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Archives > Juillet 2006

Scott Westerfeld : Pas si inhumaine.

Posté par Maxence le 31.07.06 à 16:46 | tags : science-fiction

Les progrès technologiques actuels nous obligent à réévaluer la place symbolique de l'être humain dans notre société. Notre vision du corps a radicalement changé avec la montée en puissance de la technologie (en particulier des biotechs avec leur cortège de trouvailles : décodage du génome humain, clonage, remèdes anti-vieillissements, etc.) Mais envisageons l'avenir. Quel degré de mutation physiologique l'humanité du futur est elle prête à subir pour passer l'étape au-dessus ? Sommes-nous prêt à accepter les transformations physiques, forcément indispensable au très long voyage dans l'espace et, à quel point ces transformations feront encore de nous des humains ? Au final, sommes-nous prêt à abandonner ces attributs, et la vision de nous avons de nous-mêmes ?
Ces questions semblent hanter toute la science-fiction du 21ième siècle. C'est particulièrement vrai pour le NSO (New Space Opera) incarné par Ian Banks, Alastair Reynolds (le fameux Diamond Dogs/Turquoise Days chez Pocket), Richard-Paul Russo, Peter F. Hamilton ou Scott Westerfeld (entre autre, j'oublis les nombreux auteurs non traduits en France). Et c'est d'ailleurs tout l'intérêt de ce genre.
De Westerfeld il sera question ici puisque l'été nous apporte la première partie de son épopée : "Succession", Risen Empire (en Français, hideux comme d'habitude, "Les Légions Immortelles"). On se souvient du très beau l'I.A. et son double, texte profondément érotique (pornographique même, selon certains), étrange histoire d'amour "physique" entre une intelligence artificielle robotique et une jeune femme. Autant le dire tout de suite, "Succession" est de la même trempe. Imagination, sens of wonder indispensable au genre, profondeur des personnages, même s'il paraît en poche, il s'agit du space opéra de l'été. Un digne successeur (le titre serait-il un double clin d'œil ?) à la saga de Peter F. Hamilton (un peu boursouflée, même si passionnante, il faut bien l'avouer) ou mieux, au techno-space op' d'Alastair Reynolds, dont l'étonnante tétralogie des Inhibiteurs en a déjà soufflé plus d'un.
Introduit par une prise d'otage sanglante, ce premier tome s'éloigne très vite des archétypes de la science-fiction militaire pour s'engager dans la voix d'une réflexion sur l'intelligence. Intelligence mécanique auto-induite contre intelligence humaine, tel est le conflit qui anime cette série. Plus simplement, comme je me le demandais, il y a quelques années, Westerfeld se pose les mêmes questions que Jean-Michel Truong, l'auteur du Successeur (décidément!) de Pierre et surtout de Totalement Inhumaine : "Où commence la machine, où finit l'humanité ?" C'est donc de la notion de concurrence entre "espèces" intelligente dont il est encore question ici. De fait, dés le premier tome, certains personnages devront abandonner une part de leur humanité pour comprendre l'étendu du combat à l'œuvre, tout comme les machines devront parfois s'humaniser pour survivre. Mais ne vous arrêter pas à ces quelques lignes, comme dans L'I.A. et son double, le sujet est traité avec beaucoup de finesse et... d'humanité !
Un bel exemple de prospective et un formidable moment de lecture. A suivre, donc…

Scott Westerfeld, Succession 1, Les Légions Immortelles - Pocket




La position du lecteur couché (ou debout)

Posté par Easywriter le 29.07.06 à 10:01 | tags : sexe et littérature
Dire que certains croient que la lecture est une activité solitaire d'onaniste agoraphobe...
Mais bon, on savait que sexe et littérature font bon ménage depuis notre adolescence grâce à Henry Miller et que mêmes les auteurs classiques de nos années lycée type Verlaine étaient de sacrés chaudards. Si cet été, vous voulez être érudit et sexy, lisez Anne Archet qui analysent ses curiosa préférés sur le blog sexe.
Sinon, on a piqué cette superbe illustration ici.






Qu'y a-t-il dans le cerveau de nos rédacteurs ?

Posté par Easywriter le 28.07.06 à 11:53 | tags : blogosphère livres

Quand j'y pense c'est presque flippant : la matérialisation graphique des obsessions textuelles de la redaction livres. la taille de chaque tag ci-dessus est proportionnelle à notre compulsion (quoi ?).
La dimension du tag sexe, en revanche, ne saurait faire l'objet d'une interprétation, quelle qu'elle soit.
Pour le reste, si vous cliquez vous saurez tout.



Tom Robbins : Un écrivain qui en a !

Posté par Maxence le 28.07.06 à 10:04 | tags : elucubration, le cherche-midi, roman

En France, que sait-on vraiment sur Tom Robbins ?
Qu'il est né en 1936 (facile à savoir si vous avez Internet, et vous l'avez puisque vous lisez ce post), qu'il est l'auteur de pas moins de 8 romans (dont un, au moins, est affublé du terme galvaudé, mais mérité dans son cas, de "culte") et d'un recueil de nouvelles. Que son deuxième livre, Même les cow-girls ont du vague à l'âme, paru en 1976 (oui, oui, celui-là même qui doit supporter le lourd qualificatif énoncé plus haut) fut optionné par Hollywood et bénéficia d'une adaptation de Gus Van Sant avec Uma Thurman. Qu'il compte Thomas Pynchon parmi ces plus fidèles lecteurs... Quelques traces dans le sable du temps qui devraient alimenter la légende ? Et pourtant, qui lit vraiment Tom Robbins en France ?
Pas grand monde, si l'on en croit le nombre de traductions réalisées dans notre pays : Seulement 3 pour l'instant.
C'est dommage, car Robbins partage bien des points communs avec Thomas Pynchon justement, et d'autres nombreux auteurs de sa génération. Pour commencer en temps qu'auteur post-beat, Thomas Eugene Robbins est un styliste hors-pairs. A l'instar de Pynchon, ce natif de Caroline du Nord, se distingue par son amour pour les phrases tarabiscotées et les concepts plus ou moins abscons, exprimés de manière toujours enthousiaste et hilarante (voir "La préface de la cellule unique" dans Même les cow-girls ont du vague à l'âme (10/18) qui en est un parfait exemple). Surnommé par ses pairs, le "Houdini de la métaphore", les idées qui animent ses fictions sont marquées par les grandes utopies de sa génération, celle des 60's : Zen, féminisme, anti-militarisme (Robbins sait de quoi il parle, il a intégrer, puis quitté, l'US air force dans les années 70), drogue, sexe (beaucoup) et rock'n'roll, mais on peut aussi ajouter science, philosophie et informatique, font parti de son panthéon personnel.
Joie, tous ces ingrédients sont réunis dans Villa Incognito, son dernier roman traduit en français ! Prenant comme point de départ la légende japonaise de Tanuki, sorte de blaireau ripailleur et rabelaisien affublé d'énormes testicules tenant lieu de divinité agricole, Villa Incognito se présente comme une fable sur l'émancipation et l'élévation des consciences à usage individuel. Faux thriller usant de pacifisme, d'hédonisme, de j'm'en-foutisme ainsi que d'une bonne dose d'humour et d'absurde, Robbins signe là une saga rocambolesque dont les principaux protagonistes, trois pilotes américains, vétérans de la guerre du Vietnam et dealers par procuration, accompagnés de leur maîtresse, l'adorable Lisa, feront office d'agents provocateurs - et libérateurs en ces temps troublés entièrement tournés vers un matérialisme autodestructeur et dévorant. Détournant la paranoïa post-11 septembre en la transformant en une vaste farce à l'échelle cosmique du dieu Tanuki, Robbins ne s'embarrasse pas de prêchi-prêcha, ni de moral rabat-joie. Sa devise serait plutôt, celle de Rabelais à l'Abbaye de Thélème, dont le "fais ce que tu voudras" a traversé les siècles.
Un parfait roman de vacances, alliant plaisir, érotisme et intelligence.

Villa Incognito de Tom Robbins, le Cherche Midi




Les Nouveaux Russes et la littérature

Posté par Easywriter le 27.07.06 à 11:28 | tags : roman

Les amateurs du cinéma de Pavel Lounguine et des livres de Viktor Pelevine connaissent déjà les "Nouveaux Russes", cette caste d'hommes d'affaires, issus de la  première génération à avoir complètement biberonné à la culture occidentale et à son désenchantement.  Fringues de marque, alcool, fric et solitude sont le quotidien de ces Nouveaux Russes, décrit dans Doukhhless par Sergueï Minaev. Ce jeune trentenaire fait un carton avec ce roman déjà tiré à 200 000 exemplaires.
Un ouvage lu- parait-il -  dans le métro moscovite par des gens qui ne boivent pas de Dom Perignon, ne s'habillent pas chez Gucci et ne vont pas danser au Vogue Café.  Un peu comme les lecteurs de Beigbeder auquel est comparé Minaev qu'on a pas lu et dont on espère qu'il est plutôt de la trempe d'un Easton Ellis.
Rions un peu pour finir cette notule :

- Tu sais, papa, la maîtresse nous a dit de dessiner des ronds dans nos cahiers. Les ronds des autres enfants étaient déformés, et les miens étaient beaux et réguliers. C'est parce que je suis un "nouveau Russe" ?
- Oui, oui...
- Et après, la maîtresse nous a dit de dessiner les traits parallèles. Tous les enfants les ont dessiné n'importe comment, et moi - très bien. C'est parce que je suis un "nouveau Russe" ?
- Oui, oui...
- Et après, on nous a emmené voir un docteur, et j'ai vu que les zizis de tous les garçons étaient tout petits, et le mien - gros et poilu. C'est parce que je suis un "nouveau Russe" ?
- Non c'est parce que tu as déjà 17 ans et que tu es toujours au CP !






