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Archives > Juillet 2007

Harry Potter : mais que va devenir J.K Rowling ?

Posté par Easywriter le 31.07.07 à 12:55 | tags : livre, news

C'est l'impérieuse question qui nous tanne depuis ce matin. Ok ok c'est surtout le succès de la précédente notule qui nous pousse à récidiver. Au passage, il est bien normal que nous profitions un peu d'un business qui pourrait nourrir un pays de taille moyenne pendant une décennie. Bref, J.K. Rowling n'a pas l'intention de poursuivre dans la voie de la littérature fantastique après l'indépassable Harry Potter et a pour l"heure deux projets littéraires dont l'un destiné aux adultes - et l'évolution de la saga a montré une certaine frustration de l'auteur par rapport à son public pas exclusivement mais tout de même largement composé d'ados. Mais USA today a voulu savoir de quoi était fait le quotidien de cet écrivain, plus riche que la reine d'Angleterre. "J.K. Rowling a construit une maison de poupées avec sa fille de 2 ans, nettoyé l’aquarium et acheté du poulet chez l’épicier", révèle sans crainte le quotidien.

Cool les gars , tenez nous au courant et bon anniversaire Joanne.

Et toujours : Harry Potter : les livres

 




Tour de France : Flann O'Brien, roi des cyclistes fous

Posté par Myosotis le 31.07.07 à 11:34 | tags : roman, lectures de plage
"Le résultat net et brut de tout cela est que les gens qui passent la plupart de leur vie sur leur bicyclette de fer à pédaler sur les routes rocailleuses de cette paroisse voient leur personnalité confondue avec celle de leur bicyclette. C'est le résultat de l'échange des atomes et vous seriez surpris de voir le nombre de gens par ici qui sont mi-hommes mi-vélo. (...) Quand un homme laisse aller les choses au point d'être à moitié ou plus qu'à moitié bicyclette, vous ne verrez pas grand-chose car il reste la plupart du temps le coude appuyé contre un mur ou le pied calé contre le bord d'un trottoir. Il se passe, bien sûr, d'autres choses pour les dames et les bicyclettes de dames, dont je vous parlerai séparément un jour. Mais la bicyclette chargée d'atomes masculins est un phénomène au charme intense et un objet très dangereux."

Dans son roman Le Troisième Policier, édité en français il y a un an ou deux, Flann O'Brien livre quelques passages hilarants sur les bicyclettes, ceux qui les volent ou les utilisent pour avancer.

Sans réduire ce chef d'oeuvre de l'humour irlandais, adoré par James Joyce, qui le déchiffra, pour cause de presque cécité, à la loupe, à un ouvrage sur le... cyclisme, le Troisième Policier mérite d'être redécouvert au moment où on nous innonde des pires absurdités, moralistes ou immoralistes, sur le vélo. Ecrit en 1940, le Troisième Policier est le premier roman de l'auteur, mais aussi son dernier, puisqu'il fut refusé par tous les éditeurs de l'époque avant d'être publié bien après le décès de l'écrivain. L'explication doit tenir dans le caractère loufoque et invraisemblable de l'histoire (de son style, de ses répétitions, de ses dialogues absurdes etc) : un jeune gars (handicapé) tue un vieux type à coups de pelle, avant de le retrouver, sans qu'on s'explique pourquoi, le lendemain tout à fait vivant et en pleine possession de ses moyens. Après quelques échanges de haute volée avec sa victime sur le sens de la vie, notre assassin qui n'en serait plus un sur le plan légal mais continue de se comporter comme tel, croise des flics soupçonneux (mais idiots) en réalité intéressés uniquement par la pédale et une étrange théorie selon laquelle des échanges d'atomes interviendraient entre le pédaleur, les pédalants et le pédalé. Si on ajoute à ça quelques personnages tout aussi déjantés (un savant fou nommé De Selby dont l'oeuvre est commentée en notes de bas de page) et si on arrive, sans trop de mal, à se livrer sans rechigner aux divagations d'un auteur tout-puissant, le Troisième Policier peut faire un parfait compagnon de voyage.

Sorte de thriller sans crime, de polar à la mode de Samuel Beckett, vaguement existentialiste et Swiftien, terriblement britannique et décalé, le livre demande tout de même un sacré effort d'abandon, que tout le monde n'est pas prêt à fournir. Contrairement à ce qu'on croit, le lecteur en vacances (et lecteur tout court), s'il aime à relâcher ses abdominaux, n'est pas prêt à lâcher totalement la bride de ses pensées, lorsqu'il se fait dorer la pilule, et ce par peur de ne pouvoir se rassembler, une fois l'été achevé. Ce qui explique évidemment (et toujours) pourquoi Lévy, le hérisson et les autres....







Les clichés de l'été (2) : le sexe partout

Posté par Easywriter le 31.07.07 à 10:00 | tags : sexe et littérature, lectures de plage
Après les bouquins pour décérébrés, voici le sexe à tous les étages : c'est bien connu, la chaleur troublante, les chairs qui se dénudent, multiplient par dix les opportunités sexuelles et tout le monde se retrouve casté dans un érotique italien. A la vérité, les spécialistes du blog sexe  (épaulés par Libé)  ont expliqué hier  que la chaleur était plutôt dissuasive et génératrice de stress.
Alors pourquoi persister à remplacer les "unes internationales" des hebdos par des enquêtes babyloniennes sur la fidélité des Françaises ? Mais pour générer de la frustration les amis : dans No sex last year, le journaliste David Fontaine interroge justement l'abstinence comme une réaction à la société du tout sexuel, qui hiérarchise la valeur accordée à chaque individu en fonction de ses capacités en la matière. Outre la débauche d'imagerie sexuelle dans la pub et les medias, les études statistiques ont également un rôle normatif (mais où suis je situé par rapport à la moyenne nationale ?).
Dans ce contexte, la sexualité -forcément un rien anxiogène en soi- devient usante et les non pratiquants éprouvent tous (dans le livre de Fontaine en tout cas) d'abord une forme de soulagement.
Bien sûr, leur abstinence n'est pas un choix politique de contestation de l'emprise de l'industrie sur leur vie et leur comportement s'explique surtout par des raisons personnelles. Il n'empêche que nombre d'entre eux retrouvent une sexualité plus harmonieuse après cette période d'abstinence. Pourquoi ? Parce que d'une certaine manière, ils ont récupéré leur sexualité, leur rytme, leur motivation et la volonté de prendre l'autre en compte, plutôt que de l'utiliser comme faire-valoir dans le cadre d'une sexualité finalement instrumentalisée. Car au fond, en mettant en avant le désir et le frustrant immédiatement pour le détourner vers un autre désir (la consommation) , ce que fait l'industrie s'apparente à la définition exacte de la perversion. 

No sex last year David Fontaine. Les petits Matins.



Harry Potter est autiste (les raisons d'un succès)

Posté par 2goldfish le 30.07.07 à 10:47 | tags : elucubration, jeunesse, lectures de plage

 

 

Il y a sans doute peu d'intérêt à discuter de la qualité ou de la nature d'Harry Potter and The Deathly Hallows. Tout le monde a déjà son avis sur Harry Potter, sur le fait qu'il soit digne ou pas pour un adulte de le lire en public (moi ? je parle de BD sur un blog, je suis déjà grillé), sur le fait que son succès soit mérité ou pas et sur tout un tas d'autres aspects encore et ce n'est pas ce dernier tome qui va y changer quoi que ce soit. Ce qui est sans doute plus intéressant, à défaut d'être original, c'est de se pencher sur les raisons du succès de l'oeuvre de J.K. Rowling. Cette femme a trouvé la façon la plus satisfaisante de devenir milliardaire qui soit sans faire descendre un seul enfant dans une mine et nous sommes nombreux à l'envier.

Un coup d'oeil à la liste des livres les plus vendus du monde selon wikipedia nous confirme que comme la Bible, le Coran, le Petit Livre Rouge, le Seigneur des Anneaux et (pas vendu certes mais très très lu à ce qu'il paraît) le catalogue Ikéa, la série Harry Potter offre une vision complète et fermée d'un monde. Les sorciers ont leur culture, leur histoire et leur vocabulaire sans relation aux nôtres. Pour beaucoup d'enfants, Harry Potter n'est pas UN livre mais LE livre. Une oeuvre qui se suffit à elle même et qui ne connaît aucun pair. Harry Potter ne pousse d'ailleurs sans doute pas plus d'enfants à la lecture d'autres livres que les films qui en sont tirés ne transforment les gamins qui vont les voir en cinéphiles.

Cette autosuffisance est sans doute pour beaucoup aussi dans le succès des livres de la série auprès des adultes. Ceux ci lisent en masse Harry Potter en partie parce qu'ils savent que rien ne leur est demandé à l'entrée de ce monde. Aucune connaissance, aucune compréhension de mécanismes littéraires complexes ne sont nécessaires : vous pouvez comprendre et apprécier Harry Potter sans être plus cultivé que Steevy Boulay. Et vous n'avez pas à vous en émouvoir parce qu'il s'agit d'un livre pour enfant et tout le monde sait bien que vous ne lisez ça que comme un divertissement sans aucun sérieux.

Ce qui est vraiment frappant à ce titre, c'est que le petit sorcier est comme son lecteur. J.K. Rowling a consacré des milliers de pages à la description dans tous ses détails du monde des sorciers sans jamais s'attarder sur leur culture. Jamais Harry n'a lu un livre en dehors de ses manuels scolaires, jamais il n'a vu un film ou écouté de musique. C'est tout juste si un groupe de rock sorcier est mentionné en passant. Les sorciers vivent dans un monde trop intéressant pour avoir besoin d'art. Tout comme il est présenté comme un héros qui n'est peut-être pas le plus intelligent ni le plus talentueux mais certainement le plus courageux et le plus généreux, Harry Potter n'a pas de place dans sa vie pour les distractions (même le sport des sorciers, le Quidditch, il le joue plutôt que d'en être spectateur). Le bon père de famille en moi s'interroge : quelle est la leçon pour nos enfants là dedans ? L'aspirant milliardaire prend note d'éviter d'associer son bouquin à l'idée qu'il en existe d'autres.

Lire aussi : Harry Potter les livres , les sept tomes résumés et critiqués sur Flu.




Jonathan Tropper : Welcome Home Son !

