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Archives > Novembre 2006

Bret Easton Ellis déshabillé par Bégaudeau

Posté par Maxence le 30.11.06 à 15:21 | tags : easton ellis, revue, roman

Petit plaisir à ce faire le matin en arrivant au bureau quand votre boss n'est pas là : Allez jeter un oeil sur le papier sur Bret Easton Ellis paru dans son numéro 8 de Transfuge et que le magazine propose en ligne gratuitement.
A l'évocation de ce roman (Lunar Park), je ne peux m'empêcher de penser qu'il nous a fallut attendre 5 ans pour pouvoir le lire et que l'on va certainement attendre aussi longtemps pour lire le prochain. Une attente proportionnelle à l'admiration que nous éprouvons pour cet écrivain sur Millefeuilles, d'autant que (c'est totalement personnel mais bon...) Lunar Park ne déçoit pas. Souvenez-vous, ce qui commençait comme une banale histoire d'écrivain déménageant en vue d'une réconciliation familliale dans une propriété du Midland, bascule bientôt dans l'incontrôlable et l'incohérence. Le récit - qui débute réellement de façon plutôt comique par une fête d'halloween - se transforme en un carrousel cauchemardesque. Des jouets maléfiques prennent vie, de jeunes garçons disparaissent et le spectre inquiétant de la figure paternelle réapparaît sous la lune en la personne du serial killer d'American Psycho, ou bien est-ce l'auteur lui-même ?
Rappelez-vous aussi l'inoubliable chapitre d'exposition où l'auteur/narrateur évoque tous ses livres précédents. La première partie qui déjante rapidement pour se transformer en un mix à la fois hilarant et tragique de Moins que Zéro et de Las Vegas Parano.
Hilarant, quand l'écrivain raconte dans le détail sa vie durant ses années de succès, exposant sans pudeur ses excès, les polémiques autour de sa sexualité (le "truc Gay"), les tournées promotionnelles chaotiques et ses efforts pour devenir un chef de famille clean et responsable. Tragique quand il décrit la mort d'un père haï dont la férocité et l'indifférence continuent de le hanter cruellement.
Autofiction, pastiche, fausses piste ? On l'a compris, l'œuvre de l'américain est un puzzle abritant de nombreuses zones d'ombres et Lunar Park ne fait pas exception. Ellis prend un malin plaisir à balader son lecteur. C'est tout l'intérêt de cette oeuvre hors-normes. Et c'est peut-être la raison pour laquelle François Bégaudeau le taxe de "non-écrivain" ("Bret Easton Ellis = Tout Sauf Ecrivain"). A la lecture de son article, on se rend compte à quel point nous naviguons à l'aveuglette dans l'oeuvre de Bret Esaton Ellis, tentant tant bien que mal de se repérer dans ce labyrinthe. "Tout est clair, donc, sauf que rien ne l'est "(Bégaudeau). Cerné de duplicité et de vérités cachées, Ellis se moquerait-il d'Ellis ou de son lecteur ? Les deux certainement... A lire également son analyse/chronique d'American Psycho.




Le journal intime sur la place publique

Posté par Easywriter le 29.11.06 à 16:10 | tags : bibliothèque, blogosphère livres, news
Qu'il étale des angoisses adolescentes, livre une maladroite réflexion sur le monde et/ou la création artistique, ou  tente simplement de figer le réel qui s'évanouit, le journal intime est généralement la première tentative littéraire des aspirants prosateurs - et parfois le sommet esthétique des écrivains reconnus comme c'est le cas pour Franz Kafka.
.L'appellation laisse entendre à tort un dévoilement total et cru de l'intimité alors que c'est rarement le cas :  une très belle enquête du magazine Télérama avait en effet montré que la plupart des "diaristes" était loin de livrer tous leurs états d'âme - et qui a lu le journal intime d'une personne sait à quel point l'expérience est décevante. L'industrialisation du procédé que constitue la blogosphère corrobore d'ailleurs cette idée à mon avis. Mais ne dîtes pas cela aux responsables de la BNF qui se demandent si cette surexposition de l'intime permise par le net ne modifierait pas le traitement du journal intime.
PS: Tant que nous sommes dans l'intimité troublante, j'en profite pour relayer l'émoi qui traverse le lectorat hétéro-masculin de ce blog depuis la disparition de l'intrigante Montsé. Quiconque a des nouvelles est invité à en donner...

Jeudi
30 novembre à la BNF (entrée libre) :
9h30 : Comment l'intimité est venue au journal
Par Philippe Lejeune, co-fondateur de l'Association pour l'autobiographie
10h15 : Tenir un journal intime (1830-1980)
Par Françoise Simonet-Tenant, maître de conférences à l'Université Paris XIII
11h15 : Éditer des écrivains morts
Par Claire Paulhan, éditrice spécialisée dans la littérature autobiographique et l'histoire littéraire du XXe siècle, IMEC (Institut Mémoires de l'édition contemporaine) et journaliste au Monde des Livres
11h45 : Diaristes russes francophones (XVIIIe - XIXe siècles)
Par Catherine Violet, chargée de recherche à l'Institut des textes et manuscrits modernes (CNRS-ENS)
12h15 : L'injonction intimiste
Par Philippe Artière, chercheur en histoire.
14h30 : L'explosion du phénomène des blogs « intimes »
Par Oriane Deseilligny, docteur en sciences de l'information et de la communication.
15h30 : Du cahier à l'écran : qu'est-ce que ça change ?
Table ronde animée par Antoine Perraud, journaliste






Neil Gaiman et Barbie sont sur un rêve....

Posté par Myosotis le 29.11.06 à 11:25 | tags : comics
Tome 5 de la série des Sandman (passée, sans préjudice, des éditions Delcourt à Panini), ce Game of You très vilainement traduit en "Jouons à Etre toi", est l'un des sommets de la saga imaginée par Neil Gaiman. Pour ceux qui ne connaitraient pas Sandman, rappelons que cette série sortie dans les années 90 est considérée aujourd'hui comme l'un des chefs d'oeuvre de la BD moderne, au même titre que les histoires d'Alan Moore dont nous parlons assez souvent. Neil Gaiman s'est "reconverti" depuis et principalement dans l'écriture romanesque, recevant dans ce domaine le même concert de louanges que lorsqu'il officiait en qualité de scénariste. Profitons en également pour rappeler que le DVD de Mirrormask, film d'animation graphique réalisé avec l'illustrateur et dessinateur Dave Mc Kean( qui signe les couvertures de Sandman) est sorti il y a un mois et fait aussi un beau cadeau pour les Fêtes.
Dans Sandman 5, revenons-y tout de même, une jeune femme appelée Barbie et ex-copine d'un dénommé Ken (!), belle, blonde et un peu cruche, va être embringuée dans une aventure extraordinaire, gothique et terrifiante dans un monde onirique et cauchemardesque qu'elle a elle-même inventé. "Jouons à être toi" est un Alice au Pays des Merveilles de la dézingue, un Magicien d'Oz pour les grands, un Peter Pan écrit par Lou Reed où l'on croise des serialkillers, des traîtres, des mauvais trips et des putes : Barbie part, à l'aventure, à la recherche du méchant Coucou avec ses voisines de palier, un couple de lesbiennes, un oiseau, tandis que le cadavre d'un autre voisin est gardée par un transexuel chevaleresque. L'originalité de l'histoire tient sur la rencontre entre la réalité de notre monde (les problèmes de couple, d'identité, de fric, les mythologies ordinaires, la violence, la misère...) et la représentation de nos rêves et leur effondrement. Le voyage de Barbie est évidemment un voyage à l'intérieur de son imaginaire, dévoilant un personnage ordinairement schizophrène au sein duquel s'est développé un parasite réinventant les souffrances et les déceptions de la Barbie terrestre. Jouons à Etre toi est aussi, en plus de cette histoire d'aventure intérieure, un plaidoyer en faveur des différences physiques, sexuelles et plus largement humaines. En composant sa troupe de freaks, Gaiman met en chaque personnage une aspiration à l'harmonie qui, dans le tumulte, apparaît comme le seul point commun entre les êtres. L'homme chez Gaiman a rabaissé ses ambitions. Il n'aspire pas au pouvoir, pas à la domination, pas à l'excellence, pas à l'épanouissement. Ce qu'il souhaite, c'est un peu de paix et de tranquillité pour déposer ses peines et soigner son ennui. En cela, Sandman et son roi des rêves, au physique de Robert Smith rachitique, sont d'une modernité imparable.
Par delà son dessin composite (plusieurs dessinateurs sur chaque cycle et un choix de couleurs déconcertant), Sandman émeut au delà de toute mesure. Parce qu'il compose une nouvelle mythologie du Moi, de sa duplication et de sa réflexion permanente, tout en jouant avec l'imagerie gothique et la fascination morbide de notre adolescence, il devient un parfait trampoline pour l'autoanalyse et l'évasion.
Jouons à Etre toi
Neil Gaiman



Akino KONDOH : Eiko

Posté par 2goldfish le 28.11.06 à 11:43 | tags : bd, manga
akino kondohEiko empile les grains de riz sur sa table au fond de la classe. Une grenouille a pondu ses oeufs sur sa main qu'elle lèche pour qu'ils ne meurent pas. Le sol de l'école est trop dur, il lui fait mal aux pieds. Elle tombe amoureuse d'une camarade, mais son coeur est brisé lorsqu'elle apprend que celle-ci déteste les insectes.
Akino Kondoh dessine magnifiquement l'ennui. Son trait très relâché passe doucement au dessus des détails du monde réel pour mieux s'attarder sur les divagations de l'esprit en quelques floraisons insectoïdes d'Art Nouveau. Ca doit être ça que ça fait, grandir marginale au Japon.
Le Lézard Noir publie son manga "manuel de conduite des lycéennes" et une présentation de son oeuvre, qui compte notamment des tableaux, des sculptures et des animations, dans un même livre intitulé "Eiko". Les tableaux reproduits sont plutôt très bien, ce qui est le plus loin que je m'aventurerais sur le terrain glissant de la critique d'art - mais je n'en pense pas moins.

