Livres : actu romans, essais et bd, extraits... blog Mille feuilles.

Archives > Septembre 2006

Dieux du stade, mon cul !

Posté par Myosotis le 30.09.06 à 11:04 | tags : elucubration, photo
Je ne sais pas si l'on doit considérer le calendrier des Dieux du Stade comme un livre, un objet à caractère sportif, marketing,  un truc sexuel, un magazine, une Bonne Action ou, pendant qu'on y est, une oeuvre d'art. Ce qui est certain, et pour la première fois cette année (je pense), c'est qu'on y voit de la bite, ou plus précisément des bouts de bites, souvent par demie car découpés longitudinalement ou horizontalement par des slips, des ombres ou des bouts de torses projetés dans le champ. Ce qui frappe dans ce calendrier et son succès, plus que la réflexion sur la gay attitude des rugbymen (on s'en tamponne), c'est la fusion renouvelée mais originale (après le porno chic des années 90-2000 et l'esthétique Helmut Newton des années 80) entre image-sport-éropornographie, soit 3 des plus gros vecteurs marketing de notre époque. Le calendrier (illustré par les photo de l'italien Mariano Vivanco, auteur de la campagne Dolce Gabana avec les footeux italiens) devient ainsi le symbole d'une double démonstration :

1. l'addition de 3 courants porteurs est, au XXIème siècle, triplement porteur
2. la production de masse conduit (ici, en l'espace de 5 ou 6 ans) immanquablement à un produit "vulgaire". Car l'apparition des bouts de bite marque cette irruption du laid dans ce qui, jusqu'ici, pouvait être considéré simplement comme une photographie stylisée type catalogue de la Redoute. 
 Il est évidemment possible de fournir une douzaine d'interprétations supplémentaires (la nature gay des hommes modernes?, la féminisation du monde, dixit Zemmour, le mélange religion-sport, la starisation comme opium du peuple...) mais celle qui pose le calendrier comme un produit nouveau,  globalisant et pansynthétique est la plus instructive concernant ce qui nous attend.

 




Saint Burroughs, priez pour nous

Posté par Easywriter le 29.09.06 à 16:34 | tags : littérature en vidéo, vo
Merci pour le rêve américain/de vulgariser et de falsifier jusqu'à ce que les mensonges nus brillent à travers lui/(...)
Merci pour la dernière et plus grande trahison
du dernier et le plus grand des rêves humains.
Une video patriotique de 1986 by Gus Van Santet featuring Burroughs. Thanks William. And thanks God it's friday!







Prix Nobel, faites vos jeux

Posté par Easywriter le 29.09.06 à 12:22 | tags : prix


A quelques jours du Prix -dont personne ne connaît pour l'heure la date exacte- la rédaction livres de Flu active tous ses réseaux internationaux pour obtenir des infos exclusives sur la prestigieuse récompense (la classe mondiale et 1 millions d'euros tout de même). Une de nos principales sources, que nous nommerons par le sigle AFP pour préserver son anonymat, nous indique que les cercles littéraires citent régulièrement l'Américain Philip Roth, l'Israélien Amos Oz, le Syrien Adonis ou le Péruvien Mario Vargas Llosa.
Un de nos contacts à Las Vegas confirme la bonne côte du Syrien mais nous conseille de placer quelques billets sur le turc Orhan Pamuk déjà à 3/1. Un jounaliste de nos amis pariera lui sur Bob Dylan mais son penchant pour l'alcool nous a déjà joué des tours.
(Illus : nos trois stagiaires enquêtent d'arrache pied)



Les fantômes traquent les gratuits

Posté par Myosotis le 29.09.06 à 10:49 | tags : elucubration, média
La scène se joue maintenant un matin sur deux, lorsque le livreur du gratuit "20 minutes" accuse quelques minutes de retard (8H05 au lieu de 8H00) dans le déballage et la mise en exposition des nouvelles du jour. Dans le hall de la gare Montparnasse, où je débarque, cent à cent cinquante personnes se tiennent à l'arrêt pendant 5 ou 10 minutes, figées et suspendues devant l'entrée de la porte Océane, se pressent les uns contre les autres, attendent sans parler, les bras le long du corps, le regard fixé, hypnotique, anxieux et avide sur la camionnette et le déchargement des pallettes.
Lorsque les journaux arrivent enfin, une pagaille sinistre s'en suit où des gens, comme vous et moi, normaux et sans histoire, se jettent sur les piles de gratuits, en arrachant deux ou dix avant de les redéposer plus loin, sur une poubelle, un muret ou une rampe d'escalier. Il y a dans ces scènes nouvelles (on les connaissait sur le parvis d'une façon plus dynamique lorsque des hôtesses distribuaient des échantillons de yaourts ou de pizzas), un côté glaçant et inquiétant.
Ce n'est pas tant l'objet de convoitise qui dérange (les journaux traditionnels sont morts maintenant, c'est une certitude, et Libération peut bien nous tartiner 2 pages chaque jour sur sa survie, les dés sont jetés) que ce paysage de fous dans lequel nous vivons. Les corps des hommes contemporains sans âme sont suspendus à ces offrandes comme casques et vêtements à leurs crochets dans la Salle des Pendus. Le fait que notre devenir-fantôme s'exprime pour la possession d'un objet d'ouverture et d'information est encore plus inquiétant.Dans cette immobilisation physique et verbale de la foule, c'est le monde qui s'arrête de vivre, dans l'attente de recevoir des nouvelles de lui-même. En cela, il se donne pour ce qu'il est : un Spectre-Monde fasciné par son reflet.    

 




J'ai appris à ne pas rire du démon : la séquence 2

Posté par Myosotis le 28.09.06 à 17:50

Mais lorsque je suis arrivé à la prison j'ai deviné sans comprendre. Que c'était bien lui. Il y avait dans le hall l'atmosphère des grands jours, la poussière avait été soulevée et elle était encore en suspension, électrique. L'air avait la densité des jours où une panthère vous lèche les orteils. Des jours où vous êtes choisi pour poser un pied sur la lune. Des jours où Rita Hayworth murmure que vous êtes l'homme de sa vie. Mais Red et Paul accourent, qui m'ont entendu entrer, et Rita Hayworth s'envole pour la lune sur le dos d'une panthère. Bulle de savon. Je n'avais pas accroché mon blouson qu'ils étaient là comme deux chiots remuant la queue. Je leur montrais le journal plié dans ma poche revolver, je leur coupais l'herbe sous le pied par jalousie - leur enlever le plaisir de m'apprendre l'information du jour. C'est en apercevant une fiche rose sur mon bureau et en lisant le nom du prévenu à la dérobée que je me suis figé : 'John R. Cash.'
Dans cet extrait de la séquence 2, lorsque le flic de faction découvre qu'il héberge Johnny Cash dans son petit commissariat,  le sens de la narration de Bertina fait merveille : efficacité du récit, préparation précise des effets (ici, attente/surprise/solennité), extrapolation poétique à la limite de la surcharge et quasiment pas un mot de trop. De l'excellent travail et beaucoup d'inspiration, qui tiennent les 150 pages de ce roman biographique.

J'ai appris à ne pas rire du démon (lire la chronique)
Arno Bertina
Naïve Editions




Chuck Palahniuk, l'interview

Posté par Easywriter le 28.09.06 à 15:31 | tags : chuck palahniuk


The Cult, que beaucoup prennent pour mon site, appartient à en fait plusieurs de mes lecteurs qui ont demandé à employer mon nom, il y a quelques années. Il s'agit d'un fansite. Je fournis parfois du contenu et j'essaye surtout de réorienter l'énergie et l'attention qui se focalise sur moi (sujet très limité) à l'écriture en général (un sujet énorme) en encourageant ainsi les lecteurs à écrire. Je rejette l'idée d'un auteur qui édite des livres, puis se cache. Les auteurs doivent sauter le pas et prouver aux plus jeunes qu'ils sont des gens réguliers et ordinaires qui peuvent les aider à former leur propre culture. Nous ne devons pas simplement accepter ce que le marché nous offre à lire.


Il est peut-être impossible de vivre en tant qu'auteur dans une grande ville américaine, où les rapports humains occupent tout votre temps et vous vide de votre énergie, mais il est très facile de vivre en tant qu'auteur dans le reste de l'Amérique. Internet donne aux gens un tel accès à la culture – leur permet de se relier les uns aux autres, d'apprendre, d'explorer. Le Web rend tout cela très facile. On peut répondre aux questions d'un bon nombre de gens, ou partager ses qualifications et des idées. Il ne remplacera jamais la joie du contact réel, mais c'est une aventure étonnante pour l'écrivain du 21ième siècle.


Chuck Palahniuk, à propos de son site et de son rapport au public. Le reste de l'entretien - et notamment ses propos sur A l'estomac - est sur le mag. Chuck Palahniuk sera à partir de demain au Festival America.




Depardieu, une biographie pour rien

Posté par Myosotis le 28.09.06 à 12:05 | tags : biographie
On se souvient de la polémique qui avait accompagné la sortie de la biographie d'Alain Delon par Bernard Violet, procédure judiciaire entamée ou pré-entamée sur la base d'un plan de travail, etc. Rien de tel cette fois en ce qui concerne le volume "non autorisé" consacré à Gérard Depardieu, assez banalement appelé l'Insoumis par un auteur en manque de scoops et d'inspiration.
Constituée en grande partie de reprise de citations, de coupures de journaux et de témoignages plus ou moins intéressant (c'est un peu le principe de la biographie non autorisée), la biographie de Depardieu  n'apprend pas grand chose et pose la question de l'utilité de ce type de documents dans une période où le moindre secret des "people" est livré quasi en direct sur la place publique. L'affaire est d'autant plus ardue pour lui que Depardieu, si l'on excepte quelques amitiés de longue date mal dissimulées, n'a jamais été avare de confessions, ni particulièrement discret sur ses amours, ses travers et ses coups d'éclat. Violet a beau revenir ici sur l'amitié avec Fidel Castro et la connexion du poulet auxerrois (Bourgoin), il n'y a vraiment pas grand chose à se mettre sous la dent. L'ouvrage peut éventuellement servir de séance de rattrapage pour une personne (âgée) ayant vécu ces vingt dernières années dans une grotte mais pour les autres ne fera que confirmer ce qu'on croit savoir de Depardieu, à savoir qu'il.... trucule, bouffe, boit, baise et a quelques fois des coups de moins bien.
Le principal échec de la biographie de Violet est peut-être de ne pas dire grand chose sur le talent de l'acteur, sa manière d'habiter certains personnages  et surtout la construction médiatique de son image. Pourquoi ce type est-il devenu partout l'incarnation du French man ? A-t-il oeuvré à ça ? Est-il une victime ou un acteur de son propre personnage ? Les questions sont effleurées et si tant est que la réponse intéresse vraiment, il faudra attendre les confessions de Depardieu pour y répondre.
Depardieu l'insoumis
Bernard Violet
Fayard



Adam Johnson : Le gène égoïste

Posté par Maxence le 27.09.06 à 14:33 | tags : denoel, elucubration, news, science-fiction

Alors qu'il soutient la thèse particulièrement excentrique d'un de ses élèves les plus brillant, un anthropologue égocentrique et trop sentimental fait une découverte qui va précipiter la fin de l'espèce humaine.
Le nouvel Adam Johnson est un bon cru, même s'il n'atteint pas le niveau d'excellence de ses nouvelles, publiées chez Denoël en 2005. Pour ma part, j'avais réellement adoré Emporium, suivant en cela benoîtement une bonne partie de la critique (du moins, "de la critique qui n'etait pas passé à côté", ce qui représente malheureusement une minorité comme d'habitude) et j'attendais avec impatience ce volume annoncé depuis près d'un an. Or, si je vous pronostiquais il y a quelques jours, un mélange de Ballard et de Carver, c'est plutôt vers Pynchon ou Coupland (s'il fallait absolument faire des comparaisons) qu'il faudrait se tourner avec Des Parasites comme nous.
Si l'on rit beaucoup à la lecture des 300 premières pages de ce roman catastrophe à l'allure de chronique de mœurs des campus US (le prof obnubilé par son étudiante, l'élève rebelle et farfelu, le respect et la concurrence qui règnent tous deux à égale mesure, etc.) les derniers chapitres s'avèrent nettement moins tordants. Et ce qu'on nous annonce en quatrième de couverture comme :"une comédie virtuose, d'un mauvais goût très sûr" se trouve en fait être une amère leçon pour l'humanité. Une leçon très bien résumée par Hank Hannah, professeur à l'université du Dakota et principal protagoniste, à propos des Clovis, ces humains d'origine asiatique, censés être les premiers colons de l'actuel Dakota en – 3000 avant JC : "L'égoïsme de tout un peuple qui n'avait vécu que pour lui-même avait eu pour effet de priver sa descendance de toute ressource".
Au final, si l'on excepte le narcissisme larmoyant, et un rien agaçant sur la longueur, de son personnage clé, Des Parasites comme nous s'avère un sympathique roman. Cependant, si de nombreux passages sont brillamment écrit et d'une poésie rare (voir d'une vision vraiment originale), on patientera jusqu'à la prochaine fournée de Johnson pour le chef d'œuvre tant attendu.