James flint and the Smiths

Posté par Easywriter le 26.07.06 à 12:04 | tags : podcast littéraire, web
La rubrique livres du vénérable The Guardian propose désormais sur son site des podcasts littéraires, souvent excellents.  On vous a déjà parlé de Zadie Smith la semaine dernière, cette semaine  le quotidien britannique a laissé traîner ses micros au Port Eliot Lit Festival.
Après un houleux débat avec moi-même, j'ai finalement sélectionné James Flint  ( dont on a déjà dit du bien) qui lit ici une nouvelle inédite inspirée par une chanson des Smiths, Shoplifters of the world.



Le travail est intenable

Posté par Easywriter le 26.07.06 à 10:32 | tags : news, société

A force de répondre aux incessantes demandes patronales de souplesse et de flexibilité, les salariés se sont bousillés le dos.  Car ,dans sa version contemporaine, l'exploitation a su conserver quelques règles utiles : travail répétitif - que vous enchainiez le calibrage de boulons ou la rédaction de "posts" - cadence élevée, efforts physiques... Outre les habituels troubles musculo-squelettiques, stress et démotivation sont les conséquences ordinaires de ces pratiques.
Tout cela on le savait déjà, mais l'équipe de syndicalistes et de chercheurs qui s'est penchée pendant 18 mois sur la massive intensification du travail, explique aussi que le discours de responsabilisation et  d'autonomisation des salariés est un leurre : en France, les réorganisations - toutes "verticalisantes"- se succèdent sans grande cohérence et fixent les salariés à leur poste. Leur intelligence étant rarement invitée à la noce, ces derniers culpabilisent et finissent par avoir honte de ce qu'ils produisent.
"Or les syndicalistes, focalisés sur le maintien de l'emploi, ont longtemps sous-estimé ces problèmes, a expliqué à l'AFP le sociologue Bernard Dugué: le défi est de renouer le lien avec les salariés pour agir, avec eux et en amont, sur les projets d'organisation du travail. Sauront-ils faire leur mue ?"
"Le travail intenable, Résister collectivement à l'intensification du travail", ouvrage collectif sous la direction de Laurence Théry. Editions La Découverte.



Marc Levy, mais c'est pas vrai!

Posté par Easywriter le 25.07.06 à 12:13 | tags : marc levy, news, robert laffont


Voilà qui fout les boules à la corporation journalistique : même en plein été, sans un seul papier dans la presse, Marc Levy vend des livres comme d'autres les glaces. Son dernier opus, mes amis mes amours , était sur la table de salon de ma frangine avant même que je ne sache qu'il était sorti. (son éditeur ne vous prévient pas, il N'a pas besoin de vous!)
Donc Marc Levy vient de passer en tête des ventes, détrônant...Marc Levy avec la réédition poche de vous revoir. On dit que les étés sont réservés aux poches, parfois aux romans d'amour, fadaises! Les étés sont réservés à Marc Levy.



Thomas Pynchon continue d'ériger son culte

Posté par Easywriter le 25.07.06 à 10:38 | tags : news, roman

Les meilleurs écrivains américains sont les plus secrets. JD Salinger fuie les medias - et le reste du monde semble-t-il - comme la peste  et Thomas Pynchon fait à peu près de même. Même si certains pensent que ce dernier est surtout un as du marketing. Ils n'ont peut-être pas tort si on en juge au dernier "coup" de celui-ci. L'auteur de Vineland a annoncé à la surprise de tous, la sortie de son sixième roman sur Amazon.com.

Against the day (titre provisoire) sera un pavé de 1000 pages dont l'histoire se déroulera entre l'Exposition universelle de Chicago de 1893 et les lendemains de la première guerre mondiale, entre les troubles sociaux du Colorado et le tournant du siècle new-yorkais, à Londres et Göttingen, Venise et Vienne, les Balkans, l'Asie centrale, en Sibérie au temps des mystérieux événements de Tunguska, au Mexique durant la révolution, dans le Paris d'après-guerre, au temps du cinéma muet à Hollywood et dans un ou deux endroits qui ne sont même pas sur la carte".
Mathématiciens, chamans, détectives et aventurières peupleront un récit où les personnages cessent leurs activités habituelles pour  entonner  des chansons  stupides et  se livrer à d'étranges pratiques sexuelles.  Diable! Parution prévue aux Etats-Unis en décembre.

Sur Flu : L'incontournable dossier Pynchon






Récits modernes

Posté par 2goldfish le 24.07.06 à 11:39 | tags : bd, web
Ballad, de Deadmouse
Dans un soucis constant d'aligner mes préoccupations sur celle de mon lectorat et de maximiser son plaisir, j'oublie le matérialisme controversé de mon dernier billet pour vous parler de bandes immatérielles et gratuite. Je vous avais parlé de Modern Tales, le plus gros site de webcomics financé par souscription. Enfin, plus maintenant, puisque le but de ce billet est justement de vous faire part de la bonne nouvelle que Modern Tales abandonne son vieux business model pour un autre très "nouvelle économie" (ça se dit encore, ça?). Oui, toutes les archives sont maintenant gratuites. Dans le domaine hautement contreversé de l'économie des webcomics, c'est une petite révolution. Une bonne nouvelle pour les radins, une mauvaise pour les anti-pubs.
Quoi qu'il en soit, ça veut dire que vous pouvez désormais lire les étranges hallucinations sous pain de maïs de Loyola Chin, les laides légendes mexicaines de Cuentos de la Frontera et surtout les tribulations entre Ctuhlu et Le Vent dans les Saules de Ballad, et bien d'autres bd encore pour moins d'argent qu'il n'en faut pour racheter EDF.



Le prix unique a 25 ans

Posté par Easywriter le 24.07.06 à 09:06 | tags : news

Adoptée en 1981, sous l'impulsion de Jack Lang et avec l'appui d'un Sénat très à droite, la loi sur le prix unique du livre a 25 ans. Mise en place pour empêcher le règne sans partage de la grande distribution, la loi a pour l'instant survécu à tous les coups de boutoir libéraux. 
D'autres pays européens ont d'ailleurs repris l'idée -le Portugal, l'Espagne - d'autres ont préféré le jeu de la libre concurrence -l'Italie ou l'Angleterre avec comme conséquence une plus grande concentration des acteurs économiques. Et un nivellement de l'offre éditoriale par rapport à l'extraordinaire diversité de notre littérature ? Euh...ça en revanche non... Mais foin de mauvais esprit, ce dispositif est excellent.



Florian Zeller...

Posté par Easywriter le 21.07.06 à 11:35 | tags : extrait, rentrée littéraire, roman

"Ce genre-là, ça m'a toujours écoeuré. C'est pour ça qu'un type qui vous dit qu'il a un truc incroyable à vous raconter, moi je serais plutôt du genre à me méfier, parce qu'un type qui vous dit ça, il faut pas lui laisser la possibilité d'aller plus loin. Jamais. Sinon vous êtes obligés de l'écouter jusqu'au bout, et alors là, autant vous dire que vous êtes foutu."

Pas mieux.

Julien Parme de Florian Zeller. Flammarion
Mise à J : Florian Zeller et le roman réaliste sur les forums + la chronique de Julien Parme



Romain Slocombe, ayant chanté tout l'été (japonais)...

Posté par Maxence le 21.07.06 à 10:53 | tags : gallimard, polar, roman, sexe et littérature

... se trouva fort dépourvu, lorsque la bise fut venue.


Car Regrets d'hiver, clos la tétralogie japonaise entamée en 2000 avec Un été japonais et célèbre le retour attendu dans les rayons, d’un vieux de la vieille du fétichisme érotico-médical et militaire : Romain Slocombe. L'auteur est en effet un fervent admirateur des beautés asiatiques martyrisées et cela depuis le début des années 80. C’est dans cette collection aujourd’hui culte, que parut Phong-Dinh Express, un somptueux recueil de gravure illustrant un roman nihiliste (dans un style "no-future" de Bazooka et consort) racontant l’histoire d’un ancien du Vietnam torturé par sa passion des jeunes filles asiatiques accidentées. Ecrit sur un mode nettement plus comique, on ne se souviendra pas vraiment d’Un été japonais pour la profondeur du récit (les personnages évoluent dans le milieu des boites sado-masos, de la prostitution, du piercing, etc, ce qui peut semble parfois un peu cliché...), mais pour l’impression débonnaire que dégagent les aventures de Gilbert Woodbrook, photographe anglais, fasciné par les Asiatiques en uniformes.
Avec Brume de Printemps, deuxième volet de cette "Crucifixion en Jaune", on passe pourtant nettement aux choses sérieuses. Terrorisme international et sectes millénaristes toutes puissantes, dérive de l'extrême droite nippone, horreur commise par les mêmes, au court de la grande guerre en Chine, négationnisme…, l'époque n'est plus à la fantaisie et ça se sent. Et si le ton reste humoristique, Slocombe prend le parti de raconter l'Histoire, et non plus l"a petite histoire", à travers les divagations de son personnage principal, Gilbert Woodbrook. C'est le cas pour Averse d'automne, troisième volume, comme pour le dernier, Regrets d'hiver.
On retrouve ici, une série de personnages récurrents, mais surtout l'impression que Romain Slocombe, qui s'est bien amusé à nous décrire les turpitudes du pays du soleil levant, tient à faire amende honorable. En effet, le passionné d'uniformes et de blessures (factice, il va de soit), semble revenir sur ses acquis au fil de ces romans et nous offres avec Regrets d'hiver un mea-culpa, teinté d'anti-militariste venimeux. D'où la tonalité mélancolique très sombre, accompagné de passages parfois insoutenables, de ce volume de la tétralogie, où sont tout à tour évoqués les affres de l'occupation japonaise de Nankin en 1937, les liens entre l'économie et la pègre, la difficulté existentielle de l'artiste véritablement indépendant, dans une société entièrement dévouée au consumérisme et aux apparences (la figure tutélaire de de Paul Gauguin est souvent évoquée) et la folie. Mais comme d'habitude chez Slocombe, les plus fous ne sont pas ceux que l'ont croit.
Au final, par son ambition et son ambiguïté maîtrisée, ce frigorifique (au propre comme au figuré) Regrets d'hiver place une fois de plus son auteur dans la lignée des grands auteurs français, et pas seulement des "grands auteurs de polar". Maintenant, c'est à vous de voir...


