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Archives > Juin 2006

Google vs editeurs : Allemands et Italiens jettent l'éponge

Posté par Easywriter le 30.06.06 à 15:18 | tags : bibliothèque numérique, news

Le projet de numérisation de quelque 15 millions d'ouvrages lancé par la tentacule Google suscite de moins en moins d'opposition.
Alors qu'en France, Le groupe La Martinière et le syndicat national de l'édition ont annoncé leur intention de porter plainte, les éditeurs allemands et italiens ont décidé de ne plus s'opposer à Google books library. Les premiers parce que la justice la cour régionale de justice de Hambourg a fait savoir que le principe du copyright allemand n'était pas menacé, les seconds par pragmatisme : ils négocieront des accords commerciaux avec la firme de Mountain View pour la diffusion numérique de leur production.
La France jouerait donc la carte de l'exception culturelle. Si on comprend aisément la colère que peut provoquer le culot décomplexé de Google, on aimerait bien voir les éditeurs français proposer un réelle alternative à ce qui ressemble finalement assez à une simple bibliothèque.
A suivre...



Serge July : Citizen Fake

Posté par Easywriter le 30.06.06 à 13:10 | tags : mauvais goût, média, news, religion
Drôle d'hommage, comme gêné aux entournures, dans Libération du jour. Dans son edito, le vieux Serge adopte une position christique - je quitte Libération pour que Libération vive -  mais après tout le journal a 33 ans.

Un papier de Sorj Chalandon, l'une des dernières figures historiques encore en poste, empreint d'une émotion qui se voudrait maitrisée mais qui se révèle emphatique - après tout Libé en fait souvent trop.

Des invités à témoigner au profil socio-politique suspect  et dont la carrière se conjugue à l'imparfait : Nicole Notat, Daniel Cohn-Bendit, Harlem Désir - mais après tout Libé est le porte-parole de la gauche eighties et convertie aux valeurs du marché.
Alors que le quotidien revisite sa pureté originelle, sa philosophie éditoriale révolutionnaire, le pétillant cahier Tentations invite le directeur artistique de Balanciaga. Plus drôle : c'est le jour que choisit Villepin pour y publier une tribune.
Le plus parlant reste cette image de Une ( qui n'est pas l'illustration ci-contre). Celle d'un type tout seul - comme sur quasiment toutes les photos parues récemment. On jurerait qu'il est au fond de son confortable loft , juste à côté de sa machine à laver  ( en réalité la salle du hublot où ont lieu les conférences de rédaction).  Un capitaine d'industrie qui va avoir droit à son portrait en dernière page de Libération. 
Décidément, ils sont forts en photos à Libé.
Sur le forum :  Que va faire Serge July ?






Salut l'artiste

Posté par Easywriter le 30.06.06 à 11:11 | tags : média, news

C'est un type dont aura du mal à faire l'éloge. Un homme de presse aujourd'hui certes isolé,  et à peine soutenu à demi-mots par une rédaction dont la timidité égale le déboussolement. Bien sûr le journal qu'il dirige ne vivait plus que sur sa réputation, une histoire symbolique chargée mais qui appartient aujourd'hui au folklore.
Finalement , l'actionnaire majoritaire  du titre aura eu sa peau, pour des motifs économiques assurent les uns, des désaccords plus politiques estiment les autres. Surement les deux, est -on tenté de penser.
L'indignation n'est pas de mise, encore une fois nous ne regretterons pas vraiment ce type. Mais bon, la solidarité contrafernelle ça existe.
Alors,  bon vent,  Alain Génestar.



Rentrée littéraire : 683 romans

Posté par Easywriter le 30.06.06 à 07:51 | tags : news, rentrée littéraire


Moins elle est un evénement artistique plus on se concentre sur la statistique : la rentrée littéraire est donc en forme sur un marché déprimé grâce à la publication de 683 romans. Vingt de plus que l'an dernier, nous apprend l'AFP , sans qu'on ne parvienne à savoir quoi faire de cette information.
Sachant qu'on peut lire comme il faut environ trois romans par semaine (maximum) et qu'à Flu, nous sommes trois ou quatre pour se partager la corvée, il nous faudrait un an minimum pour assurer une couverture éditoriale complète.
On va pourtant expédier tout cela en trois semaines, peut-être en 2,4 semaines qui sait ? Manière d'instaurer notre propre record mathématique.
Mise à J : à la suite du premier commentaire: si un livre vous transporte de bonheur, horripile, chagrine ou excite assez que pour vous souhaitiez témoigner votre émoi, faites-le ici. (Evitez les grosses machines et le livre de votre cousin)

Toute la rentrée littéraire sur le mag livres. 




Jacques Reda et les ruines de Paris

Posté par Myosotis le 29.06.06 à 14:10 | tags : poésie

Jacques Réda qui revient ces derniers jours avec le recueil Ponts Flottants (pas lu) est un poète français précieux et précis. Alors que sort ce film à "sketches" Paris, je t'aime, alors que Paris se dote d'un nouveau grand musée et que les plus Parisiens s'apprêtent, pendant les vacances, à reprendre possession de la ville, il est amusant de relire le premier recueil de Réda en prose, paru en 1977. Les Ruines de Paris est une splendide ballade dans la capitale et ses alentours principalement vus par un promeneur flâneur de l'ancien temps. Ce qui est bien dans ces Ruines c'est que Réda qui n'avait pas 50 ans à l'époque, ne pose pas sur Paris un regard de vieux con ou de nostalgique mais un regard critique, amusé et foncièrement moderniste.

Sur le curieux phénomène de rentrée en septembre, il écrit ainsi avec humour :

"Du jour au lendemain, entre le 31 août et le 1er septembre (la densité de la circulation montant de zéro à cent), la plupart des trajets deviennent autant d'entreprises de suicide. Pour aller au Rond-Point à Saint-Paul, par exemple, j'ai beau chercher, d'une façon ou d'une autre, on plonge dans un flot de projectiles, les plus menaçants étant comme de juste les taxis, pour qui tous les deux-roues déglingués de mon espèce représentent moins une gène qu'un affront personnel. C'est donc délibérément qu'ils me frôlent, espérant me déséquilibrer et m'abolir sous le mufle bas des bas qui chargent en sens contraire dans leur couloir."

Joli, non. Evidemment je suis sacrément en avance avec cette fin août mais on y arrive toujours plus vite qu'on ne le souhaiterait. Ce livre est vraiment un must pour les amoureux de Paris et un bon réservoir d'arguments pour ceux qui ne l'aiment pas.




Bien jouer au foot, mode d'emploi

Posté par Easywriter le 29.06.06 à 11:40 | tags : foot et littérature, média, news

On avait dit tout le bien qu'on pensait du livre de François Bégaudeau, jouer juste. La pièce qu'en avait tiré Isabelle Duprez (illus.) nous avait un peu moins emballé malgré quelques moments héroïques. Le théâtre n'avait malheureusement pas grand-chose à apporter à un texte qui se donne surtout dans sa musicalité et son propos mais autorise peu de jeu de scène.
France Culture propose samedi une meilleure option : une simple lecture du texte par Régis Bourgade, l'acteur de l'adaptation sus-mentionnée. Les yeux fermés, on en apprendra beaucoup sur les techniques du bon football et celles d'une relation sentimentale réussie. D'ailleurs, ne sont-ce pas les mêmes ?
- Jouer justede François Bégaudeau. Lu par Régis Bourgade. 22:10 - 23:00 sur France Culture samedi 1er juillet
- A noter : une pièce radiophonique, l'invention du jeu, toujours de François Bégaudeau et toujours sur France Culture le mercredi 5 juillet, entre 10 h 30 et 11 h.


Sur Flu : entretien avec François Bégaudeau à l'occasion de la parution de jouer juste.




La Ludd finale

Posté par Easywriter le 28.06.06 à 16:24 | tags : société
 
Angleterre, début du 19 ème siècle : les débuts de l'industrialisation suscitent une réaction violente dans le monde ouvrier. Les luddites - qui tirent leur nom de Ludd , un destructeur de machines textiles du siècle précédent - brisent les nouveaux outils.
Souvent associé à une révolte anachronique, le luddisme fut un mouvement complexe qui prit des visages différents selon les régions et le contexte social  où il s'est développé.
Bon vous l'aurez compris, on n'a pour l'instant pas digéré -ni même fini - l'excellent livre Les Luddites, publiées par les éditions Ere. On regarde parfois avec circonspection dans ces colonnes -jugez plutôt des lointaines crapules que nous sommes - la multiplication des petites maisons d'édition. Les editions E®e publient de passionnants ouvrages qui ne verraient probablement jamais le jour sans elles.
Déjà éditeur de la cultissime "controverse pieds/mains", elles publient donc Les luddites, bris de machines, économie politique et histoire, encore un ouvrage érudit qui ouvre des pistes de réflexion inouïes.
On y revient abondamment cet été à moins que d'ici là, on décide de balancer notre ordinateur par la fenêtre et de foutre le feu à notre borne Wi-fi.
Les luddites, bris de machines, économie politique et histoire
de Vincent Bourdeau, François Jarrige et Julien Vincent. Les editions E®e



Les barons de Munchausen : le manifeste

Posté par Myosotis le 28.06.06 à 15:49 | tags : elucubration, foot et littérature
J'ai parlé dernièrement de roman d'aventures (Leroux, London), de roman réaliste (Zola, Pasolini) et de ce que pouvait donner la fiction pure (Palahniuk, Coupland), moderne et rassemblant le tout sous une même étiquette. Les Barons de Munchausen constituent une première tentative, en ce qui me concerne, de bâtir une fiction (webfiction, mais elle aurait pu être écrite, ou sous forme de journal, si la presse proposait de tels espaces aujourd'hui) s'inspirant de cette tradition là sur le rythme ancien du feuilleton : réalisme, loufoquerie, fiction à tous les étages.
La difficulté d'écriture consiste ici à mélanger des faits réels (la vie du groupe France telle qu'on peut la lire dans l'Equipe ou la suivre à la télé, ses matchs, ses résultats, mais également des éléments de recherche sur le château de Munchausen, sur Hanovre, etc) et des faits fictifs, surréalistes ou des situations tirées d'autres medias (films, vieux pulps, SF,....), le tout en TEMPS REEL anticipé la plupart du temps ou quasiment sur l'événement (ce qui constitue évidemment une difficulté supplémentaire), une "contrainte" dans cette forme de littérature à handicap.
Le tout donne ces Barons que je considère bizarrement (après 3 romans et un autre à venir) comme mon expérience de fiction live la plus amusante et la plus épanouissante. Il y a évidemment des trucs maladroitement écrits (à la relecture), des fautes de style, un abus de dialogue qui correspondent à des tics d'écriture que je ne connais que trop bien et qui disparaissent de mes produits finis (le plus souvent). Mais les Barons sont là et je crois qu'ils tiennent franchement debouts, même s'ils ont tendance à se tenir les côtes à force de poilade.

J'aimerais savoir si, par delà l'autocomplaisance qui anime ce billet, il n'y aurait pas très globalement une "demande" d'un retour du feuilleton dans la presse, ailleurs, à la radio. J'ai eu cette conversation, il y a un an ou deux, avec Jacques Pradel (le journaliste) lors d'un forum radio et il me disait (il se baladait avec un alien) que sur les autres planètes, les feuilletons avaient toujours un succès fou, alors qu'à de rares exceptions près (dans la presse régionale notamment ou l'été dans certains magazines) ils avaient complètement disparu de notre monde. Je n'arrive pas à m'expliquer ce phénomène, comme je pense que cette forme est encore aujourd'hui l'une des plus modernes qui soit pour la littérature.
PS : l'épisode 7 et dernier des Barons est prévu pour lundi ou mardi.




Faut-il vraiment sauver la presse ?

Posté par Easywriter le 28.06.06 à 12:21 | tags : média
On a beau dire ce qu'on veut, essayer d'expliquer que l'arrivée d'un nouveau média n'a jamais tué les autres (mais aucun jusqu'à internet n'utilisait les méthodes de ces prédecesseurs), en réalité tout le monde sait que la presse écrite pourrait disparaître. En 2005, même la presse magazine, dont la France est grande consommatrice, a vu sa diffusion chuter. 
Sur un plan citoyen, seule la disparition des journaux d'information, financés au moins  en partie par leur lectorat , est un problème.  La secrétaire nationale à la culture et aux medias du PS , Anne Hidalgo, signe à ce propos une tribune dans Les Inrockuptibles .
Outre les vieilles rengaines sur l'éducation aux medias à l'école ou les mesures anti-concentration  (détention de parts de marché, monopole sur un territoire donné...) Hidalgo propose  "de faire entrer des représentants des partenaires sociaux et des citoyens dans les conseils d'administration des medias". Elle affirme également la nécessité d'un certain interventionisme des pouvoirs publics  et prone par exemple de nouvelles aides à la presse indépendante.
Le problème reste que l'indépendance capitalistique d'un journal ne garantit en rien la liberté éditoriale si ses ressources ne viennent que de la publicité. (Libération n'est pas plus indépendant de ses annonceurs que n'importe quel titre piloté par un marchand de missiles).
Comment équilibrer le financemement des journaux ? Anne Hidalgo imagine de nouvelles ressources comme des dispositifs fiscaux pour les lecteurs qui voudraient investir dans un titre ou la taxation des fournisseurs d'accès internet.
Voilà qui pose d'autres questions : Faut-il maintenir sous perfusion des titres que personne ne lit ? Finalement, maintenir malgré tout des journaux au nom de la diversité sans que cela ne fasse echo dans les pratiques citoyennes rejoint la définition du folklore. Et qu'Hidalgo prenne pour modèle la gestion de la culture  pour justifier l' interventionnisme des pouvoirs publics n'est effectivement pas un hasard.
Sur fond de crise à Libération, la prochaine présidentielle sera peut-être l'occasion de débattre du modèle économique de la presse. Mais il y a derrière tout cela un constat qu'aucun élu ou journaliste ne veut regarder de trop près : les medias ne garantissent plus en rien la vitalité du débat public et  n'influencent plus grand-monde comme on l'a vu lors des derniers rendez-vous politiques comme le referendum.  Tout cela n'est peut-être que de la pose :Si Libé avait le quart des lecteurs qui affirment aujourd'hui la nécessité de sa survie, le journal n'aurait pas de problèmes.  Non ?



Le Petit Robert ? Je kiffe!

Posté par Easywriter le 28.06.06 à 10:48 | tags : news

Pour fêter ses quarante ans, le dictionnaire ajoute quelque 500 mots à sa dernière édition. Outre, "meuf", "keuf" et "teuf", le Petit Robert intègre les expressions comme "ça déchire" ou "ça dépote" ainsi que "total respect".
L'air de rien, le vénérable dico est un excellent baromètre inversé du langage hype puisqu'il canonise les expressions que seul votre oncle Michel- celui qui portes des Van's -  utilise encore.



