Et qu'avait-on le droit d'en attendre, si ce n'est un tas de discussions techniques, d'anecdotes sur le milieu des comics et de respectueuses tapes dans le dos mutuelles ? C'est en tout cas ce qu'on obtient et, pour un fétichiste de la BD comme moi, c'est déjà beaucoup. J'imagine de toute façon qu'il faut avoir cette passion un peu obsessionelle pour avoir envie d'ouvrir ce bouquin.
Eisner et Miller ne se seraient plus parlé après ces entretiens pendant quelques années, ne se retrouvant que quelques jours avant de décès d'Eisner. Dans son introduction, Frank prétend que son ami Will gagnait toutes les disputes. On l'imagine narquois : l'autre est mort et lui va maintenant réaliser une adaptation cinématographique du Spirit, le héros d'Eisner, pour lequel ce dernier avait refusé toutes les avances d'Hollywood.
Eisner/Miller, entretiens Charles Brownstein Rackham

Ton joug tu imposes Tu es toute rose D'avoir trop joué Toute la journée Une joue en feu En joue, feu ! Soudainement, tu te creuses Lorsque tu n'es pas heureuse Tu perds tes couleurs Face à ce malheur Tu n'es plus enjouée Tu n'es plus qu'un jouet Loin de te dégonfler Te revoilà comme tu plais ! Joufflue à souhaits Reine du visage Comment être sage Quand on espère seulement Te croquer à pleines dents.
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Pah qui indique "Blason écrit en 5 minutes chrono sur ordre de la professeur de littérature, à 16 ans." Nous vous rappelons que vous pouvez également proposer votre (vos) poème (s) d'adolescence en cliquant par ici. Toutes les explications pour ce concours sont par ici.

Première semaine de septembre et sur Paname, on se croirait déjà à l'automne. Ciel bas et gris, feuilles jaunies sur le bitume (Sauf aujourd'hui. Le soleil, bizarrement refait son apparition). En cette rentrée littéraire, Eric Reinhardt a décidé de mettre en valeur le cycle automnal. Un livre entier marqué par la préférence de son auteur à cette saison... Pense-bête climatique à Flu. Cendrillon ou les pérégrinations de trois personnages de la classe moyenne, au travers desquels le monde dans ce qu'il a de plus dur se révèle. Des courtiers pervertis par le succès aux investisseurs monomaniaques en mal de reconnaissance ; des parents incapables d'assumer leur rôle face à des ados ingérables. Portrait d'une société aux prises avec ses repères perdus, gangrenée par l'obscénité télévisuelle, les discriminations, les effets nocifs du capitalisme et de la mondialisation. La complexité de l'existence engendrant un profond sentiment de révolte. Trois anti-héros donc : un trader, un maniaquo-dépressif, un ingénieur insipide. Trois doubles, les potentiels devenirs de l'auteur s'il n'avait rencontré sa femme dix ans auparavant. (Et oui : derrière tout grand homme se cache une femme...) Considéré par certains comme le roman français de la rentrée, Cendrillon écorne le monde qui se heurte à l'inhumanité des hommes, tout en affichant une quête absolue du bonheur. Eric Reinhardt souhaitait mettre en scène des idéalistes qui tous se posent la même question : comment être heureux ? La désillusion règne sur notre époque. Toutefois, la recherche du bonheur est universellement partagée. Cendrillon, un roman d'amour revalorisant le poétique dans nos existence, et restaurant l'idée de relation aux autres fondée sur de hautes valeurs telles la compréhension, la solidarité. Ambition altruiste clairement affichée par son auteur. Ouvrage goncourable, mais qui, a défaut de cette "récompense absolue", pourrait remporter l'un des autres grands prix de la rentrée.
Cendrillon Eric Reinhardt Stock
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Poème 1 Classe, enfermé, êtres humains posés sur des chaises comme des objets à collectionner trop de Nike et d'indifférence envie d'événements tempêtes, des trucs violents tous regards secs et poussiéreux déją sauf grands yeux qui me regardent avec des émeutes qui nagent aux coins des pupilles des bonheurs qui bourgeonnent tout en scintillement trop belle pour endroit triste merci d'être lą quand même le sol semble mou, on s'enfonce trop d'ombres policiers partout elle me parle je n'entends pas n'écoute que ses yeux.
Poème 2 Tout semble convenu impression de vies étiquetées images d'archives on a l'impression d'avancer mais on flotte nos désirs croupissent sur des comptes bancaires mais c'est pas grave, rassurez-vous le monde est merveilleux : vous pouvez achetez des aspirateurs, des télés 16/9 et la vie des autres elles sont à vendre la vôtre est fade, accumulez, classez, collectionnez images et souvenirs étrangers tout est à tout le monde face au vide, multipliez les instants (faux et préfabriqués) je m'en fous je suis amoureux et cela m'éloigne de ma propre existence
Nb Solaris : Ces poèmes sont proposés par Mathieu qui précise "Deux poèmes (je vous laisse choisir le pire) écris à 16 ans, période romantico-rebelle par excellence... Une seule jeune fille aux cheveux noirs, L., est à l'origine des deux textes. Elle y a survécu. Merci de m'avoir donné une bonne excuse pour fouiller dans ces vieux trucs..." Nous vous rappelons que vous pouvez également proposer votre (vos) poème (s) d'adolescence en cliquant par ici. Toutes les explications pour ce concours sont par ici.

