Archives > Décembre 2006Remettez moi une livre de 2006Posté par Easywriter le 29.12.06 à 17:00 | tags : jeux littéraires
Le concept est génial : pour finir l'année on vous propose un best-of de tout ce qu'on a aimé. Classe non ? Evidemment comme personne n'est d'accord sur la hiérarchisation de nos obsessions textuelles c'est le chef (c'est moi) qui tranche- génial je vous dis. Sinon 2 Goldfish vous propose un autre best-of de ce qu'il a aimé mais pas traité. Maxence Myosotis et moi on devait faire pareil mais on a passé trop de temps à essayer de deviner les noms des gens sur la photo ci-dessus. Ce sont les 45 personnalités qui ont fait l'année 2006, on les a adorées ou incendiées (parfois même on s'en foutait) mais elles ont croisé notre route. Si vous les reconnaissez toutes ( ou au moins une large majorité) et bien vous avez vraiment que ça à foutre peut-être gagné une Wii, ou 10 DVD de la collection légendes du Cinéma à gagner. Alors, qui sont ces stars qui sifflent au-dessus de ma prose ? Partcipez au concours Carte de voeux 2006. Je vous souhaite une romanesque année 2007 ps : nos amis du Buzz littéraire m'ont demandé mon Top 5 si ça vous branche. Le Chaos chez Tezuka On connaît aujourd'hui plutôt bien l'histoire résumée d'Osamu Tezuka en France. En 1947 il publie La Nouvelle Ile Au Trésor, manga révolutionnaire qui s'ouvre sur une séquence de huit pages muettes, donnant naissance au style cinématographique du manga moderne. Il a alors pu abandonner sa carrière de médecin qui l'ennuyait tant pour se lancer dans le manga à plein temps, puis l'animation, façonnant la culture populaire japonaise à une échelle dont les équivalents occidentaux qu'on lui donne souvent, Disney et Hergé, ne pouvaient que rêver. Sauf que, au fur et à mesure que son oeuvre est publiée en France, on se rend compte que cette définition était encore très réductrice.Certes, on ne trouve pratiquement pas un mangaka qui n'a pas été influencé directement ou indirectement par Tezuka (sauf chez certains de ses contemporains comme Shigéru Mizuki), mais à la lecture d'Avaler La Terre que vient d'importer Kanko, on se rend compte qu'il y a encore tout un tas de choses que Tezuka a inventé et que le manga moderne n'a pas digéré. Ses ambitions "cinématographiques", Tezuka a pu les assouvir en montant son studio d'animation. Dans ses mangas, il s'est alors concentré sur les possibilités de la page, la découpant dans tous les sens, multipliant les petites cases, jouant avec le sens de lecture, les diagonales, la taille et la forme des cases. Les permutations de ses compositions ne sont cependant jamais là juste pour la démonstration technique. Le rythme des planches de Tezuka est d'une élasticité inédite en son temps.Dans Avaler La Terre, une femme bafouée fait promettre à ses filles de la venger en détruisant la société des hommes. Elle provoqueront le chaos social en détruisant l'économie et en s'attaquant à la notion même d'identité en mettant sur le marché des secondes peaux qui permettent aux femmes de se faire passer pour des hommes et aux noirs pour des blancs. C'est évidemment une critique sociale à peine déguisée (le manga date de 1968), mais contrairement à ce à que laisse présager le pitch, Tezuka embrasse le chaos avec joie si c'est pour détruire une société corrompue. On a en fait l'impression qu'il a changé d'avis en cours de route pour une position qui va beaucoup mieux avec le chaos qui habite ses planches. Avaler la Terre Osamu Tezuka Alan Moore triple-déboule pour Noël (2)![]() Deuxième article de Moore pour cette fin d'année, l'édition française de son fameux poème-essai sur l'homosexualité, le Miroir de l'Amour, est une curiosité à réserver aux "completists", aux esthètes ou à ceux qui ont développé un intérêt spécial pour le sujet. Illustré par les sublimes photographies de Jose Villarubia, le poème de Moore répond à un contexte spécifique, puisqu'il avait été écrit, en 1988, pour soutenir un mouvement artistique opposé à la clause 28 du gouvernement Thatcher. A l'époque, ce texte interdisait à quiconque, et aux enseignants en particulier, la présentation de l'homosexualité comme une organisation de vie familiale respectable. En clair, omerta sur tout ce qui présente les pédés comme des gens normaux. C'en était suivie, une réaction artistique très forte, liée aux premières actions de masse antisida et incarnée par le mouvement BD AAARGH !, Artistes contre l'Homophobie Répandue du Gouvernement. Le poème de Moore est simple et brillant : il revient dans un esprit d'humanisme libre, sur les origines de l'"inversion", depuis l'Antiquité jusquà aujourd'hui. Ce qui intrigue ici, c'est la matière du poème, poétique, en prose, qui intègre avec une facilité déconcertante des éléments historiques mais également juridiques d'une grande précision. Moore réussit un prodige que peu avaient mené à bien avant lui, à savoir la composition d'une ode à l'amour réaliste et d'obédience mystico-scientifique. On retrouve dans ce poème l'intensité démonstrative d'Oscar Wilde dans ses écrits dits de la Geole de Reading (lettres et poèmes).