Atomic Park

Posté par Myosotis le 27.06.06 à 15:01 | tags : actes sud, essai

On pouvait attendre d'Atomic Park (sous-titre : à la recherche des victimes du nucléaire), l'ouvrage d'investigation de Jean-Philippe Desbordes (chez Actes Sud) qu'il nous livre des scandales énormes : enfants avec des allures de grenouille, accidents à la pelle qui auraient été dissimulés par l'Etat, contamination des nappes phréatiques, etc. Il n'en est rien. L'auteur, qui célèbre ici l'anniversaire de Tchernobyl, revient en deux parties sur le développement des technologies nucléaires (période après-guerre : mise au point, essais militaires), d'une part, sur les risques que fait encourir le nucléaire (civil notamment) pour les travailleurs de cette industrie, et donc, par extension, sur nous, d'autre part. 
La thèse principale du bouquin est qu'il y un coût pour l'utilisation du nucléaire et que ce coût a toujours été sous-estimé, voire dissimulé par la filière. La démonstration de Desbrodes est évidemment juste lorsqu'il présente, lors d'expériences américaines, les légions de soldats utilisés pour tester in vivo (puis in morto !) l'impact de la bombe sur la chair fraîche.  L'armée américain et l'armée française au Maghreb ont joué ce petit jeu là  et utilisé des êtres en pleine santé comme cobayes. Plus choquant, les américains ont injecté directement du plutonium à des malades qui ne demandaient rien à l'hosto pour tester ses effets. On se situe ici près du scandale, point où les démocraties rejoindraient les Nazis dans l'expérimentation.
Puis on revient au civil. Desbordes démontre avec ses informateurs que les maladies professionnelles sont nombreuses chez les travailleurs du nucléaire : suicides en hausse, cancers,... Il démontre comment au fil des années EDF a externalisé le coût du nucléaire en organisant le marché de la sous-traitance. Desbordes perd clairement en percussion dans cette partie et ne réussit pas à nous affoler suffisamment pour que ce qu'il raconte dépasse ce à quoi l'on pouvait s'attendre. Les fantasmes autour du nucléaire sont, en effet, tels qu'on se surprend devant ce qu'il raconte à considérer que ce n'est pas une surprise, voire à se dire qu'on s'attendait à bien pire. Du coup, le propos est affaibli et l'on se sentirait presque rassuré, effet paradoxal...
Le nucléaire est une technologie qui ne sera jamais banale et qui implique une balance permanente entre les avantages sociaux et économiques qu'elle procure et les coûts directs et virtuels (le Grand accident) qu'elle porte sur elle. Le fléau a beau être un peu plombé par l'Etat, histoire de faire pencher la balance du côté des pro-nucléaires, il n'est pas certain que sans cet accompagnement, le nucléaire soit naturellement banni et à bannir.
Atomic Park se lit très bien et comme un travail précieux d'information citoyenne. Il n'est pas décisif, à mon sens, quand il s'agit de faire bouger les positions des uns et des autres. 

Atomic Park de Jean-philippe Desbordes. Actes Sud.

 




Harry Potter est-il condamné ?

Posté par Easywriter le 27.06.06 à 11:14 | tags : arts visuels, jk rowling, news
Buzz de relance media pour JK Rowling qui laissait entendre hier, que son très rentable apprenti sorcier pourrait mourir. Invitée par channel 4, l'auteur a indiqué que deux des personnages principaux de la série allaient perdre la vie dans le septième et dernier volet de la saga. "Il fallait payer un prix, nous avons ici affaire au mal absolu. Ce ne sont pas des personnages secondaires qui sont visés. Ce sont des personnages principaux qui sont attaqués -- enfin, c'est ce que je fais", a-t-elle expliqué. Il est plus probable que l'auteur fasse le ménage dans le casting sans tuer le héros avant de passer la main à d'autres auteurs, le filon Potter n'étant pas totalement épuisé. Le septième Harry Potter sortira en 2007.
(source the guardian, AFP)





Les perceurs de fors

Posté par Easywriter le 26.06.06 à 14:30 | tags : arts visuels, numérique, web
Comme vous le savez, outre l'esprit aiguisé avec lequel il analyse sans complaisance l'actualité littéraire, ce blog fait aussi à l'occasion de la promo pour les petits éditeurs dont les cris de désespoir ne déchirent même plus le monde impitoyable de la République littéraire.
Bref, comme l'actualité est plutôt maigre, profitons des contributions proposées par nos lecteurs. Ilaïs attire notre attention sur les perceurs de fors, minuscule structure qui édite des textes de prose poétique simultanément en livres réalisés à la main sur papier vergé à très petits tirages avec un dessin inédit d'un artiste invité en couverture. Comme beaucoup d'éditeurs new generation, la maison d'édition propose également ses textes en lyber, version numérique librement téléchargeable, sur son site web.
Elle publie ces jours-ci, Dans les bordures, de Marylou Viennel :
Extrait : "Ce n’est pas que Marylou veuille se voiler la face. Marylou connaît la nature du terrain : un bas-fond-marécage et ne veut pas sauter à pieds joints dans la vase. Faire le tour c’est mieux, rester dans les bordures, ne pas se faire manger par des pensées mouvantes. Alors là évidemment elle sait ce qu’elle encourt : se battre contre le monstre du fond marécageux, se débattre elle a peur… ça y est elle arrive."
Merci Ilaïs!
Toi aussi donne tes infos et soulage les forçats de la rédaction livres.



Comic Box 6 : la pub

Posté par Myosotis le 26.06.06 à 12:47 | tags : bd, média

Je n'aime pas me servir du blog comme instrument de publicité mais je signale aux amateurs de Comics qui l'aurait raté (les comics, genre débilitant !, sont toujours relégués en bas de rayon ou rendus invisibles, dans les étals de presse) que le n°6 de la revue Comic Box est sorti la semaine dernière. Seule vraie revue française consacrée aux comics, Comic Box continue de faire un boulot passionnant en s'adressant tant à ceux qui n'y connaissent rien mais aimeraient bien en savoir plus qu'aux fans hardcore. Et ça marche très très bien puisque les numéros s'enchaînent à un niveau de qualité rarement atteint sur ce type de publications. Cette fois-ci, en plus du dossier Superman, et sa couverture splendide signée Alex Ross, on trouve une belle interview de Brian Michael Bendis, dont on parlait l'autre jour, une histoire originale de WitchBlade ainsi qu'une autre interview du nouveau prodige anglais du dessin comics : Adi Granov. Le run de ce dernier sur Iron Man est excellent et lui donner un peu la parole sur son boulot est la meilleure surprise de ce numéro.

Le site de Comic Box

 




Erik Rémès ou la position de l'homo debout

Posté par Myosotis le 26.06.06 à 10:07 | tags : autobiographie, autofiction, livre, sexe et littérature, web

Je n'aimais pas tellement la gay pride lorsque j'habitais Paris car j'étais perturbé, comme beaucoup d'hétéros (?), par la présence dans le métro ou la rue des homos les plus visibles et les plus laids, qu'on ne voyait qu'à cette occasion, ceux qui ont du poil aux pattes et portent des shorts de cuir noir moule-organes. La présence de ces types m'a toujours fait flipper et me méfier de cette manifestation. Cela m'est resté.
Du côté des écrivains gay, après la disparition de Guillaume Dustan, je continue d'accorder pas mal de crédit à Eric Rémès, écrivain et ancien journaliste de 41 ans, qui sans être tout à fait sur la même ligne que Dustan, qui a été son premier éditeur n'en est pas si éloigné. Son écriture est précise et ses positions bien marquées. Rémès a fait parler de lui avec son roman Serial Fucker, accusé de faire l'apologie du bareback, ce qui n'était pas du tout le cas. Dernièrement, Rémès, et il  vaut mieux aller le lire que d'en causer pendant des heures (je ne veux pas dire trop de conneries sur une littérature dont je ne suis pas un spécialiste), a retravaillé son site et l'a enrichi d'extraits (les 2 premiers chapitres) de son prochain roman  Amour Kannibal (!) dont je reproduis ici le 4ème de couverture :

"J’ai commencé par les animaux. Éventrer – étriper – dépecer : je me masturbe toujours en pensant à cet continuité de mouvements, toujours forts excitants. Lorsque arrive la puberté, vers l’âge de douze ans, pervers, un nouvel élément vient s’insinuer dans mon fantasme et l’idée de manger finit par s’ajouter tout naturellement à mon rituel. Pendant des années, j’ai rêvé de consommer de la chair humaine, sans jamais me laisser aller à le faire, sans même oser penser que cela puisse vraiment se produire un jour. C’est très difficile de devenir un homme libre, de se débarrasser de ses peurs et de ses préjugés. Et peut-être même n’est-ce pas totalement souhaitable. Si ce n’est que moi, je l’ai fait".

Journal d'un cannibale.  Erik Rémès. A suivre sur le site de l'auteur.

Serial fucker. Editions Blanche




Pasolini, le livre et les couches

Posté par Myosotis le 25.06.06 à 11:38 | tags : extrait, livre
Je reviens à Pasolini et à la Divine Mimesis car mon édition est agrémentée d'autres notes et textes n'ayant rien à voir dont une note sur le roman de demain. On sait que le dernier livre de Pasolini s'appelait Pétrole et qu'il a été publié inachevé chez Gallimard, il y a cinq ans peut-être. Mais ce n'est pas ce qui importe. Ce qui m'intéresse dans l'extrait ci-dessous, c'est que Pasolini tient le même discours que Walter Benjamin et que Maurice Dantec dans une certaine mesure, définissant ce qui sera le vrai grand roman moderne des années 2000-2010, peut-être 2020, héritier des techniques de composition classiques, de l'âge intertextuel et des évolutions du monde de l'écrit (la couche contre l'aplat). Pas la peine que je vous dise, que le genre ne compte aucun exemple, si ce n'est peut-être, un ancêtre déjà avec la Maison des Feuilles de Mark Danielewski.
"Le livre doit être écrit par couches, toute nouvelle rédaction doit être sous forme de note, datée, de façon que le livre se présente presque comme un journal. Par exemple, tout le matériel déjà écrit doit être daté : il ne doit pas être éliminé de la nouvelle rédaction, qui doit consister en une nouvelle couche additionnelle ou en une longue note. Et de même pour les rédactions successives. A la fin, le livre doit se présenter comme une stratification chronologique, un vivant processus formel : où une nouvelle idée n'effacerait pas la précédente mais la corrigerait ou plutôt la laisserait absolument inaltérée, la conservant formellement comme un document du passage de la pensée. Et comme le livre sera un mélange de choses faites et de choses à faire - de pages achevées et de pages ébauchéesn ou seulement projetées - sa topographie temporelle sera complète : il aura à la fois la forme magmatique, la forme progressive de la réalité (qui n'efface rien, qui fait coexister le passé avec le présent."

Cette note date du 1er novembre 1964.




Boy on a Stick & Slither

Posté par 2goldfish le 24.06.06 à 12:00 | tags : bd, jeux video, technologeek, web
Boy on a Stic & Slither

Steven L. Cloud dessine les discussions philosophique d'un serpent cynique et d'un distributeur de bonbons Pez. Optimiste depuis huit ans, et a plus de six cent strips, il n'a toujours pas épuisé le sujet. L'humour repose le plus souvent sur de simples observations ou de petites blagues mais, de temps en temps des petites doses d'existentialisme surgissent. BOASAS fait partie de ces webcomics qui ont effectivement pris la place des strips de la presse quotidienne, ressucitant une tradition qu'on croyait perdue en même temps que Charles Schulz.



Poésie à bout portant

Posté par Myosotis le 24.06.06 à 10:15 | tags : polar

J'avoue ne pas connaître du tout l'auteur de Poésie à bout portant (Pistol Poets en VO), second roman de Victor Gischler publié dans la Série Noire, mais ce polar universitaire est une vraie réussite. Située dans l'Oklahoma, coeur spirituel de plouc-amérique, l'intrigue présente les destins croisés d'un petit loulou, vaguement délinquant, appelé Harold Jenks et d'un professeur érotomane de poésie, complètement frappadingue, le sublime Jay Morgan.

Le premier, après avoir dérobé un bon kilo de cocaïne extrapure, prend la tangente en usurpant l'invitation d'une victime collatérale à rejoindre une fac de poésie. Le prof qu'il y retrouve et que l'on prend tout d'abord pour un personnage de David Lodge, sérieux et un rien coincé, s'avère un dangereux malade, défoncé et alcoolo, doublé d'un manipulateur hors pair. Le professeur a un secret et une obsession  il doit se débarrasser du cadavre d'une de ses étudiantes morte d'overdose après une fête orgie donnée en ses murs. S'en suit un polar haletant, hilarant évidemment, qui s'inscrit à la fois dans une ligne policière classique (malfrats, meurtres, pistolets, drogue,...) et un esprit foutraque à la Christopher Moore. Gischler nous fait partager les pires outrances sans que cela affecte à aucun moment la qualité et la crédibilité du récit.
Il faut évidemment s'accrocher parfois  et se serrer la mâchoire avec un élastique pour ne pas qu'elle se brise, mais c'est sans conteste un ouvrage jubilatoire, idéal pour la saison.
Le site de l'auteur nous en dit plus en VO sur cet écrivain prometteur (3 romans), dont on ne s'étonnerait pas que les intrigues apparaissent très vite dans les salles de cinéma.  (en prime, quelques nouvelles inédites....).

Poésie à bout portant, Série noire.




Deviens l'écrivain le plus célèbre de ta famille

Posté par Easywriter le 23.06.06 à 11:46 | tags : arts visuels, news, numérique, web

Après les forums qui permettaient à tous de donner un avis sur tout, après les blogs qui industrialisent le principe du journal intime,  voici ce qu'on pourrait appeler le e-bay book. Le principe est simple : chacun d'entre nous a un livre en lui, qu'il soit un mauvais  roman initiatique, une confession malhabile ou une thèse sur la reproduction mono-cellulaire dont personne ne veut. Pourtant , votre cercle intime direct  vous en achèterait bien un ou deux,  si quelqu'un daignait le publier. C'est là-dessus que capitalise Lulu.com, le portail américain qui sort son offre en France. Moyennant quelques euros par ouvrage - c'est à dire moins cher que l'auto-édition traditionnelle, Lulu vous propose d'éditer seulement les livres pré-achetés et de voter sur les ouvrages de vos petits camarades lulunautes. (pour le reste débrouillez-vous sur leur site, on n'est pas un magazine de consommation)
On apprend dans Libération - qui l'a appris de Wired qui en a popularisé le concept - qu'on appelle "long tail" (longue queue) ce type de business. En gros, la dématérialisation des supports permet de faire autant de fric avec des millions d'oeuvres qui trouvent chacune leur micro-marché qu'avec un nombre très réduit de best-sellers.
 L'idée de Lulu.com n'est donc pas d'avoir trouvé une nouvelle niche économique dans la marchandisation de l'intime mais bien d'avoir mis au point un business-model de multinationale comparable à celui d'eBay. La société qui faisait de la marge sur votre propre vide-greniers. Mais avait oublié que dans votre grenier, il y avait aussi votre journal intime adolescent avec lequel on devait bien pouvoir se faire un peu de thune.



