Livres : actu romans, essais et bd, extraits... blog Mille feuilles.

Archives > Octobre 2006

Thatcher, Coe, les punks et Sarkozy

Posté par Easywriter le 31.10.06 à 17:15 | tags : news

Et oui il y a tout ça et en un seul post sur le blog politique de Flu auquel j'ai le droit de faire de la promo puisque les deux m'incombent ( je constate d'ailleurs que mes vacances de Mille Feuilles n'attristent pas grand monde mais passons...)
Bref, The Economist  veut qu'on se trouve un Thatcher, on s'en fout on lit pas The Economist on lit que Jonathan Coe.
L'Angleterre d'hier et la France d'après
Le blog présidentielle 2007
Merci de votre attention.



ShockRockets = Top Gun + Top Ten

Posté par Myosotis le 31.10.06 à 10:45 | tags : comics
Récit emballé par la paire Busiek (scénario) - Immonen (dessin), plus habituée aux sagas de super-héros qu'aux comics guerriers, Shock rockets vaut néanmoins qu'on y prête un minimum d'attention. La qualité de la série (éditée en album chez Delcourt) tient à une double inspiration. D'un côté, et très directement, un emprunt scénaristique au funeste Top Gun qui avait, en son temps révélé, l'affreux Tom Cruise.
Un jeune homme de basse extraction (trieur de déchet et d'origine immigrée) va intégrer l'élite crémeuse de l'aviation militaire mondiale : les Shock Rockets, pilotes d'élite chargés de protéger la planète contre les extraterrestres (qu'ils viennent de bouter hors de la galaxie) et un mystérieux colonel renégat. Le jeune pilote, Cruz, peine à s'intégrer dans l'équipe et à canaliser ses instincts de génie du gros manche. Comme dans Top Gun, c'est évidemment sous le feu de l'ennemi que le jeune impétueux gagnera le respect des anciens. Petite originalité tout de même dans cette BD d'aviation : les jets des ShockRockets sont "copilotés" par des consciences extraterrestres qui entrent, lors de la prise en main de l'appareil par l'homme, en phase avec leur pilote. Seconde inspiration et la plus intéressante : Busiek reprend l'étude de milieu façon soap inventée par Moore et Ha pour Top Ten. La BD est l'occasion, comme Moore l'avait fait avant lui avec le commissariat et ses personnages, de décrire l'univers quotidien de la base : les amours, rapports humains, l'histoire de chacun, les tentations et trahisons. S'agissant d'une mise en place, cette dimension aurait gagné à être approfondie mais permet un réel attachement aux personnages et contrebalance (pour ceux qui n'aiment pas ça) les longues et splendides scénographies aériennes. Le style Immonen, ce n'est pas la peine de le rappeler, est toujours aussi limpide et lisible. Il est particulièrement bien adapté à ce type de représentations (métal, lignes droites, mécaniques,...)En bref, un livre de genre efficace, plaisant mais peut-être trop léger pour un lectorat adulte et évolué  : ShockRockets fait partie de cette nouvelle BD dont on ne sait pas trop à qui elle s'adresse.  

 

 







Prix Femina : femmes au bord de la crise de nerfs

Posté par Easywriter le 30.10.06 à 19:15 | tags : prix
Huston qui rit, Chapsal qui pleure. La première a obtenu aujourd'hui le prix Femina pour son roman Lignes de faille paru chez Actes Sud. Soit un demi-siècle d'histoire vu à travers le regard de quatre enfants de six ans, issus de générations successives d'une même famille (vous l'avez compris nous ne l'avons pas lu).
La deuxième en revanche vient d'être exclue du jury à la suite de propos diffamatoires qu'elle aurait tenus dans son livre journal d'hier et d'aujourd'hui, où elle s'en prend notamment à la manière dont se déroulent les délibérations du Femina. Le renvoi de Chapsal ne fait pas l'unanimité et l'écrivain Régine Desforges a claqué la porte du jury par solidarité.
"Certes, c'est prendre un risque que se dévoiler ainsi, sans mise en scène, sans maquillage pourrait-on dire ! Mais tout écrivain ne doit-il pas vivre dans le risque ? " a écrit Madeleine Chapsal à propos de son journal..
Lignes de faille
Nancy Huston
Actes Sud





MPD Psycho : l'enfer c'est les autres

Posté par Maxence le 30.10.06 à 11:43 | tags : manga, polar
Halloween sera marqué cette année par la parution du dixième épisode de MPD Psycho, le gorissime thriller manga de Sho-U Tajima et Eiji Otsyba. Une actu schizophrène (évidemment !) puisque le DVD label de Jean-Pierre Dionnet, Asian Star, propose le même jour, l'anime "live" réalisée par Takashi Miike ! Pour les novices c'est l'occasion de découvrir cette série choc au scénarios sophistiqués et passablement tordu, pour les autres celle de redécouvrir le manga dans son adaptation télévisé par un maître de l'horreur burlesque.
Autant le dire tout de suite MPD Psycho n'est pas à mettre entre toutes les mains et mérite amplement sa classification dans la catégorie seinen manga (destiné à un public averti). Au programme : Auto-mutilations, cannibalisme, enlèvements, torture dans un véritable catalogue d'atrocités.
Pour autant, et même si les auteurs s'amusent, c'est certains, à faire preuve d'une rare inventivité, les crimes d'un raffinement extrême mis en scène ici n'ont rien de gratuit.  En dehors de cette "poétique du massacre", MPD Psycho se révèle assez riche et ses personnages assez profonds (malgré les nombreux revirements due aux changements de personnalités du principal protagoniste) pour que le lecteur s'attache à suivre le détective et son équipe. Eiji Otsyba, également scénariste de Kurosagi, livraison de cadavres, esquisse même une subtile critique de l'inconsistance de l'ego et de la désintégration de l'individu dans nos sociétés sur-évoluées. Quant à l'esthétique au scalpel de Sho-U Tajima (des traits très fins et beaucoup d'à-plats d'un noir profond), précise et glacée – presque clinique -  elle sert avec justesse une intrigue d'une rare complexité et surtout, ses scènes clés : la découverte, toujours théâtrale, des victimes de serial killer.
Au final on évolue dans MPD Psycho en proie au jeu de miroir des sentiments diamétralement opposés (le désormais fameux duo fascination et répulsion), savamment mis en place par les auteurs. A l'image de ceux éprouvés par le détective schizophrène et ses multiples hôtes indésirables....
MPD Psycho, le détective schizophrène n°10 de Sho-U Tajima et Eiji Otsyba (Pika édition)



Les Bienveillantes, prix de l'Académie française

Posté par Easywriter le 27.10.06 à 15:17 | tags : gallimard, les bienveillantes, prix
Jonathan Littell vient -il d'entamer sa course aux prix ? Ou à l'inverse le grand prix de l'Académie française qui vient de lui être attribué pour Les Bienveillantes signifie que le Goncourt vient de lui échapper ? Auquel cas qui l'aura ? Et le Femina alors, c'est du poulet ?
Quel suspense je vous jure je vais m'évanouir.



Et le Goncourt alors !

Posté par Easywriter le 27.10.06 à 13:15 | tags : prix, prix goncourt

Telex :
Voici les quatre sprinters retenus pour la dernière course. Verdict le 6 novembre.
Alain Fleischer : "L'Amant en culottes courtes" (Seuil)
Jonathan Littell : "Les Bienveillantes" (Gallimard)
Michel Schneider : "Marilyn, dernières séances" (Grasset)
François Vallejo : "Ouest" (Vivianne Hamy)
Goncourt :  Faites vos jeux ! Sur le forum livres de Flu (illus.)



William S. Burroughs vs K.W Jeter

Posté par Maxence le 26.10.06 à 10:51 | tags : denoel, elucubration, science-fiction


Si le génie de l'écrivain renégat William S. Burroughs n'a pas échappé à toute une frange de l'intelligentsia littéraire  française (Michel Bulteau, Jean-Hubert Gaillot, Serge Grunberg...), il n'en est pas de même pour un autre grand amateur de sexe déviant, de mutation monstrueuse et de codes littéraires explosés sous couvert de critique de l'aliénation sociale sous toutes ses formes, j'ai nommé K.W Jeter.
Il est vrai que, du Festin Nu en passant par la Trilogie Nova (sans oublier, Les Garçons Sauvages, les Terres occidentales et autres récits) l'œuvre de ce "gentleman junkie" sudiste, fourmille de tout ce qui construit un scandale et un mythe littéraire, particulièrement de ce côté de l'océan. Pourtant, par delà les clichés faciles de visions sodomites adolescentes, de monstruosités organiques, de mutation et d'addiction, c'est surtout pour sa critique sociale, la pertinence de sa conscience du contrôle qui régit toute société dite "démocratique" et sa dimension finalement politique, que vaut l'œuvre de Burroughs. Une intelligence vive, au pays - supposé - de l'acculture, qu'ont toujours représenté les Etats-Unis pour les Européens (un thème récurrent dans la littérature américaine même, de Hemingway à Miller, en passant par Norman Mailer ou Philip K Dick qui l'a particulièrement rendu célèbre sur nos côtes facilement américanophobes).
Plus jeune d'une vingtaine d'année, K.W. Jeter n'a pas eu cette chance. Ce disciple de Philip K. Dick (duquel on le  rapproche un rien facilement), à pourtant longtemps cultivé des "dangereuses visions" plus proches de la new-wave (ce courant de la science-fiction anglo-saxonne menée par Ballard, Moorcock, Dish et les autres) et de l'univers Burroughsien que de celui, du bougon paranoïaque de Californie. On lui doit, entre autre passion commune avec Burroughs, celle des mutations biologiques monstrueuses et de l'altération de la conscience par l'usage de stupéfiants. Il est le créateur de l'abominable docteur Adder, cousin ou frère cadet du fameux  docteur Benway de Burroughs dont les pratiques chirurgicales apocryphes (transformation des organes génitaux féminin en fascinantes anémones marines ou en monstrueuses mâchoires castratrices, fétichisme de l'amputation...) auraient fait frémir d'aise l'ex-occupant du bunker .
Par la suite, Jeter se focalisera sur une version hard de la science-fiction, pas sous son angle hard-science, mais plutôt son côté "hard-core".
 Spécialiste de l'horreur rampante, l'auteur que beaucoup considère, malgré lui, comme le premier  des cyberpunk, s'illustrera également dans la rédaction de nouvelles fantastiques (Terre des morts, Drive-in) et, pour son plus grand malheur, de quelques épisodes de la série papier de Star wars.
Pour autant, sa reprise dans les années 90 du thème de Blade Runner et son dernier roman traduit en France (Noir, 2003) contiennent encore leur lot de visions dérangeantes et provocatrices.

A lire :
Dr Adder
Le marteau de verre
Instruments de mort
Noir



En direct de Coupland TV.

