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Archives > Avril 2007

David B. emprunte les chemins noirs

Posté par 2goldfish le 27.04.07 à 14:24 | tags : bd

Au premier abord "Par les chemins noirs" laisse croire que David B. s'est accordé un détour anodin dans la BD d'aventure rétro à la façon de son comparse Blain. Dans une évolution toujours plus expressionniste de son trait qui frôle le sublime, le premier album regroupe toute une série de prologues tous situés en 1920 à Fiume, l'actuelle ville croate de Rijeka. Alors que les italiens et les croates allaient se mettre d'accord sur le partage de la ville, elle fut prise par l'aventurier-poète Gabriele d'Annunzio, le genre d'homme que Dominique de Villepin aimerait être (bien qu'il fut un précurseur du fascisme). Annunzio offrit Fiume à l'Italie qui, bien embarassée, refusa. Il fonda alors l'éphémère "régence italienne du Carnaro", le chaos de laquelle sert de toile de fond à une histoire d'anciens combattants devenus brigands, de trafic d'art et d'un enquêteur qui se fait appeler Maciste.

S'il arbore les atours d'un roman d'aventure, cet album offre cependant bien plus. Il est sûrement encore un peu tôt pour tirer des conclusions mais si on résume l'histoire à ce qui semble en être le coeur, nous avons là un album qui parle de la recherche de voleurs d'art dans une ville en proie à l'anarchie et dirigée par un poète. Dans cette ville où la créativité devrait régner, c'est la violence la plus bestiale qui l'emporte. Ce qui n'empêche par Annunzio de s'exclamer fièrement, quand le rassemblement qui s'est formé pour un de ses discours lyriques s'embarque dans une énième bagarre, "Quelle vitalité ! Quelle virilité !".

Il a raison d'ailleurs : ces prologues s'ouvrent sur une baguarre et se terminent sur une autre, celle là se mêlant à une scène d'amour. Il y a une vitalité rafraîchissante dans cet album, ainsi qu'une ambition et un amour de la fiction et de ses possibilités qui font de David B un auteur bien plus intéressant que la plupart de ses amis.

David B

Par les chemins noirs, tome 1 : Prologues

Futuropolis




Don Juan (raconté par lui-même) de Peter Handke

Posté par Myosotis le 26.04.07 à 14:54 | tags : roman
Don Juan est un si bon personnage qu'il est à peu près impossible d'en faire quelque chose de mauvais. Au théâtre, en roman, ou film, la simple évocation du mythe et de ses aventures, qu'ils fussent rendus "à l'identique" ou transposés dans n'importe quel contexte (il y a des Don Juan dans l'espace, des Don Juan gays, des Don Juan animaliers), réussit à présenter un intérêt suffisant pour qu'on puisse "broder" en soi sur l'archétype et se monter le bourrichon. Certains se souviendront même d'un film où Delon campait un Casanova (variante sur le Don Juan) vieilli et vieillissant qui tentait de séduire Elsa. Même ce film était regardable, c'est dire. Les personnages qui sont plus forts que les histoires qu'on peut raconter sur eux sont des créations précieuses et qui ne sont pas des millions : Dracula, Roméo et Juliette, Jésus, Superman, Ulysse entre autres. Le Don Juan d'Handke se tient dans sa modernité et sa tentative de faire de Don Juan un homme en fuite. Peut-être est-ce que l'écrivain de Carinthie n'insiste pas assez sur la superbe du grand homme ou s'enferre parfois dans une langue et des démonstrations fumeuses mais on lit cette variation d'une centaine de pages (Don Juan en Ile-De-France, raconté par un cuisinier) avec grand plaisir. Ce passage est particulièrement réussi :

" Vraiment, dans le temps d'avant le deuil qui l'avait frappé, il avait été évident pour Don Juan qu'on le serve. Chaque nouvelle connaissance se voyait bientôt en quelque sorte, faire partie d'une domesticité de dimension mondiale. Comme si de rien n'était, Monsieur l'envoyait chercher un livre, un médicament, un objet oublié à la station précédente. Il n'y avait pour cela pas même besoin d'un ordre, une simple allusion suffisait : "J'ai oublié mon chapeau à..." (D'autre part Don Juan ne demandait rien non plus - il y avait à satisfaire à sa constatation, tout simplement). Il est vrai qu'en un tournemain il pouvait tout aussi bien devenir le serviteur de son vis-à-vis, d'un familier aussi bien que d'un inconnu. Et comme il servait ou plutôt se mettait au service ! Chaque fois, c'était d'une façon muette et spontanée d'apporter, d'assister ou de mettre la main à la pâte, discrètement et sans prendre une attitude de domestique, une fois le geste accompli comme en passant, redevenu aussitôt anonyme, l'assistant même redevenu anonyme. Et ceux qui étaient servis par sa provisoire domesticité ou assistance la constataient à chaque fois sans surprise. OU plutôt cela se faisait sans que cela se remarque et était aussi peu remercié que récompensé. Et pourtant sur ceux à qui il apportait son aide, il faisait plus d'effet qu'un valet muer, incomparablement plus. "

Illustration : Brigitte Bardot/ Jane Birkin dans Don Juan 1973 Alain Delon; dans Le retour de Casanova (et si Don Juan était une femme...)







Ghost Rider : quand Faust rencontre Mister Hyde

Posté par Myosotis le 25.04.07 à 11:05 | tags : comics
Habilement synchronisé avec le film éponyme, ce second volume du Ghost Rider reprend l'excellente mini série (en intégralité) de Garth Ennis et Clayton Crain, le dessinateur qui monte qui monte. Le Ghost Rider est ici, à nouveau, aux prises avec un méchant démon qui l'oblige à affirmer, malgré son déguisement à ne pas trouver de petite amie le soir de Halloween, sa vraie personnalité. Ce tome 2 mérite le détour, non seulement pour la qualité des dessins de Crain qui s'impose peu à peu comme un Alex Ross à la cool, mais surtout parce qu'il constitue une introduction idéale à l'un des personnages les plus étranges de la Marvel.
Inventé à l'origine par Stan Lee (selon ce qu'on raconte, mais en cow-boy et non en motard), le personnage du Ghost Rider surgit, non sans raison, en 1972, sous la plume de Roy Thomas et Gary Friedrich, soit 2 ans après l'escapade motorisée de Dennis Hopper dans Easy Rider et vingt ans après la version haute en couleurs de Marlon Brando dans l'équipée sauvage (The Wild One). Le personnage du Ghost Rider devient, à partir d'une histoire ridicule (un cascadeur motard vend son âme au diable, reste casse cou le jour à visage humain avant de devenir démon des enfers et chasseur d'âmes la nuit), l'emblème d'une certaine américaine. Johnny Blaze dans ses 2 versions (day & night, comme les déos ou les infusions) incarne ainsi le héros romantique solitaire (tendance Rawhide) qui cache un secret énorme, prêt à risquer sa vie car la liberté n'a pas de pris, traumatisé par des drames liés à l'enfance, ambivalent bon/mal selon l'heure du jour, sublimement aux prises avec des questions existentielles qui le forcent à s'incarner dans un motard monté d'une tête de mort hamletienne... en feu.
A partir de cette salade de fruits, émerge, contre tous les pronostics, un héros d'une richesse extraordinaire, qui, qu'on n'aime ou pas les sports mécaniques, a non seulement une portée graphique indéniable (rien de tel qu'un Ghost Rider qui chevauche sur une highway) mais fixe des drames psychologiques d'une grande intensité.

