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Archives > Août 2006

Rentrée littéraire, côté lecteurs

Posté par Easywriter le 31.08.06 à 19:00 | tags : rentrée littéraire

Perdus dans les stocks pléthoriques de la rentrée littéraire, les vaillants contributeurs de la rubrique livres oublieront fatalement quelques pépites ( et vraisemblablement autant de daubes). Heureusement les lecteurs -de plus en plus nombreux comme dirait Serge Moati - veillent au grain. Ainsi Dash, après nous avoir copieusement incendié attire notre attention sur Faïza Guène dont Hachette publie "Rêves de ouf". Le responsable de ces pages a commencé son enquête -qui consiste à feuilleter le bouquin à la librairie le Merle Moqueur Paris 20e - et n'est pour l'heure pas convaincu que l'ouvrage soit aussi "bon de chez bon" que l'affirme notre enthousiaste lecteur. Rêves de ouf parle effectivement d'une actualité sociale superbement ignorée par la plupart des auteurs mais si Hachette fait beaucoup pour la diversité en encourageant ce type de bouquins, on n'est pas sûr que cela soit gage de qualité pour autant. Promis on en reparle bientôt.
La rentrée littéraire fait très peu d'heureux et beaucoup de morts. Dans la catégorie premier roman, l'hécatombe est encore plus sanglante. Marie, nous propose de jeter un oeil - il est trop tard ce soir le Merle Moqueur va fermer - sur Courir dans les bois sans désemparer, dont le titre est très alléchant. "L'auteur(e) déroule avec un humour explosif et une émotion, un bout du fil de la vie d'une enfant puis d'une femme, pas de mots inutiles, une justesse, des portraits au vitriol, une vérité dans le ton, une fabuleuse écriture où chaque mot a sa place, pas de détails inutiles, juste la vie qui frôle, qui déroute, qui conduit, éconduit." Merci Marie (Aymard?).
Pour proposer vos lectures et informations, cliquez ici.



La Saga de Miracleman, suite : De Neil Gaiman au néant

Posté par 2goldfish le 31.08.06 à 13:24 | tags : alan moore, bd
MiraclemanNous avions laissé Miracleman en plutôt bonne position, avec un relatif succès chez un éditeur américain du nom d'Eclipse et une nouvelle équipe créative avec les talentueux Neil Gaiman au scénario et Mark Buckingham au dessin. Voilà pour la couverture. A l'intérieur des pages, Miracleman a dépassé son statut de simple super héros pour devenir Dieu sur Terre, accompagné de tout un petit panthéon, il a imposé un "âge des miracles" à l'humanité. Une part de cet état de choses avait sans doute été établit par Alan Moore à la demande de Gaiman, qui s'est toujours préoccupé des panthéons, que ce soit dans American Gods ou Sandman.
Le Miracleman de Gaiman n'est plus du tout une histoire de super héros. Il n'est même plus vraiment le sujet principal. La place des hommes dans ce nouvel âge où l'argent, les armes, la faim et jusqu'à la notion même d'impossible ont disparu, voilà ce qu'on nous raconte dans une série d'histoires courtes centrées sur une mère inséminée artificiellement par Miracleman, l'après vie d'Andy Warhol ou une espionne qui se retrouve sans secrets. Tout ça est assez proche du très littéraire Sandman, ce qui est sans doute l'un des plus haut compliment qu'on puisse faire à une BD. En dépasant le simple sujet des super héros, avec une narration beaucoup plus moderne (et moins verbeuse) Gaiman a incontestablement fait mieux que Moore.
Kid MiraclemanLa suite, avec la resurrection de Kid Miracleman, troublé par un monde qui accepte l'homosexualité que lui même réprime, sera malheureusement brusquement interrompue par la faillite d'Eclipse. Miracleman erre depuis dans les limbes du copyright. Todd MacFarlane, auteur de comics champion du droit des créateurs a racheté Eclipse, pensant racheter Miracleman avec. Malheureusement, MacFarlane ne s'est plus tellement soucié des créateurs une fois qu'il est devenu magnat des comics, et a eu à ce propos quelques problèmes avec Gaiman. Or, Miracleman n'était pas la propriété d'Eclipse, mais de ses auteurs (Moore avait généreusement laissé ses droits à Gaiman). MacFarlane n'avait donc aucun droit sur le personnage, et après une série d'opérations malhonnêtes de sa part et un long et compliqué procès, il a finalement été établi que le personnage ne lui appartenait effectivement pas.
Miracleman - WarholGaiman aurait alors théoriquement pu publier la suite de son oeuvre, mais Mick Anglo, créateur originel de Miracleman dans les années cinquante, clame être le vrai détenteur des droits, qui n'auraient jamais appartenus à Alan Moore (trompé par l'éditeur de Warrior). Ajoutez à cela Alan Davis, dessinateur de quelques uns des premiers numéros avant de se facher avec Moore, qui réclame lui aussi sa part du gateau, et on peut douter de voir un jour le retour de Miracleman. Ironie du sort, ce personnage né d'un plagiat en est aujourd'hui victime : l'indécrottable MacFarlane a crée un personnage du nom de Man of Miracles.
Au dernières nouvelles, Gaiman ne lâche pas l'affaire et a utilisé les gains de son procès pour monter une fondation dont le but est de clarifier puis obtenir la propiété du personnage, pour sans doute une publication chez... Marvel, auquel cas le personnage pourrait reprendre son nom de Marvelman. Tout cet imbroglio serait comique s'il n'avait maintenu l'une des plus belles oeuvres de la bd américaine innaccessible depuis douze ans. La seule solution pour qui ne veut pas se ruiner sur ebay, en attendant une hypothétique fin des combats, c'est le téléchargement.






Lorette Nobecourt en grande forme

Posté par Easywriter le 31.08.06 à 11:22 | tags : autofiction, rentrée littéraire, roman
" Si la littérature n'est pas au service de la vie, elle ne m'intéresse pas tellement. Je ne parle pas seulement de l'écriture mais de la lecture. Je lis énormément pour comprendre quand même, deux, trois bricoles sur la vie avant de mourir. Je crois qu'il y a un phénomène de bascule : il y a un état de désespoir qui à un moment donné est tel qu'il bascule dans la joie, et donc forcément le rapport au monde s'en trouve changé et, forcément, le rapport à l'écriture change aussi. C'est dès lors évident que mon travail n'est pas le même".

Comme on a un peu tapé par ricochet sur les Inrocks il y a peu, saluons l'intéressant entretien avec Lorette Nobécourt publié cette semaine par ce magazine. Pour son grand retour, la romancière publie un livre optimiste (si si) qui tranche sévèrement avec la prose révoltée mais presque glauque qui lui valut un succès d'estime il y a une dizaine d'années. Moins dans l'autofiction que dans la fiction désormais, Nobecourt a trouvé un second souffle qui manque à Christine Angot.

Dans le mag : Christine Angot/Lorette Nobecourt , lecture comparée.
En nous la vie des morts, Grasset.



Le festival America

Posté par Easywriter le 30.08.06 à 13:00 | tags : festival america

Le festival des "littératures et cultures" d'Amérique du Nord a lieu à Vincennes le dernier week-end de septembre.
L'édition 2006 fait la part belles aux littératures canadiennes et québécoises autour desquelles sont organisées plusieurs tables rondes mais on ne résiste pas à la tentation du name-dropping surtout que pas mal d'auteurs invités font partie de nos chouchous du moment : Chuck Palahniuk, Jonathan Safran Foer, Benjamin Kunkel mais aussi Jim Harrison,Column Mac Cann, Edmund White et bien d'autres.
Vous trouverez toutes les infos sur le site du festival mais sachez déjà que le samedi 30,  à 16h30, Safran Foer Joseph Boyden et David Albahari participeront  à un débat sur le  Poids de l’Histoire. Benjamin Kunkel à une discussion sur l'adolescence le même jour à 18 h et le lendemain, café littéraire sur le choc des mots à 17 h avec notamment Palanhiuk et Craig Davidson.



Naguib Mahfouz 1911/2006

Posté par Easywriter le 30.08.06 à 12:37 | tags : news

"Je suis du côté de la connaissance, seule voie de salut dans cet océan houleux et effrayant d'ignorance dans lequel nous sommes appelés à vivre."

Premier - et unique - écrivain arabophone à obtenir le Prix Nobel de littérature en 1988, Naguib Mahfouz est décédé dans l'hopital cairote où il était soigné pour des problèmes  de rein et de pneumonie depuis plusieurs semaines. En France, la plupart de ces ouvrages sont disponibles chez Actes Sud et pour certains réédités en Folio.




Greg Egan, la totale.

Posté par Maxence le 30.08.06 à 11:39 | tags : news, philosophie, science-fiction

Très très bonne nouvelle, les éditions du Bélial réédite Axiomatique en septembre, soit la totalité des nouvelles de l'écrivain de science-fiction australien, Greg Egan. Considéré (à raison) comme un prodige de la sf, Egan est déjà l'auteur de 5 romans (seulement 4 traduit en français à ce jour : Isolation, L'énigme de l'univers, La cité des permutants et Téranésie.) Sur les 18 nouvelles originales d'Axiomatique, seules 4 furent traduites en français par les feu les éditions DLM (qui en diffusèrent également 4 autres dans un recueil titré Notre-Dame de Tchernobyl, ainsi qu'une superbe novella : Baby Brain, aujourd'hui véritable collectors). Sur le fameux cite Quarante-deux, Christo Datso écrit : Tout comme Descartes qui voulait établir les fondements d'une science véritable, par la remise en cause de toutes les connaissances antérieures , Egan fait œuvre de déconstruction systématique, de destruction délibérée du Sujet, afin de bâtir les fondements d'une nouvelle science, celle de l'homme remodelé, recomposé, dans sa chair et son esprit, par la génétique, les neurosciences, l'informatique… Là où Descartes commençait par s'attaquer aux croyances naïves des sens, usant du doute radical comme méthode, pour aboutir à la certitude qu'il n'y a de sujet que dans la pensée, Egan s'en prend à ces mirages de l'identité que sont la morale ("Axiomatique"), la mémoire ("le Coffre-fort"), l'enfant ("le Tout-P'tit") et le corps ("la Caresse"). Il ne nous reste donc qu'à lire (ou relire) Axiomatique en septembre pour vérifier que le contenu est bien à la hauteur des ambitions de l'auteur...