Regrets d'hiver de Romain Slocombe, Fayard Noir.




Jaime Avilès : la nymphe et le sous-commandant

Posté par Easywriter le 20.07.06 à 12:43 | tags : extrait, métailié, rentrée littéraire, roman
"Serapio laissa s'échapper un sanglot qui dut être entendu jusqu'aux cuisines d'El Habito, et lorsque Liliana cessa de battre la mesure contre les pieds du piano et s'approcha toute haletante du pupitre, plus belle et plus pute qules blogs de Flue jamais, et tourna la page du livre avant de lire à haute voix : "Dans la vie on a parfois envie de se jeter de toutes les fenêtres, de tous les balcons", Serapio renifla, les yeux envahis de larmes, et Milagres pensa qu'il avait attrapé la grippe."

Serapio est un journaleux blasé qui attend de rencontrer la femme de sa vie. Non ce n'est pas par identification au narrateur qu'on s'est intéressé spontanément au roman de Jaime Avilès. La Nymphe et le sous-commandant narre les tribulations de notre chroniqueur au sein du Chiapas zapatiste, il cherche l'amour, eux se battent pour la liberté.  Les deux mamelles de la vie et d'un récit plutôt bien mené. Il fait trop chaud pour que j'essaie de vous convaincre plus avant, débrouillez vous.

La nymphe et le sous-commandant de Jaime Avilès. Editions Métailié



L'insoutenable légèreté d'une page

Posté par 2goldfish le 20.07.06 à 10:54 | tags : bd
ruptures d'Andi Watson
Ruptures, d'Andi Watson file la métaphore des objets et des amours d'occasion avec une légereté pas désagréable sous une chaleur assomante. L'objet nous est vendu comme une "nouvelle graphique", terme à ne pas confondre avec l'anglais graphic novel, qui désigne un roman graphique. Cette BD ne compte donc qu'une cinquantaine de pages. Il parait que c'est le format "standard" pour un album franco-belge, mais qui ça intéresse, un album "standard"?
Bon, bref, ça parle d'amours, c'est sympa, j'ai trop chaud... J'hésite pourtant à vous recommander ce livre. Voyez vous je ne peux m'empêcher de penser à votre portefeuille, et il coûte tout de même dix euros. Pour une seule nouvelle, c'est assez cher. Oui, toutes les BD sont chères de toute façon, mais l'épaisseur du graphic novel moyen amortit un peu le choc. Trouve-t-on des nouvelles à l'unité chez les éditeurs de littérature "classique"? Si vous êtes comme moi du genre à vous sentir volé quand vous avez fini un bouquin avant d'arriver à la caisse, Ruptures n'est pas pour vous. Sinon, j'espère que vous êtes riches.
Ruptures d'Andi Watson



Qu'est-ce qu'elle dit Zadie ?

Posté par Easywriter le 19.07.06 à 10:02 | tags : news, podcast littéraire, zadie smith

C'est rare, très rare même. Un entretien avec Zadie Smith, romancière anglo-jamaïcaine très remarquée dès son premier opus, Sourires de loup, une géniale saga sur l'immigration jamaicaine et indienne en Angleterre, drôle intelligente et rythmée.
Zadie Smith est aussi connue des journalistes pour être une sacrée bêcheuse. Lors de ce rendez-vous mensuel du Guardian, elle s'entretient avec John Mullan à propos de "on beauty", son troisième roman, qui a obtenu (notamment) l'Orange Prize.
Les livres de Zadie Smith sont édités par Gallimard.



Jacques A. Bertrand : La Course du chevau-léger

Posté par Van le 18.07.06 à 12:11 | tags : extrait, julliard, rentrée littéraire
"La pension Ines était encore plus triste qu'au matin. Sa fille avait vécu là des semaines de quelle couleur ? Gris-vert, comme ses yeux, sans doute. En proie à quel désespoir ou à quelle espérance ? Depuis son départ, Jérémie n'en avait jamais douté : elle était vivante. A un bout du monde ou à un autre. Magdalena.
Le lendemain, il se fit conduire en taxi au phare de Cabo da Roca, le finistère portugais, le rocher le plus occidental du continent européen. Aqui...onde a terra se acaba e o mar começa... (Camoes). Un unique couple de touristes audacieux se pliait en s'étraignant pour résister aux violentes bourrasques. L'océan Atlantique éclatait en gerbes d'écume cent cinquante mètres plus bas. C'est là, sur cet ultime promontoire, que Jérémie perdit son chapeau. Celui-ci s'arracha verticalement puis plongea en vacillant vers l'océan comme une soucoupe volante prise dans un orage magnétique."

Un regard sur le monde à travers l'ultime quête d'un personnage un peu décalé.
Le dernier ouvrage de Jacques A. Bertrand, après Tristesse de la balance et autres signes, Le Pas du loup, Le Sage a dit ...
La Course du chevau-léger, éditions Julliard.



Bonus! La BD comme à la boucherie

Posté par 2goldfish le 18.07.06 à 10:35 | tags : arts visuels, bd
bonus d'alex robinsonIl y a bientôt deux ans sortait De Mal en Pis, le premier graphic novel d'Alex Robinson, racontant l'histoire d'une galerie de vingtenaires dans les années quatre vingt dix, entre premiers boulots et galères amoureuses. Sherman détestait son job à la librairie mais n'osait pas le quitter. Ed voulait perdre son pucelage, mais c'est difficile quand on est dessinateur de comics, fan de star wars et obèse. Ajoutez à ça les difficultés de la colocation, un vieux dessinateur qui s'est fait voler son super héros par une grosse maison d'édition, une mise en abîme du monde des comics, le tout avec le parfum faussement subversif d'un film de Cameron Crowe, vous étiez sûr de vous ennuyer ferme pendant six cent pages.
Le monde étant ce qu'il est, l'album avait évidemment remporté le prix du meilleur premier album à Angoulême et s'est bien vendu. Rackham, comme le boucher en bas de chez vous, celui qui ressemble à Cauet, nous fait le coup du "Y'en a un peu plus, j'vous le mets quand même?".
Ce Bonus! propose donc une cinquantaine de pages que leur auteur avait jugées trop mauvaise pour De Mal en Pis et, devinez quoi? Il avait raison. "Sherman obtient une promotion et devient immonde avec ses anciens collègues!"; "Stephen revoit son ex, sa copine est jalouse mais finalement il se rend compte que son ex était stupide et il aime machine encore plus!" ... Autant d'histoires courtes racontées avec l'humour et la justesse d'un épisode de Friends.
Un bonheur n'arrivant jamais seul, Alex Robinson a aussi retrouvé un 24 Hour Comic dans ces fonds de tiroir. Le principe d'un 24H comic est simple: dessiner vingt-quatre planches en autant d'heure. L'exercice inventé par Scott McCloud a pour but de désinhiber les dessinateurs. Evidemment à ce rythme, la qualité  s'en ressent, mais c'est vous qui en avez demandé plus, vous n'allez pas vous plaindre non plus.
De mal en pis, Alex Robinson. Editions Rackham



Jeff Abbott : Panique

Posté par Easywriter le 17.07.06 à 12:34 | tags : audio, extrait, le cherche-midi, rentrée littéraire
"Cette affirmation était dénuée de sens, et pourtant elle ne semblait pas si absurde que ça. Sa mère qui faisait ses valises pour un long voyage secret. Son insistance pour qu'il rentre à la maison immédiatement sans fournir aucune explication. Son père qui n'était pas là où il était censé être. Et Carrie qui était partie ce matin et avait démissionné avant de l'appeler pour l'alerter  et lui dire de rentrer à Houston. Tu es danger. Sérieusement en danger. Carrie. Comment pouvait-elle savoir que sa vie avait été réduite en poussière depuis la nuit précédente ?"
A la mort de sa mère, un documentariste à la carrière ascendante s'aperçoit que sa vie comporte de nombreux
hors-champ. L'existence ne serait-elle qu'un mensonge sophistiqué ? Qui est-on si l'image qu'on a de soi est partie d'une monumentale escroquerie ? Evan Casher va se lancer dans une quête éperdue de son identité, cette trame narrative permettant moult rebondissements et autre chausse-trappes . Jeff Abbott maîtrise l'art du suspense et Panique serait  "un ouvrage impossible à lâcher" d'après Michael Connelly (mais vous avez appris ici à vous méfier des louanges...)

Panique
de Jeff Abbott. Le Cherche-Midi. (17 août).



Ceux qui lisent prendront le train

Posté par Easywriter le 17.07.06 à 10:37 | tags : lectures de bureau, numérique, podcast littéraire, web

"Le polar, c'est pour les noctambules et les ferroviaires", disait Raymond Chandler (à moins que ce ne soit Hammett). Oui mais pas que les polars, lui répond la SNCF qui propose à ses voyageurs des webcasts littéraires,des audiolivres si vous préférez.
Chaque mois, deux livres sont à télécharger sur le site, plusieurs extraits sont disponibles et un fil RSS a même été créé.
Pour le mois de juillet, Entre les murs, gros succès de François Bégaudeau, est lu par.... Clémentine Célarié. Honnêtement ce n'est pas si mal. (Merci La Feuille)



Bonus du dimanche : L'Ultime Cité (extrait)

Posté par Myosotis le 16.07.06 à 15:16 | tags : ballard, bush, extrait, photo, politique

Ils se mirent tous deux en route dans la voiture d'Halloway et roulèrent pendant plus d'une heure en direction des zones industrielles du nord-ouest de la ville. Là, au milieu des centrales électriques et des entrepôts ferroviaires, des fonderies et des dépôts de charbon, Buckmaster essaye de montrer à Halloway comment le XXème siècle avait succombé à une mort issue de ses propres oeuvres. Il le conduisit sur les rives de lagons artificiels remplis de déchets chimiques, le long des canaux argentés par une écume métallique, au milieu de paysages entièrement recouverts par des milliers de tonnes d'ordures non traitées, dans des champs où s'empilaient boîtes de conserve, morceaux de verre et machines abandonnées.
Mais tout en écoutant les mises en garde du vieillard, tout en l'entendant avertir qu'un jour ou l'autre, il ajouterait sa part à ces moraines terminales, Halloway était en extase devant ce décor. Loin de défigurer le paysage, ces produits au rebut de l'industrie du XXème siècle avaient une beauté sauvage et fantasque. Halloway était fasciné par les reflets luisants des canaux frangés d'écume métallique, par l'étrange mélancolie sous-marine des voitures noyées dont la masse le contemplait du fond des lacs abandonnés, par les brillantes couleurs des montagnes d'ordures, par les cintillement des millions de boîtes de conserve incrustées dans une matrice de boîtes de détergent et de papier d'aluminium.....