Lire un aperçu d'Eiko sur le site du Lézard Noir



Doc Gynéco et l'autofiction

Posté par Myosotis le 27.11.06 à 11:39 | tags : autofiction, elucubration, loufoque, shopping


La rumeur d'une liaison entre Doc Gynéco et Christine Angot est allée jusqu'à s'inviter en couverture de la presse people. La rencontre se serait produite à Brive lors de la Fête du Livre, où le rappeur et l'écrivain auraient partagé un verre, en compagnie d'autres invités, avant de se lancer dans une série de danses sexy, puis de.... repartir ensemble. Sur l'une des photos publiées dans la presse, on voit, à genoux, le gros Doc en train de pratiquer (c'est net) un cunnilingus par la fermeture éclair du jean du Pape de l'Autofiction. Depuis, les deux célébrités ne se quitteraient plus, ayant été aperçus ensemble à moultes fêtes de la Belle Société parisienne. Après son Rendez-vous de l'année dernière dont la meilleure critique se trouve ici http//www.chronicart.com/livres/livres_fictions.php3?id=10143, on peut se demander, s'il y a un fond de vérité là-dedans, ce qu'il va advenir de l'autofiction à la française ? Doc est-il un bon coup ? Christine aimera-t-elle enfin au delà de son cercle confessionnel ? Le style Angot inimitable sera-t-il modifié par la fumette ? Quel est l'effet du cannabisme passif sur l'autofiction ? Pourquoi aimer un homme à femmes ? La rumeur, pernicieuse, aurait-elle encore frappé, motivant un Pourquoi Brive (après Pourquoi le Brésil) pas piqué des hannetons. En attendant, on attend le prochain livre de Dame Christine avec une certaine impatience.
 
Mise à jour du 25/08 : le livre est sorti, il s'appelle Le marché aux amants 


 


 




Millenium People

Posté par Maxence le 24.11.06 à 18:24 | tags : extrait, poésie


Ecroulé dans une chaise longue, je célèbre à ma manière le miracle doré et bêtifiant de la lumière du sud, tandis que les mots résonnent dans ma tête. Mais le vent emporte tout, lumière et mots, illustrant de manière ironique l'adage qui veut que l'expérience de la lecture soit aussi un voyage dans l'espace et le temps...
C'est un jour parfait pas vrai ?

Mais personne ne répond...

(Anonyme, XIX° siècle)
Bon week-end!!



Alain Bosquet : la revanche

Posté par Myosotis le 24.11.06 à 10:58 | tags : poésie

Pas très heureux de s'être fait saboter, le poète Alain Bosquet, par ailleurs résistant de la première heure et pilier du journal Combat, revient la bave aux lèvres avec ce poème de la seconde chance, intitulé Colère.

On admirera encore la science de l'enjambement, l'art du sonnet (4/4/3/3 - rien à voir avec le 4-3-3 des footeux encore que la formule soit aussi offensive poétiquement qu'une ligne avec 3 attaquants), et la manière d'aborder des choses que peu oseraient en vers.

Toute la vie on a mangé le pain d'urine/ et à chaque repas on a bu les insultes/ du vieux patron. Toute la vie on a plaidé/ pour un coin de soleil sous les crachats du sort.
Toute la vie, comme une bête, on a tondu/ son âme osseuse : et pas de laine sur le dos !/ Toute la vie on a lavé les chiens, la banque/ les orgueils en plastique. A 50 ans, fini :
on sait que la raison est la pire salope. / On vole un revolver, on tire dans le tas : / fabricants, boulangers, infirmières, touristes,/
puis on abat aussi sa femme et ses enfants/ car si toute la vie on a rampé sous soi,/ par peur, on se choisit une mort collective.
Ca plombe un peu l'ambiance mais ça fait son effet.




Hafez le Perse : poète d'amour

Posté par Myosotis le 23.11.06 à 16:41 | tags : poésie
En attendant une chronique complète du très beau A la recherche d'Hassan de Terence Ward, odyssée d'une famille américaine à la recherche de son homme à tout faire iranien, perdu de vue depuis 30 ans, quelques vers du poète Hafez, dont il est aussi question dans ce livre et dont on peut écouter certains poèmes en VO ici :  http://www.falehafez.com/fhf/. Hafez est l'un des plus grands poètes iraniens persans, homme assez mystérieux sur lequel courent un tas de légendes qui vécut au XIVème siècle. Sa poésie d'inspiration soufie, mystique donc, célèbre d'une manière étonnament libre, pour l'époque et l'endroit, les "plaisirs de la vie". A une époque où l'Iran fait peur, les vers d'Hafez (ok, c'était il y a 700 ans) font plaisir à lire.
Ses longs cheveux étaient dans le désordre, son visage était chaud et couvert de/ rosée, ses lèvres souriaient, son col de chemise tombait légèrement à part / elle chantait une poésie d'amour, elle avait un gobelet de vin à sa disposition et elle était légèrement hors de contrôle/ ses beaux yeux étaient belliqueux et ses lèvres exprimaient des regrets / Elle est venue la nuie passée à minuit à mon chevet et s'est assise / Elle approcha sa tête à mon oreille et avec une voix douce elle m'a dit :/ Ah, mon amoureux fidèle, êtes vous somnolent ?/ Un amoureux à qui un vin si nocturne est offert est infidèle à l'amour s'il ne devient pas un adorateur de vin/ O Puritains, éloignez vous et ne blâmez pas les Libertins qui boivent du vin jusqu'à la lie/ puisque à part l'amour, aucun cadeau ne nous a été fait au premier jour du monde / Nous avons bu ce que l'aimée versa dans notre tasse/ s'il était du vin pur du paradis ou du vin de raisin/ avec le vin mousseux dans le verre et les cheveux longs et bouclés de l'aimée combien/ de repentirs comme le repentir d'Hafez se sont cassés ?



Bifrost, la revue des mondes imaginaires

Posté par Maxence le 23.11.06 à 12:08 | tags : denoel, revue, science-fiction

Alors que nous tenons à vous présenter chaque semaine un petit panorama de la science-fiction de qualité (Jeff Noon, William Gibson, Greg Egan, Adam Johnson ou David Calvo), il était impossible pour Millefeuilles de passer à côté de Bifrost.
Créer sur une initiative d'Olivier Girard, Bifrost est sans conteste LE meilleur canard consacré à la science-fiction actuellement en activité. Belles bêtes, ce palmipède au format A5, dos carré/collé peut s'enorgueillir de signatures prestigieuses comme celles de Gilles Dumay (actuel directeur de la collection Lune d'Encre de Denoel), André-François Ruaud (des Moutons Electriques), Claude Ecken (sur certains dossiers), Pierre-Paul Durastanti ou Patrick Imbert, l'infatigable animateur de la Salle 101. Le principal intérêt de la revue tient bien sûr dans sa vocation première, la publication régulière de nouvelles ou de novella d'auteurs connus et reconnus, mais aussi de jeunes talents. Ses dossiers auteurs sont également réputés. L'occasion de découvrir en profondeur l'oeuvre des grands écrivains de SF, mais une fois encore, également de certains jeunes espoirs.
Au sommaire de ce numéro 44 : un gros dossier, un peu bavard, de presque une quarantaine de pages consacré à Joëlle Wintrebert, un de nos (trop) rares écrivains de science-fiction de sexe féminin. Trois nouvelles (In the court of the Lizard King (rock'n'roll) de Jacques Barbéri, La Démontable invention du destin (étonnante) de Jeffrey Ford et Hydra (excellente) de Dame Wintrebert "herself". Les plus curieux apprécieront la première partie de Starship Builders , rubrique scientifique de Claude Hecken et Roland Lehoucq. Les Anticipateurs, ou "l'histoire de la SF à travers les âges", consacré aux satiristes, par Frédéric Jaccaud. Sans oublier, Objectif Runes, le coins des critiques : s"ouvent sévères, toujours juste" - ou du moins se voulant comme telle, la subjectivité étant ce qu'elle est, mais c'est ce qu'on aime chez Bifrost - et un panorama des revues par Thomas Day. Globalement moins épatant que le 43 (Dossier Emmanuel Jouanne et surtout magnifique nouvelle d'Alastair Reynolds !) mais là aussi c'est subjectif, cette livraison est tout de même d'une très haute tenue, surtout au niveau critique, où le lecteur curieux trouvera (comme toujours dans Bifrost), les dernières parutions SF & Fantasy, mais aussi des OPNI (Objets Papier Non Identifiés) tels que les livres des éditions Interstices, les romans hilarants de Christopher Moore, ceux de Philip Roth ou de Kasuo Ishiguro, la science-fiction étant à prendre au "sens large" chez Bifrost. Une ouverture d'esprit que l'on aimerait bien voir plus souvent du côté de la littérature dite "générale", "sérieuse" ou "classique" (on peut rêver...)

Bifrost 44, Dossier Joëlle Wintrebert
Editions Le Bélial,
184 pages, 11 euros.




Belles étrangères néo-zélandaises...