Pete Doherty dans ta bibliothèque

Posté par Easywriter le 23.06.06 à 11:00 | tags : news
Ca la fout un peu mal mais on l'aime bien ici Pete Doherty, dernière rock star à nous donner notre dose de mythologie de la décadence. Manière d'entrer de plain pied dans la légende, l'ancien leader des Libertines et actuel tête d'affiche des laborieux Babyshambles, racontera  dans un livre tout de sa vie dissolue et de sa liaison tumultueuse avec Kate Moss.
Orion Books a racheté, pour une somme qu'on imagine faramineuse, les droits de son journal intime. Ce maelström de poèmes, dessins, paroles de chansons et  autres pensées personnelles (sic) sera publié en mars 2007. Pete Doherty qui s'est dit très excité par le projet a séché la conférence de presse, comme il se doit. Reste désormais à savoir quel éditeur français va casquer pour s'emparer de ce best-seller programmé.
Lis d'autres news people sur les Babyshambles grâce à Playlist, le blog des groupies.



Jean Teulé et Angie David, biographes récompensés

Posté par Easywriter le 22.06.06 à 17:56 | tags : news, prix

Le jury du prix du récit biographique est d'accord avec Mille Feuilles à propos du livre Je, François Villon de Jean Teulé. L'auteur vient en effet de recevoir l'honorable disctinction attribuée par une assemblée de représentants de la presse écrite et de la télévision. A noter qu'Angie David a reçu le prix spécial pour sa biographie de Dominique Aury, l'auteur du cultissime Histoire d'O. Un palmarès sans faute, donc.



Madame Bovary s'habille en Prada

Posté par Easywriter le 22.06.06 à 12:56 | tags : elucubration
Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. Si j'avais pris une pilule de Mnémosis je m'en souviendrais.
J'ai reçu un télégramme de l'asile : "Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués." Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier. Je vais les rappeler avec mon Ericsson 3G
L'asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d' Alger. Je prendrai l'autobus à deux heures et j'arriverai dans l'après-midi. A moins que j'opte finalement pour un vol Easyjet tellement plus rapide. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. Et dormirai bien sur mon matelas Simmons."

Voilà à quoi pourrait ressembler l'incipit de l'étranger si les génies du marketing étaient nés plus tôt. Aux USA, un livre vient en effet d'être édité en partenariat avec une marque de rouge-à-lèvres. Cathy's Book sortira en septembre après quelques modifications pour insérer des références à la marque Cover-Girl. En échange, le site cosmétique hébergera de la publicité pour le roman. Les lectrices pourront acheter le même rouge-à-lèvres que l'héroïne.
Et alors, me direz-vous  ? Et les publicités Ford dans 24 h, elles t'ont empêché de kifer la série ? Vous avez raison, plus rien n'a d'importance.
Cette notule a été écrite en partenariat avec les cafés Grand-Mère et le magazine les Inrockuptibles.
(Ilustrations : Le road-trip de Kerouac n'aurait-il pas été meilleur en Golf ?)



Daredevil et l'arc de Bendis

Posté par Myosotis le 22.06.06 à 11:06 | tags : bd

Brian Michael Bendis est l'un des scénaristes les plus en pointe de l'univers Marvel. Le dixième tome de la série Daredevil intitulé la Veuve Noire reprend le Diable Rouge où on le laisse généralement : dans son quartier fétiche et mal famé d'Hell's Kitchen. Cette fois, c'est le retour de son ancienne copine rousse (sublime et fantasmatique à souhait- la Veuve Noire) qui vient déclencher l'intrigue pour une histoire savoureuse de trahison amoureuse et de manipulation en escalier. Bendis qui officie sur plusieurs fronts actuellement (l'arc Daredevil est maintenant terminé aux USA, mais il restera au moins 1 ou 2 volumes français, probablement, après celui-ci) assume son statut de scénariste star et sert ici une histoire aux petits oignons : entre polar, drame intimiste et ouverture de gouffre existentiels chez l'un des héros les plus noirs du Marvelverse.

Comme le dessin de Alex Maleev est également l'un des plus subtils du métier, poli au PhotoShop, et le plus à même d'exprimer le point de vue du justicier aveugle (le brouillard, la pluie, les odeurs de Hell's Kitchen - tout y est d'un trait de crayon), bah, on est aux anges et on se régale comme des gamins. Tiens, pendant que j'y suis, une étude américaine a évalué l'âge moyen du lectorat de comics à 27 ans, ce qui en fait une lecture plutôt adulte, contrairement à ce qu'on croit (ou "pour attardés", vous allez dire ?)




Stieg Larsson : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Posté par Easywriter le 21.06.06 à 14:40 | tags : actes sud, extrait, loufoque, polar
" Au milieu du mois de janvier, Mikael Blomkvist donna pour mission à son avocat d'essayer de savoir quand il était censé purger ses trois mois de prison. Il tenait à se débarasser de la corvée au plus vite. Aller en prison se révéla être plus facile que ce qu'il avait imaginé. Au bout d'une semaine de palabres, il fut décidé que Mikael se présenterait le 17 mars à la centrale de Rulläker près d'Osterdund, un établissement pénitentaire souple pour des condamnations légères. L'avocat de Mikael l'informa en outre que la peine serait très vraisemblablement écourtée.
- Tant mieux, fit Mikael sans grand enthousiasme".

Comme on le voit dans cet extrait, Mikael Blomkvist tient la grande forme. Ce journaliste qui vient de perdre un procès en diffamation est chargé par un industriel d'une bien déroutante enquête : depuis quarante ans, celui-ci reçoit une fleur séchée à la date anniversaire de la disparition de sa fille adoptive. Héros presque brisé dans la pure tradition du polar scandinave, Blomkvist est épaulé par une fouineuse en délicatesse avec l'appareil social entier.
Stieg Larsson livre avec "les hommes qui n'aimaient pas les femmes" le premier volet de la trilogie Millenium dont il remit le manuscrit à son éditeur peu de temps avant de mourir.

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes. Stieg Larsson. Actes-Sud. Collection Actes Noirs.
Le polar scandinave à la loupe. A lire dans le mag de Flu.



Plumes et crampons (encore)

Posté par Myosotis le 21.06.06 à 11:45 | tags : foot et littérature, politique

Je n'ai pas vu grand chose au sujet de ce livre mais c'est peut-être dans le délire éditorial qui entoure la Coupe du Monde (de la FIFA -sic) 2006, l'un des plus louables efforts de présenter les liens entre littérature et football. Patrice Delbourg, romancier, et Benoît Heimermann, journaliste à l'Equipe, ont collecté des textes, essais, poèmes de tous âges et horizons consacrés directement ou indirectement au football. On trouve dans cette anthologie des extraits d'Homère, de Pasolini, d'Anthony Burgess, d'Umberto Eco, de Camus, Sartre, John King, Amis, Gunther Grass et j'en passe. La bibliographie est particulièrement bien foutue (distinguant les fictions, des essais, mais aussi les textes de football et ceux qui ne font que l'évoquer,..).
A partir de ce panorama qui ne prétend pas à l'exhaustivité mais n'en est pas si loin, on en arrive aux conclusions suivantes :


1. football et littérature ne font pas si bon ménage que ça. Les pages qui traitent du ballon rond ne sont pas parmi les meilleures des auteurs considérées. (cela donne évidemment une lecture pas si réjouissante que ça du volume);


2. Il y a beaucoup plus de textes qui évoquent le football ou le commentent que de textes qui le racontent in vivo. C'est ce qui est évidemment le plus navrant ici. Les auteurs dissertent beaucoup mais il y en a très peu qui déboulent en short et crampons et galopent avec les joueurs. Ceux qui s'y essaient (Picouly, Haldas, King) obtiennent des résultats pour le moins contrasté. il y a donc un vrai problème football et littérature mais qui s'inscrit plus dans l'impossibilité narrative de dire un spectacle à 22 alors que la littérature aime les points de vue clairs, une impossibilité narrative à dire un mouvement tous azimuts, quand le romancier se plaît à sélectionner le geste qui fait sens. On reviendra là dessus avec nos amis de la section Foot.
En attendant, ce livre glissé dans votre sac aura une allure impeccable, signe de votre intérêt pour le peuple et de votre capacité à survoler les débats. Indubitablement, le choix le plus snob et chic qu'on puisse imaginer pendant les 3 semaines qui viennent. Autant dire qu'après le 9 juillet, Plumes et Crampons ne devra plus sortir de chez vous, à moins que vous n'aimiez passer pour un has-been ou un suiveur...


Plumes et Crampons, Patrice Delbourg et Benoît Heimermann. La Table Ronde.




Le retour du roi Moore: les filles perdues

Posté par Myosotis le 21.06.06 à 10:34 | tags : bd, comics, sexe et littérature

Alan Moore, le Prince des scénaristes, empereur des comics, auteur des Watchmen, V pour Vendetta, Tom Strong, Promethea, etc revient cet été avec une bande-dessinée pornographique co-réalisée avec sa compagne et dessinatrice Melinda Gebbie. Entamé il y a 15 ans, le comic-book Lost Girls avait été interrompu à la fin du 2ème livret. Alan Moore propose chez Top Shelf (et en VO uniquement pour le moment) l'équivalent de 5 fois ce qui avait été écrit à l'époque. Le recueil Lost Girls reprend les récits croisés (et hautement érotiques) de 3 icônes de la littérature traditionnelle : Alice (du Pays des Merveilles), Dorothée (du Pays d'Oz) et Wendy (de chez Peter Pan & co), aux prises avec leurs désirs les plus fous. On aura droit à tout ici : scènes lesbiennes, masturbation, sexe hétéro, partouzes,... M'étant procuré les 2 premiers livres il y a quelques années, je peux vous assurer que Lost Girls sera à ranger d'emblée parmi les lectures les plus stimulantes que la littérature, d'images ou de texte, aura offert au monde depuis le KamaSutra.


Généralement très discret, Moore semble avoir mis le paquet pour assurer la promotion de cet ouvrage invraisemblable et qu'on imagine mal se vendre autrement que sous le manteau. Qui voudra d'une BD porno dans ses rayons ? Les grandes surfaces ? Les sex-shops ? Les magasins spécialisés ? Toujours est-il qu'on peut lire ici la quasi-intégralité des interviews annonçant et commentant l'ouvrage qui ont commencé à hanter le net. Moore y fait de nombreuses professions de foi, pas toujours rassurantes, mais qui prêchent dans la longueur sa philosophie de la Liberté Ultime, soit un monde où l'homme n'aurait pour seule contrainte que lui-même et l'identification du bon plaisir de l'autre. Sous ses airs de gourou, Moore ne fait jamais que rabacher les principes du vieil Emmanuel Kant.

Alan Moore et Melinda Gelinda
Filles Perdues
Delcourt

En savoir plus sur Topshelfcomix




Clearsteam : Villepin poursuit des journalistes

Posté par Easywriter le 20.06.06 à 19:39 | tags : denis robert, média, news
Le Premier Ministre va poursuivre Denis Robert, Jean-Marie Pontaut et Gilles Gaetner pour diffamation. Ces deux derniers, journalistes à l'Express, l'accusent d'avoir menti cinq fois sur son véritable rôle dans l'affaire Clearstream.
Dans Clearstream l'enquête, dont la publication a été repoussée sur décision judiciaire, Denis Robert parle lui d'une note signée "DDV" retrouvée dans la mémoire de l'ordinateur de Jean-Louis Gergorin et qui explique les mécanismes financiers de la chambre de compensation financière.
"Je ne fais qu'énoncer des faits et tout ce que j'avance sera facilement démontrable devant un tribunal", a expliqué l'auteur, qui n'a pas l'air de craindre un procès.
De fait, il est assez étonnant de voir le premier ministre se lancer dans une bataille juridique alors qu'un procès en correctionnel pourrait lui faire beaucoup de tort, si les révélations faites par des quotidiens comme Le Monde s'avèrent fondées.
Clearstream, l'enquêteDenis Robert. Editions les Arènes.
Réglement de comptes pour l'Elysée, Jean-Marie Pontaut et Gilles Gaetner. oh Editions.



Beloved, de Toni Morrison, élu meilleur roman US

Posté par Easywriter le 20.06.06 à 14:15 | tags : news, prix


On vous parlait récemment du palmarès britannique des lecteurs de Book magazine qui avaient élu JK Rowling meilleur écrivain vivant. Traversons cette-fois l'Atlantique pour découvrir un classement qui nous sied mieux : celui du New-York Times dont le supplément littéraire vient de consacrer Beloved de Toni Morrison, meilleur roman de ces vingt-cinq dernières années. Ce ne sont pas les lecteurs mais quelque 200 critiques et écrivains qui ont donné leur avis au prestigieux magazine. Après Morrison, les esprits éclairés ont placé Underworld de Don De Lillo, Méridien de sang de Cormac Mac Carthy , Coeur de lièvre de John Updike et Pastorale américaine de Philip Roth. Un classement très smart où les femmes sont certes peu nombreuses mais toujours plus que les écrivains gay complètement absents. On cherchera aussi en vain des auteurs aux tempes non grisées.





The Invisibles

Posté par 2goldfish le 20.06.06 à 11:55 | tags : arts visuels, bd, cartographie
Invisibles n°1"L'éclipse du onze aout 1999 verra l'aboutissement du complot millénaire visant à placer le roi Archon sur le trône d'Angleterre, le premier pas vers l'Apocalypse, en 2012. Seuls les Invisibles, une organisation anarchiste secrète peut les arrêter". On pourrait résumer ainsi The Invisibles, comic book de Grant Morrisson. Ce serait évidemment passer sous silence tous les à-côtés qui font l'intérêt de l'oeuvre: Fanny, le sorcier/drag-queen brésilien, les discussions entre Shelley et Byron, la réinterprétation des cent-vingt jours de Sodome...
Au milieu des années quatre-vingt-dix, le scénariste écossais a eu une vision, dans laquelle il s'est fait enlever par des aliens qui lui ont révélé le secret de l'existence. Il a ensuite créé les Invisibles comme une formule magique pour transformer la culture populaire, et à cet égard il a réussi, inspirant très largement la trilogie Matrix et se voyant lui même confier le destin de poids lourds des comics comme les x-men ou Superman.
On compare souvent Morrisson à Alan Moore, et on pourrait voir dans les Invisibles un pendant punk à Promethea, mais là où Moore montre une parfaite maitrise de son propos et de son médium, il y a dans l'oeuvre de l'écossais des montagnes de scories pour chaque pépite. On pourrait dire qu'avec les Invisibles, obliger le lecteur à retrouver le signal au milieu des interférences était justement le but, et il y a de réels moments de génie quelque part dans les soixante quatre numéros du comic book. Il faut s'armer de courage si on veut les trouver. Je vous aide un peu: aucun de ces moments n'est dans le dernier tiers.



