Le personnage d'Etrange Emily, ou plutôt Emily The Strange, je l'ai vu des tas de fois depuis quelques années dans des "mauvaises boutiques" de BD (je ne dis pas "librairie" à propos des lieux où l'on vend autant de figurines en PVC et de porte-clés que de BD). Je l'ai vue sur des tee-shirts, des mugs, des chaussettes et des tapis de souris. Mais je ne l'avais jamais vue sur un livre (si on ne compte pas les journaux intimes encore vierges). C'est donc avec une certaine curiosité que j'ai ouvert l'autre jour Voir et Décevoir dans un Mégastore. Voyez-vous je m'étais imaginé, naïvement, que tous ces produits dérivaient d'une oeuvre originale. Probablement un mix de Johnny The Homicidal Maniac et de Daria. Je m'attendais à ce que ce soit mauvais, parce que je m'attends toujours à ce que les choses soient mauvaises. Toutefois, je ne m'attendais pas à ce que les livres ne soient en fait qu'un produit dérivé de plus. Un rapide tour sur Wikipedia m'apprend qu'Emily est née comme autocollant publicitaire pour une marque de vêtements de skateboarder, et a rapidement gagné en popularité pour devenir sa propre glorieuse machine à fric. Ce n'est pas vraiment l'histoire qu'aimerait entendre les clientes d'Emily. Mais ce sont toutes des ados goths de quatorze ans et elles passent leur temps à se suicider et on s'en fout. Ce qui est fascinant, vraiment, dans le petit bouquin Voir et décevoir, c'est la normalité et la banalité qui se cachent derrière cette pâle copie de Mercredi Addams. Si on avait demandé à feu Jacques Faizant de dessiner ce personnage pour ce public, c'est probablement ce qu'il aurait pondu. C'est d'ailleurs sans doute à peu près ce qui s'est passé puisque le bouquin est signé "Cosmic Debris", du nom de la marque de fringues à l'origine de tout ça. Concrètement, ce petit bouquin, très cher, est une série d'illustrations au graphisme bateau, d'aphorismes neuneus sensés nous faire comprendre combien Emily est cool, différente et bizarre tout en étant curieusement totalement asexuée et vide de la moindre "étrangeté" réelle (dès fois que ça fasse fuir le chaland). Oh, et puis ne me demandez pas ce que je fais à lire des livres pour petite fille pour venir cracher dessus sur le blog après. Je fais ce que je veux.
Etrange Emily Cosmic Debris Chronicle

Avec sa nouvelle esthétique au poil, le Lot49 de Claro continue de nous alimenter en romans post-modernes (c'est l'appellation officielle, désolé) américains : cet Arrêter d'écrire en est un bel et bon exemple. Gageons que ce court roman de David Markson, auteur new-yorkais de 80 printemps, aura demandé au plus grand traducteur français/anglais un peu moins de temps que ces derniers petits boulots (Le Tunnel de Gass, Central Europe de Vollmann), mais qu'il y aura pris (presque) autant de plaisir. Arrêter d'écrire est un roman assez étrange qui se situe clairement en terre expérimentale : le livre est un livre sans personnage (on nous dit dans les lignes qui lancent le livre qu'un auteur en a soupé d'écrire), sans intrigue, sans résumé. Mais un livre qui fourmille (puisqu'il en est constitué) d'anecdotes, d'aphorismes, de faits légendaires et de détails dont la juxtaposition, l'agencement et l'accumulation font sens ou, du moins, suggèrent qu'un sens pourrait motiver leur présence. Le tout ressemble donc techniquement à un collage, à un livre de citations ou de phrases, mais produit un effet qu'on pourrait qualifier de Joycien ou de Beckettien, qui oscille entre le comique ("La vieillesse, c'est pour les poules mouillées, a dit Bette Davis.") et l'angoissant ("Origène s'est castré."). Les listes et les phrases tournent d'ailleurs souvent autour de thèmes morbides : les morts, les décès, les maladies, ce qui laisse à penser que l'écrivain travaille sur son propre épuisement mais nous livre aussi, et surtout au travers de cette série, un autoportrait pétillant et plein d'esprit. Le travail de Markson réussit à produire (sans utiliser aucun des moyens qui sont d'ordinaire requis pour ça) un attachement du lecteur à l'auteur (le narrateur absent) qui, plus on s'approche de la fin du livre, ressemble à l'amitié qu'on ressentirait envers un vieux pote. Le fait produit l'attachement. La liste à plat produit le crescendo émotionnel. L'absence de technique est la technique. Encore fallait-il le démontrer. Evidemment, This Is Not A Novel (Arrêter d'écrire) n'est pas à proprement parler un roman qu'on peut conseiller comme on conseillerait un... roman en période de rentrée littéraire. D'aucuns diront qu'il s'agit d'un livre vain et sans intérêt. Ce n'est pas non plus un texte sur lequel on peut s'extasier (c'est le propre du postmodernisme en art). Il s'agit plutôt d'une expérience littéraire intéressante et originale (à la lecture jubilatoire et rapide - ce qui est rarement le cas), un tour de force théorique et pratique qu'on destinera aux lecteurs compulsifs, aux curieux invétérés et, pour les punir, aux millions d'entre vous qui ont acheté les immondes listes de Mr Schott.
Arrêter d'écrire David Markson Le Cherche Midi
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Si les ouvrages des frères Bogdanoff vous tombent des mains et si vous vous endormez devant le documentaire retraçant la genèse de la résolution du Théorème de Fermat, pourquoi ne pas essayer de lire Georges et les secrets de l'univers de l'astrophysicien britannique Stephen Hawking ? Ce livre de vulgarisation scientifique est le premier tome d'une trilogie. Découvrez à travers les aventures du héros le fonctionnement du système solaire, des trous noirs, des satellites naturelles, des comètes. Un outil pédagogique et ludique évidemment destiné aux enfants, mais pouvant remédier à vos lacunes. Co-écrit avec sa fille Lucy, il sera disponible dans les librairies de l'hexagone dès le 6 septembre, soit une semaine avant sa sortie en Grande-Bretagne (13 septembre). Un premier tirage en France à 50 000 exemplaires et une diffusion dans 29 pays.
Georges et les secrets de l'univers Stephen Hawking Pocket Jeunesse

6e édition du Prix du Roman FNAC. Parmi une sélection de 31 ouvrages, le jury, composé de libraires et d'adhérents de la grande enseigne, a choisi comme lauréat le roman de Nathacha Appanah Le dernier frère. Voilà l'un de nos coups de coeur de la rentrée récompensé. Le premier, et pas des moindres, à se distinguer. Le dernier frère Nathacha Appanah éditions de l'Olivier
Retrouvez l'interview de Nathacha Appanah. Consultez le dossier Rentrée littéraire.

La sortie du film Les quatres fantastiques et le surfeur d'argent (un titre formidable quand on y pense) a été l'occasion pour Panini de reprendre, le temps d'un tome, sa publication intermittente de l'intégrale des Quatres Fantastiques de Stan Lee et Jack Kirby avec l'année 1966, qui voit justement apparaître le surfeur, et son maître Galactus le dévoreur de planètes. Ce n'est pas juste que j'aime taper ces mots, cette publication est vraiment " importante ", puisqu'il s'agit de pages fondatrices du super héros moderne, au même titre que les débuts de Superman, et, qu'on les aime ou non, les super héros occupent toujours une place très importante dans l'histoire de la BD mondiale.
Le fait est pourtant, et les fanboys, qui crient au scandale devant toute infidélité des adaptations cinématographiques, feraient mieux de s'en souvenir, le fait est donc que ces pages sont absolument illisibles. On n'a pas à s'offusquer de la naïveté d'une BD pour enfants pleine de pseudo science farfelue, de personnages au caractère grossier qui se mettent sur la gueule pour un oui ou pour un non, avant de s'unir contre un ennemi commun qui sera vaincu grâce à un rebondissement stupide. Il est par contre vraiment pénible de lire toutes les bulles qui expliquent inutilement ce que l'image nous montre déjà, tous ces pavés de texte pleins de points d'exclamation et de blagues pas drôles. Le lecteur qui s'intéresse un peu à l'histoire de la BD saura passer outre tout ça, mais les autres doivent être prévenus : ce n'est pas du divertissement. Pas du divertissement facile en tout cas, et plus aucun enfant d'aujourd'hui n'aura la patience de lire tout ça.
Si on supporte le numéro de camelot ringard de Stan Lee, le travail de Jack Kirby lui mérite tout un tas de superlatifs que son compère lui servait à la louche. Les deux hommes travaillaient d'une façon très particulière qui laissait à Kirby une grande latitude tout en maintenant l'illusion importante pour la mythologie Marvel d'un scénariste unique et ultra-prolifique en la personne de Stan Lee. Le " scénariste " et le dessinateur se réunissaient pour décider d'une intrigue pour les prochains numéros (genre " et si les Fantastiques étaient piégés dans la zone négative par le Docteur Fatalis, alors qu'un avocat véreux essaie de les faire expulser de New York ? "). Kirby dessinait ensuite le tout et Lee repassait plus tard pour rajouter des dialogues et des pavés de texte. Pas vraiment la meilleure méthode pour écrire un chef-d'oeuvre, mais commercialement ça a très longtemps marché du feu de dieu. Jack Kirby, bien sûr, était un génie et déployait dans ces pages des merveilles de créativité, d'énergie incroyable, dont on sent encore l'influence. Il a inventé une sorte de pop art psychédélique survolté, plein de perspectives exagérées, de machineries baroques et de personnages déments qui surjouent à fond la moindre émotion. On en veut d'autant plus à Stan Lee pour ses couches de texte inutiles. Mais peu importe. Quarante ans après, lire les Fantastic Four c'est comme s'injecter de la caféine dans l'oeil et se prendre un pain dans la gueule.