Adam Johnson - Des parasites comme nous (Denoël/Lune d'Encre)




Le manga et les Européens

Posté par Easywriter le 27.09.06 à 11:29 | tags : manga
Le manga est en train de s'imposer durablement comme chef de file de la production bande dessinée en France. D'après une étude de l'association des critiques de la bande dessinée (ACBD), le manga représente déjà 42 % du marché de la BD en France et se diversifie de plus en plus ses thématiques.
Du coup, après avoir été longtemps gentiment méprisé, le genre fait l'objet d'analyse voire d'une certaine forme d'institutionnalisation. Le guide des mangas fait ainsi l'état des lieux du genre - dont les ventes au Japon dépassent les 4 milliards d'euros soit plus que l'ensemble dumarché du livre en France - en proposant une synthèse des spécificités narratives et graphiques et un classement des auteurs phares. Culture manga de Fabrice Tillon s'intéresse davantage aux aspects culturels et sociaux  de la production.
Last but not least, Shogun Mag (illus) (www) proposera chaque mois des mangas écrits par des auteurs européens qui transposent cette culture dans leur propre univers de création. Les premiers chapitres de neuf histoires seront publiés dans chacun des numéros où on trouvera également articles et reportages. Ce mensuel de prépublication est lancé par les Humanoïdes associés qui publieront dans la foulée des albums reliés appelés "shogun manga".
Culture manga
de Fabien Tillon Editions Nouveau Monde.
Guide des mangas de Julien Bastide et Anthony Prezman. Editions Bordas.



Virginie Despentes : la maman ou la putain

Posté par Easywriter le 26.09.06 à 18:39 | tags : extrait

"Parce que l'idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir, pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture, restant indéfiniment jeune sans se faire défigurer par les chirurgiens de l'esthétique, maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d'école, bonne maitresse de maison mais pas bonniche traditionnelle, cultivée mais moins qu'un homme, ctTte femme blanche, heureuse qu'on nous brandit tout le temps sous le nez, celle à laquelle on devrait faire l'effort de ressembler, à part qu'elle a l'air de beaucoup s'emmerder pour pas grand-chose, de toute façon je ne l'ai jamais croisée, nulle part. Je crois bien qu'elle n'existe pas."
Virginie Despentes
fait-elle un retour en grande forme ? Oui, si l' on en juge par le long extrait de King-Kong Théorie publié par les Inrocks. Femmes trop chiennes ou trop victimes, invitées à s'émanciper mais de manière balisée, en tout cas jamais aptes à déterminer leur destin sans en référer aux hommes et par rapport à eux. Discours d'une femme moche qui sait que les discours de la séduction assumée ne constituent qu'une aliénation supplémentaire - celle vécue par des femmes qui s'excusent de menacer les "prérogatives masculines". Pour ce qu'on en a lu, le texte lie la violence brute d'un Baise-moi à l'intelligence critique d'un écrivain qui a bien mûri. Elle dit écrire aussi "pour les hommes qui n'ont pas envie d'être protecteurs, ceux qui voudraient l'être mais ne savent pas s'y prendre, ceux qui ne savent pas se battre (...) ceux qui sont craintifs, vulnérables (...) ceux qui ont envie de se faire mettre, ceux qui ne veulent pas qu'on compte sur eux, ceux qui ont peur tout seuls le soir." Merci. Vraiment.
King-Kong Théorie de
Virginie Despentes, Editions Grasset



J'ai appris à ne pas rire du démon de Arno Bertina

Posté par Myosotis le 26.09.06 à 09:08 | tags : naïve editions, rentrée littéraire

Il y a dans les "milieux autorisés" un petit buzz autour d'Arno Bertina, jeune auteur de 31 ans, qui sort coup sur coup cette année J'ai appris à ne pas rire du démon, livre hommage à Johnny Cash dans la collection branchée Naïve Sessions, et un roman Anima Motrix, chez les non moins pointues éditions Verticales.

Bertina est un jeune homme actif, membre de la revue Inculte, et auteur de plusieurs travaux seul ou en collaboration pour la radio, dont la réputation, peut-être flatteuse, repose avant tout sur la qualité d'écriture. Dans un registre que l'on peut qualifier de "réaliste savant", Bertina est en effet très fort et très brillant, mêlant avec habileté (et sans que cela saute aux yeux) des allégories élaborées (le mythe d'Actéon sur Anima Motrix, les histoires de fantôme sur J'ai appris à rire) et une forme de réalisme descriptif qui n'exclut pas de s'intéresser à son époque (Anima Motrix toujours aborde la notion de "fugitif"). Ses travaux sont donc à la fois incarnés, très terrestres et en même temps élevés vers un autre-là qui plane quelques dizaines de mètres au dessus de la réalité mortelle. L'impression qu'on peut en retirer est d'être confronté à des livres brillants mais qui, bizarremment, le sont toujours un peu trop pour nous.

Dans J'ai appris à ne pas rire du démon, Bertina établit le portrait en creux de Johnny Cash à partir de 3 séquences de vie, racontées par un tiers : dans le 1er récit, Cash est encore représentant de commerce et installe sa "singularité" face à un vendeur de bibles admiratif. Dans le deuxième, Cash s'est fait coffrer et discute, en manque, addiction et drogue avec un flic fan de rock. Dans le 3ème, un producteur harangue le chanteur pour lui redonner de sa superbe après sa rencontre-faillite de 20 ans avec le prêcheur Billy Graham. Les 3 angles choisis par Bertina sont parfaits, à la fois originaux, bien établis dans la biographie réelle de Cash, et traités avec aisance. Le point commun entre les narrateurs est qu'ils se coltinent, face à un Cash en situation de faiblesse, une image d'eux-mêmes "en admiration". Le frottement à l'individu de génie est ce qui les rassemble et dans un sens les constitue l'espace du récit. Cash, finalement, et c'est le reproche qu'on peut faire au livre, même s'il est inhérent à sa construction, ne fait que passer.
Le chanteur est fantômatique, à chaque fois absent ou en fâcheuse posture, laissant la place à ses personnages secondaires qui deviennent principaux et occupent l'espace. Cash s'enferme dans sa propre légende noire, et Bertina ne nous dit finalement pas grand chose de lui. Il y a bien ce rapport à la drogue et ce parallèle des héros dressé avec Elvis qui livre quelques clés mais on reste globalement sur sa faim de Cash. Cette réserve émise, j'ai appris à ne pas du rire du démon, est un livre excellent qui, en 150 pages, en veut des dizaines d'autres sortis ces derniers jours. Bertina est lui à suivre de très près.
J'ai appris à ne pas rire du démon
Arno Bertina


Naïve editions


 




Hugo Chavez en vrp de Chomsky

Posté par Easywriter le 25.09.06 à 16:04 | tags : livre
La news m'avait échappé : le président vénézuélien a brandi un livre de Noam Chomsky lors de son discours à la dernière assemblée générale de l'ONU mercredi dernier. " Les Américains devraient lire ce livre plutôt que de regarder Superman" s'est exclamé Hugo Chavez après avoir traité Bush de diable. Dans Hegemony and survival: America's quest for global dominance, Noam Chomsky critique la politique sécuritaire des USA . Il s'inquiète également des risques de conflit nucléaire liés à l' hégémonie et l'arrogance du Pentagone sur la scène internationale. Du coup, l'ouvrage s'arrache dans les librairies et s'est placé en tête des ventes sur Amazon. Décidément les tenants du Bush bashing sont de sacrés commerciaux : Ben Laden avait assuré une  promo inespérée à William Blum et son Rogue State: A Guide to the World's Superpower (L'Etat voyou: un guide de la superpuissance mondiale).
Le livre Dominer le monde ou sauver la planète: L'Amérique en quête d'hégémonie mondiale de Noam Chomsky a été publié en France chez Fayard. (source Le Monde et La République des lettres)



Telerama dans l'air du temps

Posté par Easywriter le 25.09.06 à 14:59 | tags : média, news

Mercredi sort en kiosque, la nouvelle formule du plus cultivé des magazines télé. Soucieux de renforcer l'aspect communautaire, les dirigeants du journal ont eu l'idée de reprendre des phrases du courrier des lecteurs pour leur campagne. Et d'être un peu plus virulent dans l'accroche : "nous sommes durs, vous êtes pires", assure le magazine à ses lecteurs. L'affiche ci-dessus est la plus controversée, la régie Metrobus (groupe Publicis) ayant refusé de l'afficher.
A part ça ? Et bien le nouveau -et très classe- blog télé de Flu est en ligne. "Nous sommes généreux, vous n'êtes pas mal non plus".



Indigènes d'hier et d'aujourd'hui

Posté par Easywriter le 25.09.06 à 13:08 | tags : société

En même temps qu' Indigènes , le film de Rachid Bouchareb,  sort également le livre complémentaire "Noirs blanc beurs libérateurs de la France" (toutes les illus de cette notule en sont tirées)qui retrace notamment l'épopée de De Gaulle en Afrique du Nord et subsaharienne pour recruter des résistants. Le refoulé colonial refait doncune énième fois surface et même Chirac fait semblant de découvrir le problème des anciens combattants étrangers dont les pensions ont été gelées en 1959.
C'est dans ces années-là et suivantes qu'une autre génération d'Indigènes, issue des mêmes colonies du Mahgreb et d'Afrique subsaharienne viendra grossir les effectifs de l'industrie française du bâtiment. Dans les années 1970, le groupe Bouygues a employé jusqu'à 88% d'immigrés sur ses chantiers. Francis Bouygues expliquait qu'ils n'étaient pas chers, peu qualifiés et n'hésitant pas à travailler douze à seize heures par jour pour pouvoir retourner rapidement au pays. ( voir quelques uns de ces propos sur le site de l'INA).
Le plus gros des maçons ne faisait rien d'autre que résumer la philosophie tacite du pays : lier cette immigration exclusivement au travail et donc à un accueil de type provisoire. Mais les foyers créés dans les années 195O, pour parquer la chair à truelle et effectuer plus aisément  le contrôle social, sont devenus des résidences permanentes et la plupart de ces ouvriers ne sont jamais repartis,  sans jamais être intégrés dans les structures ordinaires de la vie sociale.
C'est seulement aujourd'hui qu'on commence à mesurer les effets de cette nonchalance sur fond de retour du refoulé colonial : arrivés à l'âge de la retraite, isolés et avec peu de ressources, ces immigrés vont connaître un vieillissement plus dur que les nationaux (vous me direz c'est cohérent) : années de travail non déclaré, et périodes difficiles de chomage  pour une main d'oeuvre vieillissante et usée, difficulté à constituer un dossier de retraite, absence de mutuelle complémentaire....
Unique source de revenus pour leur famille restée au pays, ces immigrés ont eux-même du mal à imaginer « leur inactivité nouvelle »et encore plus de mal à financer leur entrée dans une maison de retraite, et plus généralement leur dépendance croissante au fil du temps. Les chercheurs en sciences sociales ne se sont intéressé au vieillissement de ces populations qu'à partir de la fin des années 1970. L'Etat français ne s'en préoccupe pas vraiment pour l'instant. Qui pour faire un film sur un Algérien de 70 ans qui meurt seul dans un foyer Sonacotra de la banlieue parisienne ?
Noirs, blancs, beurs, libérateurs de la France par Charles Oana. Editions Duboiris.
NB : Un excellent numéro de Retraite et société, le vieillissement des immigrés (N44 janvier 2005) qui détaille avec précision la situation des isolés aujourd'hui.




Prix de Flore, première sélection

Posté par Easywriter le 25.09.06 à 12:00 | tags : prix, rentrée littéraire
Le  Prix de Flore a été créé en 1994 pour récompenser la vraie littérature face aux choix moisis des jurés Goncourt. Douze ans plus tard, je ne suis pas sur qu'au blind-test je ferais vraiment la différence entre le Flore et Le Renaudot. Allez, la liste :
Christine Angot, Rendez-vous (Flammarion)/ Jean-Eric Boulin, Supplément au roman national (Stock)/  Truman Capote, La traversée de l’été (Grasset)/  Maurice G. Dantec Grande jonction (Albin Michel)/ Jean-Hubert Gaillot, Bambi Frankenstein (L’Olivier)/ François Jonquet, Et me voici vivant (Sabine Wespieser)/ Pierre Jourde, L’heure et l’ombre (L’Esprit des péninsules)/ Jonathan Litell, Les Bienveillantes (Gallimard) / Laurent Mauvignier, Dans la foule (Minuit)/ Laurent Quintreau, Marge brute (Denoël) / Flore Vasseur, Une fille dans la ville (éditions des Equateurs)/ Marc Weitzman, Fraternité (Denoël).
Prochain wagon le 18 octobre.



