Archives > Juillet 2007Harry Potter : mais que va devenir J.K Rowling ?
Cool les gars , tenez nous au courant et bon anniversaire Joanne. Et toujours : Harry Potter : les livres
Tour de France : Flann O'Brien, roi des cyclistes fous![]() Dans son roman Le Troisième Policier, édité en français il y a un an ou deux, Flann O'Brien livre quelques passages hilarants sur les bicyclettes, ceux qui les volent ou les utilisent pour avancer. Sans réduire ce chef d'oeuvre de l'humour irlandais, adoré par James Joyce, qui le déchiffra, pour cause de presque cécité, à la loupe, à un ouvrage sur le... cyclisme, le Troisième Policier mérite d'être redécouvert au moment où on nous innonde des pires absurdités, moralistes ou immoralistes, sur le vélo. Ecrit en 1940, le Troisième Policier est le premier roman de l'auteur, mais aussi son dernier, puisqu'il fut refusé par tous les éditeurs de l'époque avant d'être publié bien après le décès de l'écrivain. L'explication doit tenir dans le caractère loufoque et invraisemblable de l'histoire (de son style, de ses répétitions, de ses dialogues absurdes etc) : un jeune gars (handicapé) tue un vieux type à coups de pelle, avant de le retrouver, sans qu'on s'explique pourquoi, le lendemain tout à fait vivant et en pleine possession de ses moyens. Après quelques échanges de haute volée avec sa victime sur le sens de la vie, notre assassin qui n'en serait plus un sur le plan légal mais continue de se comporter comme tel, croise des flics soupçonneux (mais idiots) en réalité intéressés uniquement par la pédale et une étrange théorie selon laquelle des échanges d'atomes interviendraient entre le pédaleur, les pédalants et le pédalé. Si on ajoute à ça quelques personnages tout aussi déjantés (un savant fou nommé De Selby dont l'oeuvre est commentée en notes de bas de page) et si on arrive, sans trop de mal, à se livrer sans rechigner aux divagations d'un auteur tout-puissant, le Troisième Policier peut faire un parfait compagnon de voyage. Sorte de thriller sans crime, de polar à la mode de Samuel Beckett, vaguement existentialiste et Swiftien, terriblement britannique et décalé, le livre demande tout de même un sacré effort d'abandon, que tout le monde n'est pas prêt à fournir. Contrairement à ce qu'on croit, le lecteur en vacances (et lecteur tout court), s'il aime à relâcher ses abdominaux, n'est pas prêt à lâcher totalement la bride de ses pensées, lorsqu'il se fait dorer la pilule, et ce par peur de ne pouvoir se rassembler, une fois l'été achevé. Ce qui explique évidemment (et toujours) pourquoi Lévy, le hérisson et les autres.... Les clichés de l'été (2) : le sexe partout Après les bouquins pour décérébrés, voici le sexe à tous les étages : c'est bien connu, la chaleur troublante, les chairs qui se dénudent, multiplient par dix les opportunités sexuelles et tout le monde se retrouve casté dans un érotique italien. A la vérité, les spécialistes du blog sexe (épaulés par Libé) ont expliqué hier que la chaleur était plutôt dissuasive et génératrice de stress. Alors pourquoi persister à remplacer les "unes internationales" des hebdos par des enquêtes babyloniennes sur la fidélité des Françaises ? Mais pour générer de la frustration les amis : dans No sex last year, le journaliste David Fontaine interroge justement l'abstinence comme une réaction à la société du tout sexuel, qui hiérarchise la valeur accordée à chaque individu en fonction de ses capacités en la matière. Outre la débauche d'imagerie sexuelle dans la pub et les medias, les études statistiques ont également un rôle normatif (mais où suis je situé par rapport à la moyenne nationale ?). ![]() Dans ce contexte, la sexualité -forcément un rien anxiogène en soi- devient usante et les non pratiquants éprouvent tous (dans le livre de Fontaine en tout cas) d'abord une forme de soulagement. Bien sûr, leur abstinence n'est pas un choix politique de contestation de l'emprise de l'industrie sur leur vie et leur comportement s'explique surtout par des raisons personnelles. Il n'empêche que nombre d'entre eux retrouvent une sexualité plus harmonieuse après cette période d'abstinence. Pourquoi ? Parce que d'une certaine manière, ils ont récupéré leur sexualité, leur rytme, leur motivation et la volonté de prendre l'autre en compte, plutôt que de l'utiliser comme faire-valoir dans le cadre d'une sexualité finalement instrumentalisée. Car au fond, en mettant en avant le désir et le frustrant immédiatement pour le détourner vers un autre désir (la consommation) , ce que fait l'industrie s'apparente à la définition exacte de la perversion. No sex last year David Fontaine. Les petits Matins. Harry Potter est autiste (les raisons d'un succès)
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Il y a sans doute peu d'intérêt à discuter de la qualité ou de la nature d'Harry Potter and The Deathly Hallows. Tout le monde a déjà son avis sur Harry Potter, sur le fait qu'il soit digne ou pas pour un adulte de le lire en public (moi ? je parle de BD sur un blog, je suis déjà grillé), sur le fait que son succès soit mérité ou pas et sur tout un tas d'autres aspects encore et ce n'est pas ce dernier tome qui va y changer quoi que ce soit. Ce qui est sans doute plus intéressant, à défaut d'être original, c'est de se pencher sur les raisons du succès de l'oeuvre de J.K. Rowling. Cette femme a trouvé la façon la plus satisfaisante de devenir milliardaire qui soit sans faire descendre un seul enfant dans une mine et nous sommes nombreux à l'envier. Un coup d'oeil à la liste des livres les plus vendus du monde selon wikipedia nous confirme que comme la Bible, le Coran, le Petit Livre Rouge, le Seigneur des Anneaux et (pas vendu certes mais très très lu à ce qu'il paraît) le catalogue Ikéa, la série Harry Potter offre une vision complète et fermée d'un monde. Les sorciers ont leur culture, leur histoire et leur vocabulaire sans relation aux nôtres. Pour beaucoup d'enfants, Harry Potter n'est pas UN livre mais LE livre. Une oeuvre qui se suffit à elle même et qui ne connaît aucun pair. Harry Potter ne pousse d'ailleurs sans doute pas plus d'enfants à la lecture d'autres livres que les films qui en sont tirés ne transforment les gamins qui vont les voir en cinéphiles. Cette autosuffisance est sans doute pour beaucoup aussi dans le succès des livres de la série auprès des adultes. Ceux ci lisent en masse Harry Potter en partie parce qu'ils savent que rien ne leur est demandé à l'entrée de ce monde. Aucune connaissance, aucune compréhension de mécanismes littéraires complexes ne sont nécessaires : vous pouvez comprendre et apprécier Harry Potter sans être plus cultivé que Steevy Boulay. Et vous n'avez pas à vous en émouvoir parce qu'il s'agit d'un livre pour enfant et tout le monde sait bien que vous ne lisez ça que comme un divertissement sans aucun sérieux. Ce qui est vraiment frappant à ce titre, c'est que le petit sorcier est comme son lecteur. J.K. Rowling a consacré des milliers de pages à la description dans tous ses détails du monde des sorciers sans jamais s'attarder sur leur culture. Jamais Harry n'a lu un livre en dehors