 




Jasper Fforde : Délivrez moi

Posté par Myosotis le 29.08.06 à 18:05 | tags : roman
Révélé en France 2005 par l'Affaire Jane Eyre, son premier roman, Jasper Fforde a longtemps travaillé dans "l'industrie cinématographique" avant de franchir le pas des lettres en inventant un univers entier, dans la grande tradition du burlesque anglais. Son  Délivrez-moi, sorti en poche en juin, est tout simplement la suite du premier et reprend l'histoire à l'endroit où on l'avait laissée, à savoir dans un univers de déjante livresque, de polar et de science-fiction douce, où le détective Thursday Next, enceinte, opère toujours au sein d'une Brigade chargée de lutter contre la délinquance littéraire. Dans le monde des OpSpecs, les livres sont sacralisés, détournés, vendus et font le gros de l'actualité internationale. La Police travaille à identifier les manuscrits de Shakespeare qui surgissent un peu partout, arrêtent les revendeurs de manuscrits, faussaires, etc. Dans le monde de Thursday Next, la grande affaire est de pénétrer à l'intérieur des livres (automatiquement par un "portail de la prose" ou par l'action de la pensée) pour interroger les personnages, rétablir les intrigues originelles, et interpeller les criminels qui s'y planquent. L'exploit de Jasper Fforde est d'avoir pu créer un monde loufoque autour de l'objet livre et d'avoir su exploiter le rêve de tout lecteur qui est de rencontrer les personnages de roman.
Délivrez-moi pousse le burlesque assez loin puisque la multinationale Goliath a réussi à éradiquer le mari de Thursday Next (i.e à effacer tout souvenir de lui dans le monde réel) afin de forcer cette dernière à aller libérer un criminel fait prisonnier dans le Corbeau d'Edgar Poe. L'invention est permanente et pleine de trouvailles réellement géniales et hilarantes (on pense aux bouquins de Douglas Adams, à Pratchett parfois) quitte à ce que l'intrigue perde en intérêt et en lisibilité. L'apparition de la soeur du superméchant amène un peu d'air sur la seconde partie du livre mais ne rattrape pas une fin alambiquée et cache-misère. Fforde sur ce deuxième volume semble débordé par ses créations et a du mal à tenir tout le monde en place. Il nous impressionne ainsi plus par son imagination que par son savoir-faire de romancier. Délivrez-moi n'en reste pas moins une vraie bonne aventure et un vrai privilège pour les lecteurs qui aiment...  les livres.
Délivrez-moi
Jasper Fforde
10/18



Lettre à Arnaud Viviant

Posté par Easywriter le 29.08.06 à 12:29 | tags : elucubration

Je viens se passer par hasard sur ton blog will tear us apart. J'ai poussé un premier soupir en lisant le jeu de mots, j'ai fait semblant de m'énerver mais au fond je savais bien à quoi m'attendre. C'est peut-être pour ça que j'évitais soigneusement tes interventions au Masque et la Plume – ce thé dansant de la critique où tu es censé, j'imagine, jouer les punks, enfant gâté et inoffensif qui pisse partout.
Pour ça aussi que j'évitais aussi tes livres, et puis je sais que la crise de la quarantaine donne envie aux journalistes d'écrire de mauvais bouquins (j'ai moi même dans un carton deux ou trois projets pourris que j'espère vous épargner). En plus te regarder vieillir c'était accepter d'en faire autant et j'ai un problème aussi avec ça.
J'ai appris à lire dans les années 90 et dans les Inrockuptibles. A l'époque, ta chronique s'appelait la voix de son maitre. Avec celle de Gilles Tordjman – qui a toujours été meilleur que toi – c'était un rendez-vous que nous étions quelques-uns à ne jamais manquer. On était d'accord avec toi sur la nullité de Stéréolab, le talent de Dominique A, les mauvais chanteurs français ou Paul Auster. Tu étais l'arbitre des élégances pour quelques jeunes lycéens égarés de Province. Pas un public très glam j'en conviens : juste quelques types lettrés et un peu gauches, habitant des bourgades où ne passait aucun de leurs groupes favoris et qui  faisaient semblant d'avoir des avis définitifs.
Habitués très tôt à l'intellectualisation faux-derche des émotions, nombre d'entre nous sont devenus journalistes. A l'époque où toi tu commençais à te ringardiser. Conscience trop évidente de soi, narcissisme littéraire, c'est de ta faute même si  c'est surtout l'époque qui changeait. La pop anglaise apparaissait pour ce qu'elle était : une musique de casse-couilles à moitié dépressifs. Et les Inrocks pour ce qu'ils étaient aussi : des psychorigides. Leur style de provincial distancié,  leur moralisme insupportable, n'avaient plus la côte. Les jeunes journalistes qui avaient biberonné chez eux, troquaient la pose littéraire pour un style plus direct et franc, genre Technikart. Une écriture personnelle que la vogue du blog a définitivement consacrée.
Le blog, donc. Dernier virage que tu as loupé. Editorialiste à bout de souffle, trop pénétré de l'importance supposée de ses propos et de la pertinence de son style. Le blog aurait du te permettre d'être un vrai vieux con, toujours plus intéressant que les anciens jeunes. Mais non, voilà ce que tu écris toi : En fumant un petit peu d’herbe//En écoutant le dernier Delerm/J’ai pensé au dasein de Joe Dassin /Ainsi qu’à la courbure de tes reins.
C'est nul, Arnaud,  et c'est tout. Comme de préciser à chaque billet, écrit en tout liberté - j'en ai des frissons sur les bras.Tu mets à côté à chaque fois et pas seulement quand tu écris «  demain la France l'emportera contre l'Italie ». J'ai peur que tu deviennes le Gérard Miller de l'écrit. Blog will tear us apart. Tu me donnes la chair de poule. J'ai peur que dans dix ans Flyer dise la même chose de moi. Par sécurité, j'ai pas mis de référence bidons aux Smiths à Joy Division ou Kaurismaki dans mon titre. Mais j'en fais une quand même, facile, si tu permets. Nous ne vieillirons pas ensemble.
Cordialement

Le blog d'Arnaud Viviant.





Chuck Palahniuk : A l'estomac

Posté par Myosotis le 29.08.06 à 11:12 | tags : chuck palahniuk, denoel, rentrée littéraire
Composé de 23 histoires d'horreur racontées par une bonne douzaine de personnages, A l'estomac (salement traduit de l'anglais Haunted) est un roman à part entière de Chuck Palahniuk, avec son lot de surprises (terrifiantes et écoeurantes ici), de coups de génie et de roublardise. Après Fight Club, Choke et Survivor, on sait ce que le label Palahniuk recouvre : une plongée dans un monde déjanté amusant et inquiétant, une approche ultradétaillée d'une pathologie souterraine à résonnance sociétale, une analyse au marteau de la société américaine, un style direct exposé à la 1ère personne en compte à rebours où le début rattrape la fin.
A l'estomac
reprend ces codes principaux avec de légères variations. Il n'y a pas un narrateur qui dit "je" mais une douzaine, l'histoire principale étant un puzzle de nouvelles composant le récit. Palahniuk use, pour la première fois, d'une unité de lieu : les personnages sont tous enfermés dans un studio huis-clos, une sorte de résidence de fiction-réalité où on les emmène afin d'exercer dans des conditions optimales leur talent d'écrivains velléitaires, avant de les affamer, défoncer, éliminer un par un, dans le cadre d'un "complot" type Survivor dont il faut taire l'objet. "3 mois pour convaincre dans une retraite totale". Le paradis qui se change en enfer, la création dans la souffrance. La vérité par la mort. La joie par le travail et la torture pour ces apprentis pétris du caractère sacré dont s'est parée, depuis le début du XXème siècle, la parole créative. 

C'est la première fois que Palahniuk approche d'aussi près son activité première l'écriture. La colonie d' A l'estomac, avec ses personnages archétypaux, qui choisit de se mettre à l'isolement pour travailler à des nouvelles horrifiques rappelle les groupes de parole de Choke ou de Fight Club mais surtout la vraie vie de Palahniuk qui est passé par les ateliers d'écriture et continue d'en animer pour se faire du blé. A l'estomac est donc avant tout un JEU SUBTIL sur les codes de l'écriture qui évoque pêle-mêle le Première Ligne de Laclavetine (Goncourt des Jeunes il y a quelques années) - question : comment soigner les gens qui veulent écrire et ne sont pas "faits" pour ça?, les schémas de films d'horreur post-Scream (le regard qui regarde le regard qui regarde), les Contes de Canterbury de Chaucer (pour l'outrance, l'exagération), les Lois de l'Attraction de Brett Easton Ellis (le puzzle qui se monte avec les morceaux un à un), l'obsession psychotique d'Angot d'une écriture produite avec les tripes de Dieu, la télé-réalité (tendance Battle Royale pour la cruauté et le voyeurisme) et... les vieux romans gothiques de Potocki à Lewis.
Le roman de Palahniuk aurait été une bombe nucléaire divertissante, inoubliable et reçu comme un parpaing dans la gueule, si sur les 23 nouvelles, une petite (ou grosse, selon qu'on est fan ou pas de l'auteur) moitié ne rataient leur cible. Certaines vous marqueront à vie (la première notamment), tellement puissantes qu'elles en écrasent la structure d'ensemble. Du coup, on souffre à parcourir de manière fluide le roman et à atteindre une dernière partie qui achève l'ouvrage en apothéose. A l'Estomac tombe dans le syndrome des "Alfred Hitchcock raconte" alors qu'il méritait beaucoup plus que ça : il a trop de bas pour qu'on n'aperçoive pas, sous les pages, les fils qui animent les marionnettes.

 Note d'Easywriter : Le mag livres reviendra sur A l'estomac et proposera un entretien avec Chuck Palahniuk le mois prochain.

A l'estomac
Chuck Palahniuk
Denoël




BANG ! NOUVELLE FORMULE !

Posté par le 28.08.06 à 16:20 | tags : bd
Un petit billet pour saluer la nouvelle formule de Bang ! Un mag bédé, bien sexy qui alterne bédés inédites et chroniques et actu bien fraîches. Pour plus de précisions, sur l'aventure Bang et la nouvelle équipe rédactionnelle mise en place par Erig Borg, je vous invite à consulter l'article d'Actua BD qui est trés bien fait.
Au menu du numéro 4, Blutch, la bédéthèque de Delépine et Kervern, l'interview d'Ibn al Rabbin par Benoît Ibn Al Rabbin, le portrait de Luz. Et le cahier BD avec Karrine Bernadou, J-Maïe, Luz, Jean-Yves Duhoo, Yvang, Sylvain Gérand, Guillaume Trouillard, Nicolas Chaigneau et Bertrand Poulain, et Axel Dana.
Plus le dossier spécial sur l'avenir de la BD : et cette rencontre sur la couverture de Luz avec son propre gnomz.
Vous comprendrez qu'à cette occasion, Gnomz organise un concours de Bayday sur le thême de l'avenir de la bédé. ça dure jusqu'au 5 septembre. Et la lutte sera rude. A gagner ? 10 exemplaires de la revue et pour le meilleur (membre majeur de la région parisienne) une invitation à la soirée de lancement du magazine à l'espace Paul Ricard.