Pride Of Baghdad : Le Roi Lion au pays d'Aladin![]() Pride Of Baghdad, qui nous intéresse aujourd'hui, est un graphic novel qui part une fois encore d'une bonne idée. En 2003, lors des raids aériens sur la capitale irakienne, quatre lions se sont échappés d'un zoo et ont erré dans la ville jusqu'à ce que des GI's tombent sur eux et les tuent. Vaughan part de cette anecdote et en fait une allégorie sur la liberté et la guerre. Ce qui marque au premier abord, cependant, c'est le dessin magnifique de Niko Henrichon. Ses lions sont très réalistes anatomiquement, avec juste une touche d'anthropomorphisme pour pouvoir nous communiquer leurs sentiments. Il a aussi, c'est assez rare pour le signaler, réalisé les couleurs lui même. Il tire le maximum d'une palette principalement réduite au jaune et à l'orange et nous fait presque oublier qu'il travaille à l'ordinateur. Il s'agit simplement d'un des plus jolis albums sur les rayons en ce moment. Les choses se gâtent malheureusement dès qu'on se penche sur le scénario. L'idée de nous montrer la guerre à travers le point de vue des lions n'est pas mauvaise, mais malheureusement, Vaughan ne sait pas du tout écrire les animaux. Il s'est contenté d'écrire quatre personnages humains particulièrement ignorants du monde qui les entoure. Un lion qui fait de l'esprit ou qui philosophe sur la liberté, dans un univers graphiquement et politiquement réaliste, ça ne passe pas. Quand bien même on accepterait ce qui se passe dans la tête des lions, le scénario contredit plusieurs fois ouvertement la réalité zoologique, notamment dans un absurde et inutile flashback où une lionne se remémore la tournante que lui ont fait subir quatre frères lions.Tout ça ne serait pas un très gros problème sans l'ambition affichée de Vaughan. Aux Etats Unis, Pride Of Baghdad a reçu pas mal d'attention des médias et un certain succès en librairie auprès du grand public. On parle là bas d'une "oeuvre controversée". Le livre se contente pourtant de poser quelques questions sur le prix de la liberté, ce qu'on peut bien en faire quand elle nous tombe du ciel et qu'est-ce que c'est que la tyrannie, d'abord ? Sans jamais trop approfondir ou prendre position, le scénario évite pas mal de pièges, et c'est sans doute le seul point sur lequel Vaughan fait preuve de modestie. Il semble que la simple représentation de l'absurdité de la guerre soit encore suffisante pour faire controverse de l'autre côté de l'Atlantique. Ou bien peut-être est-ce juste le fait de poser des questions. Pris en dehors de son contexte, Pride Of Baghdad est en fait un joli petit conte, bien dessiné et raconté. Une lecture assez agréable gâchée par les efforts lourdauds de son scénariste d'en faire quelque chose de plus. Pride of Baghdad Brian K. Vaughan et Niko Henrichon Panini Comics Don Delillo chante noël !
JOYEUX NOËL A TOUS & A TOUTES ! Mon année à moi : souris, lesbienne, horreur et mythesLes livres sans images ont cette particularité d'avoir leur saison à l'automne, pour la rentrée littéraire. Ne s'étant jamais débarassé de son statut d'objet, la BD elle connait sa plus forte saison à Noël. Du coup mon vrai bestophe aurait un peu trop ressemblé à un résumé des deux derniers mois du tag BD sur Mille Feuilles. J'ai donc trouvé une charmante petite variation sur le thème du mieux avec : "Les meilleures choses que j'ai lues cette année et dont, pour une raison ou une autre, je n'ai pas parlé sur Mille Feuilles".
Quimby The Mouse de Chris Ware : On s'en doutait un peu et on en a eu la confirmation quand il a fait ces couvertures larmoyantes du New-Yorker pour Thanksgiving, mais le but principal de Chris Ware est de nous faire pleurer comme des madeleines. Ne vous laissez pas berner par le fait qu'il utilise des souris de cartoon dans des planches à l'architecture Escherienne, que ses livres soient de véritables objets d'art conçu avec un fétichisme rétro qui frise le TOC et qu'il passe son temps à s'excuser de la piètre valeur de tout ça : Ware fait des grands et gros mélos plein de grand et gros sentiments qui tâcheraient s'ils n'étaient maniés avec une telle finesse. Fun Home d'Alison Bechdel : C'est peut-être un peu tricher parce que je viens d'écrire dessus en long et en large pour Le Mag', mais Fun Home est bien mon album de l'année. Au rayon BD, l'autobiographique est devenu un genre au même titre que le polar ou l'héroic fantasy avec elfes à gros seins et trolls lubriques, avec ses classiques, ses codes et ses poncifs. En utilisant ces codes à des fins un peu plus ambitieuses que celles de l'album-confessionnal moyen, Alison Bechel a fait entrer le genre dans la post-modernité. Scary Go Round De John Alison : Depuis que j'écris pour Mille Feuilles, je compte faire un billet sur Scary Go Round, mais il se retrouve toujours repoussé par l'actualité. SGR est un webcomic, qui parait au rythme de cinq pages par semaines. Les histoires d'horreur vaguement absurde et toujours très légères servent avant tout de véhicule au dialogue. Après plusieurs années de lecture, je suis toujours autant amoureux de la façon dont Shelley Winters repousse les limites de la correction grammaticale anglaise, de l'hyper spécification de son vocabulaire et de son décalage permanent avec la réalité. A lire en écoutant les Pipettes. The Hero With A Thousand Faces de Joseph Campbell : Jamais traduit par chez nous, ce livre de mythologie comparée est pourtant assez célèbre pour avoir inspiré quelques films comme Star Wars et le Roi Lion à Hollywood où on l'a confondu avec un guide scénaristique. En décrivant le "chemin du héros" tel qu'il apparaît dans tous les mythes du monde, d'Osiris à Jésus en passant par Bouddha, Campbell explique comment ces mythes sont apparus et ce qu'ils veulent dire. Loin de réduire leur portée, il montre plutôt en quoi tous les mythes et religion sont fondamentalement vrais, et dessine au passage une carte de l'inconscient collectif plus satisfaisante que celle de Jung.Tom Piccirilli : Freaks !