Posté par Easywriter le 22.11.06 à 16:01 | tags : festival
Ceux qui souhaiteraient briller grâce à une érudition décalée seraient bien inspirés d'aller faire un tour au festival les Belles Etrangères. Cette année la manifestation - qui promeut à chaque édition la littérature contemporaine d'un pays différent - propose de découvrir les auteurs de Nouvelle-Zélande.
Très sincèrement, une fois qu'on vous aura dit que Geoff Cush publia il y a quelques années un roman malin (graines de France, Actes Sud) dans lequel il imaginait une Nouvelle-Zélande devenue colonie française et non britannique, on aura fait le tour de nos connaissances. Le traitement réservé à la minorité Maoiri est manifestement au centre de l'imaginaire créatif de pas mal d'auteurs (beaucoup de poètes) néo-zélandais mais on est déjà en train de se la raconter. Sachez  donc simplement  que :
Trois rencontres parisiennes sont prévues :
le jeudi 23 novembre à The Abbey Bookshop avec Elisabeth Knox
le vendredi 24 novembre à la Librairie BD Super Héros avec Dylan Horrocks
le samedi 25 novembre à la Bibliothèque Buffon avec Fiona Kidman.
Pour en savoir plus : Le site officiel



A quoi sert l'Extermination ?

Posté par Myosotis le 22.11.06 à 15:14 | tags : elucubration, histoire, les bienveillantes
Selon certains artistes, cette question est la seule qui vaille d'être posée depuis 60 ans : A quoi sert ou a pu servir l'Holocauste, l'élimination systématique dans des chambres à gaz, des camions, des camps de millions de personnes par la Barbarie nazie ? L'art de la seconde moitié du XXème siècle a évidemment et, à raison, posé la question sous toutes ses formes : pouvait-il exister du beau après ça ? la Shoah devait-elle tout déterminer ? d'où venait la source du Mal ? l'extermination était-elle (a)normale ? Il ne serait pas raisonnable de dresser une typologie des propositions issues de ce questionnement en 3 lignes. Selon que les réponses provenaient des écrivains, des peintres, des cinéastes, des historiens ou des spécialistes des religions, la représentation des faits variait et le niveau de réponse apporté également.Dans l'actualité de cette dernière année, le roman de Jonathan Littell, Les Bienveillantes, et la BD de David Brin et Scott Hampton, D Day, le Jour du désastre, proposent deux réponses ARTISTIQUES presque contradictoires. Dans le premier (qui, personne n'en a parlé, n'était pas si éloigné dans le ton de la Flèche du Temps de Martin Amis - bien meilleur et plus brillant), l'extermination des Juifs est vécue, selon la perspective historique dominante, comme la conjonction d'un système issu de multiples facteurs socio-culturels et économiques et de barbares individuels (dont le héros du livre). La normalité des tortionnaires et du cycle criminel rencontre la folie de l'homme. La thèse est juste et sans doute plus proche de la vérité que la seconde. Mais il n'est pas certain qu'elle soit artistiquement plus juteuse.

Dans D Day, le jour du désastre, David Brin imagine que les camps de la mort sont un instrument ésotérique (l'idée est discrètement présente dans le 1er Indiana Jones) destiné à convoquer les puissances occultes. L'extermination des Juifs par la consumation des âmes entretiendrait une chaudière magique qui attirerait des Chevaliers assurant la domination du Reich. Le principe implique une alimentation en continue du bûcher. Ici, Auschwitz permet à Hitler d'obtenir l'appui uchronique des Dieux Vikings (Thor, Odin, Loki,...).
La BD n'est pas une chef d'oeuvre (le dessin est inégal et le scénario s'égare sur la seconde moitié de l'album) mais le ressort scénaristique est épatant et donne une explication impossible... plausible de la Barbarie. La question n'est évidemment pas de dire qui de Littell ou de Brin dit la vérité mais lequel des 2 ouvrages permet au lecteur d'approcher la compréhension de l'incompréhensible. Bizarremment, à ce petit jeu là, l'hypothèse de SF est bien plus pertinente, et finalement mieux à même de cerner la démesure de l'entreprise de mort, que l'hypothèse strictement réaliste. Comme si seule une idée folle pouvait suggérer la folie des idées.




Livrons-nous à nos fantasmes...

Posté par Easywriter le 21.11.06 à 12:00 | tags : blogosphère livres, photo

Il y a une chose que j'aime encore plus que suivre (à distance respectueuse) une inconnue dans la rue, ou tomber amoureux toutes les quinze minutes, c'est regarder une fille lire. Surtout si elle ne sait pas qu'on l'observe - la beauté des traits quand ils ne sont plus redessinés par le besoin de plaire/mettre à distance.
Arrêtons là l'introspection pour vous proposer cette galerie Babes with books du (presque) meilleur goût. Et qui redonnera espoir à tous les livrophages qui désespèrent de séduire grâce à leur passion.
(Via Gatsu gatsu, merci Alex!)



Jason : J'ai tué Adolf Hitler

Posté par 2goldfish le 21.11.06 à 09:56 | tags : bd
jason  -  j'ai tué adolf hitlerVous avez peut-être remarqué que je me plains souvent dans ces lignes du format des BD que je lis. Ce n'est pas que parce que je suis profondément matérialiste. Certes, la tendance des gros éditeurs européens à traiter toutes leurs publications comme des objets de luxe m'ennuie au moins autant qu'elle ennuie mon porte-feuilles.
Ce qui vraiment me désole, ce sont des cas comme celui de Jason. Il est l'auteur de plusieurs bd petites et monochrome chez Atrabile. Il travaille aussi depuis deux ans avec Carabas, où il bénéficie d'une plus large diffusion mais est publié au format "standard" : une cinquantaine de grandes pages couleurs prises en sandwich entre d'inexplicablement épaisses feuilles de carton. Le dessin raide et le découpage aride d'albums comme J'ai Tué Adolf Hitler n'y gagnent rien du tout, et la pagination semble parfois arbitraire.
L'ironie (qui échappe ou pas à l'auteur) étant que ce formatage est justement le sujet des oeuvres de Jason. Ses personnages se ressemblent tous, ils évoluent dans des cases toutes identiques et l'histoire dans laquelle ils se trouvent pris (ici il est question de meurtre, d'amour et de voyage dans le temps, d'autre fois ce sera de zombies ou de braquage de banque) sont on ne peu plus convenues. Les personnages trouvent pourtant une sorte d'échappatoire à leur monde, comme Jason parvient finalement à se tirer pas si mal de ce format et comme le lecteur trouve éventuellement un sens et une satisfaction dans tout ça.

Lire sept pages de J'ai tué Adolf Hitler sur BD Gest'



Science et fiction : Hulk peut-il être vert ?

Posté par Myosotis le 20.11.06 à 17:34 | tags : comics, flammarion
Les ouvrages de fonds ou travaux analytiques sur le business des super-héros sont relativement rares et souvent un rien condescendants quant à l'objet d'étude. On se moque de l'homme (homo) tout puissant, on se fout de la gueule des héros en collants et on interprète à tout va la manière de castagner en fonction des traumatismes d'enfance ou de la vigueur de l'impérialisme américain. Les bouquins qui mêlent science et super-pouvoirs n'existent carrément pas. En proposant (chez Flammarion) d'analyser la crédibilité scientifique des pouvoirs des héros de comics, les auteurs Gresh et Weinberg ont donc défriché un terrain inconnu ou très peu abordé, même si chaque lecteur s'est sans doute posé rapidement la question essentielle, sur laquelle repose toute fiction : "Ca se peut ?", ou comme dirait Marc Lévy, qui a tout compris dans ce domaine, "Et si c'était vrai?".
Le résultat est à la fois très marrant, instructif et un rien décevant. Les auteurs étudient un à un les pouvoirs des principaux protagonistes de DC et Marvel, se livrant à de savantes analyses de la puissance développée par Superman au début et à la fin de sa carrière. Ils analysent la vitesse de course de Flash, l'homme qui court plus vite que la lumière, en essayant de voir en quoi courir aussi vite peut se concevoir. La vitesse de Flash, qui donne l'un des moments les plus savoureux du livre, est en effet pleine de contradictions scientifiques : Flash échappe aux échauffements de cuisse, échappe aux frottements qui sont la base de tout mouvement. Flash ne se nourrit pas et réussit à produire de l'énergie cinétique, sans alimentation, ce qui est scientifiquement impossible. Surtout, il court plus vite que la lumière, ce qui est inconvevable parce que rien ne va plus vite que la lumière. De la même manière, le livre montre que Spiderman pourrait à la rigueur être Super mais n'est pas tellement Spider. En effet, ses pouvoirs affichés ne sont pas ceux de l'araignée des champs. La bague de Green Lantern n'a aucun impact sur les objets jaunes. Comment est-ce possible ? Comment expliquer l'existence des X Men en fonction des thèses évolutionnistes ? Peut-on imaginer que Batman escalade un immeuble sans équipement ? Hulk peut-il être vert ou devrait-il être mort après son exposition aux rayons gamma ?
Il faut mettre au crédit des auteurs l'extrême sérieux avec lequel ils abordent ces questions étranges. Leur livre démontre en substance (et c'est ce qu'on aime moins) que pas mal de ces choses ne se conçoivent pas, que les superhéros ne peuvent pas exister, que leurs créateurs ont habillé leur création d'un "technoblabla" sans grande densité pour justifier la naissance de leurs créatures à une époque où la science bénéficiait d'une aura extraordinaire. C'est le côté démystificateur du livre, qui enlève aux rêveurs le bénéfice du doute. La pédagogie est soignée et on apprend lorsqu'on parle trou noir, vitesse, téléportation, voyage par le fil du téléphone un tas de petites choses qui peuvent faire fureur dans les dîners en ville. Le pensum scientifique est néanmoins assez mainstream et ne risque pas d'émouvoir ceux qui ont fait de la physique jusqu'en terminale, tout en perdant ceux qui n'y connaissent rien.  Le livre conviendra donc à la fois aux fans de comics, qui veulent en reprendre une louche (la légende veut qu'ils soient boutonneux, binoclards et férus de science, ça tombe bien !) et à ceux qui n'y connaissent rien pour se divertir et comprendre une culture qu'ils ne partagent pas. Un livre à inscrire sur la liste des cadeaux de Noël potentiels. 