On aurait pu attendre mieux de l'adaptation ciné et notamment d'un Nicholas Cage qui a un lien personnel avec le Ghost Rider (en réalité, Cage n'a fait que jouer ce personnage toute sa carrière durant.... chez Lynch, les frères Cohen, Woo, que ce personnage sur des dizaines de films). Entre se ridiculiser en un spectacle total dont on ne comprendrait rien ou s'engager dans l'exposé passionnant d'un périlleux cas clinique comme Ang Lee avait choisi de traiter son Hulk, les adaptateurs n'ont pas vraiment choisi et offert un entre-deux peu convaincant.




L'éducation selon J.G. Ballard

Posté par Maxence le 23.04.07 à 14:19 | tags : denoel, elucubration, extrait, news

Le britannique J.G. Ballard serait-il Bayrouiste sans le savoir ? C'est ce que pourrait laisser penser ce dialogue entre Richard Pearson, le principal protagoniste de son dernier roman Que notre règne arrive, et un psychiatre officiant au sein de l'étrange communauté de Brooklands, une ville de la banlieue de Londres. De fait, si Millenium People et sa peinture d'une improbable révolte bourgeoise ne fonctionnait pas, Que notre règne arrive a le mérite de mettre les points sur les i et de nommer un chat, un chat, comme le montre ce court extrait :

"Les choses sont tout autres, ici, croyez-moi. II faut préparer nos enfants à une société différente. À quoi bon leur parler de la démocratie parlementaire, de l'Église ou de la monarchie? D'ailleurs, les vieux idéaux de citoyenneté dans lesquels nous avons été élevés, vous et moi, sont assez égoïstes. Que d'insistance sur les droits de l'individu, l'habeas corpus, la liberté de l'isolé face au nombre..."

-- La liberté d'expression, la protection de la vie privée ?

- À quoi sert la liberté d'expression, quand on n'a rien à dire? Soyons réalistes : la plupart de nos concitoyens n'ont rien à dire, ils le savent pertinemment. À quoi sert la vie privée, si ce n'est qu'une prison personnalisée? Le consumérisme est une entreprise collective. Ici, les gens veulent partager et célébrer ce partage. Ils veulent être unis. En faisant les magasins, chacun prend part à une cérémonie collective d'affirmation.

- Alors de nos jours, être moderne revient à être passif ?

Sangster abattit les deux mains sur son bureau, renversant son pot à stylos. Il se pencha vers moi, son énorme pardessus gonflé autour de lui.

Pourquoi voulez-vous être moderne? Reconnaissez que l'entreprise moderniste tout entière était source de discorde. Le modernisme nous apprenait à nous méfier de nous-mêmes, à nous trouver antipathiques. La conscience individuelle, la souffrance solitaire. C'était une doctrine qui tirait son impulsion de la névrose et de l'aliénation. Regardez son art, son architecture. Ils ont quelque chose de tellement froid.

--- Et le consumérisme ?

- Il exalte l'union. Valeurs et rêves partagés, espoirs et plaisirs communs. Le consumérisme est optimiste, tourné vers l'avenir. Bien sûr il nous demande de nous plier à la volonté de la majorité. C'est une forme de politique de masse. Très théâtrale, mais tout le monde aime ça."

Profitons en d'ailleurs pour fustiger ceux (des snobs, c'est évident) qui voient en Ballard un écrivain qui se répète et cultive sa marque de fabrique sans une once de créativité. Personnellement, je serais partisan au contraire à décerner à ce livre, le titre de "roman d'utilité publique" tant sa peinture d'une société déshumanisée uniquement voué aux dieux de la consommation et d'une classe moyenne écrasée par les charges et les fantasmes (de violence, de reconnaissance, de célébrité) est plus que jamais en phase avec notre sinistre époque. A quand Ballard au programme dans les lycées et les collèges ?




Du massacre de cour d'école au site des Asiatiques Amers

Posté par Myosotis le 20.04.07 à 12:21 | tags : elucubration

 

 

Le net a réponse à tout. La littérature n'est pas mal non plus lorsqu'il s'agit d'illustrer des choses, des événements et phénomènes devant lesquels la raison s'incline ou montre quelques insuffisances. Du massacre de Virginia Tech, on ne saura jamais grand chose si ce ne sont quelques épisodes héroïques tirés d'une mémoire qui déjà se reconstruit (le prof échappé des camps de la mort qui sauve 4 élèves avant de se faire dégommer), quelques épisodes tragiques (l'élève asiatique et sa lettre posthume, l'humiliation de l'étranger, la névrose de l'interné, une vidéo où il joue au fou de Dieu, quelques photos tirées d'un worst-of de Jackie Chan où le tueur prend des poses plastiques). Evidemment, la littérature et Internet ont déjà tout dit de ce qui s'est passé et de ce qui se passera demain. Douglas Coupland a écrit, il y a quelques années maintenant, son Hey Nostradamus qui revient allégoriquement sur le massacre de Columbine, décalque de la tuerie de Virginia Tech et vice versa. Hey Nostradamus dit tout et formidablement bien de l'après, de la vie des survivants. Il dit tout de la manière dont les tueurs se déplacent et crapahutent avec leur folie dans les salles et les couloirs des collèges. (Elephant ? Oui, Elephant faisait à peu près la même chose mais en moins bien). Coupland dit tout des absences et des présences redondantes qui suivent les scandales et les holocaustes.

De la même façon, l'animateur de ce site explique et a expliqué le malaise de l'homme asiatique en milieu occidental avancé : . Il ne parle pas la même langue que le kamikaze de Virginia Tech : le site est humoristique. Mais le propos est angoissant, si l'on imagine que le tueur Cho Seung-hui y a peut-être posé les yeux. Petite taille, petite bite, sale couleur, mauvais yeux et le regard des autres qui plombe tout effort d'aller de l'avant. Les asiatiques amers. Un club, une secte compassionnelle, ou un de ces milliers de groupes de paroles pour névrosés comme les récitent Chuck Palahniuk depuis des années. A moins que cela ne soit l'inverse : peut-être est-ce que s'il avait trouvé cette URL quelques heures avant de passer sa cuirasse de mort, Cho Seung-hui n'aurait plus été seul et aurait renoncé. Nul ne peut le dire. Ce qui apparaît ici plus qu'ailleurs, c'est que la vérité est intersticielle (c'est tout le propos de Walter Benjamin dont on parlait l'autre jour), non contenue en preuves ou en somme, mais contenue sûrement dans l'espace qui sépare et unit les indices, plus qu'en ou sur eux : le site, le livre, le film, le souvenir des massacres passés et à venir, la Corée, le beau-père, la fille, aimée et qui rejette avant d'appeler les flics pour pointer le fou du doigt. La vérité est là (comme dans cette vieille blague chinoise) entre le doigt qui pointe le fou et le fou qui regarde le doigt qui le pointe. C'est une vérité littéraire et romanesque avant d'être une vérité d'actualités. Elle dépasse le cadre de sa propre réalité et explique qu'il ait bien fallu l'homme le plus important de la Planète (GW Bush, oui) pour la dépasser.