Les pages 94, 95 de l'Ultime Cité sont à se damner. Faut-il vraiment partir en vacances après tant de beauté?  Déserter la Méditerrannée pour Roubaix,Charleroi, Leipzig, Liverpool, Givors ?  




Danzy Senna : symptomatique

Posté par Easywriter le 16.07.06 à 10:30 | tags : extrait, métailié, rentrée littéraire, roman
"J'éprouvais un sentiment d'insécurité familière, la sensation de ne pas être ici. Il me semblait que ma présence était une imposture, mes lettres de créance une fiction et qu'un jour je serais masquée et expulsée de ce monde. Greta, non plus, ne semblait pas à sa place et nous finîmes donc  par nous retrouver  ensemble tandis que les autres membres du personnel serraient les uns contre les autres et se liaient entre eux."
Ca ne vous est jamais arrivé à vous ? Bien... j'admire votre stoïcité. A partir d'un pitch qui évoque JF partagerait appartement, Danzy Senna écrit un roman tout entier traversé d'un sentiment de claustrophobie et de malaise diffus. Un livre qui brosse un tableau de l'insécurité intérieure, nous dit la quatrième de couverture, et pour une fois on peut s'y fier.

Symptomatique de Danzy Senna. Editions Métailié. ( à noter : l'excellent catalogue de rentrée de cette maison d'édition qu'on a un peu ignoré jusqu'ici)
illustration : Danzy Senna (et oui en plus...) par Richard Dumas.




Mutafukaz un comics français avec du piment et de la tequila

Posté par Easywriter le 15.07.06 à 10:39 | tags : bd, web

Je profite d'une mise à jour du site de la Bd pour vous faire découvrir le héros malgrès les autres : Mutafukaz. Résumé officiel extrait du site de l'auteur : Angelino est un jeune loser comme des milliers d'autres à Dark Meat City. Il squatte une chambre d'hôtel miteuse dans le quartier pauvre de Rios Rosas. Ses journées monotones se trainent entre zapping, matchs de catch mexicain dont il est fan, petits boulots foireux et discussions pseudo métaphysiques sous les étoiles avec son pote Vinz. Un bête accident de scooter va plonger Vinz et Angelino dans un ouragan d'ennuis inimaginables dont dépendra le sort de l'humanité. La chasse à l'homme commence, impliquant hommes en noir déterminés, gangs de toutes sortes, catcheurs mexicains, et même les "Machos" : entités cosmiques issues de la matière noire de l'univers ... "Mutafukaz s'inspire de la science-fiction des années 50 en y mêlant des ingrédients contemporains, comme le HipHop et le catch. Ce cocktail en fait une Bande dessinée explosive à l'atmosphère sombre, paranoïaque mais toujours fun et second degré ..." Le site Mutafukaz.

Je donne rendez-vous au gens qui connaissent déjà un peu cet univers avec la vidéo de 7 min tout en 3D, , où l'auteur sera en dédicaces à la Japan expo 2006 où sera présentée une video 3D de 7 minutes.
Cette news nous a été proposée par  Seeck . Merci vieux. Vous aussi vous lisez ? Faites-nous partager vos émotions en cliquant ici.



Marc Trillard : De sabres et de feu

Posté par Easywriter le 14.07.06 à 10:30 | tags : extrait, le cherche-midi, rentrée littéraire, roman

"Sur la gauche, au bord du fleuve, l'ancien camp disparu du Ginestous historique, la faute impardonnable de la ville. A droite, sous les grues de la civilisation à l'oeuvre, la futue cité Saint-James, le rachat de ladite commune. Au milieu, dans le purgatoire du Ginestous provisoire, Barto et ses gitans cherchant l'air. Il se sent chez lui, dans le camp, dans cette histoire qui a commencé sans lui mais dont il accompagne aujourd'hui le cours. Ca l'intéresse, il veut connaître la suite"
Vous aussi ? Il faudra acquérir, de sabres et de feu, le nouveau roman de Marc Trillard. Alors que certains regardent leur nombril en y cherchant l'universel, Trillard préfère narrer l'histoire de ceux dont on ne raconte jamais l'histoire, sa manière de travailler - comme un reporter et oh sacrilège! en se documentant - se rapproche de celle des story-tellers américains. Cette fois il s'intéresse aux tziganes, les hommes aux semelles de vent rassemblés dans le livre autour de la perte du doyen qui signe aussi la fin d'un monde. Une épopée lyrique, parfois emphatique mais généreuse.

De sabres et de feu, de Marc Trillard. Le cherche-midi.



Un éléphant dans la BNF

Posté par Easywriter le 13.07.06 à 11:47 | tags : news, politique
Franchement à l'origine on ne pensait pas écrire une brève là-dessus. Mais quand on a annoncé à la cantonnade l'entrée de Babar à la BNF, l'info a plus intéressé nos proches collègues que tout ce qu'on a pu écrire sur la rentrée littéraire... Alors, allons- y : les héritiers de Jean de Brunhoff, le père de l'éléphanteau ont donné à la Bibliothèque Nationale de France l'ensembles des dessins originaux préparatoires à trois albums: "Le voyage de Babar" (1932), "les vacances de Zéphyr" (1936) et "le château de Babar" (1961). Voilà qui titille donc la fibre nostalgique d'une génération toujours prompte à la régression ( à Flu on a le même âge que ceux qui dansent sur le générique d'Albator, un verre de malibu orange à la main).
Elfie, rédactrice à Ecrans : " Il est super attachant même si c'est vrai qu'il n'a pas une grosse personnalité". Van, rédactrice Arts, analyse : " Les héros de dessins animés sont rarement les plus charismatiques, il suffit de voir Mickey... Ce sont les personnages secondaires qui ont une personnalité plus affirmée". Diable... Finissons avec Edouard, blogger foot , qui accepte de nous répondre entre deux dribbles dans la salle de repos. " Babar à la BNF, il va falloir élargir les portes!".

Rédacteur livres, vend rubicube (1983) et cassettes videos Ulysse 31 pour raison médicale.



I.L Tezuka au travail

Posté par 2goldfish le 13.07.06 à 11:01 | tags : bd, manga
IL d'Osamu TezukaLe succès toujours grandissant des mangas, malgré la surenchère d'écolières en petites culottes et de monstres à tentacules phalliques qu'il entraîne, a au moins un bon côté: la publication de quelques vieux chefs-d'oeuvres du pays du soleil levant qui n'en étaient jusque là jamais sortis. On a ainsi eu droit à Gen d'Hiroshima ou l'Ecole Emportée, deux mangas sur les affres de la seconde guerre mondiale qui vous y feront réfléchir à deux fois avant de vous fâcher avec les Etats Unis. Il y a surtout un flot continu de mangas d'Osamu Tezuka, celui qu'on surnomme parfois le Hergé japonais ou le Disney nippon mais auquel seul surnom de dieu du manga rend vraiment justice.
Il est difficile de suivre tous les titres de Tezuka qui sont édités chaque mois depuis un an ou deux, et avec près de 150 000 pages dessinées par le maître, la source n'est pas près de se tarir. Leur qualité est cependant très variable et si on ne saurait trop recommander Bouddha, Ayako ou Black Jack, on peut s'interroger sur la publication d'oeuvres plus anecdotiques comme Metropolis ou Vampires quand trouver tous les volumes de Phénix est au-delà des pouvoirs combinés d'Amazon et d'Ebay.
Le cas d'I.L. est particulier: dessiné à la fin des années soixante comme l'un des premières tentatives de Tezuka de s'adresser à un public adulte, ce manga montre comment le maître est parvenu à adopter autant de style différent, non pas naturellement mais au prix de grands efforts. Il peinait visiblement à faire ces pages, tentant de trouver un ton nouveau pour aborder des sujets plus graves que par le passé: le Vietnam, l'impuissance, l'euthanasie... La difficulté était d'autant plus grande qu'il avoue lui-même en post face avoir toujours été incapable de représenter le corps de la femme (et il ne ment pas, malheureusement).
Les petites histoires tragiques d'I.L. n'avaient pas encore la généreuse humanité de Black Jack et tombent souvent dans le piège du conte avec chute ironique, s'accumulant avec une cruauté qui sied mal à l'auteur humaniste de l'Histoire des Trois Adolf, mais c'est justement ce malaise qui rend la lecture passionnante pour ses admirateurs (et pénible pour les autres, malheureusement).



James Kelman : Faut être prudent au pays de la liberté

Posté par Easywriter le 12.07.06 à 12:17 | tags : extrait, métailié, rentrée littéraire, roman
" Certains pourraient avancer qu'un homme celte à la peau rose, aux cheveux blonds (clairsemés) et aux yeux bleus (larmoyants) devrait avoir le droit de voyager où il veut de par le monde sans avoir besoin d'une autorisation fédérale répondant à un code couleur, et encore moins la permission d'autochtones égarés qu'il rencontre dans des bars.  Comment est-ce que des Aryens  peuvent être des étrangers, voilà ce qu'ils avanceraient. C'est contradictoire. Le physique et la langue de ce type sont son passeport et son visa. A quoi il faut ajouter que je suis un ex-agent de la Sécurité, un vrai Amayrikin, quoi! Bon, un agent de la Sécurité raté. C'était pas vraiment un échec, simplement, j'ai pas fait carrière dans le métier."
Les tribulations d'un Amayrikin en Amérique. Un immigré écossais en fait, qui au moment de rendre visiste à sa mère restée au pays se met à faire le bilan de ses années d'exil - les p'tits boulots et les histoires sentimentales qui foirent. James Kelman parle d'un homme ordinaire au sein d'un pays peu accueillant pour l'étranger. Comme tous les pays finalement. Le livre ressemble à une conversation  dans un pub avec un(e)inconnu(e)  : fausse profondeur, excès de bière et de lucidité.