Posté par Maxence le 25.10.06 à 17:29 | tags : douglas coupland, vo
Extinction Event, c'est le titre du nouveau joujou de l'hyper-actif écrivain Douglas Coupland. Il nous en parlait en effet en conclusion de l'interview accordée à Fluctuat, le mag, au printemps dernier. Il s'agirait donc d'un soap, co-signé avec les réalisateurs Chris Nanos (déjà co-producteur de Everything's Gone Green, le film de Coupland), Henrik Mayer et Elizabeth Yake, que l'auteur décrivait comme une série TV où j’invente une nouvelle fin du monde chaque semaine. Et chaque semaine, les six protagonistes doivent apprendre quelque chose qu’ils pourront employer pour changer leur manière d’exister. Plus précisément, le magazine Twitch, parle d'un évènement télévisuel dans la veine de Doctor Who, Buffy contre les Vampires et Lost. Le pilote est déjà écrit et la réalisation est en court. A suivre, donc... (merci Daylon)



En attendant Lost Girls

Posté par Myosotis le 25.10.06 à 11:39 | tags : alan moore, comics
En attendant la sortie en France des 3 volumes de Lost Girls, Alan Moore donne une (assez rare) interview en français dans le numéro de novembre de la revue comics ComicBox. Je parle à chaque fois de la qualité de ce magazine et cela ne se dément pas cette fois-ci avec quelques interviews très réussies dont celle de Phil Jimenez et de l'ancien Carmine Infantino, un article sur le trio Batman/Superman/Wonderwoman et un développement sur Captain Britain, en plus des pages de BD, consacrées ce double-mois à Conan le Barbare (bof, bof).
En ce qui concerne Moore et Lost Girls, on notera la confirmation de l'imbroglio juridique qui empêche la sortie européenne des Filles Perdues. Le roman graphique "pornographique" mêlant les personnages d'Alice au Pays des Merveilles, de Dorothy du Magicien d'Oz et de Wendy, de Peter Pan, les héritiers du nain James Barrie, dont les droits de l'oeuvre sont affectés jusqu'à l'année prochaine à un hôpital pour enfants, ont préféré s'opposer à la sortie de l'ouvrage. Cette réaction est d'autant plus vive, explique Moore, que l'hôpital, comme la presse s'en est fait l'écho dernièrement, devrait sortir un roman séquelle du livre phare de Barrie, dans lequel Wendy aurait vieilli et retrouverait un Peter Pan quasi intact au pays des enfants perdus. La concurrence d'un Lost Girls et d'un Peter Pan 2 pourrait expliquer le choc des cultures, d'autant qu'on est sûr que le Peter Pan de l'orphelinat n'aura pas les mêmes arguments que celui du druide anglais. Alan Moore, bon joueur, et qui se voit mal ôter le pain de la bouche des enfants, s'est fait une raison et attendra donc le temps qu'il faut pour goûter au succès dans son propre pays.

 




Et Paul Fournel, alors ?

Posté par DDA le 24.10.06 à 17:24 | tags : livre

On a reçu ça :
"Je remarque avec horreur que votre blog ne comporte aucune entrée sur Paul Fournel, Président de l'OuLiPo, cycliste, et plus sérieusement, écrivain d'une rare finesse. On signalera au passage "Un homme regarde une femme", ou "Les athlètes dans leur tête" qui a récemment été adapté au théâtre par André Dussolier. Certes, il faut aimer les auteurs discrets, patients, à la Maupassant, qui pratiquent des effets rares et subtils, mais son souvenir d'enfance, publié chez "Après la lune", dans la collection "la maîtresse en maillot de bain", vaut bien qu'on s'y arrête un instant. C'est un texte très court, conçu pour être lu dans les transports en commmun, où l'auteur évoque deux vocations manquées : cycliste, et coiffeur pour dames".

Ben voilà Nicolas, oubli réparé. Toi aussi assure la promo de ton tonton sur Mille-Feuilles.

(NB: les propositions de lecteur sont publiées de manière aléatoire (voire mais rarement pas publiées du tout) selon une logique oulipesque impossible à expliquer. Soyez patients...)



Prix de Flore : les six candidats retenus

Posté par DDA le 24.10.06 à 14:52 | tags : prix, prix de flore
 Plus le  prix Goncourt essaie d'être dans le coup, plus le Flore est commun. Allez zou, la liste des nominés :
Rendez-vous  de Christine Angot (Flammarion)
Supplément au roman national  de Jean-Eric Boulin (Stock)
 Grande Jonction  de Maurice G. Dantec (Albin Michel)
 L'heure et l'ombre  de Pierre Jourde (Esprit des péninsules)
 Les bienveillantes de  Jonathan Littell (Gallimard)
Une fille dans la ville de  Flore Vasseur, (Ed. des Equateurs)
Verdict le 09 novembre.



Foudres de guerre : que pensez-vous du teasing ?

Posté par Myosotis le 24.10.06 à 10:37 | tags : roman

Ce n'est pas quelque chose que je pratique spontanément mais je profite de ma "position" pour un brin d'autopromotion avancée et, surtout, pour tester in vivo les réactions à la lecture d'une 4ème couverture dont l'importance, malheureusement, est de nos jours décisive. Mon quatrième bouquin sortira en février 2007, chez Gallimard, et devrait s'appeler "Les Foudres de Guerre". Le teasing arrière donne ça pour le moment :  

Dans la France des années 2010, minée par de violents antagonismes sociaux, culturels et écologiques, cinq jeunes hommes, menés par un leader charismatique qui prône l'inaction et l'effacement, vont affoler, malgré eux, la République sécuritaire et bourgeoise.
Il faut un soupçon de courage et beaucoup d'insouciance pour quitter une vie ennuyeuse pour une vie d'ennuis. Il faut de l'inconscience pour jouer les super héros dans une fourgonnette qui sent le chevreau et suivre les yeux roux d'une fille dont la malchance congénitale peut changer vos vacances en guerre civile.
Foudres de guerre raconte, de l'intérieur, la naissance hasardeuse, l'essor et la chute grandiose du mouvement le plus immature, populaire et dangereux de ces cinquante dernières années. Entre la Bretagne, les Landes et l'ancienne banlieue parisienne, le destin de ces jeunes gens croise celui d'une société qui s'effondre.
Alors ?

PS copinage  de Easy : à lire sur Flu un entretien avec Benjamin Berton au moment de la sortie de Pirates. Un plus ancien lors de la parution du très remarqué Sauvageons




Confession d'une jeune fille

Posté par Myosotis le 23.10.06 à 17:46 | tags : poche, sexe et littérature

A 2 euros pour 100 pages (en Folio), La Confession d'une jeune fille du sévère Pidansart de Mairobert , "censeur royal" du XVIIIème siècle, auteur de quelques traités savants et secrétaire honorifique du roi, offre un rapport prix/excitation quasi imbattable. Ecrit pour les hommes (enfin, il me semble), bien que racontant l'initiation d'une jeune fille dénommée Sapho (évidemment), ce court roman est un modèle du genre et démontre, s'il le fallait encore, que la littérature érotique est un outil aussi stimulant que tout ce que la chimie et l'Internet peuvent proposer en libre accès à nos contemporains.
Servi par un style précis et moderne (l'auteur se suicidera en 1779, pour défendre son honneur), le roman de Pidansart de Mairobert tourne autour de la découverte de la sexualité et de l'initiation au lesbianisme d'une toute jeune fille. Sa trouvaille principale (et sa contribution à la langue) peut se résumer dans une expression : il dit de son héroïne qu'elle se découvre sous l'action d'une pédagogue zélée, un "clitoris diabolique". Je n'en dis pas plus sur ce que cela signifie et sur les conséquences que la découverte d'un tel organe peut avoir sur une jeune femme-volcan, mais il s'avère que l'idée qu'un clitoris puisse être "diabolique" ouvre des perspectives quasi infinies pour l'imagination, la masturbation, et globalement la vie en général. En 100 pages, le roman n'en explorera que quelques unes, féminines puis plus convenues, mais qui vous pénétreront assez profond pour que vous ayez envie par vous-même d'en inventer des tas d'autres hors champ.

 Confession d'une jeune fille
Pidansart de Mairobert
Folio




Tim Dorcey : Florida Burlesque

Posté par Maxence le 23.10.06 à 15:23 | tags : elucubration, polar, rivages
La Floride attire décidément bien des vocations littéraires. Que l'on évoques les légendes Ernest Hemingway et Ross Mc Donald, les "dignes héritiers", Thomas Mc Guane ("Cap'tain Barjot" pour les intimes) et Jim Harrison ou les hagiographes, Thomas Sanchez et Carl Hiaasen, on ne peut ignorer leur "petit frère" turbulent, l'hilarant Tim Dorcey. Un auteur qui est au polar ce que Tex Avery était au dessin animé "pour enfant".
Depuis Florida Roadkill, ode à tout ce que "l'Etat des fleurs" (ainsi qu'il fut baptisé à l'origine) peu produire d'excès, de déviances et de débauches, l'auteur n'a cessé de nous enchanter avec son bagout et son sens du rythme. Après une parenthèse politique (Orange Crush en 2005), Dorcey ramène à la vie les deux complices de son personnage fétiche : Serge A. Storms, sociopathe à temps-plein et hyperactif "Robin des Bois" de la déjante, grâce à un "twist" temporel opportuniste. Triggerfish Twist, son nouveau roman chez Rivages, se situe donc entre le moment où Serge et son ami abruti, Coleman, rencontrent la sculptural Sharon, et celui où ils tombent presque par hasard sur 5 milles dollars.
Un petit saut en arrière en forme de parenthèse, puisque le deuxième volet de la série, Hammerhead Ranch Motel, voyait Serge évoluer seul, ses mascottes ayant toutes deux subies une fin tragi-comique comme seul Dorcey peut les imaginer.
Hormis les tribulations d'une famille bien sous tout rapport (les Davenport), en but à un voisinage clownesque mais dangereux, soigneusement sélectionné par un agent immobilier véreux qui a décidé d'acheter tout un quartier de Tampa Bay en usant de tous les moyens possibles, le récit de Triggerfish Twist ne possède quasiment pas de trame logique. On ne peut donc pas parler d'intrigue ici. Dorcey passe successivement de la description du fonctionnement aberrant des services bancaires de l'état de Floride, aux échauffourées de voisinages (charge de Pittbull, ronde de nuit des citoyens dans "Crack City", virées nocturnes absurdes, bitures et scène de violence irrationnelles) prenant ainsi le pouls d'une région considéré par le reste du monde comme le paradis mais que ses habitants transforment lentement mais sûrement en "enfer climatisé". Du coup, on ne peut qu'admirer la virtuosité – et surtout le culot – avec lequel l'auteur réunit tous ces facteurs aléatoires en fin de roman, réussissant le "twist" plutôt gonflé annoncé dans le titre.
Triggerfish twist
Tim Dorcey
Rivages



Des Sabres et de feu (de dieu)