Tom Piccirilli - Un choeur d'enfants maudits (Folio SF) Dave Mc Kean près de chez toi Notre ancien collaborateur Jeev, (entre autres) grand reporter au Houellebecquistan de son état, attire notre attention sur la venue de Dave Mc Kean à Montreuil. "Une heure trente de dédicaces c'est lég'... Je sais pas si on peut amener des exemplaires à nous" nous a-t-il écrit. Ce que veut dire notre jeune ami par sa prose de diéséliste bourru c'est que Dave Mc Kean (voir son travail en illus.) a collaboré avec Neil Gaiman, au magazine Rolling Stone, au New-Yorker, au film Alien 4 et prépare un truc avec Stephen King. Bref, c'est une pointure quand-même donc il y aura du monde demain à 17 H 30 à la librairie Folies d'Encres de Montreuil et ensuite à la projection de Mirrormask au cinéma le Méliès (metro Croix de Chavaux). Merci Jeev, embrasse ta 407 pour moi. Dan Pussey, héros moderne "J'ai un peu honte de l'admettre, mais avec le recul de la maturité, je peux dire que l'étincelle à l'origine de nombreuses histoires de Pussey venait d'un désir vil et mal placé de "vengeance". Passer des années dans une chambre à travailler pour pas un rond sur des histoires que personne n'aime dans un médium déprécié peut vous mettre un coup au moral." avoue Daniel Clowes dans l'introduction à la nouvelle édition de "Pussey !". Ceux qui ont déja lu cette satire du milieu des comics américains ne devraient pas être étonnés de l'apprendre tant ces pages respirent la bile.Dan Pussey (prononcez "Pou-SAY" insiste-t-il) est un dessinateur de super héros qui va connaitre le gloire, la fortune, le doute et finalement l'oubli dans le milieu impitoyable des puceaux de trente ans fans de Belt Boy et Emergency Elf Patrol dont il est lui même le parangon. Il est recruté par l'éditeur-escroc "Docteur Infinity", une sorte de mélange de Stan Lee et de tous les éditeurs de comics qui ont jamais exploité leurs auteurs (bref, tous les éditeurs de comics). Clowes s'en prend avec la même férocité aux fans spéculateurs, aux artistes plagiaires et à son propre camp des comics "indépendants" (il faut voir le passage ou un double d'Art Spiegelman s'écrier "Payer ? Les artistes ne se font pas payer ! C'est de l'art, pas de la prostitution !"). L'oeuvre de Clowes ne reflète déjà pas une vision très positive de l'humanité habituellement, mais ici, peut-être parce qu'il dépeint un milieu qu'il connaît bien, chaque personnage est laid, pitoyable mais parfaitement détestable. Le seul petit semblant d'empathie est réservé à Pussey enfant, martyrisé par ses camarades et traumatisé par ses parents qui craignent qu'il soit homosexuel. Clowes explique d'ailleurs dans son introduction qu'il aurait pu être Pussey si pour lui les choses avaient (plus) mal tourné. Le plus intéressant est peut-être combien cette satire parue il y a quinze ans reste totalement juste, et a même gagné en universalité avec la plus en plus plus grande perméabilité au geek-isme de la culture pop. Super héros sur grand écran, chat en SMS pour tous, séries télés paranormales, mp3 par milliers, soirées thématiques Albator : nous sommes tous des Pussey. ![]() Pussey ! Daniel Clowes Racham Ken Bruen : De la gueule, mais pas que.
Bruen excelle également dans l'art du dialogue. Lapidaire, survolté et férocement drôle, surtout dans R&B (du genre : "Robert : Où tu vas comme ça ? Brant : On a été appelé pour un viol en réunion. Tout le quartier lui est passé dessus à cette pauvre fille. Robert : Mon dieu ! Brant : Ouais, lui aussi." NDR : J'ai ajouter les prénoms par souci de lisibilité, ce dont l'auteur n'a pas besoin dans le contexte).
Le personnage principal de ce que j'appellerais sa série "déjante et tragédie existentielle", Jack Taylor, est un ex-guarda (la police irlandaise, dans le sud) alcoolique et en général porté sur toutes les formes excès, spécialement, les excès chimiques et liquides. Croyez moi, c'est absolument fabuleux. Bruen dresse un portrait vraiment acide de la solitude contemporaine quand on a décidé de ne pas baisser les bras devant la connerie et la cruauté ambiante.
Ken Bruen - Le Martyre des Magdalènes, une enquête de jack Taylor
A noter que la nouvelle Série Noire étant franchement hors de prix, ceux qui veulent vraiment découvrir Bruen, peuvent déjà se ruer sur Le Gros Coup : Une enquête des inspecteurs Roberts & Brant et l'extraordinaire Delirium tremens : Une enquête de Jack Taylor tous deux parus en poche chez Folio. Alan Moore triple-déboule pour Noël (1)Les fans d'Alan Moore n'auront pas connu plus beau Noël depuis pas mal d'années. Le cru 2006 apporte en effet pas moins de 3 ouvrages de leur scénariste-vedette servi sur un plateau. Evidemment, et en attendant les prochaines aventures de la La Ligue des Gentlemen extraordinaires, tome 4(prévues début 2007), les 3 livraisons n'ont clairement pas la même épaisseur.