Faut être prudent au pays de la liberté
. James Kelman. Editions Métailié. Le 24 août.
 
 



Les clichés de l'été (1 ): Des pavés pour la plage

Posté par Easywriter le 12.07.06 à 11:16 | tags : elucubration
Depuis quelques jours je me demande ce que je vais bien pouvoir vous proposer comme pavés pour la plage. Vous savez ces livres épais, un peu débiles (on dit légers) généralement réédités en poche. Alors je vous le dis, moi vivant ( et pas en congés) vous n'aurez aucun conseil de lecture estivale dans ces colonnes. Il y a suffisamment de medias pour vous proposer chick-lit, thrillers historiques et autres fadaises.  Selon une théorie simple :  l'activité cérébrale suivrait une courbe inversement proportionnelle à celle des températures : au -dessus de 22 degrés, personne n' a envie de se prendre la tête, estime-t-on.
Ce qui appelle plusieurs réflexions :
1) L'hiver non plus, le rayon philo et les traductions de Joyce n'explosent pas les ventes, donc les gens n'ont ,en fait, jamais envie de se prendre la tête. D'où il ressort que :
2) Il peut paraître légitime - entre le travail, les mômes, le stress urbain (variante : l'angoisse rurale) et la violence larvée  de nos sociétés - d'avoir envie de se changer les idées avec des polards sympas et des films distrayants entre septembre et mai. L'été, saison plus calme, sera propice aux lectures plus ambitieuses, l'esprit étant plus disponible pour la métaphysique de longue haleine.
3) Pour ma part je n'ai jamais envie de lire Katherine Pancol, quel que soit le climat.
3)
A quinze jours de mes congés, il était temps que je trouve une justification politique à la flemme qui s'empare de moi.



Jonatha Safran Foer : extrêmement fort et incroyablement près

Posté par Easywriter le 11.07.06 à 13:10 | tags : éditions de l'olivier, extrait, rentrée littéraire, roman
"J'abordais les gens pour leur demander s'ils savaient quelque chose que j'aurais du savoir, parce que des fois papa mettait au point les expéditions de reconnaissance de manière à ce que je doive parler aux gens. Mais tous ceux que j'avais abordés m'avaient simplement regardé d'un air de dire Hein quoi qu'est-ce ? J'avais cherché des indices autour du réservoir. J'avais lu les moindres affiches placardées sur mon arbre ou un réverbère. Examiné la description des animaux du zoo. J'avais demandé à ceux qui faisaient voler un cerf-volant de le redescendre pour que je puisse l'inspecter, alors que je savais que c'était improbable. Mais papa pouvait très bien pousser la ruse jusque là. Il n'y avait rien, ce qui était assez déplorable, sauf si rien était un indice. Rien était-il un indice ?"



A la rentrée, deux romans ont pour narrateur un enfant : Julien Parme de Florian Zeller et Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer. A votre avis lequel est le meilleur ?
Blague à part, le roman de Safran Foer à paraître fin août met en scènes les tribulations géographico-existentielles (non ça ne veut rien dire) d'un gamin de neuf ans, un an après la disparition de son père dans l'attentat du 11 septembre. Après Tout est illuminé, un nouveau livre sur la mémoire impossible, avec les allers-retours dans le temps et le recours à la fiction pour pallier cette défaillance. Touffu et généreux, le livre de Safran Foer s'annonce -comme son précédent - bourratif et utilise parfois des procédés stylistiques pénibles. A la rentrée, il devrait être à nouveau surestimé. Par prudence on va finir de le lire.
Extrêment et incroyablement près de Jonathan Safran Foer. Editions de l'Olivier. Tout est illuminé est disponible en Points Seuil.



Marc Weitzmann : fraternité

Posté par Easywriter le 11.07.06 à 11:01 | tags : denoel, extrait, log out, rentrée littéraire, roman
"Car mon frère est lui-même imbibé jusqu'à l'asphyxie de cette mentalité imbécile et passe visiblement le plus clair de son temps à rejouer pour son compte l'enfance qu'il n' a pas eue. Il en cultive le langage et les valeurs avec un sens de la précision remarquable, raison pour laquelle il se pique de littérature bien qu'il n'ai pas le temps de lire. Pour ma part, dès quinze ans j'avais cessé de lire autre chose que de la science. La science était pour moi la seule culture, concrète, précise, a-sentimentale et ne respectant rien, elle l'est d 'ailleurs encore, tout le reste m'écoeure et m'indiffère".
Les affres de la filiation, les rapports complexes de la fraternité, une certaine rage stylistique et un rien réactionnaire, Weitzmann -ancien critique littéraire un peu chiant- a trouvé en une poignée de livres un ton personnel plutôt revigorant ( même si on oublie rarement à le lire ce qu'il doit à Roth ou Houellebecq). C'est bien le diable si Fraternité n'obtient pas un prix à la rentrée.
   MAJ : Non seulement il n' a pas eu de prix mais ...lire la chronique de Fraternité

Fraternité. Marc Weitzmann. Editions Denoël



Rick Moody : le script

Posté par Easywriter le 10.07.06 à 12:34 | tags : éditions de l'olivier, extrait, rentrée littéraire, roman
"Quand il pousse la porte du bar d'en face, il sent la gratitude se dérouler en lui, des mètres et des mètres de gratitude. Il a expulsé les poisons; il a vécu une sage interaction humaine. Dans le bar, sur un tabouret, la géniale mulâtresse se balance, une jambe mince tendue jusqu'au sol, reprend son équilibre. Elle ressemble à un couteau à cran d'arrêt. Il y a de nombreuses inconnues chez la géniale mulâtresse et il faut qu'il cesse de l'appeler ainsi. (...) Si c'était dans un script on dirait : ils échangent un rapide baiser choc frontal ou un baiser pareil au douc clapotis des vagues dans un marais salant ?"
Après le roman de la dépression (à la recherche du voile noir) voici le livre de la maniaquerie, de l'obsession de la vacuité, décrites par l'impitoyable et lyrique Rick Moody. Quoi de mieux que le petit monde inculte et névrosé de la télé pour interroger la psyché contemporaine ? Pas sûr que le script soit le meilleur ouvrage de l'auteur, mais un Moody moyen c'est déjà une excellente nouvelle. On en reparle autrement que comme une sale groupie dans quelques semaines.

Le script. Rick Moody. Editions de l'Olivier. Parution fin août.
Mise à J : La chronique de le script dans le mag livres.



Les mangas décollent en France

Posté par Easywriter le 10.07.06 à 10:53 | tags : bd, manga, news

La France n'a pas gagné la coupe du monde mais elle réussit quand même une intéressante prouesse : devenir le premier pays importateur de mangas. Vingt ans de dessins animés japonais - d'Albator aux chevaliers du Zodiaque - auraient fortement imprégné l'imaginaire de deux générations, avance Frédéric Boilet sans grand risque de se tromper. Installé au Japon depuis des années, cet auteur de bd a constaté que la bd Belge n'y avait pas cartonné en raison d'un manque de préparation à ses codes graphiques et narratifs. Le lecteur nippon serait désarçonné pa le nombre de cases et d'informations contenues dans une page de BD.
Plus ample et généreuse, la manga inviterait donc mieux à l'émotion, la tristesse, Boilet expliquant assez justement qu'à part de rire les bd de par chez nous font rarement pleurer. Spectacle total, la bd nippone est donc parvenue à créer  en engouement  pour toute la culture japonaise, qui deviendrait le nouveau fantasme adolescent devant le rêve américain.
Seul risque selon Boilet, que le manga soit réduit à ses têtes de gondole, des histoires stéréotypées sans originalité graphique. (source principale : itv de Frederic Boilet à l'AFP)(illus. Rg Veda, manga fantastique)



William Vollmann sort ses fusils

Posté par Easywriter le 08.07.06 à 11:45 | tags : arts visuels, extrait, le cherche-midi, rentrée littéraire, roman

"La vie consiste peut-être à échanger des espoirs contre des souvenirs. Quand la neige était épaisse en septembre peut-être n'avais-tu guère de souvenirs. Mais tu te souviens très bien, j'en suis sûr, combin de rochers plats d'une couleur sulfureuse avaient été fracassés en plaque, entassés proprement les unes contre les autres telles des tranches de pain; tu pouvais prendre un livre de ces plaques et en tourner les pages jaunes et livides dans tes mains, lire les mots composés de lichen et écouter le gémissement du vent; puis si tu le voulais, tu pouvais faire des ricochets avec ces page dans quelque larc arctique, et les regarder se casser en deux en heurtant l'eau, puis couler et reposer, scintillante, parmi les roches verdâtres; l'eau se ridait au-dessus d'elles sous le vent, comme si elle essayait de les tourner, mais elles ne seraient plus jamais tournées ou reliées".
Je vous laisse éprouver pleinement le souffle qui habite cette prose minérale... Bien il s'agit donc du prochain roman de William Vollmann. Un type qui a écrit une histoire symbolique des Etats-Unis, des histoires de prostitution et de bas-fonds, a couru les quatre coins de la planète, et fait montre d'un courgae effrayant.
Il narre dans les fusils, l'épopée mythique de John Franklin qui partit à la recherche du passage du nord-ouest. Il y  mêle jounalisme et fiction avec le talent qu'on n'aura jamais, ni pour l'un ni pour l'autre. Oui, oui sur le papier, ce type fait le même métier que nous.
Les fusils de William Vollmann. Le Cherche-Midi. Sortie : le 07 septembre.