Posté par Myosotis le 23.10.06 à 10:40 | tags : le cherche-midi, roman
Marc Trillardest grand reporter et romancier. Je n'avais rien lu de lui avant ce De Sabres et de feu et c'était probablement une erreur. Le roman de Trillard est aussi original qu'intéressant, s'inscrivant dans un courant de réalisme-social qui, je ne cesse de le répéter, reste assez minoritaire chez nous et quasiment inexistant en littérature générale. De Sabres et de feu est d'une simplicité biblique :  un lieu (un campement gitan dans le Sud Ouest de la France), quelques personnages bien campés (le gardien du campement fasciné par le monde gitan, un vieux gitan à la mort dépositaire de la culture ancestrale, un jeune gitan révolutionnaire qui est l'héritier du précédent et sa fille en Carmen locale emballant le 1er) et un événement (la mort prochaine du vieux marque la disparition d'un monde pour un autre où les gitans s'enracineraient dans les HLM qu'on leur construit de l'autre côté du campement).
Sur ce schéma simple, Trillard dresse à la fois un portrait de groupe, un portrait d'individus, et un drame romantique (le gadjo marié qui s'éprend de la belle gitane). Ces 3 thèmes se doublent d'une réflexion un peu caricaturale et écrasée par la fascination qu'exercent les gitans sur le héros-gardien concernant l'opposition liberté/ ordre, nomadisme/sédentarité. La mort du vieux gitan attire sur site des caravanes venues de toute l'Europe et entraîne un duel avec les autorités municipales qui veulent tuer ces électrons libres et les parquer dans des habitations fixes et donc tristes.
Il y a dans le parti pris de Trillard un certain manichéisme qui place la liberté, l'honneur, l'énergie dans le camp des gitans (dont il ne manque pas tout de même d'évoquer les ambiguïtés). Si l'on passe outre cette difficulté, on se trouve face à un ouvrage qui se lit bien, qui envoûte et fait partager ce sentiment d'étrangeté merveilleuse qu'exercent les voyageurs.Le style Trillard est également un élément à souligner : l'écriture est inélégante, sans afféteries. Elle paraît peu travaillée alors que c'est sûrement tout le contraire, parfois vulgaire (au sens étymologique) mais illustrant parfaitement le propos et accompagnant pas à pas et tournure sur tournure, les émotions du gardien. Ce qui fascine ici c'est la capacité de l'auteur à faire sonner la langue comme la parfaite grammaire d'un monologue intérieur. Toutes proportions gardées, et sans que cela mette les 2 livres sur le même plan, Trillard fait aussi bien dans ce domaine que Mme de Lafayette sur sa Princesse de Clèves. Le rebondissement final (ce qu'on apprend sur la belle gitane) vaut aussi qu'on tienne jusqu'au bout. C'est suffisamment laid et effrayant pour relancer l'intérêt et conclure cet ouvrage précieux en beauté.
De Sabres et de feu
Marc Trillard
Le Cherche-Midi

 

 

 

 

 




La mort de Johnny Halliday

Posté par Myosotis le 20.10.06 à 10:46 | tags : ballard, elucubration


Cauchemar ou mauvais trip, l'idée m'est venue que nous étions peut-être en train de devenir un pays sans héros. Si vous vous souvenez de la Foire aux Atrocités, l'un des livres précurseurs de James Graham Ballard, il évoquait (je résume son propos) que la capacité d'une nation à se penser comme telle tenait dans sa capacité à produire du mythe et, notamment, via le mécanisme des morts sacrificielles. A l'époque, c'était facile, l'Amérique venait de sanctifier Marylin, James Dean, JFK et quelques autres et étaient au fait de son rayonnement mortuaire. En extrapolant, on peut considérer que la puissance d'un pays se mesure au pouvoir qu'a ce pays de faire participer les autres (le monde) à son propre deuil. Il y a eu bien sûr le 11 septembre (bien que d'un statut forcément différent), mais également avant et après la mort de Ronald Reagan ou celle de Kurt Cobain.
Si l'on considère la France, on voit bien que nous n'avons plus les moyens de nous payer une mort d'importance mondiale. C'est un signe que même le savant déclinologue De Closets n'a pas mis en évidence. La France est un pays sans morts. Aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur, nous n'avons plus un héros capable d'arracher les larmes du peuple tout entier. Zidane est bien vivant, mais nous plaçons de grands espoirs en son décès prochain (une intoxication alimentaire au Bifidus Actif ?). VGE n'aura le pouvoir que de rassembler une foule rigolarde. Signe des temps, il n'y a guère qu'un Johnny Halliday, sorte de clone triste d'Elvis, grotesque mais au filet de voix juste, qui puisse aujourd'hui espérer devenir le prochain héros français à mourir avec panache. A cette seule idée, on frémit. Un pays qui érigerait un monument à ce héros-là, mériterait bien son mauvais sort.



Rentrée littéraire 2.0

Posté par DDA le 19.10.06 à 16:50 | tags : web

Avec respectivement 3.000.000 et 50.000 visiteurs, Marc Galan, romancier, et Athanase Vantchev de Thracy, poète, entre autres auteurs, démontrent publier sur le Web que ça marche. « Une saga historique sur l'Europe ? Mais ça ne marchera jamais ».« La poésie, mais plus personne n'en lit ».
A force d'entendre ces lieux communs de la bouche des éditeurs, le romancier Marc Galan et le poète Athanase Vantchev de Thracy ont décidé un beau jour, chacun de leur côté, de mettre en ligne leur travail. Entre les louanges de leurs relations et les préjugés des décideurs, il devait bien y avoir un juge objectif : le public. Deux ans et demi après, celui-ci à tranché. Avec près de 3 millions de visiteurs, soit plus de 100.000 visiteurs uniques mensuels, AUBE, le roman de Marc Galan sur la préhistoire de l'Europe, ( http://www.aube-saga.com ) est le roman de langue française le plus visité sur le Net.
Quant à Athanase Vantchev de Thracy, ( http://www.athanase.org ), sa poésie à déjà touché plus de 50.000 lecteurs, et son site américain 25.000 de plus. Certes, ces succès, qui sont loin d'être les seuls, ne doivent pas faire oublier que bien des sites d'auteurs indépendants n'ont que quelques dizaines de visiteurs par an, mais il en est de même pour nombres d'auteurs sur papier, qui n'ont, en plus, pas l'opportunité de décider de la date et des modalités de leur lancement et connaissent la douleur du pilon. Et les auteurs sur le Net eux-mêmes, qu'en pensent-ils ? Marc Galan déclare : « Une publication sur papier d'une saga historique aussi importante que la mienne (car je n'ai mis sur le Net qu'1 tome sur les 9 de l'ouvrage), était un trop gros risque pour un éditeur français. Et ils disaient tous sans m'avoir lu que seuls les anglo-saxons savent écrire dans ce genre. En publiant sur le Net, je brise ce tabou et je touche les francophones du monde entier (près d'un million de mes visiteurs ne viennent pas de France). Nous, les écrivains du Net, sommes les plus actifs ambassadeurs de la francophonie. J'espère bien que cela sera reconnu très vite. » Et Athanase Vantchev de Thracy de renchérir : « Faire connaître leurs écrivains était le monopole de certaines maisons. Internet a brisé ce monopole. Je découvre des textes magnifiques en surfant... et souvent d'inconnus. »

Voilà ce que nous a envoyé Jean Balcony, web-reporter de l'extrême et lecteur de Mille- Feuilles. Toi aussi fais des reportages sur ta famille et envoie-les à Flu.

Toute la rentrée littéraire sur le mag 




La Grande Caravane Littéraire

Posté par Myosotis le 19.10.06 à 14:39 | tags : elucubration
On considère à tort que la littérature française ronronne et ne dépasse pas les frontières de ses arrondissements naturels. En cette période de rentrée littéraire et de distribution des prix, il n'y a pourtant rien de plus moderne et nomade que la Grande Caravane Littéraire Française. La Tournée des foires aux livres est devenue, en complément de la course aux récompenses (nationales, locales et ultralocales), la seconde caractéristique majeure du paysage littéraire français. Quand les anglo-saxons et les allemands, autrement inspirés sur ce plan là, préfèrent des séances de lecture ou de pseudo-conférences, les maisons d'édition françaises, commandées par les libraires et les maires des grandes agglomérations continuent de livrer les écrivains en pâture (et sous chapiteau) aux lecteurs empressés de découvrir l'évolution de la calvitie de PPDA ou le nouveau chapeau d'Amélie Nothomb.
Il y a quelque chose de très paradoxal dans un dispositif qui traite physiquement le livre et son créateur comme un artichaut (dans toute fête du livre, il y a les bons emplacements, les bons rayons, à droite ou à gauche de la tente, les angles morts, les couloirs de la mort etc), tout en enrobant l'ensemble dans un discours de sacralisation - des auteurs et des bouquins - soutenu par une débauche de moyens : bons restaurants, hôtels standing, discours avec les édiles, passage des huiles du canton,.... Ces manifestations, fort sympathiques au demeurant, symbolisent toute l'ambiguïté française devant l'objet culturel et littéraire tantôt pièce de boucherie vendue sans aucune imagination (les étals sont tristes comme la mort et sans recherche marketing spécifique, même si l'on ne met pas le filet avec les abats, tout de même), tantôt Livre Saint dont on vante la force et la singularité (ce qui évite d'y regarder de trop près). 



Dissociation

Posté par 2goldfish le 18.10.06 à 09:08 | tags : bd, édition, news
moins d'un quart de seconde pour vivreUne petite maison d'édition, c'est un peu comme un groupe de rock. On commence avec une bande de pote et de l'ambition, le succès arrive et le monde est a vous. Invariablement, pourtant, après quelques années votre vie commence à ressembler à Spinal Tap. On a donc appris ce week end qu'après le départ de David B. l'an dernier, l'Asso vient de perdre deux autres de ses piliers: Lewis Trondheim et Joann Sfar. Cofondée en 1990 par JC Menu, Killofer, Mokeit, Stanislas, Matt Konture, David B et Trondheim, l'Asso a accompli tout ce qu'elle pouvait espérer : elle a changé la face de la BD française, révélé plein de nouveaux talents et publié quelques oeuvres essentielles.
On ne connait pas vraiment les raisons du départ de Trondheim, tandis que Sfar a expliqué dans sur le site ActuaBD que s'il s'en allait c'était pour suivre ses copains. Il y explique aussi qu'il sera dorénavant publié par Shampooing, la collection dirigée par Trondheim chez Delcourt. On sait que Menu, le dirigeant de facto de l'Asso, adopte une position radicale, à la limite de la paranoïa, quand à la récupération par les gros éditeurs. La réponse se trouve sûrement quelque part par là. On savait de toute façon depuis le début que c'est ainsi que finissent les projets entre copains, et ce qui importe vraiment, c'est ce que ces changements nous apporteront en termes de publications, et pour l'instant tout reste possible. La bande dessinée indépendante mourra-t-elle aux mains du grand capital ? La réponse au prochain épisode.