de ses manuels scolaires, jamais il n'a vu un film ou écouté de musique. C'est tout juste si un groupe de rock sorcier est mentionné en passant. Les sorciers vivent dans un monde trop intéressant pour avoir besoin d'art. Tout comme il est présenté comme un héros qui n'est peut-être pas le plus intelligent ni le plus talentueux mais certainement le plus courageux et le plus généreux, Harry Potter n'a pas de place dans sa vie pour les distractions (même le sport des sorciers, le Quidditch, il le joue plutôt que d'en être spectateur). Le bon père de famille en moi s'interroge : quelle est la leçon pour nos enfants là dedans ? L'aspirant milliardaire prend note d'éviter d'associer son bouquin à l'idée qu'il en existe d'autres. Lire aussi : Harry Potter les livres , les sept tomes résumés et critiqués sur Flu. Jonathan Tropper : Welcome Home Son ! Rentrer chez soi après avoir agoni d'injures, ridiculisé et révélé les petits secrets honteux de toute la communauté qui vous a vu naître dans un best-seller, n'est pas forcément une bonne idée. Cela risque en tout cas de générer certains soucis d'ordre diplomatique, moral et philosophique. C'est pourtant ce qui arrive à Joe Goffman, le protagoniste du Livre de Joe de Jonathan Tropper. A l'image de son créateur Joe Goffman est un jeune écrivain à succès dont le premier roman, "Bush Falls" dévoile, justement, les mœurs de la petite ville du même nom qu'il a quitté 10 ans plus tôt pour mener la grande vie à Manhattan. Mais ses racines le rattrapent et il est obligé de rentrer chez lui quand son père est hospitalisé dans le coma. Le retour ne sera pas de tout repos pour le yuppie et il devra affronter une tragédie passée et tous ceux dont la vie a été bouleversée par son roman, à commencer par ce qu'il reste de sa propre famille, ainsi que la responsabilité qui incombe un jour à tout écrivain : assumer l'impact de sa fiction sur la réalité. Dans un style volontiers humoristique, fluide et détaché, Jonathan Tropper nous contes les mésaventures de ce personnage qui prend peu à peu conscience de la vacuité de son existence malgré un bel appartement à New York, des aventures en série et une grosse voiture. Un père mourant, un amour perdu, un ami atteint du sida, un autre disparu dans des circonstances tragiques et un frère aîné en éternel rival qui s'éloigne, la vie de Joe Goffman semble une suite de disparitions, de fuites et de pertes. Aidé par son neveu, il tente de se réapproprier sa vie et les gens qui en font parti. Pourtant, nous sommes loin de la confession bon-enfant ici. Tropper prend aussi un malin plaisir à nous décrire avec ironie les turpitudes des ex-concitoyens de son anti-héros : la violence sous-jacente des petites villes, le culte du sport comme unique dérivatif d'une cité qui s'ennuie, le clientélisme, les pressions du "quand dira t'on", l'homophobie, les fantasmes cachés, sans pour autant lui épargner le ridicule de l'homo urbanicus désormais incapable de décoder des signaux évidents pour tous. Rien de révolutionnaire dans ce roman 412 pages donc. Tout le plaisir de lire Tropper tient plutôt dans la manière dont l'auteur évoque avec honnêteté et humanité, les péripéties de son personnage et ses retrouvailles avec les siens. L'amateur de littérature anglo-saxonne de qualité retrouvera quant à lui des repères familiers en parcourant ce livre. Jonathan Tropper c'est un peu le mixe rêvé de Jim Harrison et de Bret Easton Ellis. Du premier, il a retenu l'aspect naturaliste et le goût du retour aux sources. Au second il a emprunté l'art du persiflage et la tendance inné de ses personnages à l'auto-apitoiement assumé. Vous l'avez compris, si Le livre de Joe n'est pas la révélation annoncée sur la couverture, c'est tout de même le plaisir d'avoir découvert une bon auteur américain (un de plus) et accessoirement, l'assurance de passer un bon moment sur la plage. A noter que Jonathan Tropper vient de sortir un nouveau roman traduit au Fleuve Noir. Jonathan Tropper Le livre de Joe 10/18 Transmetropolitan : gonzo porn du futur A travers ce personnage et ses colonnes hebdomadaires, Ellis explore un futur tout sauf utopique mais qui évite tout de même l'écueil du catastrophisme pur et simple : certes la télévision (ou ce qui l'a remplacé) est une machine a laver les cerveaux, les hommes sont plus violents, stupides et fous que jamais, les élites corrompues (et violentes stupides et folles aussi, bien sûr), les technologies plus "déshumanisantes" et cancérigènes, les religions/sectes plus nombreuses et absurdes encore mais le scénariste, qui parle de façon assez transparente à travers son personnage, montre un enthousiasme contagieux pour toutes les possibilités d'une "ville" pleine de vie avec laquelle il entretient une relation sado-masochiste qui est réellement le coeur de la BD. Transmetropolitan, Tome 1 : Le come-back du siècle c'est aussi, en plus d'une excellente BD de science fiction, du vrai porno Le gros album que vient de publier Panini ne rassemble que les douze premiers épisodes de la série, qui posent tout juste les bases sur lesquelles celle ci partira vraiment dans les quelques cinquante épisodes suivants. Transmetropolitan offre une vision lucide et rassurante du futur, un équilibre difficile à atteindre et d'autant plus appréciable qu'on sait bien qu'on sera tous mis au chômage par des Chinois, à la rue par la montée du niveau de la mer et à l'hôpital par les OGM. NB :Le livre est sélectionné dans nos lectures d'été Nerofumo c'est presque le Pérou
Avec Nerofumo, voici encore un excellent exemple de livre dont on attend pas grand chose à l'ouverture et qui se révèle plus qu'une heureuse surprise, un vrai et grand plaisir de lecteur. L'inquiétude initiale tenait à 2 choses : L'idée de départ est assez simple à résumer : un frère Jésuite, chargé d'une mission d'audit (inquisitoriale) dans un couvent espagnol (à la fin du XVIème siècle) fait la connaissance d'un Indien Péruvien alors qu'il se promène près du cimetière local. L'Indien engage la conversation et va lui raconter l'histoire incroyable du frère Blas Valera, mort il y a une vingtaine d'années (normalement - tout est évidemment dans ce "normalement", qui ne prendra sens que si vous lisez le livre) frère né de la liaison d'une indigène et d'un prêtre dégénéré sexuel, devenu la légende noire de la compagnie de Jésus, pour avoir contesté la vision de l'histoire officielle. Banni de son propre ordre pour avoir moqué l'apport civilisateur de l'Espagne dans le Nouveau Monde, Blas Valera, qui est un vrai caractère historique ayant accompagné la conquête du Pérou, totalement effacé des mémoires par les Jésuites après sa disgrâce, est le véritable héros de Nerofumo. Le livre est le récit du duel intellectuel que se livrent le frère ouvert d'esprit, modèle de l'esprit des (pré)Lumières avec quelques siècles d'avance, et le soi-disant bouseux sud-américain. Le Péruvien s'avère un redoutable philosophe et se lance (entre deux chiques de coca) dans un exposé d'une véracité et d'une précision implacables sur les atrocités commises par les Conquistadores et par l'Eglise en particulier.