Christophe Leibowitz-Berthier est le héros récurrent de l'auteur (et avocate) Hannelore Cayre, et lui-même... Avocat, plutôt dans la panade au début du roman puisqu'il est alcoolique à un degré assez avancé, il commence à avoir de sérieuses emmerdes dans sa vie professionnelle à cause de sa dépendance (il suit un traitement psychologique d'office). Ground XO est sa 3ème apparition (je n'ai pas lu les deux autres encore, mais ne manquerai pas de le faire) et part d'une belle et bonne idée mais qui, malheureusement, n'est pas exploitée à fond et prive ce polar honnête d'une (bonne) partie de notre enthousiasme. L'accroche est la suivante : Christophe L-B, avocat à la dérive et alcoolique, hérite de parts dans la société des Cognacs Berthier et entreprend (parce qu'au bout de 20 ans il en a soupé de son boulot), de se consacrer au développement de sa nouvelle entreprise. BONNE IDEE DONC (la plus drôle) : Inspiré par le succès du Cognac parmi les Noirs Américains et les rappeurs particulièrement, Christophe L-B décide d'inventer le "gangsta cognac français", c'est-à-dire de faire du Cognac Berthier (et contre les traditions) la boisson branchée des cailleras de banlieue parisienne. Ce socle audacieux (et très bien trouvé) promettait beaucoup et nous entraîne sur une bonne moitié du roman le sourire aux lèvres : l'avocat recrute un rappeur-dealer du nom de Termite qui est chargé de composer une chanson en l'honneur du produit. Le héros fraie avec la racaille, nous entraîne dans ses plans sur la comète, tout en continuant d'avoir un pied mal assuré dans son ancienne vie. Il joue au sauveteur de racaille pour protéger sa combine et se met en danger. L'enjeu narratif se déporte malgré tout vers l'issue de son pari : réussira-t-il dans sa grande campagne promotionnelle ? Et là, plouf. Hannelore Cayre choisit d'exécuter son affaire en 126 pages et nous laisse sur notre faim, même si la plupart des séquences font rire. Le rap de Termite est assez décevant et le dénouement intervient beaucoup trop tôt pour nous satisfaire. Les pistes ouvertes à grand frais dans les 80 premières pages (on aurait aimé notamment faire vivre ce nouveau cognac Ground XO dans les cités, que l'auteur s'y rende avec ses personnages, etc) sont bouclées en un tour de ligne. On se rentre, malgré nous, illico presto, et fortune même pas faite pour le héros (ce à quoi il fallait s'attendre). Ground XO montre, s'il en était encore besoin, qu'il ne suffit pas d'une très bonne idée pour faire un excellent roman - rappelons le, 5% imagination, 95% de travail, pourcentages à débattre - mais qu'une excellente idée peut donner l'illusion que l'auteur a fait son travail. Si Ground XO se lit avec plaisir, on en retire pas moins le sentiment qu'Hannelore Cayre s'est évité par légèreté (manque de travail, de temps ?) un bien meilleur ouvrage. Ce qui est évidemment dommage pour elle, pour nous et surtout pour l'idée à laquelle elle n'a pas sû rendre justice (le crime le plus grave que peut perpétrer un auteur dans la hiérarchie des peines littéraires).
Ground XO Hannelore Cayre Métailié
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C'est avec ce genre de livres qu'on entre dans de plein-pied dans la rentrée littéraire... française. Cécile Wajsbrot, auteure réputée et valeur sûre du marché français (une bonne douzaine d'ouvrages derrière elle), évolue personnellement entre Berlin et Paris, menant ce qu'on imagine une vie d'écrivain à la française : lever tôt (ou tard), bistrots, travail de plume, relations amicales, lectures, du temps pour la pensée et les choses de l'esprit, de la grâce, du charme même, et le goût des beaux-arts, musique classique, belles lettres et tout le toutim. Conversations avec le maître est un livre qui semble découler de ce mode de vie fantasmé : un livre intellectuel, élégant et flou, comme un rêve de littérature. L'intrigue est idéale pour le résumé. Une femme (normale, paumée peut-être, sans relief particulier, Mme Bovary non-déclarée, qui s'ennuie et dont on ne saura pas grand-chose) reçoit un coup de fil d'un homme qui lui demande de lui parler d'une relation (non sexuée) qu'elle aurait entretenue quelques années auparavant avec un compositeur de musique classique, fou de Chostakovtich. Cet ouvrage est le récit par cette femme des " conversations avec le maître " (de musique). C'est donc lui (le maître) autant qu'elle (la femme) qui font l'intérêt de ce roman : les conversations sont belles, bien écrites et traitent de la difficulté de créer. L'homme est bloqué depuis des années, s'emballe pour l'art et l'écriture (réelle, fausse) d'une dernière oeuvre - on connaît le rapport de Chostakovitch à son propre requiem, opus 110 qu'évoque Vollmann dans son bien plus passionnant Central Europe. Dans sa postface, Wajsbrot resitue l'ouvrage dans un cycle baptisé Haute Mer visant à parler de l'art et de la création. Conversations avec le Maître est le premier tome de cette aventure littéraire : le tome consacré à la musique. Evidemment, il ne se passe pas grand-chose de racontable, pas de rebondissements, pas de changements de lieux, peu d'événéments marquants, mais on tombe assez vite sous le charme de cette relation élégante, feutrée et passionnelle qui ne dit pas son nom. Le vieux maître hypnotise par son énergie et son drame. L'observatrice intrigue, mais ne lâche rien. La vie suit le cours de la littérature et vice versa, sans qu'on s'ennuie, ni ne s'agite au-delà de ce qui est convenable. Le lecteur flotte dans un confort ouaté qui n'est même pas secoué par les quelques séquences où l'héroïne entrevoit le Vrai Monde : images du tsunami sur internet (la touche moderne du roman), relation j'agis/j'agis pas avec une " femme de peu " immigrée qui est à la recherche d'un appartement mais n'a pas de fiches de paie (notre narratrice est agent immobilier). Dans un vrai livre français, le monde est loin, différent. Il tape à la porte, mais on ne lui ouvre pas : il n'aurait pas sa place. Les héros sont des fantômes d'une France qui n'existe plus, cependant leur compagnie est bonne tant que dure l'illusion du roman. Conversations avec le Maître est un bon roman français du siècle d'avant, un roman dans lequel la distance et la relation entre les personnages sont parfaitement appréhendées, un roman où le temps qui passe se donne une contenance métaphysique, un roman gracieux et élégant, un roman qui sent et crée l'émotion juste. Mais un roman qui appartient à une école littéraire qu'on voudrait voir perdre son rang.
Conversations avec le maître Cécile Wajsbrot Denoël
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 Marie Darrieussecq débute sa rentrée dans la tourmente d'une querelle littéraire. Dans un article intitulé " Darrieussecq ou le syndrome du coucou " (à paraître, La Revue Littéraire), sa consoeur Camille Laurens l'accuse d'avoir plagié son propre roman Philippe inspiré de la mort de son nouveau-né. " Piratage ", " plagiat psychique ", sens de la formule cinglant qui dérange. Surtout l'éditeur des deux jeunes femmes. En effet, ces attaques n'ont pas été du goût de leur maison d'éditions, obligeant son responsable à prendre partie. Selon un porte-parole de P.O.L., son directeur Paul Otchakovsky-Laurens, a décidé "de ne plus publier Camille Laurens" et de soutenir " l'auteure qui est attaquée à tort ". Camille Laurens, élue récemment au jury du prix Femina, était publiée chez P.O.L depuis le début des années 1990. Quant à Marie Darrieussecq, elle s'estime " calomniée " et défend son droit à écrire sur un tel sujet. Tom est mort est en cours de lecture. Et Flu ne manquera pas de le chroniquer prochainement.

La première fois que nous nous sommes vus, nous avons marché. Deux heures au total. Presque jamais les yeux dans les yeux, toujours tournés vers la ville, la tienne, qui était complètement nouvelle pour moi et pourtant, je ne sais pas pourquoi, familière. Les manches de nos blousons ses sont effleurées - il faisait très froid et je ne me rappelle pas précisément comment j'étais habillée ce jour-là ni comment toi tu étais habillé, je sais seulement que nous étions protégés par des épaisseurs de laine, de duvet, par des chaussettes et écharpes. Cette première fois, tu m'as dit - et je ne me souviens plus comment nous en étions venus à ce sujet, peut-être m'avais-tu parlé de ta séparation, de la fin de cet amour et de la douleur qu'elle avait causée, de l'hostilité, des vengeances, de la violence : maintenant je veux une relation normale. Et j'ai observé les immeubles de la rue dans laquelle nous faisions demi-tour - une avenue remplie de boutiques et de gens qui se promenaient, surtout des jeunes couples qui poussaient berceaux et poussettes et traînaient derrière eux des chiens obèses en laisse -, j'ai pris une grande inspiration et je t'ai dit que pour ma part je voulais seulement être libre.
Simona Vinci propose un roman troublant. La missive d'une femme à l'un de ses amants, le seul qu'elle ait aimé. De leur rencontre à la lente agonie de leur couple, l'héroïne retrace sans pudeur son histoire d'amour dans la chambre d'hôtel qui l'a vue naître. Comme une explication de texte destiné au "tu" qui hier formait le "nous". Il s'agit d'une sorte de bilan, celui d'une union pour consommer sa rupture. Et la preuve qu'il est possible de faire le deuil d'une relation sans heurt. Évidemment, les interrogations fusent. Se vouer à l'autre, fusionner, préserver son espace, demeurer libre : la conciliation est-elle possible ? L'auto-analyse est critique. Et même si le ton est parfois mélancolique, il n'y a pas de grands élans de désespoir. Au contraire, ce récit respire la vie. Une lecture qui s'adresse indifféremment aux femmes comme aux hommes. Avec ce message : même privé de l'amour absolu après y avoir goûté, on survit.
Chambre 411 Simona Vinci Robert Laffont
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Ça commence très fort dans La fille du boucher de Lynda Barry. Aurait-on trouvé la nouvelle Kathy Hacker ? Ou mieux, le Chuck Palahniuk féminin ? Verdict bientôt. En attendant, voici un extrait de la "chose" :
Il était une fois dans une rue crade dans le quartier le plus crade d'une ville archicrade d'un Etat, pays, monde, système solaire, univers supercrade. Il était une fois derrière le chantier crade de la scierie Black Cat, sur une route boueuse extrêmement crade aux relents bouillonnants très étranges qui traversent tels de malveillants génies la sombre pluie crade et franchissent la fenêtre jaunie à demi éclairée d'une chambre à coucher crade située à l'étage d'une maison de location crade où sur un lit crade une fille crade est assise en face de sa sœur crade qui JE TE TUE SI TU TOUCHE A ÇA, JULIE, ET SI TU LE FAIS JE JURE DEVANT DIEU QUE JE TE TUE, SANS PITIE, NI REPRIS, NI ECHANGE PROPRIETE PRIVE, ÇA S'ADRESSE A TOI, JULIE, TOI ! La fille crade prénommée Roberta écrivait le livre crade de sa vie crade.
Parfaite conclusion pour un été hypercrade, non ? Vous avez remarqué la richesse de la langue au milieu du torrent de boue ? Hé bien, j'en suis au chapitre 9, et pour l'instant tout est de ce tonneau. Hypnotique, violent, cru et fort, Et dire que pendant ce temps j'écoute un album crade de James Chance & The Contortions ! Il y a des moments comme ça... TRASH !
Lynda Barry La fille du boucher Editions Panama
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 La rentrée littéraire n'aura pas lieu sans Antoine de Saint-Exupéry. Héros de Tango pour une rose de Laura Pariani (à paraître), voilà que les éditions Gallimard ont annoncé hier la publication de Manon, danseuse, à l'automne prochain. L'existence du manuscrit était attesté, toutefois, sa diffusion est inédite. D'une quarantaine de pages, cette nouvelle a été rédigée au milieu des années 1920. L'écrivain, qui se consacre alors exclusivement à la poésie, amorce un tournant dans sa carrière en s'essayant à la prose. Dans sa correspondance, il l'évoque longuement. Et, régulièrement, il sollicite l'avis de ses amis en leur soumettant certains passages. Proposé à Gaston Gallimard, le projet suscite l'intérêt de l'éditeur, mais demeure sans suite. Manon, danseuse : La rencontre d'une jeune prostituée et d'un quadra, qui s'embarquent dans une histoire d'amour. Mais quel avenir pour un homme sans but transformé en pygmalion et cette femme à la vie dissolue ? La réponse en novembre.
Manon, danseuse Antoine de Saint-Exupéry Gallimard