 




Kurt Vonnegut Jr. vient de nous quitter

Posté par Maxence le 19.04.07 à 09:07 | tags : news, science-fiction

Auteur iconoclaste et révolté, maniant l'humour comme une arme de combat intellectuel, satiriste virulent des années Vietnam, anti-BUSH déclaré, Kurt VONNEGUT vient de mourir à l'âge de 84 ans. Il laisse une oeuvre audacieuse qui démontre la puissance de révolte de la science-fiction, même s'il a toujours, méfiant des étiquettes, refusé d'être considéré comme un simple "écrivain de SF". C'est en ces termes élogieux (et mérités) que l'excellent Cafard Cosmique, site dédié à la science-fiction sous toutes ses formes (mais est-il encore besoin de le signaler), rend un très bel hommage à l'écrivain américain Kurt Vonnegut Jr. décédé le 11 avril dernier. (Merci Thomz').




William Burroughs : La Métamorphose

Posté par Maxence le 18.04.07 à 10:24 | tags : christian bourgois, elucubration, roman

Passionnante lecture que ces Lettres de William Burroughs publiées chez Christian Bourgois. Le lecteur un tant soit peu au fait de l'œuvre de cet écrivain extra-ordinaire (noter le tiret) y trouvera une foule d'explications, d'anecdotes et de faits marquants éclairant l'existence et l'œuvre d'un homme pour qui la vie était une fiction. Une fiction que seul un personnage comme Burroughs aurait pu vivre d'ailleurs. Au contraire de beaucoup de recueil de correspondances, la lecture de ses Lettres doit obligatoirement se faire dans l'ordre chronologique. Y apparait dans les premiers temps (les années 50) un individu plutôt anodin, même si doté de convictions et d'idées déjà hors-normes pour son époque.

C'est un fait établi, Burroughs fait ses premiers pas dans l'écriture par désoeuvrement, suite à l'éloignement d'un petit ami. C'est la genèse de Junky, puis de Queer. Il devient progressivement évident à travers ses lettres que Burroughs est happé par l'écriture et que c'est sa vie même, ses évènements, qui le conduiront à se voir comme un véritable écrivain. Du récit impersonnel et pourtant autobiographique de Junky, aux sketchs et "numéros" (ainsi que l'auteur qualifiait les fables déjantées à l'humour outrancier destinées à ses deux fidèles lecteurs, Jack Kerouac et Allen Ginsberg), le style devient de plus en plus halluciné et délirant. Les visions et les rêves prennent une place prédominante. Burroughs s'éloigne subtilement de la narration conventionnelle, annonçant le mythique et cathartique Festin Nu. La mort accidentelle de Joan Vollmer-Burroughs sa compagne, lors d'une soirée bien arrosée au cours duquel, armé d'un revolver il joue a Guillaume Tell et la tue, est évidemment l'un des facteurs déclenchant de son engagement dans l'écriture. Le lecteur constate ainsi l'impact de ce drame sur le style d'un écrivain qui est également (et c'est assez rare pour être noté) le principal protagoniste de ses histoires.

A travers ses lettres enfin, le lecteur suit les pérégrinations de Burroughs dans le monde entier. C'est à partir des années 50 en effet (1952 après un passage à Mexico en 1949, pour être exact), que l'écrivain quitte les Etats-Unis, qu'il ne supporte plus, pour le Mexique. Il parcourt ensuite l'Amérique du Sud à la recherche d'une drogue hallucinogène du nom de Yage (ou Yagé) puis se rend en Afrique du Nord et fini par s'installer à Tanger, au Maroc. On y lit ses déboires sentimentaux, son éternel conviction de décrocher un jour de se dépendance à l'héroïne et ses dérivés. L'importante place de la psychanalyse qui lui fera prendre conscience de sa sexualité (ou au contraire de son manque de goût pour celle-ci après des années d'orgie homosexuelle), sa brouille avec Kerouac, son amour indéfectible pour Allen Ginsberg et enfin son lent éloignement du mouvement et des ses idées. A Tanger, Burroughs rencontre Paul Bowles mais surtout Brion Gysin avec qui il est immédiatement en froid. Pourtant, durant son passage à Paris, c'est avec cet artiste suisse qu'il participera à la diffusion du concept phare qu'est le cut-up. En 1959, la boucle est bouclée, après toutes les années durant lesquelles Burroughs fait figure d'entité paternelle pour les principaux acteur de la beat generation, il tourne la page et entame une nouvelle étape de sa carrière, celle de la trilogie Nova, puis des romans Londonien (Les Garçons Sauvages, Exterminateur ! et Havre des Saints. La suite fait parti de l'histoire mais ce n'est plus celle de William S. Burroughs, c'est désormais celle de la littérature.

Il était une fois sur Flu : les chroniques de Les Garçons sauvages et Entre chats

Lettres de William S. Burroughs (Christian Bourgois)




Des manga à Branly

Posté par Floriane le 17.04.07 à 12:40 | tags : exposition, manga

manga à BranlyDécidément, le service des activités culturelles du musée du Quai Branly ne cessera jamais de faire preuve d'imagination ! A côté de propositions plus convenues mais incontournables, comme le cycle consacré à Paul-Emile Victor, grand explorateur s'il en est, c'est au pays du manga que l'on nous convie cette fois. Eh oui : tandis que les collections présentent des éléments ethnographiques, les animations font le lien avec la culture japonaise contemporaine, qui finalement ne leur est pas si étrangère ...
Au programme, du 14 au 21 avril : des conférences pour mieux pénétrer cette culture encore réputée " jeune ", des projections de films (attention : le cinéma est minuscule), et des stages d'initiation sous l'égide de l'Ecole Eurasiam.
La plupart des activités proposées sont gratuites. Tout le programme sur le site.
Sur le mag : présentation de la programmaton du Théâtre Claude Lévi-Strauss.