ça vous tente ? Lancez-vous !



Jean-Louis Magnan : Les iles éparses

Posté par Easywriter le 28.08.06 à 12:02 | tags : extrait, rentrée littéraire, roman, verticales

« Ce qui s’inventait à Juan de Nova – l’esclavagisme économique sain pour le plaisir pervers de quelques-uns – semble accidentel, une particulière situation. J’y vois la figure très exacte de la globalisation du XXIè siècle. L’établissement d’un régime hédoniste et vulgaire reposant en vase clos de la chose humaine. On peut lire Dickens sans souci et faire le tour de nos courtes frontières sans voir s’y dérouler d’insoutenables scènes. Nous les avons simplement repoussées plus loin, outre-mer. Le lieu où nous exécutons les supplices pour notre profit désinvolte est un proche ailleurs. La morale n’est pas sauve, nous le savons, mais l’œil oui. La confusion des mots de la victime et du bourreau permet que nous croyions l’une quand nous sommes l’autre. A l’échelle de la planète, nos pays tout entier sont des Trianons où l’on s’amuse à distribuer, sans y réfléchir, des brioches à travers des grilles, et l’intellectuel moderne a trouvé son incarnation et certainement son destin en Marie-Antoinette dont il partage la conscience sociale et la lente progression vers l’échafaud. »
En attendant la chronique et l'entretien, voici donc un extrait du très alléchant "Iles éparses" de Jean-Louis Magnan chez Verticales.




Dantec à tombeau ouvert : Grande Jonction (1ère manche)

Posté par Myosotis le 28.08.06 à 10:27 | tags : albin michel, rentrée littéraire, roman
380 pages, soit une demie Grande Jonction, et Maurice Dantec a réussi à me faire oublier la majeure partie des critiques qui pesaient  sur Cosmos Incorporated, son dernier roman, et Villa Vortex, le précédent. Grand Jonction est un roman tiré à quatre épingles : épique, puissant et, pour le moment, tenu dans les limites de l'intelligible sur le sentier d'excellence de la Sirène Rouge et autres Racines du Mal (l'ambition démesurée en plus).
Suite directe de Cosmos Incorporated, une dizaine d'années plus tard, le roman reprend certains des personnages et des territoires découverts il y a un an (Grande Jonction, le Cosmodrome, Junkville, l'hôtel Laïka, Heavy Metal Valley et le shérif Langlois) et fait progresser l'intrigue d'une manière limpide : le "fils" du tueur, de l'Ange et de la Métastructure (fin de Cosmos Inc) a été recueilli, comme on pouvait s'y attendre, par les Chrétiens de HMV, élevé dans le plus grand secret et s'apprête à livrer un duel final contre la "Chose" qui veut anéantir l'Humanité (je vous laisse découvrir par quel moyen). Link de Nova (cet Elu tiré d'un Matrix intelligent) a des pouvoirs spéciaux et s'appuie sur une Wild Bunch composée du shérif lui-même et de deux chasseurs de prime tueurs, cow-boys solitaires, épatants.

Grande Jonction est un western futuriste qu'on rêverait de voir adapté par la réincarnation de Walsh ou Ford (John Carpenter). Les descriptions des paysages apocalyptiques de Grande Jonction sont sublimes (Maurice Dantec s'est acheté un  manuel de botanique et aligne des centaines de noms de plantes et d'herbes folles) et les clins d'oeil au western appuyés jusqu'à cette séquence archétypale de protection de la diligence (12 000 livres envoyés par le Vatican pour servir la résistance chrétienne) qui tient en haleine sur une quarantaine de pages.  Le langue de Dantec s'est allégée depuis l'année dernière même si on persiste à penser qu'un travail éditorial plus poussé permettrait parfois d'éviter les redites et les séquences redondantes. Ce qui gonflait hier (les tirades scolastiques, les références bibliographiques et conceptuelles qui plombaient Villa et Cosmos par le dedans) est ici parfaitement intégré à la narration, elle-même portée par une vision lumineuse de son propre cours. Dantec a l'air de savoir où il va et c'est rassurant lorsqu'on a encore 400 pages à dérouler. Il passe plus de temps sur la situation politique des années 2060 et cela nous permet d'y voir plus clair dans son monde. Le tour de force est tel qu'il réussit rétrospectivement à nous convaincre que les exposés de Cosmos Incorporated étaient indispensables et tout à fait légitimes.

A ce stade, et sans occulter les limites permanentes de l'écrivain (sa boursouflure passera pour de la maladresse ou du souffle, selon qu'on aime ou qu'on aime pas), Grande Jonction est le demi-roman le plus excitant que j'ai tenu en main depuis quelque temps. Je reviendrai sur le fond à la fin du voyage.


Pour en discuter sur le forum dédié.




Neal Stephenson : Au commencement était le code.

Posté par Maxence le 26.08.06 à 10:00 | tags : histoire, roman

A l'heure où le sympathique (mais pas plus que ça) Zodiac est rééditée en poche, je jugeais le moment opportun (bin oui c'est, c'était, les vacances) pour relire l'énorme Cryptonomicon de celui que News week a nommé "The hacker Hemingway", Neal Stephenson. Saga de plus de 1600 pages sur la naissance de l'informatique et la cryptographie pendant - et après - la seconde guerre mondiale, habilement mise en perspective avec la situation de l'information mondiale aujourd'hui, le Cryptonomicon est un pur chez d'oeuvre d'humour déjanté (blague de nerd, observation sociologique hilarantes sur le milieu universitaire, digression minutieuses sur l'art de manger des Capt'n Crunch, etc.) qui doit beaucoup à Thomas Pynchon, pour sa verve, sa culture, son obsession pour la paranoïa et son déballage de métaphores délirantes. Entre les péripéties vécues, entre 1941 et 1945, par le marine Bobby Shaftoe et le soldat nippon Goto Dengo, les déboires sentimentaux contemporain de Randy Watherhouse (descendant d'un autre protagoniste d'importance, briseur de code allemand et nippon et électron libre de son époque), on voit apparaître les figures historiques d'Alan Turing (mathématicien et homosexuel, il est l'un des inventeurs du concept d'informatique ainsi que du fameux test du même nom censé nous apprendre si l'on se trouve face à une machine pensante autonome ou non, il est mort dans la misère à cause de ces penchants privés dans une amérique puitaine), Douglas Mc Arthur ou l'amiral Yamamoto.
Découpé en trois volumes et réédité en poche il y a 3 ans, Cryptonomicon fut bêtement classé dans la science-fiction, (bénéficiant ainsi des couverture régressives qui sévicent malheureusement dans le genre) comme si son argument principal : "la victoire des alliés pendant la seconde guerre modiale doit plus à la guerre de l'information, la capacité de casser les codes et la cryptographie, qu'à l'effort des forces armées et leur déploiement sur le terrain", était une uchronie (sic !) cela en dit long sur le respect que l'on éprouve dans ce pays pour l'informatique et la science en général... A noter que l'on attend toujours en France la traduction de son Baroque Cycle (lui aussi en trois volume) qui narre l'histoire des ancêtres des protagonistes du Cryptonomicon.

Neal Stephenson - Cryptonomicon, vol. 1, 2 & 3 - Le livre de poche.





New York City Blues

Posté par Easywriter le 25.08.06 à 12:44 | tags : éditions de l'olivier, gallimard, rentrée littéraire, roman
C'est la lecture du dernier Rick Moody (et une note des Inrocks soyons honnêtes) qui nous a soufflée l'idée. Cinq ans après Le 11/09, New-York est au coeur de plusieurs romans US de la rentrée. Dans Le script donc, Moody choisit la grosse pomme comme décor principal de son ambitieu roman.
La ville y est « une gigantesque entreprise de propagande » qui concentre toutes les nationalités et autant d'histoires. A la fois roman urbain et épopée, le script croise le quotidien d'une dizaine de personnages -dont la plupart bossent dans le milieu de la production audiovisuelle – et l'histoire des sourciers à travers les siècles, sujet d'un feuilleton improbable et déjanté dont le scénario disparaît.
Mais c'est bien à New-york qu'aboutit la longue histoire des sourciers, où se déroule la phase ultime , l'aboutissement crépusculaire : la spectularisation de leur mission divinatoire par l'industrie culturelle. Grâce aux trajets de différents protagonistes – un chauffeur de taxi, un coursier schizophrène – Moody décrit un New-York labyrinthique et démentiel où cohabitent la vacuité d'une époque marchande et la rémanence des puissants mythes des civilisations qui nous ont précédé.
« Elles sont hideuses. Pareilles aux poteaux téléphoniques ét lectriques qui hachurent la belle campagne, elles jaillissent, sorties de nulle part, et imposent leur présence (...) Les tours ne vous donnent pas envie de composer un sonnet. Elles ne vous donnent pas envie de danser. Elles vous donnent envie de rédiger une analyse coûts bénéfices. »
Voilà ce qui dit Vanessa Meandro à propos des Twin Towers d'avant le 11/09. "Une ville pour insomniaques "qui pourrait être le bout du monde.
Et signer la fin de tout espoir possible. Comme dans le dernier Jonathan Safran Foer,-New-Yorkais pur sucre qui signe dans le New yorker, le New york times et habite à Brooklyn - où un jeune garçon sillonne Manhattan à la recherche de son père disparu dans l'effondrement des tours et entrera dans l'intimité de parfaits inconnus.
Nicole Krauss dans L'histoire de l'amour retrace sur le mode nostalgique de son personnage Léo Gursky un New-York idyllique et disparu. Enfin Jonathan Lethem -dont on ne dira rien vu qu'on l'a reçu ce matin – met en scène dans Forteresse de solitude le Brooklyn de deux enfants dont il narre trente ans de la vie. Une manière de lire ces livres est évidemment d'y chercher les allusions au 11/09 même si pour ce qu'on en a lu jusqu'ici, leurs histoires se suffisent à elles-mêmes.

Dans le mag ciné, lisez le dossier le 11/09 au cinéma.

La critique de le script de Rick Moody dans le mag livres.