Du premier, le plus ancien, je ne dirai rien pas grand chose si ce n'est que c'est la seule intervention de Moore pour Marvel. Captain Britain, pensé et voulu comme un Captain America brittanique, est dessiné par Alan Davis (voir le Clou - que je n'aime toujours pas) et évolue dans une Angleterre fasciste qui rappelle, parfois, V pour Vendetta, l'intégrale. Le héros, créé et par Chris Claremont et sorti des oubliettes par Moore, n'a pas encore l'amplitude qu'il donnera aux Watchmen mais hérite des interrogations de Moore sur les super-héros. Captain Britain se fait souvent dérouiller par ses adversaires et, derrière son déguisement et sa musculature, se pose pas mal de questions. Le tout est à recevoir comme un Moore des premiers temps, en retrait par rapport à d'autres créations telles que Supreme, Top Ten (pour citer ceux qui se rapprochent le plus de l'univers de Captain B) ou V évidemment. Sur ce dernier, Moore prendra le temps de s'attarder sur cet Angleterre qui, bizarremment, passe au second plan sur Captain. Ici, le décor est anecdotique ce qui laisse penser que la réappropriation du personnage par le scénariste n'a pas été pleinement réussie. De la même manière, Moore n'exploite sans doute pas suffisamment le contexte celtique de Brian Braddock, se contentant de quelques apparitions de Merlyn dans sa saga. On notera déjà une apparition d'Alice (du Pays des Merveilles), au détour d'un épisode qui est l'un des meilleurs et des plus ambitieux de la série. Copinage : Marché noir à la Générale![]() C'est bientôt noël et les éditions è®e seront ce week end avec quelques autres joyeux éditeurs pirates et pop (dont Fremok) au squatt arty le plus hype de Paname, à savoir La Générale (www). Seul hic, ce n'est qu'à Paris... Tentoumushi No OtomuraiNe me demandez pas ce que ça veut dire, mais la mangaka Akino Kondoh dont le Lézard Noir vient de publier le recueil "Eiko" fait aussi des animations assez fascinantes. Jetez donc aussi un oeil sur "Densa Kamo Shirenai", tant que vous y êtes.
23 auteurs pour pervertir The Fall.
(Via Visi.com) Etre Inculte c'est pas cherPosté par Easywriter le 13.12.06 à 13:53 | tags : revue
Plusieurs fois cette année, j'ai pensé vous parler de la revue Inculte. Branchée philo et littérature contemporaine (et branchée tout court) cette revue à la sobriété très classe a accueilli des textes de Douglas Coupland, Rick Moody ou James Flint. Inculte peut parler du faux, de l'obscène ou du football, rééditer à l'occasion des textes de Deleuze ou Bataille et last but not least une amie à moi est proche de ses fondateurs - François Bégaudeau siège à son comité de lecture si ça peut convaincre certains...Il y a donc moult bonnes raisons d'acheter un exemplaire et la moins bonne n'est pas le prix promotionnel pratiqué mercredi prochain : vendu habituellement pour la somme modique de 5 euros, Inculte s'offre 30 à 50 % moins cher le mercredi 20 décembre au siège de la maison d'édition. On trouvera aussi des rééditions de l'Arc sur Joyce,Deleuze, Perec, Klossowski, Levi-Strauss ou Sartre, découvrez un livre-CD inédit avec et sur Hubert Selby Jr ainsi que l'intégralité du catalogue de bande dessinée indépendante d'IMHO. Toujours à son exigeance d'exhaustivité, Mille-Feuilles vous donne une adresse précise : 10 rue Oberkampf, Paris 11 ème. Code : 25 A 84, cour gauche, premier atelier (attention à la petite marche) La Vida Loca![]() Grand classique du comic book indépendant, Locas est l'oeuvre de Jaimie Hernandez, publiée entre 1981 et 1996 dans les pages de Love & Rockets qu'il partageait avec son frère Beto (et qui a ressuscité récemment). A l'époque on n'avait jamais vu ça : si les premières pages comportent quelques éléments de science fiction, ils seront bien vite abandonnés au profit d'un univers bien plus réaliste. Locas est en fait sans doute la meilleure imitation de la vie jamais faite en cases. Les pages de Jaimie dans Love & Rockets étaient une chronique de la vie dans les banlieues latinos de Los Angeles, avec une gigantesque galerie de personnages en grande partie féminins. Locas rassemble une sélection de 700 pages se focalisant sur les deux personnages principaux, Maggie et Hopey, deux punkettes lesbiennes vaguement délinquantes qu'on suit sur une dizaine d'années. Elles se sépareront un temps et Maggie essaiera les hommes, partira sur la route avec sa tante catcheuse et passera son temps toujours plus ou moins paumée. Hopey elle galèrera à travers le pays avec une série de groupes de punk/hardcore. Pour aborder ces sujets inédits dans les comics des années 80, les frères Hernandez ont développé un langage propre. Le simple fait de se passer de tout pavé narratif (du type "Pendant ce temps..." ou "Le lendemain") était un choix radical pour l'époque. Les transitions d'une scène à l'autre se font tout naturellement, parfois au milieu de la page. Plutôt qu'être une entité semi-indépendante comme dans beaucoup d'autres BD, la page est traitée comme une fenêtre devant laquelle passent les personnages. Beaucoup de choses se passent en arrière plan, voir en dehors de la page elle même. Sur la fin, cette technique est poussée jusqu'au bout, avec plusieurs scènes menées de front et des plans de coupe sans aucun rapport avec l'action principale. A une plus grande échelle, toute la BD est en fait constitué de cours chapitres qui ne se suivent pas forcément.Jaimie Hernandez fait preuve d'une générosité toute latine, d'un amour pour ses personnages et pour les petits moments ordinaires dans lesquels il trouve l'illumination. Le lien avec Gabriel Garcia Marquez est moins apparent que chez son frère, mais il est bien là. Love and Rockets, Tome 1 : Locas Jaimie Hernandez 2 volumes chez Le Seuil Lire, c'est vieillirPosté par Myosotis le 12.12.06 à 10:20 | tags : elucubration