Thomas Pynchon : Commentaire sur le commentaire du commentaire

Posté par Maxence le 17.04.07 à 12:02 | tags : elucubration, news, roman, vo

Etonnant cet article lu chez nos confrères de Chronic'art sur Against The Day, le dernier roman du mythique écrivain Thomas Pynchon, qui vient de paraître outre-atlantique. Faute d'avoir lu le livre, le chroniqueur maison nous pond deux pages complètes de commentaires sur les revues de presse anglo-saxonnes !? Du jamais vu. Après la chronique du livre : La chronique de la chronique. Ou "le commentaire du commentaire".
De surcroît, à la lecture du rapport qu'en fait le journaliste de Chronicart, il est évident que la critique anglo-saxonne est très partagée (c'est le moins que l'on puisse dire). "Imbitable" pour les uns, "incontournable" pour les autres, le livre se voit taxer d'"Exaspérant et imaginatif", ou encore à propos des personnages d'Against The Day : "C'est triste à dire mais ce qu'il leur arrive, à eux et à leurs proches, on en a rien à faire" (dans le New York Time). Le journaliste parle d'ambivalence, de démesure (toujours en citant les compte-rendus des journalistes anglo-saxons) et continu pourtant à construire tout son papier sur le fait que "globalement, la presse outre-manche et outre-atlantique, ne tarie pas déloges sur le dernier roman de Pynchon" ? Du coup on ne comprend pas trop bien l'intérêt de ces deux pages couvrant un évènement littéraire en demi-teinte et on se demande bien que penser de cet article affichant de manière maladroite une façon de prendre ses désirs pour des réalités, plutôt que l'objectivité. De votre côté vous devez également vous demander à quoi rime ce post... pas bête. Peut-être est-il simplement le reflet d'une critique en demi-teinte qui tente de revêtir les couleurs d'un enthousiasme franc et massif, ce que ce livre de Pynchon échoue à provoquer semble t-il. Alors, "bon ? Pas bon ?" le dernier Pynchon ? Hé bien il ne nous reste plus qu'à attendre sa traduction en France, (ou à trouver le courage de la lire dans sa langue originale) pour enfin pouvoir ce faire une idée précise.




Mother London : Livre-ville

Posté par Myosotis le 16.04.07 à 10:29 | tags : roman, vo

 

La réédition fait souvent le larron et c'est le cas ici avec cette ressortie en poche (Folio SF) du très bon Mother London de Michael Moorcock. Auteur célèbre pour ses sagas SF (de Jerry Cornelius à Elric), Moorcock publie en 1988, alors qu'il n'est pas encore un vieux monsieur (50 ans), son livre-somme, soit un pavé de plus de 600 pages qui n'appartient en aucune façon au genre fantastique auquel il nous a habitué.
Mother London
tient en réalité plus du guide touristique et du livre d'histoire que du livre de science-fiction. Il s'adresse directement à ceux qui sont fascinés par Londres et par sa construction si particulière, en couches historiques qui, au lieu de se juxtaposer (comme à Paris où les époques finissent par cohabiter) se superposent et s'enfouissent les unes dans les autres. Moorcock imagine ici les destins croisés de 3 personnages, nés ou révélés pendant le Blitz, la période sombre des bombardements nazis, dont la vie va se confondre avec celle de la grande cité. Mary Gasalee, David Mummery et Josef Kiss, les 3 héros de Mother London, ont en effet hérité d'un étrange pouvoir, circonscrit à la ville de Londres, qui leur permet de connaître à la perfection sa topographie et surtout de lire les pensées des habitants de la ville. Tellement pénétrés du sens de la capitale anglaise, ils en deviennent (et c'est l'idée de génie de Moorcock) une part de sa conscience, si tant est qu'une ville puisse avoir une conscience.
Du coup, les 3 télépathes sont considérés comme des dingues par leur époque et évoluent tout au long du livre entre séjours psychiatriques et déambulations mélancoliques et romantiques dans la ville. On les suit pas à pas, année après année, malgré l'absence quasi totale d'événements. Moorcock propose avec ce livre un pendant romanesque et poétique au Londres de Peter Ackroyd dont il se rapproche à bien des égards. Son roman est précis, construit sur un plan simple mais élaboré (les parties finales sont le miroir des premières) et avant tout sur un immense amour de Londres et de son peuple. C'est l'atmosphère de la ville qu'il faut venir chercher ici, sa respiration, son agitation, sa capacité à afficher les différences et à les fondre dans un même mystérieux (et fumeux) esprit londonien.

 

Mother London est un grand roman-torrent, long et ennuyeux sur les bords (il ne s'y pas passe grand chose), mais grand roman-ville ce qui n'existe quasiment pas dans la vraie vie romanesque, un livre suffisamment costaud pour établir la ville dans son siècle. Paris n'a pas de livre équivalent, sorti des flâneries de Baudelaire et des Passages benjaminiens. Et si c'était les livres qui faisaient l'âme des villes plus que leurs habitants ou leurs maires ?

Mother London
Michael Moorcock




Cachez les enfants, Preacher revient

Posté par 2goldfish le 13.04.07 à 11:11 | tags : comics

Doit-on s'inquiéter de la récupération par Panini des licences Marvel et DC autrefois partagées entre Delcourt et Semic, qui lui assurre le monopole du comic book mainstream en français ? Aux Eats-Unis Marvel et DC ne sont de toute façon pas ce qu'on pourrait apeler des philantropes, et ce qui tient les compagnie debout financièrement ce n'est pas l'édition de comics mais les licences accordées au cinéma, à la télévision, à l'alimentaire, au textile etc... Spider Man ou Superman sont des marques qui servent à vendre des slips et des céréales, les BD elles ne sont qu'accessoires. Quand on en est là, tant que Panini permet à Promethea et Preacher de revenir parmi nous, pauvres français, je me contenterais de dire merci au gentil géant.

Preacher, une des merveille du label "Vertigo" dans les années 90 avait été publié presque intégralement par les éditions Le Téméraire avant qu'elles ne fassent faillite et la BD est resté criminellement incomplète en français jusqu'ici. Elle raconte l'histoire de Jesse Custer, pasteur au Texas dont toute la paroisse meurt lorsqu'il est visité par un esprit venu d'En Haut pendant la messe. La suite est un road movie sanglant qui mêle blasphème, sexe et violence avec un humour très noir. Il est dans les premières pages poursuivi par un shériff teigneux persuadé que la destruction de l'église est l'oeuvre de nègres venus de Mars cachés par le gouvernement et son fils, un fan de Kurt Cobain défiguré par une tentative ratée d'imiter le suicide de son idole, un personnage tragique et hilarant qu'on ne connait que sous le nom de "tronche de cul".

Le scénariste Garth Ennis ne fait pas dans la finesse et j'ai approché ma relecture avec prudence, de crainte d'abîmer l'excellent souvenir que j'avais de ma lecture adolescente. A l'époque l'obscénité constante de Preacher avait marqué à jamais le gamin impressionable que j'étais. Fort heureusement, la BD est plus subtile qu'il n'y parait, à moins que ce soit moi qui ait moins mûri que je ne veux bien le croire. La description du cauchemard américain de l'irlandais Ennis l'irlandais est toujours aussi pertinente et le dessin terre à terre de Steve Dillon fait passer les pires outrances pour évidentes. Il a un véritable talent pour nous évoquer les débiles congénitaux, les monstres de haine et d'ignorances sans recourir à la caricatureet les pires pervers sans recourir à la caricature.

Pour en revenir au "gentil géant" Panini, il s'acquitte malheureusement très mal de sa tâche : les derniers chapitres sont privés d'accents, de cédilles et autres "caractères spéciaux", le genre d'erreur innacceptable qu'une simple relecture aurait pu éviter. Espérons ne pas revoir la même chose au prochain tome, celui où le pasteur Jesse Custer retrouve sa famille pour quelques uns des passages les plus poignants que j'ai jamais lus en BD.