Nicole krauss, l'histoire de l'amour

Posté par Easywriter le 25.08.06 à 11:11 | tags : extrait, gallimard, rentrée littéraire, roman
Quelques mois après ma crise cardiaque, cinquante-sept ans après avoir abandonné l’idée, j’ai recommencé à écrire. (…)
Un jour, j’ai dit à Bruno : Devine, combien de pages tu crois que j’ai ?
Aucune idée, a-t-il répondu.
Ecris un chiffre, ai-je dit, et glisse-le-moi par-dessus la table. Il a haussé les épaules et a sorti un stylo de sa poche. Il a réfléchi une minute ou deux, en examinant mon visage. A vue de nez, ai-je ajouté. Il s’est penché sur sa serviette, y a griffonné un chiffre et l’a retournée. J’ai écrit le vrai chiffre, 301, sur ma propre serviette. Nous les avons fait glisser sur la table. J’ai pris celle de Bruno. Pour des raisons que je ne m’explique pas, il avait écrit 200 000. Il a pris la mienne et l’a retournée. Son visage s’est assombri.
Nicole Krauss fait partie des favoris de la rentrée US de très bonne facture cette année encore. Certains critiques américains ont comparé son style à celui de Zadie Smith. Notre avis la semaine prochaine, promis.
En attendant, le Figaro publie un portrait sensible de la dame.
Mise à J : la critique de l'histoire de l'amour dans le mag livres

"L’histoire de l'’amour"
Nicole Krauss
Editions Gallimard, Page 18.



Jonathan Lethem, forteresse de solitude

Posté par Easywriter le 24.08.06 à 15:11 | tags : éditions de l'olivier, extrait, rentrée littéraire, roman
" C'est comme ça qu'ils jouaient, Dylan faisait tomber le cerceau en plastique un millier de fois. Marilla chantait pour l'encourager, Oh baby, give me one more chance, I want your back. Elle frappait l'air de ses poings. Et Dylan de se demander, coupable, pourquoi ce n'était pas plutôt les deux blanches sur leur patins qu'il l'avaient réclamé. La conscience de ce voeu hérétique fut sa seconde blessure. Ce n'était pas comme le chaton mort : cette fois-ci personne ne se demanderait s'il avait d'abord compris pour oublier après. Il n'y avait que lui."
Ca va commencer à être gênant de toujours encenser les éditions de l'Olivier, mais outre le script de Rick Moody, le dernier Jonathan Safran Foer et le Bambi Frankenstein de Jean Hubert Gailliot, la maison d'Olivier Cohen publie également Forteresse de solitude de Jonathan Lethem.
L'américain signe avec ce troisième ouvrage traduit (après Alice est montée sur la table et les orphelins de Brooklyn) une autobiographie spirituelle qui retrace trente ans de la vie de deux enfants Mingus et Dylan à Brooklyn. Dans les Inrockuptibles, Raphaëlle Leyris - chroniqueuse généralement très pertinente - estime que la langue de Lethem est d'une aisance "don-delilloesque". Il y est question de l'enfance, de crack, des Jackson Five et d'Orchestral manoeuvre in the dark. Trois bonnes raisons - parmi d'autres - d'y revenir bientôt.

Forteresse de solitude

Jonathan Lethem
Editions de l'Olivier



Vous devez connaître Benjamin Kunkel

Posté par Easywriter le 24.08.06 à 11:05 | tags : rentrée littéraire, roman
On se flatte dans ces colonnes d'en connaître un rayon côté littérature anglo-saxonne et on n'avait pourtant jamais entendu parler de Benjamin Kunkel. Ce jeune new-yorkais a fait l'objet d'un buzz incroyable outre-Atlantique avec son premier roman. Grâce au parrainage de Jay Mc Inerney, Indécision, qui n'avait jusqu'alors suscité qu'un enthousiasme modéré, a explosé sinon les ventes au moins les colonnes littéraires de la presse east-coast.
L'histoire est celle d'un quasi-trentenaire urbain qui souffre de n'avoir aucune opinion ou idée sur son environnement et les gens qui le composent. Son apathie va être en partie guérie grâce à un médicament mystérieux que le héros du roman ingurgite avant de partir pour l'Equateur espérant trouver de la valeur à son existence ordinaire.
Bon, a priori, le pitch ressemble à une caricature de littérature urbaine - apathie affective des nouvelles générations, perte de repères politiques, quête de sens blah blah... Indécision serait pourtant plus exigeant que certains des critiques qui l'ont encensé.
Avec Nicole Krauss, Kenkel fait partie des auteurs US sur lesquels vous devez avoir un avis d'ici le 15 septembre.
Mais on vous dira d'ici là quoi en penser, indécis lecteurs.

Indécision
Benjamin Kunkel
Belfond.
ps
: ce sont nos (excellents) confrères de buzz littéraire qui ont attiré notre attention sur cette sortie.
ps 2 : à la suite de la chronique envoyée par Anna Sendl, un lecteur nous a fait parvenir un "en réponse à" malheureusement illisible. Merci à lui -ou elle - de nous la renvoyer.



La dégringolade d'Olympos

Posté par Myosotis le 24.08.06 à 10:50 | tags : science-fiction, vo
J'ai profité des vacances pour attaquer le tome 2 de la dernière saga de Dan Simmons. Je ne suis pas un fan inconditionnel de ces longues sagas qui se déroulent dans un futur lointain ou dans l'espace, mais je sais m'y jeter l'imagination en éveil lorsqu'il le faut. J'ai lu le minimum syndical : Dune de Herbert et Hyperion, ainsi que quelques autres, mais j'ai préféré chez Simmons, l'Echiquier du Mal qui s'apparente sûrement à ce qu'il a fait de plus "traditionnel". Malgré tout, j'avais trouvé un certain intérêt et un vrai plaisir à lire Ilium, qui racontait plus ou moins la Guerre de Troie, transposée dans un autre univers. Ilium était violent, plein de pistes pour le second tome (qu'est Olympos) et  appelait une chute extraordinaire et pleine de révélations. Ilium était roublard avec ses inserts de références traditionnelles (Shakespeare) et sa manière de tisser passé et présent. C'était un livre bien écrit, bien composé, bien que plombé, comme souvent chez les grands imaginatifs (Dantec,...) par des pages et des pages de mises en place (la description de SF est parfois plus chiante qu'un début de chapitre... chez Balzac!). J'attendais pas mal de cet Olympos et m'en suis retourné complètement déçu. Olympos est complètement foireux. Il y a bien ce souffle épique caractéristique de l'auteur, cette manière de manier des histoires importantes et des galeries presque infinies de personnages (il en rajoute jusqu'à la toute fin pour réparer le canevas), des descriptions de bataille impeccables et de l'Histoire à toutes les sauces mais Olympos ne marche pas comme il faudrait : l'intrigue ne suit pas (trop complexe, trop ambitieuse pour ne pas devenir incohérente) et l'écriture non plus. Simmons use et abuse de la "rupture d'haleine", technique qui l'amène systématiquement à couper ces scènes en 2 (ou en 3) pour nous faire patienter. Du coup, on attend, on aime attendre mais cela ressemble à un système de maintien artificiel de l'intérêt qui finit par agacer. Son scientisme est multiplié par 3 sur les deux livres (ces pages inutiles, mais où est passé l'éditeur ?). Surtout, le retour sur Terre dans Olympos ne ressemble à rien. On apprend que les Palestiniens et les Français sont à l'origine d'une fin du monde bidon, après avoir voulu éliminer... des juifs. On se demande pourquoi Simmons se récupère (totalement fictivement) sur une sorte de miroir du Moyen Orient et semble (je ne connais pas assez son travail pour savoir si c'est... grave docteur) vouloir boucler son grand oeuvre sur une défense du sionisme, qui ue en août 2006, fait vraiment bizarre.... et surtout pas dans le ton.
En clair, Olympos est une fin indigne des espoirs suscités par Ilium et un triste appendice à une saga qui s'annonçait plus que prometteuse. En guise d'enseignement (et j'espère qu'on n'aura pas à le redire avec Dantec dans quelques semaines), il faut vraiment veiller lorsqu'on s'attaque à des récits de cette ambition à être sûr de soi.
Olympos de Dan Simmons.



Scream Test - le concours

Posté par le 23.08.06 à 19:55 | tags : au diable vauvert
Le Diable Vauvert a fêté ses cinq ans cette année, au Salon du Livre. Et pour leur cinquième rentrée littéraire, c'est à vous qu'ils font des cadeaux, en vous offrant cinq exemplaires de Scream test de Grégoire Hervier.

Pour participer à ce petit concours, deux petites questions :

1) Scream test, c'est un(e) :
a) slasher littéraire
b) comédie romantique
c) bande-dessinée

2) Le Diable Vauvert, c'est une :
a) Banque
b) Maison d'édition
c) Discothèque

Et la petite dernière (la question subsidiaire) : Combien de gens participeront selon vous au concours ?

Pour répondre à ces questions, envoyez vos réponses à moderateur fluctuat.net.

Attention ! Le concours s'arrête le 8 septembre !

Si vous voulez être mis au courant de leur actualité, je vous engage à souscrire à leur Newsletter



Michel Houellebecq extension du domaine de l'exaspération

Posté par le 23.08.06 à 16:03 | tags : autofiction, michel houellebecq
Le 11 août, le groupe Lagardère, réagissait au premier billet du blog de Michel Houellebecq. Le dir com du groupe a confirmé certains éléments d'une affaire qui s'annonce pas trés claire : l'existence d'un "malentendu", la volonté de conserver Houellebecq dans l'écurie Hachette, le désintérêt du groupe dans le domaine cinématographique, leur soutien à la nouvelle boîte de production qui a hérité du bébé.

Pendant ce temps-là, le blog de Michel s'étoffe et tient fermement au pacte passé dans son billet initial (et dans le titre du blog) : est-ce une entreprise de destruction par l'écrit ? Une reconstruction de la figure égotiste d'un écrivain manipulateur ? Un parcours vers le silence ? Suspense. Déboulant sur le net, dans les salons de la rentrée littéraire, il n'est jamais aussi présent qu'en face de ses absences. En dosant name dropping (Claude Durand, Eric N, Frédéric Beigbeider), désillusions intimes et autre chose, l'auteur parvient à une autofiction flippée et en mouvement. On devine des similarités avec certains incipit de Lovecraft ; ceux où le narrateur entreprend de témoigner sur son existence après avoir irrémédiablement franchi dans sa chair les frontières d'une existence humaine à cause d' un truc intellectuellement horrible et généralement non-euclidien.

J'entreprendrais bien, ici-même, une analyse de texte brillante pour participer enfin au deuxième colloque de recherche organisé à Amsterdam autour de son Monde, mais comme spécifié sur son site, leur "reproduction" est "soumise à autorisation préalable". Comme dans la vraie vie ?

En tout cas, on vous attend sur les forums pour en parler.