Lecture d'été : Gilles de Rais, la bio d'un serial killer

Posté par Myosotis le 08.07.06 à 10:03 | tags : essai

Rien de tel qu'un portrait de serial-killer historique pour bien démarrer l'été. Ca fait moins vulgaire que de lire la bio de Guy Georges ou d'Emile Louis, ça donne "un genre" et c'est souvent plus troublant qu'un polar ou un livre de fille. Parmi les personnages horribles nés de nos livres d'histoire, Gilles de Rais est sans aucun doute le plus effrayant.
Compagnon de Jeanne d'Arc, pilier de la noblesse des Pays de Loire, Gilles de Rais finira exécuté (brûlé plus exactement) à l'issue d'un double procès civil et religieux en 1440 à Nantes. Le livre d'Alain Jost, publié dans la collection Marabout, revient sur les différents aspects de ce personnage devenu légendaire,  en historien, replaçant les agissements du maréchal de France dans son contexte, c'est-à-dire une France pas encore sortie des années noires du Moyen-Age, de la Guerre de Cent Ans et qui n'existe pas même en tant qu'Etat souverain.
Excellent complément au livre de Georges Bataille sur le même thème (Le Procès de Gilles de Rais), le livre de Jost s'intéresse à l'homme par delà sa légende noire et nous apprend comment le jeune Gilles de Rais va, à partir d'une homosexualité sans doute traditionnelle et commune, verser peu à peu dans le sadisme, la pédophilie, la nécrophilie, la magie noire : pour faire face, à ses démons, mais aussi à ses problèmes d'argent. Sans effets de manche, Jost dresse un portrait de Gilles de Rais en utilisant les ressorts de l'histoire, de l'économie, de la psychanalyse. C'est cette approche presque pluridisciplinaire (et emmenée en seulement 230 pages) qui fait de ce livre un essai à la fois instructif et plaisant.
Plus sidérant est finalement l'évocation en 1992 d'une parodie de révision du procès de Gilles de Rais par des avocats, historiens et politiques modernes (dont il avait, paraît-il, été fait écho à l'époque), parfois très très connus. Un exemple de mauvais goût comme seule notre époque peut se les permettre et une version burlesque et visionnaire de ce qui se passera quelques années plus tard à Outreau.
Gilles de Rais est peut-être le premier monstre français sur lequel la société et l'histoire ont failli se tromper.  

Gilles de Rais, par Alain Jost. Collection Marabout.

 




Chuck Palahniuk : la littérature à l'estomac éventré

Posté par Easywriter le 07.07.06 à 14:51 | tags : audio, chuck palahniuk, denoel, extrait, rentrée littéraire
" Des noms idiots pour des gens qui existent vraiment. Comme si tu ouvrais le ventre d'une poupée de chiffons et que tu trouvais à l'intérieur : De vrais intestins, de vrais poumons, un coeur qui bat. Du sang, beaucoup de sang chaud et collant.

Et nous devions écrire des nouvelles. Des nouvelles marrantes. Nous tous, trop nombreux, coupés du monde pour tout un printemps, un été, un hiver, un automne - toute une saison de cette année-là"


"Retraite pour artistes : laissez vos vies de côté pendant trois mois". Voilà ce que propose une annonce à quelques aspirants écrivains qui seront affamés, maltraités, bientôt privés de toute ressource mais convaincus que cette mise en scène nourrira le best-seller de l'année. Evidemment, Chuck Palahniuk a prévu pour eux un programme un peu moins glamour qu'une compétition littéraire. On vous en reparle dès qu'on est revenus du stage d'écriture journalistique à la campagne organisé par...euh par qui au fait ?

A l'estomac
de Chuck Palahniuk, editions Denoël. Mis en vente le 07 septembre. (illus. détail de couverture de l'édition originale)



Pas de carte pour ce territoire.

Posté par Maxence le 07.07.06 à 12:13 | tags : noon, science-fiction

Si William Gibson s'ingéniait dans ses premiers romans, à cartographier la matrice informationnelle, la baptisant par la même occasion, cyberespace. Si le français David Calvo, en digne héritier du maître, réactualise le concept sous l'égide des jeux vidéos, dans son roman "Minuscules Flocons de Neige depuis dix minutes" en le nommant "La Grille", Jeff Noon inverse le processus à l'aune des théories de la Sémantique générale d'Alfred Korzybski, détruisant par principe toute possibilité de situer l'insituable. Carte uniquement mentale, le Vurt de Jeff Noon, cet univers de tous les rêves humains, est également l'union de la Noosphère de Theillard de Chardin et d'un maillage de légendes urbaines, de reliquat pop des psychédéliques 60's, mais aussi lieu magique, tribal et sanctuaire des divinités anciennes. Ce non-lieu donc, siège de tous les mythes, renvoient les fantasmes de libération technologique d'où ils viennent : dans nos têtes.
Avec le Vurt, c'est le monde du rêve qui investit la réalité et non l'inverse. Noon libère ainsi la potentialité cachée des univers forcément virtuels qui nous habitent.


"Avec la nouvelle carte, les gens du Vurt se fraieront un chemin dans la réalité. Les histoires reviendront à leur source. Cela sera très beau. Ce qui est à présent à l'intérieur de la tête sera sous peu à l'extérieur de la tête. Le rêve ! Le rêve vivra ! Qu'est-ce en effet que la vie humaine, la chair humaine ? Un simple vaisseau pour le rêve. Ne voyez-vous pas la logique derrière tout ça ? sans rêves, vous autres humains seriez encore des primates. "(Jeff Noon, Pollen, La Volte)




Les barons de Munchhausen : fin de l'aventure

Posté par Easywriter le 07.07.06 à 08:59 | tags : foot et littérature
"J'ai contemplé son visage dissymétrique et fendu par cette horrible cicatrice que la vieillesse avait ravinée et réussi à faire passer pour une ride d'expression. Ribéry était beau de toutes les choses qu'il avait vécues. Il portait toujours une sorte de petit bouc, poivre et sel, sous le menton et avait la même étincelle de folie et de détermination dans le regard que lors de cette finale de 2006(...)"


Dernières aventures pour les Barons de Munchhausen. Un bouquet final magnifique de notre ami Myoso. Je sais pas pour vous mais moi j'ai un peu les boules.



Fred Vargas lauréate de la Crime's writers association

Posté par Easywriter le 06.07.06 à 19:03 | tags : news, prix

Telex : Fred Vargas vient d'obtenir le Duncan Lawrie International Dagger, prestigieux prix littéraire qu'ont obtenu en leur temps Agatha Christie, Patricia Cornwell ou PD James. L'écrivain français a reçu cette distinction de la Crime's writers association -qui récompense ainsi chaque année le meilleur polar traduit en anglais - pour son roman Debout les morts paru outre-Manche en début d'année.


Son dernier opus, dans les bois éternels, édité par Viviane Hamy caracole en tête des ventes depuis des semaines et se serait vendu à plus de 300 000 exemplaires.






Les éditions Verdier dament le pion à Google

Posté par Easywriter le 06.07.06 à 14:15 | tags : bibliothèque numérique, édition, nombriliste, numérique

Face au projet Google de numérisation tous azimut, les éditions Verdier proposent une solution simple : leur propre moteur de recherche interne. Ainsi, le site de l'éditeur permet d'effectuer des recherches documentaires à l'intérieur des ouvrages. L'internaute tape un ou plusieurs mots clés, lui sont ensuite proposés les extraits correspondant à sa demande avec renvoi vers la page de l'ouvrage. L'outil est  surtout pratique pour  retrouver une citation mais on peut imaginer à l'avenir des possibilités de télécharger des extraits plus conséquents ou le livre entier.
Encore à optimiser, le moteur est en tout cas une réponse plus satisfaisante que la plainte des éditeurs français face à l'initiative de Google, alors que  les sites de l'écrasante majorité des éditeurs sont tout simplement nuls et incompréhensibles.
(News trouvée via la feuille)



Beigbeder fait de la pub pour les éditeurs

Posté par Easywriter le 06.07.06 à 11:52 | tags : édition, news

Frédéric Beigbeder quitte Flammarion pour se remettre à écrire. Il signe son départ par un vibrant plaidoyer pour les éditeurs dans le dernier numéro de Lire. Il y explique assez justement qu'à part la fonction politique, il n'y a pas d'autre profession plus ouvertement méprisée que celle d'éditeur.
En revanche, l'auteur de 99 francs ne trompera personne avec sa description d'un métier où ne prévaudrait que l'abnégation de ceux qui l'exercent, un incroyable don de soi détaché de toute cupidité . Ben voyons, et Zeller, Martin, la vague des écrivains photogéniques et nuls, c'est du poulet pt'êt.
 Idem pour la comparaison avec le boulot de prof.  L'éditeur, pour méritant qu'il soit, est  un commerçant globalement  moins à plaindre que le libraire -qui ,lui, ferait mieux de monter une boîte de portables effectivement -, n'en déplaise à un notre ami.



Christophe Dufossé et le roman provincial

Posté par Easywriter le 05.07.06 à 15:12 | tags : ascii, denoel, roman, sexe

S'il est un sentiment difficile à rendre en littérature, c'est bien l'apathie. En tout cas, sans écrire justement un roman apathique. Une lecture cursive ferait d'ailleurs aisément passer Christophe Dufossé pour une caricature de romancier français : personnage autocentré, dissection clinique (qui se voudrait houellebecquienne) des états d'âme, écriture froide et sans concession - en vérité dépressive et complaisante.
Sauf que non : Christophe Dufossé est un écrivain fort talentueux, et ce pour plusieurs raisons : en plus de sa capacité à exprimer des sentiments complexes, il situe la plupart de ses intrigues en Province, contrée superbement ignorée de 80 % du microcosme ou alors pour y créer paresseusement des decors interchangeables.
Son premier roman, l'heure de la sortie se passait dans un collège entre Orléans et Chateauroux et c'est exactement là qu'il fallait planter une intrigue où l'horreur couve toujours à proximité sans ne jamais exposer son visage à la lumière du récit - quiconque a crevé un pneu à Chateauroux a vécu cette éprouvante impression d'un massacre imminent. Le deuxième se déroulait à Tours (brr..) et son dernier Dévotion à Lille. Lille, cette cité jeune et dynamique, entourée de banlieues moches qui rappellent au citadin ébahi que la vie urbaine est d'abord un cauchemard social.
C'est là que Simon Kolveed, âme solitaire comme toujours les narrateurs de ce romancier, tente de se remettre de la perte de sa fille. Marion, qu'il n'a pas revu depuis quinze ans, depuis ce jour où dans un parc un type lui a laissé une substance gluante dans les cheveux, pendant que lui draguait gentiment une inconnue. Gluant aussi, le souvenir de cet enfant qui conduit cet homme à se retrancher dans la banlieue de la ville et de la vie, attendant que la mort ou un inconnu le libère de son sort.
Versant effectivement dans un psychologisme parfois usant, Dévotion est l'histoire de la tentative à la fois essentielle et vaine de la reconstruction d'un lien brisé : comme dans de beaux lendemains de Russel Banks ,à qui il rend hommage, ce livre décrit un monde sans issue qui perd ses enfants. Faute de les avoir compris, aimés. Belle parabole aussi du romancier qui traque la logique à l'oeuvre dans un réel qui se dérobe.
Simon retrouve donc Marion quinze ans plus tard : peut-il la comprendre, peut-elle éprouver quoi que ce soit à son égard désormais ? La défection des pères, l'impossibilité de la transmission, sont-elles pardonnables ?