Preacher vol.1

Garth Ennis, Steve Dillon

Panini Comics, collection Vertigo Cult

 




La Dernière Femme : de Rousseau à Clémence nue

Posté par Myosotis le 12.04.07 à 10:39 | tags : elucubration

J'ai beau savoir que le personnage ne correspond pas du tout à la lettre philosophique telle que nous la présente Rousseau dans du Contrat Social (1762), je ne peux m'empêcher de rapprocher l'apparition médiatique de la belle Clémence, vainqueur de Koh Lanta 5 et, depuis la semaine dernière, pin-up sexy pour le magazine Entrevue (http://www.entrevue.fr/), de cette citation : "L'homme primitif connaît un bonheur, sa vie est équilibrée et puiqu'il a une vie asociale, il n'aurait jamais par lui-même quitté l'état de nature, l'équilibre de son existence a été rompu par le concours fortuit de plusieurs causes étrangères qui aurait pu ne jamais naître et sans lesquelles il fut demeuré éternellement dans sa condition primitive." Pour ceux qui auraient raté l'émission, Clémence Castel était jusqu'à son effeuillage l'incarnation de la beauté primitive et naturelle, descendue sur terre (sur TF1, en fait) pour nous enchanter et nous séduire. Fraîche comme la rosée, blanche comme la porcelaine, affutée comme une étudiante en éducation physique, Clémence était, pour moi et les spectateurs qui l'ont contemplée pendant l'aventure, l'incarnation de la jeune femme pure, non souillée par la société de consommation, échappant au matraquage marketing, à l'esprit cagole ou te-pu qui règne dans les régions du Sud de la France. Equilibrée, timide, pondérée et résistante aux agressions naturelles, elle avait su opposer aux canons ambiants de sophistication et de vulgarité un contre-modèle assis sur le dépouillement, le retour aux valeurs de la simplicité, de l'authenticité et de la féminité instinctive. Déclarée vainqueur du Jeu par ses collègues, elle prenait ainsi rang, dans nos coeurs, entre la reine des Amazones, Jane de la Jungle et Wonder Woman. Refusant de répondre aux sollicitations médiatiques, elle s'en retournait ensuite victorieuse à ses études, à ses tournois de tennis et à sa petite vie primitive de femme sauvage. Rousseauiste jusqu'à la pointe des seins.

Et c'est là que Rousseau intervient avec son équilibre rompu par l'action fortuite de forces et causes étrangères. Que se passe-t-il dans la tête de la sauvageonne qui n'en était pas une ? Clémence accepte de tourner un spot pour le déodorant Rexona. Acte 1. Elle s'accroche à son mythe et incarne une ultime fois son personnage immaculé : déambulant dans une jungle urbaine, d'ascenseurs en escalators, Clémence surgit, les aisselles originelles épilées et sentant bon le zeste d'orange, pour éclairer la gente féminine de sa beauté primitive. Le premier stade de sa corruption l'aura préservée un temps, jusqu'à ce qu'à la vitrine du kiosque, on l'aperçoive, la hanche tordue de sensualité, les bras croisées pour dissimuler ses seins en Vénus de Milo bas de gamme, les cheveux lianes répandus sur les épaules, les yeux brouillés pour susciter le désir. CLEMENCE NUE en EXCLUSIVITE. Les "causes étrangères" ont frappé. Acte 2 et final. L'intérieur (du magazine) est décevant pour les amateurs de photos choc. On sent la dernière femme qui se préserve et lutte contre la déchéance. On sent qu'elle s'accroche aux branches de sa virginité, mais qu'elle ne tardera pas à tomber. Une seule pin-up d'Entrevue s'en est-elle jamais sortie vivante, intacte, renforcée ? Clémence a ou est perdu(e). Elle est passée pour un chèque, un temps d'exposition, un supplément d'amour-propre (c'est Rousseau qui en parle) de l'état de nature à l'état social. Dans ce mouvement décisif et troublant, que nous avons tous connu, elle chute et nous propulse, par la force de son sacrifice et la faiblesse de notre volonté, du désir innocent et non sexué à la concupiscence la plus crasse. "Clémence Nue" devient "Clémence A Poil", sans qu'on puisse y faire quoi que ce soit.




Crypto : les boules... (ou petite histoire d'un bug technique)

Posté par Easywriter le 11.04.07 à 11:02 | tags : news

Mesdames et messieurs,

Veuillez noter tout d'abord qu'il n'y aura pas de questions à la fin de ce point presse. Contrairement à ce que croit la frange la plus paranoïaque de notre lectorat ( non Montsé, nous ne censurons pas tes fans) les commentaires ne font pas l'objet d'une modération a priori avec commission de contrôle chargée de valider chaque jour les interventions. En réalité, d'importantes optimisations techniques soumises au secret défense ( et à mon incapacité totale à comprendre quoi que ce soit en la matière) entraînent une instabilité globale du système - pour faire encore plus point presse de la NASA, j'aurais du écrire ce message en anglais.
Anyway, les choses devraient se rétablir dans la journée et la Flu Corp vous prie de bien vouloir l'excuser pour les désagréments occasionnés par des chantiers qui ne poursuivent d'autre but que d'améliorer toujours l'ensemble de nos propositions éditoriales et autres fonctionnalités communautaires.

Merci de votre attention

Ladies and gentlemen,

At first, please make a note of it...




L'armée des 12 Rufin

Posté par Myosotis le 11.04.07 à 10:15 | tags : flammarion, roman

Ce n'est pas parce qu'il se vend comme des petits pains qu'il faut négliger complètement ce roman de Jean-Christophe Rufin, l'un de nos auteurs français les plus anglo-saxons friendly. Rufin n'est définitivement pas un styliste et son cas ne s'arrange pas au fil des ouvrages : il écrit maintenant aussi gros qu'il est imprimé, a considérablement simplifié (appauvri) sa langue pour aller droit au but et se consacrer à ce qui l'intéresse : le mouvement narratif, la fiction pour elle-même. Si le parfum d'Adam est à la littérature ce qu'Axe est à la parfumerie, il constitue néanmoins, dans le domaine des best-sellers et thrillers internationaux, une senteur rare et raffinée. Ici (vous avez dû le lire ailleurs, alors je passe très vite), Rufin s'intéresse aux mouvements écolo extrêmistes, en suivant une jeune femme, Juliette, qui après avoir libéré des animaux en Pologne va remonter le cours d'un complot planétaire visant à éradiquer (pour le bien de l'écosystème Terre) l'homme de ce monde. L'intrigue nous mène, façon James Bond (on change de lieux toutes les vingt pages et de plan toutes les 7 secondes, comme dans un vrai film), aux quatre coins du globe où notre Juliette accompagnée de quelques associés assistants se lance à la poursuite de dangereux écoterroristes. Rufin a beaucoup voyagé et en fait profiter son public : Etats-Unis, Brésil, Cap Vert, Pologne, ça vadrouille sec et vite dans des décors en panavision très dépaysants et soutenus par des descriptions réussies. Le suspense a quelques difficultés à suivre tant de péripéties mais s'accroche et résiste bien jusqu'à céder enfin dans les dernières pages comme on s'y attendait. Tout l'intérêt du livre est, par delà son efficacité intrinsèque impressionnante, de nous dresser un tableau complet et intelligent de cette mouvance écologique que nous ne connaissons pas chez nous et qui intrigue dans l'ombre. La présentation de Rufin est un prolongement naturel et bienvenu des débats que Hulot et les autres ont essayé (en vain) d'introduire dans la campagne, un vrai tour de force pédagogique qui témoigne de son constant et louable souci de dire le monde d'aujourd'hui.