J'ai lu Lost Girls

Posté par 2goldfish le 17.10.06 à 10:31 | tags : alan moore, bd, sexe et littérature, vo
lost girlsApparement, je suis le premier ici, et j'ai de la chance. Pour ceux qui n'auraient pas suivi, je vous parle d'une BD pornographique d'Alan Moore et Melinda Gebbie dans laquelle trois femmes nomées Alice, Wendy et Dorothée se retrouvent dans un hotel suisse à la veille de la première guerre mondiale pour se raconter leur biographies sexuelles. C'est une oeuvre très ambitieuse censée réconcilier le lecteur avec son imagination sexuelle.
Lost Girls est déjà un succès critique et commercial, et pas encore la victime d'un procureur américain bien pensant (ce qui ne saurait tarder, n'en doutons pas). C'est effectivement une oeuvre hautement recommandable à tout lecteur majeur, mais ce n'est pas le chef d'oeuvre absolu annoncé.
Premier problème, Lost Girls n'est pas une révélation. C'est peut-être la différence culturelle, puisqu'en tant que français nous avons la réputation d'une attitude éclairée vis a vis du sexe, mais je n'ai pas attendu cette lecture pour savoir que l'imagination sexuelle est une chose formidable, que la pornographie peut-être de l'art ou que la guerre n'est jamais que l'expression de pulsions homosexuelles refoulées (ou "les soldats, c'est tous des pédés"). Ce n'est pas un crime, mais Lost Girls ne fait jamais que répéter (avec un très bon sens de la formule), des idées pas si originales que ça.
Lost GirlsBeaucoup plus grave, l'écriture de Moore ruine souvent l'efficacité de son propos. Plutôt qu'une vraie BD, Lost Girls ressemble trop souvent à l'un de ces livres illustrés que lisent ses personnages. Moore répète volontiers que selon certaines études, en stimulant en même temps les deux hémisphères de notre cerveau via le texte et l'image, la BD serait le plus efficace moyen de communiquer une information. Ici, avec ces deux éléments mis en parallèle plutôt qu'entremêlés, le lecteur adopte un rythme mécanique (je regarde l'image, je lis le texte, je regarde l'image suivante...).
Mon cerveau monopolisait donc mes flux sanguins au détriment de mes corps caverneux. Sans doute chez d'autres l'effets sera-t-il inverse. L'important c'est que, contrairement à Gebbie qui a apporté tout son art au dessin des actes les plus bestiaux (voir à ce sujet Dorothée et le lion du Magicien d'Oz), Moore ne réussi pas à marier l'art et la pornographie, juste à les faire cohabiter.
Lost Girls
Alan Moore et Melinda Gebbie



Dostoïevski et Martin Amis

Posté par Myosotis le 16.10.06 à 09:00 | tags : roman, vo
Coïncidence étonnante (ou début d'une période russe), je viens d'enchaîner la lecture de Crime et Châtiment de Dostoïevski (que je n'avais jamais lu) et de House of Meetings, le nouveau, court et excellent roman du britannique Martin Amis. Alors que je m'interrogeais sur les rapports entre les deux ouvrages, je tombe sur cette séquence, page 57, qui me paraît être une critique très pertinente des travaux de "Dusty", comme le surnomme Amis.
"Vous les occidentaux, le seul écrivain russe qui vous parle est ce vieux sac à vent, ce vieux corbeau, ce génie de Dostoïevski. Vous l'aimez parce que tous ses personnages sont foirés SCIEMMENT. C'est justement ce que Conrad ne supportait pas chez lui, tous ses personnages de fous sacrés, de débiles sans le sou, d'étudiants affamés et de bureaucrates paranoÏaques. Comme si la vie n'était pas assez dure, ces types font tout leur possible pour oeuvrer à leur propre souffrance." (traduction plus que libre)
Il faut avouer que c'est assez bien vu. Dans le roman d'Amis, ce discours est tenu par un vieillard russe de 80 balais, sorti du goulag il y a quarante ans. Cette phrase nous rappelle qu'Amis, avant d'être un grand romancier, est aussi un énorme critique littéraire, très lucide, très synthétique. La fonction de tels critiques, et c'est le cas ici, est de donner un éclairage étonnant et quasi extralucide sur une oeuvre ou un auteur. Si l'on y pense, qu'on aime ou qu'on aime pas Dusty, il n'est pas sûr qu'on puisse porter un jugement de valeur sur son oeuvre plus pertinent que celui-là. Il y a évidemment une bonne centaine d'autres raisons de lire la House of Meetings, mais j'y reviendrai une autre fois.



Pages scannées sombrement...

Posté par Maxence le 14.10.06 à 15:18 | tags : elucubration, extrait, science-fiction

Alors que l'adaptation de "Substance Mort" de Philip K. Dick ("A Scanner Darkly", donc) par Richard Lindtaker est actuellement dans les salles, je ne résiste pas à l'envie de vous scanner (ça ne s'invente pas un titre pareil) un extrait du fameux passage de "la bicyclette 10 vitesses", parfait exemple de dialogue sans queue ni tête entre junkies. Attention, passage d'anthologie !

Extrait : BARRIS (planté au milieu du living, l'air très satisfait, avec un grand vélo flambant neuf) : Regardez ce que j'ai eu pour vingt dollars.
FRECK : Qu'est-ce que c'est ?
BARRIS : Un vélo dix vitesses, état presque neuf. Je l'ai repéré dans le jardin des voisins, je me suis renseigné : ils en avaient quatre, alors j'ai offert vingt dollars et ils me l'ont vendu.
LUCKMAN : Je ne savais pas qu'on pouvait se procurer un dix-vitesses presque neuf pour vingt dollars.
FRECK : Pourquoi dis-tu qu'il a dix vitesses alors que j'en vois que sept ?
BARRIS : (surpris) : Quoi?
FRECK : (allant jusqu'au vélo pour prouver ses dires) Regarde, cinq vitesses ici et deux à l'autre bout de la chaîne. Cinq et deux égale sept. Ça ne donne qu'un vélo à sept vitesses.
LUCKMAN : Oui, mais même un vélo à sept vitesses, ça vaut le coup à vingt dollars. C'est quand même une bonne affaire.
BARRIS : (piqué au vif) : Ils m'ont dit qu'elle possédait dix vitesses. C'est de l'arnaque. (Tout le monde s'assemble pour examiner la bicyclette. Ils comptent et recomptent les vitesses.)
FRECK : A présent, j'en compte huit : six devant, deux derrière. Ça fait huit.
ARCTOR : (logique) : Mais il devrait y en avoir dix. Les vélos à sept ou huit vitesses, ça n'existe pas. Pas à ma connaissance. Qu'est-ce qui a pu arriver aux vitesses qui manquent ?
BARRIS : On a dû trafiquer le vélo, le démonter sans disposer des outils adéquats ni des connaissances techniques nécessaires, et quand ils l'ont remonté, ils ont laissé trois vitesses par terre. Elles sont sans doute encore sur le sol de leur garage.
LUCKMAN : Dans ce cas, on devrait aller les réclamer.
ARCTOR : Sept, huit, peu importe. Ce que je veux dire, qu'avant d'aller là-bas, tu ferais bien de te renseigner. Ce vélo ne m'a pas l'air d'avoir été démonté. Avant d'aller gueuler, sois sûr de ton affaire. Tu me suis?
LUCKMAN : Mais à qui demander ? Qui connaît-on comme autorité en matière de vélo de course ?
FRECK : On n'a qu'à demander au premier venu. Sortons avec le vélo, et le premier freak qui se présente, on lui demande. Comme ça, on aura un point de vue désintéressé.
(Tous ensemble, ils sortent le vélo devant la maison, et voient aussitôt sur un jeune Noir en train de garer sa voiture. Ils lui montrent les sept – huit ? - vitesses et lui
demandent de leur indiquer le nombre exact, quoique tous - à l'exception de Charles Freck - puissent voir n'y en a que sept : cinq à un bout de la chaîne et deux à l'autre. Cinq et deux égale sept. Ils le voient de leurs yeux.
)
JEUNE NOIR (calme) : L'astuce, c'est qu'il faut multiplier le nombre de vitesses de l'avant par celui de l'arrière. Multiplier, pas additionner, parce que voyez-vous, la chaîne saute d'une vitesse à l'autre, ce qui vous donne proportionnellement cinq (il indique les cinq vitesses) fois l'une des deux vitesses avant (il les désigne également), soit cinq fois un, puis, lorsque vous actionnez le levier sur le guidon (il fait la démonstration) et que la chaîne saute à l'autre vitesse avant, encore cinq fois un. Cinq et cinq dix. Vous voyez ?
(Ils le remercient et ramènent le vélo à l'intérieur. Le jeune Noir n'a pas plus de dix-sept ans…)
LUCKMAN : Quelqu'un a de la came ?




Orhan Pamuk décroche le Nobel

Posté par DDA le 12.10.06 à 17:37 | tags : news, prix
Telex : comme un de nos indicateurs nous l'avait assuré, c'est donc l'écrivain turc Orhan Pamuk qui a remporté le prix Nobel de littérature. Symbole à plus d'un titre au moment où la France adopte un projet de loi spécifique sur la reconnaissance du génocide arménien par les Turcs. Pamuk fit en effet l'objet de sérieuses menaces dans son pays en reconnaissant haut et fort le le génocide arménien et le massacre de 30 000 Kurdes . A ce stade de ma puissante intervention j'aimerais vous parler plus avant de l'oeuvre du bonhomme mais je ne l'ai jamais lu. Et vous ?



En route pour Seattle

Posté par Myosotis le 12.10.06 à 14:49 | tags : bd
Rassemblées en un volume d'à peu près 500 pages par les Editions Rackham, les histoires de Peter Bagge, auteur de BD US indépendante, valent le déplacement. Bagge parvient à installer en un tour de mains des personnages et des situations à la fois drôles, attachantes et hautement réalistes. En route pour Seattle reprend la vie et l'oeuvre d'un loser d'une trentaine d'années (qui est le double noir de l'auteur) qui va de galère en galère sur un mode graphique qui rappelle, par son trait brut et aigu, les dessins de Robert Crumb.
Bagge raconte ainsi la vie de Buddy Bradley (la VO s'appelle "Hate", tout un programme) dans l'Amérique des années 90. Ce type qui passe son temps à boire, à naviguer de mauvais plan en mauvais plan est encerclé par une galerie de personnages loufoques, jeunes et en grande détresse morale et psychologique : deux colocataires Stinky (un punk qui deviendra pop star avant de sombrer dans l'anonymat) et Georges, un Black claustrophobe adepte des théories du complot, deux copines folles à lier, Lisa et Val, féministes, possessives et sensuelles en diable.
Difficile d'en dire plus si ce n'est que l'ensemble est ce qu'il y a de plus effrayant sur la vie de ces personnages qu'on appelait à cette époque les slackers. Buddy Bradley est infect, aime les vieux disques, travaille quand il se brûle, trompe à peu près tout le monde et s'en tire, presque toujours, avec la honte et le mépris de l'Humanité entière. Avec lui, Bagge propose une version tout à fait convaincante et mise au goût du jour du Hank de Bukowski, sale et goujat, tendre et affligé, qui n'a jamais eu la force d'écrire.
Sur le site de l'auteur, on trouve par ailleurs quelques planches et histoires en ligne.

