Archives > Novembre 2006Bret Easton Ellis déshabillé par Bégaudeau
Le journal intime sur la place publique Qu'il étale des angoisses adolescentes, livre une maladroite réflexion sur le monde et/ou la création artistique, ou tente simplement de figer le réel qui s'évanouit, le journal intime est généralement la première tentative littéraire des aspirants prosateurs - et parfois le sommet esthétique des écrivains reconnus comme c'est le cas pour Franz Kafka. .L'appellation laisse entendre à tort un dévoilement total et cru de l'intimité alors que c'est rarement le cas : une très belle enquête du magazine Télérama avait en effet montré que la plupart des "diaristes" était loin de livrer tous leurs états d'âme - et qui a lu le journal intime d'une personne sait à quel point l'expérience est décevante. L'industrialisation du procédé que constitue la blogosphère corrobore d'ailleurs cette idée à mon avis. Mais ne dîtes pas cela aux responsables de la BNF qui se demandent si cette surexposition de l'intime permise par le net ne modifierait pas le traitement du journal intime. PS: Tant que nous sommes dans l'intimité troublante, j'en profite pour relayer l'émoi qui traverse le lectorat hétéro-masculin de ce blog depuis la disparition de l'intrigante Montsé. Quiconque a des nouvelles est invité à en donner... Jeudi 30 novembre à la BNF (entrée libre) : 9h30 : Comment l'intimité est venue au journal Par Philippe Lejeune, co-fondateur de l'Association pour l'autobiographie 10h15 : Tenir un journal intime (1830-1980) Par Françoise Simonet-Tenant, maître de conférences à l'Université Paris XIII 11h15 : Éditer des écrivains morts Par Claire Paulhan, éditrice spécialisée dans la littérature autobiographique et l'histoire littéraire du XXe siècle, IMEC (Institut Mémoires de l'édition contemporaine) et journaliste au Monde des Livres 11h45 : Diaristes russes francophones (XVIIIe - XIXe siècles) Par Catherine Violet, chargée de recherche à l'Institut des textes et manuscrits modernes (CNRS-ENS) 12h15 : L'injonction intimiste Par Philippe Artière, chercheur en histoire. 14h30 : L'explosion du phénomène des blogs « intimes » Par Oriane Deseilligny, docteur en sciences de l'information et de la communication. 15h30 : Du cahier à l'écran : qu'est-ce que ça change ? Table ronde animée par Antoine Perraud, journaliste Neil Gaiman et Barbie sont sur un rêve.... Tome 5 de la série des Sandman (passée, sans préjudice, des éditions Delcourt à Panini), ce Game of You très vilainement traduit en "Jouons à Etre toi", est l'un des sommets de la saga imaginée par Neil Gaiman. Pour ceux qui ne connaitraient pas Sandman, rappelons que cette série sortie dans les années 90 est considérée aujourd'hui comme l'un des chefs d'oeuvre de la BD moderne, au même titre que les histoires d'Alan Moore dont nous parlons assez souvent. Neil Gaiman s'est "reconverti" depuis et principalement dans l'écriture romanesque, recevant dans ce domaine le même concert de louanges que lorsqu'il officiait en qualité de scénariste. Profitons en également pour rappeler que le DVD de Mirrormask, film d'animation graphique réalisé avec l'illustrateur et dessinateur Dave Mc Kean( qui signe les couvertures de Sandman) est sorti il y a un mois et fait aussi un beau cadeau pour les Fêtes.Dans Sandman 5, revenons-y tout de même, une jeune femme appelée Barbie et ex-copine d'un dénommé Ken (!), belle, blonde et un peu cruche, va être embringuée dans une aventure extraordinaire, gothique et terrifiante dans un monde onirique et cauchemardesque qu'elle a elle-même inventé. "Jouons à être toi" est un Alice au Pays des Merveilles de la dézingue, un Magicien d'Oz pour les grands, un Peter Pan écrit par Lou Reed où l'on croise des serialkillers, des traîtres, des mauvais trips et des putes : Barbie part, à l'aventure, à la recherche du méchant Coucou avec ses voisines de palier, un couple de lesbiennes, un oiseau, tandis que le cadavre d'un autre voisin est gardée par un transexuel chevaleresque. L'originalité de l'histoire tient sur la rencontre entre la réalité de notre monde (les problèmes de couple, d'identité, de fric, les mythologies ordinaires, la violence, la misère...) et la représentation de nos rêves et leur effondrement. Le voyage de Barbie est évidemment un voyage à l'intérieur de son imaginaire, dévoilant un personnage ordinairement schizophrène au sein duquel s'est développé un parasite réinventant les souffrances et les déceptions de la Barbie terrestre. Jouons à Etre toi est aussi, en plus de cette histoire d'aventure intérieure, un plaidoyer en faveur des différences physiques, sexuelles et plus largement humaines. En composant sa troupe de freaks, Gaiman met en chaque personnage une aspiration à l'harmonie qui, dans le tumulte, apparaît comme le seul point commun entre les êtres. L'homme chez Gaiman a rabaissé ses ambitions. Il n'aspire pas au pouvoir, pas à la domination, pas à l'excellence, pas à l'épanouissement. Ce qu'il souhaite, c'est un peu de paix et de tranquillité pour déposer ses peines et soigner son ennui. En cela, Sandman et son roi des rêves, au physique de Robert Smith rachitique, sont d'une modernité imparable.Par delà son dessin composite (plusieurs dessinateurs sur chaque cycle et un choix de couleurs déconcertant), Sandman émeut au delà de toute mesure. Parce qu'il compose une nouvelle mythologie du Moi, de sa duplication et de sa réflexion permanente, tout en jouant avec l'imagerie gothique et la fascination morbide de notre adolescence, il devient un parfait trampoline pour l'autoanalyse et l'évasion. Jouons à Etre toi Neil Gaiman Akino KONDOH : Eiko Eiko empile les grains de riz sur sa table au fond de la classe. Une grenouille a pondu ses oeufs sur sa main qu'elle lèche pour qu'ils ne meurent pas. Le sol de l'école est trop dur, il lui fait mal aux pieds. Elle tombe amoureuse d'une camarade, mais son coeur est brisé lorsqu'elle apprend que celle-ci déteste les insectes.Akino Kondoh dessine magnifiquement l'ennui. Son trait très relâché passe doucement au dessus des détails du monde réel pour mieux s'attarder sur les divagations de l'esprit en quelques floraisons insectoïdes d'Art Nouveau. Ca doit être ça que ça fait, grandir marginale au Japon. Le Lézard Noir publie son manga "manuel de conduite des lycéennes" et une présentation de son oeuvre, qui compte notamment des tableaux, des sculptures et des animations, dans un même livre intitulé "Eiko". Les tableaux reproduits sont plutôt très bien, ce qui est le plus loin que je m'aventurerais