Comme une blanche fumée à l'horizon des souvenirs Tu n'as jamais voulu oublier que tu devrais toujours nourrir en ton sein ces enfants que la vie t'a fait adopter.
Il y a tous ces morts qui reposent en toi et qui par leurs efforts ont fait de toi un choix en bâtissant un chemin malgré leur indigence en ce grand monde lointain te créant sans offense.
Au fil des jours sans heurt tu te dois de créer ce qui est beau. Comme ces gens qui se trouvent à l'horizon de ton premier matin.
Les profondeurs de l'avenir se dessinent au coeur des choses par la vie de ces souvenirs dans les yeux de celui qui ose.
NB Solaris : Ce poème est proposé par Pierre qui indique : " Shawinigan est la ville où je suis né... Elle se situe au Québec (Canada). Je l'ai écrite à la fin de mes 12 ans, en 1962. " Nous vous rappelons que vous pouvez également proposer votre (vos) poème (s) d'adolescence en cliquant par ici. Toutes les explications pour ce concours sont par ici.

Si à Vintimille, les imitations de marques de luxe inondent son marché, de l'autre côté de la frontière un autre type de copie sévit actuellement dans les librairies. " La rentrée littéraire assassinée ! " Le bandeau rouge est cinglant et annonce sans détour la couleur. Après Gay Vinci Code l'année dernière, un nouveau roman pastiche pour Pascal Fioretto, dont les chapitres sont autant de parodies d'auteurs médiatiques. Derrière les pseudos de façade, une réappropriation perso de leurs oeuvres et de leur écriture. Une méthode particulière afin de les railler. Quelques exemples : Barbès Vertigo de Denis-Henri Lévi, Pourquoi ce titre ? de Christine Anxiot, Tais-toi si tu veux vivre de Fred Wargas, Et si c'était niais ? de Marc Levis, Hygiène du tube et tout le tremblement de Mélanie Notlong, Ils ont touché à mes glaïeuls (Journal XXII) de Pascal Servan, Des fourmis dans les anges du possible de Bernard Werbeux.
L'intrigue : un serial-killer sévit dans le milieu de l'édition, enlevant tous ces grands noms de la littérature contemporaine. On dit du bien de ce thriller parisien... Pour en avoir lu des extraits, cela semble valoir le coup d'y jeter un oeil, voire même les deux yeux. Nb : L'amoncellement sur la pile " à lire " de pavés ayant retenu plus particulièrement l'attention de votre serviteur explique la relégation rapide du Pascal Fioretto dans la catégorie " Plus tard quand j'aurai le temps ". Ce n'est donc pas une priorité, mais l'information est relayée dans cette news à l'intention de ceux que ça intéresse. Tout le monde en parle. Pourquoi pas nous !
Et si c'était niais ? Pascal Fioretto Chiflet & Cie

L'image d'Etienne est passé devant mes yeux - il flottait, souriant et narquois, allongé sur un canapé jaune - et je me suis aperçu que l'idée lancée par ma femme commençait déjà à creuser son tunnel. Une semaine sans enfants ni conjointe, chez mes parents. Revenir à la case départ. Mesurer le chemin parcouru. Se glorifier. Se congratuler intérieurement. Un petit stage d'autosatisfaction et une estime de soi gonflée à bloc. Pourquoi pas, après tout ? Les Cafés Bleus tournaient toujours un peu à vide l'été, lorsque les employés londoniens partaient en congé - James prendrait les décisions qui s'imposaient, comme je l'avais fait l'année dernière quand il s'était absenté au mois d'août. Sept jours de liberté. Sept jours de bilan. L'occasion de sortir le soir, dans une ville familière, et de retrouver ceux et celles qui avaient peuplé mon enfance et mon adolescence.
This is not a love song. Le titre accroche, le contenu ne le dément pas. Un sixième roman d'introspection pour Jean-Philippe Blondel. En ce mois de juillet, Vincent, bon gré mal gré, prend une semaine de congés en célibataire. Il traverse la Manche, se rendant dans sa ville natale avec pour objectif de se reposer, de retrouver sa famille et pourquoi pas les amis perdus de vue. En bref, que de bonnes intentions qui n'augurent que le meilleur... Et pourtant, ce retour aux sources ne le ménagera pas. En partant s'installer en Angleterre, Vincent se promet de garder le contact avec ceux qu'il laisse derrière lui. Mais les promesses d'hier deviennent rapidement des projets sans lendemain, une procrastination fatale. Le voilà brusquement confronté à un passé dont les pans ressuscités vont le conduire à de funestes révélations. Ignorance coupable qui progressivement gangrène son esprit. Une semaine de la vie d'un homme dont le cynisme et l'arrogance sont mis à mal. Peu à peu le narrateur perd de l'assurance et, finalement, on s'attache à cette voix. Un récit intéressant, des personnages si communs aux existences ancrées dans le quotidien. Jean-Philippe Blondel se renouvelle et nous séduit. Cet ouvrage mérite donc de finir dans votre panier "Spécial rentrée".
This is not a love song Jean Philippe Blondel Robert Laffont
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"Dans le salon du Savoy, nous prenons le thé en attendant Marc Levy. Le ton est amical, et la pointe d’impatience qu’on y sent, discrète allusion à mon snobisme, est dans l’ordre des choses. “Moi, je regrette, un type qui vend à des millions d’exemplaires ça m’intéresse. Si je lis pas Marc Levy, si je regarde pas le Tour de France, je fais un autre métier. Fais gaffe, il arrive.” Conversation entre deux écrivains≈: Nicolas Sarkozy. – Mon objectif était d’être à Palavas-les-Flots entre les bouées et la presse. Nicolas Sarkozy. – Je sais. Toujours devant moi dans les ventes. Ma fille m’a chargé de vous dire qu’elle vous aime. C’est une fan absolue. Et du coup je me suis dit je vais me le faire. Mais vous avez toujours été devant. Marc Levy. – Vous auriez intérêt à être en poche. Votre livre était un livre formidable vous auriez intérêt à vous ouvrir à un nouveau public, jeune. Nicolas Sarkozy. – Si vous faisiez un autographe pour Jeanne, elle serait tellement… tu as pas une feuille Yasmina, quitte à être plouc, autant l’être jusqu’au bout !" Bon bon. Voilà qui ne manque pas d'une certaine cocasserie mais on espère tout de même que Yasmina Reza retrouve sa verve de dramaturge hors pair de manière un peu plus convaincante dans L'aube le soir ou la nuit, livre dans lequel elle raconte la campagne présidentielle de l'über-president pour lequel elle ne cache pas une certaine fascination. Lire un autre extrait sur le blog politique Merci le Nouvel Obs ( qui publie d'autres extraits et un entretien avec Reza).

Si vous pensiez que la rentrée aurait lieu sans Beigbeder... Eh bien non. Évidemment, il ne s'agit pas de Frédéric, puisqu'en juin vous vous êtes procuré son petit dernier Au secours pardon. Au jeu des 7 familles, demandez Géraldine la cousine. Plus connue dans le microcosme parisien pour ses collaborations avec Luc Besson et Fabien Onteniente, la scénariste se lance dans la littérature avec Nema Problema ou Petites chroniques transbalkaniques au pays des sponsors. Récit des pérégrinations en Serbie de deux cinéastes français en mal de financement pour achever leur documentaire. " L'ex-Yougoslavie de l'après-Milosevic où tout a changé, sans que rien ne change vraiment ". Un premier roman présenté par son éditeur comme un " road-movie burlesque et débridé ". Au premier abord, pourquoi pas. On en reparlera...