Naruto : bon pour les hormones
Une fois que je me suis apperçu de ce que les gamins lisaient dans mon dos, j'ai décidé comme tout adulte responsable de me pencher dessus. L'âge m'a rendu arrogant bien sûr et c'est pourquoi j'ai été fort surpris de trouver un manga de grande qualité : pas d'un grande valeur artistique ni d'une grande subtilité et certainement pas fait pour quelqu'un de mon âge mais proche de la perfection pour l'ado que je me rappelle avoir été. J'y aurais investi mon argent de poche sans hésiter. L'histoire est très classique : Naruto est un orphelin qui rêve d'entrer à l'académie des ninjas pour gagner le respect que son village lui refuse. Il est désobéissant et pas très travailleurs mais capable quand il s'y met d'accomplir de petits exploits. Evidemment, tout ça ne serait rien sans de spectaculaires affontements de ninjas aux techniques abracadabrantes. On se rappelle à cette occasion que le manga a d'abord impressionné les occidentaux par sa capacité à représenter l'action de manière beaucoup plus dynamique et efficace que tout ce qu'on avait jamais vu par chez nous. A ce titre Naruto s'en sort très bien et les techniques ninjas permettent de nombreux rebondissements imprévisibles (au début tout du moins, je n'ai pas lus les vingt-huit volumes).
En conclusion, même s'il n'a sans doute pas attendu votre permission, si votre fils commence à avoir des poils un peu partout mais pas encore au menton, vous pouvez tout à fait le laisser lire Naruto. Pour ce qui est de canaliser un afflux incontrôlable d'hormones, ça reste beaucoup plus sain que 300. Harvey Pekar, le début à la fin
C'est que The Quitter c'est Harvey Pekar, vieux grincheux, qui raconte son adolescence avec très peu de compassion pour son sujet. Pekar était, à l'en croire, un gamin bagarreur, effronté, imbu de lui même mais tellement effrayé par l'échec qu'il préférait laisser tomber tout ce qui n'était pas trop facile pour lui. On veut bien le croire même si on soupçonne qu'il avait bien quelques qualités pour que les personnages secondaires ne le fuient pas tous en courant. Tout ce qu'on en verra cependant c'est une passion pour le jazz et un certain talent à la faire partager. Pas vraiment de quoi tomber amoureux.
Toute l'oeuvre de Pekar est basée sur une certaine connaissance de sa personnalité. Il est le genre de mec qui ne dira jamais un mot gentil, surtout pas sur lui, mais qui n'en est que plus attachant. Il le sait bien, se mettant lui même en scène en train de raconter son histoire, l'air bougon et timide. Pour lancer sa nouvelle collection Vertigo (une superbe idée par ailleurs, on y reviendra sûrement) Panini a sans doute jugé bon de commencer avec un volume qui raconte la jeunesse de Pekar. Commencer par les débuts du personnage principal paraît logique mais l'erreur de l'éditeur est d'avoir cru que l'Harvey Pekar dans la BD était ce personnage principal quand, en fait, le personnage principal est l'Harvey Pekar qui écrit et qui raconte. Un personnage dont le néophyte commencerait ici l'histoire par la fin.
Ken Bruen, la série (noire) de l'été
Fayard a décidé d'en finir avec la loi des séries et de proposer du Bruen indépendamment de ces récits fétiches, ceux de Jack Taylor et de R&B (ceux qui ne comprennent rien, doivent se rendre là pour réviser). C'est ainsi que le lecteurs alléché découvre pas moins de deux romans de Bruen en même temps dans les rayons, En effeuillant Baudelaire et Hackman blues.
De Hackman blues, on dit que c'est "un mix radical de culture littéraire, de poésie, d'ultra violence et d'esprit rock, avec une bonne dose d'humour cruel et ravageur", ce qui en général n'engage que l'éditeur, mais dans le cas de Bruen, on peut lui faire confiance, c'est en général exactement ce qui fait de l'écrivain l'une des meilleures lectures du moment. Echange en ping-pong littéraire avec son lecteur (en lisant Bruen, vous pouvez être sûr de découvrir au moins trois nouveau auteurs par livres), minutieuses références musicales, poésie et philosophie, usages de tout ce que la planète compte de produits stupéfiants et humour tordu sont ici largement envisageables. En un mot : Foncez !