Jeffrey Rowland, Cowboy Poet Billionaire

Posté par 2goldfish le 25.09.06 à 10:28 | tags : bd, blogosphère livres, vo, web
overcompensating abu grahib
J'allais commencer ce billet par une diatribe sur les blogs-bd nombrilistes, qui ne parlent que de deux choses : leur auteur et les blogs-bd nombrilistes. J'ai heureusement pris conscience d'au moins la moitié de mon hypocrisie et balancé ce premier paragraphe à la poubelle. Parlons plutôt de Jeffrey Rowland.
wiguEn 1999 il commençait son premier webcomic When I Grow Up, une série de strips humoristiques assez médiocre. Les choses sérieuses n'ont commencé qu'avec Wigu en 2002, une nouvelle série centrée sur une famille américaine quelque part entre les Simpsons et South Park. Le père est un body builder et compositeur de musique pour films pornos, la mère est avocate et alcoolique, la fille, une gothique qui insiste qu'elle n'est pas goth mais nihiliste , et son petit frère Wigu un gamin précoce totalement intoxiqué par la télévision.
Les dessins sont encore très primitifs, et s'il a grandement progressé, Rowland ne sera jamais un grand dessinateur. Comme scénariste par contre, il fait preuve d'une imagination débordante, embarquant la famille Tinkle dans une série d'histoires incroyablement délirantes et compliquées, impliquant notemment l'idée que les programmes télé que vous regardez vous regardent eux aussi. Le dessin animé favori de Wigu "Magical Adventures in Space" et ses héros Topato (une pomme de terre avec une cape, dont le pouvoir est d'être constituée de poison) et Sheriff Pony deviendront vite une composante essentielle de l'histoire, qui devenait en fait si complexe que, se sentant limité par le format du strip, Rowland a transformé son webcomic en comic papier.
overcompensatingIl faut dire qu'entre temps, il a crée le blog-bd Overcompensating, dont le succès a fini par éclipser celui de Wigu. Les bd sont vaguement inspirées de la véritable vie de leur auteur, un peu comme La Vie de Bouddah, si on admet que les personnages de Weedmaster P et Baby ne sont que des materialisations du subconscient de l'auteur et que les voyages dans le temps, et autres attaques contre les lois de la physique sont vraiment les métaphores de sa vraie vie. Il est plutôt dificile de résumer overcompensating en quelques lignes, j'espère juste vous avoir bombardé de suffisament de liens pour vous convaincre qu'il existe au moins un bon blog-bd dans le monde.



J'ai vendu mes livres ce weekend (autofiction)

Posté par Myosotis le 24.09.06 à 11:35 | tags : elucubration
J'ai profité du weekend pour vendre une bonne partie de mes livres . Ma précédente tentative de me séparer de ma bibliothèque s'était soldée par un échec total : j'étais sorti de chez Gibert Joseph après avoir refusé une transaction indigne sur le montant et la forme (en réalité, c'étaient eux qui avaient refusé 27 des 28 kilos de marchandise que j'avais embarqués mais j'ai reconstruit l'histoire pour me donner le beau rôle). Samedi, j'ai vendu une quarantaine de kilos de livres pour 50 euros chez Gibert Joseph (48 bouquins), 8 euros chez Gibert Jeune (5 bouquins) et 2 euros chez Boulinier (23 pièces).  L'expérience n'a pas été aussi traumatisante que ça, même s'il y a toujours une terrible violence dans le processus de rachat de livres à prix sacrifiés.
 Souvent ce sont les meilleurs livres qui passent à la trappe, comme si, à la revente, les lois de l'art s'inversaient. Gibert Joseph a recalé un Dantec tout neuf (je l'avais en double), tout mes Chuck Palahniuk, Will Self , Douglas Coupland et Martin Amis en VO hardcover mais m'a racheté des poches merdiques de SF des années 1970 en état déplorable. Les cons ! On devrait les voir traîner pendant les 30 prochaines années sur les rayons du devant (avec les repros de Magritte et les éphémérides de femmes à poil). Gibert Jeune a pris le Dantec ainsi que deux ou trois VO.  Le grand moment aura été chez Boulinier. J'ai étalé mes meilleurs trucs sur le comptoir : Yellow Dog d'Amis, Haunted de Chuck, Microserfs, des Pratchett en veux-tu en voilà, des polars Série Noire. Le vendeur s'est gratté le menton et m'a offert 2 euros. J'ai hésité à sauver un Ballard pour ce prix là mais j'ai laissé filer SuperCannes. Bien fait pour lui. J'avais déjà sauvé Millenium People parce que je n'avais plus de place dans mon sac.
Enseignements : 1) les livres en VO sont pas faciles à revendre. 2) une bagnole, même pourrie, se revend mieux qu'un bon livre  3) J'ai eu plus de peine lorsque j'ai perdu mon chat que lorsque j'ai perdu mes livres, un bon point pour moi 4) Pour ne pas avoir à vendre ses livres, il suffit de ne pas en acheter. 5) c'est gonflant de raconter sa vie quotidienne, non ? D'où une démonstration littéraire en forme de sophisme : L'autofiction ne vaut que si vous avez une vie qui sort de l'ordinaire.  Mais tous les écrivains qui font de l'autofiction ont une vie ordinaire. Donc l'autofiction ne vaut rien.



L'invité mystère, le trailer US

Posté par Easywriter le 22.09.06 à 13:26 | tags : littérature en vidéo, vo, web


Le marketing viral en littérature ça existe. La preuve en images avec ce trailer qui tente de vendre le "Mystery guest" de Grégoire Bouillier aux Américains. Le livre qui raconte un soirée d'anniversaire chez Sophie Calle a été salué par GQ et Details.

L'Invité mystère
Grégoire Bouillier
Allia




La vie est belle malgré tout

Posté par Easywriter le 22.09.06 à 11:37 | tags : bd

Avec un rhume carabiné et un début de déprime, ce titre vous interpelle même si d'ordinaire ce genre de formule toute faite vous donne plutôt envie de gifler.
D'ailleurs le narrateur de cette bande- dessinée, qui n'est rien d 'autre que l'auteur lui-même, est assez tête à claques. Avec sa dépression molle, sa nostalgie de psychorigide, Seth a lui-même du mal à se supporter. Totalement déphasé de son époque dont il fustige l'insondable vacuité, il se réfugie dans les dessins purs et minimalistes comme on en trouve dans les vieux New-Yorker des années 1950. La trame narrative du livre est d'ailleurs la quête par notre héros neurasthénique des dessins d'un certain Kalo qui publia quelques crobards dans le prestigieux magazine.
Sur le plan formel, Seth emprunte aussi les compositions étrangement banales et pourtant audacieuses de son mentor disparu (je ne suis pas spécialiste, mais Chris ware, il me semble , fait de même).
De son temps, Seth dit ceci : " le soin apporté aux détails typique des années 40, les étagères en bois, les carrelages, les plafonds en étain, tout ça est oublié, méprisé délabré...ça me navre ". 2 Goldfish a écrit dans ces colonnes que Seth faisait de la rétention anale. Un peu raide, la formule est pourtant assez juste et si sa nostalgie se portait vers les seventies, le dessinateur ne serait qu'un Vincent Delerm du pinceau. Mais sa mélancolie d'une époque qu'il sait n'être capable que de fantasmer plus que de réellement désirer, permet à Seth d'en faire une source d'interprétation d'un monde dans lequel il a presque renoncé à vivre. Sa recherche artistique croise bientôt son propre cheminement intérieur. Et nous rappelle fort à propos que cet avant qui était mieux c'est aussi toute l'histoire qu'il nous reste à écrire.

La vie est belle malgré tout
Seth
Humanoïdes Associés




Blanche et la vérité nue

Posté par Easywriter le 21.09.06 à 13:36 | tags : elucubration, rentrée littéraire

Apparemment l'auteur est un spécialiste de Ionesco. Apparemment , Blanche est son troisième roman et il quitterait avec celui-ci la description du monde par l'absurde pour écrire un livre sans prétention et poétique sur le sentiment amoureux.
Je dis apparemment parce qu'en fait je n'en sais rien : l'activité du blogger a parfois ceci de fastidieux qu'il est tentant de piquer deux trois bouts d'idées et de faire du rewriting personnalisé - honnêtement ici on ne le fait pas trop mais je peux vous dire que c'est tentant.  " Après avoir regardé le monde par la fenêtre de l'aburde en bon disciple qu'il est de Ionesco, Patrice Pluyet offre un livre qui refuse l'ironie de son époque pour tagada tzoin tzoin..." ce genre.
Blanche, femme qui donne son titre à l'ouvrage traque la vérité humaine et croit la figer dans l'oeil de parachutistes en pleine chute.  Apparemment. La seule chose qui est sûre c'est que depuis le début de la matinée, deux phrases me tournent dans la tête. "il y en a qui meurent pour donner sens à l'existence des autres» et «La neige arrive le jour où tes yeux se rapprochent.» Mes collègues - qui ne sont que des bourrins - trouvent ça nul. Il y aussi une phrase sur le fait d'aller vers une vie tellement neuve qu'elle en serait effrayante. Je crois qu'il faut le lire ce truc.
Blanche

Patrice pluyet
Le Seuil



Festiblog bd deuxième

Posté par Easywriter le 21.09.06 à 08:47 | tags : bd, festival

Pour une fois que des manifestations littéraires ressemblent autre chose qu'à des rendez-vous de dépressifs on va pas faire la fine bouche. Outre Le Festival america dont on vous a déjà dit le plus grand bien, le dernier week-end de septembre sera aussi l'occasion de rencontrer les BD bloggers au Festiblog BD. Rencontres et dédicaces avec Lisa Mandell, Boulet et bien d'autres.
Tout savoir, par ici s'il vous plaît. Ca se passe samedi 30 et dimanche 1er octobre au village Bercy.
(Illus : détail de l'affiche officielle)



Moby Dick était-il un homme ?

Posté par Easywriter le 20.09.06 à 12:09 | tags : gallimard, pléiade

Un bref épisode de ma vie :  il y a quelques années, un ami britannique (et lettré) s'étonnait devant moi de la traduction française étrange du Moby Dick de Herman Melville qui donnait l'impression que le grand cétacé blanc était une femme. Or il est assez évident que la plus célèbre des baleines de la littérature est un homme. Dick ,soit dit-en passant, est le diminutif de Richard, prénom incontestablement masculin. Pour en finir avec les incursions du monde marin dans ma vie, j'appris également ce soir là que pédé comme un phoque s'écrivait en réalité  "foc" -nom de la voile d'un navire qui prend le vent par derrière.
Bref, la nouvelle traduction  du roman de Herman Melville dans la collection la Pléiade a choisi le terme de cachalot pour pouvoir masculiniser les références au monstre blanc.  Son traducteur, Philippe Jaworski, explique dans Livres hebdo que "Ce monstre est à l'évidence un monstre mâle, ce qui est caractéristique de l'univers de Melville et qui renvoie à l'homosexualité, l'un de ses thèmes récurrents ". Il ajoute que ce monstre avec de grandes dents féroces était inspiré par un cachalot que Melville a d'ailleurs réellement croisé dans le Pacifique.
Oeuvres complètes
Herman Melville
La Pléiade



Rendons justice à Alex Ross

Posté par Myosotis le 20.09.06 à 10:58 | tags : bd, comics
Alors que le numéro 7 est sorti aux Etats-Unis, Panini vient d'éditer en un premier volume les épisodes 1, 2 et 3 de la maxi-série (en 12 parties)Justice réalisée par l'équipe d'Earth X, soit le trio magique Ross, Krueger et Braithwaite. Cette BD, avec Ross aux pinceaux, est évidemment ce qui se fera de mieux cette année en matière de comics. Etablie hors continuité, dans un univers temporel proche du Silver Age, l'intrigue de Justice parvient à égaler, par son originalité et son intensité dramatique, la virtuosité de son dessinateur. Il n'est pas étonnant que DC ait cédé à la passion de Ross pour cette période et lui ait laissé les pleins pouvoirs. Depuis Kingdom Come (un cran au dessus tout de même), Ross n'avait rien fait d'aussi majestueux avec ses personnages fétiches.
Jusqu'à présent  l'idée est que les supervilains (Luthor, Brainiac, Bizarro) se mettent à remplacer les supergentils (la LJA, Justice League of America) pour sauver enfin la planète, tandis que ces derniers sont peu à peu éliminés et contaminés par une étrange menace. Justice introduit un retournement complet des valeurs et une nouvelle interrogation, déjà explorée par Moore en son temps, qui se résume en gros à "à quoi bon faire le bien?".  L'image d'un Superman, infecté par un "ver de cerveau", projeté dans le soleil par Captain Marvel (fin de l'épisode 5 et 6), afin de ne pas devenir une menace pour l'Humanité reste l'apothéose de la 1ère moitié. Le photoréalisme du dessin est comme souvent avec Ross saisissant, changeant chaque page en un tableau unique. Les séquences maritimes (la disparition d'Aquaman) sont un enchantement à elles toutes seules, comme les tableaux bouleversants des fléaux qui frappent la Terre ou le blocage de Flash. Justice est, à défaut d'être une BD explosive, l'histoire de super-héros la plus belle et la plus dense qui puisse être découverte en temps direct. Elle confirme l'immense talent de Ross, de loin mon dessinateur favori, et la maturité (répétons le encore et encore) du comics comme art majeur. Ceux qui ont du blé (ou qui n'en ont pas) peuvent toujours aller admirer (ou acheter) les planches de Ross sur son site .