Avant qu'il ne soit trop tard pour vous, et parce que la période s'y prête (rien de tel qu'un petit comics sur la plage pour passer pour quelqu'un d'irresponsable, mégacool, décérébré et ouvert à toutes les expériences multipartenaires), il est encore possible de vous précipiter en kiosque pour rattraper les 3 numéros de la série 52 sortis ces derniers mois. A 4 euros et quelques le numéro (pour 40 minutes de lecture x 3, donc), l'investissement n'est pas si mauvais et peu aisément être comparé à la lecture de qui vous savez (ML, le hérisson & co). Evénement de l'année 2006 chez DC Comics, 52 a non seulement réussi à assurer une bonne part du bénéfice commercial des adversaires de la Maison des Idées, mais démontré que son format original (1 numéro par semaine sur 52 semaines - d'où son titre, enfin, je suppose) était artistiquement tenable. Il aura fallu pas moins de 4 équipes de scénaristes pour venir à bout du défi et présenter un magazine ponctuel et de qualité, que la sortie française nous offre dans un format sensiblement différent (4 numéros rassemblés par mois sur 13 mois), ce qui n'est pas plus mal. Du scénario de 52, on ne dira pas grand chose si ce n'est qu'il se présente comme un univers transitionnel où les principaux héros de la franchise DC (Superman, Batman et WonderWoman) sont pour des raisons diverses (perte de pouvoirs, crise métaphysique, année sabbatique ! - voir Infinite Crisis) allés voir ailleurs. Le terrain est devenu libre pour les héros de seconde zone, les seconds couteaux du super-pouvoir, ceux qui ont du mal à vivre de leur art et n'ont jamais fait les premiers titres des journaux. Du coup, c'est un réel plaisir de suivre la résurrection de personnages dont on ne soupçonnait plus même l'existence et de se laisser paumer dans et par une succession de tableaux (4 "héros" constituent 4 fils narratifs qui se rejoignent) dont on trouve les sources un peu partout dans l'univers DC mais aussi dans le modèle des sitcoms télé (Friends, Heroes qui a raflé la mise au même moment) ou de la BD indépendante (le Top Ten d'Alan Moore). Parmi ces personnages venus de nulle part et qui occupent ici les premiers rôles, on marquera une préférence pour le déchirement d'Elongated Man, qui a, au début du récit, perdu sa femme, pour la lesbienne alcoolo Renée Montoya et pour le mystérieux homme sans visage, The Question. On aura aussi une pensée pour BatWoman, le méchant Black Adam et pour toutes les trouvailles scénaristiques qui font de la saga 52 une entrelacs de récits, histoires et sous-contes tout à fait passionnant. Il reste néanmoins à parier que ceux qui avaient pris l'habitude de lire les comics en roue libre et avec une petite partie de leur cerveau, ceux qui ne peuvent pas suivre plusieurs choses de front, ceux qui se croient trop intelligents pour s'attacher à des hommes et femmes en collants, se perdront en route. Rappelons le : il y a plus à gagner en se lovant dans la soie de l'araignée qu'à péter avec élégance dans celle du hérisson. (proverbe sarthois)

Puis, un vendredi, en parlant dans la sacristie avec le curé qu'elle allait voir un jour sur deux, il advint que Luisina raconta que son mari était en train de se soigner pour ne plus bégayer. - Ah, très bien, et qui le soigne ? - Un docteur qui habite à la Pension Eva. - Qui habite où ? ! - A la pension Eva, c'est ce qu'il m'a dit, Minicuzzo. Aussitôt, le curé parut possédé par le diable. Il se mit à pousser des cris, à dire que Minicuzzo était une personne dégueulasse et indigne. - Mais pourquoi ? Et le curé lui expliqua ce qu'était la pension Eva, qu'il y avait là des femmes et ce que venaient y faire les hommes. Luisina ne broncha pas, elle ne pleura pas, ne se désespéra pas. Elle rentra à la maison l'air tranquille et content, prépara à manger comme d'habitude, s'endormit comme d'habitude. Quand le lendemain à huit heures et demie du soir, Minicuzzo s'apprêta à sortir, Luisina voulut en avoir le coeur net : - Tu vas à la Pension ? - Oui. Dans la matinée, en parlant avec la bonne, elle avait réussi à savoir où était situé le bordel. Elle s'habilla et dedans son sac à main glissa un poids de fer de deux kilos qu'elle prit sur la balance.
Ecrivain tardif et prolifique, l'italien Andrea Camilleri nous livre La Pension Eva. Environ 150 pages (pourrait-on en supporter davantage ?), pour relater l'apprentissage sexuel d'un jeune sicilien dans les années 1940. Écriture naïve : sa lecture fut pénible tant les fautes récurrentes et volontairement insérées dans le récit fatiguent les membres de la communauté " SOS bonne orthographe " dont je suis. Adopter le phrasé d'un enfant de primaire, pourquoi pas. Mais ce choix de style ne passe pas forcément avec tout le monde. Clichés à répétition, à commencer par le lieu principal : une maison close de Vigàta, transformée en véritable cour des miracles. Les demoiselles d'Avignon à la sauce Camilleri, Gloups, cela laisse dubitatif. (Et pas de fausse vertu de ma part en ce qui concerne les bordels.) Alors, certes, il y a de la bonne volonté, et pas de doute, il y aura des amateurs pour cet ouvrage. D'ailleurs, comme de coutume (enfin cela risque d'en devenir une), le bébé sera sous peu refilé à une bonne âme de mon entourage (" Tu n'as pas apprécié ? Donne, ça m'intéresse de le lire. "), qui tentera d'en déceler le meilleur afin de pondre un commentaire démontant tout ce qui est écrit ci-dessus.
La pension Eva Andrea Camilleri Métailié
Consultez le dossier de la rentrée littéraire.

Sur les ponts de la seine se jettent les chômeurs
Ils font Plouf, ils font Plaf, des bulles et des Splash
Je ramasse leur dépouille et fouille les manteaux
Pas de montre ni d’argent, simplement des tourteaux NB Easywriter : Ce poème est proposé par Myblack qui précise : "Texte écrit à 15 ans, pour me moquer gentiment de mon père, chômeur à l'époque."Nous vous rappelons que vous pouvez également proposer votre (vos) poème (s) d'adolescence en cliquant par ici. Toutes les explications pour ce concours sont par ici.

Histoire de me préparer à mon avenir calamiteux, je regarde Desperate Housewives. Des femmes enfermées dans la routine, cherchant désespérément à réanimer leurs coeurs comateux dans leur propre mariage ou ailleurs : sur le papier, cette série a l'air très réaliste. Allumez la télé et un détail vous choque immédiatement. Elles sont trop jeunes, trop belles ! Je les vois, les vraies desperate housewives d'aujourd'hui, quand les pies infernales qui pensent être les amies de ma mère s'incrustent à la maison pendant des heures ! Elles ne sont plus très jeunes, et trop usées pour être belles. Elles ont toujours un coeur de midinette, et analysent la gente masculine avec les critères de leurs vingt ans, sans réaliser qu'elles-mêmes n'ont plus vingt ans. Leurs yeux sont cerclés de rides, mais elles critiquent impitoyablement les bouées, mentons gélétineux et autres crânes-de-salière du voisin d'en face. Aujourd'hui, Emma Bovary économise pour s'offrir du botox et rêve toujours du grand amour. Même si elle le vaut bien et que son portefeuille le veut bien, la crème de graisse de porc à l'extrait de racine de romarin ne saurait annuler les sévices laissés par la mise au monde et l'éducation de quelques gamins. Mais rien que l'idée de déménager le bordel entassé par lesdits gamins lui flanque des nausées, donc elle reste.
Une écriture imagée, rythmée par un cynisme rafraîchissant, voici le roman de la " sale gosse " de la rentrée. Ariane Fornia, dix-huit ans dans trois semaines, et un troisième livre qui n'épargne rien ni personne. " Être pénible, c'est le plus grand plaisir de l'adolescence. Autant en profiter, puisqu'elle touche bientôt à sa fin. " Et, pas de doute, la Daria française s'en est donnée à coeur joie !
Retrouvez l'intégralité de la chronique de Dernière morsure. Consultez aussi le dossier Rentrée littéraire.
Dernière Morsure Ariane Fornia Robert Laffont

Quoi de mieux qu'une polémique pour se distinguer sur le pléthorique marché littéraire de la rentrée ? Celle qui entoure depuis un mois la parution (prévue aujourd'hui si je ne m'abuse) du Cimetière des poupées de Mazarine Pingeot est un modèle du genre. Le livre raconte le repentir d'une mère infanticide. Elle explique par lettre à son mari pourquoi elle a tué l'un de ses bébés. Quelque part en Indre-et-Loire, la fiction résonne familièrement aux oreilles de quelques-uns.
A Chinon, on s'émeut de la ressemblance entre l'histoire du Cimetière des poupées et d'un fait divers particulièrement atroce. Souvenez-vous de ce couple de Français expatrié à Séoul dans le congélateur duquel on avait retrouvé deux nourissons congelés. C'est le mari qui avait signalé son affreuse découverte et toujours nié sa paternité, affirmant, après avoir été confondu par les tests ADN, qu'il n'était au courant de rien. Son épouse Véronique Courjault est détenue aujourd'hui à Orléans en attente d'un procès. La famille et les proches s'émeuvent des conséquences d'une large médiatisation du livre sur les deux enfants qui vivent toujours avec leur père. Deux cents personnes signent une pétition envoyée fissa aux éditions Julliard. "Nous n'avons rien contre Mazarine Pingeot mais cette petite a sans doute apprécié que les médias la laisse tranquille durant son enfance. Pourquoi ne fait-elle pas de même ?". Il faut vraiment être de l'Indre-et-Loire pour penser qu'une pétition et une mobilisation locale ne vont pas provoquer le contraire des effets escomptés. Evidemment, Julliard publie le livre quand même, évidemment celui-ci profite d'une publicité inespérée et évidemment, nos amis du 37 passent pour des cons en voulant censurer a priori un livre qu'ils n'ont pas lu. Mazarine se défend d'avoir voulu se mêler de la vie privée de qui que ce soit et l'avocate de Véronique Courjault a indiqué au Monde qu'il n'était pas question d'entamer une procédure. Dans le cimetière des poupées, la mère meurtrière garde son bébé près d'elle, dans un endroit réfrigéré. De Corée du Sud ou d'Indre-et-loire il n'est jamais question apparemment. Ben non, nous non plus on ne l'a pas lu, évidemment.
Le cimetière des poupées Mazarine Pingeot Julliard La rentrée littéraire, la vraie, c'est sur le mag livres.