Ken Bruen - En effeuillant Baudelaire et Hackman blues(Fayard Noir) Rome, sexe et mafia facile
Hewson nous propose (pour ce qui semble être sa deuxième sortie) un flic à la Mike Hammer rital, un rien désoeuvré, séducteur, qui aime boire et ne refuse pas de coucher avec le témoin précédemment cité. Le flic a du flair, de l'intuition et de la ténacité (c'est le nouveau modèle à la mode - plus simple à écrire qu'un Sherlock Holmes et plus "postmoderne") et lève, avec l'aide de quelques amies bien installées dans leurs seconds rôles, une passionnante affaire de vieux rite orgiaque venu des anciennes adorations dyonisiaques, partouzes à la romaine, sacrifices de vierges blondes et chantages vaguement crapuleux. Ajoutez à cela, en fond de roman, une intéressante sitcom au sein de la mafia : un vieux caïd en fin de vie qui se fait souffler sa nana chaudasse et ambitieuse par un fils cinglé et érotomane; un vieil universitaire qui a pris une overdose de frises érotiques antiques et s'est mis en tête de tirer des coups gratuits et j'en passe. Harry Potter 7 : Des distributeurs lèvent l'embargoPosté par Easywriter le 19.07.07 à 19:16 | tags : news
TELEX :On vous expliquait il y a peu que certains courants juifs orthodoxes s'indignaient de la sortie de Harry Potter and the Deathly Hallows' un jour de Shabatt. Une nouvelle devrait les soulager un brin : des distributeurs américains ont décidé de ne pas respecter l'embargo mondial décidé par l'éditeur Bloomsburry. En théorie le septième volume des aventures de Harry Potter devait être en vente samedi minuit GMT. L'éditeur Scholastic qui détient les droits américains a porté plainte contre deux distributeurs incriminés. En réalité, 1200 exemplaires ont été écoulés favorisant encore et toujours le buzz autour de la sortie du livre de JK Rowling Harry Potter ne fera pas ShabbatPosté par Easywriter le 19.07.07 à 11:49 | tags : news
Lire la chronique de Harry Potter et l'ordre du Phénix sur le mag cinéma. Manga-légo
![]() Le formalisme en BD, avec ces petites cases qu'on peut réarranger comme des légos (ou des clipos pour les moins doués), c'est souvent super ludique. Ca a peut-être aussi quelque chose à voir avec la relative jeunesse de cet art ou avec le fait qu'il est en grande partie l'oeuvre de gros geeks, mais peu importe, le résultat c'est qu'il y a en général plus de fun dans une BD "expérimentale" que dans la moyenne des films/romans/poteries auxquels ont peut appliquer cet adjectif. Tout ça pour vous dire, donc, que je ne chercherais pas à vous embrouiller avec des explications stupides sur "ce qui se passe entre ou derrière les cases" de ce court manga trouvé sur un blog anglophone et qui s'appelle "Abstraction" sans doute juste parce que ça sonne plutôt cool. Vous devez lire ce truc, puis faites touner le lien, c'est du bon. Contre le Rayon Erotique & Pour la Poésie Audio
J'ai toujours admiré les lecteurs qui se tiennent debout sereinement, pendant cinq ou six minutes, au rayon littérature érotique de leur librairie, se permettent de fouiller les étals, de feuilleter les livres, de mater les couvertures suggestives (ou non) sans avoir.... HONTE. Quand j'en ai assez de ces conneries et de ces persécutions, je me réfugie dans les poésies érotiques de chez Literotica, le site un temps recommandé par l'ami William Vollmann et qui propose depuis pas mal d'années maintenant une série de Poésies érotiques Audio (majoritairement en langue anglaise, mais on trouve quelques récits et poèmes en français si on cherche un peu) qui valent le coup d'oreille. Si la lecture seule est stimulante, il arrive chez certaines personnes, hommes et femmes, que la conjonction du son et de la lecture produise des résultats étonnants. Pour savoir si vous faites partie de ces personnes élues des Dieux, une simple écoute de You Make My Pussy So Wet (pas du Verlaine, c'est sûr, mais un bon petit sous-Bukowski, oui) suffira à vous tester. http://www.literotica.com/stories/stories_by_category.php?category=46&page=6 Si ça ne marche pas, je vous souhaite évidemment de trouver autre chose pour affronter l'été. Et ne me racontez pas qu'un homme ou une femme en chair et en os est suffisant pour procurer autant de bonheur qu'un bon livre.
Livres d'été : Comment bronzer sans avoir l'air trop con Littérature blanche ou noire, polars, BD, la sélection de Flu vous est un savant cocktail de bouquins cérébrés (mais pas trop), addictifs et troublants. Bien sûr, vous pouvez vous aussi compléter cette liste somme toute modeste en proposant vos choix de lectures d'été via le formulaire idoine. Les meilleures notules (sauf celles qui sont carrément meilleurs que les nôtres évidemment) seront publiées durant tout l'été. (Illus : depuis qu'elle suit les conseils de lecture de Flu, Océane a perdu dix kilos, obtenu un doctorat de philo et bronze désormais en moins de dix minutes. Via Bigolly molly ) L'absence de l'ogre : dans les coulisses du succès
Dominique Sylvain est l'écrivain de polar qui monte depuis quelques livres. Elle en profite pour sortir ces dernières semaines coup sur coup une édition refondue de Barka!, l'un de ses meilleurs livres, et ce nouveau roman dont le titre est tiré d'une expression de Alphonse Allais : l'Absence de l'ogre. L'absence de l'ogre se veut un roman de son temps mais évolue dans un Paris qui sent, malgré tout, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, le bobo et la toc attitude. Tout part ici de la mort d'une jeune rockeuse dans un parc parisien. Le coupable tout trouvé est un jardinier sorti de nulle part, colosse au coeur d'or, et Billy Budd de pacotille, porté disparu depuis le soir du crime, et qui cache... un monstrueux secret : il est américain, venu de New Orleans pour fuir on ne sait quoi. En route, on se débrouillera avec ce qui nous tombe sous la main : du chantage, des tentatives de meurtre et des meurtres tentés qui réussissent, des Gardiens de parc changés en Watchmen, des scènes de sexe torrides avec des sexes d'homme qui vont à l'intérieur des femmes et font du chaud et du bien dedans, des commissaires avec des prénoms russes qui sont prêts à quitter leur femme (méchante et hargneuse) pour céder à un coup de foudre digne de Voici, etc. Si l'intrigue est plutôt consistante (voire complexe et pas facile à suivre dans son dénouement), les personnages attachants et le contexte parisien soigné sur le fond et la forme, Sylvain n'en parvient pas pour autant à nous faire croire à la réalité de ce qu'elle raconte. Le polar sent la couture à plein nez, les gimmicks disséminés ça et là pour produire de l'effet, le tout enveloppé dans une langue qui pue la vieille France et l'effet de style. Là où Vargas (tant qu'à comparer, allons-y) réussit à intriquer les morceaux (culture, enquête, obsessions) qui constituent la chair de son roman en un tissu dense et unitaire, Sylvain présente au final une maille lâche, élaborée mais qui laisse passer l'air au milieu. Du coup, si on peut se laisser envelopper facilement dans la toile de cette Absence de l'Ogre, par beau temps (ça tombe bien), il est sûr que son écriture ne passera pas l'automne. Gageons néanmoins que Dominique Sylvain a, dans les jambes, un mauvais succès planétaire à la Anna Gavalda (Satan, sors de ce superbe corps bourgeois !). Le Paradoxe du Pastiche