Très régulièrement la presse relaie le résultat d'études à caractère sociologique qui évaluent le temps moyen passé par chaque français à regarder la télévision, faire caca, l'amour, travailler, dormir, faire du sport, etc. Souvent on lit ça très vite, sans véritablement faire le lien entre ce que l'activité représente pour nous en terme de satisfaction (ou d'insatisfaction) et le temps qu'elle est susceptible d'accaparer. 15 minutes aux toilettes par jour. Est-ce assez, est-ce trop ? Faut-il travailler à développer ce temps là ou à le réduire. Si oui, pourquoi faire ? Lorsqu'on met bout à bout toutes ces minutes passées à faire ou à ne pas faire s'ouvrent des boulevards existentiels, fléchés de regrets, de mises en balance d'une chose avec une autre. Est-ce que je dors trop ? Est-ce que si je ne faisais pas pipi, je vivrais plus vieux ? Evidemment, le temps en soi n'a pas d'intérêt affiché ainsi en minutes, en heures ou années. Ce qui compte, en vie humaine comme en économie (Luc Ferry l'a bien dit) c'est de maximiser le rapport temps investi sur bonheur. La lecture comme toutes les "activités" dispensables n'est pas exempte de ce marchandage. Pour ma part, j'ai calculé qu'à raison de 2 heures par jour depuis l'âge de 8 ans, j'avais lu pendant 16 060 heures, soit 670 jours, ce qui bizarremment ne représente qu'à peine 1 an et 10 mois de vie, sur une trentaine d'années. 1 an et 10 mois donc c'est très peu mais c'est aussi énorme si l'on considère l'effet sur le vieillissement mental (la maturité) que peut avoir la lecture. Il n'est pas rare, chez les lecteurs précoces, encore enfant, que se développent très tôt des attitudes de vieux : la mélancolie, un langage châtié et ampoulé, une capacité à objecter et à parler de choses dont tout le monde se fout ou à poster des théories fumeuses sur des blogs, choses qui globalement ne rendent pas heureux et n'apportent rien à l'homme. A cet égard, il est probable que la lecture, tant en temps passé (j'aurais 2 ans de moins et paraîtrais beaucoup plus jeune que sur cette photo si je n'avais jamais appris à lire) qu'en usure sur la conscience de l'homme, est un agent pathogène majeur et qu'il faut dénoncer. Il faudrait veiller, si l'on veut vivre vieux, à réduire son temps de lecture ou du moins à ne pas apprendre aux enfants à lire trop tôt. Contrairement à ce que défendait Pierre Dumayet dans sa mythique émission "Lire, c'est vivre", que les amis de l'ORTF ont connu, "lire, c'est avant tout mourir".
Black Hole : L'adolescence est un trou noir Après la parution du dernier numéro il y a quelque mois, Delcourt sort pour Noël l'intégrale de Black Hole en un gros pavé bien plus joli que l'édition précédente,et la lecture d'une traite est autrement plus satisfaisante que le morcellement par épisodes subit depuis 1995.Black Hole raconte l'histoire d'une bande d'adolescents infectés par une mystérieuse MST qui provoque des mutations plus ou moins horribles (une queue, une bouche ou des palmes leurs poussent aux pires endroits). On pense évidemment immédiatement au SIDA, mais l'histoire se passe dans des années soixante-dix dessinnées façon sixties avec des références aux EC Comics des années cinquante. En fait, cette chose que ces ados se refilent, qui les poussent à se cacher, à se craindre les uns les autres et à vivre dans les bois, c'est simplement le sexe. Le sexe est partout dans la BD, sans doute la plus freudienne que vous trouverez en dehors des mauvaises histoire de super héros qui tuent leur père. Aucune grotte, aucune plaie, aucun passage dans les bois ni aucun serpent ou aucun flingue ne laisse la place au doute quand à ce qu'il figure vraiment. Ce n'est pas subtil, mais l'adolescence ne l'est pas non plus. Les transformés ne font qu'extérioriser leur image intérieure et, alors qu'ils se croient devenus des parias pour le reste de leur vie, la maladie ne les affectera que quelques mois. Si Black Hole est une histoire d'horreur, l'horreur y est celle de l'adolescence. Le soin apporté à chaque détail sordide, des pustules sur le visage d'un ado contaminé aux premiers poils de moustache dun autre, justifie bien les années passées. Le contraste violent du noir et blanc donne au dessin un côté très statique, figeant chaque case dans un moment de gêne éternel, exactement comme un souvenir d'adolescence. Pendant dix ans Charles Burns a exorcisé les siens, et nous a attiré dedans comme un trou noir ou nous même nous revivions nos pires moment. Dieu merci, c'est fini. Black Hole Charles Burns Delcourt Camille de Peretti : nous sommes cruelsPosté par Easywriter le 08.12.06 à 11:22 | tags : roman
Fleur nous fait remarquer que nous n'avions pas parlé du dernier Camille de Peretti. Du coup notre lectrice s'y colle :