sur le terrain glissant de la critique d'art - mais je n'en pense pas moins. Lire un aperçu d'Eiko sur le site du Lézard Noir Doc Gynéco et l'autofiction![]() La rumeur d'une liaison entre Doc Gynéco et Christine Angot est allée jusqu'à s'inviter en couverture de la presse people. La rencontre se serait produite à Brive lors de la Fête du Livre, où le rappeur et l'écrivain auraient partagé un verre, en compagnie d'autres invités, avant de se lancer dans une série de danses sexy, puis de.... repartir ensemble. Sur l'une des photos publiées dans la presse, on voit, à genoux, le gros Doc en train de pratiquer (c'est net) un cunnilingus par la fermeture éclair du jean du Pape de l'Autofiction. Depuis, les deux célébrités ne se quitteraient plus, ayant été aperçus ensemble à moultes fêtes de la Belle Société parisienne. Après son Rendez-vous de l'année dernière dont la meilleure critique se trouve ici http//www.chronicart.com/livres/livres_fictions.php3?id=10143, on peut se demander, s'il y a un fond de vérité là-dedans, ce qu'il va advenir de l'autofiction à la française ? Doc est-il un bon coup ? Christine aimera-t-elle enfin au delà de son cercle confessionnel ? Le style Angot inimitable sera-t-il modifié par la fumette ? Quel est l'effet du cannabisme passif sur l'autofiction ? Pourquoi aimer un homme à femmes ? La rumeur, pernicieuse, aurait-elle encore frappé, motivant un Pourquoi Brive (après Pourquoi le Brésil) pas piqué des hannetons. En attendant, on attend le prochain livre de Dame Christine avec une certaine impatience.Mise à jour du 25/08 : le livre est sorti, il s'appelle Le marché aux amants
Millenium People![]() Ecroulé dans une chaise longue, je célèbre à ma manière le miracle doré et bêtifiant de la lumière du sud, tandis que les mots résonnent dans ma tête. Mais le vent emporte tout, lumière et mots, illustrant de manière ironique l'adage qui veut que l'expérience de la lecture soit aussi un voyage dans l'espace et le temps... C'est un jour parfait pas vrai ? Mais personne ne répond... (Anonyme, XIX° siècle) Bon week-end!! Alain Bosquet : la revanche
On admirera encore la science de l'enjambement, l'art du sonnet (4/4/3/3 - rien à voir avec le 4-3-3 des footeux encore que la formule soit aussi offensive poétiquement qu'une ligne avec 3 attaquants), et la manière d'aborder des choses que peu oseraient en vers. Toute la vie on a mangé le pain d'urine/ et à chaque repas on a bu les insultes/ du vieux patron. Toute la vie on a plaidé/ pour un coin de soleil sous les crachats du sort. Hafez le Perse : poète d'amour En attendant une chronique complète du très beau A la recherche d'Hassan de Terence Ward, odyssée d'une famille américaine à la recherche de son homme à tout faire iranien, perdu de vue depuis 30 ans, quelques vers du poète Hafez, dont il est aussi question dans ce livre et dont on peut écouter certains poèmes en VO ici : http://www.falehafez.com/fhf/. Hafez est l'un des plus grands poètes iraniens persans, homme assez mystérieux sur lequel courent un tas de légendes qui vécut au XIVème siècle. Sa poésie d'inspiration soufie, mystique donc, célèbre d'une manière étonnament libre, pour l'époque et l'endroit, les "plaisirs de la vie". A une époque où l'Iran fait peur, les vers d'Hafez (ok, c'était il y a 700 ans) font plaisir à lire.Ses longs cheveux étaient dans le désordre, son visage était chaud et couvert de/ rosée, ses lèvres souriaient, son col de chemise tombait légèrement à part / elle chantait une poésie d'amour, elle avait un gobelet de vin à sa disposition et elle était légèrement hors de contrôle/ ses beaux yeux étaient belliqueux et ses lèvres exprimaient des regrets / Elle est venue la nuie passée à minuit à mon chevet et s'est assise / Elle approcha sa tête à mon oreille et avec une voix douce elle m'a dit :/ Ah, mon amoureux fidèle, êtes vous somnolent ?/ Un amoureux à qui un vin si nocturne est offert est infidèle à l'amour s'il ne devient pas un adorateur de vin/ O Puritains, éloignez vous et ne blâmez pas les Libertins qui boivent du vin jusqu'à la lie/ puisque à part l'amour, aucun cadeau ne nous a été fait au premier jour du monde / Nous avons bu ce que l'aimée versa dans notre tasse/ s'il était du vin pur du paradis ou du vin de raisin/ avec le vin mousseux dans le verre et les cheveux longs et bouclés de l'aimée combien/ de repentirs comme le repentir d'Hafez se sont cassés ? Bifrost, la revue des mondes imaginaires
Bifrost 44, Dossier Joëlle Wintrebert Belles étrangères néo-zélandaises...Posté par Easywriter le 22.11.06 à 16:01 | tags : festival
Ceux qui souhaiteraient briller grâce à une érudition décalée seraient bien inspirés d'aller faire un tour au festival les Belles Etrangères. Cette année la manifestation - qui promeut à chaque édition la littérature contemporaine d'un pays différent - propose de découvrir les auteurs de Nouvelle-Zélande. Très sincèrement, une fois qu'on vous aura dit que Geoff Cush publia il y a quelques années un roman malin (graines de France, Actes Sud) dans lequel il imaginait une Nouvelle-Zélande devenue colonie française et non britannique, on aura fait le tour de nos connaissances. Le traitement réservé à la minorité Maoiri est manifestement au centre de l'imaginaire créatif de pas mal d'auteurs (beaucoup de poètes) néo-zélandais mais on est déjà en train de se la raconter. Sachez donc simplement que : Trois rencontres parisiennes sont prévues : le jeudi 23 novembre à The Abbey Bookshop avec Elisabeth Knox le vendredi 24 novembre à la Librairie BD Super Héros avec Dylan Horrocks le samedi 25 novembre à la Bibliothèque Buffon avec Fiona Kidman. Pour en savoir plus : Le site officiel A quoi sert l'Extermination ?Selon certains artistes, cette question est la seule qui vaille d'être posée depuis 60 ans : A quoi sert ou a pu servir l'Holocauste, l'élimination systématique dans des chambres à gaz, des camions, des camps de millions de personnes par la Barbarie nazie ? L'art de la seconde moitié du XXème siècle a évidemment et, à raison, posé la question sous toutes ses formes : pouvait-il exister du beau après ça ? la Shoah devait-elle tout déterminer ? d'où venait la source du Mal ? l'extermination était-elle (a)normale ? Il ne serait pas raisonnable de dresser une typologie des propositions issues de ce questionnement en 3 lignes. Selon que les réponses provenaient des écrivains, des peintres, des cinéastes, des historiens ou des spécialistes des religions, la représentation des faits variait et le niveau de réponse apporté également.