Google essuie un premier revers

Posté par Easywriter le 19.09.06 à 18:51 | tags : numérique, web

La pieuvre Google continue de déployer ses tentacules sur le monde paisible de l'édition. Il y a quelques semaines, la firme de Mountain View signait l'accord financier qui lui permet de numériser à terme quelque quinze millions d'ouvrages. Google book search permet déjà de télécharger en pdf, les oeuvres tombées dans le domaine public.
Mais outre le procès (très attendu) intenté par La Martinière et quelques autres, Google vient d'essuyer un important revers devant la justice belge qui a lui a imposé de retirer les articles de journaux publiés in extenso sur Google news sous peine d'une amende d'un million d'euros par jour. Un collectif international d'éditeurs de presse et de livres  a  ajouté qu'il mettrait bientôt en place un système d'autorisations qui permettrait aux éditeurs "d'ouvrir une partie déterminée de leurs contenus aux moteurs de recherche, contre rémunération".
Manière de mettre la pression sur ces firmes qui pratiquent l'agrégation automatique d'informations et de photos. Google  se défend en expliquant  à l'AFP qu'il n'y a pas - pour l'instant.. - de solution technologique permettant d'éviter la technique du tout ou rien. Google finira-t-il par casquer ?
(Ce n'est pas le cas mais cette news aurait pu être inspirée par nos amis de La Feuille)



Mexico City Blues : Kerouac en choeur

Posté par Myosotis le 19.09.06 à 17:13 | tags : le seuil, poésie
Si vous en avez assez de la rentrée littéraire, des essais, bons et mauvais romans, jeter un oeil à ce Mexico City Blues  de Kerouac, réédité dans la collection Poésie du Seuil, ne vous fera pas de mal. Publié en 1959 mais écrit, si je ne me trompe pas, au fil de l'eau entre 1950 et 1958, cet ensemble de plus de deux cents "chorus" est finalement à compter dans ce que Kerouac a fait de meilleur et du plus simple.
Mexico City Blues est non seulement l'un des meilleurs titres d'ouvrages jamais rencontré mais également un recueil où la poésie prend partout le pas sur la raison. Les mots sont secs, les vers brefs et débarrassés de (presque) toute tentative de faire sens. Ce qui compte pour Kerouac, c'est de faire claquer les mots comme un fouet par la fenêtre de sa voiture, de faire claquer les décors, les images-concept et la réalité, dans des séquences qui ressemblent au final plus à des clips, à des jeux d'association stroboscopiques, qu'à des poèmes classiques.
L'effet produit par la langue de Kerouac est semblable à ce que l'on ressent lorsqu'on regarde le bord du chemin depuis le TGV lancé à pleine allure : l'idée d'une énergie en marche dans un monde immobile, l'idée de traverser la réalité comme une balle de fusil, l'idée que le premier qui s'arrête est mort.  Le premier refrain reproduit ici en VO illustre bien cette idée : on peut n'y rien comprendre et savoir que tout est dit. Les spécialistes considèrent ce travail comme directement inspiré par les impros jazz BeBop.
Extrait :
Butte Magic of Ignorance/ Butte Magic/ Is the same as no-Butte/All one light/Old Rough Roads/One High Iron/Mainway/Denver is the same/"The guy I was with his uncle was/the governor of Wyoming"/"Course he paid me back"/Ten Days/Two Weeks/Stock and Joint/"Was an old crook anyway"/The same voice on the same ship/The Supreme Vehicle/S.S. Excaligur/Maynard/Mainline/Mountain/Merudvhaga/Mersion of Missy

Mexico City Blues
Jack Kerouac
Points Seuil




Les Bouddhistes Sont Vraiment les Plus Cools

Posté par 2goldfish le 19.09.06 à 10:27 | tags : manga
siddharta
Tonkam vient tout juste de terminer la réédition des huit volumes du Bouddah d'Osamu Tezuka. On ne saurait en parler qu'avec des pincettes : le "Dieu du Manga" qui raconte la vie du "Dieu des Moines Oranges", ça en impose. N'étant que vaguement familier avec le boudhisme et l'histoire de Siddharta Gautama (j'ai vu Little Buddha il y a dix ans) cette lecture m'a appris beaucoup.
Si Tezuka n'est pas fidèle à la lettre à l'histoire officielle, il semble pour autant que je puisse en juger être resté fidèle à l'esprit. Il s'est permis d'inventer pas mal de personnages et de peindre une fresque d'aventure autour de la vie de l'Exalté, donnant un contexte historique et humain à une histoire qui en avait bien besoin. Les inventions de Tezuka ont au moins le mérite de ne pas détonner : quand il racontait que le cousin du Bouddah a été élevé par les loups, j'aurais juré que ça faisait partie du canon.
Les Bouddistes sont de toute façon parmi les religieux ceux qui reconnaissent le plus volontiers la valeur purement symbolique de certains épisodes de la vie de leur messie. Les premiers écrits sur la vie de ce bouddah datent de plusieurs siècles après sa mort, et des détails important (comme l'arbre pipal sous lequel il aurait passé huit ans) ont visiblement été ajoutés en cours de route. A ce titre, les inventions de Tezuka sont tout à fait légitimes : que ce soit quand il tisse un drame sur le système des castes ou qu'il fait des blagues anachroniques et idiotes, il sert toujours le message bouddhiste.
Ce manga est non seulement un roman d'aventure d'une grande vivacité doublé d'une leçon spirituelle édifiante du genre qu'on aurait tous du lire enfants, mais aussi une vision de la spiritualité beaucoup plus rafraichissante et saine qu'un discours de Benoit XVI sur l'Islam.

Bouddah

Osamu Tezuka
Tonkam



Les bienveillantes de Jonathan Littell

Posté par Easywriter le 18.09.06 à 16:26 | tags : extrait, gallimard, les bienveillantes, rentrée littéraire
J'aurai passé ma vie à me manufacturer des souvenirs, même si l'on me paye plutôt, maintenant, pour manufacturer de la dentelle. En fait, j'aurais tout aussi bien pu ne pas écrire. Après tout, ce n'est pas une obligation. Depuis la guerre, je suis resté un homme discret ; grâce à Dieu, je n'ai jamais eu besoin, comme certains de mes anciens collègues, d'écrire mes Mémoires à fin de justification, car je n'ai rien à justifier, ni dans un but lucratif, car je gagne assez bien ma vie comme ça. Une fois, j'étais en Allemagne, en voyage d'affaires, je discutais avec le directeur d'une grande maison de sous-vêtements, à qui je voulais vendre de la dentelle. Je lui avais été recommandé par d'anciens amis ; ainsi, sans poser de questions, nous savions tous les deux à quoi nous en tenir, l'un envers l'autre. Après notre entretien, qui s'était d'ailleurs déroulé de manière fort positive, il se leva pour tirer un volume de sa bibliothèque et me l'offrit. Il s'agissait des mémoires posthumes de Hans Frank, le General-Gouverneur de Pologne ; cela s'intitulait Face à l'échafaud. « J'ai reçu une lettre de sa veuve, m'expliqua mon interlocuteur.

Les Bienveillantes
Jonathan Littell
Gallimard
On vous a déjà dit ce qu'on en pensait ici



Manu Larcenet retourne à la terre

Posté par Easywriter le 18.09.06 à 13:51 | tags : bd, manu larcenet

Le quatrième volet de la série "le retour à la terre" sort ces jours-ci. Toujours scénarisé en strip de six cases, "Déluge" narre les aventures de Manu au pays de la paternité, après avoir dans le tome précédent exploré le problème que celui-ci entretenait avec toute idée de filiation. Ce qui était également le cas du troisième tome du Combat ordinaire dont on attend la prochaine livraison. L'auteur rappelant régulièrement qu'aucune de ses bandes-dessinées n'est autobiographique.

Déluge
Jean-Yves Ferri /Manu Larcenet
Poisson pilote.



Entre ici Pancho Villa

Posté par Easywriter le 18.09.06 à 11:32 | tags : news, vo

La figure maudite de la révolution mexicaine va t-elle être réhabilitée ? C'est ce à quoi s'attelle Paco Ignacio Taibo II dans une biographie qui fait déjà du bruit au Mexique. Contrairement aux autres « héros » de la révolution comme Zapata, Pancho Villa n'a ni rue ni place à son nom dans son pays. Il garde m'image d'un sanguinaire qui tuait, pillait et volait à la tête de sa Division Nord. Les force zapatistes du sud étant considérées comme plus soucieuses des opprimés comme les paysans et les communautés indigènes.
"C'était un bandit qui a trouvé son salut dans la Révolution mexicaine (...) Villa est la figure du vengeur des laissés-pour-compte et des pauvres", a expliqué Taibo II au bureau mexicain de l'AFP. L'auteur d'une biographie du Che assure que si Villa avait bien une vingtaine de femmes, il n'a jamais violé et s'il fusillait parfois ses prisonniers c'est parce que c'était monnaie courante à l'époque. On aurait donc beaucoup exagéré sa légendaire brutalité.
Pancho Villa est connu pour son goût de la vengeance - qui lui valait dans les annés 1910 le soutien des pauvres avec lesquels il montait des armées en quelques semaines-  et un haut fait d'arme : réussir l'unique (et brève) invasion qu'aient connu les Etats-Unis dans leur histoire.



Chloe Delaume habite une télé qui n'existe pas

Posté par Myosotis le 17.09.06 à 20:39 | tags : rentrée littéraire, roman, verticales
Cela n'a rien de personnel mais j'ai toujours eu du mal avec le travail de Chloé Delaume : difficulté à apprécier son style si particulier, ses mots, à m'intéresser à ses "intrigues" (le mot n'est pas bien choisi), à ses effets, enfin et surtout, à voir en quoi son travail était incisif ou décisif. Fidèle d'Arrêt sur Images, je n'ai jamais été impressionné par le travail de décryptage qu'elle effectuait à partir des interventions des forumnistes en fin d'émission, pas plus que je n'ai été convaincu par son travail sur le jeu The Sims.
J'habite la télévision ne m'a pas fait changer d'avis.
Le livre est plaisant, le dispositif aussi drôle que le "SuperSized Me" de ce journaliste américain qui s'était empiffré de Mc Do mais ne mène nulle part. Ce qui est en cause ici, ce n'est pas l'écriture de Chloé Delaume, très affûtée, accessible et d'une belle élégance, mais la portée théorique de cette expérience. Son discours critique s'arrête trop longtemps sur cette phrase "de cour de récré" tenue par Le Lay mais ne réussit pas à lui faire dire autre chose que ce qui a été dit mille fois : la télé abêtit, ok, et alors ? la télé est une affaire de pub et de fric, ok et alors ? la téléréalité, ça peut tuer les gens, ouais, la vie aussi, et alors ? la télé est tenue par le grand capital, ah bon, je croyais qu'elle était gérée par un collectif de chômeurs ?
Très sincèrement (et la preuve en creux est que la télé abêtie, bête et méchante a reconnu la portée critique du travail de Delaume !), cette charge est plus que légère et bâtie à 90% sur des poncifs ou du moins des éléments devenus depuis pas mal d'années théoriquement consensuels. Concentrée sur son expérience personnelle (et cet angle original qu'est la transformation de son corps sous l'effet de la télé), concentrée sur les éléments à charge, Delaume en oublie de parler de ce qu'elle regarde. C'est ce qui manque cruellement dans ce livre : la télé n'y est pas.
Ce qu'elle oublie de dire, c'est que la télé n'est pas un sens en soi, un instrument ou un attentat contre la personne, la télé, lorsqu'elle se voit et se regarde, lorsqu'elle se lèche et s'entend, la télé est un spectacle total, un divertissement qui est probablement autant un drame qu'un bonheur. La télé (c'est faire du Lévinas de supermarché que de dire ça) est une usine à visages, une usine à produire du rapport à l'autre, l'autre animateur, l'autre soi, l'autre étranger, l'autre fiction, l'autre réel, l'autre humanité : c'est Delarue, Fogiel, mais aussi l'ensemble du monde qui passe dans le champ, des plateaux, des reportages, des sourires fugaces, des larmes, des cris, des explosions, des histoires, une économie monde autrement plus réelle que ce que Delaume essaie de faire croire et peut-être plus réelle que le réel de nos vies. Du coup, ces théories macromédiologique ne parviennent pas à s'incarner dans la microéconomie du spectorat. Peut-on habiter dans la télévision et ne pas la voir ?