Rattrapage scolaire : Les Misérables.... pour les NulsSi vous n'avez jamais réussi à lire les 5 tomes des Misérables, roman de 1862 le plus célèbre de notre grand écrivain national et populaire Victor Hugo, voici votre dernière chance : un Legomontage de 4 minutes et quelques qui reprend les très grandes lignes de l'histoire de Jean Valjean (l'homme qui servit de modèle à Superman ne l'oublions pas), Cosette & co. On reprochera à ce petit film, outre ses raccourcis, un style peut-être un peu lisse qui ne rend pas tout à fait le réalisme charnel d'un Hugo déterminé ici à se coltiner de plein front les thématiques de l'injustice sociale, de l'égalité entre les classes sociales et de la dignité humaine. En attendant, rien de tel pour oublier les redoutables adaptations cinématographiques que la télévision nous ressert chaque fin d'année. Le chien de guerre et la douleur du monde : Moorcock fantastique
Avec ce premier volume du Cycle de Von Bek, Michael Moorcock réussissait non seulement à se payer l'un des plus beaux titres de l'histoire littéraire mondiale (The Dog Hound And The World's Pain, qui dit mieux ?) mais aussi à ouvrir majestueusement un cycle en forme de trilogie achevé 5 ans plus tard, en 1986, avec The City in The Autumn Stars, puis enrichi à foison de liaisons secrètes, nouvelles rétroécrites, justifiant et étoffant le caractère épique de l'histoire. Le cycle (que je trouve, pour ma part, bien meilleur que les histoires d'Elric et de Jerry Cornelius) raconte l'histoire d'une famille devenue par la force des choses (et surtout celle de ce premier volume brillant) la gardienne et détentrice du Saint Graal. Moorcock concentre, par delà les références faustiennes, dans ce personnage de Von Bek un nombre de qualités, de valeurs et de déchirements (amour, bravoure, barbarie, sens des compromissions, respect du devoir, honneur,...) qui, à aucun moment, n'attentent à l'humanité et à la crédibilité du personnage. L'intensité des scènes clés du roman est une vraie leçon d'écriture romanesque, illustrant, s'il en était encore besoin, l'art de Moorcock pour faire accoucher ses personnages et ses intrigues de leçons de vie aussi ambitieuses que touchantes. Le chien de guerre et la douleur du monde
Tintin au Congo classé BD pour adultes
Le groupe Borders, propriétaire de librairies en Grande-Bretagne a donc décidé de ranger Tintin au Congo au rayon BD pour adultes à côté de celles de Manara. Mais pas pour les mêmes raisons, les enquêtes du reporter asexué étant totalement dépourvues de références sexuelles explicites. Travailler fatigue avec Cesare Pavese
"Le jour sera tranquille, froidement lumineux,/ comme le soleil qui naît ou qui meurt/ et la vitre hors du ciel retiendra l'air souillé.// On s'éveille un matin, une fois pour toujours,/ dans la douce chaleur du dernier sommeil : 'lombre/ sera comme cette douce chaleur. Par la fenêtre/ un ciel plus vaste encore remplira la chambre./ De l'escalier gravi une fois pour toujours/ ne viendront plus ni voix ni visages défunts. // Il sera inutile de se lever du lit./ Seule l'aube entrera dans la chambre déserte./ La fenêtre suffira à vêtir chaque chose/ D'une clarté tranquille, une lumière presque./ Elle posera une ombre décharnée sur le visage étendu./ Les souvenirs seront des noeuds d'ombre/ tapis comme de vieilles braises/ dans la cheminée. Le souvenir sera la flamme/ qui mordait hier encore dans le regard éteint. " Souvent tristes et mélancoliques comme dans ce Paradis sur les Toits, tiré du recueil Travailler Fatigue, les poésies de Cesare Pavese valent pour leur simplicité lexicale (quelques centaines de mots peut-être travaillés avec acharnement) et par leur rythme singulier. La versification utilisée par le poète négligé constitue une tentative d'échapper au romantisme et de proposer une approche réaliste de l'Italie dans laquelle il vit, finalement assez proche de ce que proposera Pasolini ) pau près au même moment mais d'une façon plus radicale encore (Pavese ne recourt pas aux dialectes). Adossée solidement sur le vers italien (12 à 14 pieds en général, 13 presque tout le temps chez Pavese), la poésie de Pavese n'inspire pas cette régularité que provoque chez nous la longueur et la pureté de l'alexandrin. Au contraire, elle conserve sur chaque vers cet aspect granuleux et chaleureux des terres de Calabre, depuis lesquelles le jeune poète écrit, entre 1932 et 1935, la majorité des textes du recueil. Le livre NRF qui lui est consacré élargit le champ et couvre de fait toute sa poésie, incluant en plus de poésies de jeunesse, un second recueil, plus classique et peut-être moins intéressant que le premier baptisé La mort viendra et elle aura tes yeux. Ce titre est tiré du texte retrouvé par la police au chevet de l'écrivain communiste et antifasciste en août 1950, après qu'il "Il arrive qu'une femme rencontre une épave et qu'elle décide d'en faire un homme sain. Elle y réussit parfois. Il arrive qu'une femme rencontre un homme sain et décide d'en faire une épave. Elle y réussit toujours." Le Breakfast du Champion : pour une littérature du chaos (extrait) "A l'approche de mon cinquantième anniversaire, je me sentais de plus en plus enragé et mystifié par les décisions idiotes de mes propres concitoyens. Et j'en venais finalement à les prendre en pitié, en comprenant à quel point était naturelle et innocente leur conduite abominable qui aboutissait à de si catastrophiques résultats. Ils faisaient de leur mieux pour vivre comme des personnages de romans. C'était la raison pour laquelle les Américains se tuaient fréquemment entre eux. C'était là un procédé littéraire particulièrement expéditif pour mettre fin à une nouvelle ou à un livre. Pourquoi tant de citoyens américains