La réalité Vurtuelle

Posté par Maxence le 20.06.06 à 09:52 | tags : elucubration, extrait, flammarion, science-fiction

Se faire tailler une plume pour accéder à la clé des songesLe Vurt. C'est ainsi que Jeff Noon nomme le monde de l'au-delà de la matrice. A la fois trip psychédélique et réalité parallèle digitale organique. Métaphore de la métempsycose de la virtualité (soit "la transmigration des âmes" mais cette fois, dans des univers virtuels) qui envahit peu à peu notre quotidien et reflet par delà le miroir d'un Manchester futuriste Lewis Carrolisé. Un univers "vurtuel" donc, auquel on accède grâce aux plumes... Le père d'Alice étant par ailleurs une influence auquel Jeff Noon, en bon écrivain britannique, rend singulièrement hommage dans les pages de Vurt, son premier roman traduit sur nos côtes (Flammarion, 1998) et bientôt réédité par le jeune éditeur La Volte (qui ne parle pas de cette première parution d'ailleurs...). Pour l'heure, c'est Pollen son deuxième roman qui est sur les présentoir et nous en reparlerons très bientôt, mais d'abord un petit …

extrait : Le portier du Tove Slictueux était un gros lapin blanc. Sa tête piquetée de petites tâches de sang émergeait d'un col de fourrure maculé de traînée de bière et il tenant une grosse montre de gousset entre ses énormes gants blancs. La grande aiguille était pointé sur douze, la petite sur trois. Soit trois heures du matin de la nuit qui venait de commencer.
Deux putes de porte essayaient d'entrer sans passe codé. Lapin leur faisait de la peine. Moi je brandis le passe plastifié orné de fourrure qui m'ouvrait l'accès à la party d'après la gig. Sur une moitié il avait la forme d'un adorable chiot et, sur l'autre, d'un bébé d'homme. Au verso une photo de Dingo Pouffe, entièrement nu à part son autographe (autorisé). Sur les bords du passe s'inscrivait le slogan : Dingo Pouffe. Aboyeur de Britain Tour. Présenté par Das Uberdog Enterprise.
Le lapin videur examina scrupuleusement mon passe, puis me regarda droit dans les yeux. Il me dévisagea sans aménité.
"C'était moi le DJ de Dingo ce soir mon vieux", lui dis-je.
Aimablement séduit, il me laissa entrer.
Je franchis les portes slictueuses, m'engouffrais dans un trou creusé dans le sol, le long duquel il y avait des étagères à Docteur Vurtkensteindéfonce, et suivis un couloir envahi de crampons en mal de star jusqu'à ce que j'arrive au cœur de la cohue.

Musicien, peintre et dramaturge, Jeff Noon est un auteur singulier. Ce mancunien né en 1957 est un apôtre du "cut". Il découpe, mixe et remixe ces propres phrases, et va même jusqu'à sampler celles de ces auteurs favoris, comme un DJ. Hormis Vurt et aujourd'hui Pollen, sont paru en France, Alice Automate ainsi que deux nouvelle dans les recueils Intoxication au Diable Vauvert et Discobiscuit chez Alpha Bleue Etrangère. Même si son auteur déclare ne pas lire de science-fiction, Vurt s'est tout de même vu récompensé du prestigieux prix Arthur C. Clarke en 1994.

Vurt de Jeff Noon. Flammarion et nouvelle parution aux éditions La Volte.




Leslie Lawl de Florence Morgensztern

Posté par Easywriter le 19.06.06 à 14:50 | tags : extrait, polar
"Elle continua à parler de l'entropie, du désordre du monde accru vers l'homogénéisation duquel elle participait puisqu'elle ne savait plus qui elle était. Elle dit aussi qu'elle avait toujours été prise entre deux tentations, se fondre, disparaître ou s'afficher, se mettre en scène. Elle se mit à tenir des discours incohérents sur ses recherches, les particules instables, la théorie du chaos, le principe de séparation et son goût pour les jeunes gens. Il l'avait ramenée jusqu'à son hôtel et jusque dans sa chambre mais pas dans son lit. Il ne lui plaisait pas et elle n'était pas en état. Il était reparti en pensant justement à la théorie du chaos. Un tas de données incohérentes qui cachent une vérité."
Premier roman de Florence Morgensztern, Leslie Lawl met en scène une jeune spécialiste de physique quantique et un privé un peu loose. Quand la première disparaît, la vie du second bascule. Un polar étrange où les codes habituels du genre sont bousculés.
Leslie Lawl, Florence Morgensztern. Editions du Passage.



Gore Vidal

Posté par Easywriter le 19.06.06 à 11:51 | tags : autobiographie

Les éditions Galaade rééditent plusieurs ouvrages de Gore Vidal. On reparlera des rééditions de Kalki et de Julien dans un de ces ambitieux dossiers dont on a le secret ; mais pour l'heure arrêtons nous sur palimpsestes. Soit 600 pages d'une autobiographie qui dessine en creux le portrait intellectuel et politique des USA du début du 20 ème siècle. Mondain et bien né, Vidal connaît les Kennedy, Gide et Anaïs Nin et a traversé une partie de l'Italie en jeep avec Tennessee Williams - ce qui est assez classe, admettez-le.
Contempteur de la faux-culterie américaine et du moralisme liberticide qui la nourrit, Vidal excelle aussi  dans la putasserie jubilatoire, la phrase assassine et bien sentie. Dans l'abondant name-dropping que constitue Palimpsestes, il taille des portraits parfois expédiés en quelques lignes .
A propos de Truman Capote, Vidal indique - après avoir contesté la plupart de ses vantardises sexuelles-  que c'est le mensonge absolu qui est " la vraie forme d'expression artistique, limitée, mais, paradoxalement authentique. de     Capote(...)Contempler le visage de Capote alors qu'il ajoutait détail après détail, c'était comme observer le processus brut de la création dans toute sa folie furieuse."  Vidal est parfois une hyène mais sa liberté totale d'écrivain et de penseur, doublée de la virtuosité de son style, devrait faire de Palimpsestes la meilleure lecture de votre été.

Palimpsestes
, de Gore Vidal. Les  Editions Galaade publient également Julien et Kalki.



La Divine Mimesis

Posté par Myosotis le 19.06.06 à 10:23 | tags : arts visuels, essai, société

Après une discussion un peu idiote avec un ami sur le conformisme, j'ai relu l'autre jour la Divine Mimesis de Pier Paolo Pasolini.  Petit livre inachevé constitué de notes pour des chants/poèmes sur le modèle de Dante, la Divine Mimesis n'en reste pas moins un ouvrage précieux, qui véritable "matière en fusion" selon son auteur, est plus percutant qu'il n'est long.
L'idée de Pasolini sur la Divine Mimesis est, tout en "copiant" Dante (les extraits ne portent que sur quelques chants et principalement sur l'Enfer) de proposer une transposition de l'Enfer médiéval, avec ses vieilles peines, en un Enfer néocapitaliste, avec ses peines modernes et ultramatérielles. En même pas 100 pages, PPP donne une vision encore une fois présciente de ce qui nous a attendu quelques trente années après sa mort .
Sur le conformisme, justement, ce qui me ramène au début, voilà ce qu'il dit (on connâit dans Salo sa lecture du phénomène).

"Dans cette zone - me dit mon guide, honteusement, comme toujours, par crainte de tomber dans les vulgaires données de fait - ce qui entravait en lui la Langue de la Haine et la lui émiettait dans la gorge -, tu ne verras pas de peine au sens figuré spectaculaire ou symbolique... Les conformistes petits-bourgeois ont commis des pêchés bien plus atroces que celui d'être conformiste.... Le conformisme fut simplement la base nécessaire de leurs péchés, la prémisse indispensable. Par conformisme, ils furent... par exemple.... des catholiques pratiquants.... des bien-pensants tout entiers dévoués au travail et à la famille... qui finirent par se faire faire des housses de fauteuil avec la peau de leurs victimes...." (...)
"Ceux qui sont condamnés ici, sous ces écriteaux, expliqua-t-il, ne furent pas des petits-bourgeois, si ce n'est par naissance, par définition sociale, etc. En réalité, ils avaient, comme on dit, les instruments nécessaires pour connaître leur "péché" : ils surent comment ne pas être conformistes et ils le furent. (...) Dans ce lieu, ajouta laconiquement le Guide - la seule peine est d'y être."

Il y a toujours chez Pasolini ce regard glaçant sur notre société et sur notre vie même qui me fait l'effet d'avoir un couteau assorti d'une microcaméra (au bout de la lame) planté entre les omoplates.

 

 




Extrait L'Envoyé d'Andromède

Posté par Myosotis le 17.06.06 à 13:21 | tags : audio, extrait, science-fiction

"Parce qu'il s'était intégré dans le système nerveux de son "hôte", qu'il usait de son langage, G7éprouva son premier sentiment humain. Il ressentit une profonde émotion à l'idée que ce vagabond sans fe, ni lieu, cette brute épaisse qu'il avait investie serait peut-être appelée un jour par ses frères de race Saint Ian Ier.
A cet instant, une tempête se déchaîna dans le cerveau de l'homme qui, allant du nerf vague, vient frapper son thalamus. Touchant ici un neurone, redressant là une chaîne de molécules, G7 parvint à apaiser l'estomac convulsé de Johnny le Dingue au moment même où ce dernier s'étirait et ouvrait les yeux.
G7 fut stupéfié par la clarté, l'étendue et l'acuité de vision binoculaire et colorée de son "hôte". De l'angle où il gisait, celui-ci distinguait la crête du défilé, et à une distance que G7 évalua à environ 500 mètres, le volume de la roche polie qui se détachait sur cette crête, ce vaisseau spatial qui l'avait amené sur cette planète appelée Terre, elle-même partie intégrante de cette galaxie qu'était la Voie Lactée, tandis que lui-même arrivait d'une nébuleuse que les hommes, il l'apprit plus tard, avaient baptisée Andromède. "

L'arrivée de G7 et sa pénétration du personnage très Londonien (Smoke Bellew, par exemple) de Ian Johnny le Dingue donne le ton : la langue est élégante, les yeux sont ouverts. Il s'agit bien de SF de qualité....

Lire la chronique le voyage d'Andromède




Charles Bukowski mis en bière

Posté par Easywriter le 17.06.06 à 10:00 | tags : charles bukowski, news
Buko au musée, l'idée a de quoi dérouter. Phase ultime de reconnaissance et d'institutionnalisation de l'auteur, ses archives ont été transmises par sa veuve à la bibliothèque Huntington de Californie. Celle-ci possède des centaines de milliers d'ouvrages dont une bible de Gutenberg nous apprend l'AFP. Les archives du dégueulasse céleste contiennent des brouillons, des poèmes des lettres d'admirateurs, des premières éditions de ses oeuvres et des livres personnels.
Ecrivain culte pour certains, surestimé pour d'autres,
Charles Bukowski est définitivement entré dans l'histoire des lettres américaines.



Respect, le mot de l'année

Posté par Easywriter le 16.06.06 à 15:48 | tags : data mémoire, lectures, médias, news

Respect, le terme préféré de Ségolène Royal est le mot  de 2006. Ainsi en a décidé le festival des mots dont on vous parlait il y a peu. Parrainé par le maitre Capello des années zero, Alain Rey, le rendez-vous de la Charité-sur-Loire fait élire chaque année par les internautes et les habitants le mot le plus représentatif de l'année en cours. La liste de référence est établie par une tripotée de journalistes et d'éminents représentants de la société des Lettres dont on a oublié les noms.
Comme on en faisait pas partie, on propose ici un choix alternatif ,établi seul, sans liste et encore moins de consultation auprès de qui que ce soit.
Le mot de l'année est donc déceptif. Substantif issu du langage marketing et abondamment utilisé par les journalistes culturels. En voici la définition : Signe susceptible de tromper les consommateurs, en particulier sur la qualité ou l'origine des produits ou services visés.
Sur les forums de Flu, un  jeu imaginé par David Koresh et moi-même en partenariat avec les vins des Pays de l'Aude vous propose d'élire votre mot. Car votre avis compte autant qu'un autre. Ne laissez personne ne vous dire le contraire.
(Illustration : Google Trends sait mieux que toi les mots qui comptent.)



Danielewski et l'écriture interactive

Posté par Easywriter le 16.06.06 à 14:38 | tags : arts visuels, denoel, roman, web
Après La Maison des feuilles, Mark Z Danielewski publiera à l'automne un roman écrit en collaboration avec 60 lecteurs habitués de son forum internet. Pendant tout le processus d'écriture, Danielewski informait régulièrement les participants qui étaient invités à faire des commentaires, eux-mêmes intégrés ensuite dans la fiction par l'auteur.
Pour la parution de Only Revolution,  le livre innovera également côté lecture : l'histoire sera composée de chapitres de huit pages comprenant le même nombre de mots, alternativement imprimés à l'endroit puis à l'envers.
Peu de chances qu'une telle règle du jeu dépasse le simple intérêt conceptuel mais on regardera quand même la traduction que Claro proposera en septembre chez Denoël. Bon courage, vieux !



Superman communiste : Red Son

Posté par Myosotis le 16.06.06 à 13:26 | tags : bd

Sorti en France il y a quelques mois maintenant, l'album Red Son du scénariste star de DC, Mark Millar (Ultimates), est une reprise de la mini-série lancée l'année dernière en ouverture de la collection DC Heroes. Après le Superman qui tarde à rejoindre la Justice League of America (dans le Clou 1, dont le second volume vient de sortir), voici, pire que tout, un Superman rouge, au Pays des Soviets.
Le postulat de la série est simple. Superman n'a pas atterri chez les Kent, dans la campagne US, mais dans les plaines de Russie en pleine Guerre Froide. Du coup, repéré enfant par le régime de Moscou, Superman va être utilisé par les Soviets pour incarner l'homo sovieticus, sa force, sa vigueur, sa générosité, etc. Ce qui est marrant dans Red Son, servi par le dessin à la fois réaliste et emphatique de Dave Johnson et Kilian Plunkett, c'est que la mythologie de Superman qu'on croyait archétypale du modèle américain se retourne comme une vulgaire chaussette pour servir un idéal opposé ou presque. Le Superman communiste tient assez bien la route avant, Américanisme oblige, de découvrir qu'on lui cache des choses. Devenu leader de son pays par altruisme et vraie sincérité, Superman apprend, comme son homologue US, le dur métier de justicier international parmi des politiques corrompus. La série a le mérite de souligner l'universalité du super-héros qui "fonctionne" en toutes circonstances. Rouge, bleu, vert ou jaune, Superman est avant tout un Dieu-Homme, concentrant toutes les qualités de l'espèce.
La fin de la série n'est pas forcément ce qu'on préfère, sachant que Millar a dû prendre un plaisir monstre (et audacieux) à écorner par ce procédé l'Amérique bushienne, ce qui, depuis la France, ne nous paraît pas un exploit mais mérite d'être signalé. Red Son reste une curiosité à découvrir, un cran en dessous des Ultimates.   





John Boyd : l'envoyé d'Andromède

Posté par Myosotis le 16.06.06 à 10:18 | tags : denoel, roman, science-fiction

Miracle des bouquineries, j'ai mis la main sur l'Envoyé d'Andromède de John Boyd pour 1,5 euros (collection Présence du Futur) la semaine dernière. Ce livre de celui qui est, sans doute, avec John Wyndham, mon écrivain de SF préféré (Boyd Upchurch, dit Boyd, est né en 1919 à Atlanta et a disparu de la circulation littéraire il y a 30 ans, sans être... mort aux dernières nouvelles), est une petite madeleine de SF classique si on la lit depuis 2006.