NB Easywriter : A Flu, tout le monde n'est pas d'accord: lire un autre avis sur J'habite la télévision (Verticales)




Une certaine histoire du rock

Posté par Easywriter le 15.09.06 à 13:00 | tags : photo

Si on le feuillète négligemment, on est d'abord surpris par la sécheresse des clichés. Cadrages parfois négligés, retouches cracras (voir illus.)sous exposition systématique, si l'on s'en tient aux canons ordinaires de l'esthétique , les photos de Muriel Delepont sont moches. Sauf que pour le trentenaire nostalgique - dont nous sommes - l'art pauvre de Delepont devient au fil des pages un bel hommage expressioniste à une certaine vision du rock post-punk, brut et sombre. " J'ai tellement aimé Bauhaus", lui fait dire Philippe Manoeuvre dans la préface à Organic Vision of sound. Gothiques les clichés de Delepont le sont, même quand elle shoote les clowns de The Prodigy dont la puissance noire est révélée ici avec honnêteté . Photographiés (presque) souriants, on les confondrait aisément avec un duo new-wave. Avant, on a vu Blixa Bargel de Einsturzende Neubauten, en contre-plongée sur un pavé défraichi.
Muriel Delepont a démarré au début des années 80 en mitraillant Front 242. Plus tard, elle s'installe à Bruxelles et croise les Young Gods, shoote Noir Désir. Le combo bordelais - qui avait livré un live video de haute tenue mais assez rêche à la fin des années 90 - doit se reconnaître dans cette esthétique de la pudeur. Divine Comedy (et oui), Elysian Fields, Iggy Pop, Tom Waits, Perry Farrel, Juliette Grecoo...Muriel Delepont brasse large et fonctionne uniquement au plaisir, témoignant moins d'une époque que d'une posture, comme le dit son éditeur. Dont l'erreur majeure aura été de commander un texte inutile à Patrick Eudeline pour légender les clichés.
Illustrations : à gaucheTreponem Pal,à droite Marilyn Mansion.
Organic Vision of sound
Muriel Delepont
Editions Trouble-fête

Lire aussi notre petite Histoire du rock sur le mag Musique



Carl Hiaasen : Nue comme un ver sur un ballot de beuh.

Posté par Maxence le 15.09.06 à 11:54 | tags : denoel, polar

Après avoir balancé sa légitime par-dessus le bastingage d'un bateau de croisière au large de Miami, Charles Perrone (alias "Chaz") biologiste incompétent et ventre-mou croit ces ennuis finis. Erreur, ils ne font que commencer. Car son épouse, Joey, à survécu à cette tentative de meurtre en s'accrochant à un ballot de marijuana dérivant au fil du Gulf Stream. De retour sur la terre ferme, elle se met en ménage avec un ex-flic stoïque mais tenace. Ensemble, ils décident de lui en faire baver.
Tout l'art de Carl Hiaasen tient en quelques lignes : mettre en place de façon brillante (et souvent très simple) une machination implacable, sans pourtant tomber dans le manichéisme.
A son habitude, l'auteur s'amuse beaucoup à nous décrire les aberrations comportementales d'êtres humains, inconscient de vivre dans ce qui devrait être un paradis terrestre, mais qu'ils s'efforcent tant bien que mal de transformer en enfer.
Car, comme dans tous les livres de l'américain, c'est la Floride qui, encore une fois, tient le rôle principale. Sa flore, son écosystème (les Everglades, la rivière d'herbe, la laiche, les palétuviers…) et sa faune (alligators, tortues, mocassins d'eau et ratons laveurs) participent également – souvent dans des scènes hilarantes – à l'intrigue secondaire. Si Hiaasen est originaire de la Floride où il exerce la profession de journaliste, on peut dire qu'il aime autant ce coin de terre qu'il déteste ses habitants. Ramassis de psychopathes, de retraités ronchons et d'assistés, les personnages de Hiaasen lui ont fait surnommé sa série : Bienvenue à Frappadingueland, c'est dire ! Mais au delà de ces turpitudes, surnagent toujours des caractères positifs. Chez Hiaasen il y a toujours un chien stupide, des tueurs qui reviennent sur leurs fautes, des écolos-warriors déjantés mais sincères, des anti-héros solitaires au grand cœur et de jolies femmes fortes en gueule.
Queue de poisson fait donc parti d'une espèce à part : Le polar "écolo rigolo". Typiquement le genre de roman à lire à la rentrée, histoire de goûter après l'heure au dernier parfum de l'été...

Queue de poisson de Carl Hiaasen (Denoël)




La fin d'une époque

Posté par Easywriter le 14.09.06 à 16:17 | tags : média

 "Je vous ai oublié, je suis tombé dans un coma journalistique atroce qui, en multipliant mes points de vue, m'a fait oublié le seul, le vrai, le mien. Ce tunnel me voit dévorer tout ce que je vois, ce que je peux lire. Je suis devenu glouton. J'ai gagné cette capacité à accumuler, mais je ne ressens plus le gout de ce que j'ingurgite. Je lis, je vois, je pense, j'examine, je partage, je regarde mais jamais plus je ne réagis, je n'explose, je ne m'engage. (...)J'ai cru me voir évoluer, sans réaliser que je m'enterrais six pieds sous terre. J'ai cru me cultiver, sans voir que je ne faisais qu'entretenir cette illusion qui me conforte. J'ai cru m'informer, sans m'apercevoir que je ne m'accrochais finalement qu'à un modèle que je croyais combattre. Aujourd'hui j'ai retrouvé la mémoire, mais il est trop tard, je n'ai rien fait, je n'ai rien vu. A force d'y croire, j'ai fini par donner vie à mes peurs : les autres ont gagné"
Réflexion d'une lectrice sur le site de Libération qui propose une discussion autour de sa survie...



Irreverent nait au sein de l'Empire

Posté par Easywriter le 14.09.06 à 12:28 | tags : revue

On nous demande d'annoncer le premier numero  de Irreverent, dernière née des revues littéraires branchagas.  "Nous y sommes. Dedans en plein. L'empire est industriel, technologique, médiatique, financier, cybernétique, difficile d'en sortir, au mieux on change le papier peint. Nous avons décidé de créer en son sein une bulle, une pièce dérobée, un cloaque."
Dans le cloaque, créé notamment par Arnaud Sagnard, on trouvera des textes de Pierre Merot, Costes, AImar ou Santolaria sur le thème de l'empire, donc.  Comme on veut être hype et satisfaire notre alcoolisme mondain demain soir, on a décidé d'en dire du bien. Voilà.



Marc Lévy en 2h et 56 minutes : qui dit mieux ?

Posté par Myosotis le 14.09.06 à 11:34 | tags : elucubration, marc levy, robert laffont


Je ne sais pas si c'est l'annonce de la retraite de Michael Schumacher ou la difficulté à repartir sur autre chose après la lecture du Grande Jonction de Maurice Dantec, mais j'ai eu la mauvaise idée de voir combien je mettrais de temps à lire les 400 et quelques pages de Mes Amis, Mes Amours, de Marc Levy, en allant le plus vite possible.
Montre en main donc (et en lisant chaque mot), cela m'a pris 2H56 minutes. Bizarremment, alors qu'on le fait pour les jeux vidéos (un bon jeu est un jeu qui a une durée de vie suffisante) ou les disques (un disque qui s'écoute longtemps et se réécoute vaut mieux qu'un disque dont on se lasse), on lie assez rarement la qualité du livre et la vitesse d'ingestion du lecteur. Celle-ci peut, en effet, lorsqu'elle augmente dangereusement, mesurer à la fois un intérêt redoublé (suspense, envie de savoir la suite), et l'incapacité du livre à nous arrêter, à nous retenir. Un bon livre repose alors sur un enchaînement rythmique spécifique qui doit contenir des zones d'immobilisation du lecteur (de stupeur) et des zones de déchaînement (ces instants magiques où on a l'impression de ne plus pouvoir s'arrêter). C'est mathématiquement le rapport des temps cumulés de STUPEUR (ne pas oublier de compter les instants où, après sa lecture, on repense au livre) et des temps de FRENESIE (exprimés en heures) corrigé par le nombre total de pages (une sorte de multiplicateur d'effet si le ratio frénésie/stupeur est stable) qui peut alors donner l'idée de la qualité globale du livre pour soi et peut-être même bien pour la littérature. Je donnerai un autre jour des exemples concrets et chiffrés pour illustrer cette théorie.
En ce qui concerne le Lévy, donc, les 2H56minutes confirment que le roman se lit vite, s'ingère avec une facilité déconcertante mais ne présente pas suffisamment d'aspérités pour retenir l'attention ET qu'il n'est pas même capable de multiplier, par l'intérêt de l'intrigue, votre vitesse naturelle de lecture.
Le thème est passe-partout (en marketing, un Bridget Jones/ Auberge Espagnole trentenaire pour bobos dans le quartier français de Londres), le traitement sans surprise (Lévy nous avait au moins habitué à 1 ou 2 gimmicks marrants dans ses autres livres) et la chute merdique. Ce qui m'aura ralenti finalement, c'est que j'ai eu, au démarrage, une volonté d'aller trop vite qui m'a ensuite handicapé dans la distinction des différents personnages : qui est qui, qui fait quoi ? Si c'était à refaire, j'investirais un peu plus dans les 20 premières pages (d'autant plus que Lévy, l'habile artisan, alterne les narrateurs pour tromper l'ennemi) pour espérer gagner 5 ou 6 minutes sur la fin. Il faut mettre au crédit de Marc Lévy que sa peinture de milieu est bien exécutée (même si elle ne m'intéresse pas) et qu'à 2H56 pour 22 euros, soit 7,33 euros de l'heure de divertissement, il n'est pas plus cher qu'une bluette de 1H30 vue au cinéma pour 11 euros.... L'un dans l'autre, avec Marc Lévy, on s'offre pour un prix similaire, 2 fois plus de plaisir.
Pour mon étude, je veux bien recueillir les temps de lecture de Nothomb, de Dantec, de Zeller et Vollmann, par exemple, voire même pour ceux qui sont allés jusqu'au bout des Bienveillantes de Littell.