 




Talkie-Walkie : zone d'activisme temporaire

Posté par Easywriter le 20.11.06 à 16:18 | tags : revue
Talkie Walkie se livre sur notre blog à une attaque surprenante et furtive :
Aprés avoir exploré des zones de guerres et de combats grâce à des chars en plastiques et des pistolets à eau avec Akenaton, Montessuis, Maestri, Castellin, Fiat, Laroze, Courtoux (n°1) Aprés avoir agencé des dispositifs performatifs à coup de scie-sauteuse et de perçeuse électrique avec La Rédaction, Leibovici, Buraud, Denimal, Pennequin, Espitallier, Barrié, Chaton, AKS (n°2) La plateforme multimodale Talkie-Walkie se lance dans la grande distribution, accrochez-vous bien à votre caddie, welcome in a new fiction's store !
Mille-Feuilles assume donc son rôle de propagateur virtuel. Pour le reste,
sommaire sur  le site Talkie-Walkie
(Merci Hortense). Toi aussi génère des interférences sur Mille-Feuilles en cliquant ici.

(Illus  : texte de Jacques Servan dans le dernier numéro de la revue)



L.G.M : délire martien

Posté par Myosotis le 20.11.06 à 10:52 | tags : science-fiction
Le romancier Roland C. Wagner est l'une des locomotives de la scène SF française. Connu notamment pour ses Futurs Mystères de Paris, grand oeuvre qui lui a assuré la reconnaissance (éternelle) d'un public plus large que celui que visent traditionnellement les auteurs de SF, Wagner nous livre avec LGM, pour little green men (petits hommes verts, donc), un hilarant exercice d'admiration pour le Martiens, Go Home de Fredrick Brown, ancêtre-livre des Gremlins rigolo et satirique de Joe Dante. Ici, Wagner nous situe dans un temps uchronique où la guerre froide ne s'est jamais réchauffée, où les blocs sont toujours en place, séparés par une Europe qui ressemble comme une soeur à la nôtre, et vont se déchirer pour récupérer le 1er ambassadeur de Mars.
Secondé par un agent secret plutôt maladroit et français, le Martien queutard, partouzeur, télépathe et téléportable adoré par des post-hippiers proaliens, va semer une pagaille d'anthologie dans les relations internationales et faire évoluer une simple excursion diplomatique en affrontement intergalactique. Le dispositif de Wagner est si pointu, surprenant et amusant qu'il serait dommage d'en dire plus. Pour faire simple, disons que L.G.M s'inscrit dans la même veine satirique et parodique que le Mars Attacks de Tim Burton et la série radiolittéraire du Guide Galactique de Douglas Adams.  Même style débridé, même second degré, même volonté de questionner la réalité par l'absurde. Wagner ajoute à ça le procédé du "buddy movie" qui associe un martien désinvolte à un agent secret qui essaie de faire son boulot. Dans les pas du Green Men, on se marre beaucoup mais on réfléchit aussi à ce qui aurait pu se passer si.... 
Evidemment, les ficelles étant un peu grosses et torsadées, il est inévitable qu'on décroche parfois, avant de reprendre le fil de l'intrigue et d'y trouver son compte. L.G.M est une pochade réussie et intelligente qui bénéficie, en plus, d'une fin particulièrement habile et bien trouvée. 
LGM
Roland Wagner

 




Quatuor X

Posté par Myosotis le 17.11.06 à 15:54 | tags : extrait, métailié, polar

"J'ai gagné le boulevard Emile Jacqmain puis la place de Brouckère. Quand j'y ai débouché, comme poussé par le vent, je me suis dit que j'irais bien déjeuner à l'Alban Chambon, le restaurant de l'hôtel Métropole. Je savais qu'il jouissait d'une fort bonne réputation auprès des gastronomes, mais je n'y avais jamais mis les pieds, faute jusqu'ici d'en avoir eu les moyens.

On m'a accueilli comme un prince. On m'a débarrassé de mon pardessus et de ma casquette et on m'a installé à une table d'angle. J'étais ravi, j'avais la salle entière sous les yeux. Et j'ai tout de suite remarqué qu'il y avait du beau monde. J'ai reconnu Angelina Jolie et Kiefer Sutherland. Ils étaient en compagnie de trois autres personnes, deux hommes et une femme assez âgée, dont les traits ne me disaient rien. J'ai également reconnu Eddy Merckxx et Bernard Hinault. Ils avaient l'air copains comme cochons. Ils buvaient du champagne.Du Dom Ruinart."

Scène d'ambiance de ce polar déambulatoire. La Belgique qui rencontre l'Amérique....dans un restaurant. On sent ici l'influence de Simenon et ces décors à la Chabrol.

Quatuor X
JB Maronian
Métailié




Je m'appelle Erik Satie, comme tout le monde

Posté par 2goldfish le 17.11.06 à 11:12 | tags : bd
je m'appelle erik satie, comme tout le monde"Que préférez vous, la musique ou la charcuterie ?"
Les éditions de l'Oeuf viennent de publier cet ouvrage collectif consacré à Satie, avec les contributions de Bé, Mandragore, LL de Mars, Ivan Brunetti et d'autres. On y trouve diverses BD sur sa vie, sur son oeuvre, d'après son oeuvre et d'après sa vie, et parfois tout ça en même temps.
Collectivement, les auteurs peuvent se vanter de quelques hauts faits : satisfaire le connaisseur et le néophyte, ne pas juste montrer mais faire de la musique en bd, évoquer les travaux hors musique de Satie et avoir fait tout ça dans le même esprit d'expérimentation que celui de leur sujet.
A ce stade, je ne peux éviter d'introduire un peu Satie aux quelques lecteurs largués jusqu'ici : il portait toujours le même costume, il était l'unique membre de sa propre église, il a écrit des vexations pour piano (un thème très court répété 840 fois), il a travaillé avec Debussy, Cocteau et Picasso. Il a été vieux et pauvre.Il est mort.
Evidemment, tout ça n'est pas du goût de tout le monde. Certains préfèrent la charcuterie.



Robert Holdstock : Etat de rêves

Posté par Maxence le 16.11.06 à 17:12 | tags : denoel, elucubration, science-fiction

Parapsychologie, psychanalyse, recherche sur les rêves éveillés, réalité virtuelle, théorie du chaos et des multivers (univers parallèles)… Dans La Chair et l'ombre, tout est bon à Robert Holdstock pour tenter de découvrir les origines de visions paranormales de Jack Chatwin, le protagoniste de ce dernier roman (écrit en 1996 et traduit aujourd’hui chez Denoël).
Depuis sa plus tendre enfance, Jack aperçois en effet, de façon très réaliste, un étrange couple, Visage-Gris et Visage-Vert, poursuivit par une créature mi-homme, mi-taureau. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Qui fuitent-ils et pourquoi ? Et surtout, quels sont leurs interactions avec le monde réel. Des questions que jack, son épouse Angéla et l’excentrique archéologue John Garth, vont bien être obligé de se poser lorsque la fille de Jack, Natalie, disparaît…
Passé ce pitch un peu cliché de ce qui pourrait être une énième expression de l’imaginaire "Urban Fairy", un sous-style qui vient régulièrement hanter le paysage de la fantasy contemporaine (et dont le Neverwhere de Neil Gaiman est l'exemple parfaît, sinon rêvé), La Chair et l’ombre s'avère un surprenant thriller métaphysique et scientifique. Un hybride oscillant entre quête intérieure, science et imaginaire. On y croise donc alternativement le physicien des métamondes Stephen Hawkins et des chasseurs de cités enfouies, d'ambitieux neurologues et des bêtes préhistoriques, des spécialiste des représentations préconscientes et bien évidemment, des fantômes de chair et d'ombre.
Tout en fouillant avec méthode dans les recoins les plus secrets du cerveau humain, Holdstock réussi le double exploit de protéger le mystère entourant les visions magiques de ses personnages, sans pour autant se départir du rationalisme scientifique auquel sa formation de biologiste n'est certainement pas étrangère. Ses théories se teintent parfois de métaphysique, particulièrement lorsqu'il s'agit d'explorer les émanations de l’inconscient collectif (un territoire que Jung considérait une matrice primitive du conscient - ou préconscient - et dans lequel on retrouve les processus de référencement des mythes et légendes de l’humanité ainsi que des emprunts aux religions de toutes les cultures).
Que ceux qui trouveraient ces évocations rébarbatives se rassurent, La Chair et L'ombre est également un roman élégiaque et plein de sève, aux images magnifiques et aux personnages tout en profondeur, un véritable voyage dans le monde intérieur (l'Hinterland). Holdstock y manie aussi la psychologie avec style et virtuosité, de la même façon qu'il s'applique à décrire ces paysages fantastiques et – ou – archaïques. Au final, il semblerait que La Chair et l'ombre, cette histoire d'amour passionnelle vécue de l'intérieur, à la limite du rêve dans les territoires de l'inconscient, soit bel et bien le chef-d'œuvre annoncé. Lisez-le !