Dans l'actualité de cette dernière année, le roman de Jonathan Littell, Les Bienveillantes, et la BD de David Brin et Scott Hampton, D Day, le Jour du désastre, proposent deux réponses ARTISTIQUES presque contradictoires. Dans le premier (qui, personne n'en a parlé, n'était pas si éloigné dans le ton de la Flèche du Temps de Martin Amis - bien meilleur et plus brillant), l'extermination des Juifs est vécue, selon la perspective historique dominante, comme la conjonction d'un système issu de multiples facteurs socio-culturels et économiques et de barbares individuels (dont le héros du livre). La normalité des tortionnaires et du cycle criminel rencontre la folie de l'homme. La thèse est juste et sans doute plus proche de la vérité que la seconde. Mais il n'est pas certain qu'elle soit artistiquement plus juteuse.Dans D Day, le jour du désastre, David Brin imagine que les camps de la mort sont un instrument ésotérique (l'idée est discrètement présente dans le 1er Indiana Jones) destiné à convoquer les puissances occultes. L'extermination des Juifs Livrons-nous à nos fantasmes...![]() Arrêtons là l'introspection pour vous proposer cette galerie Babes with books du (presque) meilleur goût. Et qui redonnera espoir à tous les livrophages qui désespèrent de séduire grâce à leur passion. (Via Gatsu gatsu, merci Alex!) Jason : J'ai tué Adolf Hitler Vous avez peut-être remarqué que je me plains souvent dans ces lignes du format des BD que je lis. Ce n'est pas que parce que je suis profondément matérialiste. Certes, la tendance des gros éditeurs européens à traiter toutes leurs publications comme des objets de luxe m'ennuie au moins autant qu'elle ennuie mon porte-feuilles.Ce qui vraiment me désole, ce sont des cas comme celui de Jason. Il est l'auteur de plusieurs bd petites et monochrome chez Atrabile. Il travaille aussi depuis deux ans avec Carabas, où il bénéficie d'une plus large diffusion mais est publié au format "standard" : une cinquantaine de grandes pages couleurs prises en sandwich entre d'inexplicablement épaisses feuilles de carton. Le dessin raide et le découpage aride d'albums comme J'ai Tué Adolf Hitler n'y gagnent rien du tout, et la pagination semble parfois arbitraire. L'ironie (qui échappe ou pas à l'auteur) étant que ce formatage est justement le sujet des oeuvres de Jason. Ses personnages se ressemblent tous, ils évoluent dans des cases toutes identiques et l'histoire dans laquelle ils se trouvent pris (ici il est question de meurtre, d'amour et de voyage dans le temps, d'autre fois ce sera de zombies ou de braquage de banque) sont on ne peu plus convenues. Les personnages trouvent pourtant une sorte d'échappatoire à leur monde, comme Jason parvient finalement à se tirer pas si mal de ce format et comme le lecteur trouve éventuellement un sens et une satisfaction dans tout ça. Lire sept pages de J'ai tué Adolf Hitler sur BD Gest' Science et fiction : Hulk peut-il être vert ? Les ouvrages de fonds ou travaux analytiques sur le business des super-héros sont relativement rares et souvent un rien condescendants quant à l'objet d'étude. On se moque de l'homme (homo) tout puissant, on se fout de la gueule des héros en collants et on interprète à tout va la manière de castagner en fonction des traumatismes d'enfance ou de la vigueur de l'impérialisme américain. Les bouquins qui mêlent science et super-pouvoirs n'existent carrément pas. En proposant (chez Flammarion) d'analyser la crédibilité scientifique des pouvoirs des héros de comics, les auteurs Gresh et Weinberg ont donc défriché un terrain inconnu ou très peu abordé, même si chaque lecteur s'est sans doute posé rapidement la question essentielle, sur laquelle repose toute fiction : "Ca se peut ?", ou comme dirait Marc Lévy, qui a tout compris dans ce domaine, "Et si c'était vrai?".Le résultat est à la fois très marrant, instructif et un rien décevant. Les auteurs étudient un à un les pouvoirs des principaux protagonistes de DC et Marvel, se livrant à de savantes analyses de la puissance développée par Superman au début et à la fin de sa carrière. Ils analysent la vitesse de course de Flash, l'homme qui court plus vite que la lumière, en essayant de voir en quoi courir aussi vite peut se concevoir. La vitesse de Flash, qui donne l'un des moments les plus savoureux du livre, est en effet pleine de contradictions scientifiques : Flash échappe aux échauffements de cuisse, échappe aux frottements qui sont la base de tout mouvement. Flash ne se nourrit pas et réussit à produire de l'énergie cinétique, sans alimentation, ce qui est scientifiquement impossible. Surtout, il court plus vite que la lumière, ce qui est inconvevable parce que rien ne va plus vite que la lumière. De la même manière, le livre montre que Spiderman pourrait à la rigueur être Super mais n'est pas tellement Spider. En effet, ses pouvoirs affichés ne sont pas ceux de l'araignée des champs. La bague de Green Lantern n'a aucun impact sur les objets jaunes. Comment est-ce possible ? Comment expliquer l'existence des X Men en fonction des thèses évolutionnistes ? Peut-on imaginer que Batman escalade un immeuble sans équipement ? Hulk peut-il être vert ou devrait-il être mort après son exposition aux rayons gamma ? Il faut mettre au crédit des auteurs l'extrême sérieux avec lequel ils abordent ces questions étranges. Leur livre démontre en substance (et c'est ce qu'on aime moins) que pas mal de ces choses ne se conçoivent pas, que les superhéros ne peuvent pas exister, que leurs créateurs ont habillé leur création d'un "technoblabla" sans grande densité pour justifier la naissance de leurs créatures à une époque où la science bénéficiait d'une aura extraordinaire. C'est le côté démystificateur du livre, qui enlève aux rêveurs le bénéfice du doute. La pédagogie est soignée et on apprend lorsqu'on parle trou noir, vitesse, téléportation, voyage par le fil du téléphone un tas de petites choses qui peuvent faire fureur dans les dîners en ville. Le pensum scientifique est néanmoins assez mainstream et ne risque pas d'émouvoir ceux qui ont fait de la physique jusqu'en terminale, tout en perdant ceux qui n'y connaissent rien. Le livre conviendra donc à la fois aux fans de comics, qui veulent en reprendre une louche (la légende veut qu'ils soient boutonneux, binoclards et férus de science, ça tombe bien !) et à ceux qui n'y connaissent rien pour se divertir et comprendre une culture qu'ils ne partagent pas. Un livre à inscrire sur la liste des cadeaux de Noël potentiels.