Posté par Maxence le 27.07.07 à 11:00 | tags : lectures de plage, roman
Rentrer chez soi après avoir agoni d'injures, ridiculisé et révélé les petits secrets honteux de toute la communauté qui vous a vu naître dans un best-seller, n'est pas forcément une bonne idée. Cela risque en tout cas de générer certains soucis d'ordre diplomatique, moral et philosophique. C'est pourtant ce qui arrive à Joe Goffman, le protagoniste du Livre de Joe de Jonathan Tropper.
A l'image de son créateur Joe Goffman est un jeune écrivain à succès dont le premier roman, "Bush Falls" dévoile, justement, les mœurs de la petite ville du même nom qu'il a quitté 10 ans plus tôt pour mener la grande vie à Manhattan. Mais ses racines le rattrapent et il est obligé de rentrer chez lui quand son père est hospitalisé dans le coma. Le retour ne sera pas de tout repos pour le yuppie et il devra affronter une tragédie passée et tous ceux dont la vie a été bouleversée par son roman, à commencer par ce qu'il reste de sa propre famille, ainsi que la responsabilité qui incombe un jour à tout écrivain : assumer l'impact de sa fiction sur la réalité.

Dans un style volontiers humoristique, fluide et détaché, Jonathan Tropper nous contes les mésaventures de ce personnage qui prend peu à peu conscience de la vacuité de son existence malgré un bel appartement à New York, des aventures en série et une grosse voiture. Un père mourant, un amour perdu, un ami atteint du sida, un autre disparu dans des circonstances tragiques et un frère aîné en éternel rival qui s'éloigne, la vie de Joe Goffman semble une suite de disparitions, de fuites et de pertes. Aidé par son neveu, il tente de se réapproprier sa vie et les gens qui en font parti. Pourtant, nous sommes loin de la confession bon-enfant ici. Tropper prend aussi un malin plaisir à nous décrire avec ironie les turpitudes des ex-concitoyens de son anti-héros : la violence sous-jacente des petites villes, le culte du sport comme unique dérivatif d'une cité qui s'ennuie, le clientélisme, les pressions du "quand dira t'on", l'homophobie, les fantasmes cachés, sans pour autant lui épargner le ridicule de l'homo urbanicus désormais incapable de décoder des signaux évidents pour tous.

Rien de révolutionnaire dans ce roman 412 pages donc. Tout le plaisir de lire Tropper tient plutôt dans la manière dont l'auteur évoque avec honnêteté et humanité, les péripéties de son personnage et ses retrouvailles avec les siens. L'amateur de littérature anglo-saxonne de qualité retrouvera quant à lui des repères familiers en parcourant ce livre. Jonathan Tropper c'est un peu le mixe rêvé de Jim Harrison et de Bret Easton Ellis. Du premier, il a retenu l'aspect naturaliste et le goût du retour aux sources. Au second il a emprunté l'art du persiflage et la tendance inné de ses personnages à l'auto-apitoiement assumé. Vous l'avez compris, si Le livre de Joe n'est pas la révélation annoncée sur la couverture, c'est tout de même le plaisir d'avoir découvert une bon auteur américain (un de plus) et accessoirement, l'assurance de passer un bon moment sur la plage. A noter que Jonathan Tropper vient de sortir un nouveau roman traduit au Fleuve Noir.

Jonathan Tropper
Le livre de Joe
10/18



Transmetropolitan : gonzo porn du futur

Posté par 2goldfish le 26.07.07 à 12:09 | tags : comics, lectures de plage, science-fiction


Le flot de traduction des comics de Warren Ellis ne tarit pas et Panini, qui a bien publié un album par mois depuis janvier, comble enfin un gros trou dans la bibliographie en français du scénariste anglais avec ce que beaucoup considèrent comme sa plus grande réussite : Transmetropolitan.
Publié mensuellement de 1997 à 2002 aux Etats-Unis, avec Darrick Robertson au dessin, Transmet suit le personnage de Spider Jerusalem, journaliste gonzo calqué sur Hunter Thompson. La principale différence entre Hunter et Spider est que ce dernier évolue dans un futur chaotique et déjanté, où la technologie sert principalement au développement de nouveaux fétichismes, où le peuple n'est qu'une masse de consommateurs vagissants et où les journalistes ne font qu'entretenir cet état de fait. Spider Jerusalem, ayant vécu exilé pendant cinq ans sur l'avance sur deux bouquins qu'il n'a jamais écrit, se voit obligé de retourner à "la ville" et reprendre le boulot de journaliste quand l'éditeur,qui attend toujours ses deux livres, le rattrape.

A travers ce personnage et ses colonnes hebdomadaires, Ellis explore un futur tout sauf utopique mais qui évite tout de même l'écueil du catastrophisme pur et simple : certes la télévision (ou ce qui l'a remplacé) est une machine a laver les cerveaux, les hommes sont plus violents, stupides et fous que jamais, les élites corrompues (et violentes stupides et folles aussi, bien sûr), les technologies plus "déshumanisantes" et cancérigènes, les religions/sectes plus nombreuses et absurdes encore mais le scénariste, qui parle de façon assez transparente à travers son personnage, montre un enthousiasme contagieux pour toutes les possibilités d'une "ville" pleine de vie avec laquelle il entretient une relation sado-masochiste qui est réellement le coeur de la BD.

Transmetropolitan, Tome 1 : Le come-back du siècle c'est aussi, en plus d'une excellente BD de science fiction, du vrai porno pour journaliste : Spider Jerusalem voit clairement à travers tout, a des opinions originales et fortes dessus, accumule les scoops et "change vraiment les choses" et puis, à son corps défendant bien sûr, devient célèbre et presque riche rien que par le pouvoir de sa plume et ont lui adresse des menaces de morts sous forme de pétitions. Spider est en fait si brillant qu'on se demande souvent si Ellis ne s'est pas trompé de métier (et il est vrai que la plupart du temps il est meilleur bloggueur que scénariste) même s'il est évidement facile pour lui de manipuler la réalité au profit de ses écrits, quelque chose que ceux qui essayent d'être de bons journalistes évitent.

Le gros album que vient de publier Panini ne rassemble que les douze premiers épisodes de la série, qui posent tout juste les bases sur lesquelles celle ci partira vraiment dans les quelques cinquante épisodes suivants. Transmetropolitan offre une vision lucide et rassurante du futur, un équilibre difficile à atteindre et d'autant plus appréciable qu'on sait bien qu'on sera tous mis au chômage par des Chinois, à la rue par la montée du niveau de la mer et à l'hôpital par les OGM.

Transmetropolitan

Warren Ellis

NB :Le livre est sélectionné dans nos lectures d'été




Nerofumo c'est presque le Pérou

Posté par Myosotis le 25.07.07 à 16:11 | tags : lectures de plage, metailié, roman

Avec Nerofumo, voici encore un excellent exemple de livre dont on attend pas grand chose à l'ouverture et qui se révèle plus qu'une heureuse surprise, un vrai et grand plaisir de lecteur. L'inquiétude initiale tenait à 2 choses :
1) le livre est présenté comme un docu-fiction et non comme un vrai roman. Le récit est tiré, il est vrai, de documents authentiques retrouvés par l'un des auteurs lors d'un héritage et remis en perspective romanesque pour valoriser leur intérêt historique, après une première présentation lors d'un congrès scientifique en italie. Devant le produit fini, on ne voit plus les coutures : la construction romanesque est à la hauteur du texte, littéraire et élaborée, soignée et inventive.
2) la 4ème de couverture a de quoi effrayer le lecteur à la veille des vacances : Pérou, XVIème siècle, Espagne, l'univers des Jésuites et des indiens, sans qu'on ait lu ici les mots magiques : intrigue policière, déroulé cool à la mode Nom de la Rose ou Controverse de Valladolid. Dans les faits, Nerofumo est un passionnant document d'archives en même temps qu'un roman fascinant par ses implications.

L'idée de départ est assez simple à résumer : un frère Jésuite, chargé d'une mission d'audit (inquisitoriale) dans un couvent espagnol (à la fin du XVIème siècle) fait la connaissance d'un Indien Péruvien alors qu'il se promène près du cimetière local. L'Indien engage la conversation et va lui raconter l'histoire incroyable du frère Blas Valera, mort il y a une vingtaine d'années (normalement - tout est évidemment dans ce "normalement", qui ne prendra sens que si vous lisez le livre) frère né de la liaison d'une indigène et d'un prêtre dégénéré sexuel, devenu la légende noire de la compagnie de Jésus, pour avoir contesté la vision de l'histoire officielle. Banni de son propre ordre pour avoir moqué l'apport civilisateur de l'Espagne dans le Nouveau Monde, Blas Valera, qui est un vrai caractère historique ayant accompagné la conquête du Pérou, totalement effacé des mémoires par les Jésuites après sa disgrâce, est le véritable héros de Nerofumo.

Le livre est le récit du duel intellectuel que se livrent le frère ouvert d'esprit, modèle de l'esprit des (pré)Lumières avec quelques siècles d'avance, et le soi-disant bouseux sud-américain. Le Péruvien s'avère un redoutable philosophe et se lance (entre deux chiques de coca) dans un exposé d'une véracité et d'une précision implacables sur les atrocités commises par les Conquistadores et par l'Eglise en particulier.
La première partie est un exposé barbare des méthodes utilisées par les espagnols pour s'assurer une conquête facile du pays, un annuaire des perversions sexuelles (on enc***, on saigne, on inceste à tout va) développées par les hommes de dieu au contact des indigènes, de leurs femmes et petites filles. L'indien instruit le procès à charge et les charges sont lourdes, devant un confesseur médusé. Plus on avance dans la vie de Blas et plus l'on s'associe à l'injustice faite aux péruviens originels, plus on marche du côté du faible, ce vieil homme qui n'en finit pas de parler et apprend à son témoin qu'il est sur le point de tuer quelqu'un. Derrière le dispositif des récits enchassés (l'homme qui rencontre un homme qui raconte l'histoire de quelqu'un qui lui raconte etc), Clara Miccinelli et Carlo Animato réussissent à tisser une intrigue impeccable, à asseoir une situation humaine (la confrontation amicale et intellectuelle) qui sert d'écrin idéal à la révélation de leur matériau historique. C'est toute une époque faite d'aventures, de sauvagerie et de faux-semblants, l'époque des Conquistadores, des nouvelles qui se perdent en mer et des (dés)honneurs mal placés qui nous saute ici à la figure. Etonnamment, on navigue au fil des 300 et quelques pages de ce Nerofumo entre du Sade (le début glaçant), le roman gothique, entre Le Nom de la rose d'Umberto Eco (en moins savant et indigeste) et les grands récits sud-américains, la langue dense et épaisse de Nostromo, les délires hypnotiques et visuels d'un Fitzcarraldo.
Les meilleurs moments de littérature se situent vers la fin lorsque les "conspirateurs" ont l'idée d'un manuscrit-confession faits de dessins et de lettres, écrit dans une langue bâtarde et mêlée pour changer le regard du monde sur ce qui s'est passé. Que le document ait existé ou pas, il s'agit de la plus belle trouvaille de ce livre : une sublime invention qui unit Babel et Sodome, la question des livres sacrés et de leur pouvoir sur les hommes. Si l'on ajoute à ça, un dernier rebondissement du meilleur effet, on a encore une fois en main un livre qui mérite amplement d'aller à la plage ou à la montagne avec vous, voire de faire un bout de chemin à la rentrée sur les tables des libraires.