Robert Holdstock
La Chair et l'ombre
(Denoël/Lune d'encre)




Lucky Luke : la Corde au Cou

Posté par Myosotis le 16.11.06 à 11:13 | tags : bd


Après la "Belle Province" il y a deux ans, et cinq ans après la mort de son créateur Morris, le duo Achdé- Gerra nous livre sa deuxième aventure de Lucky Luke, intitulée La Corde au Cou. Dans une veine western plus prononcée que l'album précédent (globalement raté), le duo fournit une histoire plutôt amusante puisque les Daltons s'y marient, pour échapper à la peine capitale (par pendaison, d'où le titre en forme de jeu de mots, ah,ah !).
L'histoire vaut avant tout pour cette (malheureusement seule) astuce scénaristique, très bien trouvée par un Gerra plus inspiré que lors de sa première tentative, mais trop corseté dans sa posture d'admirateur pour donner sa pleine mesure. La Belle Province était plombée par cette admiration du scénariste pour l'histoire du personnage et par un manque de bons gags flagrants. Ce n'est pas tout à fait le cas ici : l'amélioration est sensible mais la difficulté de produire du nouveau avec un personnage essorré sur plus de 70 albums se fait sentir depuis assez longtemps. Le dessin d'Achdé est, quant à lui, un décalque pur, simple et très réussi des plans et traits de Morris, ce qui a ses avantages (aucune critique possible) et ses inconvénients (aucun effet de renouvellement). Comme leurs prédécesseurs, les deux hommes se sont amusés à multiplier les clins d'oeil people en insérant dans le dessin des "célébrités". Ce n'est pas ce qu'on préfère mais ça permet de passer le temps.
On peut considérer que si Lucky Luke n'a jamais été une BD à proprement parler passionnante, elle est devenue depuis des décennies une série en fin de vie, prolongée artificiellement et post-mortem pour des raisons économiques.  Gerra et Achdé parviennent à la maintenir à un niveau de qualité tout à fait supportable et à rendre sa lecture plutôt agréable. Que leur demander de plus ? Rantanplan n'en peut plus. Les Dalton ont été installés dans toutes les situations que la morale autorise et Lucky Luke n'a plus de ressort pour leur courir après. Lucky Luke ressemble de plus en plus à Derrick mais il n'y peut pas grand chose.
On se demande pourquoi les séries belges et françaises, comme les comics US, n'ont pas le droit à une "relance" qui ferait tout repartir à zéro et permettrait de redéfinir les codes et les personnages. Question de droits (créateur contre éditeurs) ? Flemme ? Exploitation du filon ?

Lucky Luke/ La corde  au cou
Achdé/Gerra




Melancholia : j'étais si incapable de dominer ma pudeur

Posté par Myosotis le 15.11.06 à 17:22 | tags : extrait, roman

J'avais les tempes brûlantes, m'attendant à ce que Yazaki se livre sur moi à toutes sortes de perversions, or il me pénétra après m'avoir caressée très normalement et éjacula sur mon ventre. J'aurais aimé le regarder éjaculer sur moi, mais je sentais mes tempes vriller insupportablement, j'avais la gorge si sèche, j'étais si incapable de dominer ma pudeur que je gardai les yeux fermés un long moment.Yazaki me fit boire dans sa bouche un peu de tequila. Il enveloppa ensuite mon corps dans un peignoir de bain et nous nous dirigeâmes vers le jacuzzi. J'étais incapable de savoir si j'avais eu un orgasme. J'étais incroyablement excitée et mon vagin ruisselait de mouille, j'avais serré contre moi le corps de Yazaki et crié à plusieurs reprises. En traversant le salon pour rejoindre le jacuzzi depuis la chambre, j'aurais voulu marcher fièrement, satisfaite, mais toutes mes forces m'avaient abandonnée, mes jambes ne me portaient plus et Yazaki dut me soutenir. Je me dis que je devais avoir l'air d'une survivante venant d'être repêchée dans un naufrage, à marcher ainsi soutenue par cet homme, un peignoir sur les épaules.
Erotique donc mais laborieux pour un Murakami. On notera toujours cette capacité à faire un réalisme qui déborde assez amplement ce qu'on peut concevoir. C'est l'une de ses caractéristiques d'écrivain et son procédé d'écriture n°1 : le réalisme photographique qui en devient tout le contraire, une sorte de réalité en relief.
Melancholia
Murakamy Ryu
En savoir plus ? Par ici



Du paradoxe Natascha Kampusch au retournement littéraire

Posté par Myosotis le 15.11.06 à 11:35 | tags : elucubration
la littérature a toujours utilisé avec bonheur la technique bien connue du "retournement du monde" pour créer des oeuvres de fiction : faire des méchants des bons, faire des hommes des bêtes (la Métamorphose, Truismes,...), des animaux des hommes ou leur équivalent (la ferme des animaux), des naïfs des savants (Lettres persanes), etc. L'un des derniers éléments à échapper massivement et complètement à cette inversion des images-valeurs aura été l'enfant, figure positive par excellence. On se souvient du Tambour, du Village des Damnés ou encore du Parfum, tous trois adaptés au cinéma qui ont su exploiter partiellement l'ambivalence physique et mentale de l'enfant, cette sorte d'étrangeté qui s'en dégage et lui confère un caractère inquiétant qu'on retrouve beaucoup dans la peinture et la poésie depuis le XVIIIème siècle. Il manque néanmoins dans ce filon un roman définitif.

En ce sens, le retournement d'image qui se déroule sous nos yeux concernant le personnage (désormais) controversé de Natascha Kampusch, jeune autrichienne "retenue" et élevée par un certain Wolfgang Priklopil pendant une petite dizaine d'années, est assez saisissant. Sortie comme une miraculée, la jeune fille est en passe de devenir une créature ambigue, pas encore démoniaque mais dont les intentions (cultivées, qui plus est, dans un réduit par son ravisseur et éducateur en chef) apparaissent moins claires que par le passé. Natascha accusée de vendre son histoire ? Natascha manipulatrice ? Natascha bête de sensualité ? On pourrait assez vite (en sautant dans la fiction) en arriver à une Natascha qui de victime deviendrait tortionnaire.

Dans ce champ totalement fictif et qui s'inscrirait dans une lignée artistique où l'enfant est non pas innocent mais coupable, où son physique est monstrueux et pas tendre (Velazquez), où sa morale est égoïste et non partageuse (Baudelaire), l'enfant SF est une menace et non une cible. La littérature d'anticipation pourrait ainsi s'appuyer sur ce "retournement des valeurs" pour réécrire les folles aventures de Natacha K. Dans ce récit d'anticipation (imaginez le tableau), un fille de 8 ans s'embusquerait devant les bureaux d'une grande banque, ou d'une usine située en périphérie de la ville. Après avoir rôdé dans les parages pendant quelques mois, tournant autour des travailleurs qui sortent des bureaux à la fin de la journée, elle aborderait un soir un homme seul, d'une cinquantaine d'années, en lui demandant de la raccompagner chez elle. L'homme sans malice s'exécuterait pensant avoir à faire à une petite fille perdue. Pour le remercier, l'enfant lui offrirait un bonbon et l'inviterait à entrer chez elle pour rencontrer ses parents. De là, drogué par le Haribo empoisonné, l'homme s'endormirait et s'éveillerait ensuite dans une cuve, pièce sans fenêtres de quelques mètres carrés, où l'enfant diabolique le tiendrait en respect pendant des années et des années. On peut imaginer sans mal l'intérêt qu'un enfant de 10 ans aurait à enlever un adulte.
L'enfant (peut-être pourraient-ils être deux) se servirait de l'otage pour devenir lui-même adulte, apprendre, jouer, se former, aimer, tout en gardant un droit de vie ou de mort sur cet homme adulte. A travailler, cette "situation de départ" paraît assez intéressante et permettrait d'en finir avec la bonté supposée des gamins.



Transfuge, dernière transfusion

Posté par Maxence le 14.11.06 à 17:26 | tags : média, news, revue

Décidément, il est dit que nous ne tarirons pas d’éloges sur nos confrères du magazine Transfuge (Le magazine de la littérature étrangère) qui nous livre encore une fois avec ce numéro 13, un parfait exemple de ce que pourrait être depuis longtemps la presse littéraire en France. Jugez plutôt, au sommaire de ce dernier numéro : Un dossier Philip K Dick très complet (de la science-fiction dans un mag littéraire, incroyable !) dont deux textes inédits : un de Jonathan Lethem (joie!) et un de Maurice Dantec, une interview fleuve de Ian McEwan ("Tous ces gens sûrs d'eux même face à la complexité du monde me dérangent."), une autre belle interview de Nick Cohn, le généalogiste de la culture pop, pas loin, une longue chronique de Can't Stop, Won't Stop, l'excellent livre somme sur l'histoire de la génération hip hop de Jeff Chang, sans oublier un beau papier sur le polar américain des origines (1920 - 1960) et les évocations de Ken Bruen (un géant de la littérature irlandaise encore trop peu connu, et sur lequel on reviendra…), John Irving, Rick Moody, Joyce Carol Oates, j'en oubli… Que dire, sinon : "Ruez vous dessus !"

 

 




Un homme est mort. Un autre s'ennuie.