Sorte de western fantastique, le roman fait penser également, par son allégresse et son humour, à la série des Retour vers le Futur de Robert Zemeckis. L'histoire est en gros la suivante : des luminescences issues d'une civisilisation extraterrestre paisible et très évoluée parcourent l'univers pour pacifier et rendre "bonnes" les créatures qu'elles rencontrent. L'une d'elle baptisée G7 "entre" en contact avec la Terre à la fin du XIXème siècle et élit pour "hôte" un gars puissant et ultraviolent baptisé Johnny le Dingue. Le livre raconte comment G7 va essayer de changer le destin de Johnny pour en faire un mec bien : l'empêcher de tuer tout ce qui passe, l'empêcher de voler etc. Le livre est hilarant à la fois parce que G7 est vite dépassé par la volonté de son hôte mais surtout parce qu'il nous permet de revisiter la psychologie humaine et l'organisation de notre ordre social depuis un point de vue complètement extérieur. Sans prétention, G7 nous autorise un regard (trop humain) distancié sur nos pulsions (sexuelles notamment), nos obsessions, nos envies, nos coups de folie et nos mobiles. L'Envoyé d'Andromède finit par ressembler à un cours parfait de microéconomie des passions humaines professé par un sage humoriste ce qui en fait une lecture recommandable et plaisante à l'approche de l'été.

John Boyd. L'Envoyé d'Andromède. Editions Denoël.





Douglas Coupland : J-Pod : Generation X 2 - (en VO)

Posté par Myosotis le 15.06.06 à 15:04 | tags : douglas coupland, roman

J'ai reçu mon exemplaire en "série limitée" du nouveau Douglas Coupland J-Pod. En prime, j'ai eu droit à un autocollant collé sur la page de garde signé par l'auteur et à une sorte de Playmobil jouet dans une boîte en plastique. Cela n'a même pas réussi à me faire passer l'excitation de la découverte de ce livre. Bizarremment, je n'ai plus cette même frénésie adolescente qui me pousse à déplacer mes petits doigts boudinés sur l'objet de ma convoitise, à le retourner, à le manipuler dans tous les sens, à l'ouvrir, le fermer, sans l'attaquer, pour les disques. Mais cela me le fait encore pour les bouquins que j'attends avec impatience. JPod en fait partie puisqu'il est la suite plus ou moins avouée du fameux Generation X qui m'avait fait découvrir l'auteur canadien. ici, on va parler de 6 personnes, sur ce que j'ai compris, qui travaillent à la conception de ces fameux Playmobil, Lego hyperbranchés (les Cubes - j'avais jamais entendu parler) dans une sorte de boîte high-tech.
Les 3 premières pages du livre sont occupées par des questionnements/ présentations des personnages dans une mise en page sans paragraphe. On y trouve des remarques du style : "Même les recruteurs occasionnels le savent : le recrutement se fait en première impression sur la base de la "baisabilité". Le deuxième élément d'un recrutement : c'est la compétence. Le troisième : c'est ta capacité d'un candidat à masquer son incompétence ou le fait qu'il ne soit justement pas baisable."
Lorsque le roman démarre vraiment (1ère partie) : la 1ère phrase est : "Bon dieu, je me sens comme un réfugié dans un roman de Douglas Coupland. - Quoi ? Ce connard !". Ce qui fait penser au dernier Brett Easton Ellis évidemment. Avec cette entame, soit on se situera dans du tout bon, soit cela va jouer à l'auteur plus intelligent que lui-même et cela risque d'être chiant. Je vous dirai.

Lire aussi notre entretien avec Douglas Coupland



Décès de Jean Roba, le père de Boule et Bill

Posté par Easywriter le 15.06.06 à 13:06 | tags : arts visuels, bd, futur, news

" Je préfère le village dans la ville où les maisons possèdent de jolis jardins avec des balançoires, des cris d'enfants, des cockers..."
Jean Roba est décédé hier à l'âge de 75 ans.




Spiderman tombe le masque

Posté par Easywriter le 15.06.06 à 11:54 | tags : bd, news
Dans le prochain numero de Civil War publié par Marvel, Spiederman va prendre "the most important decision of his life". Evidemment Mille-Feuilles a l'exclu :  l'homme-araignée va  tomber  som masque et révéler son identité à la terre entière. "Je suis fier de mon identité et je suis ici pour le prouver", y déclare Spiderman au cours d'une conférence de presse convoquée à Times Square à New York, avant de retirer son masque et de montrer aux reporters massés le visage de Peter Parker, photographe de presse.

Marvel prépare son coup marketing depuis neuf mois, manière de répondre à DC Comics qui avait réussi un gros buzz en ressuscitant Batwoman , transformée en lesbienne mondaine.

Le site de Marvel.





David Calvo : Géopoétique de l'information.

Posté par Maxence le 15.06.06 à 09:42 | tags : roman, science-fiction

Dans son très beau – et très riche – dernier roman "Minuscules flocons de neige depuis dix minutes", David Calvo trace la carte d'un Los Angeles remémoré et revisité, sur laquelle il superpose la grille métaphorique du flux de l'information contemporaine, de la Matrice et des jeux vidéos. Pour cela, il convoque tout le panthéon de la culture populaire et les diverses théories de la conspiration hantant nos décors urbains : Godzilla, Walt Disney, Tron…
Plus qu'un simple roman de science-fiction, Calvo élabore avec ce texte, un hybride qui doit autant à William Gibson, à David Lynch ou à Baudrillard, qu'aux compositions numériques glacées et post-humaines de Ryoji Ikeda. Pour la forme, forcément expérimentale (insert de dialogues télévisés, poèmes, photos et dessins) on évoquera les figures tutélaires de J.G. Ballard et William S. Burroughs.
Une réussite et une bonne pioche pour la jeune maison d'édition Les Moutons Electriques, qui laisse présager d'un bel avenir pour ce jeune auteur, surtout s'il s'obstine avec autant de talent à décrypter les sociétés virtualisées et paranoïaques dans lesquelles nous évoluons tous aujourd'hui…


Lire l'entretien avec David Calvo

David Calvo, Minuscules flocons de neige depuis dix minutes - Les Moutons Electriques




Bret Easton Ellis, label de qualité

Posté par Easywriter le 14.06.06 à 13:35 | tags : denoel, easton ellis, elucubration, robert laffont


"Farce trépidante, surréaliste et sexy sur la peur et la séduction à Manhattan - un endroit où tout le monde espionne tout le monde -, Love Creeps relève à la fois de la comédie à suspense et du traité philosophique sur la névrose amoureuse."
Bret Easton Ellis, à propos du dernier roman d'Amanda Filipacchi.



" Interférence du jour : il me fallait trouver une phrase pour la promo d'un livre banal et inoffensif, écrit par une connaissance à New-York, encore un roman médiocre et poli (La plainte du mille-pattes) qui allait obtenir quelques critiques respectueuses et puis être oublié à jamais. La phrase que j'ai fini par concevoir était désinvolte et évasive, une suite de mots si vagues qu'elle aurait pu s'appliquer à n'importe quoi."
Bret Easton Ellis. Lunar Park.



Amanda Filipacchi, Love creeps. Denoël. (Illus.)







Coelho, Delerm, Schott :les formes courtes en petite forme

Posté par Myosotis le 14.06.06 à 10:41 | tags : best-seller

On pourrait  croire avec le succès de Delerm et de ses petites scènes de vie, de Coelho et de son livre Comme le fleuve qui coule, succession d'articles, scénettes, portraits en médaillon, ou encore des Miscellanées de Schott, à un retour de la forme courte, de la pensée brève et des portraits en pied dans la littérature moderne. L'exercice a en effet été jadis quelque chose qui rencontrait un large écho avant d'être éclipsé par le triomphe des romanciers. On peut citer pêle-mêle évidemment les Pensées de Pascal, les portraits du Cardinal de Retz, mais également plus proche de nous Les Fusées de Baudelaire, les aphorismes de Walter Benjamin, le penseur d'éclairs, ou encore les fragments du Zibaldone de l'Italien Leopardi. Ainsi la forme courte n'aurait jamais cessé de séduire les lecteurs.
Ce qui change pourtant, et ce n'est pas rien, c'est que si la forme courte a repris du poil de la bête, les best-sellers du genre ne sont plus des recueils de pensées mais des recueils de clichés qui n'ont pas d'autre valeur psycholittéraire que les témoignages de vie chez Delarue ou, il y a quelques années, chez Evelyne Thomas. Nos récits courts sont des "tranches de clichés. En lisant Delerm ou Coelho, on ne fait pas autre chose que d'ingérer des images vie", des "instantanés" qui ne portent sur eux que ce qu'ils ont à dire : une présentation de personnages archétypes dont la seule fonction est de nous ramener à nous-même et à la nostalgie de nos propres expériences.
Ce passage d'une littérature courte de pensées à une littérature brève de clichés (ou brève de comptoirs) est une horreur pour notre époque, qui n'en avait pas vraiment besoin.

 




Jorge Luis Borges

Posté par Easywriter le 14.06.06 à 07:39 | tags : news

"Le Verbe, quand il s'incarna, passa de l'ubiquité à l'espace, de l'éternité à l'histoire, de la félicité illimitée au changement et à la mort".

Jorge Luis Borges. 1899-1986. In "Fictions".







Nous sommes tous des Serge July

Posté par Easywriter le 13.06.06 à 14:12 | tags : média

Serge July quitterait donc le navire Libération, « contraint et forcé ». Telle quelle, la nouvelle ne nous fera pas pleurer : entre 1973 et aujourd'hui, le copain de Christhine Ockrent aura été le fossoyeur de l'aventure Libé : celle d'un journal franc-tireur qui éviterait la recension moribonde de la vie des élites et des processus décisionnels pour aller traquer le réel dans la France d'en bas (et oui un des slogans de l'époque...) ,voire celle de l'underground : Libé se voulait le quotidien des ouvriers (ce qu'il ne sera jamais) mais aussi celui des artistes infréquentables, des toxicomanes et des putes. Pas d'infos économiques sans regard social, pas de respect figé pour l'institution judiciaire, pas de culture institutionnelle, pas d'actionnaire, pas de publicité.
En 1981, quand Mitterrand est élu, Libé titre : « enfin l'aventure ». July commence la sienne en prenant les rênes du journal. Pendant quinze ans, la gauche va éprouver de plein fouet la déconfiture de ses idéaux et sa conversion fataliste au libéralisme économique. Libé reflètera parfaitement la transformation en cours : le quotidien conserve le masque de la subversion – « Unes » acerbes, goût pour la contre- culture et discours décomplexé sur le sexe- mais sa plume ne porte plus : on y parle de la bourse, on y critique les manifestations ouvrières lors de l'apparition des licenciements de masse etc...
Le quotidien se banalise et vit la même rupture avec le peuple que celle du PS dont il est le parfait équivalent journalistique. Après l'échec du referendum européen, July se fendra même d'un edito méprisant ouvertement une bonne partie de son lectorat. Depuis le temps qu'il ne voit plus la politique que par le petit trou des intrigues de pouvoir, le journal est aussi largué que les élites qu'ils ne taquinent plus que comme un enfant gâté - parfois pénible mais globalement inoffensif.
 En 2000, à l'Institut d'Etudes Politiques de Toulouse, July est venu rencontrer les étudiants : ce jour-là Libé avait troqué le rouge de son losange contre le vert d'un vendeur de pulls qui avait acheté plein de pub. On s'est foutu de sa gueule. A un moment, July a dit : "j'ai changé, Libé a changé, vous n'êtes pas non plus les étudiants d'il y a vingt ans". Il avait  raison : la moitié de l'assistance voulait être journaliste à Libé. On a  les journaux qu'on mérite.




Kafka en 24 H chrono

Posté par Easywriter le 13.06.06 à 13:44 | tags : news

Une journée à lire l'oeuvre d'un écrivain majeur à haute voix. Voilà l'hommage que rend chaque année l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC) et les Revues parlées du centre Pompidou.
Après la correspondance de Flaubert l'an dernier et Joyce en 2004,  l'IMEC a choisi le journal de Kafka, oeuvre que l'auteur tchèque rédigea dans les dernières années de sa vie. Une quarantaine d'écrivains se relaiera de midi à minuit (non, en fait ça ne dure pas 24 heures mais 24  non plus) samedi 17 juin à l'abbaye d'Ardenne. Martin Winckler, Jacques Roubaud, Tahar Ben Jelloun, Marcel Benabou ou Henri Raczymow liront ce texte magnifique où Kafka aborde l'ensemble de ses expériences de lecteur  - la fascination pour goethe ou Dostoïevski - et obsessions - sa relation problématique au judaïsme qu'il étudia longuement. Le journal est sans nul doute l'un de ses meilleurs textes, lisible même par ceux qui -comme nous - ne sont pas passionnés par son oeuvre romanesque. Le journal c'est un écrivain tourmenté en train de se dire, de creuser ses plaies quitte à perdre parfois pied : ""Et si l’on était la cause de sa propre asphyxie ? Et si, sous la pression de l’introspection, l’ouverture par laquelle on se déverse dans le monde devenait trop étroite ou se fermait tout à fait ?»

Lecture à l'abbaye d'Ardenne le samedi 17 juin. Renseignements  sur le site de l'IMEC



Les chats d'Hitler

Posté par Myosotis le 13.06.06 à 12:02 | tags : elucubration

Les ressources du net sont infinies et une source d'inspiration insensée pour les êtres normaux, les artistes et les autres. Internet est le lieu où ce qu'il y a de plus humain en l'homme apparaît au grand jour. Le caractère qui nous rassemble tous n'est pas l'usage de la raison, ni le goût pour le sexe, la cupidité, l'envie de posséder des biens matériels, ou la capacité à développer une foi en une engeance supérieure. Ce qui fait l'homme, c'est l'obsession, la capacité cérébrale et subjective à se passionner pour une chose, une anecdote, un angle comme si c'était par son seul prisme que le monde pouvait s'envisager et s'épuiser. Les psychanalystes le disent et le diront encore. "Nous sommes tous des obsessionnels". Mieux, il ne peut pas y avoir de vie humaine sans obsession. L'obsession, c'est la vie. Comme on voudra, mais sans elle, la conscience ne s'attache à rien et tombe comme un pancake s'étale sur le sol. Le bonheur c'est trouver par quoi (ou par qui), on est obsédé. Rien de plus.
Internet fournit aux obsessions une étrange vitrine technique, parfois effrayante, parfois pathétique, parfois simplement amusante. Ce qui frappe à chaque fois c'est  le sérieux qui anime les meilleures et les pires intentions. Arte aura beau avoir exploré depuis 15 ans le nazisme sous toutes les coutures, il est probable qu'aucun journaliste n'a pensé un jour s'attacher aux chats qui ressemblent à Hitler. Un blog leur est consacré ici et quoi qu'on pense de cette idée, on ne peut nier qu'elle respire l'Humanité à plein nez et pourrait, s'il ne fallait garder qu'un témoignage de notre genre, nous résumer sans que nous ayons à en rougir mieux que les pyramides, les oeuvres d'art. La galerie des chats qui ressemblent à Hitler est aussi merveilleuse et futile que l'homme moderne. 