En route pour Seattle

Peter Bagge





Le Grand Meaulnes vs Charlotte Sometimes

Posté par Myosotis le 12.10.06 à 10:13 | tags : elucubration

Les adaptations simultanées par le cinéma du Grand Meaulnes d'Alain Fournier, du Parfum de Patrick Süskind et du Diable s'habille en Prada de Lauren Weisberger ont été reçues de manière très différente par la critique et le public. Jugé inadaptable, le Parfum s'en tire un rien écorné mais s'avère non seulement fidèle au livre mais également plutôt convaincant dans sa manière de rendre la vie de Jean-Baptiste Grenouille, le serial killer parfumeur, en Technicolor.Côté Grand Meaulnes, par contre, c'est la débâcle. Casting merdique, rendu de l'oeuvre initiale catastrophique, et dissolution complète de l'onirique atmosphère imaginée par Alain Fournier. Si l'échec est si cuisant, c'est peut-être tout simplement parce que des 3, le plus inadaptable n'est pas celui qu'on pense. Contournée la difficulté qui se pose tant pour le livre que pour le film de saisir la puissance d'évocation des odeurs (le réalisateur filme des nez qui sentent, qui pètent et qui éjaculent, des effluves en montrant de quel corps ils s'échappent), le Parfum allait presque de soi. Le Diable avait déjà au corps (ah,ah) ce rythme enlevé qui sied à merveille aux comédies de cinéma.
 Pour le Grand Meaulnes, le cinéma devait inventer un discours propre à la littérature (et à la musique pop, hé oui) qui est celui des "images mentales adolescentes". Les peintures de l'adolescence et de son imaginaire, lorsqu'elles s'inscrivent dans la réalité cinématographique (ce qui exclut les Fables sexuelles ou non comme Peter Pan, Edward aux Mains d'Argent, Spiderman etc) courent le risque soit de perdre leur dimension onirique, ce qui est le cas du Grand Meaulnes et donc de friser le ratage et le ridicule, soit de ne garder de l'adolescence que cette brutalité qui sous-tend toujours le rêve et la tendresse (Bully, la vie de Jésus, Spider).
On peut à partir de la matière adolescente faire du spectacle (les teen movies), du graveleux (American Pie) ou du dur (les films de Larry Clark) mais plus difficilement un film d'atmosphère sans sombrer dans le gnangnan (la Gloire de Mon Père). Avec le Grand Meaulnes, le réalisateur se heurte à l'impossibilité technique de rendre la fête mystérieuse, de rendre la beauté adolescente. Le problème est insoluble sauf à passer par le film de fantômes (comme le font les Japonais, Kaïro, Avalon) ou le clip délibérément rêvé, à la façon de cette adolescente qui glisse sur fond de cathédrale et de dortoir pour filles dans l'illustration de Charlotte Sometimes. Le Grand Meaulnes et la Charlotte de Robert Smith partagent cette caractéristique d'être ridiculement beaux et vierges, de flotter sur l'air, la page et la pellicule comme des spectres, sans impressionner autre chose que notre mémoire. Comme les drogues de synthèse, les images mentales adolescentes ne peuvent faire effet que si elles voyagent directement en shoot et dans le sang par le cerveau (livre) ou par l'oreille (musique). La médiation de la vue les rend inoffensifs, ternes et débiles.
sometimes i dream/where all the other people dance/sometimes i dream/charlotte sometimes/sometimes i dream:the sounds all stay the same/sometimes i'm dreaming/there are so many different names/sometimes i dream/sometimes i dream...

 

 




Qu'est-ce que vous voulez lire ?

Posté par Easywriter le 11.10.06 à 17:46 | tags : news

Vous êtes des milliers chaque jour ( c'est vrai) à venir consulter cet espace critique.  A force de vous voir prendre vos aises on s'est demandé qui vous pouviez bien être. Quel âge avez-vous ? Etes vous du genre à vous laver les mains dix fois par jour ? Les créneaux à gauche vous y arrivez  ?etc..
La dernière enquête statistique effectuée par David Koresh semblait démontrer que notre lecteur type était une sexagénaire abonnée au Bourbon glaces qui roulait  pieds nus dans un coupé sport racé. Mais la passion de notre community manager pour François Sagan et les spiritueux n'avait pas plaidé en faveur de la fiabilité de son étude.
Nous relançons donc une vaste enquête auprès de vous, histoire de mieux connaître vos attentes, vos aspirations, vos goûts et le montant de votre découvert autorisé.
Car notre métier à Mille-Feuilles, c'est votre confort. Notre mission : votre bien être. Notre engagement :  la satisfaction de vos désirs.
Ceux qui répondent à ce questionnaire peuvent gagner l'équivalent d'une semaine de salaire de notre chef de rubrique (5000 € à gagner en tout, un prix de 1500 €, 5 de 700 € chacun). Plus sérieusement, cette enquête menée sur le web a pour but d'aider les webzines comme le nôtre à mieux cerner leurs lecteurs qu'ils aiment d'amour.
Le sondage de lectorat Fluctuat.net / Novatris



La Chambre des Morts de Franck Thilliez

Posté par Myosotis le 11.10.06 à 17:04 | tags : polar
Ce n'est pas parce que Franck Thilliez est un écrivain ch'ti que je choisis de parler de sa chambre des morts, mais plutôt parce que, dans son genre (le polar réaliste), son deuxième roman est une vraie réussite pour qui veut fuir, l'espace d'un instant, les histoires abracadabrantes de ceux qui tiennent la tête de gondole : des Américains aux gros sabots à la machine (plutôt) hoquetante des derniers Grangé.
De ce dernier justement qui fait figure maintenant d'étalon du genre (en France du moins), Thilliez garde l'enracinement d'un terroir chargé d'histoire (le Nord, le Nord Est de la France, sinistre par nature) et la capacité à entrelacer les récits, il garde la noirceur et l'habileté à décrire les sentiments qui animent les Gens de Mal. Son écriture est sobre, précise mais pas dénuée de poésie. Parfois, Thilliez sonne comme un David Peace français. L'intrigue n'est pas forcément sans failles et défauts mais suffisamment bien menée et répandue sur toute la surface du livre pour qu'on s'y installe confortablement dans une attente angoissée.
Le point de départ est d'une grande originalité : deux informaticiens licenciés viennent se venger la nuit de leur ancienne entreprise et butent par accident un troisième larron, lesté de deux millions d'euros. Peu à peu, ils se disputent autour du magot, destiné initialement à payer la rançon d'une petite fille aveugle, détenue par un serial killer.  L'affaire s'organise autour du déchirement progressif des deux informaticiens  et du monde de La Bête (le monstre en question), dont on nous livre malheureusement une partie des secrets un peu trop tôt.
 Le vrai thème du livre est la contamination du mal, sous toutes ses formes et, plus ou moins, les moyens de s'en prémunir.Ce qui compte ici, c'est finalement plus l'ambiance formidable qui est créée par Thilliez : les décors, les mouvements, l'évocation des paysages et de la sociogéographie de la région, que l'histoire elle-même. Thilliez ne parvient pas, comme le fait Vargas, par exemple, à équilibrer complètement les nombreux éléments qui composent la trame du récit et à tenir le crescendo qu'il promettait. Il n'y a guère que le dénouement final qui permette de rebondir sur une impression magnifique et un saisissement d'admiration avant de refermer le livre.
La chambre des morts
Franck Thilliez
Editions le Passage

 

 




Le Clan des Tengu

Posté par 2goldfish le 11.10.06 à 09:53 | tags : manga
Io Kuroda - Le Clan des Tengu
Io Kuroda - Le Clan des TenguLes Tengu  sont des divinités mineures du gigantesque panthéon japonais.  Originellement, ces hommes-corbeaux étaient connus pour embêter les moines boudhistes, mettre le feu aux forêts et enlever les enfants. Les siècles passant, leurs rôle s'est inversé pour devenir celui de protecteurs des enfants perdus et sujet de blagues grivoises (on les représente souvent avec un très long nez).
Au premier abord, il semble que le mangaka Io Kurada a voulu utiliser cette légende pour masquer le gout de Peter Pan trop prononcé de son oeuvre. La petite Shinobu est devenue tengu après avoir perdu ses parents. Quand elle découvre qu'elle a été remplacée auprès de son frère par une "poupée de boue", sa transformation est achevée et elle s'envole au dessus de la ville.
Je dois avouer qu'a ce point de l'histoire, je m'ennuyais profondément. Restait à apprécier le dessin magnifiquement expressif. Les planches de Kurada débordent d'énergie, sans l'abus d'effets caractérisitque de trop de mangas. Tout passe par la fluidité du pinceau et la vie que l'auteur réussit à donner à ses personnages.
Mais alors que la dernière page approchait, en lieu et place de la fin que j'avais prévu se lançaient de nouvelles pistes beaucoup plus intéressantes : les tengu, après avoir formé un parti politique, partent à la recherche du légendaire Mr Z, tengu légendaire banni du japon par soixante-dix mille bonzes. Arrivé là j'ai du vérifier la couverture : le clan des Tengu compte en fait plusieur volumes. La suite s'avérera toujours plus délirante, Kurada parvenant à réconcilier les deux aspects des tengu (voleurs et protecteurs d'enfants) tout en accumulant les éléments science-fictionels.
Même s'il retombe toujours sur ses pattes, il n'est pas toujours clair où Kurada veut en venir. Blamons l'exhubérance d'une oeuvre de jeunesse. La bonne nouvelle, c'est que cette oeuvre a justement dix ans, et qu'au japon il n'a pas arrêté de publier depuis. Espérons en voir un peu plus bientôt.



Douglas Coupland et Everything's gone green

Posté par Easywriter le 10.10.06 à 12:09 | tags : littérature en vidéo, vo
Oui bon ok , c'est plutôt une actu cinéma mais :
1) tout ce qui concerne Douglas Coupland appartient à la rédaction livres qui le soutient sans quasiment aucune réserve depuis longtemps.
2) le responsable de ces pages nourrit de puissants fantasmes sur la ville de Vancouver où un jour il vivra une nouvelle incarnation autrement excitante que son existence du moment.
Or Everything's gone green - dont l'auteur canadien a écrit le scénario - narre les tribulations de Ryan, semi-loose (encore..) d'une vingtaine d'années qui bosse pour un canard local distribué dans les supérettes et se retrouve embarqué dans une sale affaire de blanchiment d'argent.  Mais c'est surtout  une ode poétique à la capitale contre-culturelle du Canada. C'est à dire ?
"La dominance de la culture de la marijuana, la culture asiatique, la culture immobilière, évidemment la météo, l'écotourisme, le cinéma et la télévision". Merci Doug! (Et merci Youtube)
Actuellement en salles au Canada.
Un petit entretien avec l'ami Coupland ?



En attendant Ludmilla : ça valait le coup d'attendre.

Posté par Maxence le 10.10.06 à 10:15 | tags : elucubration, roman

Sexuellement agressée par son poivrot de grand père, Ludmilla Derev le tue accidentellement, sans préméditation, mais sans réelle pitié non plus. A partir de ce moment, elle doit fuir Oublisk, obscure région de l'ex-bloc soviétique en décomposition, état en guerre continuelle, abandonné de tous et loin de tout.
Pendant ce temps, à Londres, les frères Heat, siamois récemment séparés à l'âge de 33 ans, doivent réapprendre à vivre en temps qu'individus. Passer tardivement du statut d'être unique à l'état d'entités distinctes, ils élaborent forcément des stratégies radicalement différentes pour prendre la vie à bras le corps. Alors que le falot Bunny préfèrerait retourner au sein du douillet cocon de l'institution qui les a élevé, pour Blair, le plus dynamique des deux, il s'agit en l'occurrence, de travailler, subvenir à leurs propres besoins et… tirer un coup. Ces deux mondes finiront par se rencontrer par le biais d'internet et devront assumer jusqu'au bout l'absurdité de notre époque inique.