Posté par 2goldfish le 14.11.06 à 10:10 | tags : bd
un homme est mortEn 1950, les ouvriers en charge de la reconstruction de Brest se sont mis en grève, au cours d'une manif' la police a tiré et tué un homme. Un cinéaste fut invité par la CGT à réaliser un film de propagande pour remonter le moral des troupes. Le film fut tourné, une lecture passionée du poème "un homme est mort" d'Eluard assurant la bande son et le tout fut projeté en boucle aux militants avant d'être détruit par l'usure. Plus d'un demi siècle plus tard, Kris et Etienne Davodeau font de cette histoire une BD et (attention, c'est là que le drame commence) je la lis.
Je sais que je suis injuste en écrivant ça. Après tout, la BD était exactement telle que je me l'imaginais : cinquante pages didactiques à la gloire du syndicalisme et de la lutte contre les méchants policiers et de l'Art et du Peuple ; des jolis dessins et un scrupuleux travail documentaire. Ce n'est donc pas un drame, mais une tragédie. On regarde les pages défiler, impuissant, jusqu'à la terrible conclusion : le dossier historique, avec photos d'époque, témoignages et autres preuves que les auteurs ont bien faits leurs devoirs.
Un Homme Est Mort n'est pas vraiment une mauvaise BD. Certes, on serait mal inspiré d'essayer de lui trouver un rapport à la société actuelle. Certes, elles ne nous apprend rien du tout. Le fait est qu'elle a surtout sa place dans les CDI des collèges, où je me suis revu, lisant tous ces albums incroyablement ennuyeux parce qu'ils n'y avait qu'eux. La vraie tragédie, c'est que cet album ait fini entre mes mains, au lieu de celles d'une tête blonde encore vide. Et pour ça je ne peux finalement m'en prendre qu'a moi même.



Kurosagi : Territoire des morts

Posté par Maxence le 13.11.06 à 11:02 | tags : elucubration, manga

 Un médium capable de parler aux morts en les touchant, un muet dialoguant avec des entités extra-terrestres par le biais d'une marionnette, un sourcier qui ne recherche que les morts, une spécialiste de l'embaumement ayant suivi une très sérieuse formation aux Etats-Unis et un hacker (une "hackeuse") sans oublier les morts eux-même, très actifs, malgré leur passage plus ou moins légale et désiré, de "l'autre côté". Voici les principaux protagonistes de la série Kurosagi - Livraison de cadavres. Au scénario : l'excentrique Eiji Otsuka, également responsable de la série MPD Psycho au côté de Sho-U Tajima.
Si vous êtes accro au rationalisme scientifique, passez votre chemin, vous risquez fort de ne pas goûter les facéties de cette fameuse série (déjà trois volumes parus) à l'humour délicieusement macabre. Animé d'une fois, toute ingénue pour l'intégrité de leurs clients, après la mort, l'équipe de Kurosagi doit suivre les directives dictées par ceux-ci après leur trépas (sous forme de messages de l'haut-delà, ou plus prosaïquement, de déductions réunies grâce à leurs enquêtes) afin de satisfaire à l'indispensable repos de leur âmes (sous peine de hantise, bien entendu). De la vieille retrouvée momifiée dans une armoire votive aux nombreuses victimes d'un coiffeur serial killer (qui ne coupe pas que les cheveux) sans oublier les retrouvailles émouvantes (et un rien gluantes) d'amants séparés par la mort, les acteurs de Kurosagi ont à chaque fois du pain sur la planche.
Mais malgré l'indiscutable aspect morbide de ses récits, Kurosagi s'avère surtout extrêmement drôle et totalement exempt de l'esprit malsain qui accompagnent généralement la fascination des japonais pour la mort (la société japonaise étant l'une des plus sûres au monde, ceci expliquant cela, CQFD). Habilement inspirée, dans sa présentation comme dans son rythme, des sitcom à l'américaine, Kurosagi voit également les rapports entres ses personnages évoluer et un véritable attachement s'installe du côté du lecteur, provoquant un besoin quasi-compulsif de découvrir de nouvelles aventures et respectant ainsi le cahier des charges de toute bonne série. A suivre donc…

Kurosagi
Livraison de cadavres
Tome 1, 2 & 3
Hosui Yamazaki et Eiji Otsuka



Alain Bosquet, poète fin de siècle

Posté par Myosotis le 10.11.06 à 10:09 | tags : poésie
Poète disparu en 1998 à près de 80 ans, Alain Bosquet est loin d'être le plus connu de nos artistes. Bouffé par les Aragon, Eluard et Reverdy dans les manuels de lettres, la poésie de cet homme, journaliste, romancier, d'origine russe est pourtant d'une modernité thématique réjouissante. On peut lire dans la NRF ses Sonnets pour une fin de siècle qui n'ont rien à envier en force de percussion et en rythme et aux poèmes de Houellebecq. Capacité à versifier dans les formes (sonnets), analyse lucide et un brin cynique du réel, absence d'illusions, la poésie de Bosquet est à la fois froide et tendre, cruelle et pleine d'attachement pour ses sujets, empreinte d'une sensualité permanente que le poète voulait à des hectares des poètes désincarnés de l'époque et des précédentes. Exemple ici avec ce portrait (polisson) d'une adolescente :

Bien qu'il puisse être son grand-père, elle est flattée/ par sa prestance un peu myope, ses extases/ ses façons de vainqueur que la victoire ennuie / son désir qui s'achève en paroles cinglantes/
Il trône au restaurant, dans les week-ends de luxe/ et les hôtels, dont les plafonds sont en velours./ Grâce à lui, elle acquiert quelques idées précises/ sur la planète, le présent, ceux qui gouvernent/
ou devraient gouverner, le désespoir, les masques.../ elle sait que bientôt il va l'abandonner/ pour une enfant plus jeune, ô loi de l'appétit/
charnel ! Elle n'en est que plus ardente à prendre / ses leçons de mépris et de civilité,/ à même un sexe mou et combien d'orifices ?  

Le sens du déséquilibre est ici particulièrement travailllé. La poésie de Bosquet fait jaillir le réel de la distance entre les pieds et le vers, des enjambements et des écarts de sens, une sorte de matérialisme poétique. C'est dans le saut de ligne que réside le sens moral de la poésie. Bosquet parle économie, PDG, sexe, supermarchés, ce qui est plus que rare dans l'art des nuées.

 

 




James Ellroy met en lumière sa part d'ombre

Posté par Easywriter le 09.11.06 à 13:01 | tags : news, polar
Qui peut le mieux décrire l'univers obsessionnel et presque claustrophobe d'Ellroy, la brutalité de son écriture sinon James Ellroy lui-même ?
C'est probablement le constat effectué par Clara et Robert Kuperberg quand ils ont décidé de réaliser American Dog. Diffusé demain sur Arte, leur documentaire présente un Ellroy en roue libre au coeur de Los Angeles, ville à la fois méprisée et adulée par le romancier :  lieu du meurtre de sa mère et d'Elisabeth Short (le fameux Dahlia Noir) et, pour cette même raison, cadre fantasmatique puissant de toute son oeuvre.
Au bord d'une piscine, au volant de sa caisse, dans une bibliothèque ou à la morgue, The dog,  comme il se surnomme lui-même, arpente les sentiers qui dessinent son oeuvre expiatoire et névrotique. " Je me suis servie d'Elisabeth Short comme outil d'exposition narrative pour arriver à sentir l'horreur, l'atrocité et la compassion que je n'ai pas ressenties à la mort de ma mère". Quête incessante de rédemption et impossible tentative de catharsis par l'écriture que Ma part d'ombre poussa il y a quelques années à son paroxysme. Un travail sans fin, auquel contribue American dog, laissant les démons d'Ellroy apparaître en pleine lumière.
American dog

Arte vendredi à 22H 15
Un ancien entretien avec James Ellroy sur Flu old-school.



Jack Kirby et son panthéon

Posté par 2goldfish le 09.11.06 à 10:48 | tags : comics, littérature en vidéo
 
Introduit par Harlan Ellison, Jack Kirby est  un peu nerveux devant la caméra. Il explique comment il a transformé les super héros en dieux en essayant simplement de gagner sa vie. J'avoue n'avoir pas compris où dans la bible exactement il a trouvé Galaktus et les New Gods, mais je suis sur que pour quelqu'un qui l'a lue, c'est très clair.



Chirs Ware : Building Stories

Posté par 2goldfish le 08.11.06 à 18:27 | tags : bd, web
chris ware"Les éditeurs de The Independent on Sunday m'ont demandé de dire quelques mots d'introduction à propos de ce strip, probablement pour se dégager de leur responsabilité quand le flot de courriers enragés et les abonnements annulés commencera à couler au fur et a mesure de sa publication dans les prochaines semaines"
Avec son habituelle modestie flagellatoire, Chris Ware introduisait ainsi il y a quelques semaines sa nouvelle oeuvre, une série de vingt-quatre planches racontant autant d'heures dans la vie d'un immeuble. Ces planches elles mêmes n'étant que la partie émergée d'un graphic novel sur lequel il travaillerait depuis cinq ans.
La nouvelle est d'importance, puisqu'avec son magazine Acme Novelty Library, dont on a tiré en France les deux luxueuses collections Jimmy Corrigan et Quimby The Mouse, Ware est probablement ce qui s'approche le plus dans le domaine de la BD d'un grand écrivain reconnu et surtout d'un grand écrivain tout court.
Les cinq premières pages de Building Stories sont lisibles sur le site de The Independent, malgré une résolution trop faible, sans doute destinée à nous donner envie d'acheter le journal. Il n'y a pour l'instant rien qui renversera le lecteur habitué aux constructions alambiquées de Ware, et leur lecture ne fait qu'augmenter notre impatience, mais c'est une excellente occasion pour tous les autres de découvrir qu'une page de cinquante-deux cases qui se lisent parfois de gauche à droite et du bas vers le haut peut sembler la chose la plus naturelle du monde.