Au fond de l'oeil du chat : le néant

Posté par Myosotis le 13.09.06 à 14:21 | tags : métailié, polar
L'homme Serge Quadruppani avait fait parler de lui, il y a quelques années, lors d'une polémique assez intense l'accusant de révisionnisme et de soutien voilé aux thèses négationnistes, en même temps que de sympathie pour les amateurs de pédophilie. Rien que ça. Homme d'extrême gauche (animateur du journal Mordicus et fondateur avec Pouy de la série des Poulpes), Quadruppani est de ces anti-anti qui, du coup, sont amenés au nom de la liberté, à prendre des positions qui surprennent leur propre camp. Peu importe en tout cas, puisque ce n'est pas vraiment le débat de ce Au Fond de l'Oeil du Chat, polar efficace, complexe et plutôt séduisant.
Le héros du roman est un ingénieur solitaire et sur la paille dont l'ami d'enfance, un homme riche et industrieux, est assassiné le jour où il doit rencontrer pour la 1ère fois son fils âgé d'une vingtaine d'années. Une enquête s'en suit pour savoir ce qui c'est passé, où le voisin et ami est accusé, emballe la commissaire de police, tuée à son tour par la police des polices, travaillant en sous-main pour une loge maçonnique qui a... commandité des sacrifices d'handicapées à la Emile Louis. Parallèlement (et jusqu'au retournement final), on suit la confession d'un tortionnaire de la République, vieillard débonnaire et rassurant qui a trempé dans toutes les combines de la république.
Le livre se déroule comme un Poulpe, première époque, plutôt rapidement et facilement : style sans aspérités ni charme particulier, narration directe et quelques bonnes répliques. L'intrigue est plutôt contestable dans ses raccourcis (la commissaire qui couche avec le looser après 2 mots échangés, le rebondissement final totalement artificiel,....), voire carrément mal fichue.
En voulant mêler tous les thèmes, Quadruppani fragilise la crédibilité et la portée de l'ensemble mais offre un divertissement de qualité et un casse-tête idéologique de premier choix. Ses coups sont portés principalement (poujadisme?) contre les notables et les politiques "tous pourris". J'ai beau avoir un naturel conspirationniste et un fond actif de gauchisme (près du cerveau droit), la loge maçonnique tortionnaire qui martyrise pour souder ses rangs a du mal à passer. La police parallèle du Ministère de l'Intérieur est évidemment d'actualité, au point que l'auteur adresse, en fin de volume, un rappel au(x) ministre(s) concernant la nature fictive du roman.
La plupart des lecteurs qui ne sont pas familiers de ces polars "gauchistes"  trouveront ce roman totalement alambiqué, voire carrément nauséabond sur ce qu'il implique : une grande désespérance et le sentiment que chacun est totalement désaisi de sa liberté, et ce même dans un système démocratique. 
Au fond de l'oeil du chat
Serge Quadruppani
Metailié



Correspondances de Manosque

Posté par Easywriter le 13.09.06 à 12:00 | tags : festival

Comme chaque année, le festival Correspondances de Manosque multiplie les lectures, les rencontres et autres performances dont des concerts littéraire (erm..). Jean-Hubert Gailliot, Anne-Marie Garat, Chloe Delaume, François Begaudeau, Jonathan Littell ou encore Robert Mc Liam Wilson seront de la fête aux côtés d'autres artistes comme Joseph d'Anvers ou Louis Sclavis.
Du 20 au 24 septembre à Manosque. Programme et promo par ici.



Fraise et chocolat de Aurelia Aurita

Posté par Easywriter le 13.09.06 à 09:40 | tags : bd, sexe et littérature

Cette bande dessinée ne raconte rien d'autre qu'une histoire de cul. Celle qu'une jeune fille va vivre au Japon de manière ultra-décomplexée. Pas de discours pour envelopper, légitimer, intellectualiser la simple envie de baiser.
Rien sur le Japon, le choc des cultures, les atermoiements d'une jeune fille qui donnerait son corps. " Je voudrais réserver mon âme à un seul homme mais avoir plein d'amants", dit notre sympathique hédoniste. Côté graphisme, un trait simple, lui aussi libéré des contraintes, le tout au service d'un livre léger et troublant.
" Tu sens bon comme les Japonaises mais tu te fais enculer comme les Françaises", lui balance l'amant quelques pages plus loin. Une jolie formule qu'elle a raison de prendre comme un super compliment. Féminisme new generation ?
Fraise et chocolat.
Aurelia Aurita
Impressions Nouvelles.



Au menu du Renaudot

Posté par Easywriter le 12.09.06 à 18:13 | tags : prix, prix renaudot, rentrée littéraire

On dit qu'il répare les erreurs du Goncourt. Mais qui répare les siennes ?
Allez, la liste des nominés : (il arrive que certains soient également sur la liste du Goncourt, moyennant quoi ils n'obtiennent généralement ni l'un ni l'autre).

Christine Angot : "Rendez-vous", Pierre Charras : "Bonne nuit, doux prince", Philippe Dagen : "Arthur Cravan n'est pas mort noyé", Agnès Desarthe : "Mangez-moi", Alice Ferney : "Les autres", Charles Ficat : "La colère d'Achille", Alain Fleischer : "L'amant en culottes courtes", Vénus Khoury-Ghata : "La maison aux orties", Gilles Lapouge : "Le bois des amoureux", Jonathan Littell : "Les Bienveillantes", Alain Mabanckou : "Mémoires de porc-épic", Gabriel Matzneff : "Voici venir le fiancé", Richard Millet : "Dévorations", Olivier et Patrick Poivre d'Arvor : "Disparaître", Michel Schneider : "Marilyn dernières séances" , Morgan Sportès : "Maos", François Vallejo : "Ouest".



Les oubliés de la rentrée littéraire

Posté par Maxence le 12.09.06 à 15:29 | tags : denoel, news, rentrée littéraire

Burp ! Oops, pardon : VurtLa rentrée étant ce qu'elle est (boursouflée), concentrons nous sur les oubliés, ceux dont personne ne parlera, alors qu'ils font bel et bien partie des 683 livres sortant entre septembre et octobre. Pour commencer, vous l'avez lu cet été, La Volte réédite le Vurt de Jeff Noon dans une nouvelle traduction signée Marc Voline. De ce côté, rien à dire, nous en avons parlé et reparlé. A noter tout de même que La Volte et son créateur Mathias Echenay a acheté les droits de TOUS les Jeff Noon, non encore traduit en France. Autre grand oublié, Carl Hiaasen et son nouveau thriller comique, Queue de poisson (Denoël). Déjà chez les libraires, Queue de poisson est une variation sur les thèmes favoris de l'américain. Habitant - très impliqué - de l'état de Floride, Hiaasen le décrit comme une vaste poubelle où la population se partage entre retraités conservateurs, plus ou moins aisés, et jeunesse sans emplois pratiquant un mode de vie que l'on qualifierait "d'aventureux", mais uniquement dans un pays aussi ignorant de la misère que peut l'être les Etats-Unis. Ses descriptions sur le mode de l'humour noir, du fanatisme religieux mêlé au crime crapuleux ou ses dénonciations des malversations politiques locales, pour hilarantes qu'elles soient, n'en restent pas moins inquiétantes. C'est pourtant toujours un plaisir de retrouver cette série, que Gloupl'auteur lui-même surnomme : Bienvenue à Frappadingueland. Finissons ce court panorama des ignorés de la rentrée, avec l'excellent Adam Johnson. Johnson est un nouveau venu dans le petit monde de la littérature d'anticipation. Un terme qui lui sied à merveille même si ses histoires, pour se situer dans un futur proche, ne sont pas non plus à proprement parlé de la science-fiction. Car il s'agit bien ici d'anticiper sur ce que va devenir - et devient chaque jour un peu plus - notre monde et particulièrement, sa plus "grande puissance" autoproclamée, les Etats-Unis. En l'occurence, dans son nouveau roman, Des parasites comme nous (toujours Denoël, non, non, je ne touche rien...) il s'agit d'une apoclaypse drolatique, où l'auteur tourne en dérision la volonté de puissance et de contôle de son pays (ainsi que de la science, pour faire bonne mesure.) Nous avions adoré Emporium son recueil de nouvelles, mélange de Carver et de Ballard (Si !), il faudra attendre la fin de la lecture de celui-ci pour en savoir plus. A très vite, donc...


Queue de poisson de Carl Hiaasen.
Des parasites comme nous
de Adam Johnson. Denoel.
Vurt de Jeff Noon. Edition La Volte.


 


 




Martin Amis et l'âge de l'horreur

Posté par Easywriter le 12.09.06 à 12:05 | tags : web
Dans l'excellent Guardian Unlimited books, une variation de Martin Amis sur la montée de l'islamisme extrême et l'incurie de l'Occident.



1602, la suite en moins bien

Posté par Myosotis le 12.09.06 à 10:28 | tags : bd
Si on ne trouve rien à redire à ce que Marvel ait voulu prolonger la mini-série 1602 créée par Neil Gaiman avec d'autres auteurs, on peut déplorer que cela donne, un an après, un résultat aussi médiocre. Greg Pak, le scénariste, n'est normalement pas un manche (son travail sur XMen n'était pas mauvais) mais il se rate complètement ici en étant incapable d'apporter quoi que ce soit de neuf à cet univers alternatif prometteur, tout en galvaudant l'esprit initial de relecture des principaux personnages de la Maison des Idées.  Peu d'humour, peu de mystère, peu d'avancées scénaristiques, c'est ce qu'on retient ou qu'on ne retient pas de ces 5 numéros.
Servi pourtant par le pinceau efficace de Greg Tocchini (à qui on doit notamment l'excellent Thor, fils d'Asgard), Pak insiste sur les personnages de Peter Parquah (le futur Spiderman) et David Banner (Hulk) sans grande originalité. L'ancêtre de Magneto joue au Grand Inquisiteur et un Iron Man peu convaincant débarque au Nouveau Monde pour chasser les super-héros. Cela donne une série de séquences lourdingues de poursuites en forêt, un affrontement débile avec un dinosaure et des scènes initiatiques où Hulk "se découvre" qui ne valent pas une cacahuète. Pak a choisi de ne pas utiliser le quart des personnages inventés par Gaiman et c'est une erreur majeure tant l'intrigue résiduelle devient squelettique et sans intérêt. Comble du comble, il ne prend même pas la peine (ou j'ai raté quelque chose) de transposer le Green Goblin et le conserve tel quel en Osborne du Nouveau Monde.



Eric Chauvier ou l'anthropologie littéraire du quotidien

Posté par Easywriter le 11.09.06 à 14:30 | tags : rentrée littéraire, roman

Littérature et sciences sociales forment un drôle de couple. Jamais vraiment ensemble mais difficiles à séparer complètement, un peu comme ces partenaires potentiels qu'on rate toute sa vie et avec lesquels on alterne phases d'ignorance et rapprochements maladroits. Evidemment avec leur principe de réduction du monde à des paramètres définis, les sciences sociales apparaissent généralement comme l'ennemi absolu des belles lettres - Les Houellebecq et consorts ayant surtout singé le langage des premières au service des deuxièmes. Dans Anthropologie, Eric Chauvier réussit à faire coïncider les deux types d'approche en dépassant la simple cohabitation stylistique.
Le narrateur de ce court roman est déstabilisé un jour par le regard ambivalent, à fois proche et incroyablement lointain, d'une jeune rom, mendiant à un carrefour. A partir de ce qu'il nomme joliment "une impression de familiarité rompue", Chauvier va confronter le regard de quelques uns de ses amis qu'il amène en voiture près de la jeune fille et auxquels il fait une invariable remarque liminaire : « Ca doit être un travail difficile ».
Analysant le rôle social occupé par cette mendiante et la représentation qu'en ont les autres; il perd peu à peu de vue un « objet » dont la singularité la plus stricte finit par lui échapper. Si elle peut être parfois rebutante, la langue de Chauvier est d'une précision redoutable et passe au crible d'une enquête des personnages de fiction, enquête qui se confond peu à peu avec son objet même.
Bien que « l'être social développe dans son ordinaire une capacité fondamentale à endiguer l'étrangeté », la rationalisation ne parviendra pas à épuiser le trouble initial du narrateur. Prenant comme excuse les feux rouges et le flot ininterrompu des voitures pour ne jamais s'arrêter; il fait surtout l'épreuve de son manque d'audace et des limites de sa discipline.
Il lui faut donc rencontrer physiquement cette jeune "X" mais le lecteur a déjà compris que ça n'arriverait pas. Que quelque chose échappe de la circonscription du réel, qu'il en va ainsi de la littérature comme de la sociologie. En traitant habilement le thème de la disparition sur le mode de l'enquête, Eric Chauvier est vraisemblablement un vrai anthropologue qui a lu Patrick Modiano.


Anthropologie
Eric Chauvier
Allia






Luc Lang : la fin des paysages

Posté par Easywriter le 11.09.06 à 12:36 | tags : rentrée littéraire


"Abel Manson n'est plus là pour rabaisser l'événement à la proportion d'une futile anecdote, ainsi je peux poursuivre l'exact récit de la scène...mythologique, quasi, oui, je maintiens : mythologique...parce que dans le silence stupéfié et l'hébétude hagardes des plus proches témoins, on entend soudain l'entêtant cliquetis de la roue arrière tournant à vide , on remarque l'autre roue, la fourche et le guidons tordus, les jambes de l'ouvrier prises dans la tubulure du cadre, le corps tronqué-mélangé à sa bicyclette et à des bouts de planche... le buste et la tête ne sont pluis à présent qu'un plan de chair et d'os entre la caisse et les pavés du quai, invisibles... "

On n'avait pas lu de livre de Luc Lang depuis l'excellent Mille six cents ventres. La fin des paysages nous a donné envie de nous y remettre.