 




Naruto : bon pour les hormones

Posté par 2goldfish le 24.07.07 à 13:14 | tags : bd, jeunesse, manga

Alors que même ma mère a entendu parler de Titeuf, la BD qui plait aux enfants depuis plusieurs années, et qu'en général les autres grands succès hexagonaux ont leur petite notoriété, il se vend des mangas Naruto à la pelle sans que nous autres adultes ne soyons mis au courant. Cela tient sans doute au chauvinisme des médias et à la ghettoïsation du manga qu'on doit en bonne part, rappelons-le, à Ségolène Royal. Naruto, c'est pratiquement un manga sur dix vendu en France, et pas loin d'être la BD la plus vendue aux Etats-Unis et au Japon. Le grand nombre de volumes que compte la série (trente-six à ce jour au Japon, 28 chez nous) et leur parution trimestrielle aide évidemment beaucoup. Les lecteurs de Masashi Kishimoto sont beaucoup moins nombreux que ceux de J.K. Rowling mais il en tire le maximum.

Une fois que je me suis apperçu de ce que les gamins lisaient dans mon dos, j'ai décidé comme tout adulte responsable de me pencher dessus. L'âge m'a rendu arrogant bien sûr et c'est pourquoi j'ai été fort surpris de trouver un manga de grande qualité : pas d'un grande valeur artistique ni d'une grande subtilité et certainement pas fait pour quelqu'un de mon âge mais proche de la perfection pour l'ado que je me rappelle avoir été. J'y aurais investi mon argent de poche sans hésiter.

L'histoire est très classique : Naruto est un orphelin qui rêve d'entrer à l'académie des ninjas pour gagner le respect que son village lui refuse. Il est désobéissant et pas très travailleurs mais capable quand il s'y met d'accomplir de petits exploits.
Il découvre dans le premier volume qu'alors qu'il était encore un nourisson on a utilisé son corps pour enfermer un démon (un "renard à neuf queues") ce qui explique à la fois l'attitude des villageois à son égard et sa prédisposition au combat et à la rebellion. Il rentre dans l'académie ou il apprend les vertus de l'obéissance, du travail en équipe et toutes ces choses qu'on apprend aux enfants pour qu'ils nous obéissent.

Evidemment, tout ça ne serait rien sans de spectaculaires affontements de ninjas aux techniques abracadabrantes. On se rappelle à cette occasion que le manga a d'abord impressionné les occidentaux par sa capacité à représenter l'action de manière beaucoup plus dynamique et efficace que tout ce qu'on avait jamais vu par chez nous. A ce titre Naruto s'en sort très bien et les techniques ninjas permettent de nombreux rebondissements imprévisibles (au début tout du moins, je n'ai pas lus les vingt-huit volumes).

Bien sûr Naruto est un peu violent, mais sans jamais être gore, et qui se souvient avoir été un garçon de treize ans saura reconnaitre l'intérêt indéniable de shurikens géants et autres armes mortelles exotiques. Naruto ne tombe de plus jamais dans la facilité du coup de vent qui soulève les jupes des filles, grand classique du manga pour ado : le seul personnage féminin est une camarade de Naruto et plus ou moins son égale dans les combats, et elle porte un pantalon.
Ce personnage féminin est d'ailleurs ce qui permet au manga de s'élever au dessus de ceux que j'ai connu à mon époque. là où ils étaient tous dans l'exaltation du travail, de la souffrance et du sacrifice et où les personnages féminins se limitaient à la damoiselle en détresse assexuée et à la méchante perverse, Naruto ajoute un triangle amoureux très mignon, traité avec plus d'humour que d'émotion mais qui marche très bien auprès d'un public de garçons qui joue encore les dégoutés devant les scènes d'amour au cinéma, juste au cas où les copains regarderaient.

En conclusion, même s'il n'a sans doute pas attendu votre permission, si votre fils commence à avoir des poils un peu partout mais pas encore au menton, vous pouvez tout à fait le laisser lire Naruto. Pour ce qui est de canaliser un afflux incontrôlable d'hormones, ça reste beaucoup plus sain que 300.




Harvey Pekar, le début à la fin

Posté par 2goldfish le 23.07.07 à 10:51 | tags : comics

En 2003 sortait l'excellent film "American Splendor", biographie d'Harvey Pekar, lui même son propre biographe dans les BD du même nom. Cet été sort la première BD de Pekar traduite en français, intitulée "The Quitter - Le Dégonflé". Il est sûrement un peu tard pour capitaliser sur l'intérêt suscité par le film et c'est bien dommage parce que sans lui et sans les volumes d'American Splendor qui l'ont précédé aux Etats-Unis, bref sans une connaissance préalable du personnage principal, cet album doit être vraiment, vraiment ennuyeux.

C'est que The Quitter c'est Harvey Pekar, vieux grincheux, qui raconte son adolescence avec très peu de compassion pour son sujet. Pekar était, à l'en croire, un gamin bagarreur, effronté, imbu de lui même mais tellement effrayé par l'échec qu'il préférait laisser tomber tout ce qui n'était pas trop facile pour lui. On veut bien le croire même si on soupçonne qu'il avait bien quelques qualités pour que les personnages secondaires ne le fuient pas tous en courant. Tout ce qu'on en verra cependant c'est une passion pour le jazz et un certain talent à la faire partager. Pas vraiment de quoi tomber amoureux.

Ajoutons à cela le dessin passe-partout de Dean Haspiel, certes tout à fait apte à raconter ce qu’il a à raconter mais manquant grandement de personnalité. C’est sûrement injuste de parler comme ça d’un dessinateur qui sait rester très clair et rigoureux tout au long de l’album et qui a un certain talent pour donner vie à ses personnages mais voilà, il lui manque ce petit truc qui vaut notre indulgence à des dessinateurs beaucoup moins compétents.

Toute l'oeuvre de Pekar est basée sur une certaine connaissance de sa personnalité. Il est le genre de mec qui ne dira jamais un mot gentil, surtout pas sur lui, mais qui n'en est que plus attachant. Il le sait bien, se mettant lui même en scène en train de raconter son histoire, l'air bougon et timide. Pour lancer sa nouvelle collection Vertigo (une superbe idée par ailleurs, on y reviendra sûrement) Panini a sans doute jugé bon de commencer avec un volume qui raconte la jeunesse de Pekar. Commencer par les débuts du personnage principal paraît logique mais l'erreur de l'éditeur est d'avoir cru que l'Harvey Pekar dans la BD était ce personnage principal quand, en fait, le personnage principal est l'Harvey Pekar qui écrit et qui raconte. Un personnage dont le néophyte commencerait ici l'histoire par la fin.




Ken Bruen, la série (noire) de l'été

Posté par Maxence le 21.07.07 à 10:06 | tags : polar, news, lectures de plage, roman

Je vous avais promis de reparler de Ken Bruen, certainement la découverte polar de 2005/2007. Dans son cas, c'est aussi "la série de l'été", puisque c'est au tour de Fayard de se lancer courageusement dans "la course à Bruen" (notre agent au bunker nous glisse que Bruen y aurait suivi Reynal... Les amitiés "de comptoirs" étant souvent les plus intenses, nous accorderons donc foi à cette rumeur malgré la non confirmation de l'auteur). Ceci étant, ce genre de détails donne une idée assez juste du talent du bonhomme, je trouve.


Vous en connaissez beaucoup des écrivains de polar qui en un peu moins de deux ans sont déjà sollicités par deux grandes collections de roman policier vous ? Mmmh ? Même Ellroy en son temps n'a pas eu les faveurs de la presse, des lecteurs et des éditeurs aussi rapidement. Espérons que cela ne monte pas à la tête de notre irlandais déglingué favoris et que ses romans resteront d'aussi bonne tenue que les.... aaaaah, déjà NEUFS parus depuis 2005 !

 

Fayard a décidé d'en finir avec la loi des séries et de proposer du Bruen indépendamment de ces récits fétiches, ceux de Jack Taylor et de R&B (ceux qui ne comprennent rien, doivent se rendre là pour réviser). C'est ainsi que le lecteurs alléché découvre pas moins de deux romans de Bruen en même temps dans les rayons, En effeuillant Baudelaire et Hackman blues.


Du second je ne pourrais rien vous dire, ne l'ayant pas encore lu. Je peux en revanche vous parler du premier et vous dire encore une fois que c'est du très grand Bruen. "T'as la bouche en cul de poule." C'est la première chose qu'elle m'a dite, sympa non ? En plus, c'est faux. Bon d'accord, j'aurais tendance à serrer un peu les lèvres, mais c'est pas pour ça qu'elles sont en cul de poule. Enfin, pas totalement. C'est parce que j'ai les dents qui avancent"... Voilà pour l'intro. Pour l'intrigue, c'est assez simple tout en étant parfaitement retors.


En effeuillant Baudelaire raconte comment transformer monsieur tout-le-monde, en l'occurrence un petit comptable terne et coincé "typicaly british", en monstre sans moral et en psychopathe en puissance. Il faut dire que manipulation, manque de confiance en soit, gros sous, abus de substances chimiques et turpitudes sexuelles vont généralement bien mal ensemble et Bruen est un fin psychologue. Cette chronique de la dépravation morale pendant les années Thatcher est comme d'habitude impayable mais aussi empreinte d'un certain moralisme "à rebours" comme c'est souvent le cas chez l'irlandais, qui donne souvent l'impression de célébrer les pires travers du genre humain tout en les combattant avec flegme et distanciation.

 

De Hackman blues, on dit que c'est "un mix radical de culture littéraire, de poésie, d'ultra violence et d'esprit rock, avec une bonne dose d'humour cruel et ravageur", ce qui en général n'engage que l'éditeur, mais dans le cas de Bruen, on peut lui faire confiance, c'est en général exactement ce qui fait de l'écrivain l'une des meilleures lectures du moment. Echange en ping-pong littéraire avec son lecteur (en lisant Bruen, vous pouvez être sûr de découvrir au moins trois nouveau auteurs par livres), minutieuses références musicales, poésie et philosophie, usages de tout ce que la planète compte de produits stupéfiants et humour tordu sont ici largement envisageables. En un mot : Foncez !