Quatuor X : polar porno chez les bourgeois bruxellois

Posté par Myosotis le 08.11.06 à 12:14 | tags : métailié, polar, sexe et littérature
Je continue d'explorer avec bonheur les polars récents de la collection Métaillié Noir. Après Au fond de l'Oeil du Chat, très classique dans la forme et le fond, voici un Quatuor X à dévorer d'une traite et sans modération. Jean-Baptiste Baronian, Belge d'Anvers, est un auteur de genre très réputé et président de l'association des amis de Georges Simenon. Cela se sent : son détective privé, héros de ce roman, n'a pas l'allure d'un Maigret mais joue de l'histoire du métier, empruntant l'âge, le look, le moral désabusé, la culture classique, les femmes de tous ceux qui l'ont précédé.
 Dans Quatuor X, le privé est embauché par un producteur de films X bruxellois, bien comme il faut, pour rechercher sa fille disparue depuis une quinzaine de jours après s'être mise à la colle avec un mystérieux producteur de musique. L'amant, mal vu par son beau-père, est très vite retrouvé mort dans son appartement (égorgé et à poil), le cul posé sur une lettre suggestive signée d'une certaine Jeanne Mansfield (ne pas confondre avec Jane Mansfield, l'actrice). L'enquête va progresser dans le brouillard, à la façon d'un Derrick haletant où ce sont les indices qui viennent au privé plutôt que l'inverse. Les morts s'enchaînent et l'on plonge peu à peu dans les eaux troubles des partouzards amateurs d'orchestres à cordes (tranchantes) de Bruxelles : d'où ce Quatuor X dont je tairai tout.
L'ambiance créée par Baronian, mélange de déambulations gastronomiques dans la cité bruxelloise, de réflexions inspirées sur la vie, la mort, l'amour et de critique voilée de la Bonne Bourgeoisie (on se croirait dans un bon Chabrol ou chez... Simenon justement) est tout à fait réussie et enivrante. Le seul reproche qu'on fera à l'auteur est de nous donner trop vite envie d'arriver à la résolution de l'énigme, celle-ci étant servie un peu brutalement et trop simplement à notre goût. C'est évidemment l'une des qualités du polar que de nous faire lire à la vitesse de la lumière mais on aurait aimé cheminer quelques dizaines de pages de plus en compagnie des personnages de ce Quatuor (et plus si affinités).
Quatuor X
JB Baronian
Métailié

 

 




Polar & Tourisme : Autrement avec Jérôme Leroy

Posté par Myosotis le 07.11.06 à 13:29 | tags : polar
Dans la collection Autrement, qui mélange découverte d'une ville et schémas de polar (polar urbain donc), le Rendez vous rue de la Monnaie de Jérôme Leroy est une belle réussite. Auteur de quelques romans d'anticipation, l'auteur nous emmène dans un thriller à l'ancienne où un ancien barbouze, reconverti dans la sécurité haut-de-gamme, est pourchassé à travers les rues de Lille par son ancien adjoint, sacrifié pour la raison d'Etat, dans une précédente affaire. Le héros, solitaire, lettré et mélancolique, va marcher à sa mort le jour où "l'amour de sa vie", une femme qu'il n'a pas revue depuis des années, lui fixe un étrange rendez-vous (alors qu'elle a été tuée la veille....) dans un bar bourgeois de la capitale des Flandres. Si l'intrigue n'est pas extraordinairement neuve, la mise en place de Leroy réussit à nous installer suffisamment profond dans la tête (et les pas) des protagonistes pour qu'on ressente en direct toute la lourdeur de l'action, la densité de leurs émotions. Conjuguée à une description poétique de quelques sites lillois, l'expression de la tristesse du traître/ami/amant, les saillies de violence (le tueur exécute tous les personnels de l'agent) font écho aux transformations intimes d'une ville qui a énormément changé en 15 ans et qui, comme le héros, est dans ce rapport permanent entre nostalgie et réinvention. La maîtrise des codes du polar par Leroy est également à saluer. Sans afféteries, il parvient à rendre sobrement des scènes de canardage et de meurtre que d'autres auraient envisagé sottement à la John Woo, avec force explosions et effusions de sang. Du bon boulot qui donne envie de découvrir et l'auteur et les autres ouvrages de la série.
Rendez vous rue de la Monnaie
Jérôme Leroy
Autrement

 




NonNonBâ

Posté par 2goldfish le 07.11.06 à 10:40 | tags : manga

Gégé (prononcer guégué) a une grand mère (NonNonBâ) experte en yokaï, les esprits qui hantent le japon traditionnel. Il a aussi une bande d'ami avec lesquels il mène une guerre constante contre l'armée du quartier voisin. Entre ces deux mondes il devra faire un choix, celui du militarisme de la société dans laquelle il vit (le japon des années 30) ou celui des yokaï, du respect de la nature, des ancêtres et toutes ces choses là. Et puis il y a aussi deux petites filles avec qui il va se lier d'amitié et qui connaitront un destin tragique. Vous pouvez ajouter aussi que l'auteur, Shigéru Mizuki, a été fait prisonnier pendant la seconde guerre mondiale et y a perdu ses copains de chambrée et un bras.
Ca fait beaucoup de clichés, dit comme ça, mais NonNonBâ est pourtant bien un petit chef d'oeuvre, de ceux qui défient la critique. A la simple vue de la couverture, on sait à quel genre de manga on a à faire, et il fait effectivement ce qu'il doit faire, avec modestie et simplicité. Cornélius a en plus fait un excellent travail d'adaptation, avec de nombreuses annotations, un grand format et un papier épais et d'un blanc étincelant. Ils en ont sans doute fait un peu trop, d'ailleurs, parce que le manga est inutilement encombrant et cher. Malgré tout, vous feriez vraiment bien de le lire.
NonNonBâ
Shigéru Mizuki
Editions Cornelius



Prix Renaudot : Alain Mabanckou de justesse

Posté par Easywriter le 06.11.06 à 14:46 | tags : prix renaudot
Si Jonathan Littell a fait une relative unanimité au sein du jury Goncourt (7 voix contre trois dès le premier tour), l'Africain Alain Mabanckou a bien failli loupé
er le Renaudot pour son ouvrage Mémoires d'un porc-épic.
Déjà inscrit sur la liste des jurés l'an dernier, avec Verre cassé,  le Congolais remporte cette fois le Prix au terme de dix tours et l'ultime soutien du Président (dont la voix compte double) pour trancher l'hésitation de l'assemblée.
Son roman est une parodie d'une légende populaire africaine selon laquelle chaque être humain a un double animal.



Jonathan Littell, prix Goncourt

Posté par Easywriter le 06.11.06 à 14:09 | tags : les bienveillantes, prix goncourt

Telex : Finalement, les jurés de l'auguste prix n'auront pas reculé devant la notoriété des Bienveillantes, roman à fort succès auquel la maison Goncourt n'apporte pas grand-chose. Alors que l'an dernier, Michel Houellebecq avait les frais de sa trop grande médiatisation, Jonathan Littell parvient à concilier, bonnes critiques, engouement populaire et faveur des jurys. Ce type est décidément un phénomène.
A suivre sur Flu : le Goncourt en photos, de loin et flou.

MAJ : Voir aussi le forum les Bienveillantes.

 Sur le mag : Les Prix Goncourt depuis toujours 




Ohhh mais qui va avoir le Goncourt ?!!!

Posté par Easywriter le 06.11.06 à 12:12 | tags : les bienveillantes, prix goncourt

Jonathan Littell va t-il obtenir la récompense suprême, lui qui a déjà enregistré près de 300 000 ventes des Bienveillantes ? Du coup, les jurés ne vont-ils pas être tentés de le snober ? C'est bien connu, le favori se rétame toujours dans la moquette de chez Drouant, victime d'un ultime  croche-pieds à quelques mètres de l'Eternité.
Mais les vieux briscards préfèreront-ils saluer le François Vallejo de Ouest et assurer la publicité de Viviane Hamy ? Ah oui mais alors Flammarion, qui distribue cette dernière, nique sa race à Gallimard...
L'équipe de Flu, munie de magnéto extra-plats scotchés à même la poitrine, a soudoyé les serveurs, installé des micros partout et envoyé son reporter Jeeve habilement déguisé en bouteille de Möet. Photos volées depuis le toit d'en face à l'appui, il nous racontera les dessous des tractations, l'envers du décor, la guerre des nerfs et la haine larvée qui agitent le milieu des squales.