La honte, répétons le, est un sentiment extrêmement sain lorsqu'on se targue d'écrire : honte de n'être pas bon, de défoncer des portes ouvertes ou honte de se livrer ainsi et que son voisin, sa femme, ses parents ou ses frères et soeurs découvrent l'être abject que vous êtes VRAIMENT à l'intérieur. De toutes les hontes disponibles, celle attachée aux poésies de jeunesse est sûrement la plus intense, la plus cruelle, celle dont on ne peut s'empêcher, rien qu'à y repenser, d'avoir une boule à l'estomac. Dans un grand mouvement cathartique, et parce que l'été le permet (moins de visiteurs, discrétion assurée), j'ai décidé de lancer le CONCOURS du Meilleur mauvais poème de jeunesse. Easywriter et moi ferons office de jury et je me chargerai de l'expédition du lot (des livres évidemment). Pour donner le ton (ça faisait un bail que j'avais envie de le ressortir), voici un poème érotique (vulgaire, disons le) de ma collection personnelle. LA FILLE CANNIBALE Mange moi dans la main, si tu m'aimes tant Mais prends garde de ne pas me croquer les doigts Ils sont allés si profonds à l'intérieur de toi Qu'ainsi par avidité ce serait comme si C'est toi-même, mon amour, que tu dévorais. Doivent être indiqués pour le concours, la date approximative d'écriture (ici, 14 ans), les conditions de rédaction (l'une des premières fois où je crains d'avoir fricoté sérieusement avec une fille) ainsi que le dédicataire du poème (Karine L, désolé - mariée, 2 enfants il me semble). Les 3 meilleurs mauvais poèmes (qui doivent obligatoirement comporter une date, les circonstances,..., attention) seront primés. A vos archives prêts..... partez. Pour participer remplissez le formulaire.

Note d'Easywiter : Comme vous vous en apercevrez vite cette notule ne sacrifie pas à mon habituelle exigence stylistique. Elle n'est pas de moi. Nous avons reçu des nouvelles de Jeev, ancien collaborateur de ces colonnes, parti reprendre un web-garage auto il y a quelques mois. Il nous parle ici, avec ses mots à lui, d'un livre qu'apparemment il aurait lu. Un peu. Mon pseudo, c'est Jeev, vous m'avez vu l'année dernière dans Jeev au Houellebecquistan ou dans Jeev commente des trucs de Neil Gaiman en disant que c''est sympa. Bon aujourd'hui, je reviens vous parler d'un bouquin... Là, Tourville... et ce de manière entièrement bénévole... Alors oui, je sais tu te dis, mon ami invisible, pourquoi venir en parler sur Flu, alors que tu pourrais en parler sur pointscommuns.fr, être publié immédiatement et en plus choper de la meuf gratos grâce à des traits d'esprits merveilleux et des jeux de mots subtils.
Et bien, mon pote, tout n'est pas facile, tout ne tient qu'à un fil et ce fil, c'est ma philosophie... écrire un billet dans un tel environnement (2goldfish, Myoso, Maxence) et être en plus édité par EasyW c'est à la fois un honneur invisible et une chance insoupçonnée pour moi... Donc je vais vous parler d'une des dernières sorties du Diable Vauvert : Tourville d'Alexandre D. Jestaire (genre Jester en anglais, c'est un pseudo que je trouve un peu naze... en même temps, les pseudo naze, je connais et je trouve ça attendrissant), est un premier roman de 774 pages qui parle d'un mec Jean-Louis, wanabee réal fauché parisien qui revient sur les âpres terres de son enfance pour enquêter sur la mort suspecte de Seb Goupil. Un de ces potes. Dans l'ambiance de pré apocalyse contemporaine, le Jean Louis en question traîne son syndrôme de Korshakoff et ses addictions diverses autour d'un monde qui en se dégradant se synchronise avec lui... Comme j'en suis à la page 200 et que je suis pas encore trop dégoûté par les tropes et les tics d'écritures du truc... Je vous ferai genre un top 5 des meilleures scènes de Tourville quand je l'aurai foutu... En plus, l'action se déroule sans réelle justification, ça suspend assez convenablement l'attention. Et c'est plutôt drôle. Pour tous les blasés qui tirent à vue sur la ligne française du Diable, çà peut vous changer. Ou pas. Allez plus loin sur Flu : La rentrée littéraire all around the world.


Milieu du XXI° siècle, le monde tel que nous le connaissons est enrichi de multiples couches d'univers virtuels. Des multivers extrêmement variés et accessibles à tout un chacun par le biais des Vêtinfs, des vêtement communiquants, intelligents et discrets, bourrés de nanotechnologies et d'informatique remplaçant nos PC et autres portables obsolètes. A l'époque, pas si lointaine, 2025, où se situe Rainbows End, le roman de Vernor Vinge, l'information est vécue sous forme de simulations à la fois hypersophistiquées et parfaitement fonctionnelles, qui renvoient le cyberespace de William Gibson au rang de douces rêveries de l'ordre du féerique et du moyenâgeux. C'est dans ce contexte sur-technologique que Robert Gu, un ancien poète atteint de la maladie d'Alzheimer, revient parmi les vivants. Bénéficiaire d'un traitement révolutionnaire, il émerge des brumes de la sénilité et (re)découvre un monde totalement nouveau. Un monde beaucoup plus complexe que celui qu'il connaissait. Un monde où, sacrilège!, toute publication papier est détruite physiquement pour être numérisée. Mais plus que tout, derrière son apparente transparence, ce monde est plus opaque et plus dangereux que jamais. Géopolitique, gestion de l'infosphère, apprentissage des nouvelles technologies, mathématiques omniprésentes, statistiques et analyses de données, capacité de synthèse..., en cette ère de sur-information (et souvent de désinformation) Robert Gu devra tout réapprendre, de la plus simple requête informatique, au maniement complexe des vêtements intelligents que se doivent de porter tous les citoyens. Pour cela il se voit contraint de s'inscrire une nouvelle fois à l'université et recommencer son apprentissage comme simple élève. Pour le doyen, la pilule a du mal à passer. Cette situation qui mettra à mal son ego, lui fera faire des bêtises, comme s'embringuer dans une sombre histoire de sabotage du projet de numérisation de la bibliothèque de l'université, ou passer un pacte avec un mystérieux lapin blanc. Enfin, s'il surmonte tous les pièges de ce nouveau monde, le littéraire grincheux un rien sadique et intolérant qu'il était auparavant, apprendra peut-être aussi à devenir un être meilleur. C'est ainsi que Vernor Vinge lance son récit teinté de philosophie, tout en prenant soin de lui donner une dimension plus inquiétante de cyberthriller. En effet, tandis que nous suivons les péripéties du vieux potache, nous apprenons également qu'une mystérieuse agence basée en inde s'apprête à bouleverser l'infosphère grâce à une nouvelle technologie de suggestion baptisée VDMC (pour "Vous Devez Me Croire"). Une technologie tellement puissante qu'elle influe sans peine sur la volonté des masses et poussent des miliers de gens à acheter, voter ou se comporter de la manière prévue et préparée à l'avance. Vernor Vinge est mathématicien, il est également, et c'est très important ici, à l'origine du concept de "singularité". Il prédit qu'au alentour de 2035 l'homme devra se mesurer à une intelligence supérieur à la sienne, crée par lui. Selon Vinge, la convergence des nanotechnologies, des sciences informatiques et cognitives, ainsi que des découvertes en biologiques, soutenue par "la loi de Moore" - une théorie qui prétend que la capacité technologique, et en particulier, informatique, doublant tous les 18 mois, celle-ci doit forcément donner naissance un jour à une entité de type intelligence artificielle - sera à l'origine de se bouleversement. Pour ce mathématicien et romancier américain, cette émergence signera la fin de l'humanité. Pas brutalement, mais de manière inexorable. Pour lui nous ne feront pas le poids devant une intelligence globale et seront amené à disparaître, tout comme nos technologies et notre culture. De fait, avec cette ambitieux Rainbows End, cet écrivain scientifique posent de passionnantes questions et proposent de non moins nombreux postulats. Qu'en sera-t-il de l'information quand la science et ses processus deviennent intraduisible en mots simples ? Que devient l'art quand les outils de création sont si complexes qu'ils en deviennent inintelligibles, même pour ceux qui les utilisent (le préoccupant phénomène de la boite noire) ? Quand les machines deviennent aussi intelligentes que les homme, qu'en est-il de l'idée même d'humanité et de civilisation ? Avec l'avènement des nanotechnologies, où finit la machine et où commence le vivant ? Plus simplement, Rainbows End est une formidable métaphore de la façon dont la technologie et tout ce qui l'entoure (en terme de régulation sociale, de défense, de géopolitique, de gestion des transports, d'énergie, etc.) changent profondément le monde, mais surtout nous changes nous même en temps qu'utilisateurs. Vernor Vinge Rainbows End (Robert Laffont)

En plus d'être un lieu de perdition pour le corps (infidélité, cancer de la peau, méduses, chichis,...), la plage l'est souvent aussi pour l'esprit. On y lit beaucoup parce qu'on s'y ennuie, dans des positions inconfortables et qui mettent la colonne vertébrale et les yeux en péril faute d'une préparation suffisante ou tout simplement parce qu'on croit que, devant tant de beauté, rien ne peut nous atteindre. Mais on y lit surtout mal et n'importe quoi. Au hit-parade des ventes de l'été, entre Marc Lévy (toujours lui), Guillaume Musso (son double caché) et l'Elégance du Hérisson (un roman détestable qui ferait passer Amélie Poulain pour du Haneke), figure toute une série de manuels de jeux, de collection de quizz et de tests stimulants pour le cerveau. L'homme des plages aime, en effet, entre deux baignades, à se prouver qu'il n'est pas totalement idiot (pourquoi le serait-il? tout ne porte-t-il pas à croire que son attitude est normale ?).
Parmi les titres qui marchent du feu de dieu, je me suis procuré les 101 Jeux de Culture Générale de Jean-Pierre Colignon et Hélène Jest, le bouquin à 6 euros, qui est un peu le pendant papier des tests qui visent à calculer (on en fait la publicité à la télévision) l'âge réel de votre cerveau. Les questions sont assez ardues parfois et peuvent se lire à la file comme autant d'interrogations écrites d'un vieux prof de lettres, venu exprès pour vous gâcher les vacances. On peut s'étonner du reste que les gens normaux aient le besoin permanent de s'évaluer et de se mettre au défi partout où ils vont de répondre à ces questions absurdes, de boucler telle ou telle grille de sudoku, de franchir des niveaux en matière de mots croisés. Même à demi nus et sur la plage, l'entraînement continue, dissimulé sous des airs de divertissement chiche : l'homme est une machine de guerre qui doit être alimentée, une machine composée de doutes agglomérés que tout un chacun doit affronter, lever, achever afin de pouvoir se regarder en face. Contrairement aux apparences, l'homme des plages ne se demande pas, lorsqu'il prend un bain de soleil, s'il est le plus beau (il VOIT bien que ce n'est pas le cas) mais interroge le miroir pour savoir s'il n'est pas le moins con. Quizz, Quizz, murmure-t-il honteusement à l'ombre de son parasol, Dis-moi que je vaux mieux que ça ?  Dis-moi que je vaux mieux que ce que je vois de moi ? Une grille de sudoku existentielle, une de mots croisées salutaires, un test réussi et c'est un supplément de confiance et de vie qu'on achète. La plage n'est pas, contrairement à ce qu'on croit, le lieu des corps qui rient, mais celui des cerveaux qui pleurent. Question : La couleuvre d'Esculape qu'on aperçoit sur les caducées possède la particularité d'être :
a) un bon grimpeur que l'on peut rencontrer posté dans les arbres et arbustes b) d'avoir un venin recherché autrefois, car il était à la base de nombreux médicaments c) redoutablement venimeuse et redoutée par les apothicaires, qui ne disposaient d'aucun antidote pour sauver la personne mordue