Le site Hitlercats

 

 

 




Palomar City

Posté par 2goldfish le 13.06.06 à 10:04 | tags : bd, sexe
Palomar City, de Gilbert Hernandez"En ces temps-là, Chelo, qui gagnait sa vie en donnant des bains, était aussi sage-femme. Elle en connaissait des histoires.
C'est Chelo qui a convaincu la mère de Vicente, Gabriela, de ne pas le noyer alors qu'il n'était dans notre monde hostile que depuis vingt minutes.
Jesus Angel, lui, mit trois jours a sortir du corps fatigué de sa mère Rita. D'après les témoins, Jesus aurait pu y rester pour le reste de l'éternité, mais quand Chelo a proposé une césarienne, il est sortit comme s'il avait compris qu'il était déja en train d'ennuyer tout le monde.
Aurora et Israel sont nés de Elissa et Juan Diaz sans problème. Quatre ans plus tard, alors que les jumeaux jouaient aux osselets, il y eut une éclipse totale. Le soleil vite revenu, tout sembla normal, sauf une chose: Aurora avait disparu.
Deux mois de recherche ne servirent à rien: On a évoqué des esprits vengeurs, des kidnappeurs de l'espace, un acte du saint esprit voire un simple acte criminel à l'ancienne pour expliquer le mystère.
Des années plus tard un étranger de passage à Palomar raconta a Israel qu'il avait vu une cracheuse de feu en Autriche qui lui ressemblait comme deux gouttes d'eau."
Il y a du Gabriel Garcia Marquez chez Gilbert Hernandez. Ils partagent le même goût pour les castings très larges, les destins tragique et le "réalisme magique". C'est ce qui a fait de la publication des premières pages d'Heartbreak Soup dans les pages de Love & Rockets au début des années 80 une date importante dans l'histoire de la bande dessinée.
Les quinze années suivantes de Palomar, au cours desquelles Hernandez trouvé sa propre voix, furent simplement importantes pour la littérature en général.



Tim Parks : Rapides

Posté par Easywriter le 12.06.06 à 16:27 | tags : actes sud, extrait, roman
"Nous avons inventé Wally pour le remettre au pagayeur ayant fait preuve de négligence, lequel doit protéger Wally pendant toute une journée. C'est cet esprit de protection, cette obligation d'être attentif qui, au fond, nous protège tous. Cela ,nous rappelle qu'il faut veiller les uns sur les autres. Je suis certain que ceux d'entre vous qui ont descendu le haut Aurino, aujourd'hui, en auront compris l'importance. Pourtant, nous avons tous été incroyablement négligents et insouciants, puisque personne n'a compris que l'un d'entre nous, même si ce n'était pas un membre à part entière de notre groupe, en tout cas une personne proche de nous, se sentait mal, extrêmement mal. Au point de tenter de se tuer."

On le savait depuis Délivrance qu'il ne fallait jamais, jamais, faire de canoë. Bon, c'est vrai que là il s'agit de kayak. N'empêche : dans  Rapides, Tim Parks raconte un stage de descente où les rochers ne sont pas la menace la plus flippante. Une chronique dans le mag,  bientôt, écrite sans gilet de sauvetage.



John Updike dans la peau d'un terroriste

Posté par Easywriter le 12.06.06 à 11:43 | tags : lectures, livre, news

Après Salman Rushdie qui décrivait dans Shalimar le clown  la radicalisation de l'Islam en Inde à travers la transformation d'un croyant en terroriste, c'est au tour d'une autre grand figure des lettres américaines de se coller à l'épineux sujet : dans Terrorist, John Updike entre dans le cerveau d'Ahmad Ashmawy Mulloy, un jeune américain qui tombe dans les filets d'un Imam fondamentaliste.  Ahmad finira par participer à l'explosion d'une bombe à bord d'un camion sous l'un des principaux tunnels d'accès à l'île de Manhattan. Son implication dans la djihad est la continuité d'une conversion  à l'Islam qui lui a permis de fuir une vie minable et combattre une Amérique en voie avancée de déliquescence : racisme, surconsommation, culture de la débilité et du frivole...
Outre-Atlantique, les critiques se sont émus que l'auteur de Rabbitt -unanimement célébré là-bas- puisse éprouver autant d'empathie pour un terroriste et semble éprouver le même dégout que son personnage pour l'Occident. De son côté, Updike a expliqué vouloir comprendre les motivations d'un terroriste plutôt que de les juger. A 74 ans, Updike vient probablement de faire définitivement une croix sur la possibilité d'obtenir un jour le prix Nobel.




François De Closets : poujadisme, démagogie et plus encore

Posté par Myosotis le 12.06.06 à 10:44 | tags : média, société

Ce sont De Closets et Fayard qui remportent haut la main le prix du livre le plus creux et le plus engagé du moment. Avec Plus Encore, François de C met le doigt sur ce qui fâche dans notre beau pays (faisandé) : des patrons qui sont trop payés (les enculés de leur mère), roulent dans des grosses voitures et vivent dans de grandes maisons, alors que leur productivité n'est pas extraordinaire; aux fonctionnaires qui se planquent dans leurs bureaux moisis en attendant  de rentrer chez eux en plein après-midi pour se branler la nouille pendant leurs RTT, De Closets est un mec qui a le nez fin et qui connaît la France.
Dans la série raffarinesque des livres (de gauche et de droite) qui nous disent qu'il faut nous remettre au travail pour conserver notre standing, De Closets fait quelque chose de plus toc et nauséabond. Son livre ressemble à un mélange de Sans Aucun Doute pour la recherche du spectaculaire (ah, ses exemples subtilement choisis) et de Combien Ca Coûte pour le côté vaguement populolibéral. Au final, il faut lire ce livre pour sentir la seule chose qui est présente ici : on y sent le vent dans le cerveau qui pense. On y sent le vent qui souffle et essaie désespérément de rabattre une idée neuve. Le vent qui souffle dans le cerveau et donne l'ordre à la main de penser. Le vent qui souffle et ne suffit pas à rafraîchir la puanteur expulsée par les neurones embourgeoisés du journaliste qui n'a pas mis le nez sur le terrain depuis des années. Misère du journalisme, encore.




Le Blues du corsaire, la preuve par le texte

Posté par Myosotis le 11.06.06 à 10:57 | tags : extrait, web

"Il ignora le rituel et dépassa son collègue pour s'arrêter à l'entrée de la nef afin d'avoir une vision d'ensemble : rapidement il apparut que l'essentiel des dégradations avaient eu lieu dans le choeur. Il avança dans l'allée centrale, suivi de près par Marquet. Sur le maître autel, au fond, se tenait une étrange réunion de statuettes et figurines, placées visiblement selon un ordre précis : six d'entre elles, tournant le dos à la nef, formaient un demi-cercle devant un mannequin à l'écart. Ce dernier semblait contempler une assemblée fictive. Ces pantins composaient un ensemble hétéroclite, par leurs différences de tailles, couleurs et matières. Si certains d'entre eux étaient plus artistiques (en bronze massif ou stuc coloré), d'autres en revanche s'apparentaient d'avantage à des jouets pour enfants, du style GI Joe ou Spiderman, et deux statuettes avaient même été fabriquées à la main, à l'aide de papier mâché et de chiffons. Sur les murs du choeur, tagué en rouge, le même mot revenait des dizaines de fois : YAHVE. "

Une bonne séquence décisive pour l'intrigue et plutôt bien brossée par l'auteur.  Le Blues du corsaire, une réussite inattendue éditée par Manuscrit.com

 




Daniel Clowes est de retour

Posté par Easywriter le 10.06.06 à 12:40 | tags : bd, daniel clowes, news


Un mois durant lequel Daniel Clowes publie un livre est un mois béni. Quand bien même la France prendrait cinq buts face à la Suisse et serait éliminée au premier tour du Mondial.
Dans Ice Haven, Clowes est au sommet de son art. Partant d'un banal fait divers (on ne vous dit pas quoi et n'allez pas sur Google pour en savoir plus, lisez le d'abord!)., Clowes réussit là la fois sa narration -impeccablement stratifiée avec multiplicité de points de vue - et son graphisme - qu'il n'a jamais autant maitrisé. Comme à son habitude, le père de David Boring excède largement son sujet pour décrire ,sur le mode mélancolique, la frustration et la solitude urbaine, sans jamais sombrer dans la complaisance : les personnages y sont toujours plus retors qu'il n'y parait, l'horreur n'est jamais très loin.
On y revient en long, en large et en travers la semaine prochaine dans le mag livres.
Daniel Clowes. Ice Haven. Editions Cornelius.



Editions Terre Noire : le manifeste

Posté par Easywriter le 10.06.06 à 10:19 | tags : édition, news
"En finir avec l’abîme qui s’est ouvert entre notre éducation, nos études et cette sous-réalité à laquelle on n’était pas préparés.
En finir avec les poses, les prétentions, et ce recul bidon qui nous placerait au-dessus de tout.
En finir avec le refoulement du sentiment d’échec permanent et la honte de ne pas être à la hauteur d’une réussite aussi fantasmée qu’inaccessible.
En finir avec les sirènes de l’accomplissement personnel, plombé par l’expérience quotidienne de la pauvreté, et l’aliénation de l’inactivité.
En finir avec la peur, la culpabilité, et l’effroi de tomber un peu plus bas à chaque instant.
En finir avec la défiance systématique à l’égard d’autrui, l’ironie pathétique, et le second degré branché.
En finir avec l’enfant en nous qui suit encore le son du joueur de flûte, se répétant aveuglément qu’il a de la chance, parce qu’avant les gens étaient trop coincés pour jouir.
En finir avec l’impossibilité permanente, l’impression constante de se noyer, et l’illusion que ne pas réagir est un choix.
Sortir enfin la tête de l’eau, regarder les autres plongés dans la même merde, se déconditionner, cesser de se mentir, cesser de « penser », se remettre à réfléchir, chercher à comprendre comment on en est arrivé là, s’affronter enfin en face, quel que soit l'endroit où l’on se trouve.
Les éditions Terre Noire, basées à Lyon, se sont spécialisées dans les petits livres photocopiés mariant graphismes pointus et critique sociale . Dans leur déjà riche catalogue, "le miroir de psychoses", détournant des bandes dessinées pour la jeunesse, décrit avec une lucidité désenchantée les rapports hommes/femmes.
Comme l'écrit Lionel Tran, éditeur et coauteur de cet ouvrage: "en étant intériorisées, les contraintes actuelles (performances, rapports de force, clivage) ne s'avèrent-elles pas, au moins, tout aussi pernicieuses" que les rigidités sociales qui pesaient auparavant sur les moeurs?"
Si, si.
Cette news nous a été communiquée par docteur C
Toi aussi deviens indic à Mille-Feuilles



Le foot est vraiment partout, tout le temps et depuis toujours

Posté par Easywriter le 09.06.06 à 16:04 | tags : foot et littérature, news


On vous avait parlé il y a peu de la controverse pied/main assurément le livre le plus intelligent sur le foot paru récemment. Mais on peut également lire avec profit le football dans nos sociétés dirigé par Yvan Gastaut et Stéphane Mourlane.
Ou comment le sport est-il redevable de l'environnement dans lequel il se pratique : foot d'entreprise au jeu mécanique chez le FC Sochaux/Peugeot, conquête de nouveau marchés de supporters en Asie pour le club capitaliste et global par excellence, Manchester United.
Mieux : foot politique en Italie où le verrouillage défensif a été décrit par un chroniqueur sportif comme une pratique sociale- démocrate : entendez par là le choix du repli confortable et consensuel plutôt que l'aventure risquée (et ultra-libéral?) des attaquants. Ben voyons : soucieux d'apporter notre pierre à une telle fulgurance d'analyse, nous clamons ici notre soutien au comportement autrement révolutionnaire du joueur chinois ,qui, mardi soir ,n'a pas hésité à marquer contre son camp pour marquer sa désapprobation du régime de Pékin.
Le football dans nos sociétés :1914/ 1998. (Autrement, mémoires et cultures.)
Le foot le foot , le foot dans Flu...(et le Mondial, le Mondial, le Mondial...)



Qu'est-ce qui va pas avec Shanghaï express?

Posté par le 09.06.06 à 14:58 | tags : arts visuels, média, polar, revue
C'est l'histoire d'un magazine de polar qui décide de se lancer dans l'aventure des kiosques.
Avec Shanghai Express, les polardeux ont enfin à leur  disposition une revue maniable et colorée qui mixe avec une grande intelligence critique, interviews, nouvelles et feuilletons. Les auteurs reconnus (Yasmina Khadra, Jean-Bernard Pouy) côtoient les valeurs montantes du polar  (c'est pas pour nous la ramener mais on aime bien Sébastien D. Gendron, par exemple). Notons que le pari plutôt courageux de Shanghaï, n'est pas évident à tenir.
Vous voulez soutenir cette initiative de qualité prenant racine autour d'un genre populaire ? Trouvez le numéro 4 en kiosque, ou déplacez vous sur leur site  afin de commander les numéros précédents.




Le commissaire Maigret, c'est ta mère!

Posté par Easywriter le 09.06.06 à 13:27 | tags : édition, elucubration
"Madame Bovary c'est moi", disait Flaubert. Mais il avait tort : Bovary c'est peut-être vous. A moins que vous ne soyez Mowgli ou  Maigret comme ma tante (illus.)ou le Bartleby de Melville.
En tout cas vous pouvez devenir le héros d'un livre personnalisé pour vous. Après les parcs d'attraction qui vous proposent d'être célèbre pendant deux heures, l'industrie du spectacle gravit un échelon en vous invitant à devenir des personnages de fiction à part entière.
Bon, en fait l'initiative est destinée aux enfants et tient plus de la thérapie que du marketing : les orthophonistes savent depuis longtemps que les mômes lisent plus facilement  quand ils sont les héros de l'aventure. La fée des mots  propose sur donc sur son site de commander des versions personnalisées de l'île au trésor ou du fantôme de Canterville pour votre enfant. Pariant sur la fibre régressive de ses contemporains, Comedia offre la possibilité  aux adultes  de télécharger des livres à l'aide d'un questionnaire très complet.

Le petit test d'accueil sur leur site
  permet de rigoler,extrait :
C'était dans un petit restaurant à la mode que le pdg de la Alea Jacta Sud, Patrick  de carolis avait fourni à Michel  Drucker quelques éclaircissements sur le travail confidentiel que l'on attendait de lui.
Les tables se touchaient presque et il fallait hurler pour se faire comprendre.
L'assistante du PDG, Sophie thalman, qui les avait accompagnés, portait une minijupe de chez Glamour. Sur la banquette de moleskine, sa cuisse nue touchait celle du détective novice qui se demandait comment il pourrait attirer cette splendide créature chez lui.
- Vous comprenez l'importance de votre mission, mon cher Michel , insistait Patrick.
- Non, répondit Michel  Drucker,  qui louchait méchamment dans le décolleté de l'assistante.
 Sa dernière bouchée de poulet aux pousses de bambou avait beaucoup de mal à passer.
- Hem, reprit Patrick  de carolis, soyons sérieux, puis-je vous appeler Le laquais ?
- Certainement pas, répondit Michel  à Sophie thalman qui lui demandait si ça ne le dérangeait pas qu'elle déboutonne le premier bouton de son chemisier car l'ambiance était torride...
Il posa sa main sur le poignet de l'objet de son désir.
Patrick  de carolis, totalement étranger au manège de sa collaboratrice poursuivit :
- Mon cher Michel , vous avez été bien inspiré de laisser tomber votre précédente activité : cireur de pompes ! Voilà bien une occupation futile.
- Ardisson m'a laissé entendre que vous étiez plutôt laxiste, il faudra que ça change !
Michel  s'apprêtait à balancer au PDG ses quatre vérités et se promit d'étrangler Ardisson dès ce soir.
- Est-ce que Sophie thalman m'accompagnera dans ma mission ? questionna Michel .
- Vous savez, mon cher Le laquais, la mission que nous vous confions est risquée. Les services secrets américains, chinois et russes sont sur le coup. Nous pensons que même la mafia russe est entrée, à votre insu, en contact avec Eric morena, et tente de s'attacher ses services pour vous surveiller.
Regard consterné de Michel .
- Pas Eric morena ! pas lui !
- Et bien si... Eric morena en personne ! Vous ne lui avez pas trouvé un regard particulier ces jours-ci.
- la putain d'sa race, lâcha Michel ...