Le théorème du Roadrunner

Posté par Myosotis le 06.11.06 à 10:36 | tags : elucubration
En écrivant les 10 principes qui régissent la série des dessins animés "Beep Beep et le Coyote" ou RoadRunner, Chuck Jones a en réalité posé les bases d'un travail qui toucherait à la définition même du désir. Le succès du dessin animé tient à ce respect strict d'un cahier des charges qui s'appuie sur une définition quasi parfaite du "fantasme suspendu et toujours inabouti", fondement d'un certain nombre de vocations (politiques par exemple) mais aussi d'un certain nombre d'oeuvres littéraires. Si l'on s'amuse à remplacer la paire Road Runner/ Coyote par les mots Livre/ Ecrivain ou Destin Présidentiel/ Homme PolitiqueChef d'Oeuvre absolu/ Peintre, ou encore  Victime/ Tueur, on voit que cela marche plutôt bien.  Quant à ACME, cela peut correspondre selon les cas à la science, aux biens matériels, à l'énergie individuelle, à la magie ou à l'instrument artisanal. Là encore, c'est une notion essentielle par laquelle le désir se trouvera servi après médiation sur un plateau.
D'une certaine manière, c'est cette médiation qui pose l'échec de la réalisation du fantasme. C'est elle la responsable de tout, qu'elle soit piège foireux, processus d'écriture raté (alors que l'idée était splendide) ou croc-en-jambes politique. L'objet du désir n'est jamais fautif. On pourrait ainsi sur ce schéma analyser avec bonheur des oeuvres telles que Mme Bovary, le Rouge et le Noir ou Glamorama et un nombre considérable de classiques.
-  1. Le Road Runner ne peut faire de mal au Coyote, sauf quand il crie "BeepBeep" !
-  2. Aucune force externe ne peut faire de mal au Coyote. Seuls sont en cause son inaptitude et les produits ACME !
-  3. Le Coyote pourrait arrêter n'importe quand - si il n'était pas un fanatique ("Un fanatique est une personne redoublant d'efforts quand elle ne sait plus pourquoi elle le fait." - George Santayana).
-  4. Jamais de dialogues, sauf "BeepBeep" !
-  5. Le Road Runner doit rester sur la route ! Autrement, on ne pourrait plus l'appeler Road Runner !
-  6. Toute l'action doit se dérouler dans le milieu naturel des deux personnages : le désert sud-ouest américain.
-  7. Tout le matériel (armes, etc.), doit provenir de la firme ACME.
-  8. Aussi souvent que possible, faire en sorte que la gravité soit le pire ennemi du coyote.
-  9. Le Coyote doit toujours être plus humilié que blessé dans ses échecs.-  10. La sympathie du public doit rester avec le Coyote.

D'après : Chuck Amuck : The Life And Times Of An Animated Cartoonist That's All Folks : The Art Of Warner Bros Animation (sur http://funnycam.lautre.net/)




Stéphane Beauverger : Biopunk

Posté par Maxence le 03.11.06 à 15:15 | tags : science-fiction

Après la domination quasi-totale des sciences de l'informatique et de la communication, de la robotique et de la physique dans le domaine de la science-fiction (particulièrement en ce qui concerne la "hard-science"), il était prévisible de voir apparaître une nouvelle génération d'écrivain s'emparer des thèmes de plus en plus médiatisés des technologies du vivant (biotech, clonage, ingénierie génétique, etc... ).
C'est le cas de Stéphane Beauverger, un auteur francophone (un de plus) qui clôt ce mois, son désormais fameux Tryptique du Virus (ou du Chromozone avec un "n") avec la parution du dernier volume La Cité Nymphale.
Epris de prospective sociale à la Brunner, Beauverger dépeint un monde impitoyable où le danger de la contamination par un virus informatique est remplacé par celui beaucoup plus insidieux, car invisible, d'une contamination biologique. Romans sur la "phérommunication" (la communication par phéromones à la manière des insectes, mais aussi des humains, les phéromones étant pour beaucoup dans notre approche sociale - de la séduction aux luttes de pouvoir) Chromozone, Les Noctivores et La Cité Nymphale, s'ils ne sont pas totalement sans défauts, présentent une dynamique et un sens du tragique peu courant dans nos contrées. Une vision sans pitié de l'inanité humaine en période de crise et un point de vue impitoyable sur son incurable arrogance en ce qui concerne sa domination sur la nature, font de cette trilogie une des œuvres les plus sombres et - peut-être - les plus visionnaires de ce début de XXI° siècle.
Un bon point pour La Volte qui, après les disséminations de Pollen de Jeff Noon et la contamination psychédélique de la réalité par le rêve du Vurt, semble s'être emparée de l'impératif biologique dans le domaine de la science-fiction. Avec la Trilogie Chromozone et sa contagion insidieuse, c'est – presque – tout l'échantillon des dangers biologiques et autres dérives bioéthiques, qui est couvert par les auteurs de la toute jeune maison d'édition.
A noter, et ce n'est pas son moindre intérêt, que La Cité Nymphale est présentée accompagné d'une bande-originale signée par le mythique duo français d'ambiant-dub-industriel : Hint. (dont les plus curieux pourront avoir un avant goût sur ce fansite myspace.) Une excellente façon de s'immerger (à vos risques et périls) dans l'univers inquiétant et cloacale de Beauverger.
Stéphane Beauverger est présent aux Utopiales de Nantes   jusqu'au  5 novembre, pour donner des lectures extraites de La Cité Nymphale. Les visiteurs pourront également voir une exposition des illustrations de couvertures de Corinne Billon et écouter de la musique de Hint.

La cité nymphale
Stéphane Beauverger
La Volte






Elles sont pas trop Grasset les frites ?

Posté par Easywriter le 03.11.06 à 12:28 | tags : elucubration, prix



Une élucubration côté fourneaux et du meilleur goût, signée Arte Radio.



Melancholia : Murakami Ryû

Posté par Myosotis le 03.11.06 à 10:51 | tags : roman
Sorti il y a 3 ans et vieux de 10, Melancholia est dans le programme de Murakami Ryû (ne pas confondre avec Haruki Murakami), le deuxième volet d'une trilogie qui comprend Ecstasy et Thanatos. Si on le compare aux autres livres de l'écrivain japonais (les Bébés de la Consigne automatique en haut de la liste), Melancholia fait pâle figure. Bâti sur un dialogue entre une journaliste et un personnage charismatique dont on sait qu'il a été riche puis SDF, le roman est en réalité une sorte d'affrontement psychologique où l'homme va très vite prendre le dessus sur la jeune femme. Celle-ci se prend dans la gueule, dès la page 10, récit sur récit des amours, des passions, des rencontres de l'homme d'une cinquantaine d'années qui, tout en allant, s'envoie un maximum de vin cuit, de vin rouge et de cocaïne. La jeune Yazaki tombe sous l'emprise du récit, sorte de désir en armes ambulant, parfois SM, d'autres fois pathétique, et tente pendant quasiment tout le livre de dissimuler la "cascade de mouille" qui, inexplicablement, s'enfuit de sa culotte.

La lecture de Melancholia produit, et c'est sa principale qualité, une sorte de dérangement proche de ce que ressent Yazaki, un réel malaise lié à notre positionnement de survoyeur. Qu'avons nous fait pour entendre ou lire ça ? Ne pourrait-on pas les laisser seul à seul quelques heures pour qu'ils puissent en finir tranquille ? Ce sentiment s'amplifie vers la fin, lorsque les non-encore amants s'envolent vers le Mexique pour un voyage mystérieux. Murakami comme à son habitude tire le parti maximum de la situation et nous assomme une dernière fois avant de refermer un récit plus qu'étrange et dont la situation dans l'oeuvre intrigue. Sans qu'on puisse tout comprendre des motivations de l'auteur, et par delà le déplaisir qu'on peut avoir à subir le fameux dialogue, on ne peut que s'accorder pour saluer ce tableau d'un harcèlement moral et sexuel ambigu où la victime s'enfonce elle-même le couteau dans l'anus.

 




Lune d'encre profond pour Halloween chez Denoel

Posté par Maxence le 02.11.06 à 11:08 | tags : denoel, news, science-fiction
Deux très belles parutions chez Denoel Lune d'encre en ce mois d'octobre de l'an de grâce 2006 (En cette période d'Halloween, il est bon de mettre les formes...)
La Fille du Roi des Elfes
de Lord Dunsany tout d'abord, un classique de la littérature elfique, à ranger entre Alice au Pays des Merveilles et Le Seigneur des Anneaux, et La Chair et l'Ombre de Robert Holdstock présenté comme "son chef-doeuvre".
Personnellement j'avoue éprouver un certain ras-le-bol pour toutes ces parutions fantasy ("notre XXI° siècle sur-technologique est en mal de magie", tout ça...) mais cela n'exclue pas une petite faiblesse passagère. Faiblesse qu'on excusera, tant il est vrai qu'un auteur comme Holdstock par son érudition (voir Le Graal de fer, Celtika) et son sense of wonder (La Forêt des Mythagos), comme on dit outre-manche/atlantique, le place en tête de liste des écrivains à suivre dans ce domaine...
On y revient plus en détails très bientôt.
En attendant vous pouvez vous rendre sur la fiche auteur d'Holdstock sur l'excellent site du Cafard Cosmique.



Manuel d'instruction pour contourner le bug du 1er novembre

Posté par Gflu le 01.11.06 à 12:43
Magie noire ou néo-rituel anti-festif, nous avons un léger problème en ce 1er novembre : les billets de blogs édités avant Minuit (brrr...) ne s'affichent pas sur la page d'accueil. En attendant la réparation expresse (peut-être pas avant demain) il existe 5 moyens faciles de conjurer le mauvais sort.
1. Passer par la fonction Archives. Miracle : ça marche !
2. En profiter pour faire le grand saut 2.0 et s'inscrire aux flux RSS (le RSS, c'est quoi ?)
3. Répondre au questionnaire Novatris en taisant ce bug exceptionnel et en disant tout le bien que vous pensez de Flu (ça nous permettra de vendre de la pub et ce faisant d'embaucher des exorcistes texans - les meilleurs)
4. Aller gueuler dans les forums. Ca ne sert à rien, mais ça défoule.
5. Piocher dans l'actu côté mag (Vollmann, Ferney, Magnan etc.)
Vade retro bugus ! Et à très vite sur nos lignes.





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