Le Figaro défend Florian ZeLer

Posté par Easywriter le 23.08.06 à 11:19 | tags : news
Le Figaro vient de publier son article sur la rentrée littéraire, en prenant même, le temps d'un paragraphe, la température sur les blogs. Dans son enquête babylonnienne au sein de la blogosphère culturelle,  le pétillant quotidien de la joie de vivre a - apparemment - croisé la route de Mille-Feuilles.
Le Fig cite en effet une réponse d'un certain Florian Zeler à un extrait de Julien Parme publié dans ces colonnes et abondamment commenté par nos lecteurs. Le lecteur-auteur de la réponse, manifestement doté d'un QI satisfaisant, a fait une faute suffisamment grossière dans le patronyme pour que la confusion avec l'écrivain (à la mèche) rebelle soit impossible. Sauf pour le journal des septuagénaires branchés qui ajoute que ceux qui ont lu Julien Parme l'ont aimé ; les autres (dont nous serions, semble-t-il) se contentant de remarques sur la coiffure. Et le Figaro de remarques sur ces remarques. Il y avait plus simple : lire le Zeller et faire l'aumône à ses lecteurs d'un avis sur la question. (Le nôtre est à lire dans le mag).



Hadrien Laroche, Les Hérétiques

Posté par Easywriter le 23.08.06 à 11:04 | tags : extrait, flammarion, rentrée littéraire
"A force de se coucher chaque soir dans le petit à sangles sous l'inscription punaisée par son père au-dessus de l'oreiller, la parole du psaume de David, "Voici j'ai été conçu dans l'iniquité, et ma mère a été grosse de moi dans le péché ", à quoi le père avait ajouté de sa main : or c'est de toutes façons que tu es recouvert de péché semblables; à force de se brosser les dents chaque matin avec un frère qui n'était pas son frère; de prendre le bain avec une soeur qui n'était pas la sienne (ce n'était pas le plus désagréable il me l'a dit); d'aller à l'école, dessiner sa maison, et s'entendre dire que ce n'était pas sa maison; à force d'appeler mère une femme que la religion commandait d'appeler ainsi et qui n'était pas sa mère : en même temps que sa taille grandissait, Hek avait développé un esprit d'une rigueur exceptionnelle."


Les Hérétiques

Hadrien Laroche
Flammarion.
La chronique bientôt sur Flu



Un bon écrivain ne gagne pas de fric

Posté par Easywriter le 23.08.06 à 08:22 | tags : la découverte, rentrée littéraire
Il est très rare qu'on se penche sur la vie matérielle des écrivains. On veut bien s'entregloser  à loisir sur les qualités littéraires d'un texte mais les conditions de production n'intéressent pas grand-monde. Or il est permis de penser -même sans un doctorat de sciences sociales - que celles-ci influent sur les oeuvres.
Bernard Lahire a interrogé plus de 500 auteurs hexagonaux dans le cadre d'une ambitieuse - et idonc inédite - enquête sur la condition littéraire. 42 % des écrivains interviewés n'ont perçu aucun droit d'auteur dans l'année qui a précédé l'enquête. Seuls 10% d'entre eux tirent la moitié de leurs revenus de leur activité d'écrivain.18 d'entre eux touchent le RMI. Car à mesure qu'explose le nombre de livres parus chaque année, le tirage moyen par ouvrage s'effrite et les droits tout autant. Côté statistiques de vente des livres, ils sont 15,3% à n'avoir jamais dépassé 500 exemplaires par titre publié, 16,2% les 1.000 et 23,4% à atteindre le chiffre  des 10.000 exemplaires.
Le "métier" d'écrivain est exercé généralement par des gens issus des classes supérieures et moyennes - 1% à peine d'ouvriers et d'agriculteurs-  et la plupart d'entre eux ont donc une deuxième activité rémunérée - fonctionnaire et professions culturelles étant les plus répandues. Car s'il n' y a pas de mauvaises raisons pour écrire -séduire des partenaires sexuels, satisfaire son ego, raconter des histoires...- gagner du fric est la motivation la plus incongrue (1, 4% des auteurs cités vivent exclusivement de leur plume).
 L'auteur note que les écrivains sont les plus mal lotis d'un milieu dont ils sont pourtant les acteurs centraux.
Appuyé sur de solides bases qualitatives et quantitatives -quarante entretiens approfondis complètent la statistique - le livre de Lahire se refuse pourtant à l'élaboration d'un véritable "champ" au sens bourdieusien.du terme car le monde littéraire serait trop peu professionnalisé pour autoriser une conceptualisation aussi poussée.
L'auteur préfère donc la notion de jeu au sein de laquelle il distingue d'ailleurs trois grandes catégories :  Ceux qui pratiquent la littérature comme un loisir. Ceux qui sont "pris au jeu", dont ils font "le moteur premier de leur existence" tout en conservant une activité rémunérée. Ceux, enfin, qui peuvent "gagner leur vie" en jouant, "joueurs professionnels dans le sens économique du terme". Bernard Lahire remarque d'ailleurs que les écrivains qui mettent le plus d'art dans leur oeuvre sont les moins susceptibles de pouvoir vivre de leurs efforts.
Ce qui nous ramène au vieux fantasme de l'écrivain doué mais pauvre, contre le tacheron qui gagne plein de fric. Les grands perdants du jeu de la rentrée littéraire ( environ 667 sur les 683) ont de quoi se consoler.

La condition littéraire sur le site des Editions de la Découverte.



Amélie Nothomb: journal d' Hirondelle

Posté par Easywriter le 22.08.06 à 13:30 | tags : albin michel, extrait, rentrée littéraire
Quoi qu'il arrive, la sortie d'un nouveau livre d'Améilie Nothomb est toujours un événement. Sûr de son coup, son éditeur a tiré journal d'Hirondelle  à 220 000 exemplaires ( le précédent acide sulfurique s'était vendu à quelque 170 000 exemplaires). D'après Livres Hebdo, l'ouvrage est déjà très bien placé dans les préventes internet.
Pour ceux que ça intéresse, Amélie Nothomb sera au Virgin Megastore des Champs Elysées demain, mercredi 23, entre 18 H et minuit pour une séance marathon de dédicaces. Début d'un plan media qui sera sûrement équivalent à celui d'une star de la pop et auquel nous participons, certes modestement , par cette notule.
Le livre qui narre les frasques d'un coursier devenu tueur reprend les habituelles obsessions Nothombiennes - goût du malsain, quête impossible d'absolu...-  mais on continue, depuis Hygiène de l'assassin, et malgré de constantes déceptions depuis, à espérer une nouvelle claque de la part de l'excentrique nippo-belge.
Journal d'Hirondelle
Amélie Nothomb
Albin Michel.



La saga de Miracleman : De Superman à Alan Moore

Posté par 2goldfish le 22.08.06 à 11:40 | tags : alan moore, bd
MarvelmanAu début était Superman. Tout le monde connait plus où moins l'histoire : créé dans les années trente par deux fils d'immigrants juifs, ce surhomme parachuté sur terre devient le champion des Etats-Unis. Une jolie petite métaphore pour le rêve américain (ou pour Jésus si on en croit le film de Bryan Singer) et une histoire qui ne finit jamais pour les lecteurs de comics. On connait moins Captain Marvel, surhomme encappé inventé deux ans après l'apparition de Superman. Il lui manque le charme métaphorique de son inspiration, qu'il dépassera pourtant en popularité durant les années quarante. Il donnera ainsi naissance à toute la "Marvel Family" (Captain Marvel Jr, Mary Marvel, Uncle Marvel et les trois Lieutenants Marvels). En 1953, suite à un procès de DC, l'éditeur de Superman, Captain Marvel et sa famille disparaissent (il est intéressant de noter que DC avait entre temps repiqué le concept de la franchise en inventant Superboy et Supergirl).
De l'autre côté de l'Atlantique, l'éditeur anglais Len Miller qui reprenait les aventures du Captain Marvel américain se retrouve avec un comic book au titre très populaire mais sans plus rien à mettre dedans. Pas le moins du monde intimidé par la possibilité d'un autre procès de DC, il engage le dessinateur Mick Anglo avec qui ils teignent les cheveux du Captain Marvel, lui retirent sa cape et le rebaptisent Marvelman. Il vivra avec sa propre famille son lot d'aventures anecdotiques avant de s'éteindre en 1963.
MiraclemanTout cela ne serait d'un intérêt que très limité si en 1982 n'avait été lancé Warrior, magazine anglais dans lequel ont trouvait aux côtés de V pour Vendetta une nouvelle version de Marvelman scénarisée par Alan Moore. Après quelques péripéties parmis lesquelles le passage du titre chez l'américain Eclipse, des menaces de l'éditeur Marvel qui font que le personnage sera rebaptisé Miracleman et un gros turnover des dessinateurs, Moore est tout de même parvenu à raconter son histoire jusqu'au bout.
On évoque souvent Miracleman en même temps que Watchmen en exemple de la façon dont Moore a réinventé les super héros. Tout les héros amnésiques à la morale floue pris dans des histoires violentes vaguement justifiées par une citation de Nietzsche qui fleurirent dans les années quatre-vingt-dix n'auraient sans doute pas existé sans le travail de Moore (qui l'a publiquement regretté depuis). Mais alors que Watchmen est un chef d'oeuvre, Miracleman n'est qu'une demi réussite, plombé par la même surabondance de textes ampoulés que Swamp Thing.
Il est beaucoup plus intéressant de mettre Miracleman à côté de V pour Vendetta. Alors que V évolue dans une angleterre devenue fasciste après une catastrophe mal définie, libérant le peuple tout en refusant d'être un héros, Miracleman parle d'un homme devenu héros qui causera une terrible catastrophe puis utilisera ses pouvoirs pour imposer un âge d'or à l'humanité. Chaque oeuvre est un reflet de l'autre, aportant une richesse et une ambiguïté supplémentaire à deux histoires qu'on jugerait presque simpliste autrement. Certains indices laissent d'ailleurs penser que Moore aurait envisagé que les deux personnages ne soient qu'un.
On reviendra bientôt sur la suite et fin de Miracleman, que Moore avait confié à un débutant du nom de Neil Gaiman.