sont-ils traités par leur gouvernement comme s'ils étaient autant de serviettes en papier ?Tout simplement parce que c'est ainsi que les écrivains ont coutume de se comporter à l'égard des personnes secondaires des histoires qu'ils ont inventées. Et ainsi de suite. Le jour même où j'ai compris ce qui faisait de l'Amérique une nation malheureuse et terriblement dangereuse, faite d'un ensemble d'individus qui n'avaient plus rien de commun avec la vie réelle, je décidai de cesser désormais de raconter des histoires. C'est la vie que je décrirais dans mes livres. Il n'y aurait plus de personnages privilégiés. Tous les faits pèseraient exactement le même poids. Rien ne serait laissé de côté. Que d'autres s'efforcent de mettre en ordre le chaos. Moi, par contre, je mettrais le chaos dans l'ordre. Et je crois bien que j'ai réussi. Si tous les gens qui écrivent faisaient de même, alors, tous les citoyens qui ne font pas commerce de littérature comprendraient sans doute qu'il n'y a que désordre dans le monde qui nous entoure et qu'il nous faut nous-mêmes nous adapter aux exigences du chaos. Ce n'est pas très facile de s'adapter au chaos, mais on peut le faire. J'en suis moi-même une preuve vivante : c'est faisable. " C'est beau, c'est intelligent et drôle, c'est Kurt Vonnegut Jr. Dans ce manifeste qu'on trouve en milieu de roman, l'auteur expose de manière ramassée sa conception de littérature et plus globalement de son rôle dans la société. Ces quelques phrases sentent le fatalisme et le déterminisme à plein nez, mais reflètent aussi assez bien les passerelles avec l'oeuvre de William Burroughs. Le Breakfast des Champions permet, tant il est roboratif, de sauter tous les repas (livres) de la semaine qui suivent. Le docteur et le boucher
Un esprit assez similaire flotte donc sur "La Boucherie", album dans lequel tout un village de campagne s'en fait pour le boucher qui déprime parce qu'il est aussi le médecin local mais manque d'action dans ce second job. La suite se déroule comme une blague noire racontée avec beaucoup de détails. Il y a une grande justesse dans les personnages, les dialogues et la description d'un microcosme rural vu avec l'oeil d'un paranoïaque urbain qui regarderait trop le JT de Jean Pierre Pernaud, comme son homologue des campagnes qui y regarde les voitures brûler dans les banlieues avec la carabine sur les genoux.
La Boucherie de Loïc Dauvillier et Thibault Poursin paru chez Les Enfants Rouges En vacances avec Hawes pour le meilleur et pour l'EmpirePosté par Myosotis le 10.07.07 à 10:41 | tags : editions de l'olivier, extrait, lectures de plage, roman
"Marley regarda autour de lui, glacé d'épouvante. Il s'aperçut qu'il était étendu sur un vieux lit de camp métallique dans un coin d'une grande baraque en bois. A côté de sa tête, fixée au mur de planches, une affiche encadrée montrait des bombardiers en action. "Les briseurs de barrages reviennent... forts commme Vulcain !", y était-il écrit en grosses lettres, tandis que, en plus petit, on vantait l'armement de l'Avro Vulcan (...) ainsi que ses performances. A l'autre bout de la baraque, une petite estrade. Au dessus de celle-ci, au milieu, deux cannes de bambou croisés servaient de hampes à deux drapeaux exactement de la même taille, l'un britannique et l'autre australien, dont les rouges avaient viré au rose et les intenses bleu marine au bleu ciel, comme des fanions effilochés et roussis de régiments depuis longtemps absorbés ou dissous, pendus dans l'air stagnant et poussiéreux et sentant l'encaustique d'une petite église de la campagne anglaise. Entre ces deux drapeaux, trônait un portrait défraîchi de la jeune reine Elisabeth en compagnie de son fringant duc d'Edimbourg, et, au dessous, une plaque commémorative en bois gravé et très orné couverte de noms. Marley se tourna vers la porte ouverte, où la jeune femme se tenait dos à lui, face à la lumière vaporeuse du soleil, appuyés, bras croisés, au chambranle. Derrière elle, à l'extérieur, il découvrit une plaine ensoleillée, une savane sans relief d'à peine plus d'un kilomètre de largeur, bordée de hautes falaises. (..) Sous ce drôle d'éclairage, Marley distingua en clignant des yeux un petit complexe de baraques de bois, et à une vingtaine de mètres de la porte, la moitié de ce qui était manifestement une paire de poteaux de rugby. La femme se retourna vers lui, toujours appuyée au chambranle, et sourit. Les bouclettes de ses cheveux blonds scintillèrent dans le halo terne qui entourait ses petites oreilles, et des pointes de bleu firent rire ses yeux. - On se réveille, Jungle Jim ?, lança-t-elle." Le roman de James Hawes est sans nul doute LE LIVRE QUE VOUS DEVEZ EMMENER POUR LES VACANCES, le plus drôle, le plus intelligent et le plus imaginatif. Marley, un quadra looser à la dérive embarque pour un Koh-Lanta hardcore en pleine jungle et échoue, dernier candidat vivant, .... dans une colonie britannique formée, il y a 50 ans, après le crash d'un avion au-dessus des montagnes. Leçon de survie, d'humour, de sensualité, Pour Le Meilleur et Pour l'Empire est une satire glorieuse des médias, du monde politique et de sa mise en scène des valeurs, mais aussi une réflexion pertinente sur ce qui fonde nos sociétés. Pour le Meilleur... se lit aussi à partir de 15 ans, sans aucun souci de compréhension. Il est tout à fait désigné pour les lecteurs exigeants et qui n'ont néanmoins pas envie de se faire des noeuds au cerveau sur leur drap de bains. Vous voyez qui et ce que je veux dire... NB EW : cette notule est la première d'une série sur les lectures de plage les plus stimulantes. Outre l'oeil exercé de nos collaborateurs, cette série profitera également des lumières de nos lecteurs qui peuvent faire part de leurs conseils (argumentés) en cliquant sur ce lien. Ken Bruen : La Série Noire continue
Il aura fallut un peu moins de deux ans pour que l'édition française s'aperçoive des qualités proprement déchirantes (dans le sens "Putaiiiin, ça déchire !") de l'irlandais Ken Bruen. Ce revirement on le doit principalement à Aurélien Masson, le tout jeune directeur de la Série Noire chez Gallimard, découvreur français de Bruen. De fait, il est difficile de passer à côté de Ken Bruen dans les rayons des librairies ces temps-ci puisque outre la Série Noire qui publie l'intégralité de sa série "Jack Taylor" et de celle de R&B (pour "Robert and Brant"), Fayard Noir se lance également dans la course avec En effeuillant Baudelaire et Hackman Blues, publiés coup sur coup en mai dernier.