Si la portée du livre au final est plutôt moindre que celle d'un bon film tel que l'Armée des 12 Singes, à des lieux de la finesse et de la subtilité de la Course au Paradis () de JG Ballard, à des coudées lumière du Dernier Monde de Céline Minard (1ère partie), le parfum d'Adam reste un vrai travail de pro, une fragrance qui tient certes un peu trop au corps, simple mais pas vulgaire, dont on peut s'asperger allégrement sans craindre de gêner ses voisins de chambrée.

 

 




Tango d'Elsa Osorio

Posté par Easywriter le 10.04.07 à 10:22 | tags : métailié, roman

NB Easywriter : Cette lecture est proposée par Montsé, qu'on ne présente plus. Vous pouvez aussi faire oeuvre d'exégèse ou d'élucubration, en proposant vos lectures (vade retro attaché(e)s de presse!!)

- Vous dansez ?Il espère qu’elle n’a pas remarqué son accent. Elle se lève, l’air grave, et ils s’enlacent. Très vite Luis va oublier ses craintes et sentir le sol sous ses pieds, le corps d’une femme en totale harmonie avec le sien, faire exploser son imagination… Ces quelques mots saisis au hasard dans un livre me séduisent d’emblée. OK, je le prends, me suis-je dit.

J’entame donc la lecture de Tango avec enthousiasme ; enthousiasme qui s’essouffle vite en réalité : « Mais qu’est-ce que c’est que ce bouquin ! Qui est-ce qui parle ? Luis ou Ana ? Je ne comprends rien ? Et qui sont Asuncion et Hernan ? Des fantômes surgis du passé qui viennent se mêler des conversations ? » Je me perds dans la lecture tant la narration saute sans cesse d’un personnage à un autre, d’une époque à une autre. Et puis, je m’aperçois qu’au-dessus de ces voix entremêlées, s’élève une autre voix : Celle du tango ! Dès lors, je commence à lire le roman comme on apprend à danser, non pas en me braquant sur la complexité des pas, comme je le faisais avec le désordre narratif de l’histoire, mais entraînée par la musique. Car le style est chantant, simple, mais vivant et original !

Tango est une entité, une âme. L’âme les « tangueros ». Il raconte l’histoire de l’Argentine à travers deux familles que tout sépare : Leur position sociale, leur travail, leurs ambitions... Il se plaît à tutoyer ses protagonistes : Avec la main experte du Moscovite sur ta taille, ton corps ouvert à son intention, tu t’es enfin initié sur une de mes pistes. Le parquet disjoint du Royal, un tapis rouge, que tu brodas d’arabesques, agile, sensuelle et majestueuse. Tu sus, nous sûmes tous les deux, à cet instant, que rien ni personne ne t’arracherait à ce parquet où toi et moi allions nous donner vie. N’est-ce pas Astor Piazzolla, compositeur de tangos et joueur de bandonéon réputé, qui disait : « Le tango n’est pas une danse, c’est une obsession ! Pour le danseur c’est une partie intégrante de sa vie, comme manger ou dormir. Erotique, passionnée et mélancolique il est complice non seulement du corps mais aussi de l’âme ». C’est exactement ce que nous offre Elsa Osario. Chacun de ses personnages est étroitement lié à l’histoire du tango : Vicente, cet homme riche et influent qui associe le tango à une musique de lupanar, Carlota, sa jeune maîtresse qui ne vit que pour danser ou encore Hérnan, tanguero émérite qui répand le tango dans tout Paris et puis Juan, le compositeur… Génération après génération, les deux familles vont vivre leur amour ou leur haine du tango, ses figures, ses cortes, ses ganchos et ses quebradas.
La nuit, j’ai du mal à fermer le livre malgré le sommeil qui finit quand même par me rattraper. Mes yeux se ferment, et je ne sais comment, je me retrouve à mon tour abandonnée, plaquée contre le corps d’un homme, ma jambe dénudée, gainée de bas résille, remontant le long de sa jambe ; une main ferme agrippe ma cuisse et tandis que je ploie au rythme de la musique, je fredonne les paroles d’un tango, réminiscences de mon enfance :

La noche que me quieras
Desde el azul del cielo,
Las estrellas celosas
Nos miraran passar.
Y un rayo misterioso
Hara nido en tu pelo
Luciernagas curiosas que veran

Que eres mi consuelo…

Tango
Elsa Osorio
Métailié




Manga Haïku

Posté par 2goldfish le 07.04.07 à 10:43 | tags : manga

En France la norme pour l'auteur de BD semi-alternatif est d'aborder par l'autobiographie ou l'autofiction les problèmes du monde et de ses habitants à travers le prisme curieux d'un ennui très bourgeois. Au Japon, on raconte plus souvent à la troisième personne, avec un détachement assumé dans ses racines zen qui, trop souvent, n'est qu'un autre ennui déguisé. Et on le fait souvent dans des histoires courtes, des études de caractère pas trop approfondies qui s'inscrivent dans une tradition du minimalisme qui ne sied que trop bien aux auteurs et aux lecteurs désireux de ne "pas se prendre la tête". Un haïku ne compte que dix-sept syllabes et s'il faut du génie pour en faire quelque chose de grand, il faut quasiment de l'opiniâtreté pour en faire une catastrophe.

Assez semblable au sympathique What A Wonderful World d'Inio Asano dont je vous avait un peu parlé par le passé, le diptyque A Scene / B Scene de Tomo Taketomi s'inscrit donc dans cette lignée de mangas qui travaillent par petites touches et il s'en sort plutôt pas mal. Sa particularité est de s'intéresser aux marges de la société japonaise. Sexe, drogue etc... On n'est pas chez Murakami Ryu pourtant : les histoires finissent plutôt bien et les personnages ont fondamentalement bon coeur.

Je pourrais sans doute chercher une série d'adjectifs plus ou moins flatteurs sur ce manga, mais par soucis d'honnêteté envers vous, cher lecteur, je dois bien reconnaître qu'il n'y a en fait pas grand chose à dire sur le travail de Tomo Taketomi. Son intention est d'autant plus claire qu'elle n'est pas très originale et il s'acquitte de sa tâche plutôt bien. Au moins une histoire sur deux vaut le coup d'avoir été racontée comme elle l'a été. On se demandera alors juste s'il n'aurait pas mieux valu faire un seul recueil. La mise en scène n'a rien d'exceptionnel mais le talent du dessinateur pour donner vie à ses personnages, mariant brillamment un relatif réalisme à des expressions parfois caricaturales, si. Mince, j'ai recommencé les adjectifs. Bon, enfin bref, c'est plutôt bon. Voilà.