Talkie-Walkie : zone d'activisme temporairePosté par Easywriter le 20.11.06 à 16:18 | tags : revue
Talkie Walkie se livre sur notre blog à une attaque surprenante et furtive : Aprés avoir exploré des zones de guerres et de combats grâce à des chars en plastiques et des pistolets à eau avec Akenaton, Montessuis, Maestri, Castellin, Fiat, Laroze, Courtoux (n°1) Aprés avoir agencé des dispositifs performatifs à coup de scie-sauteuse et de perçeuse électrique avec La Rédaction, Leibovici, Buraud, Denimal, Pennequin, Espitallier, Barrié, Chaton, AKS (n°2) La plateforme multimodale Talkie-Walkie se lance dans la grande distribution, accrochez-vous bien à votre caddie, welcome in a new fiction's store ! Mille-Feuilles assume donc son rôle de propagateur virtuel. Pour le reste, sommaire sur le site Talkie-Walkie (Merci Hortense). Toi aussi génère des interférences sur Mille-Feuilles en cliquant ici. (Illus : texte de Jacques Servan dans le dernier numéro de la revue) L.G.M : délire martienPosté par Myosotis le 20.11.06 à 10:52 | tags : science-fiction
Le romancier Roland C. Wagner est l'une des locomotives de la scène SF française. Connu notamment pour ses Futurs Mystères de Paris, grand oeuvre qui lui a assuré la reconnaissance (éternelle) d'un public plus large que celui que visent traditionnellement les auteurs de SF, Wagner nous livre avec LGM, pour little green men (petits hommes verts, donc), un hilarant exercice d'admiration pour le Martiens, Go Home de Fredrick Brown, ancêtre-livre des Gremlins rigolo et satirique de Joe Dante. Ici, Wagner nous situe dans un temps uchronique où la guerre froide ne s'est jamais réchauffée, où les blocs sont toujours en place, séparés par une Europe qui ressemble comme une soeur à la nôtre, et vont se déchirer pour récupérer le 1er ambassadeur de Mars.Secondé par un agent secret plutôt maladroit et français, le Martien queutard, partouzeur, télépathe et téléportable adoré par des post-hippiers proaliens, va semer une pagaille d'anthologie dans les relations internationales et faire évoluer une simple excursion diplomatique en affrontement intergalactique. Le dispositif de Wagner est si pointu, surprenant et amusant qu'il serait dommage d'en dire plus. Pour faire simple, disons que L.G.M s'inscrit dans la même veine satirique et parodique que le Mars Attacks de Tim Burton et la série radiolittéraire du Guide Galactique de Douglas Adams. Même style débridé, même second degré, même volonté de questionner la réalité par l'absurde. Wagner ajoute à ça le procédé du "buddy movie" qui associe un martien désinvolte à un agent secret qui essaie de faire son boulot. Dans les pas du Green Men, on se marre beaucoup mais on réfléchit aussi à ce qui aurait pu se passer si.... Evidemment, les ficelles étant un peu grosses et torsadées, il est inévitable qu'on décroche parfois, avant de reprendre le fil de l'intrigue et d'y trouver son compte. L.G.M est une pochade réussie et intelligente qui bénéficie, en plus, d'une fin particulièrement habile et bien trouvée. LGM Roland Wagner
Quatuor X
On m'a accueilli comme un prince. On m'a débarrassé de mon pardessus et de ma casquette et on m'a installé à une table d'angle. J'étais ravi, j'avais la salle entière sous les yeux. Et j'ai tout de suite remarqué qu'il y avait du beau monde. J'ai reconnu Angelina Jolie et Kiefer Sutherland. Ils étaient en compagnie de trois autres personnes, deux hommes et une femme assez âgée, dont les traits ne me disaient rien. J'ai également reconnu Eddy Merckxx et Bernard Hinault. Ils avaient l'air copains comme cochons. Ils buvaient du champagne.Du Dom Ruinart." Scène d'ambiance de ce polar déambulatoire. La Belgique qui rencontre l'Amérique....dans un restaurant. On sent ici l'influence de Simenon et ces décors à la Chabrol. Quatuor X Je m'appelle Erik Satie, comme tout le monde "Que préférez vous, la musique ou la charcuterie ?"Les éditions de l'Oeuf viennent de publier cet ouvrage collectif consacré à Satie, avec les contributions de Bé, Mandragore, LL de Mars, Ivan Brunetti et d'autres. On y trouve diverses BD sur sa vie, sur son oeuvre, d'après son oeuvre et d'après sa vie, et parfois tout ça en même temps. Collectivement, les auteurs peuvent se vanter de quelques hauts faits : satisfaire le connaisseur et le néophyte, ne pas juste montrer mais faire de la musique en bd, évoquer les travaux hors musique de Satie et avoir fait tout ça dans le même esprit d'expérimentation que celui de leur sujet. A ce stade, je ne peux éviter d'introduire un peu Satie aux quelques lecteurs largués jusqu'ici : il portait toujours le même costume, il était l'unique membre de sa propre église, il a écrit des vexations pour piano (un thème très court répété 840 fois), il a travaillé avec Debussy, Cocteau et Picasso. Il a été vieux et pauvre.Il est mort. Evidemment, tout ça n'est pas du goût de tout le monde. Certains préfèrent la charcuterie. Robert Holdstock : Etat de rêves
Robert Holdstock Lucky Luke : la Corde au Cou
Après la "Belle Province" il y a deux ans, et cinq ans après la mort de son créateur Morris, le duo Achdé- Gerra nous livre sa deuxième aventure de Lucky Luke, intitulée La Corde au Cou. Dans une veine western plus prononcée que l'album précédent (globalement raté), le duo fournit une histoire plutôt amusante puisque les Daltons s'y marient, pour échapper à la peine capitale (par pendaison, d'où le titre en forme de jeu de mots, ah,ah !). Lucky Luke/ La corde au cou Melancholia : j'étais si incapable de dominer ma pudeur![]() Erotique donc mais laborieux pour un Murakami. On notera toujours cette capacité à faire un réalisme qui déborde assez amplement ce qu'on peut concevoir. C'est l'une de ses caractéristiques d'écrivain et son procédé d'écriture n°1 : le réalisme photographique qui en devient tout le contraire, une sorte de réalité en relief. Melancholia Murakamy Ryu En savoir plus ? Par ici Du paradoxe Natascha Kampusch au retournement littérairePosté par Myosotis le 15.11.06 à 11:35 | tags : elucubration