Un adolescent de 16 ans a été entendu pendant 24 heures par la police d'Aix-en-Provence pour avoir traduit et diffusé sur le web illégalement la version originale du septième tome de Harry Potter. D'après le Procureur de la République, le gamin ne le faisait pas pour le fric mais par passion.
La version circulait depuis une dizaine de jours sur le net, ce qui veut dire qu'elle a été mise en ligne moins d'une semaine après la parution mondiale de l'ouvrage, le 21 juillet dernier. Soit le môme est un génie, soit, et c'est plus probable, plusieurs personnes ont collaboré via le réseau pour traduire les 600 pages en un temps record, et livrer une version " de bonne qualité " estiment les autorités. Et que risquent nos sympathiques fraudeurs ? Un an de prison et 500 000 euros que J.K.Rowling pourrait casquer sans s'en rendre compte. Mais le plus attentif et déterminé dans l'affaire est sans conteste l'éditeur français Gallimard qui n'entend pas se priver d'une partie de la manne, qu'il attend de sa propre traduction fin octobre, par une bande de geeks potaches.

Il en est aujourd'hui des livres comme des films. Ils ont leurs trailers, leurs bandes annonces, leur making off, bientôt leurs illustrations qui seront vendues à part dans les librairie avec la mention sur la couverture : "cet ouvrage comporte des photos, en vente séparément, renseignez vous auprès de notre personnel pour les acquérir". Une idée que William Gibson a déjà fait sienne avec son dernier roman Spook Contry (ainsi que mes amis du Cafard Cosmique l'ont rapidement noté) puisque des rues, des places, bref, des lieux du livre sont bien évidemment disponible sur internet par le biais de google map, streetwiew and so on. On apprend beaucoup de chose dans cet interview et sa présentation, pour ce que j'en sais, est véritablement révolutionnaire puisqu'on a droit ici à un véritable petit film. Ceci étant, il ne s'agit bien sûr que du sommet de l'iceberg médiatique qui se met en place autour de Spook Contry. La preuve, quelques jours plus tard, il était en conférence lecture sur Second Life. Et preuve que nous sommes bien dans le domaine de la science-fiction, quand il répond, Gibson n'ouvre pas la bouche... Naturellement, je ne saurais trop vous conseiller de suivre le lien du Cafard, vous aurez droit à la liste non-exhaustive des interviews/reviews de l'auteur et de son oeuvre sur le net (et oui, les cafards sont bien utiles parfois... ce post leurs est tout naturellement dédié)

Reclassé début juillet dans la section BD adultes par le groupe américain Borders, Tintin au Congo suscite à nouveau la polémique. Encore ?! Et bien, oui. Bienvenu Mbutu Mondondo, un jeune étudiant Congolais résidant en Belgique, a porté plainte fin juillet devant la justice belge, afin que soit reconnu le caractère raciste de cet album de Hergé. Il réclame que la société Moulinsart soit poursuivie pour infraction à la loi belge de 1981 réprimant le racisme, et que ce volet des aventures africaines du jeune reporter ne soit plus commercialisé. Obtiendra t-il gain de cause ? Pour la première partie de la requête, certainement. Pour l'interdiction de la publication et vente de l'album, rien n'est moins sûr. Réouverture du débat sur la censure des oeuvres artistiques à connotation discriminatoire. Reflétant le contexte colonial de son époque, il s'agit d'une source historique. D'ailleurs, combien de collégiens et lycéens vont devoir prochainement plancher sur la rédaction d'un commentaire iconographique ayant pour illustration les dites vignettes reprises dans leur manuel d'Histoire ? Au même titre que la saga Tarzan avec Johnny Weissmuller, Tintin au Congo demeure un objet de discorde. Il vaudrait sans doute mieux que les rééditions cessent et qu'il ne soit disponible qu'en rez-de-jardin de la BNF (ce qui ne risque pas de se produire de sitôt).

 Chers Ados, Si vous pensiez que rentrée rimait principalement avec manuels scolaires, détrompez-vous. Évidemment, pour les non-polyglottes, la publication en français dans le texte du dernier volet des aventures de Harry Potter constitue le moment phare de la prochaine saison. Cela ne sera bientôt plus qu'un lointain dessein une fois que vous saurez que le "French dreammaker" se lance lui aussi à l'assaut des rayons des libraires. La nouvelle collection littéraire de Luc Besson, qui s'adresse aux 15-20 ans, sera lancée le 08 novembre 2007 avec David Grass. Jack, américain, 18 ans, aimant le foot, les voitures, les jolies filles, (jusque-là, pas de quoi s'enflammer !) fête une victoire sportive lorsqu'il croise le chemin d'un inconnu qui le "flashe". A la suite de cette rencontre, notre "Heroe" découvre qu'il vient du futur, avec pour mission de sauver la planète du chaos écologique qui la menace. Un thriller vert qui pourrait vous préparer à la lecture de Guerre aux humains (wu ming 2), dont la proposition de défense de l'environnement est nettement plus... "originale". Une sensibilisation de vos jeunes consciences à un combat juste, mais qui date. "Nous n'héritons pas de la terre de nos ancètres, nous l'empruntons à nos enfants." Antoine de Saint-Exupéry Serait-il prématuré d'annoncer un nouveau succès de Luc Besson ? Nous, on y croit. Alors pour ne pas nous contredire, cet automne, remisez vos consoles !
David Grass Editions Intervista Sortie le 08 novembre 2007

La BBC est, malgré tout ce qu'on a pu lever comme scandales ces dernières années, le meilleur ensemble d'audiovisuel public au monde, loin devant nos misérables franchises nationales. Le téléfilm Home est un bel exemple de ce qu'on ne verra jamais chez nous : une heure merveilleuse consacrée à l'adaptation d'une nouvelle de quelques pages de JG Ballard, écrivain prophète dont il ne cesse d'être question ici. Dans The Enormous Space, la nouvelle dont est tiré le non-scénario de Home, en provenance du recueil tout aussi excellent Fièvre Guerrière (début des années 90), le pape de l'anticipation sociale réussit à synthétiser à peu près toutes ses obsessions : déception des sociétés modernes, un accident de voiture catalyseur, enfermement, solitude, dialectique intérieur/ extérieur. L'histoire tient en une ligne : un homme, qui en a assez des misères qu'on lui fait ou qu'on ne lui fait plus, décide de ne plus sortir de chez lui. Du coup (et c'est là que se niche le génie), "l'infiniment petit" de sa chambre devient "l'infiniment grand" de son retrait du monde. Ce qui se cache derrière la normalité folle du héros, c'est évidemment la tendance au cocooning et au retranchement qu'on observe dans nos sociétés modernes. Ne serait-on pas plus heureux si on vivait seul, en dehors des agressions et de sollicitations du monde ? Quelles richesses, surprises, horreurs dissimule la banalité d'un intérieur domestique ? Le sage de Shepperton se pose ce type de questions depuis des années et interroge dans ces dernières oeuvres, Kingdom Come ou Millenium People, cet alignement de pavillons paisibles qui constituent la banlieue londonienne. L'histoire de cet homme est une interrogation philosophique de premier ordre : il ne faut pas s'en laisser conter. Les réponses ne sont pas si simples qu'il y paraît et Ballard nous les sert sur un plateau depuis pas mal de temps. L'intelligence pour les Nuls, l'analyse sociologique pour les billes et les lecteurs de Marc Lévy, Franz Kafka et Philip K Dick, l'avant-garde pour la ménagère de moins de 50 ans, voilà ce dont il est question dans ce téléfilm.

Si on avait besoin de se convaincre que les critiques n'ont quasiment aucun effet sur les ventes de livres, il suffirait de se pencher sur les meilleures ventes hebdomadaires. En bon masochistes c'est ce qu'on fera désormais. Voici le classement du 16 au 22 juillet :
1 Harry Potter and the Deathly Hallows J. K. Rowling 2 Mes amis, mes amours Marc Levy 3 L'élégance du hérisson Muriel Barbery 4 Cahier de vacances pour adultes Collectif, dir. Christophe Absi 5 Seras-tu là ? Guillaume Musso 6 Les yeux jaunes des crocodiles Katherine Pancol 7 Naruto, vol.30 Masashi Kishimoto 8 Innocent Harlan Coben 9 Les enfants de la liberté Marc Levy 10 Parce que je t'aime Guillaume Musso Aucun de ces livres n'a commencé par un succès critique avant de caracoler en tête des ventes ( et la grande majorité d'entre eux n'a fait l'objet d'aucune approche éditoriale sur Fluctuat). Passons sur le cas unique de Harry Potter ou sur les habitués des têtes de gondole comme Marc Lévy ou Katherine Pancol, pour nous arrêter sur Muriel Barbery. L'élégance du hérisson est un livre qui a quelques indéniables qualités littéraires mais semble surtout fonctionner auprès du public en raison d' un humanisme bon teint et d'une vision sociale relativement manichéenne ( mais sympa : les pauvres sont toujours plus cools que les riches). En fin d'année dernière, le livre connaît un succès d'estime auprès du public, l'éditeur (Gallimard) en fourgue près de 10 000 et s'en tamponne, tout occupé qu'il est à acheter des forêts amazoniennes pour imprimer des exemplaires des Bienveillantes. La critique qui pour l'essentiel n'a pas grand-chose à dire sur le texte lâche également l'affaire. Seul le bouche à oreille, entretenu par les libraires, qui accueillent le bouquin avec plus d'enthousiasme que les journaleux, garantit le succès du hérisson : il s'en vend aujourd'hui 4000 par semaine et les journalistes écrivent des textes du genre les raisons d'un succès. Un cas d'école, vraiment. Fort de ces beaux enseignements, Fluctuat demandera les conseils de lecture des libraires dans le cadre de son dossier rentrée littéraire.