 

Ken Bruen - En effeuillant Baudelaire et Hackman blues(Fayard Noir)




Rome, sexe et mafia facile

Posté par Easywriter le 20.07.07 à 11:55 | tags : le cherche-midi, lectures de plage, polar, roman

Avec un titre pareil (pas assez original pour une saga de l'été), on pouvait se faire un peu de souci pour cette Villa des Mystères, inspirée du nom de la plus célèbre et...mystérieuse maison de Pompéi.
Sur fond de balade touristique dans Rome (ce dont on ne se lasse pas), ce roman policier de David Hewson dissimule, sous sa couverture de carte postale, un bon petit polar distrayant, bien ficelé et documenté. L'enquête repose sur le rapprochement de deux affaires qui, de prime abord, n'ont rien en commun : la découverte conservée, dans la tourbe, du cadavre d'une jeune fille blonde, fenouil en poche (fenouil, oui, fenouil, mais je n'en dirai pas plus), sur un terrain vague de Rome par deux touristes en goguette, et la disparition supposée d'une jeune fille de bonne fille, elle-même blonde et jolie, embarquée à croucrou par un mystérieux motard devant les yeux de sa mère entre deux âges (mais bien conservée).
L'enquêteur-personnage principal ne brille pas par son originalité mais peu importe : rappelons que les inspecteurs, détectives, journalistes ne servent à rien dans le polar et agissent souvent en trompe l'oeil pour cacher les coutures de l'intrigue.

Hewson nous propose (pour ce qui semble être sa deuxième sortie) un flic à la Mike Hammer rital, un rien désoeuvré, séducteur, qui aime boire et ne refuse pas de coucher avec le témoin précédemment cité. Le flic a du flair, de l'intuition et de la ténacité (c'est le nouveau modèle à la mode - plus simple à écrire qu'un Sherlock Holmes et plus "postmoderne") et lève, avec l'aide de quelques amies bien installées dans leurs seconds rôles, une passionnante affaire de vieux rite orgiaque venu des anciennes adorations dyonisiaques, partouzes à la romaine, sacrifices de vierges blondes et chantages vaguement crapuleux. Ajoutez à cela, en fond de roman, une intéressante sitcom au sein de la mafia : un vieux caïd en fin de vie qui se fait souffler sa nana chaudasse et ambitieuse par un fils cinglé et érotomane; un vieil universitaire qui a pris une overdose de frises érotiques antiques et s'est mis en tête de tirer des coups gratuits et j'en passe.
Le tout donne un très roboratif entremêlement d'archéologie pour les nuls, de précis de culture romaine et de suspense qui s'achève dans un dénouement tout à fait correct : une belle vengeance des familles et quelques meurtres enchaînés, une morale et tout et tout. Si l'on excepte une légère chute de rythme dans le dernier tiers (une centaine de pages où la fin se met en place un peu laborieusement), la Villa des Mystères est un livre qui peut passer sans trop de difficulté le test du sac de plage. A lire plutôt au soleil, en regardant les culs qui jouent au volley, hommes ou femmes selon disponibilité... Ingrid Chauvin sort de ce blog.




Harry Potter 7 : Des distributeurs lèvent l'embargo

Posté par Easywriter le 19.07.07 à 19:16 | tags : news

TELEX :On vous expliquait il y a peu que certains courants juifs orthodoxes s'indignaient de la sortie de Harry Potter and the Deathly Hallows' un jour de Shabatt. Une nouvelle devrait les soulager un brin : des distributeurs américains ont décidé de ne pas respecter l'embargo mondial décidé par l'éditeur Bloomsburry. En théorie le septième volume des aventures de Harry Potter devait être en vente samedi minuit GMT.

L'éditeur Scholastic qui détient les droits américains a porté plainte contre deux distributeurs incriminés. En réalité, 1200 exemplaires ont été écoulés favorisant encore et toujours le buzz autour de la sortie du livre de JK Rowling




Harry Potter ne fera pas Shabbat

Posté par Easywriter le 19.07.07 à 11:49 | tags : news

Ok ok, ce titre est pour l'essentiel une provocation au goût douteux, mais en la confessant j'obtiens votre pardon ( tout en boostant mes entrées Google, yek yek yek). Mise à jour, 16H12 :Trop douteux finalement, le titre original faisant allusion à l'antisémitisme a été modifié
Mais la parution du dernier volume de la saga Harry Potter provoque tout de même l'ire d'une des frange les plus orthodoxes du judaïsme : "L'intention des libraires de fêter la sortie du roman en violation du Shabbat est un péché, et ne parlons pas du piètre contenu et de la morale du livre", a déclaré dans un communiqué un député de "Judaïsme unifié de la Torah", Avraham Ravitz.
Le 21 juillet à minuit une, heure de Londres, le septième et dernier volume des aventures de Harry Potter sortira en anglais dans les librairies du monde entier. Et donc également en Israël où le ministre du Commerce et de l'Industrie ( et chef du parti orthodoxe Shass) Eli Yishaï a rappelé que la sortie du roman constituait une violation flagrante de la loi prohibant le travail et indiqué que les libraires qui joueraient ce jeu paieraient des amendes.
Un peu de polémique ajouté au barouf médiatique, la sortie du septième volume de la série de J K Rowling est encore un rêve de responsable marketing.

Lire la chronique de Harry Potter et l'ordre du Phénix sur le mag cinéma.




Manga-légo

Posté par 2goldfish le 19.07.07 à 11:06 | tags : manga, web

 

S'il est quelque chose de pénible pour celui qui aime un peu de formalisme dans sa BD, c'est de devoir justifier son goût en trouvant d'autres qualités soi disant moins superficielles dans une oeuvre qui à nos yeux n'en a pas forcément besoin. Il y a encore quelques jours je lisais ces mots "Je trouve ça super qu'il y est un chapitre symétrique dans Watchmen mais ça n'a aucun putain de rapport avec la façon dont le monde tourne en réalité" et je me disais que je pourrais essayer de démolir l'argument mais j'ai en fait surtout envie de dire : "et alors ?". 

Le formalisme en BD, avec ces petites cases qu'on peut réarranger comme des légos (ou des clipos pour les moins doués), c'est souvent super ludique. Ca a peut-être aussi quelque chose à voir avec la relative jeunesse de cet art ou avec le fait qu'il est en grande partie l'oeuvre de gros geeks, mais peu importe, le résultat c'est qu'il y a en général plus de fun dans une BD "expérimentale" que dans la moyenne des films/romans/poteries auxquels ont peut appliquer cet adjectif.

Tout ça pour vous dire, donc, que je ne chercherais pas à vous embrouiller avec des explications stupides sur "ce qui se passe entre ou derrière les cases" de ce court manga trouvé sur un blog anglophone et qui s'appelle "Abstraction" sans doute juste parce que ça sonne plutôt cool. Vous devez lire ce truc, puis faites touner le lien, c'est du bon.




Contre le Rayon Erotique & Pour la Poésie Audio

Posté par Myosotis le 18.07.07 à 12:03 | tags : elucubration, erotique, poésie

J'ai toujours admiré les lecteurs qui se tiennent debout sereinement, pendant cinq ou six minutes, au rayon littérature érotique de leur librairie, se permettent de fouiller les étals, de feuilleter les livres, de mater les couvertures suggestives (ou non) sans avoir.... HONTE.
Comme je suis favorable à ce que les revues porno soient disséminées n'importe où dans les kiosques ou les points presse (quitte à ce qu'elles tombent sous la main et les yeux des gosses, rien à faire), je suis favorable à la suppression des rayons spécialisés et encore plus opposé à aller chercher Oscar Wilde et Burroughs au rayon Littérature Gay et Lesbienne, lorsque je suis dans une librairie anglaise ou américaine.
J'ai beau me dire que ce rayon est organisé comme les autres : mêmes étagères, même éclairage, même présentation, il n'en est pas moins vrai que les gens vous regardent depuis les rayons d'à côté et VERIFIENT que vous ne faîtes rien de mal. Parfois, il y en a même qui prennent le soin de rappeler leur adolescente de fille qui manipule le dernier Marc Lévyou le dernier Musso dans votre dos. Ils n'ont pas tout à fait tort (rien de tel lorsqu'on feuillette un dégoûtant bouquin érotique que de se faire frôler le jean à l'aveugle par une jeune fille qui tient un Mes Amis, Mes Amours ou mieux un Anna Gavalda coloré dans les mains), mais cela ne fait jamais plaisir.

Quand j'en ai assez de ces conneries et de ces persécutions, je me réfugie dans les poésies érotiques de chez Literotica, le site un temps recommandé par l'ami William Vollmann et qui propose depuis pas mal d'années maintenant une série de Poésies érotiques Audio (majoritairement en langue anglaise, mais on trouve quelques récits et poèmes en français si on cherche un peu) qui valent le coup d'oreille. Si la lecture seule est stimulante, il arrive chez certaines personnes, hommes et femmes, que la conjonction du son et de la lecture produise des résultats étonnants. Pour savoir si vous faites partie de ces personnes élues des Dieux, une simple écoute de You Make My Pussy So Wet (pas du Verlaine, c'est sûr, mais un bon petit sous-Bukowski, oui) suffira à vous tester. http://www.literotica.com/stories/stories_by_category.php?category=46&page=6

Si ça ne marche pas, je vous souhaite évidemment de trouver autre chose pour affronter l'été. Et ne me racontez pas qu'un homme ou une femme en chair et en os est suffisant pour procurer autant de bonheur qu'un bon livre.

 

 




Livres d'été : Comment bronzer sans avoir l'air trop con

Posté par Easywriter le 17.07.07 à 15:31 | tags : livre, short-list

Bronzer sexy et intelligent ? C'est possible si vous suivez scrupuleusement les conseils de votre serviteur (épaulé par l'impeccable 2 Goldfish) sur le mag livres.
Littérature blanche ou noire, polars, BD, la sélection de Flu vous est un savant cocktail de bouquins cérébrés (mais pas trop), addictifs et troublants.
Bien sûr, vous pouvez vous aussi compléter cette liste somme toute modeste en proposant vos choix de lectures d'été via le formulaire idoine. Les meilleures notules (sauf celles qui sont carrément meilleurs que les nôtres évidemment) seront publiées durant tout l'été.

(Illus : depuis qu'elle suit les conseils de lecture de Flu, Océane a perdu dix kilos, obtenu un doctorat de philo et bronze désormais en moins de dix minutes. Via Bigolly molly )

Lectures d'été 1 : littérature générale

Lectures d'été 2 : polar et BD




L'absence de l'ogre : dans les coulisses du succès

Posté par Myosotis le 17.07.07 à 13:57 | tags : polar, roman

Dominique Sylvain est l'écrivain de polar qui monte depuis quelques livres. Elle en profite pour sortir ces dernières semaines coup sur coup une édition refondue de Barka!, l'un de ses meilleurs livres, et ce nouveau roman dont le titre est tiré d'une expression de Alphonse Allais : l'Absence de l'ogre.
Rapprochée un peu trop souvent de Fred Vargas (difficile de comparer les deux oeuvres), puisque les deux femmes ont sensiblement le même âge et le même éditeur, Sylvain n'en a pas encore les ventes à plusieurs 0, ni la maestria.