la littérature a toujours utilisé avec bonheur la technique bien connue du "retournement du monde" pour créer des oeuvres de fiction : faire des méchants des bons, faire des hommes des bêtes (la Métamorphose, Truismes,...), des animaux des hommes ou leur équivalent (la ferme des animaux), des naïfs des savants (Lettres persanes), etc. L'un des derniers éléments à échapper massivement et complètement à cette inversion des images-valeurs aura été l'enfant, figure positive par excellence. On se souvient du Tambour, du Village des Damnés ou encore du Parfum, tous trois adaptés au cinéma qui ont su exploiter partiellement l'ambivalence physique et mentale de l'enfant, cette sorte d'étrangeté qui s'en dégage et lui confère un caractère inquiétant qu'on retrouve beaucoup dans la peinture et la poésie depuis le XVIIIème siècle. Il manque néanmoins dans ce filon un roman définitif.En ce sens, le retournement d'image qui se déroule sous nos yeux concernant le personnage (désormais) controversé de Natascha Kampusch, jeune autrichienne "retenue" et élevée par un certain Wolfgang Priklopil pendant une petite dizaine d'années, est assez saisissant. Sortie comme une miraculée, la jeune fille est en passe de devenir une créature ambigue, pas encore démoniaque mais dont les intentions (cultivées, qui plus est, dans un réduit par son ravisseur et éducateur en chef) apparaissent moins claires que par le passé. Natascha accusée de vendre son histoire ? Natascha manipulatrice ? Natascha bête de sensualité ? On pourrait assez vite (en sautant dans la fiction) en arriver à une Natascha qui de victime deviendrait tortionnaire.Dans ce champ totalement fictif et qui s'inscrirait dans une lignée artistique où l'enfant est non pas innocent mais coupable, où son physique est monstrueux et pas tendre (Velazquez), où sa morale est égoïste et non partageuse (Baudelaire), l'enfant SF est une menace et non une cible. La littérature d'anticipation pourrait ainsi s'appuyer sur ce "retournement des valeurs" pour réécrire les folles aventures de Natacha K. Dans ce récit d'anticipation (imaginez le tableau), un fille de 8 ans s'embusquerait devant les bureaux d'une grande banque, ou d'une usine située en périphérie de la ville. Après avoir rôdé dans les parages pendant quelques mois, tournant autour des travailleurs qui sortent des bureaux à la fin de la journée, elle aborderait un soir un homme seul, d'une cinquantaine d'années, en lui demandant de la raccompagner chez elle. L'homme sans malice s'exécuterait pensant avoir à faire à une petite fille perdue. Pour le remercier, l'enfant lui offrirait un bonbon et l'inviterait à entrer chez elle pour rencontrer ses parents. De là, drogué par le Haribo empoisonné, l'homme s'endormirait et s'éveillerait ensuite dans une cuve, pièce sans fenêtres de quelques mètres carrés, où l'enfant diabolique le tiendrait en respect pendant des années et des années. On peut imaginer sans mal l'intérêt qu'un enfant de 10 ans aurait à enlever un adulte. L'enfant (peut-être pourraient-ils être deux) se servirait de l'otage pour devenir lui-même adulte, apprendre, jouer, se former, aimer, tout en gardant un droit de vie ou de mort sur cet homme adulte. A travailler, cette "situation de départ" paraît assez intéressante et permettrait d'en finir avec la bonté supposée des gamins. Transfuge, dernière transfusion
Un homme est mort. Un autre s'ennuie. En 1950, les ouvriers en charge de la reconstruction de Brest se sont mis en grève, au cours d'une manif' la police a tiré et tué un homme. Un cinéaste fut invité par la CGT à réaliser un film de propagande pour remonter le moral des troupes. Le film fut tourné, une lecture passionée du poème "un homme est mort" d'Eluard assurant la bande son et le tout fut projeté en boucle aux militants avant d'être détruit par l'usure. Plus d'un demi siècle plus tard, Kris et Etienne Davodeau font de cette histoire une BD et (attention, c'est là que le drame commence) je la lis.Je sais que je suis injuste en écrivant ça. Après tout, la BD était exactement telle que je me l'imaginais : cinquante pages didactiques à la gloire du syndicalisme et de la lutte contre les méchants policiers et de l'Art et du Peuple ; des jolis dessins et un scrupuleux travail documentaire. Ce n'est donc pas un drame, mais une tragédie. On regarde les pages défiler, impuissant, jusqu'à la terrible conclusion : le dossier historique, avec photos d'époque, témoignages et autres preuves que les auteurs ont bien faits leurs devoirs. Un Homme Est Mort n'est pas vraiment une mauvaise BD. Certes, on serait mal inspiré d'essayer de lui trouver un rapport à la société actuelle. Certes, elles ne nous apprend rien du tout. Le fait est qu'elle a surtout sa place dans les CDI des collèges, où je me suis revu, lisant tous ces albums incroyablement ennuyeux parce qu'ils n'y avait qu'eux. La vraie tragédie, c'est que cet album ait fini entre mes mains, au lieu de celles d'une tête blonde encore vide. Et pour ça je ne peux finalement m'en prendre qu'a moi même. Kurosagi : Territoire des morts