Edwin Marsal est cadre à la CETEC, grosse société d'ingénierie bordelaise. Dégoûté par un emploi ingrat, l'évolution de sa boîte et l'arrogance d'un petit chef de quatre ans son cadet, ce Français d'origine irlandaise pète un plomb (et accessoirement la gueule de son chef de service) et décide de refaire sa vie. A presque 40 ans, il plaque son boulot et quitte sa maison située en face du bassin d'Archachon pour Collioure dans les Pyrénées Orientales. Sur la route, il rencontrera Remy, et ensemble ils débarqueront chez Francis, un ami peintre du second. Embarqué dans une cocasse histoire de faux, Marsal joue maintenant les détectives amateurs spécialistes de l’art de la région à la recherche des oeuvres d'un mystérieux peintre écossais, ancien architecte urbaniste qui vient finir sa vie à Ceret, dans la misère. De son côté, Francis tourne un peu à vide dans la jolie ville Catalane et il n'hésitera pas beaucoup quand il se verra proposer un "emploi" de portraitiste à Saint-Brice, sur le bassin d’Arcachon. Un bassin menacé par des promoteurs immobiliers sans scrupules. Le voilà lui aussi embarqué dans une sombre histoire où l'Histoire, la grande, celle de la Seconde Guerre mondiale, géant de la petro-chimie allemande, commando spetsnaz et tueur de sang (très froid) se croiseront. Avec son second polar chez le Catalan Mare Nostrum, François Darnaudet nous propose donc un roman double, ou plutôt un "polar deux en un", hésitant continuellement entre deux histoires et deux eaux, Atlantique ou Méditerranée. Entre deux côtes et deux rives, peut-être à l'image de son auteur. Ecrivain discret, mais prolifique, François Darnaudet a déjà frayé sur les rives de la science-fiction (ou du fantastique pour être exact), du polar, du roman noir et de l'essai. A la fois enquête et quête existentielle, Les ports ont tous la même eau suit les pérégrinations de ces deux quadras au mal de vivre lancinant avec bonhomie, humour et (souvent) mélancolie. Finalement Marsal et Francis ne mènent jamais vraiment "d'enquêtes" ou bien ce sont eux qu'ils cherchent, en empruntant des chemins peu (ou plus) visités. Darnaudet en profite alors pour revenir sur un épisode peu glorieux de notre histoire, celui de la collaboration, ses amours malheureuses, les fruits tragiques qui en résultèrent et les innocents malmenés par l'histoire. Plus près de nous, l'écrivain explore aussi les vicissitudes de la vie d'artiste, la solitude contemporaine et l'errance, le tout sur fond de Chet Baker ou de Jimmy Scott, dans un livre gémeaux, généreux et fort comme une gorgée de Bordeaux (ou de Collioure, au choix). François Darnaudet fait parti de ces écrivains qui aiment à partager, et si vous avez de l'affection pour les personnages "plus grands que nature" ("bigger than life" diraient nos "amis américains", Jim Harrison et Thomas McGuane), les livres qui vous envoient sur d'autres pistes, en l'occurrence ici celles de la peinture, du bon vin du Sud, de la musique et surtout de deux régions magnifiques, décrites avec tout l'amour dont est capable un écrivain, alors vous aimerez le Darnaudet nouveau. Même si le roman se déroule dans deux régions différentes, il est important de faire une parenthèse. Nous sommes ici dans le domaine du "polar Catalan". Une étiquette encore officieuse qui s'impose tranquillement et que l'on doit à Philippe Salus, fondateur des éditions Mare Nostrum. Courageux, cet éditeur régional développe depuis 4 ans une collection de polars Catalans qui rencontrent un vif succès et s'est vu couronnée le 23 avril dernier (jour de la San Jordi, date emblématique pour tout Catalan) d'une belle anthologie de nouvelles policières "locales" : Noirs du Roussillon. Signalons également la création d'une collection de "Polar Rock", avec déjà deux nouveaux romans parus. Les initiatives de ce genre n'étant pas si courantes, nous en reparlerons bientôt.
Les ports ont tous la même eau François Darnaudet Mare Nostrum