Christine Angot donne rendez-vous

Posté par Easywriter le 22.08.06 à 09:21 | tags : autofiction, extrait, flammarion, rentrée littéraire
"- Mais pourquoi je serais partie ? Non j'étais au japonais.
- Je ne sais pas pourquoi tu serais partie. Mais parfois il y a ça dans tes livres, tu t'ennuies, tu es énervée et tu pars.
- Pourquoi j'aurais été énervée ?
- Je ne sais pas. Je ne sais pas pourquoi je me suis dit ça. Je ne sais pas. Comme je t'ai vue passer tout à l'heure et qu'après je ne t'ai plus vue, je me suis demandé.
- Oui je t'ai vu déjeuner, avec...
- Avec ma femme."
Erm. Voilà voilà. Dans Rendez-vous, Christine Angot répond aux sollicitations d'un homme qui lui a fait parvenir une lettre touchante. Toujours cette langue crue qui autrefois nous a réellement bouleversé mais nous gonfle depuis un moment déjà. Rendez-vous sera t-il l'ouvrage de la rédemption ? Christine Angot a t-elle mieux vieilli que Lorette Nobecourt ? Est-ce qu'on en a quelque chose à foutre ?
Toutes les réponses à ces pressantes questions, dans le mag, très vite.
Mise à J : Angot / Nobecourt au feminin singulier
Rendez-vous
Christine Angot
Flammarion



Bambi Frankenstein de Jean-Hubert Gailliot

Posté par Easywriter le 21.08.06 à 16:56 | tags : éditions de l'olivier, extrait, rentrée littéraire, roman
"Parmi vous, certains se rappellent sans doute du calamiteux voyage qui s'était conclu, en 1999, par mon admission dans le service de traumatologie du docteur Sanger à l'hôpital central de Malaga. Quelques-uns se souviennent peut-être aussi des conditions dans lesquelles j'avais été amené à déménager un an plus tard, mi-contraint mi-consentant, encore recouvert de toutes mes bandelettes, en tant que «sujet d'étude spécial» dans les bagages du docteur, qui venait de créer le Heartbreak Hotel, une clinique de psychiatrie expérimentale associée au parc culturel L'Hacienda, à Las Cruces, New Mexico.
J'y suis resté sous traitement continu - au contraire de mes camarades plus célèbres, en permanence relié à l'une des petites boîtes noires conçues jadis par Meg Patterson et modifiées par le doc en vue d'accomplir son dessein messianique - jusqu'à une date récente."

Jean-Hubert Gailliot s'intéresse à Mickael Jackson (la redac musique de Flu aussi). Comment restaurer l'image du Roi de la Pop ? C'est la mission que les avocats de l'artiste confient à Jean-Hubert, pensionnaire momifié de l'Hacienda. Bientôt on aura un avis sur ce livre. Parce qu'on a un avis sur tout.
Mise à jour : la chronique de Bambi Frankenstein
Bambi Frankenstein
Jean-Hubert Gailliot
Editions de l'Olivier.



José Saramago défend Günter Grass

Posté par Easywriter le 21.08.06 à 12:58 | tags : news
Depuis que l'auteur du Tambour a révélé dans son autobiographie ("en épluchant les oignons" parue en Allemagne et en Autriche) son enrôlement volontaire dans les Waffen SS, la polémique ne cesse d'enfler.
Faut-il retirer son Prix Nobel de littérature à Günter Grass, obtenu en 1999 ? La Fédération des expulsés d'Allemagne a  demandé que les recettes de son autobiographie - gros carton Outre-Rhin - soient reversées aux victimes du nazisme en Pologne.

Le Prix Nobel de la paix, Lech Walesa a estimé que Grass devait renoncer à être citoyen d'honneur de la ville de Gdansk, ce que l'écrivain a refusé (58% des Polonais étant également contre cette option). Volker Schlöndorff et Salman Rushdie l'ont défendu, ce dernier rappelant qu'on n'avait pas cessé de lire Céline bien qu'il ait été sympathisant nazi.  José Sarramago, écrivain portugais, également détenteur du Nobel, vient de grossir les rangs dans le quotidien El Pais. "Je pense que la réaction qu'il y a eu a été hypocrite, de la part de beaucoup de gens qui ne sondent pas leur propre conscience", y affirme notamment l'auteur du Dieu manchot.

Sur le forum :
  Günter Grass doit-il conserver son Nobel ?



La rentrée des clichés

Posté par Easywriter le 21.08.06 à 11:44 | tags : rentrée littéraire

Nous aussi, on enfilera un certain nombre de perles. Fatalement. Dans une rentrée littéraire il faut aller vite, dire la même chose que tout le monde au même moment, tout en faisant semblant de se démarquer. Ca s'appelle le professionnalisme - mon psy préfère parler de névrose obsessionnelle.
Mais là quand même, l'AFP s'est surpassée. On apprend que s'exprime la colère d'une génération ou l'absence de repères entre crise sociale et quête d'identité -non?!!- qu'il y des gens qui ont 25 ans et d'autres 69, que les livres sont plus nombreux mais moins épais -rien en revanche sur le hit-parade des couleurs de couverture - et que Florian Zeller vise large.

Allez, l'intégrale par ici s'il vous plaît. Bonne rentrée à tous.



Benoît Montenat, De bouches à oreilles...

Posté par Easywriter le 21.08.06 à 10:31
Il y a des histoires étranges dans l’univers étroit de l’édition. Des histoires malheureuses, oubliées, égarées, malades d’une époque où foisonne la multitude. Des histoires heureuses, des miracles, pour ceux qui y croient. Voilà ce qui se produit pour ce livre que l’on a vu à peine éclore, fin 2003. Que s’est-il passé ? L’auteur s’est détaché à ce point des médias, de la réponse à la question : êtes-vous bien l’auteur de ce « Maman » ? lui demande un PPDA face à un auteur silencieux, qui préfère rester à la maison. Le garçon est résigné. Le livre ne lui appartient plus. Faites-en ce que vous en voulez. Suicidaire. Jusqu’au-boutiste. Benoît Montenat est au abonnés absent, on ne mise pas grand chose sur l’avenir de ce 94 pages.
De-ci de-là, on entend plusieurs sons. C’est « gentil », histoire de dire que la chose vous ai tombée des mains. D’autres n’y voient rien qu’un livre de plus. Et au suivant. L’affaire est close. « Maman » tombe aux oubliettes. Son auteur ne semble pas en souffrir. Il est dit que les choses du destin vous rattrapent toujours. Tôt ou tard. Voilà ce qui se produit. C’est l’époque où les mères sont à la fête. Nous sommes en 2006. Déjà trois ans. On ressort les classiques. Tous y passent. Tous. Même « Maman ». A la télévision, ce jour-là, Montenat semble être présent pour une raison qu’il ne s’explique pas lui-même.
 Le champagne l’aide à tenir le cap. Tout cela se tient sur un fil. Attachant, drôle, il lui a suffit juste deux minutes. « Qu’attendons-nous d’un écrivain sinon qu’il se taise ? Et d’abord écrivain, ça ne veut rien dire. Un titre posthume à la rigueur. Et encore. » Ardisson adore ça. En redemande. Pas de problème. Montenat nous raconte a journée d’hier. Il a fait une tartes aux pommes. Nous livre sa recette. Parce qu’il y l’art de couper les pommes. Il s’explique. Blague. Finit par nous révéler combien c’est simple que de faire un livre. « Simple comme une tarte aux pommes… Mais une bonne tarte aux pommes. Car rares sont ceux qui en font de bonnes, tartes aux pommes. Car souvent sont ceux qui viennent nous en parler à la télévision. Et ça endort tout le monde… » C’est pourquoi il a décidé de ne se concentrer désormais sur les tartes aux fraises.

NB de Easywriter: Voilà ce que nous a envoyé l'intrigante Ania Sendl à propos d'un roman paru en 2003 ( la dame n'est donc pas attachée de presse. C'est peut être la femme de l'auteur. En tout cas ça donne envie, non?)

Maman
,Benoit Montenat. Editions H et O.



La Peste et le benêt

Posté par Myosotis le 19.08.06 à 10:40
La nouvelle a été commentée avidement par les journaux démocrates, au point d'être reprise par une notule dans Libération : George Bush a inscrit parmi ses lectures de vacances l'Etranger d'Albert Camus. Le porte-parole de la Maison Blanche a ajouté que le Président avait lu et aimé le roman, allant même jusqu'à solliciter un petit cours particulier sur l'existentialisme, Sartre & co. George Bush n'est évidemment pas réputé pour ce genre de lectures et inscrit plus souvent dans sa liste de vacances transmise à la presse avant chaque séjour au ranch (une bien belle tradition américaine) des ouvrages historiques ou des biographies. Les spéculations vont bon train pour savoir si oui ou non le Président s'est identifié à Meursault, le tueur d'Arabe(s).

Ce qui est amusant dans cette affaire, c'est de voir à quel niveau les Américains situent leur Président pour s'étonner de ce genre de choses. Voulaient-ils que W lise le dernier Marc Lévy ou l'intégrale de Pifou ? Un type qui ressemble (de loin) à Paul Newman et dirige le pays le plus important de la planète ne peut pas être COMPLETEMENT idiot. Il serait temps d'ailleurs, quoi qu'on pense de sa politique, d'arrêter d'assimiler ce mec à l'idiot du village. Le principal enseignement reste que les journalistes (qui devraient lire un peu plus, toc) fonctionnent avec d'étranges idées sur la lecture et la littérature en général : les livres "intelligents" devraient-ils être réservés aux gens "cultivés" ? Bush pourrait-il devenir un homme meilleur ou un homme bon, s'il lisait des trucs de tronche ?  Est-on une merde si on lit des livres light ? Enfin, ce genre de questions, qui lorsqu'elles sont posées n'honorent pas leur auteur.... Qu'on soit Président des Etats-Unis ou pas, on a quand même le droit de se payer un bouquin sans se faire emmerder par des préceptes à la con du genre : "dis moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es" ou "c'est le livre qui fait le moine". Si c'est ça le pays de la liberté, on comprend pourquoi les jeunes du monde se mettent à la console.  

 




Bernard Rapp est mort

Posté par Myosotis le 18.08.06 à 10:28 | tags : news
Bernard Rapp est mort à 61 ans.
Son parcours de journaliste, d'animateur télé, d'anglophile puis de cinéaste restera associé aux livres, qui faisaient le trait d'union entre ses différentes casquettes. On pense bien sûr à l'Assiette Anglaise, à la fin des années 80, dont le niveau critique a rarement été égalé depuis (on y retrouvait notamment et bien sûr Jean Teulé, l'un de ses grands amis), mais également à son film Tiré à Part, qui réunissait Daniel Mesguich et surtout Terrence Stamp autour d'une sombre histoire de chantage littéraire. On se souvient de l'excellente série Un Siècle d'Ecrivains, qui, sur la 3, était immanquable, ou encore de ce petit livre co-écrit avec Olivier Barrot, Lettres Anglaises (en poche) qui offrait une belle ballade subjective dans la patrimoine littéraire anglais.

 

 




Les écrivains regardent-ils trop la télé ?