Livraison de cadavres Tome 1, 2 & 3 Hosui Yamazaki et Eiji Otsuka Alain Bosquet, poète fin de siècle Poète disparu en 1998 à près de 80 ans, Alain Bosquet est loin d'être le plus connu de nos artistes. Bouffé par les Aragon, Eluard et Reverdy dans les manuels de lettres, la poésie de cet homme, journaliste, romancier, d'origine russe est pourtant d'une modernité thématique réjouissante. On peut lire dans la NRF ses Sonnets pour une fin de siècle qui n'ont rien à envier en force de percussion et en rythme et aux poèmes de Houellebecq. Capacité à versifier dans les formes (sonnets), analyse lucide et un brin cynique du réel, absence d'illusions, la poésie de Bosquet est à la fois froide et tendre, cruelle et pleine d'attachement pour ses sujets, empreinte d'une sensualité permanente que le poète voulait à des hectares des poètes désincarnés de l'époque et des précédentes. Exemple ici avec ce portrait (polisson) d'une adolescente :Bien qu'il puisse être son grand-père, elle est flattée/ par sa prestance un peu myope, ses Le sens du déséquilibre est ici particulièrement travailllé. La poésie de Bosquet fait jaillir le réel de la distance entre les pieds et le vers, des enjambements et des écarts de sens, une sorte de matérialisme poétique. C'est dans le saut de ligne que réside le sens moral de la poésie. Bosquet parle économie, PDG, sexe, supermarchés, ce qui est plus que rare dans l'art des nuées.
James Ellroy met en lumière sa part d'ombre Qui peut le mieux décrire l'univers obsessionnel et presque claustrophobe d'Ellroy, la brutalité de son écriture sinon James Ellroy lui-même ? C'est probablement le constat effectué par Clara et Robert Kuperberg quand ils ont décidé de réaliser American Dog. Diffusé demain sur Arte, leur documentaire présente un Ellroy en roue libre au coeur de Los Angeles, ville à la fois méprisée et adulée par le romancier : lieu du meurtre de sa mère et d'Elisabeth Short (le fameux Dahlia Noir) et, pour cette même raison, cadre fantasmatique puissant de toute son oeuvre. Au bord d'une piscine, au volant de sa caisse, dans une bibliothèque ou à la morgue, The dog, comme il se surnomme lui-même, arpente les sentiers qui dessinent son oeuvre expiatoire et névrotique. " Je me suis servie d'Elisabeth Short comme outil d'exposition narrative pour arriver à sentir l'horreur, l'atrocité et la compassion que je n'ai pas ressenties à la mort de ma mère". Quête incessante de rédemption et impossible tentative de catharsis par l'écriture que Ma part d'ombre poussa il y a quelques années à son paroxysme. Un travail sans fin, auquel contribue American dog, laissant les démons d'Ellroy apparaître en pleine lumière. American dog Arte vendredi à 22H 15 Un ancien entretien avec James Ellroy sur Flu old-school. Jack Kirby et son panthéon
Introduit par Harlan Ellison, Jack Kirby est un peu nerveux devant la caméra. Il explique comment il a transformé les super héros en dieux en essayant simplement de gagner sa vie. J'avoue n'avoir pas compris où dans la bible exactement il a trouvé Galaktus et les New Gods, mais je suis sur que pour quelqu'un qui l'a lue, c'est très clair.
Chirs Ware : Building Stories "Les éditeurs de The Independent on Sunday m'ont demandé de dire quelques mots d'introduction à propos de ce strip, probablement pour se dégager de leur responsabilité quand le flot de courriers enragés et les abonnements annulés commencera à couler au fur et a mesure de sa publication dans les prochaines semaines"Avec son habituelle modestie flagellatoire, Chris Ware introduisait ainsi il y a quelques semaines sa nouvelle oeuvre, une série de vingt-quatre planches racontant autant d'heures dans la vie d'un immeuble. Ces planches elles mêmes n'étant que la partie émergée d'un graphic novel sur lequel il travaillerait depuis cinq ans. La nouvelle est d'importance, puisqu'avec son magazine Acme Novelty Library, dont on a tiré en France les deux luxueuses collections Jimmy Corrigan et Quimby The Mouse, Ware est probablement ce qui s'approche le plus dans le domaine de la BD d'un grand écrivain reconnu et surtout d'un grand écrivain tout court. Les cinq premières pages de Building Stories sont lisibles sur le site de The Independent, malgré une résolution trop faible, sans doute destinée à nous donner envie d'acheter le journal. Il n'y a pour l'instant rien qui renversera le lecteur habitué aux constructions alambiquées de Ware, et leur lecture ne fait qu'augmenter notre impatience, mais c'est une excellente occasion pour tous les autres de découvrir qu'une page de cinquante-deux cases qui se lisent parfois de gauche à droite et du bas vers le haut peut sembler la chose la plus naturelle du monde. Quatuor X : polar porno chez les bourgeois bruxellois Je continue d'explorer avec bonheur les polars récents de la collection Métaillié Noir. Après Au fond de l'Oeil du Chat, très classique dans la forme et le fond, voici un Quatuor X à dévorer d'une traite et sans modération. Jean-Baptiste Baronian, Belge d'Anvers, est un auteur de genre très réputé et président de l'association des amis de Georges Simenon. Cela se sent : son détective privé, héros de ce roman, n'a pas l'allure d'un Maigret mais joue de l'histoire du métier, empruntant l'âge, le look, le moral désabusé, la culture classique, les femmes de tous ceux qui l'ont précédé.Dans Quatuor X, le privé est embauché par un producteur de films X bruxellois, bien comme il faut, pour rechercher sa fille disparue depuis une quinzaine de jours après s'être mise à la colle avec un mystérieux producteur de musique. L'amant, mal vu par son beau-père, est très