Mais arrêtons nous un instant sur le dernier volume en date de R&B, Blitz. Pour ceux qui n'avaient pas suivi les épisodes précédents signalons que Bruen, grand fan d'Ed Mc Bain devant l'éternel à voulu rendre hommage à son 87ième District dans cette suite de courts romans coups de poing, situés dans les quartiers Est de Londres. Après Les Mac Cabés (quel titre ! Pendez le traducteur !) dans lequel l'inspecteur Robert perdait tragiquement son frère, que Brant se remettait lentement d'une précédente affaire et que l'agent Falls (une des seules noires de la police de Brixton) s'enfonçait lentement mais sûrement dans l'addiction, les deux flics les plus borderline de Londres doivent faire face dans Blitz à un tueur en série visant spécialement la police. Avec l'inébranlable Brant dans le collimateur, le tueur ne se doute pas qu'il est lui-même la cible d'une sorte de violence bien plus frappadingue que la sienne. Autre fait notable, l'arrivée de Porter Nash (un des meilleurs personnages de Bruen), flic homosexuel et provocateur, qui donne un nouveau et truculent relief à la petite équipe.
Présenté comme ça, on pourrait penser que Bruen est à l'origine d'une mythologie un brin modernisée de celle de Dirty Harry, or, pas du tout. Robert & Brant ne sont ni ripoux (pas vraiment, hormis dans les bars où Brant ne paie jamais un verre), ni particulièrement violents. Ils font juste parti de ces personnes, de plus en plus rares, qui décident de mener leurs existences à l'instinct pour le bonheur de ceux qu'ils aiment et le malheur des autres. Justicier ambiguë, R&B traite leurs problèmes de manière souvent radical mais on se surprend le plus souvent à approuver silencieusement. Avec Bruen, on s'aperçoit paradoxalement qu'être un anarchiste est plus facile quand on est flic. Quand au style ? Hé bien c'est du minimalisme plein d'éloquence, des personnages attachants, des dialogue incisifs hilarants dans le plus pur style "ping-pong", des références musicales en continue et des intrigues pleine de raccourcis, ou au contraire, de détours surprenants. Comme dans la série des Jack Taylor, les "enquêtes" de Bruen ne nous emmènent jamais là où l'on s'attend. Je sais, ça semble parfaitement bateau dit comme ça, mais chez Bruen c'est quelque chose. Bruen est clairement un des plus grands auteurs de polar de notre temps et il le prouve à chaque nouvelle parution.
Justement, quand est-il de ses romans chez Fayard ? D'un tout autre tonneau, ils ne s'inscrivent dans aucune "série" et peuvent se lire indépendamment, ce qui est nouveau pour les lecteurs français de l'irlandais. Mais ma chronique est déjà trop longue alors, promis, vous en saurez plus demain ou dans la semaine... Stay Tuned !
Ken Bruen - Blitz (La Série Noire) La dictée de Pivot 2.0Posté par Easywriter le 07.07.07 à 14:09 | tags : jeux littéraires
![]() Moonlight Hotel dans le texte
"Cher Monsieur Richards, Votre rapport du 10 novembre sur la situation actuelle dans le royaume du Kutar a retenu toute notre attention et je vous en remercie bien sincèrement. Ainsi que vous n'êtes pas sans le savoir, cette administration a toujours défendu le principe selon lequel, d'une part rien ne garantit mieux la prospérité d'une nation que la coexistence pacifique de ses citoyens, d'autre part rien n'est plus contraire à sa stabilité politique, économique et sociale que les conflits internes tel celui dont fait état votre rapport susmentionné. Nous sommes en conséquence très préoccupés par ce que vous nous dîtes des événements intervenus dans le royaume du Kutar et profondément convaincus qu'il est non seulement souhaitable mais nécessaire d'obtenir la fin des hostilités. Pour réaliser cet objectif, nous estimons que le gouvernement du Kutar se doit de poursuivre ses actions militaires contre l'armée de libération du peuple kutaran aussi longtemps qu'il n'aura pas obtenu la cessation définitive des hostilités...." Les lettres reçues tout au long du roman par David Richards de son correspondant des Affaires Etrangères sont hilarantes et constituent des modèles de langue de bois et de burlesque administratif. Une fois les communications interrompues, elles restent le seul vecteur de communication entre les Etats-Unis et le Kutar, mais aussi un ressort pour l'intrigue puisqu'elles portent sur leur ridicule les espoirs et désespoirs de l'ensemble des réfugiés du Moonlight Hotel. L'Inde en vert malade
Selon la règle qui veut qu’il vaut mieux montrer que dire, Christian Cailleaux laisse souvent le dessin parler pour lui. On oublie ainsi parfois la fiction pour ne plus voir que le carnet de voyage, une série de dessins d’un pays que l’auteur admet ne pas avoir eu le temps de comprendre. Juste un regard et des sensations transmise par le pinceau. La choix d’un vert un peu malade pour la bichromie évoque la chaleur, l’étrangeté, la saleté et la beauté du pays du Taj Mahal, des vaches sacrées et de Dahlsim, le fakir élastique de Street Fighter II. C’est que les clichés ont la vie dure et ce n’est pas en passant quelques semaines là bas et encore moins en en lisant le compte rendu en BD qu’on va se débarrasser d’eux. C’est là que la fiction ressurgit dans Tchaï Massala : dans les rêves du protagoniste où il perd son statut d’observateur pour nous révéler sa confusion face aux vaches qui sont bien sacrées mais aux éléphants et aux princesses de Bollywood qui ne sont pas là, dans la fin du livre aussi ou on apprend, grande révélation, qu’on ne découvre surtout dans le voyage que soi même ou à peu près (je ne vais pas vous raconter la fin, quand même). Tchaï Masala, monologue hindi de Christian Cailleaux, paru chez 13 EtrangeLe problème avec les guides de voyagePosté par Myosotis le 04.07.07 à 11:58 | tags : elucubration