Devotion
Christophe Dufossé. Editions Denoël qui ont publié ces deux autres romans, l'heure de la sortie et la diffamation.




Marc Lévy : le remix Live

Posté par Myosotis le 05.07.06 à 12:29 | tags : elucubration, marc levy

Le jeudi, c’était Tonio qui se tapait l’approvisionnement pour tout le monde. Mathias avait son tour le vendredi. Pourtant, au G20, c’était la merde pour lui car les vendeuses Arabes ne captaient pas un mot de ce qu’il essayait de leur dire dans sa langue barbare. Evidemment, je ne vois pas pourquoi il aurait eu besoin de parler aux vendeuses dans un G20 mais comme sans doute, il avait l’habitude de se fournir au Bon Marché, cet enfoiré d’allemand prenait son temps et interrogeait forcément le staff sur les soupes déshydratées et l’origine contrôlée des laitages.
Au bout de dix minutes et alors que le vigile commençait à le regarder avec son œil du tigre, il appela à la rescousse une autre vendeuse, « qui se révéla être espagnole « (ça on ne peut pas y toucher, c’est trop beau la nana qui « se révèle être Espagnole »A-t-elle eu besoin de montrer son passeport ? Mathias eut-il un flash ? Portait-elle un maillot de l’Equipe d’Espagne ? Parlait-elle la langue de Cervantes ?). Une cliente suédoise ou alors danoise, ces blondasses se ressemblent toutes avec leurs loches qui respirent la santé et leur peau de bébé, vint à sa rescousse mais il ne sut pas en profiter. (c’est vrai qu’on a besoin de toute sa concentration pour faire les courses, c’est connu).
Mathias était au bout du rouleau et de l’allée des surgelés, il prit son PhoneBlackberry, appela, pour ne pas passer pour un cave, chacun des colocs sur un rayon pour leur faire préciser la commande : Tiffany aux laitages, Steffi sur les viandes, Bill-Sébastien sur les boissons et finalement André-Stéphane pour obtenir la liste des primeurs. A la fin, pour ne pas exploser son forfait Golden League, Mathias piqua des articles au hasard jusqu’à remplir son panier. Les « côtelettes » de Tonio, à la calligraphie illisible sur le billet, se changèrent ainsi en un gros jambon et en un pot de moutarde. La mission était remplie au-delà des espérances.
(vous ne savez pas qui est Marc Levy ?)



Marc Levy, ses amis, ses amours, mes emmerdes

Posté par Easywriter le 05.07.06 à 11:28 | tags : marc levy, roman
"Le jeudi, Antoine était en charge des courses, Mathias s'en occupa le vendredi. Au supermarché, les vendeurs ne comprirent pas un mot de ce qu'il s'évertuait à leur demander, il alla chercher de l'aide auprès d'une caissière qui se révéla être espagnole, une cliente voulut lui apporter assistance, elle devait être suédoise ou danoise, Mathias ne le sut jamais, et cela ne changeait rien à son problème. Au bout du rouleau et de l'allée des surgelés, il prit son portable, appela Sophie devant les rayons pairs et Yvonne devant les impairs. Finalement, il décida que le mot "côtelettes" griffonné sur sa liste pouvait très bien se lire "poulet", après tout Antoine n'avait qu'à mieux écrire. "


Voilà, voilà... ah ce "au bout du rouleau et de l'allée des surgelés", quand même. ( celui qui reconnaît la double figure littéraire, gagne un bescherelle).
On imagine mal la solitude du chef de rubrique, alors que ses pigistes affamés préparent leurs trois jours de vacances annuels et qu'il faut en attraper un pour lui dire " Eh ! Prends le dernier Levy, fais une chronique marrante, allez c'est l'été ". Voir la lueur de dégoût dans son regard, avant qu'il tourne les talons sans rien ajouter. "Et Myoso, les recettes d'un succès ? Marc Levy vu par un romancier, non ? Myoso...tu m'entends ?".
A la fin du bouquin, Mathias retrouve Audrey et ne sait toujours pas qui est Popinot. Voilà vous savez tout.




Ne prenez pas ce livre.... au sérieux

Posté par 2goldfish le 04.07.06 à 14:34 | tags : bd
wimbledon green
Avant même qu'on ait commencé la lecture de Wimbledon Gree, Seth nous donne deux avertissements. Le premier, c'est cette dédicace "à mon grand ami Chris Ware, qui continue à me montrer le chemin", et effectivement la BD adopte les codes inventé par l'auteur de l'Acme Novelty Library: un format original pour le livre (ici petit et aux bords arrondis), un graphisme simple dans des cases minuscules (une vingtaine par page) et une ethétique générale proche des vieilles BD à la Herriman. Le second avertissement ouvre la préface: "Ne prenez pas ce livre au sérieux". C'est que Wimbledon Green, nous explique son auteur, n'était pas prévu pour la publication et ne devait être qu'un exercice en narration fracturée façon Ware donc, ou Clowes. Le dessin de Seth n'est pas aussi propre que d'habitude, les décors sont la plupart du temps absent, à l'opposé de l'attention portée au détail le plus minutieux qu'on pouvait voir dans Clyde Fans.
La bonne nouvelle, c'est que comme pour les avertissements de Chris Ware ("Vous perdrez toute chance d'avoir des relations sexuelles si on vous voit avec ce livre"), ceux de Seth sont totalement infondés. Avec cette histoire à la Citizen Kane du Plus Grand Collectionneur de Comics du Monde, il semble que l'auteur se soit libéré du syndrome de rétention anale qui guettait ses oeuvres précédentes et s'est pour la première fois amusé. Mieux, les passages où Wimbledon Green part à la recherche d'un comic rare à bord d'un gyravion piloté par son serviteur indien ne nuisent pas au développement des thèmes nostalgiques habituels de Seth, mais au contraire les deux viennent se renforcer mutuellement.
Prenez ce livre au sérieux, pas son auteur.

Wimbledon green
de Seth



Philip K Dick perd la boule

Posté par Easywriter le 04.07.06 à 11:15 | tags : news, science-fiction
Au dernier festival Nexfest 2005, grosse manifestation techno-branchaga organisée par Wired, Hanson robotics avait présenté un androïde de Philip K Dicks. D'une ressemblance presque flippante, le robot était doté d'expressions humaines et d'un logiciel capable de traduire les événements de la vie de K Dick en formule mathématiques d'après nos amis ingénieurs d'AEIOU.
Toujours est-il que l'androïde a perdu sa tête lors d'un vol Dallas- San Francisco. Rangée dans un bagage pour touriste, elle a fait l'objet d'une erreur d 'aiguillage, a  été aperçue à  Las Vegas avant de disparaître définitivement. 
Voilà un scenario très K Dickien qui n'est peut-être qu'un buzz marketing d'une major à quelques semaines de la sortie de A scanner Darkly,  adapté du roman éponyme de Philip K Dick. Ou pire : un enlèvement organisé par la direction de Fluctuat dans le but de faire la promotion de son dossier le cas K Dick.



Faire l'amour avec les fleurs du mal.

Posté par Maxence le 04.07.06 à 10:00 | tags : elucubration, extrait, ludique, science-fiction

Non, non, vous n'êtes pas sur Sexe, love'n' gaudriole et il ne s'agit pas de littérature érotique mais bel et bien de science-fiction (ou d'elucubration c'est selon - mais cela se rejoint souvent, pour notre plus grand bonheur, n'est-ce pas ?). Nous vous parlions récemment de Pollen, le second roman traduit en français, du mancunian Jeff Noon. Sombre histoire de passage entre les espèces (et les mondes, celui halluciné du Vurt, et l'autre, le vrai, ou ce qu'il en reste), Pollen est construit comme un thriller biotechnologique et poétique. Quatre personnages se partagent l'intrigue : Coyotte, chauffeur de taxi noir, routard rebelle par qui tout va commencer, Boda, jeune conductrice de taxi de la compagnie concurrente (Xcab) salement amoureuse de Coyotte, Sibyl Jones, l'Ombre flic, fruit de l'union d'une morte et d'un vivant, également narratrice de l'histoire, et Zéro Clegg, l'agent mi-homme, mi-chien, mal à l'aise dans les deux camps. Autour de ces protagonistes viennent se greffer des individus haut en couleur (Gumbo Yaya, l'animateur radio, Skinner le robo legiste, Joanna la cow-girl travestie, et bien d'autres...) qui animent le bestiaire fantastique de Noon. A l'heure où vous lisez ces lignes (et après un âpre déménagement) je n'en suis qu'à la moitié, ce qui n'est pas dommage car Pollen fait parti de ces livres qu'on se garde de lire trop vite, tant sa lecture est un plaisir. C'est donc à un court extrait que vous aurez droit, avant ma chronique finale :

Zéro éternua.

"Le rhume des foins est causé par le sexe, poursuivit Ligule. Vous savez ça ? C'est le résultat des tentatives des fleurs pour s'aimer. Et de leur échec. La fièvre est le rejeton du mauvais sexe végétal.