vite retrouvé mort dans son appartement (égorgé et à poil), le cul posé sur une lettre suggestive signée d'une certaine Jeanne Mansfield (ne pas confondre avec Jane Mansfield, l'actrice). L'enquête va progresser dans le brouillard, à la façon d'un Derrick haletant où ce sont les indices qui viennent au privé plutôt que l'inverse. Les morts s'enchaînent et l'on plonge peu à peu dans les eaux troubles des partouzards amateurs d'orchestres à cordes (tranchantes) de Bruxelles : d'où ce Quatuor X dont je tairai tout. L'ambiance créée par Baronian, mélange de déambulations gastronomiques dans la cité bruxelloise, de réflexions inspirées sur la vie, la mort, l'amour et de critique voilée de la Bonne Bourgeoisie (on se croirait dans un bon Chabrol ou chez... Simenon justement) est tout à fait réussie et enivrante. Le seul reproche qu'on fera à l'auteur est de nous donner trop vite envie d'arriver à la résolution de l'énigme, celle-ci étant servie un peu brutalement et trop simplement à notre goût. C'est évidemment l'une des qualités du polar que de nous faire lire à la vitesse de la lumière mais on aurait aimé cheminer quelques dizaines de pages de plus en compagnie des personnages de ce Quatuor (et plus si affinités). Quatuor X JB Baronian Métailié
Polar & Tourisme : Autrement avec Jérôme Leroy Dans la collection Autrement, qui mélange découverte d'une ville et schémas de polar (polar urbain donc), le Rendez vous rue de la Monnaie de Jérôme Leroy est une belle réussite. Auteur de quelques romans d'anticipation, l'auteur nous emmène dans un thriller à l'ancienne où un ancien barbouze, reconverti dans la sécurité haut-de-gamme, est pourchassé à travers les rues de Lille par son ancien adjoint, sacrifié pour la raison d'Etat, dans une précédente affaire. Le héros, solitaire, lettré et mélancolique, va marcher à sa mort le jour où "l'amour de sa vie", une femme qu'il n'a pas revue depuis des années, lui fixe un étrange rendez-vous (alors qu'elle a été tuée la veille....) dans un bar bourgeois de la capitale des Flandres. Si l'intrigue n'est pas extraordinairement neuve, la mise en place de Leroy réussit à nous installer suffisamment profond dans la tête (et les pas) des protagonistes pour qu'on ressente en direct toute la lourdeur de l'action, la densité de leurs émotions. Conjuguée à une description poétique de quelques sites lillois, l'expression de la tristesse du traître/ami/amant, les saillies de violence (le tueur exécute tous les personnels de l'agent) font écho aux transformations intimes d'une ville qui a énormément changé en 15 ans et qui, comme le héros, est dans ce rapport permanent entre nostalgie et réinvention. La maîtrise des codes du polar par Leroy est également à saluer. Sans afféteries, il parvient à rendre sobrement des scènes de canardage et de meurtre que d'autres auraient envisagé sottement à la John Woo, avec force explosions et effusions de sang. Du bon boulot qui donne envie de découvrir et l'auteur et les autres ouvrages de la série.Rendez vous rue de la Monnaie Jérôme Leroy Autrement
NonNonBâ![]() Ca fait beaucoup de clichés, dit comme ça, mais NonNonBâ est pourtant bien un petit chef d'oeuvre, de ceux qui défient la critique. A la simple vue de la couverture, on sait à quel genre de manga on a à faire, et il fait effectivement ce qu'il doit faire, avec modestie et simplicité. Cornélius a en plus fait un excellent travail d'adaptation, avec de nombreuses annotations, un grand format et un papier épais et d'un blanc étincelant. Ils en ont sans doute fait un peu trop, d'ailleurs, parce que le manga est inutilement encombrant et cher. Malgré tout, vous feriez vraiment bien de le lire. NonNonBâ Shigéru Mizuki Editions Cornelius Prix Renaudot : Alain Mabanckou de justessePosté par Easywriter le 06.11.06 à 14:46 | tags : prix renaudot
Si Jonathan Littell a fait une relative unanimité au sein du jury Goncourt (7 voix contre trois dès le premier tour), l'Africain Alain Mabanckou a bien failli loupéer le Renaudot pour son ouvrage Mémoires d'un porc-épic. Déjà inscrit sur la liste des jurés l'an dernier, avec Verre cassé, le Congolais remporte cette fois le Prix au terme de dix tours et l'ultime soutien du Président (dont la voix compte double) pour trancher l'hésitation de l'assemblée. Son roman est une parodie d'une légende populaire africaine selon laquelle chaque être humain a un double animal. Jonathan Littell, prix Goncourt
Sur le mag : Les Prix Goncourt depuis toujours Ohhh mais qui va avoir le Goncourt ?!!!![]() Mais les vieux briscards préfèreront-ils saluer le François Vallejo de Ouest et assurer la publicité de Viviane Hamy ? Ah oui mais alors Flammarion, qui distribue cette dernière, nique sa race à Gallimard... L'équipe de Flu, munie de magnéto extra-plats scotchés à même la poitrine, a soudoyé les serveurs, installé des micros partout et envoyé son reporter Jeeve habilement déguisé en bouteille de Möet. Photos volées depuis le toit d'en face à l'appui, il nous racontera les dessous des tractations, l'envers du décor, la guerre des nerfs et la haine larvée qui agitent le milieu des squales. Le théorème du RoadrunnerPosté par Myosotis le 06.11.06 à 10:36 | tags : elucubration