Posté par Easywriter le 17.08.06 à 16:38 | tags : news, rentrée littéraire

Le laboratoire de tendances de Flu est formel : la télé est au coeur de la rentrée littéraire.
  •   Rick Moody place le petit écran - son économie, les mythes qui l'innervent, la place dans l'imaginaire quotidien - au coeur de son script, roman touffu et d'une originalité narrative totalement maitrisée.  On y revient très vite c'est promis.
  • La boîte à conneries et plus précisément la télé-réalité ( un dossier trash-tv sur Flu à lire ici) a inspiré également le Chuck Palahniuk d' A l'estomac, qui narre les péripéties glaçantes de quelques écrivains ambitieux.
Mais la rentrée c'est l'actu en France, me direz-vous. Justement, le nouveau roman de Chloë Delaume traite aussi de la télé :
  • J'habite dans la télévision s'inscrit dans un projet multi-support  "portant sur la confrontation des fictions individuelles face au formatage de la fiction collective imposée par la société spectaculaire", nous dit la délicieuse Chloë sur son blog. Le livre sort avec un cd et on vous en parlera aussi bientôt. A force de cannibaliser toutes les possibilités de fiction - les codes d'écriture des séries avait déjà inspiré Doggy Bag à Philippe Djian - la télé nourrit désormais tous ceux qui l'ont inspiré. Vous trouvez notre analyse cheap? Bon ok, c'est parce que la vraie info qui justifie cette notule la voilà :
  • Flu va créer une rubrique dédiée à la télé dès la rentrée, gérée par l'impeccable Van, épaulée par votre serviteur qui  parlera des séries. A l'image de ces colonnes, le blog télé sera exigeant tout en restant accessible et sexy. Vous savez tout.



Avant la prison: La route vers nulle part

Posté par 2goldfish le 17.08.06 à 11:24 | tags : manga
Avant la prison, Kazuichi HanawaEn 1995 Kazuichi Hanawa était condamné à trois ans de prison pour la détention illégale d'une arme à feu. Il avait relaté ces années avec Dans la Prison, une description clinique des conditions ahurissantes pour un occidental dans lesquelles il a purgé sa peine. L'univers carcéral nippon n'est peut-être ni pire ni meilleur que le français, tout dépend du point de vue: choisiriez vous de vous faire passer à tabac à Fleury ou de ne pouvoir parler à quiconque sans permission à Gifu?
Hanawa semblait plutôt heureux de son séjour en prison dans le manga qui lui était consacré (non, je ne dirais plus que les japonais sont bizarres) mais il avoue d'entrée de jeu dans ce nouvel opus qu'il a honte de parler des raisons qui l'y ont mené. Il opte donc pour une approche semi-fictionelle, racontant en même temps l'histoire de sa passion pour les armes à feu et celle de deux jeunes filles dans le Japon médiéval.
Passant sans prévenir d'explications minutieuses des mille-et-une étapes de la restauration d'un pistolet de la seconde guerre mondiale à une petite fille qui aide son père à fabriquer les premiers fusils japonais, puis s'arrêtant pour évoquer des théories fumeuses sur les convictions mystiques d'Hitler, Hanawa parvient à établir des parallèles inattendus entre ses récits.
La fin approchant, pourtant, ce qui ressemblait à une construction ambitieuse n'aboutit qu'a une somme d'idées à demi formées, l'auteur s'avérant finalement incapable d'expliquer pourquoi il a fini en prison. Sans doute parce qu'il l'ignore lui même.



The Psychic Soviet : Ian Svenonius (en anglais)

Posté par Myosotis le 16.08.06 à 13:31 | tags : essai
Non content d'être le rocker le plus sexy de la planète depuis Mick Jagger jeune, Ian Svenonius, ex-Nation of Ulysses, Make Up et maintenant animateur du combo psychérock Weird War sort ces prochains jours un recueil de ses essais particulièrement stimulant pour la pensée.
The Psychic soviet (pas la peine d'attendre une traduction française, elle n'arrivera pas) n'est pas un de ces énièmes livres fumeux de rockeur en mal de crédibilité artistique (vieille thèse partiellement vérifiée selon laquelle les rockeurs seraient des écrivains frustrés) mais bien un ouvrage d'analyse sociale de premier plan.
Certains articles ont déjà été publiés dans la presse et d'autres mis en ligne sur le site des Weird War. Svenonius se concentre, en sa qualité de fleuron de l'underground américain depuis une vingtaine d'années, sur les liens qu'entretiennent la musique populaire et le rock en particulier avec les classes supérieures. Il décrypte ainsi plutôt habilement les mécanismes de récupération des courants underground par l'intelligentsia et leur passage, après digestion, dans la sphère marchande.
Ces essais sont dans la lignée de ce qu'avait initié un historien comme André Ropert sur la culture russe et convoque une batterie d'outils qu'on peut assimiler à l'analyse systémique. Le style de Svenonius est vif et aussi percutant que ses morceaux, ce qui ne gâche rien. The Psychic Soviet est un bouquin qui se veut subversif et essaie de décrypter de manière didactique les mécanismes de manipulation culturelle qui sous-tendent l'industrie du loisir (cinéma, télévision, ...). D'autres articles s'intéressent à des thèmes moins ambitieux comme la consommation de café, d'antidépresseurs (en lien avec la fin de la Guerre Froide !) ou le vampirisme. Conçu comme un manifeste, le livre est joliment édité pour tenir dans la poche arrière d'un jean.

Pour découvrir la musique de M. Svenonius, le site du groupe Weirward et ce joli portrait sur le site fusionanomaly 

 




Michel Houellebecq : l'échec d'une île ?

Posté par le 11.08.06 à 20:08 | tags : best-seller, édition, michel houellebecq
L'été, Michel Houellebecq change d'éditeur, parfois il lâche aussi un court texte inédit et triste sur son blog. En un mot comme en cent, l'été, Michel Houellebecq revient encore plus lucide et affaibli que jamais, prêt à nous balancer des critiques bien acides sur la place de l'égoïsme du créateur dans notre société pourrie.
Tout ceci a eu lieu sur le net ou un petit billet largué, le trente juillet fait d'ores et déjà trembler le landernau germano-pratin.

Cette notule sobrement intitulée mourir II, revient sur deux coups durs : la biographie non autorisée de Denis Demonpion (qui l'a retournée en 2005) et l'échec de l'adaptation de son dernier roman en un film qu'il aurait lui-même réalisé (qui l'a détruit en 2006).

Souvenons-nous donc de 2004, une bonne année pour Michel qui quitte alors Flammarion pour rejoindre Fayard. Son changement d'éditeur a été motivé par trois raisons : le départ de Raphaël Sorin, son ancien éditeur, une avance sur droits d'auteurs considérable, et surtout la promesse de l'adaptation cinématographique de son roman.
Juillet 2006, le projet vient de se voir refuser l'aval du CNC. Michel déprime grave.

Houellebecq plaquerait donc la maison Hachette. Toute la maison Hachette. France et filiale. Pour toujours. Il nous dit qu'on l'a roulé dans la farine, empapaouté, et que c'est Arnaud Lagardère le responsable de cette duperie. En 2004, c'était presque amusant de les imaginer ensemble : le bel Arnaud Lagardère, splendide multimillionnaire, surpuissant dans son costume trois-pièces, qui, d'un sourire Colgate aristocratique, présente en offrande à ses actionnaires Michel de chez Thomas, l'Auteur majuscule d'en face, engoncé dans ses névroses et dans une veste qu'on imagine trop petite. Durant la mise en scène, Michel se doit de sourire un peu. On aurait presque pu croire qu'il venait de remporter un jeu télé cruel qui le propulserait à un nouveau stade de sa création : Michel Houellebecq, le poète-écrivain-rock star-cinéaste ?

Mais rien de tout ceci n'était vrai. Le Michel Houellebecq du web a perdu son côté légèrement débonnaire, presque jouisseur, qu'il trimballait en interview. L'oeil torve, il tripperait malement sur internet. En reconfigurant son blog, il a foutu en l'air ses poèmes. Il était devenu cinéaste avant d'achever son roman, il se remettrait à écrire comme si c'était une tare ou un hoax.

Cette mystérieuse affaire éditoriale, va bien entendu, éclipser le fond de son mal-être : quelqu'un qui parle comme ça de sa mère sur son blog, on sait qu'il va pas bien, mais on sait pas trop quoi lui dire.

Forum : quel éditeur pour quel Houllebecq ?


La possibilité d'une île, Michel Houellebecq (2005 - Fayard)



Juan José Millás : Le Désordre de ton nom

Posté par Van le 10.08.06 à 10:05 | tags : extrait, rentrée littéraire
"Il se réveillait souvent la nuit, les yeux enfoncés dans les orbites, la gorge sèche et la poitrine oppressée par un noeud d'angoisse. Une sensation d'énorme fragilité s'empara de tout son être. Traverser deux rues et ne pas avoir été foudroyé par la maladie lui semblait tenir du miracle, de même que survivre aux terribles après-midi dominicaux sans que la douleur de sa poitrine se fût dénouée par une explosion définitive.
Les mesures de L'Internationale paraissaient entre temps s'être réfugiées dans les circonvolutions de son cerveau, où elles restaient endormies puis s'éveillaient au moment le moins opportun, pour faire marcher Julio, qui assistait au spectacle les yeux exorbités, derrière d'anciennes bannières et des implusions oubliées.
Il comprit bientôt qu'il n'allait pas mourir, ou du moins être enterré ; en effet, les symptômes annonicateurs de sa fin présageaient nullement un dénouement en forme de cadavre. Bien au contraire, il observa qu'il disparaissait pour se transformer en un autre, et que cet autre usurperait son corps et son travail, habiterait son appartement, acquerrait ses goûts personnels."

Juan José Millás est romancier et journaliste à El País. Il est considéré comme l'un des plus grands écrivains espagnols contemporains. Jugez-en par vous-même, le 7 septembre prochain.
Le Désordre de ton nom, Galaade éditions.