"Je connaissais l'auteur pour avoir lu son 1er roman "Thornytorinx" où elle se mettait elle-même en scène pour parler de la possibilité de vivre malgré une maladie pernicieuse qu'est la boulimie-anorexie. Elle avait, à l'époque, touché beaucoup de jeunes femmes qui se sont reconnues entre les lignes, elle avait été aussi très présente médiatiquement. Son deuxième roman traite de l'univers d'ados dont les ambitions ne trouvent pas d'échos dans leur époque. Ils vont choisir de revêtir les attributs de la Marquise de Merteuil et du Vicomte de Valmont. Ils vont créer un jeu, désignant des proies, rapportant des trophées des petits coeurs brisés. Sauf qu'à trop vouloir manipuler leur entourage, ils vont se perdre dans le jeu. La littérature et Laclos vont gagner malgré la distance. Je trouve intéressant qu'en ce moment, il y ait un intérêt autour de Choderlos de Laclos. La pièce Quartett de H Muller a été joué et à l'Odéon (mise en scène de Bob Wilson avec une Isabelle Hupert incroyable dans le rôle de Merteuil) et au Conservatoire (mise en scène de T Langhof). Les interprétations du texte sont radicalement opposées. Merteuil et Valmont , vieillisant, se retournent sur leur passé et règlent leur compte. Pour en revenir à Camille de Peretti, ce qui est intéressant, c'est de voir la façon avec laquelle elle s'est emparée des figures de Laclos, avec des clins d'oeil (citations, note de l'éditeur...) et comment elle a modernisé le roman épistolaire." Merci Fleur! Toi aussi, joue à faire mon travail gratuitement en cliquant ici. "Nous sommes cruels" Camille de Peretti Stock. Mark Twain ou la fin de l'illusion morale![]() Il y a le titre bien sûr qui avec "cet homme qui" introduit un mystère et l'attente angoissée d'un héros ombrageux et tirant les ficelles d'un destin apocalyptique. Il y a le titre bien sûr, si américain dans sa référence biblique aux hommes qui font ceci ou cela, à ceux qui comptent et vivent des vies de légende. Et puis il y a ce court roman de Mark Twain, le père de la littérature américaine, écrit en 1899, soit 14 ans après Huckleberry Finn, le Grand Livre Américain, le premier du genre et la matrice de tous les autres. Dans cet Homme qui Corrompit, Twain est au sommet de son écriture. Il imagine une Amérique rurale, au XIXème siècle (le sien), intoxiquée par ses propres valeurs de morale, de probité, d'honnêteté. La ville morale par excellence, Hadleyburg, connue de tout le pays pour son exemplarité, la rigueur de ses hommes, sa foi, sa noblesse d'âme. Par le pays, Hadleyburg est un label de confiance qui, nous dit Twain, suffit à faire d'un homme un homme bien. Et puis, il y a un voyageur, une fois, qui a été mal accueilli dans le village et décide de se venger près de 20 ans plus tard et de ruiner la réputation du village en mettant en place un stratagème horrible : introduire la tentation, la zizanie, la discorde au coeur du village des Purs. La tentation prendra la forme d'un sac d'or, environné d'un mystère. Digne des meilleurs films d'anticipation, l'Homme qui corrompit va entraîner la population d'Hadleyburg dans un jeu de dupes à l'échelle d'une ville, puis du pays entier. De nuit, un sac de richesses est déposé en remerciement d'un obscur "service rendu" par un anonyme habitant de la ville. Un quidam a donné 20 dollars à un nécessiteux et un conseil moral. Le nécessiteux a fait fortune. Celui qui écrira le conseil dans une enveloppe emportera la mise. Evidemment, le "mystère" bâti pour renforcer la réputation va déclencher une émotion en chacun, éveiller les appétits, multiplier les traîtrises, les occasions de mensonge. Je ne vais pas plus loin dans le résumé tant ce roman est bon et mérite d'être dégusté et découvert à cru. Twain démontre en une centaine de pages qu'il n'y a pas de bonté en ce monde, que la morale n'existe pas dans la nature de l'homme, que l'Amérique des valeurs est une escroquerie, un cache-misère. En cela, ce livre en plus d'être littérairement succulent, est un excellent ouvrage de sociologie et un outil de compréhension politique inestimable.Rendez-vous (3 et fin)Posté par Easywriter le 06.12.06 à 16:59 | tags : elucubration
ND Easy : le texte ci-dessous a été rédigé par Myosotis.
Il m'offre un verre de vin rouge. J'ai trop bu et maintenant j'ai envie de danser aussi, alors Bruno m'invite et nous nous dirigeons la piste. Bruno est beaucoup plus grand que moi. Il a une certaine allure malgré sa dégaine adolescente. Son visage est enfantin mais sa carrure me donne le sentiment d'être face à quelqu'un de protecteur. Il me prend par la main et il m'invite à osciller de droite et de gauche. Il me demande si j'ai déjà dansé sur Boney M . Non. Je n'ai jamais dansé vraiment depuis 10 ans. Et c'est la première fois que je le fais ici. Avec lui. Au milieu des autres écrivains et des critiques, du Tout Paris. Je suis folle. Je sens son souffle sur mes joues. Il a beaucoup. Moi aussi. Ses yeux sont ronds. Tu es sûr que tu n'as rien fumé, je lui demande. Oui, je suis dans mon état normal, il tente de me rassurer. C'est dans cet état que je suis le plus dangereux. Je lui renvoie sa réputation de dragueur. Il en sourit. C'est amusant, cette manière dont nous nous voyons au travers de nos réputations respectives. Ca ne te fait rien, qu'ils nous regardent ?, il me demande. Non, pourquoi ? Lorsque je suis bien avec quelqu'un, je n'ai pas de honte à avoir. Merci. Je me rends compte que j'ai dit quelque chose d'important. Sa façon de me remercier est très naturelle. Je fais la différence entre le manipulateur et celui qui parle spontanément. Il est assez évident que Bruno s'adresse à moi sans calcul. Nous cessons de danser. Les gens de la Foire du Livre et les journalistes nous suivent du regard. Je sais à quoi m'en tenir. Bruno s'appuie sur moi. Nous nous appuyons l'un sur l'autre et nous rentrons. A 250 mètres de la boîte de nuit. Il me propose de fumer. Je dis pourquoi pas. Nous nous asseyons sur un banc et nous passons quelques minutes en silence. Ce silence est important. Il dit beaucoup pour moi. Je n'ai pas partagé cette sorte de silence avec quelqu'un depuis mon histoire avec Pirlouit.C'était il y a longtemps. Je ne sais si j'ai raison de le dire à Bruno. J'ai l'impression qu'il lève les yeux au ciel. Je vais trop