L'absence de l'ogre se veut un roman de son temps mais évolue dans un Paris qui sent, malgré tout, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, le bobo et la toc attitude. Tout part ici de la mort d'une jeune rockeuse dans un parc parisien.
La jeune femme qui est à deux doigts de signer pour une maison de disques (oups, je l'ai dit, mais vous n'en ferez rien avant la page 210) couchait jusqu'alors avec un artiste peintre doué et faisait squatt commun avec une bande de hippies chic dans un ancien bâtiment appartenant à une vieille religieuse et sur le point d'être revendu à des méchants spéculateurs immobiliers, intéressés notamment par un joli jardin classé au patrimoine historique (ou un truc de ce genre qui donne lieu à des descriptions botaniques et à un récit de voyage plombant parallèle au roman).

Le coupable tout trouvé est un jardinier sorti de nulle part, colosse au coeur d'or, et Billy Budd de pacotille, porté disparu depuis le soir du crime, et qui cache... un monstrueux secret : il est américain, venu de New Orleans pour fuir on ne sait quoi.
Dans sa chambre d'hôtel, on retrouve le CD de la miss et quelques preuves accablantes mais....le colosse a une ancienne amie qui ne croit pas en sa culpabilité : la strip-teaseuse américaine la plus célèbre du polar française, la bien nommée héroïne n°1 de Sylvain, la belle et blonde Ingrid Diesel (désolé). Ingrid Diesel avait perdu la trace de son ami depuis une vingtaine d'années, jour où celui-ci l'avait sauvé d'un viol collectif assuré (dommage!) et va, avec sa fidèle copine Lola, une flic démissionnaire, faire éclater la vérité aux yeux du monde (dût-elle pour ça prendre l'avion pour les USA - et hop, petit voyage de quelques chapitres pour une séquence bidon dans la trace de Katrina l'ouragan).

En route, on se débrouillera avec ce qui nous tombe sous la main : du chantage, des tentatives de meurtre et des meurtres tentés qui réussissent, des Gardiens de parc changés en Watchmen, des scènes de sexe torrides avec des sexes d'homme qui vont à l'intérieur des femmes et font du chaud et du bien dedans, des commissaires avec des prénoms russes qui sont prêts à quitter leur femme (méchante et hargneuse) pour céder à un coup de foudre digne de Voici, etc. Si l'intrigue est plutôt consistante (voire complexe et pas facile à suivre dans son dénouement), les personnages attachants et le contexte parisien soigné sur le fond et la forme, Sylvain n'en parvient pas pour autant à nous faire croire à la réalité de ce qu'elle raconte.

Le polar sent la couture à plein nez, les gimmicks disséminés ça et là pour produire de l'effet, le tout enveloppé dans une langue qui pue la vieille France et l'effet de style. Là où Vargas (tant qu'à comparer, allons-y) réussit à intriquer les morceaux (culture, enquête, obsessions) qui constituent la chair de son roman en un tissu dense et unitaire, Sylvain présente au final une maille lâche, élaborée mais qui laisse passer l'air au milieu. Du coup, si on peut se laisser envelopper facilement dans la toile de cette Absence de l'Ogre, par beau temps (ça tombe bien), il est sûr que son écriture ne passera pas l'automne. Gageons néanmoins que Dominique Sylvain a, dans les jambes, un mauvais succès planétaire à la Anna Gavalda (Satan, sors de ce superbe corps bourgeois !).





Le Paradoxe du Pastiche

Posté par 2goldfish le 16.07.07 à 10:30 | tags : bd, comics

Daniel Clowes est un ermite misanthrope et Chris Ware est un quadragénaire puceau et pleurnichard mais, pour une raison qui m'échappe un peu, il semble que leur situation fasse des envieux. On soupçonne vaguement qu'ils font un peu semblant, n'empêche qu'il est difficile à la lecture de "Quimby The Mouse" ou de "Ice Haven" de ne pas se dire que ces types doivent être relativement peu heureux. Avoir un grand talent et se coucher le soir en se disant que si on ne se réveille pas le lendemain on aura quand même laissé derrière soi une oeuvre un peu importante compense peut-être en partie ce mal-être chronique mais ça, on ne l'aura certainement pas en les imitant. C'est pourtant le chemin apparemment choisi par Paul Hornschemeier qui avec "trois paradoxes" a produit un pastiche des auteurs de Fantagraphics pour Fantagraphics sans semble-t-il que l'éditeur américain de BD "alternative" ou l'auteur lui même ne donnent dans le second degré ou le méta-commentaire post-moderne auto-référentialiste ou je ne sais quelle connerie.

Trois Paradoxes c'est l'histoire d'un jeune homme qui tente vainement de créer une BD et qui lors d'une promenade avec son père assailli par des flash-backs intempestifs. Son père a une conversation très ennuyeuse mais c'est fait exprès, voyez vous, parce que glisser de l'ennui exprès dans son oeuvre c'est la marque d'un vrai auteur. Les flash-backs prennent la forme de BD pour enfant jaunies. C'est une sorte de mise en abîme comme les affectionnent Ware ou Clowes ou tout un tas d'auteurs publiés par Fantagraphics, sauf que pour le coup l'imitation est plutôt faiblarde et la profondeur totalement absente. A aucun moment on imagine que ces BD dans la BD aient pu réellement exister. Il y a quelque chose qui sonne faux dans tous ces pastiches.

Trois Paradoxes est la suite, paraît-il, de deux autres BD parues elles aussi chez Actes Sud. Je pourrais me mordre les doigts plus tard mais je doute beaucoup que la lecture des deux opus précédents m'ait manqué pour déceler un réel intérêt à celui ci. Ce qui est vraiment dommage, c'est qu'on se dit que l'auteur n'est pas mauvais dans le pastiche (conscient ou non) de ses contemporains. Il parait que c'est très mal pour un critique d'évoquer une autre voie qu'aurait pu emprunter un auteur et bien que je comprenne pourquoi, je m'en fous et je vais faire comme si de rien n'était : Hornschemeier aurait pu faire dans le méta-commentaire post-moderne auto-référentialiste en exploitant son don pour faire comme les autres et écrire non pas comme mais sur ces auteurs qu'il admire visiblement. Au lieu de ça on a un personnage secondaire qui arbore une cicatrice à la gorge qui rappellera quelque chose à tous les lecteurs de Black Hole mais qui ne veut rien dire par là et une liste de remerciement qui commence par Gary Groth, fondateur de Fantagraphics.




Rattrapage scolaire : Les Misérables.... pour les Nuls

Posté par Myosotis le 14.07.07 à 10:04 | tags : classiques, hugo, roman, youtube
Si vous n'avez jamais réussi à lire les 5 tomes des Misérables, roman de 1862 le plus célèbre de notre grand écrivain national et populaire Victor Hugo, voici votre dernière chance : un Legomontage de 4 minutes et quelques qui reprend les très grandes lignes de l'histoire de Jean Valjean (l'homme qui servit de modèle à Superman ne l'oublions pas), Cosette & co.
On reprochera à ce petit film, outre ses raccourcis, un style peut-être un peu lisse qui ne rend pas tout à fait le réalisme charnel d'un Hugo déterminé ici à se coltiner de plein front les thématiques de l'injustice sociale, de l'égalité entre les classes sociales et de la dignité humaine.
En attendant, rien de tel pour oublier les redoutables adaptations cinématographiques que la télévision nous ressert chaque fin d'année.



Le chien de guerre et la douleur du monde : Moorcock fantastique

Posté par Myosotis le 13.07.07 à 13:07 | tags : poche, roman, sf

Avec ce premier volume du Cycle de Von Bek, Michael Moorcock réussissait non seulement à se payer l'un des plus beaux titres de l'histoire littéraire mondiale (The Dog Hound And The World's Pain, qui dit mieux ?) mais aussi à ouvrir majestueusement un cycle en forme de trilogie achevé 5 ans plus tard, en 1986, avec The City in The Autumn Stars, puis enrichi à foison de liaisons secrètes, nouvelles rétroécrites, justifiant et étoffant le caractère épique de l'histoire.

Le cycle (que je trouve, pour ma part, bien meilleur que les histoires d'Elric et de Jerry Cornelius) raconte l'histoire d'une famille devenue par la force des choses (et surtout celle de ce premier volume brillant) la gardienne et détentrice du Saint Graal.
Une responsabilité de cette importance n'est évidemment pas sans conséquence lorsque l'Histoire traverse des périodes heurtées ou décisives comme le Moyen-Age et les guerres de religion ou la Seconde Guerre Mondiale (on connaît, depuis Indiana Jones, l'intérêt d'Hitler et de ses sbires pour le Graal).
Toujours est-il que ce premier tome qui se lit bien tout seul est très bon et prend l'histoire à sa source. Graf Ulrich Von Bek, guerrier mercenaire venu des terres agricoles allemandes, se retrouve seul un jour après avoir mené rude et sanglante campagne militaire, au coeur d'une forêt désertée de la moindre de ses créatures. Il pénètre évidemment dans un château abandonné où finira par arriver une bombe sexuelle et mystérieuse (elles le sont toutes avant le premier soir, mais celle-ci un peu plus que les autres), qui, de fil en aiguille, l'amènera à pactiser par amour avec son maître (devinez qui?). Je ne veux évidemment pas raconter l'histoire qui suit, au risque de gâcher le plaisir des uns et des autres, mais le Chien de guerre réserve un tas de surprises qui font de lui un roman métaphysique, gothique, d'apprentissage, fantastique complet et extrêmement habile.

Moorcock concentre, par delà les références faustiennes, dans ce personnage de Von Bek un nombre de qualités, de valeurs et de déchirements (amour, bravoure, barbarie, sens des compromissions, respect du devoir, honneur,...) qui, à aucun moment, n'attentent à l'humanité et à la crédibilité du personnage. L'intensité des scènes clés du roman est une vraie leçon d'écriture romanesque, illustrant, s'il en était encore besoin, l'art de Moorcock pour faire accoucher ses personnages et ses intrigues de leçons de vie aussi ambitieuses que touchantes.
Le personnage du Diable, mis en scène ici, dans une posture mi-souveraine, mi-affligée, est de toute beauté. Le Chien de guerre est un chef d'oeuvre de mélancolie crépusculaire, que les deux autres bouquins de la trilogie, ne rattraperont pas tout à fait.