Etres d'informations, de café-croissants et de chauffage central, nous ne sommes pas grand chose. C'est ce que nous apprend "En attendant Ludmilla", magnifique roman oublié de l'été, de DBC Pierre, alias Peter Finley, écrivain australien, irlandais d'adoption, grand voyageur et auteur du "Bouc Emisphère" en 2004.
Doublement magnifique en fait, puisque par delà la fable moderne il y a le personnage de Ludmilla.
Etes vous déjà tombé amoureux d'un personnage de fiction ? Non ? Et bien vous tomberez forcément sous le charme de Ludmilla, l'Oublil à grande gueule - et gueule d'ange - de DBC Pierre. Quand aux jumeaux Heat, dans leurs figures pathétiques est inscrite toute la décadence de l'Occident, même si l'auteur nous émeut dans sa description de ces deux êtres paumés dans un monde qui les dépasse, ainsi que dans l'évocation de la fraternité, ses différences, ses violences et ses élans. Deux mondes disais-je, qui se heurtent jusqu'à la tragédie. Un véritable choc entre deux civilisations et deux cultures totalement antagonistes. Ajoutez à cela des dialogues souvent hilarants, des situations totalement abracadabrantes échappant à tous contrôles et une peinture sans concession de notre modernité vous obtenez un roman étourdissant, à côté duquel nous sommes décidément beaucoup, je crois, à être passés. Un oubli que j'espère vous donner envie de rattraper ici.

DBC Pierre, En attendant Ludmilla – Editions du Panama.




Axiomatique de Greg Egan : La science-fiction d'après

Posté par Maxence le 09.10.06 à 10:50 | tags : philosophie, science-fiction

A propos de Greg Egan, je lisais quelque part : "Il y a la science-fiction "avant Greg Egan", la science-fiction "après Greg Egan" et, plus important encore, la "science-fiction de Greg Egan". Je ne me souviens plus où ? Toujours est-il que cette affirmation est parfaitement exacte. Je ne sais pas en quelle estime les lecteurs de ce blog tiennent la science-fiction (cette "littérature pour "débiles, geeks boutonneux et adolescents rêveurs", si l'on s'en tient à l'avis général, qui n'est, heureusement, jamais le bon) mais la SF selon Egan, c'est un peu comme la philosophie selon Deleuze... Egan est un auteur difficile (très) mais tellement passionnant. Le littéraire que je suis, a bien été obligé de se faire mal pour passer outre les idées préconçues sur la littérature mais - surtout - sur la réalité (dont la physique, la chimie, les mathématiques, le chaos, la psychologie mais aussi tout bêtement, la sexualité, l'amour, l'humanité sont les principaux ingrédients, comme dans les histoires d'Egan) à l'aune de l'esprit visionnaire d'un auteur de cette trempe.
Première bonne nouvelle, la version d'Axiomatique publiée par Le Bélial est bel et bien la version américaine originale. Soit, 18 nouvelles publiées en tout (les éditions DLM avaient déjà publié, deux fois 4 nouvelles, dans deux recueils différents, et une, isolée, sous le format d'une novella).
Deuxième bonne nouvelle, la traduction est impeccable (ce qui n'est pas un mince soulagement, les lecteurs de SF le savent bien)
Au final, Axiomatique se compose donc d'une série de savoureuses petites nouvelles, globalement assez facile à lire comparée aux romans de l'auteur. Comme son titre l'indique, chaque histoire illustre un thème. Des drogues qui brouillent la réalité et provoquent la conjonction des possibles. Des perroquets génétiquement améliorés qui jouent En attendant Godot. Des milliardaires élaborant des chimères, mi-hommes mi-animaux, pour assouvir leurs passions esthétiques. Des femmes qui accueillent dans leur ventre le cerveau de leur mari le temps de reconstruire son corps. Des enlèvements pratiqués sur des répliques mémorielles de personnalités humaines. Des fous de Dieu inventant un virus sélectif reléguant le SIDA au rang de simple grippe. Des implants cérébraux altérant suffisamment la personnalité pour permettre à quiconque de se transformer en tueur... Comme l'écrivait si bien Christo Datso : Egan s'en prend à ces mirages de l'identité que sont la morale ("Axiomatique"), la mémoire ("le Coffre-fort"), l'enfant ("le Tout-P'tit") et le corps ("la Caresse"). Toutes sont prospectives tout en se situant dans un futur proche, presque aujourd'hui, comme c'est le cas pour la bonne science-fiction. Les textes d'Egan sont souvent ironiques et très noires, concernant notre futur technologique. Lire Axiomatique est une activité viscérale, car à l'instar d'un David Cronenberg, la fiction d'Egan touche à ce que l'on a de plus intime. Ici pas de voyages spatiaux, d'extra-terrestres et de bataille à l'épée laser (ne vous fiez pas à la couverture). Egan examine avec la minutie d'un chirurgien (j'allais dire d'un Ballard, mais Ballard n'est pas un scientifique et il est bien faible comparé à Egan finalement) les mœurs, les sentiments, les élans de personnes, nous, plongées dans le bouillonnement des découvertes scientifiques de notre ère (biotechnologie, xénobiologie, génétique, nanotechnologie...) Au fil des pages, le lecteur acquiert le sentiment poignant de n'être qu'une petit chose, un homoncule n'ayant finalement que très peu d'expérience, en comparaison de ce qu'est la vie biologique et son évolution.

Bref, Axiomatique fait parti de ces livres renversant. De ceux qui vous changent. A propos de Jeff Noon, j'ai été  gentil. Bon, d'accord j'ai un peu insisté. Mais à ceux qui s'extasie sur Palahniuk, Ballard, Thomas Pynchon ou Jonathan Littell, je conseil impérativement la lecture d'Axiomatique de Greg Egan.

Greg Egan, Axiomatique, Les éditions du Bélial




Allen Ginsberg et le sens du beat

Posté par Easywriter le 06.10.06 à 13:28 | tags : littérature en vidéo, vo

Ginsberg pouss la chansonnette chez William Buckley. Le vieux beat n'a pas loupé sa vocation.



Le Sony Reader, enfin sur Terre!

Posté par Easywriter le 06.10.06 à 11:46 | tags : e-book
Tatatata... Sony retente l'aventure e-book avec ce Reader bénéficiant de connexions RSS et autres branchements USB. Pour l'heure, la révolution démarre uniquement sur le sol américain, l'invasion européenne suivra si les consommateurs daignent bien abandonner leur  insupportable conservatisme et jeter leurs livres moins chers, plus pratiques et plus beaux.

La folle histoire du e-book de l'Antiquité à aujourd'hui, c'est sur Flu le mag.



Chroniques de la lune noire : vers la fin ?

Posté par Myosotis le 06.10.06 à 09:00 | tags : bd

Mastodonte de la BD française, la saga de Froideval (scénario) et maintenant Pontet (dessins) amorce peut-être dans son 13ème album la dernière ligne droite avant une conclusion qu'on attend depuis 1989 avec une certaine impatience. Malgré un changement de dessinateur après le tome 5, les aventures de Wismerhill, un "homme qui voulait devenir roi", comme on dit dans ces contrées, auront toujours été suffisamment passionnantes pour nous faire avaler les yeux fermés des histoires de porte de l'Enfer, de légions de satan, de monstres et autres sortilèges. Ce qui a fait la qualité de la série, c'est le contraste entre sa violence incarnée dans des affrontements toujours plus légendaires, massifs et sanglants, et l'humour carrément régressif des personnages, toujours prêts à lancer une vanne à deux balles ou à mettre en avant leur côté grotesque. Les dessins de Pontet et le travail des coloristes, servant sur un plateau des couleurs criardes, primaires ou immondes, se seront toujours mis au niveau d'un scénariste alternant les moments de déprime et de noirceur, et les excès rabelaisiens.
 Alors que le tome 12 était plus tourné vers la peinture de l'administration de l'empereur Wismerhill, le dernier est clairement dans une logique de mise en place des éléments terminaux de la saga : un affrontement entre les 2 plus gros étripeurs de la galaxie, avec à la clé, la domination sur un monde globalement éclaté et revenu à l'âge des tribus et des seigneuries. L'affrontement entre Wismerhill et Thorn s'il a couvé par le passé n'a jamais été si près de ressembler à une guerre ouverte. Espérons (ils avaient eu cette tendance sur les tomes 9-12) que les auteurs ne feront pas durer la sauce indéfiniment et donneront à cette série le final intense et apocalyptique qu'elle mérite et que ceux qui l'ont suivie en temps direct (comme moi, depuis, mince, 17 ans) sont en droit d'attendre !

Chroniques de la lune noire
Froideval/ Pontet
Dargaud




Kerouac à la télé

Posté par Easywriter le 05.10.06 à 16:02 | tags : littérature en vidéo

Jack Kerouac, super à l'aise quand il est interviewé par un animateur pianiste et pas tellement plus quand il parle de la récupération de la philosophie "beat" par les communistes. Avec lecture en VO et en musique. De rien, de rien, c'est plaisir.



Les Bienveillantes de Jonathan Littell : coup marketing et alors ?

Posté par Easywriter le 05.10.06 à 12:37 | tags : gallimard, les bienveillantes

Gallimard dépassé par les ventes d'un livre qui n'aurait été tiré au départ qu'à 8000 exemplaires, la nécessité d'utiliser le papier prévu pour Harry Potter (subliminal : bienveillantes=Potter=vous devez l'avoir lu) pour réimprimer les Bienveillantes (de Jonathan Littell) carton absolu déjà vendu à plus de 100 000 exemplaires.....l'éditeur lance à l'occasion des infos anecdotiques mais savoureuses, manière de marteler le discours du succès auquel vous ne pouvez échapper. Et alors ?
En face les adversaires du marketing littéraire poussent des cris d'orfraie, sur le mode c'est un pur  coup monté, Gallimard prépare son affaire depuis un an. Et alors ? L'auteur a  d'ailleurs bénéficié du plus gros a-valoir pour un premier roman. Il y a quelques années, l'auteur anglais Zadie Smith avait aussi obtenu un a-valoir invraisemblable et les droits de  traduction de son premier roman s'était arraché à la foire du livre de Francfort alors qu'une centaine  de pages seulement circulait. Enorme buzz bien avant la sortie d'un livre que personne n'avait lu.
Et alors ? Sourire de loup est un putain de bon roman ! Des éditeurs ont orchestré un gros buzz media autour d'un livre incroyablement intelligent et généreux, qui donne à réfléchir et à s'émouvoir -faut-il les en blâmer ?  Le bouquin est bon ou pas ?
Les Bienveillantes est un livre porté par une ambition qui lui confère déjà quelque intérêt : décrire l'horreur du point de vue des bourreaux, mêler érudition historique et capacité à fictionner autour de ce qu'on considère comme un territoire presque interdit à la fiction et donc affronter l'histoire ave un grand "H" , ce qui n'est pas si fréquent dans la littérature d'ici.
Qu'aujourd'hui des pisse-froids viennent expliquer que le texte de Littell a nécessité quatre mois de relecture alors que c'est le cas de la majorité des manuscrits, même chez les auteurs en vue, dont certains sont dyslexiques et font des fautes d'enfants de CP ( tout le monde le sait dans la petite  République des Lettres) est la dernière des escroqueries intellectuelles.
Ca peut paraître bizarre de défendre un livre contre ses détracteurs alors que c'est un best-seller, soutenu par une partie de la critique et qu'il se démmerde très bien tout seul : mais justement les Bienveillantes caracolent en tête des ventes et, pour une fois, on peut saluer l'engouement du public pour un livre plutôt âpre – et même chiant parfois, ce qui est aussi le cas de certains passages de Dostoievski.
Ce n'est pas le marketing qui fait vendre Jonathan Littell, sinon la sauce aurait pris pour Angot dont la surface médiatique est aussi large pour un résultat moins grand. On a parlé beaucoup de Littel après que le succès a démarré. Ce ne sont pas trois chroniques dans la presse intello qui ont lancé le marché mais plus vraisemblablement un bon bouche à oreille entretenu par les libraires. Le marketing comme souvent, servira surtout à conserver cette position acquise.