En écrivant les 10 principes qui régissent la série des dessins animés "Beep Beep et le Coyote" ou RoadRunner, Chuck Jones a en réalité posé les bases d'un travail qui toucherait à la définition même du désir. Le succès du dessin animé tient à ce respect strict d'un cahier des charges qui s'appuie sur une définition quasi parfaite du "fantasme suspendu et toujours inabouti", fondement d'un certain nombre de vocations (politiques par exemple) mais aussi d'un certain nombre d'oeuvres littéraires. Si l'on s'amuse à remplacer la paire Road Runner/ Coyote par les mots Livre/ Ecrivain ou Destin Présidentiel/ Homme Politique, Chef d'Oeuvre absolu/ Peintre, ou encore Victime/ Tueur, on voit que cela marche plutôt bien. Quant à ACME, cela peut correspondre selon les cas à la science, aux biens matériels, à l'énergie individuelle, à la magie ou à l'instrument artisanal. Là encore, c'est une notion essentielle par laquelle le désir se trouvera servi après médiation sur un plateau. D'une certaine manière, c'est cette médiation qui pose l'échec de la réalisation du fantasme. C'est elle la responsable de tout, qu'elle soit piège foireux, processus d'écriture raté (alors que l'idée était splendide) ou croc-en-jambes politique. L'objet du désir n'est jamais fautif. On pourrait ainsi sur ce schéma analyser avec bonheur des oeuvres telles que Mme Bovary, le Rouge et le Noir ou Glamorama et un nombre considérable de classiques. D'après : Chuck Amuck : The Life And Times Of An Animated Cartoonist That's All Folks : The Art Of Warner Bros Animation (sur http://funnycam.lautre.net/) Stéphane Beauverger : BiopunkPosté par Maxence le 03.11.06 à 15:15 | tags : science-fiction
La cité nymphale Elles sont pas trop Grasset les frites ?![]() Une élucubration côté fourneaux et du meilleur goût, signée Arte Radio. Melancholia : Murakami Ryû Sorti il y a 3 ans et vieux de 10, Melancholia est dans le programme de Murakami Ryû (ne pas confondre avec Haruki Murakami), le deuxième volet d'une trilogie qui comprend Ecstasy et Thanatos. Si on le compare aux autres livres de l'écrivain japonais (les Bébés de la Consigne automatique en haut de la liste), Melancholia fait pâle figure. Bâti sur un dialogue entre une journaliste et un personnage charismatique dont on sait qu'il a été riche puis SDF, le roman est en réalité une sorte d'affrontement psychologique où l'homme va très vite prendre le dessus sur la jeune femme. Celle-ci se prend dans la gueule, dès la page 10, récit sur récit des amours, des passions, des rencontres de l'homme d'une cinquantaine d'années qui, tout en allant, s'envoie un maximum de vin cuit, de vin rouge et de cocaïne. La jeune Yazaki tombe sous l'emprise du récit, sorte de désir en armes ambulant, parfois SM, d'autres fois pathétique, et tente pendant quasiment tout le livre de dissimuler la "cascade de mouille" qui, inexplicablement, s'enfuit de sa culotte.
La lecture de Melancholia produit, et c'est sa principale qualité, une sorte de dérangement proche de ce que ressent Yazaki, un réel malaise lié à notre positionnement de survoyeur. Qu'avons nous fait pour entendre ou lire ça ? Ne pourrait-on pas les laisser seul à seul quelques heures pour qu'ils puissent en finir tranquille ? Ce sentiment s'amplifie vers la fin, lorsque les non-encore amants s'envolent vers le Mexique pour un voyage mystérieux. Murakami comme à son habitude tire le parti maximum de la situation et nous assomme une dernière fois avant de refermer un récit plus qu'étrange et dont la situation dans l'oeuvre intrigue. Sans qu'on puisse tout comprendre des motivations de l'auteur, et par delà le déplaisir qu'on peut avoir à subir le fameux dialogue, on ne peut que s'accorder pour saluer ce tableau d'un harcèlement moral et sexuel ambigu où la victime s'enfonce elle-même le couteau dans l'anus.
Lune d'encre profond pour Halloween chez Denoel Deux très belles parutions chez Denoel Lune d'encre en ce mois d'octobre de l'an de grâce 2006 (En cette période d'Halloween, il est bon de mettre les formes...) La Fille du Roi des Elfes de Lord Dunsany tout d'abord, un classique de la littérature elfique, à ranger entre Alice au Pays des Merveilles et Le Seigneur des Anneaux, et La Chair et l'Ombre de Robert Holdstock présenté comme "son chef-doeuvre". Personnellement j'avoue éprouver un certain ras-le-bol pour toutes ces parutions fantasy ("notre XXI° siècle sur-technologique est en mal de magie", tout ça...) mais cela n'exclue pas une petite faiblesse passagère. Faiblesse qu'on excusera, tant il est vrai qu'un auteur comme Holdstock par son érudition (voir Le Graal de fer, Celtika) et son sense of wonder (La Forêt des Mythagos), comme on dit outre-manche/atlantique, le place en tête de liste des écrivains à suivre dans ce domaine... On y revient plus en détails très bientôt. En attendant vous pouvez vous rendre sur la fiche auteur d'Holdstock sur l'excellent site du Cafard Cosmique. Manuel d'instruction pour contourner le bug du 1er novembrePosté par Gflu le 01.11.06 à 12:43
Magie noire ou néo-rituel anti-festif, nous avons un léger problème en ce 1er novembre : les billets de blogs édités avant Minuit (brrr...) ne s'affichent pas sur la page d'accueil. En attendant la réparation expresse (peut-être pas avant demain) il existe 5 moyens faciles de conjurer le mauvais sort.1. Passer par la fonction Archives. Miracle : ça marche ! 2. En profiter pour faire le grand saut 2.0 et s'inscrire aux flux RSS (le RSS, c'est quoi ?) 3. Répondre au questionnaire Novatris en taisant ce bug exceptionnel et en disant tout le bien que vous pensez de Flu (ça nous permettra de vendre de la pub et ce faisant d'embaucher des exorcistes texans - les meilleurs) 4. Aller gueuler dans les forums. Ca ne sert à rien, mais ça défoule. 5. Piocher dans l'actu côté mag (Vollmann, Ferney, Magnan etc.) Vade retro bugus ! Et à très vite sur nos lignes. |
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