La fin des paysages
Luc Lang
Stock



Malédictions : B-Sides & Rarities

Posté par 2goldfish le 11.09.06 à 10:18 | tags : bd
malédictions de Kevin Huizenga
J'avais beaucoup aimé le premier tome de Ganges de Kevin Huizenga paru un peu plus tôt cette année et je n'étais apparement pas le seul puisque sans attendre un second volume Coconino Press vient de publier Malédictions, un recueil d'histoires courtes un peu plus vieilles. On y retrouve le personnage de Glenn Ganges, mais plutôt que de s'intéresser à lui, Huizenga l'utilise comme véhicule pour une série d'histoires plus ou moins indépendantes. La première est une adaptation d'une nouvelle d'horreur victorienne de Sheridan Le Fanu, puis on nous parle d'enfants perdus, d'un ogre à plume... Huizenga est toujours (ou était déja) préoccupé par tous ces petits trucs qui viennent détourner notre esprit de cette chose d'indéfinie qui existe surement là, quelque part derrière le bruit. L'histoire du théologien évangeliste obsédé par l'enfer et le golf qui clôt l'album est à ce titre particulièrement réussie.
On ne retrouve malheureusement pas l'inventivité narrative qui faisait tout l'intérêt de Ganges. Les effets de découpages se limitent principalement à un jeu sur la taille des cases mais aussi efficace et maitrisé soit-il, rien là dedans ne risque de renverser sur sa chaise un lecteur de Chris Ware.
Malédictions ressemble un peu à une de ces compilations de fonds de tiroirs assemblées à la va-vite pour profiter du succés inattendu d'un jeune groupe. Kevin Huizenga est loin d'avoir un tel succès pourtant et ce recueil est loin d'être mauvais, mais on se demande juste un peu ce qu'il fait là.

Maledictions
Kevin Huizenga



Transfuge à l'heure américaine

Posté par Easywriter le 08.09.06 à 16:31 | tags : revue
Pour ne pas passer pour des groupies décérébrées, on s'était juré de critiquer la prochaine livraison de Transfuge. Partie remise, le numéro de rentrée du magazine de la littérature étrangère est d'une tenue irréprochable.  Quinze romans américains sont à l'honneur,signés  William Vollmann, John Irving, Jonathan Lethem, Dennis Cooper, Rick Moody ou encore Chuck Palahniuk. A leurs côtés  également  Truman Capote dont est publié Summer crossing, livre de jeunesse inédit dont l'auteur de De Sang froid avait égaré le manuscrit.
Ce serait déjà suffisant pour pleurer de bonheur - vu la qualité enviable des plumes qui recensent ces ouvrages- mais  il faut encore saluer le grand entretien avec Antonio Lobo Antunes. L'écrivain portugais a en une vingtaine de livres dressé une cartographie intime et poétique de son pays, brassant le destin de la nation et les trajectoires individuelles de ses personnages. Psychiatre de formation et sévèrement perturbé par son expérience militaire en Angola, Lobo Antunes est parvenu à écrire une histoire de la folie dans une langue à la beauté effrayante. Vraiment.



Y Le dernier Homme

Posté par Myosotis le 07.09.06 à 13:00 | tags : bd
Parmi les dernières publications des Editions Semic (la publication devrait reprendre sous le label Panini, prochainement), Y, Le Dernier Homme est probablement l'une des sagas les plus réussies de ces cinq dernières années.

Prévue en 60 épisodes (la France est, sur les 2 premiers tomes Sémic, au n°10 seulement, contre 39 de plus aux Etats-Unis, merci pour tout!), Y repose sur un plot original, une galerie de caractères impressionnante et un dessin habile et facilement intelligible.

Emmené par Brian Vaughn, jeune prodige connu pour ses passages successifs chez Marvel et DC (Y sort chez Vertigo) et servi par la ligne claire de Pia Guerra (une femme au nom prédestiné pour le job), démarre le jour où, pour une raison mystérieuse, l'homme est rayé de la planète. Le tome 1, particulièrement efficace, donne ainsi à voir la naissance d'une matriarchie par nécessité où les footballeurs, soldats, chauffeurs livreurs, hommes politiques, etc meurent en explosant, peut-être atteint par une terrible et soudaine épidémie. Tous, sauf un évidemment, le jeune Yorick, fiancé d'une plantureuse blonde en voyage en Australie et qu'on ne reverra que bien plus tard. Yorick est un maître de l'évasion amateur (référence au personnage de Michael Chabon, l'Escapist et au Spirit), sensible et doté d'un compagnon étrange, un singe capucin baptisé Ampersand qui prendra beaucoup plus loin une importance capitale. La BD raconte le parcours de Yorick, de sa garde du corps black l'Agent 355, de son singe, de sa soeur enrôlée par les Amazones, pour découvrir ce qui s'est passé. La fine équipe, étape par étape, va lever le voile sur la tragédie, se confronter aux différents groupuscules qui recomposent l'économie de la planète : les goudous queen, les amazones, les républicaines libérées, etc.
Ce qui fonctionne bien dans Y, c'est évidemment cette logique de secret (indispensable et utilisé dans toutes les séries télévisées qui marchent en ce moment), certes un peu facile mais efficace, mais également la justesse des personnages principaux (Yorick notamment qui va évoluer très favorablement au long du récit) et la pertinence du monde dans lequel il voyage : chaotique, futuriste, désolant. La vision de ce que les femmes feraient de l'univers si l'oppression masculine disparaissait est plutôt sombre et criticable, mais comme c'est une femme qui tient le pinceau, on peut se dire sans gêne qu'elle repose peut-être sur un fond de vérité. 

 

 




A 40 ans, le Petit Robert est- il devenu réac ?

Posté par Easywriter le 07.09.06 à 11:47 | tags : news

C'est bien connu en vieillissant on devient plus conservateur. L'illustre dictionnaire n'échapperait pas à la règle, du moins si l'on en croit le MRAP (mouvement pour le rassemblement et l'amitié entre les peuples) et le CRAN (conseil représentatif des associations noires de France). les deux associations fustigent la légitimation de la colonisation dans l'édition 2007 du dictionnaire :
colonisation : "mise en valeur, exploitation de pays devenus colonies"
coloniser: "coloniser un pays pour le mettre en valeur, en exploiter les richesses".
C'est évidemment la mise en valeur qui est l'acception la plus contestée, les accusateurs prennent d'ailleurs pour exemple la définition plus technique du Larousse qui n'utilise pas cette expression. Ils réclament désormais le retrait pur et simple du dico, qui instillerait que la colonisation a eu des bienfaits, quelques mois après la polémique autour de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 ( le fameux "rôle positif). En réalité, si le Petit Robert est un affreux impérialiste, il l'est depuis plus de 20 ans, les deux définitions n'ayant pas été modifiées depuis cette date.  Le vénérable dictionnaire est donc  un brin instrumentalisé par des associations qui veulent relancer le débat  sur la colonisation et rappellent - à juste titre - qu'une définition n'est jamais neutre et objective. De leur côté, les éditions Le Robert se sont indignées des raccourcis empruntés par les plaignants et ont reçu le soutien de... Philippe de Villiers qui emprunte lui aussi un de ses raccourcis favoris en traitant nos virulents associatifs de staliniens.



La rentrée littéraire sur le mag, c'est gratuit!

Posté par Easywriter le 06.09.06 à 15:04 | tags : rentrée littéraire
Vous êtes en quête de sens ? Outre cet espace détente où la parole s'écoule comme un pétulant fleuve printanier, Fluctuat dispose d'une partie magazine où les contributeurs de la rédaction livres - dont votre serviteur- s'étendent à loisir sur la littérature qui les émeut - ou les désespère.  Si vous disposez d'un peu plus de temps de cerveau disponible, vous pouvez donc déjà lire les critiques de :
Grande Jonction.  Maurice G Dantec
Christine Angot et Lorette Nobecourt au feminin singulier
J'habite la télévision. Chloe Delaume
Le script. Rick Moody
Scream Test. Grégoire Hervier
L'histoire de l'amour. Nicole Krauss
Julien Parme. Florian Zeller
Dans le cadre de notre deuxième quinzaine promotionnelle, nous vous proposerons ( NB :les liens renvoient vers la salle d'attente du mag ou des extraits publiés ici) :
Bamby frankenstein Jean-Hubert Gailliot
La course du chevau-léger. Jacques Bertrand
Trans de Pavel Hak
Les îles éparses de Jean-Louis Magnan (doublé d'un entretien)
Un entretien avec Chuck Palahniuk
Les fusils de William Vollmann
Forteresse de solitude. Jonathan Lethem.
Le responsable clientèle nous demande de préciser que les esthètes avisés peuvent s'entregloser sur  tous ces ouvrages dans le forum romans de Flu. 



Un Pratchett et ça repart

Posté par Myosotis le 06.09.06 à 12:40 | tags : science-fiction

Si vous trouvez que cette rentrée littéraire est un peu plombante, pas rigolote, qu'Angot vous emmerde et que Dantec peut attendre les prochaines vacances, une petite application de Terry Pratchett peut vous redonner du tonus. Sorti au début de l'été, les Ch'tits hommes libres (encore une traduction à la noix du sexy "The Wee Free Men") est un roman amusant, jouissif et tendre qui vous permettra de patienter tranquillement jusqu'à la sortie, dans un registre proche, de l'adaptation ciné très attendue du vieux Stardust de Neil Gaiman.
Les Ch'tis Hommes Libres est un roman du disque-monde qui ne s'inscrit pas dans la série principale (le tome 30 -?- Thud est sorti en VO, il y a quelques mois) mais dans une sorte de veine parallèle de récits pas tout à fait "pour adultes" mais plutôt bien foutus. Les Ch'tis hommes libres (rien à voir avec le Nord Pas de Calais) fait partie de la saga post-Harry Potter des Tiphaine Patraque (une apprentie magicienne). Cette fois, c'est le petit frère de Tiphaine Patraque qui est enlevé par la reine des fées et qu'il va s'agir d'aller récupérer avec une légion de créatures de second rang en guise de commando d'élite. Tiphaine, armée de son livre de magie empruntée à sa grand-mère (qui est en réalité un livre normal, sans aucun pouvoir, enfin c'est ce qu'on croit), sera notamment aidée par les ch'tis hommes libres, des pixies voleurs à peau bleue, les Nac Mac Feegle, ce qui laisse Pratchett jouer avec virtuosité avec les codes de l'héroïc fantasy. Evidemment, l'équipage des ch'tis hommes libres n'est pas à la hauteur imaginative des personnages du Cycle principal (dans le genre, les vieux héros avaient une autre tenue) mais on se laisse prendre au jeu et entraîner par ces créatures magiques (enfin, magiques, c'est un bien grand mot) exclues du monde féérique pour... débauche et ivrognerie. Ce qui continue d'impressionner tout de même, c'est la vitesse à laquelle tourne le Système Pratchett, mille pages minute, et toujours pas de perte de qualité. Cet Australien doit être tombé dans le chaudron magique des Histoires qui tiennent la route, quand il était bébé.



Prix Goncourt : première sélection

Posté par DDA le 05.09.06 à 19:18 | tags : prix, prix goncourt, rentrée littéraire
Les jurés de la "prestigieuse" récompense ont publié une première liste de candidats.
Stéphane Audeguy : "Fils unique" (Gallimard)
Antoine Audouard : "Un pont d'oiseaux" (Gallimard)
Christophe Bataille : "Quartier général du bruit" (Grasset)
Jean-Eric Boulin : "Supplément au roman national" (Stock)
Alain Fleischer : "L'Amant en culottes courtes" (Seuil)
Nancy Huston : "Lignes de faille" (Actes Sud)
Gilles Lapouge : "Le Bois des amoureux" (Albin Michel)
Camille Laurens : "Ni toi ni moi" (P.O.L.)
Jonathan Littell  les Bienveillantes" (Gallimard)
Léonora Miano : "Contour du jour qui vient" (Plon)
Amélie Nothomb : "Journal d'hirondelle" (Albin Michel)
Olivier et Patrick Poivre d'Arvor : "Disparaître" (Gallimard)
Michel Schneider : "Marilyn dernières séances" (Grasset)
François Vallejo : "Ouest" (Vivianne Hamy)

Bon. A part le Littel dont on vous parlait il y a peu et l'éviction ( ou oubli, deux autres listes sont à venir) de Laurent Mauvignier, les autres livres ne nous disent pas grand-chose si ce n'est le supplément au roman national de Jean-Eric Boulin dont on reparlera bientôt.



La rentrée en mode Kebab

Posté par Myosotis le 05.09.06 à 11:34 | tags : elucubration
"Israéliens, libanais, syriens, iraniens : et si on s'asseyait tous pour parler et manger un kebab ?", c'est l'étrange proposition formulée par Mussad Barek, marchand de sandwichs en Seine Saint Denis (93), affichée à la porte de son échoppe. Véritable trésor de la culture moyen-orientale, le "Grec", "Turc" ou "falafel", selon ses éclinaisons et variantes (salade, tomates, oignon) est devenu au fil des années, le seul lien qui unirait les populations de ces pays tourmentés. Grec post-discothèque, turc d'avant sex-show, falafel de révision universitaire, sandwich sauce blanche en amoureux, envie de dépaysement, kebab du soir ou kebab du petit matin  : le kebab est votre ami pour la vie, quel que soit votre mode de vie. 