Roman froid et technoïde : Cold de Daniel Foucard

Posté par Myosotis le 07.08.06 à 15:40 | tags : léo scheer, rentrée littéraire, roman

Attaqué sans a priori puisque je n'en connaissais pas du tout l'auteur, le Cold de Daniel Foucard place la barre très haut sur sa quatrième de couverture en "se revendiquant" de Douglas Coupland et de JG Ballard. Au terme des 200 pages de ce roman, je n'ai pas accroché et ce patronnage de tête de gondole me reste en travers de la gorge. Cold est l'histoire d'un chimiste qui vient tester les effets d'une nouvelle drogue secrète, l'Olufsen, sur des populations retranchées dans des bases scientifiques dans l'Antarticque. L'olufsen a un effet désinhibant. C'est une drogue qui libère la parole et amène les hôtes de LAIN à focaliser sur le sexe. De fil en aiguille, et de base polaire en base polaire (Lain est chassé à chaque fois pour être allé trop loin), Foucard tire les ficelles d'une intrigue qui mélange les intérêts de grands groupes internationaux avant de se refermer sur la seule et simple personne de son héros. L'expérimenteur devient, on le comprend presque trop vite, l'objet de l'expérience qu'il mène. La drogue est faite pour lui; le récit pour le livre etc, dans une prodigieuse mise en abîme qui vaut plus "intellectuellement" que de la manière dont elle est exposée ici. Il est possible que j'ai raté l'intérêt du bouquin mais l'écriture de Foucard volontairement répétitive et technoïde m'a laissé sur le bord du chemin : manque de chair, manque d'incarnation, manque de vie. J'ai lu, par la suite, que Foucard se pensait comme "un écrivain qui n'a pas de corps" et refusait de lire ses propres textes, se filmant, dormant, dans des sortes d'anti-lecture. Le style de Cold correspond étrangement à cette doctrine. Il n'est pas glaçant (ah,ah) au sens où le serait l'écriture de Sade mais décorporalisé et désarticulé, malgré son classicisme et son intelligibilité. Foucard travaille contre Ballard et Coupland qui écrivent à bras ouverts et embrassent amoureusement le monde qui les entoure, l'intrigue et l'idéologie qui vont avec. Foucard écrit dans le sens inverse, en faisant sortir de lui ce qu'il a pensé, ce qui rend son roman difficile à recevoir. Il suffit de comparer son rendu de l'Antarticque, zone romanesque sans équivalent, à ce qu'a pu en faire un Vollmann dans l'Atlas par exemple pour constater qu'il manque quelque chose. Je peux me tromper mais je crois que ce livre ne fonctionne pas comme son auteur l'aurait souhaité.

Cold, Daniel Foucard, éditions Léo Scheer.


Mise à Jour du 24 août : les références à Ballard et Coupland sont en fait issues d'un communiqué de presse et non de la quatrième de couverture. Ce qui laisse à penser qu'il s 'agit moins d'une lubie de l'auteur que d'une fantaisie de son éditeur (voir le commentaire de Myosotis sur cette question).




Témoignage : le livre parfait

Posté par Myosotis le 07.08.06 à 15:36 | tags : essai

Extrait : "D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu agir. Transformer le quotidien, rendre l'impossible envisageable, trouver des marges de manoeuvre, m'a toujours passionné. La politique n'était pas une tradition familiale. Tout même aurait dû m'en éloigner : je n'avais ni relations ni fortune, je n'étais pas fonctionnaire et j'avais un nom qui, par sa consonance étrangère, en aurait convaincu plus d'un de se fondre dans l¹anonymat. Mais la politique a cet intérêt unique et tellement exigeant de se faire avec les français, pas contre eux, ni sans eux. J'aime l'idée d'une action commune, vers un même objectif, pour donner un espoir à des millions de gens. Tant de gens ont renoncé. Renoncé à croire que demain peut être plus prometteur. Renoncé à un avenir plus heureux pour leurs enfants. Je veux expliquer ici qu'il n'y a pas de fatalité pour celui qui veut bien oser, tenter, entreprendre. Dans un monde qui bouge à toute vitesse, l'immobilisme est la posture la plus risquée pour notre pays comme pour chaque Français. J'aime construire, agir, résoudre les problèmes. Je crois que tout se mérite et qu'au final l'effort est toujours payant. Voilà mes valeurs. Voilà pourquoi je fais de la politique, voilà ce qui justifie, à mes yeux, de vouloir conquérir les plus hautes responsabilités. Voilà ce que je viens vous dire."

 

A lire dans le mag, une analyse en quatre points du Témoignage de Nicolas Sarkozy avec en guise de conclusion, la preuve qu'il est non seulement le meilleur livre politique de l'été mais également le meilleur livre sacré de la saison et peut-être aussi l'un des meilleurs... romans, mais c'est une autre histoire.




L'éternel mystère du sexe japonais

Posté par 2goldfish le 07.08.06 à 10:00 | tags : bd
Voyage à Uroshima deYoji FukuyamaIl y a des préjugés que l'expérience ne fait que confirmer. Si je ne me suis jamais fait voler en Italie, que je connais une portuguaise imberbe et qu'aucun français ne m'a jamais donné de coup de boule, je trouve toujours les japonais bizarres. Malgré tout les films, livres et mangas japonais que j'ai vus et lus, il y a toujours un élément central de leur culture qui m'échappe.
Prenez la légende d'Urashima Tarô, un pécheur qui après avoir sauvée d'une bande de garnements une tortue marine échouée sur la plage, est invité dans un palais sous marin où il épouse une belle princesse et vit très heureux, mais fini par avoir le mal du pays et décide de rentrer dans son village. La reine l'y autorise et lui remet une boite contenant un trésor qu'il ne doit pas ouvrir. Arrivé dans son village, le pécheur ne reconnait plus rien et découvre que trois cent ans ce sont écoulés. Déprimé, il se rend sur la plage et ouvre la boîte. Une fumée blanche s'en échappe et Tarô retrouve son âge véritable et meurt.
C'est une histoire assez commune, une autre façon de parler du narcissisme. On trouve même une légende irlandaise très semblable et que je sois damné si les irlandais ne sont pas des gens bien comme nous. Non, ce qui est étrange, c'est que cette histoire ait inspiré un manga comme Voyage à Uroshima de Yôji Fukuyama, dans lequel un homme qui fantasme sur le viol d'une écolière dans un train (un fétichisme assez répandu au pays du soleil levant, apparement) se réveille de sa réverie dans la gare d'Uroshima, ville fantôme où l'on fait l'amour comme on se dit bonjour. Mais ce n'est pas encore là que les choses vraiment bizarre commence: il faudra encore attendre que la jalousie entre a Uroshima, et avec elle les femmes sans tête. Voilà le genre d'histoires surréalistes qui tient lieu de comédie de moeurs au Japon. Leur culture est simplement formidable.
Voyage à Uroshima de Yôji Fukuyama



L'été sera chaud, l'été Sarko !

Posté par le 04.08.06 à 13:53 | tags : autofiction, best-seller
Sarkozy
 - regarde l'autre cake. semble dire Steve mc Queen à Dustin Hoffman.

Août 1970, on emmenait Papillon d'Henri Charrière à la plage, un best-seller inattendu : le quotidien d'une forte tête dans le bagne de Cayenne. Tiré d'une histoire vraie, un peu réarrangée pour les besoins de l'autofiction, le roman d'Henri Charrière joue sur la sincérité de Papillon, l'homme révolté, le double fictionnel, en rupture avec un système qu'il cherche à fuir. Appuyé par une le système de distribution du livre naissant et efficace, Papillon est vite présent chez le moindre libraire.  Adapté à l'écran en 1973, avec Steve Mc Queen et Dustin Hoffman, le livre se vendra à 17 millions d'exemplaires à travers le monde.

En 2006, les Français auraient choisi Témoignage de Nicolas S. comme compagnon de vacances : déjà quatre réimpressions soit 275 000 tirés selon son éditeur (et vendu à 50 000 selon les manifestants) et une place en tête des ventes de la catégorie Essais de l'Express, dès la semaine de sa sortie. Pari réussi pour XO éditions qui parvient à faire d'un livre politique un succès de librairie. Tiré d'une histoire vraie, un peu réarrangée pour les besoins de l'autofiction, le best seller de Nicolas S. joue sur la sincérité et les espoirs de changement de Nicolas, l'homme de la rupture, le double fictionnel, en révolte avec un système qu'il cherche à contrôler. Appuyé par une politique de distribution rôdée et aggressive, le systême de l'office, le livre se retrouve avant sa sortie présent chez tous les libraires. Malheureusement, Dustin Hoffman aurait décliné le rôle.
                                                                                                              

Papillon, d'Henri Charrière (1969 - Robert Laffont)
Témoignage, de Nicolas Sarkozy (2006, XO éditions)



Sarah Waters, Ronde de nuit

Posté par Van le 04.08.06 à 10:11 | tags : denoel, extrait, rentrée littéraire
"Puis elle comprit qu'elle aurait simplement l'air ridicule. Elle se releva. Elle était gelée, ses articulations raidies. Elle se dirigea vers le miroir. Rien de plus déconcertant que de se regarder dans une glace dans une pièce plongée dans l'ombre ; mais un réverbère donnait une vague lueur, et elle pu constater que sa joue et son bras nu étaient marqués de stries rouges et blanches, comme de petites traces de fouet, là où ils avaient reposé sur le tapis. Cela au moins se révélait satisfaisant. En fait, elle rêvait depuis longtemps de traduire sa jalousie de manière physique ; je vais me brûler se disait-elle dans ces moments-là, je vais me mutiler. Parce qu'une brûlure, une blessure étaient des choses que l'on pouvait montrer, que l'on pouvait soigner, qui pouvait se cicatriser pour devenir une sorte d'emblème pathétique ; et resteraient , au moins, à la surface d'elle-même, au lieu de la ronger de l'intérieur... La pensée lui venait de nouveau de se marquer à vie, d'une manière ou d'une autre. Elle lui venait comme une solution à un problème. Je ne ferai pas ça comme une gamine hystérique, se disait-elle. Je ne ferai pas ça pour Julia, en espérant qu'elle va arriver et me surprendre. Ce ne sera pas comme de m'allonger au milieu du salon. Je ferai pour moi, comme un secret entre moi et moi."

Jeu de piste suivant quatre personnages unis par des liens qui se révèlent peu à peu au lecteur, dans le Londres de l'après-guerre. Le dernier roman de Sarah Waters, à paraître le 31 août, est alléchant.
Ronde de nuit, de Sarah Waters
. Editions Denoël et d'ailleurs.



Les chats ne devraient jamais parler

Posté par 2goldfish le 02.08.06 à 10:04 | tags : bd
Jon
Tout le monde connait Garfield, le chat obèse à l'humour non moins léger dont les aventures ornent tout programme télé qui se respecte. Il est laid, odieux et pas drôle. Le casting de Cauet pour faire sa voix française dans le film l'an dernier était parfait. Ça sonne trop vrai pour l'être réellement, mais la légende dit que Jim Davis aurait spécifiquement conçu son strip comme un véhicule pour le merchandising, ni trop pointu, trop drôle ou trop ennuyeux pour être un jour trop à la mode ou trop démodé et générer un flux d'argent constant.
Tout le monde ne connait pas Jon, par contre. C'est un trentenaire célibataire pathétique et dépressif, qui parle a son chat et qui parfois imagine qu'il lui répond. Jon est un grand personnage d'un magnifique comic strip a l'humour subtil et amer. Il aura fallu près de trente ans pour que des internautes ingénieux retrouvent ces strips passés jusque là innaperçus. Vous pouvez les lire sur les forums de Truth & Beauty Bombs.





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