Cette nuit j'ai rêvé, d'un bonheur allégé Tes pas avec les miens qui s'harmonisaient tant ! Nous marchions, sans parler, enlacés, sous l'ondée Sur la jetée normande, deux ombres dans le temps. J'imagine avec aise tes épaules pliées Sous un pull irlandais. Un grand bol de lait chaud Formera un calice entre deux mains en "v" Comme deux chats insouciants, nous aurons le repos.
Nb Solaris : Ce poème est proposé par Lorenzo qui précise "J'admire assez ce sommet de kitch écrit à 15 ans. Tout y est. Une vraie réussite !" Nous vous rappelons que vous pouvez également proposer votre (vos) poème (s) d'adolescence en cliquant par ici. Toutes les explications pour ce concours sont par ici.

L'ancien Président américain Bill Clinton, reconverti en "Apprenti Sauveur du Monde", vient de publier dans sa traduction française Donner. Comment chacun de nous peut changer le monde. Cet essai met en avant les projets caritatifs menés par un certain nombre de personnalités, tels Bono du groupe U2, Bill Gates le mania de l'informatique, ainsi que ceux de plusieurs associations. Bill Clinton espère éveiller les consciences, encourager ses lecteurs à s'engager et à offrir "temps, argent, compétences ou connaissances". La mise en marche altruiste de toutes les bonnes volonté. Dessein hautement humaniste pour l'ancien maître du monde... Depuis la fin de son mandat de président, Bill Clinton agit au sein de la fondation qui porte son nom, laquelle intervient à différents niveaux : envoi de médicaments contre le sida au pays défavorisés, lutte contre l'obésité aux Etats-Unis, action contre la pauvreté et sensibilisation aux questions environnementales. Son autobiographie Ma vie s'est précédemment vendue à 250.000 exemplaires en France.
Donner. Comment chacun de nous peut changer le monde Bill Clinton éditions Odile Jacob