A Scene / B Scene

Tomo Taketomi

MadeIn




Walter Benjamin et la mort de Lénine

Posté par Myosotis le 06.04.07 à 10:27 | tags : essai, extrait

21 janvier - c'est l'anniversaire de la mort de Lénine. Tous les lieux de divertissement restent fermés. Mais le jour fermé pour les boutiques et les bureaux n'est, en raison du "régime économique", que le lendemain, un samedi, qui de toute façon n'est qu'une demi-journée ouvrable. Je suis allé de bonne heure voir Schick à la banque et, là, j'ai appris que la visite chez Mouskine, chez qui je devais voir une collection de livres pour enfants, a été fixée au samedi. Changé de l'argent et allé au musée des jouets. Cette fois-ci, j'ai enfin fait un pas en avant (...) La veille au soir, Asja m'a invité, alors que j'étais sur le départ, à venir avec elle vers deux heures au théêtre pour enfants qui joue dans la Tverskaïa, dans la maison du cinéma "Arts". Mais que je suis arrivé, le théâtre était désert, j'ai vu qu'il était peu probable qu'on joue ce jour-là. Enfin, le gardien m'a renvoyé également d'un vestibule où je voulais me réchauffer, en me faisant remarquer le théâtre était fermé. Après que j'ai eu attendu dehors un moment, Mania est arrivée avec un billet d'Asja. Il y était écrit qu'elle s'était trompée et que la représentation était samedi, pas vendredi. Sur ce, j'ai acheté des bougies avec le secours de Mania. Mes yeux étaient déjà tout irrités par la lumière des bougies. Parce que je voulais gagner du temps pour mon travail, je ne suis pas allé au Dom Herzena (qui était d'ailleurs probablement fermé ce jour-là) mais à la stolovaïa, à proximité de chez moi. Le repas était cher, mais pas mauvais. Mais dans ma chambre, je n'ai pas travaillé à Proust comme je me l'étais proposé, mais à une riposte à la notice mauvaise et grossière que Franz Blei a composée sur Rilke. Plus tard, j'en ai donné lecture à Asja et ce qu'elle m'en a dit m'a amené à la remanier encore le soir même et le jour suivant. Au demeurant, elle n'allait pas bien."

Défaite quand tu nous tiens. Le journal de Moscou est à l'avenant. Walter Benjamin s'y épuise sur tous les fronts : amoureux, théoriques et professionnels. Chaque initiative, pour des raisons diverses et variées, capote en quelques jours. On peut en sourire, parfois, mais aussi ressentir la tristesse qui enveloppe ce grand homme, l'énergie vitale qui s'en échappe jour après jour.




Les meilleurs écrivains d'après le Figaro

Posté par Easywriter le 05.04.07 à 12:28 | tags : news, best-seller
C'est le Figaro Magazine et les critiques de la presse régionale qui le disent : Anna Gavalda et Olivier Adam seraient les meilleurs écrivains de langue française de moins de 40 ans. Volià une catégorisation sociologique intéressante mais qui manque d'audace. On aimerait bien savoir ce que le Figaro pense des écrivains roux de plus de 37 ans domiciliés en région PACA ou des romanciers de moins de 28 ans qui ne portent jamais de baskets. Une prochaine fois peut-être.
Parmi les espoirs, les 22 journalistes littéraires sondés ne craignent pas de mettre en avant avec un courage enviable des inconnus comme Amélie Nothomb. Seuls quelques esprits chagrins noteront la parfaite symétrie avec le tableau récapitulatif des écrivains qui brassent le plus de fric.
Nos hilarants éclaireurs ont quand même jeté un oeil sur Thomas Gunzig (le Douglas Coupland belge) et sur Marie N' Diaye dont ils ont du oublier qu'elle écrit des bons livres depuis maintenant plus de dix ans.
Aux dernières nouvelles, nos pétillants chroniqueurs de la joie de vivre auraient découvert un jeune écrivain totalement ignorée appelée Marie Darrieussecq et qui pourrait être la révélation 2012.



Le Livre des Serpents et des Echelles

Posté par 2goldfish le 05.04.07 à 11:15 | tags : bd

Il existe au Mexique un jeu appelé 'Serpenties y escaleras'. c'est une sorte de jeu de l'oie avec un biais moralisateur : chaque échelle lie une vertu à sa récompense , faisant avancer le joueur. Chaque serpent lie un péché à sa conséquence et faire reculer le joueur. Officiellement, le but du jeu est d'éviter les serpents et d'arriver le plus vite à la case 100. Officieusement le but du jeu et du livre est d'arriver le plus lentement possible à la case 100, en ayant vu un maximum de cases - au hasard.

Le jeu des Serpents et des Echelles trouve en fait son origine en Inde deux siècles avant Jésus Christ est est connu un peu partout à travers le globe mais pas en France, où l'ésotérique Jeu de l'Oie s'occupe d'enseigner au enfants que la vie ne tient qu'à un coup de dès. Le livre de Laetitia Bianchi utilise la structure du jeux des serpents, chaque page représentant une case illustrée dans un style proche de l'estampe japonaise. Des illustrations plus où moins abstraites où se mêlent les origines mexicaines de l'auteur, des textes de Thomas d'Aquin ou Sei Shônagon et créatures plus ou moins imaginaires.

Il y a une vague histoire qui se dégage de ces courts textes écrits dans de petits cartouches au milieu des illustrations et intégrés comme éléments graphiques à part entière. Une quête spirituelle épicurienne, qui commence dans les joies du quotidien et s'achève dans les plus hautes sphères de l'esprit. Le personnage (l'auteur, le lecteur ?) qui emprunte ces échelles et les serpents avec la même curiosité est conscient qu'ils font partie d'un tout indivisible et uniformément profitable. On pourrait théoriquement s'armer d'un dé et "jouer" ce livre, mais on pourrait aussi beaucoup plus sagement le garder à côté de son lit pour l'ouvrir au hasard et pratiquer la divination où autre jeu de hasard.

Le Livre des Serpents et des Echelles

Laetitia Bianchi

L'Oeil Electrique




Spin : Chronique d'une apocalypse annoncée (Teaser)

Posté par Maxence le 04.04.07 à 10:12 | tags : denoel, elucubration, science-fiction

Au contraire de ce que beaucoup ont lu, ou cru lire, le sujet de Spin de Robert Charles Wilson, n'est pas "comment continuer à vivre après la disparition des étoiles", mais plutôt, comment continuer à vivre avant une apocalypse imminente et la fin programmée d'un soleil agonisant. C'est encore pire. Mais Spin est un livre optimiste, au contraire de ce que cette introduction laisse à penser. Dans Spin, la disparition du ciel tel que nous le connaissons n'aurait pas suffit, en effet, à influencer la vie de ses personnages, et de tous les habitants de la planète, si elle n'était pas accompagné de cette terrifiante épée de Damoclès, d'une la fin du monde inéluctable, plus grand que nature et sans aucun espoir. Comment continuer à aimer, à procréer, à soigner des malades, à sauver des vies, à croire en quelque chose, face à une telle limite ? Ce sont les épreuves que les personnages du roman de Robert Charles Wilson, et l'humanité entière, devront affronter.

Alors, séduit ? La chronique de Spin est sur le mag livres.