Tous à la bibliothèque municipale!

Posté par Easywriter le 09.06.06 à 12:32 | tags : audio, news
Rappelez vous : cet endroit où faire tomber un stylo sur l'horrible moquette verte provoque illicco une centaine de regards hostiles. Vous n'y êtes pas allé depuis votre deug de philo et bien vous êtes les seuls : car la fréquentation des bibliothèques augmente et les gens y restent de plus en plus longtemps. Telle est, en résumé, la conclusion d'une enquête réalisée par le centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie ( Credoc). Leur fréquentation a doublé entre 1989 et 2001 passant à 21 millions de visite. Le développement soutenu du net ne les aura donc pas tuées  comme le prédisaient les éternels angoissés qui peuplent le milieu du livre. Mais comment l'expliquer ?
L'analyse de Flu
: le développement de l'économie de "l'accès" au détriment de  celle du "produit" a rendu très moderne le principe de la médiathèque : un endroit où on consulte sans  acquérir, des livres mais aussi des journaux, où on navigue sur le net, mate des expos..D'ailleurs le désir de  "free-access" est très fort chez les usagers dont un pourcentage croissant profite de l'endroit sans emprunter ni même s'inscrire. Les "séjourneurs"(sic), sont -ils  l'avenir des bibliothèques ?,se demande très sérieusement la BPI de Beaubourg. Un débat qui se poursuivra au 52ème Congrès de l'association des bibliothécaires français qui se déroule jusqu'à lundi à la Porte de Versailles.
Illustration : la bibliothèque de Villechenève (69) où les gens sont heureux.



Peter Handke renonce à son prix

Posté par Easywriter le 09.06.06 à 11:45 | tags : audio, news
Peter Handke a envoyé une lettre au maire de Düsseldorf dont le conseil municipal refusait de lui attribuer le prix Heinrich Heine malgré la décision du jury. "Je vous écris pour vous épargner, à vous et au monde, une session du conseil municipal de Düsseldorf qui annulerait la décision de me remettre ce prix".
Connu pour son soutien de longue date  à Milosevic, Handke avait assisté aux obsèques du boucher de Belgrade en mars dernier relançant la polémique sur ses opinions.




Jean Robin : l'interview business

Posté par Easywriter le 08.06.06 à 15:34 | tags : édition, ludique, news
Jean Robin traque tous les mensonges d''Ardisson dans son livre "ils ont tué la télé publique". On reparle de ça dans la rubrique société bientôt mais pour l'heure concentrons nous sur la structure atypique qu'il a créé : les éditions du journalisme continu.

Expliquez nous votre business model

Notre maison d’édition commercialise ses livres papiers en direct aux lecteurs qui le souhaitent.
Cela signifie des possibilités supplémentaires : notamment souscrire à une offre appelée « pour une vie de livres », qui s’arrête le 31 décembre 2006, et qui permet de faire un pari : pour 100€, j’aurais le livre « Ils ont tué la télé publique » et tous les livres que publiera cette maison, gratuitement, où que je sois dans le monde, et ce à vie. C’est une première mondiale dans l’édition, alors qu’on trouve ce système ou ce qui s’en rapproche dans le cinéma avec la carte illimitée.
Quoi d'autre ?
Nos clients par Internet ont également la possibilité de parrainer jusqu’à 5 « offres pour une vie de livres », et de recevoir en échange un livre par parrainage, gratuitement. Par ailleurs, nous tenons nos clients et ceux qui le souhaitent au courant de toutes nos activités, actualités, et autres projets en tous genres. Chacun de nos livres a son blog dédié, que l’auteur est tenu de mettre à jour en fonction de l’actualité autour de son livre. Aucune maison ou presque ne propose encore cela, alors que le cinéma ou la musique ont déjà largement démocratisé cette pratique.
Vous gagnez vraiment des sous comme ça ?
Seul, ce modèle n’est toutefois pas rentable, les réseaux classiques de distribution sont les seuls à pouvoir offrir aujourd’hui au livre une diffusion de plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d’exemplaires. Notre stratégie est de privilégier Internet, mais de ne pas nous couper du reste du marché, en travaillant avec un diffuseur qui nous référencera à partir du 15 juin prochain dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre. D’ici là, il convient aux libraires qui le souhaitent de nous passer commande directement.
Les auteurs profitent-ils pleinement de ce système ?
Sur les livres vendus par Internet, nous proposons une rémunération de 15% aux auteurs, ce qui est le double de la rémunération classique. Seul Michel Houellebecq ou Bernard Werber touchent de tels droits d’auteur dans l’édition traditionnelle ! Cela vient du fait que les réseaux de distribution classique prennent de 50 à 55% du prix d’un livre, ce qui est prohibitif. Avec la vente sur notre site, notre seul coût c’est le système de sécurisation du paiement, et il nous coûte 2% du prix du livre…
Vous allez sauver l'édition du coup...
Je persiste à croire que ce qui tue l’édition, c’est le Système. Les médias, car ils favorisent les bouquins people et/ou trash, ce qui encourage les maisons à en publier toujours plus, et à délaisser les sujets plus intéressants et utiles pour la société. Les circuits de distribution ensuite, qui sont hautement concentrés.
( Illus : Emmanuel Bousquet, droits réservés)
Les éditions du journalisme continu



Ballard :la course au Paradis

Posté par Myosotis le 08.06.06 à 13:47 | tags : ballard, extrait

 


Un ballon survola le parking de l'hôpital, portant l'image stylisée d'un albatros. Sur l'écran du téléviseur, l'évangéliste du basket-ball avait entamé sa péroraison fnale. Neil continuait de presser la touche son d'un pouce ferme mais la porte de la chambre s'ouvrit. L'infirmière Crawford, véliplanchiste originaire du Cap qu'il avait rencontrée lors d'une soirée sur la plage à Waikiki, s'approcha du téléviseur et augmenta le volume.
"Et n'oublions pas celui qui a tout donné dans la lutte contre le terrorisme écologique : Neil Dempsey, actuellement sur un lit d'hôpital au Nimits. La balle française qui le frappa était destinée à chacun et chacune d'entre nous, à tous les albatros, tous les dauphins et toutes les baleines bleues. Nous sommes avec toi, Neil, couchés près de toi dans ton lit de souffrance...
L'infimière Crawford souleva d'un geste enjoué le drap de Neil, roulant les yeux lorsqu'il cacha son entrejambes avec le boîtier de la télécommande.
"Neil, il y a quelqu'un dans ton lit ? j'espère simplement que tu n'as pas donné le principal. Nous attendons toutes un petit cadeau."

Un extrait charmant qui présente l'attendrissant héros masculin du roman : le jeune Neil à la découverte de sa vigueur de jeune homme. La Course au Paradis est un roman sur la pulsion. Ce sera le grand thème de Ballard par la suite.


 


 


 




Denis Robert voit la parution de son livre enquête reporté

Posté par Easywriter le 08.06.06 à 12:24 | tags : denis robert, les arènes, news
"C'est un vrai problème de liberté d'expression, on m'a manipulé, c'est un livre sur la manipulation, ils n'ont pas le droit de faire ça". Denis Robert a plutôt mal réagi à la décision du tribunal de grande instance (TGI) de Paris. Le TGI a contraint les éditions Les Arènes à reporter sine die la publication de son nouvel ouvrage sur Clearstream tant que le cas d'Imad Lahoud, actuellement en détention provisoire, n'était pas réglé.
"Il est particulièrement légitime que la présomption d'innocence d'une personne entendue par les services de police sur des faits qui sont l'objet d'une information judiciaire ne soit pas manifestement mise en péril, dans l'esprit des lecteurs, par la publication concomittante à son audition, d'un livre présenté comme tenant pour acquise sa culpabilité et dont l'auteur est un protagoniste de l'affaire", explique l'ordonnance rendue par le juge.
Cette décision entend donc calmer les ardeurs médiatiques autour d'une affaire complexe : récemment, la Chancellerie s'était notamment émue de voir le secret de l'instruction menacé par les fuites organisées dans la presse.
"Ca recommence comme au moment de la parution du livre d'Eva Joly, on fait une décision de façade au nom des grands principes sans s'appuyer sur le contenu du livre". a estimé pour sa part Laurent Beccara, responsable des Arènes, au micro de l'AFP.
Le livre (illus.) devait sortir aujourd'hui.
Denis Robert dans le mag livres.
Denis Robert. Cleasrtream, l'enquête.



Zadie Smith reçoit l'Orange Prize

Posté par Easywriter le 08.06.06 à 11:15 | tags : gallimard, news, prix, zadie smith

L'écrivain britannique a donc reçu le prix qui récompense chaque année la romancière de langue anglaise. Avec son livre On beauty, Smith devance le Night Watch de Sarah Waters dont la traduction devrait être un des événements de la rentrée littéraire en France.
Zadie Smith a démarré sa carrière littéraire sur un incroyable buzz media : une centaine de pages de son premier roman sourire de loup avait circulé à la foire du livre de Francfort et plusieurs éditeurs avaient acheté,pour des sommes colossales, les droits d'un roman qui n'était pas fini. Sourires de loup (disponible en Folio) qui devint évidemment un best-seller, racontait le parcours de communautés jamaïcaines et indiennes dans l'Angleterre contemporaine à travers le portrait de deux familles. Un ouvrage drôle mais un peu bavard, Smith mulitpliant les digressions qui alourdirent inutilement (à mon avis) un texte de 800 pages. Salman Rushdie estima à l'époque que le livre était ce qui s'était écrit de mieux sur l'immigration indienne ces dernières années. Le deuxième roman de Zadie Smith l'homme à l'autographe, fut reçu plutôt froidement comme le veut la coutume.






JK Rowling meilleure que Salman Rushdie

Posté par Easywriter le 08.06.06 à 10:48 | tags : best-seller, bush, jk rowling, news, photo, politique
C'est en substance ce que nous assure le palmarès de Book magazine. Le journal littéraire britannique a sondé ses lecteurs sur une question simple : quel est le meilleur écrivain britannique vivant ?
Le lecteur type de Flu aurait répondu Jonathan Coe (10e), Nick Hornby (8e) Martin Amis (17e), Ishiguro (5e) ou Rushdie (4e). Et bien non, Harry Potter a même devancé Harold Pinter (7e), malgré le prix Nobel que celui-ci a obtenu l'an dernier. Et réunit deux fois plus de suffrages que son suivant Terry Pratchett. Assez logique puisque JK Rowling a vendu pas moins de 300 millions d'exemplaires de sa saga.





Les barons de Munchhausen

Posté par Easywriter le 07.06.06 à 17:28 | tags : extrait, foot et littérature, lectures
"J'ai tenté de ramener le calme dans l'assemblée en leur disant que ce n'était pas forcément la meilleure façon de créer la cohésion. Je ne connaissais pas d'exemple d'équipe dont la victoire s'était bâtie sur la torture et le sacrifice d'un des joueurs. Mais mes efforts furent vains. J'étais encore un bleu dans le groupe et incapable de retourner l'opinion des autres à ce degré de frénésie collective.

- C'est cet enfoiré qui met partout ces trucs vaudous, m'a craché Zizou à l'oreille. Il est temps de le faire payer.
Je n'avais jamais vu Zidane dans cet état. Lui si gentil et placide d'habitude, avait la bouche déformée par la colère et les lèvres bleuies par l'exaltation.
- Et si on l'interrogeait ?
C'est Trézéguet qui avait fait la suggestion.

Les lecteurs réguliers de ce blog n'auront pas manqué de remarquer que l'actualité littéraire n'est pas au top en ce moment."
La lecture la plus intéressante reste les barons de Munchhausen de Myosotis. Bien sûr notre argument relève du copinage éhonté mais avec de tels amis on aurait tort de se priver.
Le feuilleton du Mondial et tout le foot sur Flu.



Prévision de rhume des foins sur le Japon cet hiver.

Posté par Maxence le 07.06.06 à 14:24 | tags : arts visuels, roman
Héhé, c'est bientôt les vacances (enfin pour les plus chanceux d'entre nous et vu l'évolution sociale de notre "beau" pays ça fait pas lourd, mais bref...) et se pointent à l'horizon deux très bons romans, totalement antagonistes, mais parfait à lire l'été. Commençons par "Regret d'hiver" (ça rafaîchira l'atmosphère) de Romain Slocombe qui clôt ainsi sa "Crucifixion en jaune" (une tétralogie  comprenant respectivement "Un été japonais", "Brume de printemps" et "Averse d'automne", à la série noire). Changement d'éditeur donc pour Slocombe (et de prix par la même occasion, dommage) puisque ces "regrets" paraissent chez Fayard Noir. On y retrouve Gilbert Woodbrooke, l'anti-héros doppelgänger de Slocombe lui-même, photographe et amateur (mateur) de jeunes japonaises plâtrées et en uniforme, éternel loser, en bute à ses pulsions et aux errances de la société japonaise (Yakuzas, extrême droite, histoire de l'occupation chinoise). Il va falloir assumer Gilbert ! On y revient plus en détail sous peu (c'est à dire, dés que j'ai eu le temps de le lire, héééé oui...) De l'autre côté du Channel, c'est Jeff Noon qui s'impose comme la bonne surprise de l'été avec son "Pollen" tout à fait d'actualité (les émissions de pollen au cours de ce printemps très sec, furent si denses qu'on a put les observer de l'espace, via les satellites météo !) Noon signe ici la suite de son roman Vurt (paru chez Flammarion il y a presque 10 ans et bientôt réédité chez La Volte, son actuel éditeur). Au programme, un Manchester "vurtuel" comme vous ne l'avez jamais vu, une sombre histoire de meurtre et de luttes intestines entre compagnies de taxi concurrentes, souvent prétexte à plonger ses personnages (et le lecteur) dans le délire le plus complet. Hautement psychédélique ! Comme pour "Regrets d'hiver" on y revient très vite.



Les journalistes anglais boycottent Yahoo

Posté par Easywriter le 07.06.06 à 13:17 | tags : média, web
Le syndicat anglais des journalistes (NUJ) appelle ses 40 000 membres à boycotter Yahoo.  Dans une  lettre adressé au siège européen du moteur de recherche, le NUJ estime insupportable la collaboration de Yahoo avec les autorités chinoises. Yahoo avait permis à Pékin d'identifier des journalistes qui parlaient de démocratie sur des forums. La campagne est activement soutenu par le vénérable Guardian et plusieurs célébrités.
But de Yahoo : ne pas se faire évincer d'un marché qui promet de beaux horizons de croissance exponentielle. Mais la firme n'est pas la seule à ne pas considérer la liberté d'expression comm un outil marketing performant : son concurrent Google avait expurgé son site chinois des images de la répression des manifestations étudiantes de Tien-An-Men.