Le chien de guerre et la douleur du monde
Michael Moorcock

 

 




Tintin au Congo classé BD pour adultes

Posté par Easywriter le 12.07.07 à 13:13 | tags : bd, news

Le groupe Borders, propriétaire de librairies en Grande-Bretagne a donc décidé de ranger Tintin au Congo au rayon BD pour adultes à côté de celles de Manara. Mais pas pour les mêmes raisons, les enquêtes du reporter asexué étant totalement dépourvues de références sexuelles explicites.
C'est la connotation raciste - sans blague... - de la bande dessinée, où les Noirs sont tous des flippés au langage de petit singe, qui a ému certains lecteurs. La polémique n'est pas nouvelle et Hergé a eu régulièrement des soucis avec ce volet des aventures du journaliste cynophile.
Pas en 1931, date de sa sortie, où la BD fut plutôt bien accueillie dans la Belgique colonisatrice sans complexe.
Plus tard (dans les années 60), l'idée d'une mission civilisatrice des sauvages perdit de sa force de conviction et on évita les rééditions.
Comme on le voit sur cette illustration, le passage à la couleur s'est également accompagné d'une euphémisation du propos.




Travailler fatigue avec Cesare Pavese

Posté par Myosotis le 12.07.07 à 12:10 | tags : poésie

"Le jour sera tranquille, froidement lumineux,/ comme le soleil qui naît ou qui meurt/ et la vitre hors du ciel retiendra l'air souillé.//

On s'éveille un matin, une fois pour toujours,/ dans la douce chaleur du dernier sommeil : 'lombre/ sera comme cette douce chaleur. Par la fenêtre/ un ciel plus vaste encore remplira la chambre./ De l'escalier gravi une fois pour toujours/ ne viendront plus ni voix ni visages défunts. //

Il sera inutile de se lever du lit./ Seule l'aube entrera dans la chambre déserte./ La fenêtre suffira à vêtir chaque chose/ D'une clarté tranquille, une lumière presque./ Elle posera une ombre décharnée sur le visage étendu./ Les souvenirs seront des noeuds d'ombre/ tapis comme de vieilles braises/ dans la cheminée. Le souvenir sera la flamme/ qui mordait hier encore dans le regard éteint. "

Souvent tristes et mélancoliques comme dans ce Paradis sur les Toits, tiré du recueil Travailler Fatigue, les poésies de Cesare Pavese valent pour leur simplicité lexicale (quelques centaines de mots peut-être travaillés avec acharnement) et par leur rythme singulier. La versification utilisée par le poète négligé constitue une tentative d'échapper au romantisme et de proposer une approche réaliste de l'Italie dans laquelle il vit, finalement assez proche de ce que proposera Pasolini ) pau près au même moment mais d'une façon plus radicale encore (Pavese ne recourt pas aux dialectes).

Adossée solidement sur le vers italien (12 à 14 pieds en général, 13 presque tout le temps chez Pavese), la poésie de Pavese n'inspire pas cette régularité que provoque chez nous la longueur et la pureté de l'alexandrin. Au contraire, elle conserve sur chaque vers cet aspect granuleux et chaleureux des terres de Calabre, depuis lesquelles le jeune poète écrit, entre 1932 et 1935, la majorité des textes du recueil. Le livre NRF qui lui est consacré élargit le champ et couvre de fait toute sa poésie, incluant en plus de poésies de jeunesse, un second recueil, plus classique et peut-être moins intéressant que le premier baptisé La mort viendra et elle aura tes yeux.

Ce titre est tiré du texte retrouvé par la police au chevet de l'écrivain communiste et antifasciste en août 1950, après qu'il se soit fait sauter la tête au pistolet  a ingurgité des somnifères ( edit du 11/11, voir en commentaires) dans un hôtel de Turin. Pavese avait pendant ses vingt belles années d'activités, en plus de ses activités de résistants, enseigné l'anglais, traduit Herman Melville et James Joyce, livrés des essais futuristes regroupé dans La Trilogie des Machines, et écrit plusieurs romans (dont le très beau La Lune et les Feux) qui lui ont acquis une belle place dans les lettres italiennes. Pavese qui écrit beaucoup dans les revues de l'époque sera également connu pour ses aphorismes subtils et ses façons brillantes de résumer en une formule des idées complexes. Comme ici dans cette belle saillie entre Sacha Guitry et Oscar Wilde :

"Il arrive qu'une femme rencontre une épave et qu'elle décide d'en faire un homme sain. Elle y réussit parfois. Il arrive qu'une femme rencontre un homme sain et décide d'en faire une épave. Elle y réussit toujours."




Le Breakfast du Champion : pour une littérature du chaos (extrait)

Posté par Myosotis le 11.07.07 à 11:39 | tags : extrait, roman, sf

"A l'approche de mon cinquantième anniversaire, je me sentais de plus en plus enragé et mystifié par les décisions idiotes de mes propres concitoyens. Et j'en venais finalement à les prendre en pitié, en comprenant à quel point était naturelle et innocente leur conduite abominable qui aboutissait à de si catastrophiques résultats. Ils faisaient de leur mieux pour vivre comme des personnages de romans. C'était la raison pour laquelle les Américains se tuaient fréquemment entre eux. C'était là un procédé littéraire particulièrement expéditif pour mettre fin à une nouvelle ou à un livre.

Pourquoi tant de citoyens américains sont-ils traités par leur gouvernement comme s'ils étaient autant de serviettes en papier ?Tout simplement parce que c'est ainsi que les écrivains ont coutume de se comporter à l'égard des personnes secondaires des histoires qu'ils ont inventées. Et ainsi de suite. Le jour même où j'ai compris ce qui faisait de l'Amérique une nation malheureuse et terriblement dangereuse, faite d'un ensemble d'individus qui n'avaient plus rien de commun avec la vie réelle, je décidai de cesser désormais de raconter des histoires. C'est la vie que je décrirais dans mes livres. Il n'y aurait plus de personnages privilégiés. Tous les faits pèseraient exactement le même poids. Rien ne serait laissé de côté. Que d'autres s'efforcent de mettre en ordre le chaos. Moi, par contre, je mettrais le chaos dans l'ordre. Et je crois bien que j'ai réussi.

Si tous les gens qui écrivent faisaient de même, alors, tous les citoyens qui ne font pas commerce de littérature comprendraient sans doute qu'il n'y a que désordre dans le monde qui nous entoure et qu'il nous faut nous-mêmes nous adapter aux exigences du chaos. Ce n'est pas très facile de s'adapter au chaos, mais on peut le faire. J'en suis moi-même une preuve vivante : c'est faisable. "

C'est beau, c'est intelligent et drôle, c'est Kurt Vonnegut Jr. Dans ce manifeste qu'on trouve en milieu de roman, l'auteur expose de manière ramassée sa conception de littérature et plus globalement de son rôle dans la société. Ces quelques phrases sentent le fatalisme et le déterminisme à plein nez, mais reflètent aussi assez bien les passerelles avec l'oeuvre de  William Burroughs. Le Breakfast des Champions permet, tant il est roboratif, de sauter tous les repas (livres) de la semaine qui suivent.




Le docteur et le boucher

Posté par 2goldfish le 10.07.07 à 16:48 | tags : bd

A la lecture de "La Boucherie" de Loïc Dauvillier et Thibault Poursin je me suis remémoré un sketch de "sept jours au Groland". Je ne sais pas si les auteurs prendraient ça comme un compliment mais ils devraient. Dans ce sketch on découvrait une conspiration des vieux de toute la terre pour nous faire chier nous, pauvres jeunes. Une organisation folle avec caméras de surveillance et oreillettes permettait aux vieux de prendre l'ascenseur juste sous notre nez, de passer devant nous aux caisses des supermarchés etc... Le tout avec l'exaspérante lenteur de leur espèce (une façade, évidemment). Au delà de l'énormité de la chose, ce sketch parlait au paranoïaque qui sommeille en nous et qui à connu le supplice de l'autocollant pour pare choc "je suis peut-être lent, mais je suis devant vous".

Un esprit assez similaire flotte donc sur "La Boucherie", album dans lequel tout un village de campagne s'en fait pour le boucher qui déprime parce qu'il est aussi le médecin local mais manque d'action dans ce second job. La suite se déroule comme une blague noire racontée avec beaucoup de détails. Il y a une grande justesse dans les personnages, les dialogues et la description d'un microcosme rural vu avec l'oeil d'un paranoïaque urbain qui regarderait trop le JT de Jean Pierre Pernaud, comme son homologue des campagnes qui y regarde les voitures brûler dans les banlieues avec la carabine sur les genoux.

Le dessin plein de micro hachures de Thibault Poursin fait mal au canal carpien rien qu'a le regarder mais il faut lui reconnaître un certain talent pour créer des personnages aux tronches pas croyables et étrangement familières. La même réalité exsude des décors, leurs ombres elles aussi sculptées avec minutie au rotring. Dans cet environnement si laid où les clients-patients du boucher-docteurs ressemblent finalement beaucoup aux bouts de viande qui l'ennuient tant, une blague, aussi noire soit-elle, c'est toujours ça de pris.

 

La Boucherie de Loïc Dauvillier et Thibault Poursin paru chez Les Enfants Rouges




En vacances avec Hawes pour le meilleur et pour l'Empire

Posté par Myosotis le 10.07.07 à 10:41 | tags : editions de l'olivier, extrait, lectures de plage, roman

"Marley regarda autour de lui, glacé d'épouvante. Il s'aperçut qu'il était étendu sur un vieux lit de camp métallique dans un coin d'une grande baraque en bois. A côté de sa tête, fixée au mur de planches, une affiche encadrée montrait des bombardiers en action. "Les briseurs de barrages reviennent... forts commme Vulcain !", y était-il écrit en grosses lettres, tandis que, en plus petit, on vantait l'armement de l'Avro Vulcan (...) ainsi que ses performances. A l'autre bout de la baraque, une petite estrade. Au dessus de celle-ci, au milieu, deux cannes de bambou croisés servaient de hampes à deux drapeaux exactement de la même taille, l'un britannique et l'autre australien, dont les rouges avaient viré au rose et les intenses bleu marine au bleu ciel, comme des fanions effilochés et roussis de régiments depuis longtemps absorbés ou dissous, pendus dans l'air stagnant et poussiéreux et sentant l'encaustique d'une petite église de la campagne anglaise. Entre ces deux drapeaux, trônait un portrait défraîchi de la jeune reine Elisabeth en compagnie de son fringant duc d'Edimbourg, et, au dessous, une plaque commémorative en bois gravé et très orné couverte de noms.