MAJ : Lire aussi le forum les Bienveillantes.



Femmes que nous avions négligées (3/3) : Olga Grushin

Posté par Easywriter le 05.10.06 à 11:32 | tags : festival america

C'est qui ? La fille d'un philosophe russe exilé en République tchèque. Elle fut en 1989 la première étudiante russe à obtenir une bourse pour aller étudier aux Etats-Unis. Elle fut l'interprète de Jimmy Carter et enseigne à Harvard.
Elle écrit quoi ? La vie rêvée de Sukhanov où un apparatchik tranquille et vernis du parti communiste voit sa vie basculer et se lance dans une introspection flippante.
Ca se passe où ? « Dans l'URSS d'avant la perestroïka. C'était important que cela se passe au tout début des événements : il y a un parallèle entre la vie de Sukhanov et l'URSS de l'époque,quand une fêlure vient tout faire basculer »
Mais au fond ça parle de quoi ? "Du dilemme qui consiste à choisir entre ses aspirations artistiques et des nécessité matérielles comme nourrir et protéger sa famille. Mon personnage ne va pas au bout de son engagement, moi j'ai pu devenir écrivain ".
Le plus : Quand il craque et se laisse aller à des délires psycho-artistiques, Sukhanov découvre une subjectivité nouvelle qui lui permet de comprendre le monde.

La vie rêvée de Sukhanov
Olga Grushin
Editions du Panama




Ballard et les galeries marchandes

Posté par Myosotis le 05.10.06 à 09:00 | tags : ballard, vo

Je viens d'achever la lecture du dernier roman de JG Ballard, Kingdom Come, sorti il y a quelques semaines en version anglaise. Il serait étonnant que le roman fasse date lorsqu'il sortira en France, ni même qu'il soit retenu comme l'un des romans importants de l'écrivain (à moins que celui-ci décède avant d'en avoir écrit un autre, ce qui est toujours possible). Kingdom Come est ballardien jusqu'au trognon : même personnage-héros que d'habitude, même structure (un décès qui amène l'intrusion d'un pseudo-enquêteur dans un milieu de comploteurs), même construction linéaire (les secrets sont levés un peu vite et la progression peu soutenue) et quelques autres défauts, même chute quelque peu attendue (l'échec de la révolution). Le principal mérite de Kingdom Come est de porter une vision politique ou post-politique qui vous suit longtemps après la fin du livre. Le monde, dit Ballard, tourne désormais ou tournera bientôt autour des micro-communautés de classes moyennes communiant dans de grands ensembles commerciaux totalitaires. Dans Kingdom Come, l'attachement à la Nation (anglaise ici) ne tient plus sur les valeurs, ne tient plus sur la culture mais repose sur un mécanisme d'affiliation aux loisirs de proximité (cartes de fidélité, club de gym, club de supporters), à une Paroissiale Galerie Marchande où se pratiquent les sacrifices, les offrandes et les cultes. Le mouvement s'interrompt pour n'exister que comme déambulation marchande ou fièvre acheteuse des fins de semaine.
En radicalisant ses théories, énoncées dans SuperCannes et surtout Millenium People, selon lesquelles le centre des pays occidentaux n'est plus au centre mais dans les marges (banlieues pavillonnaires), selon lesquelles la violence totalitaire (raciste, de classe, communautariste) est le seul divertissement disponible pour les hommes normaux, Ballard ouvre (mal) un champ des possibles terrifiant parce que probable et en germe. Kingdom Come est un prolongement sous une forme romanesque du séminal Livre des Passages de Walter Benjamin replaçant le lieu de commerce au coeur de la modernité et, en un sens, au coeur de la barbarie contemporaine.
Kingdom Come
JG Ballard




Ne pas juger un livre à sa couverture, épisode 18211ème

Posté par 2goldfish le 04.10.06 à 15:30 | tags : bd, elucubration
lanfeustLes couvertures ne demandent pourtant que ça. Il y a cette présomption (typiquement française, parait-il) chez les éditeurs et aussi sans doute les lecteurs qu'un livre sérieux et digne d'intérêt ne devrait pas avoir d'image sur sa couverture. Les bandes dessinées sont déja suffisament décredibilisées par les images qu'elles ont à l'intérieur pour ne pas avoir de complexe a afficher une façade des plus criardes. C'est du moins ce qu'on croirait a priori, mais un petit tour dans n'importe quel rayon BD nous ammène immanquablement à une constatation : plus une BD se veut respectable, moins grande est la surface occuppée par le dessin sur la couverture.
Le meilleur exemple, c'est la collection Ecritures de Casterman (la preuve en images) mais il n'y a pas que dans les lignes "d'auteur" des maisons d'édition traditionnelles que sévit cette association "image=pas sérieux". Chez l'Association ou chez 6 pieds sous terre le minimalisme est aussi la norme. jiro taniguchi l'homme qui marcheDans ces dernier cas on pourrait arguer du fait que les BD sous ces couvertures sont elles mêmes assez minimalistes, et je ne vais pas me lancer dans une analyse statistique du rapport contenu/couverture chez ces éditeurs. L'important c'est que les couvertures ultra-sobres de l'Asso sont sans doute pour beaucoup dans cette tendance, tout comme l'Asso est pour beaucoup dans la meilleure reconnaissance de la BD en France.
Il serait facile d'accuser les éditeurs et auteurs de BD indépendants des années 90 d'avoir sacrifié le dessin dans le mot "bande dessinée" pour un gain de respectabilité. Ce serait sans doute aussi un peu stupide. On pourrait aussi dire qu'en sacrifiant simplement la couverture, ils ont pu discrètement faire passer le contenu. Quoi qu'il en soit, maintenant que pour le meilleur et pour le pire la BD est totalement respectable, quelqu'un voudra-t-il bien le dire au responsable des couvertures chez Casterman ?



Craig Davidson et Chuck Palahniuk : Fight club!

Posté par Easywriter le 04.10.06 à 12:00 | tags : albin michel, chuck palahniuk, denoel, festival america
Rencontre au sommet dimanche soir avec deux écrivains vivants. De Craig Davidson on ne savait rien ou presque si ce n'est que son livre avait été encensé par Bret Easton Ellis (mouais...). Un goût de rouille et d'os est un recueil de nouvelles mettant en scène une boxeur, un type chargé de récupérer la nuit les biens des surendettés. Des textes trash mais plus profonds que ne le laisse entendre leur auteur. " Je ne me demande pas trop comment vont se construire mes nouvelles ou si je dois aimer ou non mes personnages. Je parle de mes propres obsessions et trouve un personnage pour les incarner. Je ne sais pas si je suis un écrivain talentueux mais je sais aller au bout de mon idée, même si cela doit conduire les gens à jeter mon livre."
Davidson a été très influencé par Chuck Palahniuk et notamment son roman Choke. Palahniuk dont un journaliste trop bavard attendait qu'il parle des obsessions et notamment celle du sexe dont il aurait dit un jour qu'elle était la nouvelle opium du peuple. Bien sûr, l'écrivain américain a refusé la surenchère sulfureuse pour lui préférer un éloge de l'histoire comme source de rédemption " C'est parler du sexe qui est l'opium moderne. moi même je parle plus de sexe que je ne le pratique. A une époque on se racontait des histoires, ils présentaient leurs pêché et transgressions à l'église, à la fin il
s réintégraient la communauté. Aujourdhui ce rôle est assuré par les groupes d'alcooliques anonymes, les hotlines de sexe ou les ateliers d'écriture".
Autre lieu commun à démonter : la violence de la langue de Chuck Palahniuk serait au service d'une satire de la culture populaire. "C'est fau
x. Ce que je fais c'est mettre en avant mes problèmes et mes illusions et je les rassemble avec celles que me confient les autres". Et l'auteur d' A l'estomac de se lancer dans la description d'une scène de brossage de dents où il avait oublié que la brosse qu'il tenait en main n'était pas électrique. "Je ne pouvais plus arrêter ma main". Plus tard il signera ses livres avec un tampon "prison library copy". Une manière de signifier l'exercice de la dédicace est superficiel et que nous habitons tous une prison.
Recueilli au festival America.

Un goût de rouille et d'os
,
Craig Davidson . Albin Michel
A l'estomac,
Chuck Palahniuk. Denoël. Lire notre entretien avec Palahniuk.
A noter que le mensuel Technikart publie une intéressante rencontre entre ces deux auteurs.
Buzz littéraire, sur lequel on ne met toujours pas de visage, était également présent au festival America avec une camera.



Femmes que nous avions négligées (2/3) : Nancy Lee

Posté par Easywriter le 04.10.06 à 09:00 | tags : festival america

C'est qui ? Une canadienne née en Angleterre de parents chinois, 35 ans  et quelques boulots pas géniaux derrière elle notamment dans la pub.
Elle écrit quoi ? Dead girls : un recueil de nouvelles qui prend appui sur un horrible fait divers canadien : un homme qui tua vingt femmes -mais cent disparurent – avant de les donner à bouffer à ses cochons.
Ca se passe où ? A Vancouver. «  C'est une ville magnifque d'une grande diversité économique et ethnique. Mais c'est aussi le port principal pour envoyer la drogue partout au Canada et même aux Etats-Unis. East End où se sont déroulés les féminicides est un quartier du centre-ville où il y a un fort taux de toxicomanie et de la prostitution de mineurs".
Mais au fond ça parle de quoi ? «  On regarde souvent les événements comme les infos à la télé, de manière distancée, en se disant <ça n'a rien à voir avec moi>. Le livre parle de la manière dont nous sommes affectés par ce qui arrive, car tout ce qui se produit dans la société implique d'une certaine manière notre responsabilité ».
Le plus : multipliant les points de vue narratifs, Nancy Lee refuse de donner voix au serial-killer. « C'est souvent fait. Je voulais uniquement des voix de femmes. Mon prochain livre sera le point de vue d'un homme".