Je ne me souviens pas du moment exact où j'ai remarqué David. Peut-être était-ce quand il a marché vers les barbelés. J'ai d'abord vu ses cheveux magnifiques, cette masse qui flottait autour de sa tête, et qui pourtant était bien à lui, comme jamais quelque chose n'a été à moi, ces boucles qui cachaient son front et la façon dont il avançait, guindé, pas en boitant, non, il donnait l'impression d'être fait de bois et de fer et que ses mécanismes n'avaient pas été huilés depuis un bon moment. Il avait un short marron comme mon petit frère Vinod et cela accentuait la blancheur de ses jambes. Il s'approchait de la grille, lentement, dans se presser et cela m'a paru si incroyable qu'il fasse cela alors qu'il était en prison, comme s'il marchait dans son jardin et il se rapprochait, se rapprochait là maintenant, je voyais mieux son visage, son minuscule visage d'enfant blond perdu dans la moiteur et la chaleur de Beau-Bassin. Il y avait d'autres enfants dans la cour mais ils restaient souvent accolés à un adulte, personne ne jouait, personne ne courait, personne ne semblait parler. Tous des petits Raj, comme moi. David m'a dit, plus tard, qu'il avançait vers les fleurs sauvages qui poussaient près des fils barbelés. David adorait les fleurs, c'est comme s'il n'en avait jamais vu de sa vie mais c'est vrai que les fleurs de Beau-Bassin sont différentes de celles qui poussent à Prague. Moi, à l'époque, j'étais persuadé qu'il venait vers moi. Ses yeux étaient dans les miens, ça ne pouvait pas être possible autrement et mon coeur a commencé à s'emballer. Il s'approchait de plus en plus de la grille, je tremblais, je m'enfonçais encore plus dans la terre quand soudain, il s'est retourné vers les autres et il s'est éloigné des barbelés avec quelques pas de marionnettes.
Sous le charme ! Tout simplement séduits par cette pépite littéraire que nous propose les éditions de l'Olivier. Comme quoi plonger dans les souvenirs d'un vieillard peut parfois réserver de bonnes surprises... Le dernier frère nous transporte à l'île Maurice, pays d'origine de son auteur. Une histoire dans l'Histoire, celle de l'amitié naissante entre deux jeunes garçons pendant la Seconde Guerre mondiale. La rencontre de deux cultures certes, mais surtout de deux enfances sacrifiées, trop tôt confrontées aux réalités du monde adulte.
Retrouvez l'intégralité de la chronique sur Le dernier frère. Consultez aussi le dossier Rentrée littéraire.
Le dernier frère Nathacha Appanah Editions de l'Olivier

Stig Dagerman, en voilà un bon compagnon pour l'été. Petit prodige des lettres suédoises, auteur d'un premier roman bluffant, Le Serpent, à 22 ans, plein de style et de peur, Dagerman est le genre d'auteur qu'il fait bon lire sur la plage, entouré de gens (une foule) pour lesquels on pourra éprouver rapidement du mépris. Dagerman est l'écrivain de l'angoisse, de la culpabilité venue d'ailleurs. Anti-nazi forcené, parfois anarchiste, il incarne, dans son second métier de journaliste, une forme de Nouvelle Vague suédoise, éprise de liberté et insoumise. Dans ses romans, dont le meilleur est sûrement l'Ile des Condamnés (l'histoire de quelques personnes - un boxeur, un capitaine,... qui échouent avec leurs névroses sur une île déserte et sombrent individuellement dans la solitude et l'incommunicabilité), Dagerman développe une écriture qui est réaliste, précise mais réellement bâtie sur du sable. Le recours aux images est permanent et l'angoisse habite tellement les "héros" qu'ils s'en retrouvent traversés par des visions au caractère obscur. Dagerman n'est clairement pas une lecture légère mais affiche dans son écriture une force et une puissance cinémique (puissance développée par les images) hors du commun. Avec de telles manières, la carrière de Dagerman s'achève tôt (il se suicide dans un dispositif classique et glauque garage/gaz/voiture/asphyxie) à 31 ans après avoir quasiment arrêté d'écrire quelques années auparavant. Cette fin tragique le fait évidemment entrer dans la légende et appelle des connexions avec l'un de ses auteurs cousins : le français Albert Camus. On poussera jusqu'à l'italien Gadda pour trouver autant de noirceur, de pessimisme et de réalisme sur la condition humaine. "J'aspirais à une paix, une paix profonde, au delà de toute raison... la paix que peut seule procurer une solitude innocente, la paix d'un homme innocent et solitaire qui n'a abandonné personne,n'a trahi personne pour rester seul, seul loin de toutes ces histoires de sang et de souffrance, sans que quiconque puisse l'en rendre responsable. Et je pressentais déjà clairement qu'il devait exister un lieu sur la terre, un désert quelque part où une telle solitude était possible, ou plutôt un endroit dans ce désert, pas une banale oiasis non, un endroit encore plus plein de sable, plus brûlant, plus intenable que tous les autres points de ce désert de sable, déjà si brûlant et si intenable; et si je ne me tiens pas à cet endroit, c'est que je suis encore à sa recherche, et si je ne le trouve pas, bien que j'aie l'impression d'avoir fouiné au creux de toutes les dunes - alors messieurs, je vous demande de me crucifier, car je suis plus coupable que tous les autres, non parce que j'ai mal agi, mais parce que les reproches que je m'adresse à moi-même, le sentiment de culpabilité et les douleurs qui m'assaillent ont été portés chez moi à une température plus élevée que chez tous les autres. Monologue de solitude de Lucas Egmont et bel exemple de l'écriture brillante de Dagerman dont on découvrira avec bonheur l'article phare et terminal Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. Consultez la fiche des oeuvres de Stig Dagerman sur fluctuat : - Notre besoin de consolation est impossible à rassasier - L'île des condamnés

 Vous vous souvenez de William Gibson et de son Identification des Schémas traduit au Diable Vauvert en 2004, dont vous trouverez une très bonne chronique ici ? Et bien on pourrait facilement le rapprocher de cet excellent Glyphes de Paul McAuley, à une différence près tout de même, le processus "d'indentification" intervient ici à l'envers. Dans Identification des Schémas, Cayce Pollard l'héroïne de Gibson, était capable de deviner d'un seul coup d'œil si un logo s'imprimera sur votre rétine, et surtout, dans votre inconscient. Dans Glyphes se sont les signes qui reconnaissent le système nerveux humain et s'y inscrivent brutalement, parfois irrémédiablement. Dans le roman de McAuley, Alfie Flowers, photographe freelance, est sensible aux motifs actifs appelés "glyphes" par les spécialistes. Ces formes dont les propriétés fascinantes ne sont connues que de quelques personnes, sont les reflets des motifs entoptiques codées dans notre cortex cérébral, ceux que nous voyons quand nous fermons les yeux très forts ou mettons nos poings sur nos paupières en appuyant. Problème, ils ont un pouvoir de suggestion capable de subvertir toute volonté humaine. Utilisé à l'occasion de pratiques rituelles depuis l'aube de l'humanité dans la région qui deviendra l'actuelle Irak, ces glyphes et leur pouvoir de suggestion n'intéresse pas que les archéologues et les scientifiques. C'est ce que découvre Alfie Flowers après avoir photographié un glyphe dans les rues de Londres. Il pense avoir découvert une piste sur la disparition de son père, lui aussi photographe, mais aussi espion au MI6 durant la guerre froide et se retrouve traqué par des mercenaires, des membres des services spéciaux et des savants fous.
Sur cette base digne du thriller de plage le plus banal, Paul McAuley signe un excellent roman d'aventure. Plus fantastique que réellement science-fictionnesque malgré sa parution dans la fameuse collection Ailleurs & Demain de Robert Laffont, Glyphes est aussi remplie de références archéologiques et abordes les dernières théories en ce domaine (l'hypothèse magique et chamanique des gravures et peintures préhistoriques, entre autre). Son auteur nous emmène également des rues de Londres à celles d'Istanbul, du bidonville de Diyarbakir aux plaines de l'Irak en guerre et au Kurdistan. Plus encore, Glyphes est un voyage dans le temps, celui du bassin de la Mésopotamie, les grands empires sumériens, babyloniens et assyriens. Des civilisations et des sociétés puissantes et déjà organisées en administration, régnant sur le monde connu tandis que les indigènes de l'Europe étaient encore vêtues de peaux de bêtes et se barbouillaient de sucs végétaux (p.253). Ces qualités littéraires et cette érudition n'étonneront pas ceux qui connaissent déjà Paul McAuley, auteur du très bon Les Diables Blancs, traduit l'an dernier dans la même collection, mais surtout des Conjurés de Florence, une uchronie autour de la vie de Léonard de Vinci, et Féérie, un brûlot controversé qui lança le genre cousin du cyberpunk en ces temps de biotechnologies triomphantes nommé "Biopunk". Et le rapprochement avec William Gibson dans tout ça ? Si l'on excepte la similitude du thème logotypes/glyphes spécialement conçu pour orienter la volonté de celui qui les regarde et de nombreux intérêts communs (la même fascination pour la façon dont les technologies de pointe finissent toujours par trouver le chemin de la rue, la même obsession pour la communication, son histoire et ses codes sous-jacents et une passion partagée pour les théories de la conspiration), il tient surtout dans le mécanisme narratif de McAuley. Dans Glyphes comme dans Identifications des Schémas, l'intrigue prend son temps, McAuley excelle dans les descriptions savoureuses du Londres contemporain et de ses personnages évoluant dans le "demi-monde du travail indépendant" (comme il l'écrit lui-même). Le récit s'enrichie des pérégrinations de ses personnages, des intrigues souterrains des services secrets, de l'histoire des religion et de notre héritage historique. A la manière de la meilleure science-fiction (au sens large), il ne s'agit pas ici d'une vaine tentative d'accrocher le lecteurs avec force effets pyrotechniques, mais d'ancrer le récit dans un tout. En plus d'être un excellent thriller et une parfaite lecture de plage, Glyphes procure le sentiment de lire un roman global et profondément humain dans lequel la trame n'est pas une excuse pour un étalage de délire SF, mais une base de réflexion sur la magie et la science, la religion, la nature de l'espèce humaine et la manière dont celle-ci, de tout temps, a bâtit des empires dont le principal vecteur d'expansion est la communication. Paul McAuley Glyphes Robert Lafont (coll. Ailleurs & Demain)