Je Marque Ma Page avec Bernard Werber

Posté par Myosotis le 03.04.07 à 12:13 | tags : elucubration

 

J'ai reçu en cadeau ce matin de mon buraliste un sublime marque-page (ou -pages, les 2 sont autorisés) annonçant la sortie prochaine du premier film de Bernard Werber, baptisé Nos Amis Les Terriens. Passée la surprise et la curiosité (mais pourquoi Werber ferait-il un film sur l'émission canalplussienne de Thierry Ardisson ?), j'ai eu un peu honte de fourrer mon Bernard promotionnel dans mon livre du jour : la réédition du Pétrole de Pier Paolo Pasolini.
Est-ce que mettre un marque-page Bernard Werber peut avoir une influence néfaste sur le livre qu'on est en train de lire ? Est-ce que cela peut altérer le texte, modifier l'agencement des mots, voire changer par contamination mon Pétrole si bien écrit (encore que le roman soit inachevé) en une fourmilière de science-fiction ? A l'inverse, peut-on imaginer que l'intrusion d'un marque-page Céline ou Proust puisse améliorer la lecture d'un roman de gare ou d'un SAS ?
Je me suis souvenu, que lorsque j'avais 5 ou 7 ans et pendant assez longtemps, comme l'animateur de ce site sublime (http://perso.orange.fr/marque-pages/ ) j'avais entrepris moi aussi une collections de marque-page, tombée depuis dans l'oubli. Je collectionnais alors exclusivement les marque-page en cuir, de toutes les couleurs, et de préférence associés aux hauts lieux de tourisme que j'avais visités. Mon préféré est sans conteste une jolie bandelette de cuir noir à l'effigie du Black Country Museum, musée de la Mine (?) du Nord de l'Angleterre, et qui a pris avec les années une patine et un charme fous. Il me semblait qu'à l'époque un marque-page en cuir pouvait amener un réel plus à une lecture, voire, par sa capacité à sauter d'un livre à l'autre, assurer la continuité "existentielle" du lecteur, porter sur lui sa cohérence et son intégrité. Ainsi, en guise de marque-page, ce n'est pas Bernard Werber qu'on glisse dans son bouquin mais (si le marque page nous suit à travers les livres) un bout de nous-même, un substitut de soi lisant qui garde un oeil sur le livre quand on est pas là. Raison de plus pour ne pas se faire représenter par n'importe quoi.

 

Malgré ça, aujourd'hui, je fourre dans mes livres tout ce qui me passe sous la main : tickets de train, de métro, bandelette de papier jaunie arrachée à un vieux quotidien, ticket de course, voire (ça m'arrive assez souvent) RIEN du tout, ce qui en dit long sur l'image que j'ai de moi. Dans ce cas, j'essaie de me souvenir - et ça marche - du numéro de la page à laquelle je me suis arrêté, et peux garder en tête toute la journée (pour minimiser les risques d'oubli, il vaut mieux s'arrêter sur un chiffre rond ou s'astreindre à penser à son livre toutes les 1/2 heures) un "81" un "231" ou "177" (je ne sais pourquoi mais j'ai l'impression de m'arrêter souvent à la page 177). Cette technique révolutionnaire me propulse en marque-page humain et fait pénétrer le livre en moi plutôt que l'inverse. C'est une forme d'appropriation qui en vaut une autre mais qu'on ne peut pas recommander. Quoi qu'on utilise comme moyen, lorsqu'on est un lecteur averti, on peut aussi et assez facilement, par un mécanisme de repérage quasi instinctif retrouver en moins de 3 secondes, et sans avoir marqué le terrain, l'endroit où on a laissé tomber. Cette technique a ses vertus (le lecteur possède si bien le livre qu'il retrouve en un éclair le mot qu'il a lâché il y a 3 ou 4 heures) mais aussi ses inconvénients : il m'est arrivé parfois d'être incapable d'identifier où j'avais stoppé une lecture et, trop souvent, de me rendre compte après 6 ou 7 pages que j'étais déjà passé par là. Mauvais signe pour le livre et pour le lecteur.

Ce qu'on peut retenir de tout ça, c'est qu'il n'est pas possible, à moins de prendre des risques, d'adopter un marque page Bernard Werber pour lire quoi que ce soit (sauf à la rigueur, un livre de Bernard Werber) et qu'on a tout intérêt, si on veut être un lecteur qui ressemble à quelque chose, à adopter un marque page (ou plusieurs) comme on adopte un animal de compagnie, pour la vie, à le chérir et à le nettoyer après chaque usage.




La dernière femme : Vita Sackville West et son Grand Canyon

Posté par Myosotis le 02.04.07 à 11:30 | tags : roman, science-fiction

Connue pour avoir été l'amante de la grande Virginia Woolf et l'inspiration directe de son Orlando, la belle Vita Sackville West est l'achétype de ces femmes infiniment libres qui hantaient le quartier huppé de Bloomsbury dans les années 20. Mariée à un diplomate avec qui elle entretenait une vraie relation affective (et qui dura toute sa vie), Vita Sackville embrassa d'abord une carrière de poétesse, remportant une kyrielle de prix avec son sublime the Land au début des années 20.
Elle enchaîna sur une série de romans (pas lus) qu'on dit dans la tradition d'EM Forster, très anglais dans le style et leurs thématiques comme Héritage ou les Edwardiens, sur la belle société de l'Epoque. Son livre le plus original (et qu'on ne peut que recommander) reste néanmoins le dernier qu'elle écrivit, ce fascinant et atypique Grand Canyon, publié en 1942, et qu'on peut dénicher dans sa traduction française sur www.abebooks.fr ou chez les bouquinistes.
Dans ce livre assez étrange, Vita Sackville West imagine, depuis un Londres en flammes, l'invasion façon Blitzkrieg des Etats-Unis par le IIIème Reich. L'histoire est racontée par une touriste réfugiée dans un hôtel désert du Grand Canyon et rend à la perfection cette idée d'un monde qui sombre et qu'on regarde tomber avec calme. L'indolence de la société anglaise des années 1920 est toute entière tournée vers la perception d'une barbarie et d'un déchaînement qui lui sont tout à fait étrangers. On comprend avec ce livre ce qui a fait que l'Angleterre s'est tenue courageusement pendant de longs mois face aux légions hitlériennes : peu de pays étaient alors plus éloignés, culturellement et rythmiquement, que l'Allemagne et l'Angleterre. Peu de bourgeoises étaient aussi distantes que la vieille société anglaise et l'intelligentsia germanique.
Après son livre de 1942, atypique au possible et qui est à ranger aux côtés du Rêve de Fer de Norman Spinrad (1972), Vita Sackville West n'écrira plus que des bouquins de jardinage sublimes, se consacrant, après l'horreur, à restaurer le parc du manoir de Sissinghurst, où elle décéda. Dans ses mémoires, elle reviendra sur sa vie de lesbianisme et sur sa plus belle histoire d'amour avec Violet Trefusis, son amie d'enfance rencontrée alors qu'elles avaient respectivement 10 et 13 ans, et qui la poursuivra de ses ardeurs pendant des décennies.

 






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