Objet de satire, il est aussi moqué par les Israéliens, qui même s'ils en raffolent, le tiennent pour ce qu'il y a de moins gastronomiquement sexy chez leurs voisins et ennemis. Illustration, ce jeu exceptionnel et addictif proposé par la propagande israélienne. Gare aux troubles musculo-squelettiques tout de même : http://www.falafelgame.com/eng/falafelhome.html

En pleine rentrée littéraire, on ne peut nier qu'un bon kebab, sur les coups de 2 heures du matin, accompagne plutôt bien un Marc Lévy, un Amélie Nothomb ou ces sortes de légèreté. Le kebab graisse la carcasse et permet de s'enquiller l'un des 600 livres du mois, sans crier famine, ni perte de temps.

 




House of M : maison du marché

Posté par Myosotis le 05.09.06 à 11:00 | tags : bd
Les fans français le savent : l'année 2006 a été, est et sera une année de refondation majeure pour les grosses boutiques de comics aux USA avec une flambée de crossovers qui innondent le marché américain depuis pas mal de temps maintenant, tant chez Marvel que chez DC. Ces séries maousses (qui à partir d'un récit phare innondent les sous-projets de la marque) sont l'occasion de réinjecter du sang neuf dans la continuité de personnages traînés parfois depuis 5 ou 6 ans, d'en tuer quelques uns, d'en tirer d'autres de l'oubli, tout en modifiant les rapports des héros entre eux. Ils sont aussi et surtout une occasion de rallier de nouveaux fans et de générer du cash.

En VF, House of M, saga en 4 petits volumes, écrite par Bendis et dessinée par Coipel, lançait le processus chez Marvel, avant de contaminer tous les autres titres du groupe ou presque et de se prolonger dans sa suite Civil War (en cours aux USA sous la houlette de Mark Millar). Dans House of M, dont on attendait pas mal au départ, on reste un peu sur sa fin. L'histoire se déroule autour de la Sorcière Rouge (fille de Magneto) laquelle réorganise le monde à sa manière et réinvente la vie des super héros Marvel. Elle établit ainsi une réalité alternative. Heureusement ou malheureusement, certains héros (dont Wolverine) vont se souvenir de l'ancien monde et battre le rappel pour que Wanda, la Sorcière, soit attaquée et que puisse être rétabli l'ancien monde. Dit comme ça, on ne comprend rien mais la trame n'est pas inintéressante et le récit de Bendis réussit à titiller l'intelligence. Les numéros 1 et 2 fonctionnent bien, créant une super intro qui malheureusement ne servira pas à grand chose. Je ne dis rien du dessin de Coipel qui n'a jamais été ma tasse de thé. Toujours est-il qu'évidemment à la fin du numéro 4, un ordre est rétabli (Wanda est défaite) mais qui porte des conséquences majeures sur la maison des idées puisque Magneto termine sans ses pouvoirs, que la plupart des mutants perdent leurs pouvoirs et notamment mon X Man préféré Iceberg (alias Bobby Drake). Ce qui déçoit ici finalement, c'est qu'en dépit d'un bon démarrage, la série est clairement étirée pour tenir 4 épisodes et faire entrer des brouzoufs. Du coup, ça se traîne un peu et, malgré quelques bonnes pages splash, je trouve qu'on s'ennuie pas mal. Bendis en rajoute dans l'exposition, la surexposition et la contreexposition des faits, comme s'il avait du mal à occuper les pages. Le résultat, à mon sens, ne marquera pas l'histoire comme d'autres crossovers.
Malgré tout, le terrain est prêt pour se lancer dans Civil War qui reprend l'histoire où House of M la laisse. Après le 11 septembre, un décret-loi est passé qui "nationalise" les super-héros (enfin ceux qui restent) et les fait désormais bosser comme fonctionnaires pour le gouvernement américain. Espérons que le résultat sera plus exaltant.

House Of M
Brian Bendis




Le meilleur roman français de la rentrée est-il américain ?

Posté par Easywriter le 04.09.06 à 13:30 | tags : gallimard, les bienveillantes, rentrée littéraire, roman
On se je me plains ici à longueur de colonnes - et abusivement - du manque d'ambition et de générosité du roman français. Voilà un reproche qu'on fera difficilement à Jonathan Littell, écrivain anglo-saxon et francophone qui balance un pavé de 900 pages à la face des journalistes en pleine rentrée surchargée. L'histoire d'un officier SS dont on suit la vie entre 1941 et 1945, sa lente descente dans la folie, ponctuée par de vaines  tentavives de rationalisation de l'horreur qu'il planifie.
Les bienveillantes, titre de cette somme , est une épopée construite de manière très classique sur le plan formel, en gros un roman familial et une chronologie précise des événements historiques. Jonathan Littell, auteur de 39 ans, a du se documenter un moment pour réunir autant d'informations et parvenir (partiellement) à ce que celles-ci ne handicapent  pas trop la lecture du roman ( que je suis très loin d'avoir fini).
Avec ces références hautement culturelles, (Eschyle, la "grande" musique...), ses grandes problématiques - (qu'est-ce qui motive le désir historique de tuer ? Qu'est-ce qui subsiste de l'homme quand la mécanique de l'horreur se met en branle... )- Les Bienveillantes peut convenir aux lecteurs férus de classiques. Mais son rythme et son goût de la provocation séduiront aussi les amateurs de littérature contemporaine. Toute proportion gardée, Littell emprunte la voie d'un certain pavé demesuré tracée par Dostoievsky.

Les Bienveillantes de Jonathan Littell, Gallimard 2006.
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James Ellroy salue l'adaptation du Dahlia Noir

Posté par Easywriter le 04.09.06 à 11:45 | tags : news, polar
James Ellroy est satisfait, ce qui en soi représente une information digne d'être publiée. Origine de cet enthousiasme inatttendu : l'adaptation du Dahlia noir -que d'aucuns considèrent comme son meilleur roman - par Brian De Palma qui a été présentée hier au festival de Deauville.
"C'est une contraction brillamment conçue et réalisée de ce très long roman. Du point de vue formel, c'est très beau, plus que j'aurais pu l'imaginer", a expliqué l'écrivain américain, qui a salué la capacité du cinéaste à isoler les thèmes clé du livre. Le dahlia noir est un bon condensé de quelques unes des obsessions d'Ellroy : féminicide- en l'occurence le meurtre sauvage d'une starlette -, et corruption des élites dans un Los angeles malsain. Les puristes clament la trahison de cette oeuvre par De Palma qui aurait saccagé les nombreuses histoires entrelacées du livre au profit de celle d'un trio amoureux un peu cheap.
Longue et assez complexe, l'intrigue du Dahlia Noir est difficile à cerner et à transposer à l'écran; comme souvent les livres d'Ellroy qui ont généralement subi des adaptations catastrophiques, immédiatement reniées par l'auteur : entre autres, American Tabloïd d'Andy Miller et Stay Clean de Mitch Brian. LA Confidential de Curtis Hanson, pourtant plutôt réussi, n'avait pas davantage trouvé grâce aux yeux de son créateur.

Dans Flu old school, un entretien avec James Ellroy.



L'Etrangleur En Série

Posté par 2goldfish le 04.09.06 à 10:23 | tags : bd, polar
l'étrangleur de Tardi
Depuis mars paraissait mensuellement L'Etrangleur, dernière BD de Tardi. .En tant que polar à épisode, elle a accompli son oeuvre avec efficacité à défaut d'originalité. Profitant d'un grêve des forces de l'ordre, un tueur fait régner la terreur sur le Paris des années cinquante. Un gamin adopté par le flic qui a mis son père en prison se retrouve entrainé dans cette histoire par le propriétaire d'une librairie spécialisée en polar, auteur du roman non publié "Le Secret de l'Etrangleur" et qui prétend être le meurtrier. L'histoire est en fait celle de "Monsieur Cauchemar" de Pierre Siniac, un vieux polar qui sert de prétexte à Tardi pou dessiner un Paris vintage une fois de plus.
Ce qui fait tout l'intérêt de L'Etrangleur c'est sa forme, celle d'un journal (j'aimerais lire un vrai journal avec ce titre, d'ailleurs) avec en une un résumé de l'épisode précédent mais aussi et surtout des chroniques ciné d'époque, des reportages, la météo...
J'ai été tenté aux alentour du quatrième numéro d'y voir un commentaire sur le journalisme et son rapport à la réalité et à la fiction, mais le dernier épisode a sabordé mes théories. L'Etrangleur, c'est surtout un feuilleton qui se veut populaire, publié dans un format pas cher et suffisamment grand pour que les personnages toujours aussi bavards de Tardi aient la place de s'exprimer.
Il est donc d'autant plus dommage qu'on nous laisse entendre au dernier numéro que tout n'a pas été dit, et qu'il faudra attendre la fin septembre et la parution de l'album pour connaitre le véritable fin mot de l'histoire, dans un format plus petit et plus cher.



Houellebecq et Hachette continuent leur cinéma

Posté par Easywriter le 01.09.06 à 15:13 | tags : michel houellebecq
Suite (et fin?) du feuilleton Houellebecq vs Hachette. L'auteur de la possibilité d'une île a affirmé sur RTL qu'un accord avait été trouvé avec Hachette concernant l'adaptation cinématographique de son dernier roman. Le film sera co-produit par la société d'Arnaud Lagardère et Mandarin films. L'écrivain avait menacé de rompre totalement sa collaboration avec le groupe pour l'édition de ses livres en France et à l'étranger ainsi que pour tout achat d'espace publicitaire ou demande d'interviews des nombreux magazines du groupe. On ne sait pas en revanche qui aura l'honneur de réaliser l'adaptation. (Les particules élémentaires est actuellement diffusée sur les écrans.)



Laurent Mauvignier émerge de la foule

Posté par Easywriter le 01.09.06 à 13:00 | tags : prix, rentrée littéraire
En amont de la course au prix littéraires, deuxième étape d'une rentrée avec laquelle c'est promis on va arrêter de vous bassiner, le prix Fnac privé généralement l'auteur de toute autre récompense possible. Dommage pour Laurent Mauvignier, qui , avec Dans la foule, revient sur une des grandes tragédies du siècle écoulé : le drame du stade du Heysel, dans lequel trente personnes périrent piétinés suite à une bousculade créée par des hooligans. Quelques libraires de nos amis ne tarissent pas d'éloge à l'égard d'un roman qui semblait bien parti pour le Goncourt. A suivre quand même.



On a retrouvé le Chat Murr.... bourré

Posté par Myosotis le 01.09.06 à 11:57 | tags : elucubration
Publié en 1821 et signé par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, le Chat Murr est un vrai bon roman pour l'été dont on vient de retrouver hier la photographie du principal protagoniste. Murr, d'après les estimations des scientifiques qui l'ont découvert sur un terrain vague de Hambourg, en serait à sa huitième vie depuis la fin du roman. Il souffrirait d'une série d'addictions graves, à l'alcool, au tabac et au cannabis, addictions qui ne mettent, pour le moment, pas sa santé en jeu.

Rappelons qu'à l'époque d'Hoffmann, ce chat, l'un des plus célèbres de la littérature européenne (avec celui de Baudelaire, peut-être), vivait déjà en Allemagne et racontait ses exploits par écrit. A l'issue d'une erreur de la maison d'édition, les mémoires du chat Murr avaient été entrelacées lors de la publication avec celles beaucoup moins intéressantes du chef d'orchestre Johannes Kreisler qui décrivait ses amours, son ascension sociale et les travers d'une cour dont j'ai oublié la situation. Ce qui était hilarant dans le chat Murr, c'était évidemment d'entendre un chat apprendre à lire, à philosopher et enfin accoucher d'une oeuvre artistique de haute volée. Car Murr était doué le bougre, malgré un ton un rien savant et empreint de pédanterie. Son observation de la société des hommes était fine et pleine d'esprit, et ses exposés sur ce que les chats auraient du faire pour élever leur conscience de classe se laissent encore lire aujourd'hui, le sourire aux lèvres. Murr savait émouvoir quand il tombait amoureux fou et se faisait doubler par un matou brute épaisse.
 D'après la police de Hambourg, Murr devrait être maintenu en cellule pendant quelques jours et subira des interrogatoires poussés afin que les universitaires allemands puissent comprendre pourquoi cet ancien esprit éclairé est tombé si bas. D'aucuns diront que notre siècle récompense mal la culture classique et que Murr n'est pas ce qu'Hoffmann a fait de mieux. Ses Contes et son premier roman les Elixirs du Diable en disent, il est vrai, aussi long que le chat sur la façon dont on peut intriquer les récits, mêler les voix et instruire son lecteur.  






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