- C'est tordu, dit Zéro. Vous voulez bien nous expliquer ?

- Bien sûr, commença Ligule. Le pollen est produit par l'anthère de la fleur, l'organe mâle. de là il est transporté par le vent ou les insectes, jusqu'à ce qu'il atteigne les stigmates d'une autre plante. (...)  Le stigmate est l'organe femelle. Le stigmate est humide et couvert de poil. Il retient le grain de pollen et le met à l'aise, afin qu'il libère ses proteïnes. Celles-ci pénètrent dans le pistil jusqu'à l'ovule ainsi en va t'il de l'amour chez les fleurs. Parfois un humain s'interpose.

(...)

Vous voulez dire que les humains et les plantes ont des relations sexuelles ?" demanda Zéro en éternuant  de derrière son masque dernier cri.

Pollen - Jeff Noon, édition La Volte.
 




L'Ultime Cité : Ballard préscient

Posté par Myosotis le 03.07.06 à 15:09 | tags : roman
Sorti en 1976, dans le recueil de nouvelles Appareil Volant à basse altitude (plus joli dans son Low-flying Aircraft originel), l'Ultime Cité est un roman court de notre ami JG Ballard, dont le Kingdom Come, nouveau roman, est pour cet été. C'est un roman de 112 pages exactement dans son édition Présence du Futur qui est peut-être ce que l'écrivain britannique a fait de plus précis et de plus inspiré.
Dans L'Ultime Cité, l'épuisement des ressources naturelles a remodelé l'occupation de la Terre par les hommes (attention, on ne se situe pas en 2500 et des brouettes, on est ici juste demain ou après-demain). Plus d'électricité, plus de pétrole, plus d'énergie, de télévision, de pollution industrielle, de production de biens de consommation : le monde a changé. La technologie a disparu. La civilisation s'est regroupée en ilôts écolo qui récupèrent leur sueur, leurs merdes, leurs déchets avec soin dans le respect total de Dame Nature. Leur société est un peu chiante sur les bords et animée par une sorte de "retour à l'état de nature" où filles et garçons s'apparient très tôt. Un jeune homme, dont le père est un ancien aviateur, va fuir cette vie sécuritée pour retourner dans la zone des villes désertes et tenter de relever une ultime cité.
 Dans un grand mouvement démiurge, aidé par un Black aveugle fou de voitures et un ancien architecte tout puissant "inventeur du XXème siècle" disparu, Halloway va recréer notre monde et ressusciter la joie dans le trouble : faire péter les décibels, rallumer les loupiottes, monter des bars, rendre les biens aux truands, aux pilleurs. Je ne raconte pas la fin mais ce roman est un roman qu'on peut qualifier de décalé, puisqu'il nous amène à considérer tout ce que nous trouvons décadent, inhumain, contraire à la civilisation (la débauche, la violence, la convoitise, la surconsommation) comme ce qui fonde notre nature d'humains. C'est une vision révolutionnaire au sens propre et c'est pour ça que Ballard est grand.



Kathy Acker : les grandes espérances

Posté par Easywriter le 03.07.06 à 13:00 | tags : extrait, log out, rentrée littéraire, sexe et littérature



A part ça je n'étais qu'une ratée. J'étais trop sensible. Mes membres émotifs ressortaient comme s'ils étaient brisés et qu'on ne pouvait pas les soigner. J'embrassais trop gentiment les amis de ma mère quand ils jouaient à la canasta. J'étais trop intrigué par le sexe. Je n'étais pas jolie au sens classique du terme. Je ne me comportais pas comme Penelope Wooding. Quand je lavais un plat je ne lavais pas. Puisque je en savais pas si ma mère était dieu, je ne savais pas si je m'aimais. Mes amis me disaient que je percevais les choses en terme trop manichéens. "Le monde est plus complexe", disaient-ils. Je disais : "j'ai des A à l'école".

Kathy Acker ou la littérature qui ne démissionne pas. On en a déjà dit beaucoup de bien. Ce n'est que le début.

Les grandes espérances. de Kathy Acker. Réédité par (merci merci) les éditions Desordre/Laurence Viallet. Sorti le 21 août.



Clement Rosset ou la joie de vivre

Posté par Easywriter le 03.07.06 à 10:29 | tags : news, philosophie

Certains philosophes arrivent à produire une oeuvre à la fois brillante mais encore drôle, accessible et pleine de vie. On ne parle pas ici de Michel Onfray, dont le discours adapté aux medias de son temps dépasse rarement l'anecdotique. A l'inverse, Clément Rosset développe une pensée énergique et exigeante, qui accepte la cruauté du monde : contrairement aux pessimistes radicaux, façon Cioran ou Schopenhauer- qui maudissent le tragique et l'absurde de la vie, l'auteur du réel et son double y voit matière à nourrir la joie de vivre.


La souffrance venant de l'illusion romantique qui consiste à éternellement regretter un autre réel. Or le réel est idiot, affirme Rosset, c'est à dire simple et unique. Tout homme tend à lui susbstituer un double, un réel dans lequel l'indifférence du monde à son égard est conjurée. De même, la croyance en un moi caché mais vrai, un moi intime que masquerait un moi social - représentation truquée du sujet dont celui-ci à conscience et souffre puisque lui-même ne saurait le connaître - est également un leurre. Dans Loin de moi, Rosset étudie cette hantise de soi et du refus de la joie que véhicule cette vision. " Moins on se connaît, mieux on se porte", dit-il dans un de ces aphorismes gentiment provovateurs. C'est tout sauf idiot ou alors à la manière dont l'est le réel : unique, simple, singulier.


Clément Rosset sur France Culture. Affinités électives à 14 h, jeudi 06 juillet.
A lire : Le réel et son double (Folio) et Loin de moi (Minuit).






X-Men Babies : une belle arnaque

Posté par Myosotis le 02.07.06 à 11:12 | tags : bd
Chris Claremont est normalement une valeur sûre du scénario de comics : l'un des auteurs les plus dynamiques et reconnus des années 80 et pilier du développement des X-Mens à travers l'histoire. Les histoires de Claremont ont d'ailleurs pas mal inspiré les films de la saga ciné (le 1 et le 3 notamment). On pouvait donc s'attendre à beaucoup mieux que ça en découvrant les histoires loufoques des X-Babies, version bébé des futurs X-Men, téléportés dans un énième monde parallèle où l'ennemi le plus terrible (un gros cancrelat monté sur roulettes) est un magnat de la télé (trash) appelé Mojo.
Dans le MojoWorld, les XBabies, plutôt marrants au demeurant, vivent des aventures assez nazes, font des clins d'oeil à leurs aînés (Wolfie se fait jeter toutes griffes dehors par un mini Colossus appelé Colossusus !), mais ne sont pas assez travaillés pour intéresser. Les intrigues (je mets de côté la reprise de la première histoire des XBabies datant de 1988, plus qu'anecdotique) sont poussives et maquillent leur insuffisance derrière un paravent de déconne cache-misère. Quelques références vous tireront un sourire (évocation des schtroumpfs, par exemple) mais ça n'ira pas beaucoup plus loin. L'éditeur explique que des fans acharnés ont réclamé l'édition en français de ces histoires pendant des années et on ne voit vraiment pas pourquoi. Volume à éviter donc. 

X-men babies
de Chris Claremont. Marvel France.

 

 

 




Se faire pardonner

Posté par Myosotis le 01.07.06 à 13:28 | tags : poésie, sexe

Histoire de vous faire pardonner un truc, une montée de sève, une grosse colère ou un instant d'oubli de soi, de folie, vous pouvez toujours ressortir ces quelques mots de Lacenaire adressés à l'origine à son avocat.

C'est à vous qu'ici je dédie
Ces vers, enfants de mon loisir.
Déjà ma bouteille est finie
Et ma raison va revenir.
Ne craignez pas que la sagesse
Change votre image à mes yeux ;
Je n'ai pas besoin de l'ivresse
Pour vous voir bon et vertueux.

Je m'en suis servi la dernière fois à l'issue de la Fête de la Musique, après avoir un peu bu (évidemment j'étais au Mans). J'ai trouvé le livre complètement par hasard et je suis tombé juste sur la bonne page. C'est presque invraisemblable. C'étaient justement les mots qui me fallaient à ce moment là. Juste ce que je voulais exprimer. D'après moi (et je compte bien les essayer), ces vers peuvent faire l'affaire dans au moins 3 situations :

• Avec votre femme ou votre mari, après une connerie, une cuite, voire une tromperie

• avec un parent, père ou mère, à qui l'on veut réaffirmer malgré tout ses sentiments

• au boulot, dans le cadre de plates excuses, suite à un travail foiré.

Ca fait sans doute un peu tâche de lâcher des vers dans une conversation mais si vous jouez sur l'effet de surprise, je vous assure que ça peut marcher. Mon problème est que je n'arrive pas à retenir la poésie. Il faut donc que je me trimballe une sorte de bibliothèque ou de carnet de notes pour jouer à ça. Voilà ce qui arrive quand on est con.

 





Jim Harrison cause dans le poste

Posté par Easywriter le 01.07.06 à 10:00 | tags : média, news

Voilà un rendez-vous qui nous met l'eau à la bouche :   Jim Harrison, jouisseur patenté et amateur de bonnes chères s'il en est, s'invite sur France Culture, toute la semaine prochaine dans A voix nue. La rencontre avec le poète des grand espaces étant réalisée par l'impeccable Clémence Boulouque, cette série est à écouter et conserver précieusement.
Jim Harrison commença d'ailleurs par écrire de la poésie expérimentale, ce qui prouve que Carver n'avait pas tort quand il disait que la plupart des romanciers américains étaient des poètes ratés.
L'auteur de Dalva reviendra également sur son enfance dans le Michigan, sa courte carrière de scénariste hollywoodien, son oeuvre, les femmes, le pinard et tout ce qui lui passera par la tête. Entretien définitif ?

17:02 - 17:27 A Voix nue.  Du lundi 03 au vendredi 06 sur France Culture.







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