Quand je traverse le centre-ville peu après minuit, les migrations de population en sont à leur début. L'air des rues et des trottoirs est chargé d'une impatience mêlée à cette incompréhensible tension désespérée et agressive qui caractérise le plus souvent la vie nocturne islandaise. Ça démarre tout juste dans les bars et les cafés. Il règne un calme reposant avant que la tempête de la fête nocturne vienne s'abattre. Un homme portant une perruche dans une cage serait des plus déplacés dans tout ce tintouin. Peut-être est-ce pour cela que j'ai emmené Snaelda avec moi ce soir. Peut-être savais-je que le fait de me sentir responsable d'elle était la seule chose susceptible de m'empêcher de perdre pied. Peut-être savais-je que rien d'autre ne parviendrait à éloigner de moi ces souvenirs de techniques de drague imbéciles, d'humour idiot et forcé et de bonne humeur qui ne laisse derrière elle que du néant. En arrivant à la maison, je me tourne vers Snaelda qui, après s'être balancée, cramponnée à son perchoir tout au long du chemin, attend maintenant avec impatience d'être ramenée chez elle : - Et toi, ma chérie, qu'est-ce que tu en penses ? Tu crois que quelque chose est en train de fermenter en moi ? La quatrième de couv annonce « un roman plein d'humour, de vivacité et de suspense »... Alors oui, Einar, alcoolique en rémission, ne nous épargne pas ses sarcasmes, son regard désillusionné. En matière d'humour, on y trouve donc notre compte. Pour le reste, Arni Thorarinsson ne nous a toujours pas convaincus. Sous forme de journal intime, il livre un polar dans lequel seuls les états d'âme de son personnage principal prévalent, et cela au détriment de l'intrigue policière. Contrairement à nos homologues allemands ou danois, nous sommes davantage hermétiques à la banquise qui nous rend assez frileux... Sur le mag : Pour les amateurs, un article traitant en profondeur les polars scandinaves. Consultez aussi le dossier Rentrée littéraire.
Le temps de la sorcière Arni Thorarinsson Métailié

 Ceux qui profitent de l'été pour arrêter de fumer éviteront à tout prix de croiser ce livre essai brillant et monumental (400 et quelques pages) consacré au plus grand serial-killer de tous les temps : le tabac. Considéré comme l'un des plus grands écrivains cubains de tous les temps (il est mort il y a 2 ans), Guillermo Cabrera Infante, qui a reçu le prix Cervantès (l'équivalent du Nobel de littérature hispanique), est un homme à qui l'on doit le célébrissime La Havane pour un infante défunt, parcours érotique dans Cuba, ou encore les Trois tristes tigres, et dont la vie fut marquée évidemment par la révolution cubaine et la mise en place du gouvernement castriste. Infante, épris d'indépendance et fin analyste des moeurs locales dans son oeuvre, s'exilera à Londres en 1965 et sortira cet Holy Smoke qui fut écrit directement en anglais en 1985 depuis sa retraite, avant de prendre un statut légendaire au fil des traductions et non-traductions (ce qui aura été le cas en français jusqu'à aujourd'hui). Que le livre soit écrit en anglais ne surprendra pas outre mesure tant cet éloge du tabac et du cigare (aucun message de prévention repéré ici, on peut y aller sans crainte) est adossé à la culture anglo-saxonne et à l'âge d'or du cinéma hollywoodien en particulier. Si le livre, mi-journal, mi-essai, démarre par le récit quasi épique de la découverte du tabac et des "hommes cheminée" par un marin de Christophe Colomb appelé Rodrigo de Jerez (cette partie historique est passionnante), Infante ne tarde pas à embrayer sur le véritable objet de son étude : le cinéma, la littérature et leurs rapports avec la plante magique. Plus d'un millier de films sont sûrement convoqués ici, tandis que l'auteur appelle évidemment pour servir son propos des extraits de tout ce que la planète compte d'artistes, écrivains ou hommes politiques fumeurs. On parle histoire du cigare donc, mais aussi, puisqu'on est dans un essai complet, des cigares explosifs et de leur utilisation dans les films comiques; on parle du jeu propre du cigare dans le cinéma d'Orson Welles (signe de puissance ou de décadence morale), ou encore du rapport de la bibine et de la pipe dans l'oeuvre complète d'Edgar Allan Poe. My Fair Lady, James Bond contre Docteur No, Alice aux Pays des Merveilles donnent lieu à autant de volutes digressives tout à fait inattendues et jouissivces. L'art de Guillermo Cabrera Infante est de nous faire passer cet exposé ultradocumenté avec la légéreté d'un roman de plage ou d'un nuage de fumée, l'humour servant parfaitement l'érudition immense et le plaisir savant qui se dégage de cet Holy Smoke. Toute la culture anglo-saxonne ou presque est balayée ici avec une grâce et une ferveur que seule peut lui témoigner un étranger au point que le voyage prend parfois des allures de trip hallucinogène. La succession des images, des vers et des hommes convoqués provoque un vertige mémoriel qui peut s'apparenter à la sensation de tête qui tourne et de plaisir ivre qui accompagne la consommation du tabac par celui qui en a décroché depuis quelques temps. On sent l'esprit qui s'élève en tournant sur sa propre intelligence et le corps qui devient réceptif au moindre mouvement de l'air. Holy Smoke est un livre qui, à lui seul, donne envie de se mettre à fumer ou ce qui revient au même ici A NE LIRE QUE DE BONS LIVRES. Faut-il y voir une explication de sa traduction tardive ? En cela, c'est un livre aussi classe que sulfureux et dérangeant. Avec nos airs de Brando de fête foraine ou de Marlène Dietrich de la banlieue nord, on a un mal fou à ne pas se la jouer comme ce personnage qu'évoque Infante, rien que pour le plaisir de faire frissonner la défiance et le mal en nous. "Dans les Anges Sauvages (The Wild Angels), Bruce Dern, un motocycliste shooté en phase terminale qui a fumé de l'herbe toute sa vie adulte, exprime une dernière volonté urgente : "Quelqu'un en a-t-il une régulière?" Il se réfère évidemment à une cigarette." Montrée, écrite ou prononcée avec morgue ou érotisme, ce genre de séquence visuelle ou verbale aura, quoi quoi y fasse, toujours une supériorité érotique sur un prêchi-prêcha moraliste. C'est beau un cancer de la gorge la nuit ?

Ancien marin et ancien correspondant de guerre naval, Jean Jacques Antier fait partie des meilleurs historiens de marine actuels. Il a publié plus de cinquante livres, tous genres confondus. Parmi ses romans, j’en retiens deux qui abordent de manière différente cet attachement quasi passionnel de l’homme pour la mer : La Dame du Grand-Mât et Tempête sur Arnem .
La Dame du grand mât est le premier roman que j’ai lu de cet écrivain et depuis je pars à la recherche de tout ce qu’il publie -ou a publié- dans le domaine de l’épopée maritime tant son style énergique et coloré me plonge –c’est le cas de le dire- irrémédiablement dans l’aventure. 1779. Le trois mât La croix du Sud appareille du Havre pour Macao, en Chine, en vue d’embarquer une cargaison de Thé. Il doit lutter de vitesse contre l’Endeavour, un voilier anglais concurrent, lequel, s’il arrive le premier et sature le marché, fera s’effondrer les cours du thé. Une belle espagnole, Catalina de Mascarena, est à bord, fiancée et maîtresse du capitaine. L’équipage la surnomme « la Dame du Grand-Mât », mais beaucoup voient en elle « le lest du diable », qui portera malheur. Effectivement, les catastrophes se multiplient : révoltes, tempêtes, attaques de pirates et le passage du cap Horn sous une tempête hivernale.
Notez dans l’extrait suivant… Quel lyrisme ! : Le sifflet du bosco retentit à nouveau, et sa voix tonitruante : -Hale-bas la grand’voile et l’artimon ! A serrer le grand hunier ! Halez les cargues ! Souquez ! C’était une question de vie ou de mort. Dans la mâture, insensibles au vertige, au roulis et au froid qui engourdissent les mains, les gabiers se paumoyaient sur les verges à vingt mètres de haut, évoluant comme des singes sur les marchepieds, ramassant la toile, la serrant, l’arrimant sur la vergue. Sur le pont, le dos courbé, engoncés dans leurs vêtements cirés, le suroît rabattu sur le front, ils firent face au coup de chien, classique dans ces parages des quarantièmes, pluie aveuglante, et bientôt neige fondue.
Bon, d’accord, je l’avoue, moi qui ne suis jamais montée sur un grand voilier, j’ai usé mon dictionnaire à force de le consulter. Mais en réalité ce n’est pas nécessaire. Avec son jargon, Jean-Jacques Antier plante le décor et donne le ton ; même si on ne comprend pas tout, on est happé par ce déferlement de mots qui évoquent la mer. Vous tournez les pages et vous sentez la rugosité des haussières… Quoi ? Vous ne me croyez pas ? Mouais, c’est un peu gros ! Dommage. Dans ce cas, je ne vous dirais pas que lorsque je lisais ce roman, allongée dans ma balancelle, l’air se chargeait subitement de iode et que le bruissement des feuilles, au-dessus de moi, sonnait comme le mouvement des voiles sous le vent… Veuillez pardonner mon enthousiasme ; c’est la faute à Jean-Jacques : Il crée si bien l’atmosphère des aventures d’antan !
NB Easywriter : ce texte a été rédigé par Montsé, envoutante Dame du grand mat de ce blog. Vous pouvez proposer vos textes en cliquant ici.
Sur le mag : notre sélection lectures d'été

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