Marley se tourna vers la porte ouverte, où la jeune femme se tenait dos à lui, face à la lumière vaporeuse du soleil, appuyés, bras croisés, au chambranle. Derrière elle, à l'extérieur, il découvrit une plaine ensoleillée, une savane sans relief d'à peine plus d'un kilomètre de largeur, bordée de hautes falaises. (..) Sous ce drôle d'éclairage, Marley distingua en clignant des yeux un petit complexe de baraques de bois, et à une vingtaine de mètres de la porte, la moitié de ce qui était manifestement une paire de poteaux de rugby. La femme se retourna vers lui, toujours appuyée au chambranle, et sourit. Les bouclettes de ses cheveux blonds scintillèrent dans le halo terne qui entourait ses petites oreilles, et des pointes de bleu firent rire ses yeux.

- On se réveille, Jungle Jim ?, lança-t-elle."

Le roman de James Hawes est sans nul doute LE LIVRE QUE VOUS DEVEZ EMMENER POUR LES VACANCES, le plus drôle, le plus intelligent et le plus imaginatif. Marley, un quadra looser à la dérive embarque pour un Koh-Lanta hardcore en pleine jungle et échoue, dernier candidat vivant, .... dans une colonie britannique formée, il y a 50 ans, après le crash d'un avion au-dessus des montagnes. Leçon de survie, d'humour, de sensualité, Pour Le Meilleur et Pour l'Empire est une satire glorieuse des médias, du monde politique et de sa mise en scène des valeurs, mais aussi une réflexion pertinente sur ce qui fonde nos sociétés. Pour le Meilleur... se lit aussi à partir de 15 ans, sans aucun souci de compréhension. Il est tout à fait désigné pour les lecteurs exigeants et qui n'ont néanmoins pas envie de se faire des noeuds au cerveau sur leur drap de bains. Vous voyez qui et ce que je veux dire...

NB EW : cette notule est la première d'une série sur les lectures de plage les plus stimulantes. Outre l'oeil exercé de nos collaborateurs, cette série profitera également des lumières de nos lecteurs qui peuvent faire part de leurs conseils (argumentés) en cliquant sur ce lien




Ken Bruen : La Série Noire continue

Posté par Maxence le 09.07.07 à 15:26 | tags : gallimard, lectures de plage, news, polar

Il aura fallut un peu moins de deux ans pour que l'édition française s'aperçoive des qualités proprement déchirantes (dans le sens "Putaiiiin, ça déchire !") de l'irlandais Ken Bruen. Ce revirement on le doit principalement à Aurélien Masson, le tout jeune directeur de la Série Noire chez Gallimard, découvreur français de Bruen. De fait, il est difficile de passer à côté de Ken Bruen dans les rayons des librairies ces temps-ci puisque outre la Série Noire qui publie l'intégralité de sa série "Jack Taylor" et de celle de R&B (pour "Robert and Brant"), Fayard Noir se lance également dans la course avec En effeuillant Baudelaire et Hackman Blues, publiés coup sur coup en mai dernier.

 

Mais arrêtons nous un instant sur le dernier volume en date de R&B, Blitz. Pour ceux qui n'avaient pas suivi les épisodes précédents signalons que Bruen, grand fan d'Ed Mc Bain devant l'éternel à voulu rendre hommage à son 87ième District dans cette suite de courts romans coups de poing, situés dans les quartiers Est de Londres. Après Les Mac Cabés (quel titre ! Pendez le traducteur !) dans lequel l'inspecteur Robert perdait tragiquement son frère, que Brant se remettait lentement d'une précédente affaire et que l'agent Falls (une des seules noires de la police de Brixton) s'enfonçait lentement mais sûrement dans l'addiction, les deux flics les plus borderline de Londres doivent faire face dans Blitz à un tueur en série visant spécialement la police. Avec l'inébranlable Brant dans le collimateur, le tueur ne se doute pas qu'il est lui-même la cible d'une sorte de violence bien plus frappadingue que la sienne. Autre fait notable, l'arrivée de Porter Nash (un des meilleurs personnages de Bruen), flic homosexuel et provocateur, qui donne un nouveau et truculent relief à la petite équipe.

 

Présenté comme ça, on pourrait penser que Bruen est à l'origine d'une mythologie un brin modernisée de celle de Dirty Harry, or, pas du tout. Robert & Brant ne sont ni ripoux (pas vraiment, hormis dans les bars où Brant ne paie jamais un verre), ni particulièrement violents. Ils font juste parti de ces personnes, de plus en plus rares, qui décident de mener leurs existences à l'instinct pour le bonheur de ceux qu'ils aiment et le malheur des autres. Justicier ambiguë, R&B traite leurs problèmes de manière souvent radical mais on se surprend le plus souvent à approuver silencieusement. Avec Bruen, on s'aperçoit paradoxalement qu'être un anarchiste est plus facile quand on est flic. Quand au style ? Hé bien c'est du minimalisme plein d'éloquence, des personnages attachants, des dialogue incisifs hilarants dans le plus pur style "ping-pong", des références musicales en continue et des intrigues pleine de raccourcis, ou au contraire, de détours surprenants. Comme dans la série des Jack Taylor, les "enquêtes" de Bruen ne nous emmènent jamais là où l'on s'attend. Je sais, ça semble parfaitement bateau dit comme ça, mais chez Bruen c'est quelque chose. Bruen est clairement un des plus grands auteurs de polar de notre temps et il le prouve à chaque nouvelle parution.

 

Justement, quand est-il de ses romans chez Fayard ? D'un tout autre tonneau, ils ne s'inscrivent dans aucune "série" et peuvent se lire indépendamment, ce qui est nouveau pour les lecteurs français de l'irlandais. Mais ma chronique est déjà trop longue alors, promis, vous en saurez plus demain ou dans la semaine... Stay Tuned !

 

Ken Bruen - Blitz (La Série Noire)




La dictée de Pivot 2.0

Posté par Easywriter le 07.07.07 à 14:09 | tags : jeux littéraires
"Le titre, Lumières alexandrines, lumières alexandrines. Le phare d'Alexandrie est en partie une énigme (NDLR : répété trois fois) Point."
Trop fort ! La dictée de Pivot enfin on the world wide web. C'est le site de TV5 qui propose cet outil pour potasser son orthographe. Des dictées, des corrections automatiques etc. Bien foutu, vraiment.



Moonlight Hotel dans le texte

Posté par Myosotis le 06.07.07 à 14:01 | tags : belfond, extrait, politique, roman

"Cher Monsieur Richards,

Votre rapport du 10 novembre sur la situation actuelle dans le royaume du Kutar a retenu toute notre attention et je vous en remercie bien sincèrement. Ainsi que vous n'êtes pas sans le savoir, cette administration a toujours défendu le principe selon lequel, d'une part rien ne garantit mieux la prospérité d'une nation que la coexistence pacifique de ses citoyens, d'autre part rien n'est plus contraire à sa stabilité politique, économique et sociale que les conflits internes tel celui dont fait état votre rapport susmentionné. Nous sommes en conséquence très préoccupés par ce que vous nous dîtes des événements intervenus dans le royaume du Kutar et profondément convaincus qu'il est non seulement souhaitable mais nécessaire d'obtenir la fin des hostilités. Pour réaliser cet objectif, nous estimons que le gouvernement du Kutar se doit de poursuivre ses actions militaires contre l'armée de libération du peuple kutaran aussi longtemps qu'il n'aura pas obtenu la cessation définitive des hostilités...."

Les lettres reçues tout au long du roman par David Richards de son correspondant des Affaires Etrangères sont hilarantes et constituent des modèles de langue de bois et de burlesque administratif. Une fois les communications interrompues, elles restent le seul vecteur de communication entre les Etats-Unis et le Kutar, mais aussi un ressort pour l'intrigue puisqu'elles portent sur leur ridicule les espoirs et désespoirs de l'ensemble des réfugiés du Moonlight Hotel.

 Lire la chronique




L'Inde en vert malade

Posté par 2goldfish le 05.07.07 à 11:16 | tags : bd

Christian Cailleaux, auteur des Imposteurs et du Troisième Thé reprend le protagoniste de ce dernier dans Tchaï Masala, monologue hindi pour l’emmener cette fois ci en Inde. Tout comme l’auteur pour lequel il n’est qu’un alter ego plus que transparent, il a prévu d’effectuer ce voyage avec son carnet de croquis à la main, sans doute pour en faire un livre. Là où la fiction entre véritablement (du moins est-on porté à le croire) c’est quand il est engagé pour retrouver un capitaine de bateau qui aurait fugué à Calcutta. Il ne sait rien sur cet homme si ce n’est qu’il aurait un tempérament similaire au sien.

Selon la règle qui veut qu’il vaut mieux montrer que dire, Christian Cailleaux laisse souvent le dessin parler pour lui. On oublie ainsi parfois la fiction pour ne plus voir que le carnet de voyage, une série de dessins d’un pays que l’auteur admet ne pas avoir eu le temps de comprendre. Juste un regard et des sensations transmise par le pinceau. La choix d’un vert un peu malade pour la bichromie évoque la chaleur, l’étrangeté, la saleté et la beauté du pays du Taj Mahal, des vaches sacrées et de Dahlsim, le fakir élastique de Street Fighter II.

C’est que les clichés ont la vie dure et ce n’est pas en passant quelques semaines là bas et encore moins en en lisant le compte rendu en BD qu’on va se débarrasser d’eux. C’est là que la fiction ressurgit dans Tchaï Massala : dans les rêves du protagoniste où il perd son statut d’observateur pour nous révéler sa confusion face aux vaches qui sont bien sacrées mais aux éléphants et aux princesses de Bollywood qui ne sont pas là, dans la fin du livre aussi ou on apprend, grande révélation, qu’on ne découvre surtout dans le voyage que soi même ou à peu près (je ne vais pas vous raconter la fin, quand même).

Tchaï Masala, monologue hindi de Christian Cailleaux, paru chez 13 Etrange




Le problème avec les guides de voyage

Posté par Myosotis le 04.07.07 à 11:58 | tags : elucubration

 

D'après de récentes études, l'industrie du papier et du livre serait tirée depuis quelques années (même si elle se traîne évidemment) par les 3 locomotives financières que sont : la bande-dessinée, les essais en tous genres et les guides de voyage. Ces derniers étant particulièrement d'actualité en cette époque, l'occasion était rêvée d'en dire quelques mots. Vilipendés par Michel Houellebecq dans son roman Plateforme (l'auteur avait alors des mots très durs sur les choix... éditoriaux du Guide du Routard), les guides et leurs lecteurs forment un couple aussi évident et solide que le soleil et le tourisme. Consacrés d'abord à des ensembles géographiques conséquents (l'Espagne, l'Italie), les Guides du Routard, Lonely Planet, Gallimard, Hachette et autres ont pris plaisir ces dernières années à découper les territoires de conquête touristique en confettis, ce qui oblige le touriste à multiplier les achats en fonction de son itinéraire ou à croiser les informations à partir de plusieurs sources. A 20 euros le Guide en moyenne, plus ou moins bien illustré, bien souvent sans carte ultraprécise (la carte fait l'objet d'un marché parallèle mais qui constitue ce qu'on appelle en économie un "bien complémentaire" ex : pain/ beurre), le vacancier doit en plus de son séjour intégrer le coût de cette documentation indispensable à ses frais fixes.Malgré tout ça, les guides tournent et emmènent le monde qui va avec, au point qu'on peut se demander si le guide n'invente pas les décors qu'il décrit, s'il ne fait pas partie de ces fictions qui, à la mode cambodgienne, ont le pouvoir de modeler la réalité à leur image. On ne peut que s'étonner de constater que les pays ou départements traversés ressemblent de plus en plus aux guides qui les racontent...