vite. Tout ça va trop vite. Il me raccompagne jusqu'à mon hôtel. A demain. Tiens, prends mon numéro. Je t'envoie un SMS dès que je suis levée. C'est excessif ? Voilà, c'est tout. Ca commence comme ça. Je suis dans ma chambre. Je prends mon calepin et je sais que cela va marcher. Que je vais pouvoir raconter ce qui s'est passé, même si ce qui s'est passé alors n'est pas grand-chose. Cela compte et l'écriture coule à nouveau dans ma vie. Je m'allonge et j'allume la télé quelques minutes pour m'endormir. Il y a un reportage sur la Foire du Livre justement et je vois mon visage en arrière plan. Bruno est sur la droite. Il a beaucoup plus de monde que moi qui fait la queue pour le voir et signer son travail, sur la 1ère page. Il sourit, il rougit. Il est comme un enfant avec les personnes qui le sollicitent. Je suis émue. Il y a quelques minutes, je dansais encore avec lui et il se retrouve ensuite au beau milieu de ma chambre, mais inatteignable puisqu'il est à la télévision. Je ne connais pas grand chose de ce qu'il a fait. Il a fait une chanson avec Bernard Tapie , c'est à peu près tout ce dont je me souviens. Je l'ai lu dans les journaux. Mon téléphone émet un bruit. J'ai reçu un SMS. C'est Bruno. 2H31 minutes du matin. Merci pour la soirée. C Cool. A dem. Ca me secoue de découvrir les premiers mots que nous échangeons par écrit. Je pianote sur le clavier à mon tour. Je tremble. Bonne nuit Doc. Je rigole en m'entendant l'appeler Doc. Doc. Rendez-vous 2, le retour (Exclusif)Posté par Myosotis le 06.12.06 à 10:12 | tags : elucubration
Je lui dis : c'est étrange. Se rencontrer ici, à Brive, alors que nous habitons à deux pas et que, d'une façon générale, nous fréquentons les mêmes endroits, les mêmes boîtes. Je ne me souviens pas avoir croisé sa silhouette. Une fois peut-être, j'étais avec un ami, je lui dis, et cet ami m'a signalé sa présence en disant simplement : tiens, c'est Doc Gynéco, le rappeur. Juste ça. Lui me dit que c'est pareil. Il n'osait pas me parler. Il n'osait pas m'approcher. Il n'en avait pas très envie avec tout ce qu'on dit de moi et mon apparence. C'est Christine Angot. L'écrivain. Tu sais ? Je ne suis pas sympathique. Je ne suis pas accessible, peu avenante. C'est la timidité à tout considérer. Nous avons sûrement des amis communs, des connaissances. Il ne voit pas. Il ne comprend pas. Je sais à ce moment là que nous avons au moins un point commun. Alors nous discutons. Autour de nous, les gens qui écrivent boivent des cocktails et se lèvent pour danser. Il rigole de la situation. Le Tout Paris qui danse ici, dans cette boîte du Sud Ouest. Ca a un côté ridicule, non ? Je ne sais pas. A suivre. Deuxième épisode cet après-midi. Pour comprendre de quoi il retourne, cliquez sur ce lien
Philip Roth : Exit Zuckerman Après un cycle littéraire de neuf romans étalés sur 28 ans, l'écrivain américain Philip Roth abandonne son personnage fétiche Nathan Zuckerman. Exit Ghost est le titre de cet ultime ouvrage consacré au double littéraire de l'auteur à paraître l'an prochain aux Etats-Unis. Zuckerman jeune (puis moins jeune) romancier hanté par la culpabilité avait permis à Roth de créer des romans interrogeant sans cesse leur propre statut de fiction. Il est encore l’écrivain des ombres, des vies inventées et réinventées, telle cette Amy Belette rêvée en Anne Franck. Il est enfin un écrivain fantôme, ce double qui hante les romans de Roth dans un fascinant jeu de miroir entre l’imaginaire et le réel" , écrivait à propos du narrateur, Jean-Baptiste Louvet pour Fluctuat.Pour son dernier tour de piste, Zuckerman revient à New-York, croise la nouvelle génération d'écrivains en vogue et un ami mourant. Obsession, insatisfaction pathologique, sentiment permanent d'avoir trahi les siens, thèmes récurrents chez le romancier ,devraient encore être au centre du livre. Son éditeur américain précise qu'il "constitue une étude bouleversante de l'oubli et de la résignation". S'il le dit... Sur Flu, le mag : lire la chronique du Complot contre l'Amérique et une biblio express plutôt bien foutue. La Fondation Popa : Un roman ligne clairePosté par Maxence le 05.12.06 à 10:12 | tags : editions du panama, elucubration, extrait, news, rentrée littéraire, roman
Mise à jour : Entretien avec Louis-Stéphane Ulysse Et vous z'en pensez quoi ?Posté par Easywriter le 04.12.06 à 15:42 | tags : elucubration
Vous savez presque tout de nous : des interrogations chelous de Myosotis aux voyages littéraires intersidéraux de Maxence dans la galaxie science-fiction en passant par les incomparables lectures BD de 2 Goldfish ou mon indécence à me mettre au centre de tout ( jusqu'à publier mon courrier personnel); nos goûts, colères, douteset approximations constituent la pate feuilletée de ce Mille-Feuilles que j'espère vous savourez. Mais vous dans tout ça ? Ca vous plaît vraiment ? Et puis qu'est-ce que vous voulez à traîner ici plus que de raison ? Vous avez pas un métier ? Pourquoi avoir choisi Fluctuat ? Vous connaissez pas d'autres sites ? Ca fait combien de temps que vous n'avez pas changé de chaussures ? Une enquête babylonienne au coeur du web-lectorat se propose de nous aider à répondre à toutes ces impérieuses questions. Allez comme je suis grand prince je mets 5000 € à gagner pour l'un d'entre vous. Je suis comme ça moi, vous me connaissez pas ou quoi ? Participer à l'enquête de lectorat Fluctuat/Novatris. Le Glossaire Indispensable des Dénominations InusitéesPosté par Easywriter le 04.12.06 à 11:37 | tags : elucubration