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Le principe constitutif du guide reste néanmoins de se poser en produit non satisfaisant, indispensable mais toujours lacunaire, susceptible sur ses propres défaillances d'amener à une nouvelle consommation de lui-même. Ainsi, on peut se poser quelques questions courantes comme celles-ci : 1. Pourquoi est-ce que l'endroit où je me rends chaque année se tient TOUJOURS entre 2 guides différents et pas sur le même ? 2. Pourquoi est-ce que le guide ne consacre que 10 lignes à la ville où j'ai choisi d'installer ma résidence ? Est-ce parce que l'endroit est pourri et ne présente aucun intérêt ou au contraire parce que j'ai dégotté un super coin où personne n'est jamais allé ? 3. Pourquoi ces débiles ont-ils choisi de classer les curiosités et les sites intéressants par ordre alphabétique ou en fonction de critères que n'importe quel touriste, même le plus tordu, ne retiendrait jamais pour organiser son voyage. 4. Pourquoi perdent-ils toujours 10 ou 15 pages à m'expliquer comment dire "bonjour" et "merci" alors que tout le monde parle anglais dans ce foutu pays et que je n'ai aucune intention de me ridiculiser en essayant de baragouiner avec les locaux. 5. Pourquoi un guide digne de ce nom se termine-t-il toujours par une vingtaine de pages qui recensent des hôtels et des restaurants hors de prix, dans lesquels moins d'1% des lecteurs est susceptible d'aller ? 6. Pourquoi tout pays est-il systématiquement découpé en deux par le Guide et selon une ligne de partage immanquablement Nord/ Sud ? Faut-il y voir un vestige de la ligne de démarcation ou un héritage de la Guerre de Sécession ? 7. Pourquoi le meilleur restaurant/ hôtel/ Aubergesse de jeunesse/ Camping est-il toujours complet quand nous arrivons ? et des centaines d'autres... Gérard Klein n'a pas lu ce livre
On pourra se plaindre, s'il le faut vraiment, d'un titre quelque peu trompeur puisqu'au lieu des aventures palpitantes d'un instit' qui bondit d'école en école et sauve tout la monde à la Gérard Klein il se trouve que Vidberg s'est retrouvé à passer la plus grosse partie de l'année qu'il chronique dans un seul IR (Institut de Redressement, pour les enfants violents). Un titre comme "remplaçant de l'extrême" ou "mon année chez les sauvageons" aurait sans nul doute été plus vendeur.
Ce bouquin est évidemment asez similaire à Jours de Classe de Big Ben, qui lui enseignait au collège et il ne fait aucun doute qu'on verra bientôt d'autres témoignages de profs en BD Le Journal d'un Remplaçant Warren Ellis est Down
Dites moi qu'on est bien d'accord, ce bout de BD là, c'est plutôt laid, non ? La laideur peut bien sûr avoir sa place dans le dessin de BD, comme la dissonance en musique, mais bon, je ne lui trouve ici pas d'autre raison d'être que la médiocrité du dessinateur et, surtout, du coloriste. Médiocrité n'est peut-être pas le bon mot car ils sont visiblement compétents, ils n'ont juste pas très bon goût. Comme le scénariste d'ailleurs, l'ordinairement satisfaisant Warren Ellis. Il nous pond ici l'histoire très bateau d'un agent de police infiltré dans une organisation criminelle pour y tuer le précédent agent infiltré qui s'est un peu trop pris au jeu. Pas de problème jusque là, Ellis nous a habitué à utiliser les trames les plus convenues pour se concentrer sur un discours périphérique (comme dans la resucée du Grand Sommeil qu'est Desolation Jones) ou des innovations formelles (le "widescreen comic" The Authority que lui a piqué Mark Millar). Le problème de Down, c'est que ses auteurs ne font rien d'autre que négocier des virages prudents entre une série de passages obligés d'un intérêt déjà discutable. L'héroïne explique son comportement violent par un traumatisme passé, elle est obligée de commettre des crimes pour protéger des innocents, elle est séduite par la côté obscure de la force... Vous avez tous été voir Les Infiltrés au début de l'année ? C'est un peu la même chose, en moins bien. Je ne cherche à accabler personne. Dans l'état actuel du marché, les auteurs de comics qui ne veulent pas prendre un deuxième job dans une baraque à frites doivent accepter de travailler vite et beaucoup (trop?), parfois sur des choses qu'ils ne liraient même pas eux mêmes. Warren Ellis est parmi les scénaristes les plus reconnus et les plus vendeurs et il doit pourtant lui aussi accepter des jobs alimentaires. Ce qui le différencie cependant d'Alan Moore ou de Grant Morrison, qui en leur temps ont eux aussi connu ce genre d'impondérables, c'est qu'eux ont toujours su glisser dans ces travaux un peu de leur personnalité dans des titres super-héroïques comme Spawn ou WildC.A.T.S. qui payaient leurs facture au pire de la crise du marché dans les années quatre-ving-dix. Au pire, ils injectaient juste un peu de second degré et de subversion dans leurs scénariis, comme le clin d'oeil d'un homme aux mains liées. Dans Down il n'y a rien de tout ça. Rien de bien grave en fait, mais pourquoi donc, quand tant de merveilles nous restent interdites, prendre la peine d'importer ce comic book ? Down Warren Ellis, Tony Harris Marvel France Ce que les hommes appellent amour
"1888/ 9 janvier Tout est élégance, amour et mélancolie dans ce roman-journal de Machado de Assis, l'un des grands auteurs brésiliens du XIXème siècle, sorti ces derniers jours aux éditions Métailié. L'auteur, à l'image de ces premiers mots, est de retour au Brésil après une vie de diplomate et tardera à retrouver une place dans le monde et dans la société. Sans être un récit morbide, Ce que les Hommes appellent amour est un livre triste comme la mort qui vient bien avant sa manifestation physique. On peut s'entendre vieillir et voir, pendant des années, le monde et la vie passer devant soi, sans qu'ils ne touchent ou ne nous affectent. Le héros de Machado de Assis, lui, est un être sensitif que la vie rend insensible malgré lui, un voyeur sentimental qui aimerait mais ne peut plus.... Il y a de meilleurs romans que celui-ci, de plus passionnants, mais peu d'aussi justes et qui procurent cette même sensation dérangeante et agréable à la fois, de voir une existence filer entre les pages... avec le sourire. |
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