L'annonce d'une reprise par Neil Gaiman des personnages créés par Jack Kirby au milieu des années 70 avait suscité un certain scepticisme dans les "milieux autorisés". Inventés on ne sait trop pourquoi, Les Eternels, sortes de dieux créés par une peuplade extra-terrestre (les Célestes) en même temps qu'une autre race ennemie (les Déviants), n'avaient jamais vraiment trouvé leur place dans l'univers Marvel. Abandonnés par Kirby qui s'en était vite désintéressé, et très peu exploités par la suite, ces personnages imposants (bien que séduisants au prime abord) ne fonctionnaient tout simplement pas. Repoussés dans une continuité alternative ou utilisés en force d'appoint pour faire briller Thor, les Eternels ne servaient à rien et avaient été un peu oubliés par tout le monde. C'était évidemment compter sans l'auteur de 1602 et surtout le romancier d'American Gods et son habileté légendaire. Ceux qui aiment le romancier Gaiman n'auront pas de mal dans cette BD, dessinée convenablement et à la mode classique par John Romita Jr (une valeur très sûre mais au trait un rien surrané), à reconnaître le mécanisme de réimplantation dans la modernité d'une mythologie venue de loin, déjà à l'oeuvre sur American Gods. Les Eternels se retrouvent ainsi pour la plupart en situation d'amnésie quand démarre le récit : internés, hospitalisés, travaillant par la télévision. Tous, à l'exception de Ike Harris, considéré comme dingue, ont oublié qui ils étaient et qu'ils avaient eu un jour des pouvoirs. Harris essaie de convaincre un médecin qu'il est lui-même l'un des membres éminents de la famille, puis entreprend de réveiller les consciences. Dans le même mouvement (ou presque), Gaiman file une intrigue politique qui se développe (pendant une bonne moitié du récit) en marge de l'histoire des Eternels, avant de la recouper (évidemment) avec maestria. Sans aller plus loin dans le résumé du scénario, on peut mettre au crédit de Gaiman d'avoir su enfin donner une vie intéressante à cette galerie de personnages (5 Eternels sont ici de sortie) et surtout d'avoir conjugué à la fois un exposé de leurs vies personnelles (exercice dont il est très friand), sans sacrifier la méga-intrigue, reproche qui avait pu lui être fait sur 1602 où le temps accordé aux personnages avait finalement pénalisé le script global. Les Eternels est un modèle d'équilibre narratif, atteint sur une matière première inhabituelle, mal connue et qui, il faut l'avouer, n'est pas la maniable (ni la meilleure) livrée à Marvel par Kirby. Le trait de Romita Jr n'est pas étranger à la lisibilité du tout : il fait avaler les plongées dans le quotidien le plus prosaïque avec le sourire tout en conférant un lustre Golden Age aux scènes d'action et de castagne. Du bel ouvrage encore une fois. Rappelons, pour nos amis cinéphiles, que sort prochainement l'adaptation ciné du roman de Gaiman Stardust (fantasy) avec, entre autres, Robert de Niro. On reviendra sur le livre un de ces jours.
Les Eternels Neil Gaiman, John Romita Jr Marvel

Quand je regarde le ciel Des fois je me dis Que la terre devait être belle Sans tout ce gris Pourquoi s'est-elle changée En quelque chose qu'on méprise Qui ne nous donne aucune envie de l'aimer Mais plutôt de lâcher prise.
NB Solaris : Ce poème est proposé par Gueshou qui précise qu'il a "écrit ce poème sur un coup de tête en regardant le ciel (à 12 ans)". Nous vous rappelons que vous pouvez également proposer votre (vos) poème (s) d'adolescence en cliquant par ici. Toutes les explications pour ce concours sont par ici.


Alors que tout le monde se gargarise du succès phénoménal et estival de l'opération Vélib, personne ne s'est ému des conséquences incroyables qu'aurait bientôt cette belle opération de développement durable, et dernier coup de maître de la mandature de Bertrand Delanoé (qui n'est pas en cause ici), sur l'industrie du livre. D'après les premiers éléments dont on dispose, il semble qu'à Paris (il faudrait y ajouter Lyon et les dizaines de villes françaises et européennes qui emboîteront le pas à la capitale), ce soit 40.000 heures de vélo chaque jour qui soient passées désormais à pédaler, au lieu d'emprunter les tunnels du métro ou les couloirs de bus. Si on considère que 80% des lecteurs dans les transports publics lisent la presse quotidienne, gratuite ou payante, ainsi que des programmes télé, et seulement 20% des romans, essais ou autres documents plus consistants, ce chiffre, peu parlant, indique pourtant que ce sont chaque jour et approximativement 8.000 heures passées sur Marc Lévy, L'élégance du Hérisson et d'autres oeuvres qui seront englouties dans les pédaliers. Car, force est de constater que lire sur un Vélib est impossible. 8.000 heures par jour cela donne, si on s'en tient aux précédentes "analyses scientifiques", 2.000 livres qui ne seront pas lus CHAQUE JOUR de semaine (Cf. : on lit surtout sur le chemin du boulot) où fonctionneront les Vélib - rappelons qu'il faut compter 4 heures de lecture pour venir à bout d'un "livre de gare" moyen. 2.000 livres par jour, soit 10.000 par semaine et donc (en posant 225 jours de travail annuels et 45 semaines) un manque à gagner de 90.000 ouvrages par an non lus et, par conséquent, vraisemblablement non achetés. A 12 euros de marge en moyenne par ouvrage de littérature, l'opération Vélib coûterait ainsi aux maisons d'édition un bénéfice net de plus d'1 million d'euros annuel. Si on est bien loin de l'impact représenté par le téléchargement sur les achats de CD et DVD, et puisque, comme on sait, les reins des maisons d'édition sont beaucoup moins solides que ceux des majors multimédia, on peut dire que Delanoé, maître ès culture, vient de porter sans le savoir un coup sévère au livre. De là à ce que les amateurs de littérature boycottent les deux roues...