Smorgex nous interpelle : Vous est-il déjà arrivé d’entamer une conversation avec un flyxtrömèle, de pratiquer le boullutrage à outrance, de flatter affectueusement la croupe d’un poneygasque, de jouer à la spounguette, voire d’être saisi d’un incoercible treusme-rigolex ? Comment ça, vous n’avez rien compris ?... Alors, c’est que vous n’avez pas encore dévoré le Glossaire Indispensable des Dénominations Inusitées, (sous-titre: Flattahulf, Smoltex & Bordeluggi), réjouissant florilège de néologismes à mi-chemin entre lexicographie expérimentale et défouloir sémantique potache. Mission de cet ouvrage : affubler d’un qualificatif approprié la foultitude de concepts qui en sont, à ce jour, cruellement démunis.Cool! Voilà qui fera plaisir à tous les apoxobibliomanes dont nous nous sommes! A nos lecteurs : Smorgex a profité de la case proposez vos entrées pour faire de l'entrisme sémantique à l'intérieur du Mille-Feuilles. Vous pouvez faire de même désormais, le système étant réparé. Le glossaire indispensable des dénominations Inusitées n'a pas inventé de mots décrivant les excuses les plus plates que je vous fais ici. Mais qui sait ? Peut-être trouverais-je une broumégeade dans la journée, auquel cas je reviendu vous en faire part. Retournons encore au collège Difficile pour moi de ne pas penser au "retour au collège" de Riad Sattouf à la lecture de ce "jours de classe". L'album de Sattouf, malgré toutes ses qualités, ne parvenait pas à dépasser son statut anecdotique ("qu'est-ce qui se passerait si moi, Riad Sattouf, 27 ans, j'allais passer quinze jours dans un collège du XVIème ? Je ferais un livre et je gagnerais beaucoup d'argent.").Big Ben, auteur, éditeur et critique de BD, a fait un peu plus que passer quinze jours dans un collège comme au zoo. Il a carrément été jusqu'à passer le concours et devenir prof de français. Son album "Jours de classe" se lit avant tout comme un témoignage assez honnête et modeste, sans geignement et avec juste ce qu'il faut d'humour. Particulièrement intéressante à ce titre, la séquence "une demi heure de cours en 288 cases" nous met vraiment à la place d'un prof essayant tant bien que mal de faire son boulot. Ca n'a pas l'air très facile. Les enfants sont vraiment des créatures horribles. Je me sentirais presque coupable à rebours. Le trait raide de Big Ben ne fait pas d'étincelles, mais la BD est un support bien mieux adapté à ce genre de témoignage sans prétention, beaucoup plus juste que n'importe quel témoignage d'enseignant chez France Loisirs ou qu'un regard de touriste façon Sattouf. Jours de classe Big Ben Trouillard avec DantecPosté par Myosotis le 01.12.06 à 11:04 | tags : elucubration
Le dernier roman de Dantec aura été, pour moi, la grande affaire de cette rentrée littéraire 2006 : ample, visionnaire et exposant une conception du monde, qui, à défaut d'être partagée par tous, en imposait par sa rationalité, sa crédibilité prophétique et sa précision lucide. Les accusations de racisme qui pesaient sur l'auteur depuis l'affaire du Bloc Identitaire ont été reléguées aux oubliettes, effacées par la force de la vision poétique et littéraire qui animait l'univers de Grande Jonction, la cité de résistance. J'attendais, sur cette bonne impression, l'ouverture du nouveau site de l'auteur, annoncé depuis des mois sur le cadavre de la Spirale, autre webzine futuriste de qualité, avec l'espoir d'y recueillir une parole d'homme, de philosophe et de penseur à laquelle je pourrais adhérer sans réserve. Dans la partie interview du site, Maurice Dantec répond à plusieurs questions concernant son oeuvre, son journal à venir, publié au début de l'année, et sur sa vision du monde. Débarrassée des atours de la fiction et de la construction romanesque, la parole de Dantec m'a effrayé et m'a permis de me rendre à l'évidence : je suis trouillard avec Dantec. A la question :- Quelles mesures concrètes peuvent prendre vos lecteurs désirant s'engager plus avant dans la guerre que nous menons tous contre les nihilismes à l'échelle de nos vies anonymes ? Dantec répond : "Je ne suis pas sûr, eu égard aux lois en vigueur dans ce beau pays démocratique qu'est la République du Frankistan, de pouvoir vous livrer, brut de décoffrage, les MESURES CONCRÈTES que j'envisagerais personnellement pour ce faire. On peut éventuellement se dire que les diverses "insurgences" djihadistes seraient en mesure de pouvoir nous donner des idées."Cette réponse, à laquelle je m'attendais pourtant, m'a terrifié. J'ai beau être séduit par l'oeuvre, j'ai du mal à m'imaginer dans un camp d'entraînement sis en Zone Blanche (un terrain vague du XVIème arrondissement, une forêt bretonne, une lande solognote), habillé en chasseur ou en GI Joe, en train de m'exercer au tir sur des figurines de carton barbues. A considérer que Dantec ait raison sur le destin qu'il prévoit au pays, il devient évident dès lors que je serai soit dégommé faute d'avoir su me préparer, m'entraîner, m'exercer au tir par le premier barbare venu ou que je m'inventerai une posture d'intellectuel me permettant de proférer, à la Céline, en nain, des théories fumeuses chargées de masquer ma lâcheté armes au poing. On peut, devant cette réponse, de Dantec dire que c'est un facho déjanté, qu'il a trop forcé sur les drogues, que cela n'arrivera pas, oublier l'homme pour l'écrivain. Les réponses de cet homme Dantec sont encore plus flippantes pour nous, en tant qu'individus, que pour la société. Elles sont infiniment plus flippantes que les questions de l'écrivain et nous ramènent au moment originel où elles se sont posées pour les générations précédentes : les temps de guerre. |
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