 

Le principe constitutif du guide reste néanmoins de se poser en produit non satisfaisant, indispensable mais toujours lacunaire, susceptible sur ses propres défaillances d'amener à une nouvelle consommation de lui-même. Ainsi, on peut se poser quelques questions courantes comme celles-ci :

1. Pourquoi est-ce que l'endroit où je me rends chaque année se tient TOUJOURS entre 2 guides différents et pas sur le même ?

2. Pourquoi est-ce que le guide ne consacre que 10 lignes à la ville où j'ai choisi d'installer ma résidence ? Est-ce parce que l'endroit est pourri et ne présente aucun intérêt ou au contraire parce que j'ai dégotté un super coin où personne n'est jamais allé ?

3. Pourquoi ces débiles ont-ils choisi de classer les curiosités et les sites intéressants par ordre alphabétique ou en fonction de critères que n'importe quel touriste, même le plus tordu, ne retiendrait jamais pour organiser son voyage.

4. Pourquoi perdent-ils toujours 10 ou 15 pages à m'expliquer comment dire "bonjour" et "merci" alors que tout le monde parle anglais dans ce foutu pays et que je n'ai aucune intention de me ridiculiser en essayant de baragouiner avec les locaux.

5. Pourquoi un guide digne de ce nom se termine-t-il toujours par une vingtaine de pages qui recensent des hôtels et des restaurants hors de prix, dans lesquels moins d'1% des lecteurs est susceptible d'aller ?

6. Pourquoi tout pays est-il systématiquement découpé en deux par le Guide et selon une ligne de partage immanquablement Nord/ Sud ? Faut-il y voir un vestige de la ligne de démarcation ou un héritage de la Guerre de Sécession ?

7. Pourquoi le meilleur restaurant/ hôtel/ Aubergesse de jeunesse/ Camping est-il toujours complet quand nous arrivons ?

et des centaines d'autres...




Gérard Klein n'a pas lu ce livre

Posté par 2goldfish le 03.07.07 à 11:28 | tags : bd

Le Journal d'un Remplaçant est l'équivalent en BD d'une conversation avec un type plus ou moins inconnu dans une soirée au cours de laquelle, pour une raison ou une autre, il ne parle que de son boulot. Ca peut être très lourd, bien sûr, mais Martin Vidberg ne l'est pas du tout. Il n'essaye pas particulièrement d'être drôle, touchant, convaincant ou malin, il raconte juste son expérience ce qui est exactement ce qui lui permet de l'être à niveaux égaux et raisonnables.

On pourra se plaindre, s'il le faut vraiment, d'un titre quelque peu trompeur puisqu'au lieu des aventures palpitantes d'un instit' qui bondit d'école en école et sauve tout la monde à la Gérard Klein il se trouve que Vidberg s'est retrouvé à passer la plus grosse partie de l'année qu'il chronique dans un seul IR (Institut de Redressement, pour les enfants violents). Un titre comme "remplaçant de l'extrême" ou "mon année chez les sauvageons" aurait sans nul doute été plus vendeur.

Il ne vous aura pas échappé que les personnages de Vidberg (aussi connu sous le pseudonyme Everland sur le net) ressemble tous à des patates. Ce procédé évite une trop grande identification aux personnages et contrairement à ce qu'on pourrait craindre ne jette aucune confusion sur leur identité (fort heureusement, ces patates ont des cheveux).

Ce bouquin est évidemment asez similaire à Jours de Classe de Big Ben, qui lui enseignait au collège et il ne fait aucun doute qu'on verra bientôt d'autres témoignages de profs en BD parce qu'entre les grêves et les vacances, ces feignasses ont le temps parce qu'il semble y avoir une affinité naturelle de certains d'entre eux pour la BD en tant que moyen de communication efficace (même auprès des enfants qui lisent mal) et parce que tous les instits que je connais ont un penchant compréhensible à s'épancher sur leur boulot. On se lassera donc sans doute assez vite, a moins que les prochains enseignants tentés par la BD n'aient un bon gimmick du style "j'ai enseigné à des enfants aveugles" ou "j'ai eu une aventure avec un élève". Pour l'instant en tout cas on est encore loin de Delarue et la lecture de ce journal d'un remplaçant est à recommander à quiconque veut en savoir un peu plus sur ce mêtier et surtout à ceux qui croient en savoir quelque chose.

Le Journal d'un Remplaçant 
Martin Vindberg
Editions Shampooing




Warren Ellis est Down

Posté par 2goldfish le 02.07.07 à 14:12 | tags : comics

Dites moi qu'on est bien d'accord, ce bout de BD là, c'est plutôt laid, non ? La laideur peut bien sûr avoir sa place dans le dessin de BD, comme la dissonance en musique, mais bon, je ne lui trouve ici pas d'autre raison d'être que la médiocrité du dessinateur et, surtout, du coloriste. Médiocrité n'est peut-être pas le bon mot car ils sont visiblement compétents, ils n'ont juste pas très bon goût. Comme le scénariste d'ailleurs, l'ordinairement satisfaisant Warren Ellis. Il nous pond ici l'histoire très bateau d'un agent de police infiltré dans une organisation criminelle pour y tuer le précédent agent infiltré qui s'est un peu trop pris au jeu. Pas de problème jusque là, Ellis nous a habitué à utiliser les trames les plus convenues pour se concentrer sur un discours périphérique (comme dans la resucée du Grand Sommeil qu'est Desolation Jones) ou des innovations formelles (le "widescreen comic" The Authority que lui a piqué Mark Millar).

Le problème de Down, c'est que ses auteurs ne font rien d'autre que négocier des virages prudents entre une série de passages obligés d'un intérêt déjà discutable. L'héroïne explique son comportement violent par un traumatisme passé, elle est obligée de commettre des crimes pour protéger des innocents, elle est séduite par la côté obscure de la force... Vous avez tous été voir Les Infiltrés au début de l'année ? C'est un peu la même chose, en moins bien.

Je ne cherche à accabler personne. Dans l'état actuel du marché, les auteurs de comics qui ne veulent pas prendre un deuxième job dans une baraque à frites doivent accepter de travailler vite et beaucoup (trop?), parfois sur des choses qu'ils ne liraient même pas eux mêmes. Warren Ellis est parmi les scénaristes les plus reconnus et les plus vendeurs et il doit pourtant lui aussi accepter des jobs alimentaires. Ce qui le différencie cependant d'Alan Moore ou de Grant Morrison, qui en leur temps ont eux aussi connu ce genre d'impondérables, c'est qu'eux ont toujours su glisser dans ces travaux un peu de leur personnalité dans des titres super-héroïques comme Spawn ou WildC.A.T.S. qui payaient leurs facture au pire de la crise du marché dans les années quatre-ving-dix. Au pire, ils injectaient juste un peu de second degré et de subversion dans leurs scénariis, comme le clin d'oeil d'un homme aux mains liées. Dans Down il n'y a rien de tout ça. Rien de bien grave en fait, mais pourquoi donc, quand tant de merveilles nous restent interdites, prendre la peine d'importer ce comic book ?

Down

Warren Ellis, Tony Harris

Marvel France




Ce que les hommes appellent amour

Posté par Myosotis le 02.07.07 à 09:48 | tags : extrait, metailié, roman

"1888/ 9 janvier

Eh bien, voilà donc aujourd'hui un an que je suis rentré d'Europe. Ce qui m'a remis en mémoire cette date, pendant que je prenais mon café, c'est le cri d'un vendeur de balais et de plumeaux : "À mes balais ! À mes plumeaux !" Les autres matins aussi je l'entends, mais cette fois il m'a rappelé le jour où j'ai débarqué, le jour où j'ai retrouvé mon pays, mon quartier du Catete, la langue qui est la mienne. Le même cri, oui, qu'il y a un an, en 1887, et peut-être lancé par la même bouche.
Au cours des mes trente et quelques années de service diplomatique, j'étais bien revenu quelquefois au Brésil, en congé. Mais tout le reste du temps - ce qui n'est pas peu -j'avais vécu à l'étranger. Si bien que j'ai d'abord craint de ne pas me réhabituer à la vie d'ici. Et puis cela s'est fait. Bien sûr, je garde le souvenir de gens et de choses qui maintenant sont loin, divertissements, paysages, usages, mais je ne me consume de nostalgie pour rien. C'est ici que j'ai ma place, ici que je vis, ici que je mourrai.

Cinq heures de l'après-midi

Je viens de recevoir un billet de ma soeur Rita : je le joins à ce cahier :

9 janvier

Mon frère,
Je viens seulement de me rappeler qu'il y a juste un an tu rentrais d'Europe, ta retraite prise. Il est trop tard pour aller au cimetière de Saint-Jean-Baptiste sur la tombe de notre famille, en action de grâces pour ton retour; j'irai demain ; je te demande de m'attendre et de m'accompagner. Il me tarde de te revoir.
Ta vieille soeur, Rita
Voilà qui ne s'impose guère, à mon avis, mais j'ai répondu oui."

Tout est élégance, amour et mélancolie dans ce roman-journal de Machado de Assis, l'un des grands auteurs brésiliens du XIXème siècle, sorti ces derniers jours aux éditions Métailié. L'auteur, à l'image de ces premiers mots, est de retour au Brésil après une vie de diplomate et tardera à retrouver une place dans le monde et dans la société. Sans être un récit morbide, Ce que les Hommes appellent amour est un livre triste comme la mort qui vient bien avant sa manifestation physique. On peut s'entendre vieillir et voir, pendant des années, le monde et la vie passer devant soi, sans qu'ils ne touchent ou ne nous affectent. Le héros de Machado de Assis, lui, est un être sensitif que la vie rend insensible malgré lui, un voyeur sentimental qui aimerait mais ne peut plus....

Il y a de meilleurs romans que celui-ci, de plus passionnants, mais peu d'aussi justes et qui procurent cette même sensation dérangeante et agréable à la fois, de voir une existence filer entre les pages... avec le sourire.






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