Dead Girls
Nancy Lee
Buchet Chastel





Emmanuel Bove a eu un bon Pressentiment

Posté par Easywriter le 03.10.06 à 16:00 | tags : livre
Ce n'est pas le plus connu des romans d'Emmanuel Bove qu'adapte cette semaine Jean-Pierre Darroussin avec le Pressentiment mais l'un des plus représentatifs de l'oeuvre du romancier. En racontant l'histoire d'un avocat, Charles Bénesteau qui largue travail et famille pour tenter ce qu'on appèlerait aujourd'hui la vraie vie, Bove dessine en creux l'absurdité de la comédie humaine, toute entière tournée vers le paraître et le désir vain et désespéré d'être quelqu'un. Charles Bénesteau va donc s'installer au milieu des classes populaires et se mettre hors-jeu, parce qu'il faut bien congédier les expédients de la vie moderne si on ne tient pas à vivre enseveli. Il n'y a pas d'autre solution que d'oublier le tumulte vain du monde, pas d'autre option que le renoncement.
Renoncement qui ne fut pas pour Bove une simple pose esthétique mais un choix de vie puisqu'il refusa à peu près toutes les interventions littéraro-mondaines et les lauriers de sa aussi brève que relative notoriété (ce fut Colette qui lança sa carrière d'écrivain). Que peut-on perdre quand on a rien à perdre ? Ce questionnement qui traverse l'ouvrage- et peut paraître convenu -prend tout son sens si on le regarde d'un peu plus près. Et c'est exactement ce que fait Bove dans ce livre comme dans tous ses livres,  regarder de près, avec  un sens du détail extrêmement émouvant et dans une langue de laquelle on ne dira rien par peur de mettre à côté. Un pressentiment est une belle leçon sur la vie que l'on devrait mener pour soi et avec les autres, simplement. Ce que Bove lui-même aura partiellement réussi de son propre aveu.
"J'écris, dit-il, pour me communiquer, ayant trouvé que c'est impossible à travers les malentendus de la vie quotidienne".
Son Pressentiment date de 1935 mais l'idée qu'il revient à chacun de nous de sortir de son propre cachot  vaut toujours aujourd'hui.


Tous les livres d'Emmanuel Bove sont disponibles au Castor Astral.
Lire la chronique de Le Pressentiment dans la rubrique Cinéma. Et discutez en sur les forums de Flu





Femmes que nous avions négligées (1/3) : Adrienne Miller

Posté par Easywriter le 03.10.06 à 11:00 | tags : albin michel, festival america

C'est qui ? L'ancienne responsable des pages littéraires du masculin Esquire. Elle a 33 ans (et elle est jolie)

Elle écrit quoi ? Fergus, soit une famille bizarre qui vit dans un manoir Tudor. Lowell est un artiste qui a cessé de faire des autoportraits, sa femme Jenny est frustrée de ne pas créer mais moins que Fergus, héros du roman et nabab cinglé qui héberge le couple (et plus si affinités...). Dans sa déprime, il organise de grandes fêtes.

Ca se passe où ?  "Au fin fond de l'Ohio.  Au départ ça se passait au Portugal mais je ne connais pas ce pays, au bout d'un an et demi d'écriture je l'ai resituée dans le Midwest américain où j'ai grandis."

Mais au fond, ça parle de quoi ? «  C'est un roman sur la manipulation de sa propre image, le mensonge, la manière dont on utilise l'art pour réussir à ses propres yeux, se révéler même si on a aucun talent ».

Le plus : Quelques piques savoureuses sur l'art contemporain notamment Cindy Sherman et Gilbert et Georges.

Propos recueillis lors du Festival America.

Fergus
Albin Michel
Demain : Nancy Lee
Jeudi : Olga Grushin




Heredia et le ramadan

Posté par Myosotis le 03.10.06 à 09:00 | tags : poésie
Le 3 octobre 1905 décédait José Maria de Heredia, poète parnassien, rare, peu productif et précieux. Né à Cuba et enrichi par l'héritage du patrimoine de sa famille, Hérédia, qui aurait pu faire tout autre chose, choisit assez tôt de consacrer sa vie à la poésie. Son oeuvre, dont  Les Trophées est peut-être le volume le plus connu et respecté, est séduisante et aussi élégante que le personnage. A une centaine d'années de distance, elle acquiert un charme encore plus particulier, celui des orientalismes et des inspirations cherchées au plus près des Muses. L'amplitude de ses vers n'a plus vraiment d'équivalent aujourd'hui, même si l'on peut regretter (bêtement) une forme d'académisme bourgeois dans certains de ses poèmes. En cette période de ramadan, ces quelques vers ressuscitent une période où l'Occident rêvait tout haut et merveilleusement d'un Orient magnifié.
Là-bas, les muezzins ont cessé leurs clameurs.
Le ciel vert, au couchant, de pourpre et d'or se frange ;
Le crocodile plonge et cherche un lit de fange,

Et le grand fleuve endort ses dernières rumeurs.
 Assis, jambes en croix, comme il sied aux fumeurs,

Le Chef rêvait, bercé par le haschisch étrange,
Tandis qu'avec effort faisant mouvoir la cange,
Deux nègres se courbaient, nus, au banc des rameurs.

À l'arrière, joyeux et l'insulte à la bouche,
Grattant l'aigre guzla qui rhythme un air farouche,
Se penchait un Arnaute à l'œil féroce et vil ;

Car lié sur la barque et saignant sous l'entrave,
Un vieux Scheikh regardait d'un air stupide et grave
Les minarets pointus qui tremblaient dans le Nil.

 




Benjamin Kunkel, Robert Lalonde et les adolescents

Posté par Easywriter le 02.10.06 à 11:56 | tags : festival america

Nombre de romans de la rentrée ont pour narrateur un adolescent. On ne reparlera pas ici du Julien Parme de Florian Zeller, mais c'est aussi le cas dans une certaine mesure de Jonathan Lethem dans Forteresse de solitude (on en reparle pas d'inquiétude) et surtout de Benjamin Kunkel dans Indecision. Soit l'histoire d'un jeune homme frappé d'aboulie qui teste un médicament pour doper sa volonté et part en Equateur vivre un parcours initiatique qui devrait lui permettre d'en finir avec son adolescence.
« L'adolescence commence de plus en plus tôt et finit de plus ne plus tard. J'ai voulu en parler comme d'une forme de maladie mais aussi comme ce moment merveilleux et unique pendant lequel on peut encore imaginer sa vie », explique le jeune romancier new-yorkais (illus à gauche).
L'adolescence serait aussi la métaphore parfaite pour parler d'une époque où se pose crument la question de la transmission entre générations; et du remplacement de l'ignorance et de la censure par la saturation de connaissances disponibles. Une accumulation qui n'a pas de sens et ne peut être libératrice si l'on n'en permet pas l'acquisition. « On a supprimé les rites initiatiques donc la sensation d'enfermement typique de l'adolescence persiste. Si on néglige les questions et les goûts des ados en disant < tu ne te souviendras pas de tout cela dans quelques années >c'est parce qu'on ne veut pas les connaître » a expliqué Robert Lalonde,auteur de Que vais je devenir jusqu'à ce que je meure ?, roman qui évoque les doutes d'un pensionnaire de collège catholique. « On ne veut pas de la complexité, on préfère le confort moral qui signe la mort du cerveau humain , pourtant on en finit pas avec le doute, avec l'adolescence».

Propos recueillis lors du café littéraire « jeunesses » , samedi au festival America.

 


Ps adulescent : Toi : chevelure rousse et abondante, Levi's élimé au premier rang samedi devant Kunkel. Moi quelques rangs derrière, chemise marron, jean délavé. Plus tard dans le hall, quelques regards mais pas un mot en attendant la fin de la pluie. Depuis j'ai appris à parler. daniel (« at ») fluctuat.net
Indecision, Benjamin Kunkel. EditionsBelfond.
Que vais-je devenir jusqu'à ce que je meure, Robert Lalonde. Editions du Seuil.




Encore un prix : Le K1ze minutes plus tard

Posté par Easywriter le 02.10.06 à 11:19 | tags : prix
On a reçu ça :
"Un prix de plus, ouais, bon. Celui-là a le mérite de penser, gentiment, aux journalistes qui s'ennuient. Le prix "K1ze minutes plus tard", initié par la revue Décapage, sera remis au K1ze, en face de chez Drouant, 15 minutes après l'annonce du Goncourt, et donc 15 minutes avant l'arrivée triomphale et maladroite du lauréat – pendant, donc, que tous les journalistes poireautent rue Gaillon."
Super, non ? Ouais bon, signalons quand même
que David Foenkinos Philippe Jaenada et Sege Joncour font partie du jury. Voici la première liste des ouvrages nominés : Itinéraire Spiritueux, Gérard Oberlé, Grasset/ Chaos de famille, Franz Bartelt, Gallimard, La Noire/Rhésus,Héléna Marienské, P.O.L./Impasse, d’Antoine Choplin, La fosse aux ours/Le Patrimoine de l’Humanité/ Nicolas Beaujon, Le Dilettante/ La Vie est un miracle, Laurent Marty, Le cherche Midi/Ce qui est perdu, Vincent Delecroix, Gallimard/Contour du jour qui vient, Leonora Miano, Plon/Dans la foule, Laurent Mauvignier, Minuit/ Marge brute,Laurent Quintreau, Denoël/ Le cri, Laurent Graff, Le Dilettante/ Les îles éparses, Jean-Louis Magnan, Verticales/Ars Grammatica, David Bessis, Allia/Trans, Pavel Hak, Le Seuil.
NB Easy
: d'autres propositions de lecteurs sont en attente, nous les publierons dans les jours à venir. Vos idées et messages cliquez ici



Umberto Eco : à reculons comme une écrevisse

Posté par Myosotis le 02.10.06 à 09:00 | tags : essai

J'ai toujour pensé que Umberto Eco était meilleur essayiste que romancier. Histoire de goût sans doute, mais surtout parce que la formidable érudition qui, à mon sens, plombe (souvent) ses romans, permet des fulgurances extraordinaires de légèreté lorsque, comme ici, il se contente d'esquisser des théories de quelques pages, en articles de presse ou dans des galeries d'essai. A reculons comme une écrevisse est peut-être bien sa collection la plus pertinente et la plus percutante depuis la Guerre du Faux, qui a plus de 20 ans. 
La thèse qui lie les différents articles-chapitres qui composent l'essai est, très caricaturalement, que le monde est en décrépitude et marche le cul par dessus tête, à rebours, ou à reculons comme une écrevisse. L'Histoire qu'on annonçait tantôt linéaire et en progrès ou, avec la fin du bloc de l'Est, arrêtée pour de bon, serait, selon Eco, en train de hoqueter et de nous resservir, dans une sorte de best-of misérable et tout à fait moderne, ses anciens et désastreux succès. Retour de l'opposition Chrétienté/Islam, retour du débat Etat/ Religion, retour des Croisades, retour de Fu Manchu et du péril chinetoque, retour des débats sur l'origine des espèces, retour du choc des cultures, ère du revival à tout crin et j'en passe.
En faisant un rapide tour de l'actualité politique et panculturelle de ces dix dernières années, Eco esquisse un monde où l'Histoire n'agit plus que comme une machine à ressusciter les emmerdements qu'on croyait à jamais dépassés. Cette intuition peut sembler un rien bêta et frivole mais est servie ici par des analyses d'une finesse et d'une saveur littéraire appréciables . Si l'on scrupte le monde à la recherche de ce sentiment de "déjà-vu" (pas étonnant que l'expression existe en tant que telle en langue anglaise), on découvre bien des choses et on se sent, sans aucun effort, beaucoup plus intelligent et clairvoyant qu'avant d'avoir lu le livre. C'est bien le signe que l'auteur a réussi  son coup.

A reculons comme une écrevisse
Umberto Eco
Grasset






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