Corps Volatils, premier roman d'une jeune femme de 28 ans, écrivaine jeunesse semble-t-il, et auteur d'un recueil de nouvelles il y a peu, fait partie de ces livres qui partent avec quelques handicaps. Une quatrième de couverture qui aurait pu être moins prolixe en références quasi-gratuites (André Breton, Nerval,..), comme celles variées à l'art contemporain et, surtout, sans une écriture moins précieuse. De ces obstacles, on ne traînera que le troisième jusqu'au bout (on a vu bien pire que cette écriture un peu ampoulée), sans qu'il réussisse à atténuer le plaisir pervers qu'offre la lecture de ce beau roman. L'histoire est assez simple et peut être racontée sans préjudice : Colin est un jeune étudiant bohème (mais un brin sérieux), qui vit en colocation dans un Paris noiromantique (il y pleut sans cesse, la lumière est noire - c'est bête mais cela met une bonne ambiance comme lorsqu'on choisit l'éclairage au cinéma), avec Quentin, un jeune médecin qui traficote des médicaments volés à l'hôpital. Un jour, et après une rupture, Colin retrouve Estella, son amour d'enfance, fille d'un écrivain célèbre, John Volstead, auteur d'un unique chef d'oeuvre, et suicidé dans sa baignoire alors qu'il travaillait peut-être sur un nouveau roman. Estella et Colin se remettent à la colle. Le second mesure que son amie est toujours obsédée (et c'est un bas mot) par la mort de son père, y compris jusqu'à se... détruire (roulements de tambour). Son père donne toujours le sentiment de tirer les ficelles dans l'ombre, manipulant les êtres dans la mort comme il avait abusé d'eux dans la vie. Estella fait de l'oeil à Quentin et parcourt Paris à la recherche de traces. Jeune femme mal dans sa peau, elle cherche accessoirement l'amour passion et tout ce qui pourra la sortir de l'ennui du quotidien. Sur ce résumé, on ne donne pas cher du roman, n'est-ce pas ? Mais, Alikavazovic en tire le meilleur parti : son imagination fait de la folie progressive d'Estella une névrose rampante réellement inquiétante, l'attachement de Colin (qui a ses secrets) nous fait passer la pilule d'une Estella qu'on aurait bien vite rejetée sans ça et les rapports entre le jeune héros et son ami médecin (l'image de l'adulescent qui n'a pas de limites) deviennent bientôt - pour le lecteur mâle - l'enjeu principal du livre. Estella choisira-t-elle l'homme qui aime sincèrement et doucement, ou celui qui s'enflamme en manquant rapidement d'oxygène ? Trop facile... Le final nous offre quelques belles émotions (et notamment un retour en arrière particulèrement percutant), qui font de ces Corps Volatils une plutôt bonne surprise. La densité psychologique des personnages et de l'intrigue a réussi sur les quelques 300 pages du roman à faire de ces pseudo-Amants du Pont-Neuf (pour la langue et l'outrance sentimentale, le réalisme poétique et la manie de souligner chaque trait émotionnel) un très bon livre de psychologie amoureuse appliquée en mode "toutes les histoires sont psychotiques". Amitié brisée, secrets de famille, noirceur, trahison, avec un brin de brio (le trafic de médicament, le crachage de feu) et on tient ce qui n'est pas un chef-d'oeuvre (à la française), mais un moment de lecture intelligent, glaçant et roboratif.
Corps Volatils Jakuta Alikavazovic Editions de l'Olivier
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Vous l'avez peut-être remarqué, Mark Danielewski nous intéresse. Et nous ne sommes pas les seuls. Prétendant au titre de messie de la littérature expérimentale anglo-saxonne depuis sa Maison des Feuilles en 2002, l'Américain est-il vraiment l'outsider que nous attendions tous ? Un concurrent de dernière minute n'est-il pas plus apte à remporter ce titre ? Chroniques, non-interview et crash test entre deux auteurs, c'est ce que vous propose de découvrir Fluctuat dans ce dossier sur "Le Cas Danielewski".
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