Le festival du mot

Posté par Easywriter le 07.06.06 à 12:47 | tags : festival, loufoque, news, sarkozy
A l'approche de l'été, les festivals commencent de pulluler : aujourd'hui nous vous parlons d'une manifestation qui ne se veut être ni un salon du livre, ni une foire, ni rien du tout si ce n'est un hommage rendu au mot dans toute sa splendeur.
Pour qu'il n'y ait pas de malentendu, la manifestation s'appelle d'ailleurs "le festival du mot". Conférences, expositions et spectacle émailleront du 14 au 18 juin ce pétillant rendez-vous de la joie de vivre qui se déroule pour la deuxième fois à la Charité-sur-Loire.
 Outre la place du mot dans les dispositifs de l'art contemporain ou leur rôle dans la science, on notera un débat plus politique : les mots préférés des élus, ceux qu'ils préfèrent, ceux qu'ils regrettent, ceux qui leur échappent.  Et la projection d'un film inédit : Sarkozy mot à mot.
Qui d'autre qu'Alain Rey pour parrainer ce joli festival qui se clôturera par l'élection du mot de l'année ? (pour voter c'est par là)

Programme complet



Google livres m'a tuer

Posté par Easywriter le 07.06.06 à 11:57 | tags : édition, numérique


On publiait hier une brève sur la procédure que vient de lancer le groupe la Martinière contre Google. De prime abord, on est tenté de soutenir le groupe français face à l'attitude irrespectueuse et décomplexée du moteur de recherche : numériser des millions  de livres empruntés aux bibliothèques anglo-saxonnes sans rien demander à ceux qui en possèdent les droits et uniquement permettre  à ces derniers de réagir a posteriori puisque qui ne dit mot consent.
Mais finalement,  Google en mettant  à disposition du public du contenu se comporte comme n'importe quelle bibliothèque. Les petits éditeurs, pour l'essentiel exclus du circuit ordinaire de la promotion, vont gagner beaucoup en  visibilité. Google livres proposera normalement des extraits et un lien permettant à l'internaute de se procurer l'ouvrage en question. Donc la manne financière liée à la commercialisation des oeuvres n'échappera pas aux éditeurs français.
Editeurs qui seraient bien inspirés de se bouger un peu sur les enjeux numériques sans quoi une bonne part du gateau risque de leur échapper. Dans la République des lettres, un éditorial -tranquillement repompé ici sans versement de droits- estime que la motivation des éditeurs français est d'ordre politique : en se comportant comme un irréductible village gaulois, ils auraient la bénédiction de l'Exécutif français qui y voit un moyen de soutenir son propre projet de moteur, baptisé Quaero. D'un autre côté, la numérisation généralisée entraîne aussi la création "un domaine public instantané"  et l'abandon du concept d'oeuvre au profit de  celui d'un "ensemble d'informations"comme s'en inquiétait récemment Paul Otchakovsky Laurens .  Alors, le droit d'auteur à la française est-il mort ?



Manu Larcenet primé à Haarlem

Posté par Easywriter le 07.06.06 à 11:30 | tags : bd, manu larcenet, prix
Le festival international de la bande dessinée de Haarlem a décidément bon goût. Après avoir primé Lewis Tronheim et Joe Sacco, le jury batave a récompensé cette année Manu Larcenet. L'auteur du combat ordinaire a obtenu le grand prix VRPO du meilleur artiste international alors qu'il était en concurrence avec la non moins excellente Marjane Satrapi.
Larcenet récupère 2000 € et sera surtout l'invité d'honneur de l'édition 2007 qui lui consacrera une grande exposition.



Bon anniversaire le Diable

Posté par le 06.06.06 à 16:30 | tags : elucubration, lectures, short-list
Non, ici on parle pas de celui-là.  Mais de celui-ci. Bon comme vous le savez, nous sommes le 6 juin 2006 ce qui nous donne une sacrée occasion de vous parler du Malin. Petite sélection iconographique pour les amateurs de techno kitsch.



Certes c'est laid, mais le satanisme s'accomode fort bien de la sauce grandguignolesque.
Pour célébrer dignement ça, voici une petite shortlist de livres sur le diable. Vous le croiserez de ci de là: y en aura pour tous les genres. Bon grapillage!

1/ Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov

2/ Les Diaboliques, Barbey D'Aurévilly

3/ Le B-A ba du satanisme, Jean-Paul Bourre

4/ La fin de Satan, Victor Hugo

5/ Le Malleus Maleficarum

6/  La chair, la mort et le diable dans la litterature du XIXe siecle, Mario Praz

7/  Le Miroir de Satan, Graham Masterton

8/ Lucifer: The Devil In The Gateway, de Mike Carey et Scott Hampton

9/ Sous le soleil de Satan, Georges Bernanos

10/ The Demon, de Jack Kirby...

Un autre titre, vous trotte dans la tête, faites partie du club des 666 propositions. Mais si vous voulez plonger plus rapidement en enfer, suivez notre guide: Anne Archet, vous montrera la voie. Et Dante vous l'assurera, la balade s'avère plus sulfureuse qu'avec Virgile.



La Martinière attaque Google

Posté par Easywriter le 06.06.06 à 16:27 | tags : bibliothèque numérique, édition, news, numérique
 
Cette fois ça y est : après avoir tergiversé longtemps, les éditeurs français s'en prennent au projet de numérisation de Google. Pas d'action commune pour l'instant, mais l'aventure en solo de La Martinière au nom de ses trois maisons d'édition, Le Seuil (France), Delachaux et Niestlé (Suisse), et Abrams (Etats-Unis). Du coup, l'éditeur attaque, pour contrefaçon et atteinte au droit de la propriété intellectuelle,  à la fois la filiale française du moteur de recherche mais aussi tout le groupe. La plainte sera déposée au Tribunal de grande instance de Paris.
Le gentil Google clame depuis plusieurs mois sa volonté de promouvoir la culture et s'engage à retirer de son offre les ouvrages numérisés des éditeurs qui le souhaiteraient.



Rentrée littéraire : bonnes nouvelles... de l'étranger

Posté par Easywriter le 06.06.06 à 15:44 | tags : livre, news, rentrée littéraire, roman


Les éditeurs commencent donc à laisser filtrer les premières infos et même bonnes feuilles des romans de la rentrée. Et celle-ci s'annonce plutôt bonne. Passons en revue les parutions sur le mode bien connu de la gradation. Et donc commençons par la France.


Yann Moix commet un livre qui s'appelle Panthéon en toute sobriété. Voilà c'était la dernière fois que vous entendiez parler de ce livre dans Flu (à moins qu'il n'inspire à Myosotis quelque élucubration).
Pour ceux - nombreux - que ça intéresse, Amélie Nothomb publiera son opus annuel, intitulé cette fois Journal d'hirondelle.
Christine Angot nous propose chez Flammarion un rendez-vous auquel on n'est pas sur de se rendre. Florian Zeller devrait faire parler de lui et -qui sait ? - peut-être même dans ces colonnes, mais il y a peu de chances.
Maurice G Dantec sortira chez Albin Michel, "Grande Jonction" , moins "touchy" apparemment qu' American black box.
Prix Mille feuilles du titre pour le bambi frankenstein de Jean-Hubert Gaillot.
Les bonnes nouvelles nous viennent plutôt de l'étranger et surtout d'outre-Atlantique il faut bien l'admettre. Outre le summer crossing de Truman Capote qu'on a déjà évoqué ici, on suivra d'Extrêmement fort et incroyablement près le roman homonyme de Jonathan Safran Foer qui narre l'errance d'un jeune garçon dans le New-York du 11 septembre. Ca se passera chez L'Olivier qui publie aussi le script (illus. du livre en VO) de Rick Moody.
On aime bien les éditions du désordre/Laurence Viallet qui nous le rendent bien en publiant un troisième roman post-mortem de Kathy Acker dont avait dit tout le bien qu'on pensait lors de la parution de la vie de la tarentule noire.

Finissons cette notule comme il se doit par les deux monstres sacrés : William T Vollman et Chuck Palahniuk qui publient respectivement Les fusils et A l'estomac (haunted en VO). Applaudissements. Rideau.



Elmore Léonard et la société du spectacle

Posté par Easywriter le 06.06.06 à 13:00 | tags : festival, lectures, polar


Comment le roman noir se coltine t-il la société du spectacle ? Voilà la question posée par le neuvième festival international du roman noir de Frontignan (FIRN) qui s'ouvre aujourd'hui . Politique spectacle (avec Larry Beinhart), justice médiatisée, sport-business seront les principaux thèmes abordés lors des tables rondes . Rien de très original mais le festival - où on n'a jamais mis les pieds - a la réputation de proposer des débats de bonne tenue. Exemple au hasard, Eric Halphen et Edwy Plenel discuteront samedi des medias justiciers. Mouais... En tout cas l'invité d'honneur est Elmore Léonard et le FIRN propose de voir ou revoir une sélection d'adaptations cinés de ses westerns -3 h 10 pour yulma - et de ses romans noirs -get shorty. Il sera aussi question de bd et notamment de mangas autour du Dreamland de Reno Lemaire.
Le FIRN commence aujourd'hui mais les principaux rendez-vous ont lieu ce week-end.
La totale sur le site du FIRN
.




CinéMistral – Tarif 5,5 €





La misère du journalisme vue par les chiens

Posté par Myosotis le 06.06.06 à 10:53 | tags : média, news

Deux gamins ont été mordus sévèrement, à quelques jours d'intervalle, par des chiens. Je me demande pourquoi ces faits divers sont relayés la plupart du temps par les journaux nationaux, étant entendu qu'ils n'ont aucune espèce d'intérêt : on se doute bien qu'avec 7 ou 8 millions d'animaux dans le pays, il doit arriver (statistiquement) assez souvent qu'un chien pète un cable et se jette sur un mulot.  Ce qui gêne sur cette double information, c'est son traitement. J'ai l'habitude de regarder le journal de France 2, et j'ai été séché par 2 choses : lors de la première affaire, au journal de 13H, il a été dit que le chien ayant attaqué le gamin était un chien de "type pit-bull" alors que ce n'était pas le cas. J'ai mis l'erreur sur une méprise technique. La photo du clebs faisait plutôt penser à un boxer. Lors du second événément (dimanche), la journaliste a franchi, me semble-t-il, une ligne qui révèle ses intentions.
Béatrice Schönberg a ouvert le journal par ce titre "un autre gamin agressé par un chien". Ce qui tue ici, c'est évidemment le terme AGRESSION. Si on regarde de plus près, le terme se définit en gros ainsi : " comportement intentionnel portant atteinte à l'intégrité physique et/ou psychique d'autrui." Ce qui cloche dans l'ouverture de Schönberg, c'est qu'en employant ce terme plutôt que "le chien a mordu" ou "accident", elle prête au clébard (pit-bull....) une intention dans le geste. Je veux bien que le chien ait préparé son coup mais je crois plutôt à une volonté malsaine de nous faire peur et de faire poindre derrière ces chiens soudainement déchaînés les intentions de leurs maîtres : les bicots et autres jeunes de banlieue qui, c'est bien connu, dressent depuis des décennies des chiens lions pour servir l'Islam et nous piquer nos baladeurs MP3.
Il ne s'agit pas de jouer à Arrêt Sur Images, mais il y a dans ce mot "agression" toute une série de représentations qui transitent du chien au maître et ne sont pas reluisantes pour le journalisme. La profession est en miettes. Elle explose sur les sujets politiques et implose sur les faits de société. Par cet exemple anodin, on peut se rendre compte que les journalistes vedettes sont aussi à l'Ouest que les politiques et probablement tout aussi coupables de l'écroulement de la démocratie française.   
Une galerie photos de chiens qui menacent la République.  





Trondheim, Garcia et le Mystère de la Bande Dessinée

Posté par 2goldfish le 06.06.06 à 10:33 | tags : arts visuels, bd, lewis trondheim
Bande Dessinée: Apprendre et ComprendreJe ne savais pas vraiment ce que j'allais lire quand j'ai ouvert Bande Dessinée, Apprendre et Comprendre de Lewis Trondheim et Sergio Garcia, et pas tellement plus ce que j'avais lu une vingtaine de minutes plus tard. J'avais bien vu les deux auteurs se promenerau long de l'abum et énoncer un certain nombre d'évidences sur la BD et ses mécanismes, sans jamais vraiment les expliquer ou les approfondir, mais à quoi donc pouvait bien servir ce livre? Une chose était évidente, il ne s'adressait pas à moi, ni à quiconque s'était déja un peu penché sur la question.

Lewis Trondheim et Sergio GarciaUn coup d'oeil à la déclaration d'intention des auteurs m'éclaira : "Nous nous sommes un jour rendu compte, après avoir discuté avec bon nombre de personnes - amateurs de littérature, enseignants, prescripteurs... -, qu'ils étaient ennuyés avec la bande dessinée Celle-ci est très présente dans les librairies, les bibliothèques et les programmes scolaires, mais nombreux sont ceux qui estiment ne pas savoir la comprendre. Notre ouvrage tente d'en recenser les bases d'apprentissage, d'écriture et de lecture Et grâce à ses nombreux exercices, devenez en une heure (ou presque) le roi de la bande dessinée !".
BD: Apprendre et comprendreLe titre aurait du me mettre un peu sur la voie: cet album est un manuel, pas un essai. Par chance, j'avais sous la main une soeur qui serait le cobaye parfait: elle enseigne, et elle prétend "ne pas savoir lire la BD" (quelque chose que je n'ai jamais vraiment compris). Elle m'a dit avoir trouvé l'album très clair, instructif et pratique, et m'a demandé si elle pouvait le garder. Avec quelques avertissements ("Ne crois pas leurs conneries sur les mangas, et le passage sur l'Obapo, c'est de l'autopromo"), je lui ai donné mon accord. Cet album n'est pas parfait, mais, à ma connaissance, c'est le seul dans sa catégorie, et ce ne serait pas une mauvaise idée d'en mettre un exemplaire dans toutes les écoles. Ou de le lire vous même si, par exemple, vous n'avez jamais compris pourquoi Astérix disait "tête demort-engrenage-petit nuage noir" au lieu de merde, comme tout le monde.



Kevin Guilfoile : le poids des ombres

Posté par Easywriter le 05.06.06 à 16:32 | tags : chine, denoel, extrait, polar, politique
"Phil Canella savait que la plupart des gens n'écoutaient pas, ne regardaient pas. En tout cas, ne prêtaient pas attention à ce qu'ils voyaient ou entendaient". Et dans le cas contraire, ils n'y pensaient plus. Ils ne cherchaient jamais à  donner une signification à la présence de l'homme dans l'allée ou de la femme au bar, au bruit dans le grenier, au cliquetis dans le combiné du téléphone, au bourdonnement dans le moteur, au petit coup frappé à la fenêtre, au stationnement d'une voiture dans la rue, à l'amertume du whisky.
Tant que les autres n'étaient pas paranos, le boulot de Canella n'était pas compliqué. Il pouvait les prendre en filature à une voiture de distance, les photographier sans téléobjectif, enregistrer leurs conversations avec des micros bien visibles, obtenir des réponses à des questions directes. La plupart du temps, Canella découvrait la vérité aussi facilement que le héros de son enfance, le champion de base-ball Harold Baines réceptionnait les passes qu'on lui faisait".
Un obstétricien de grande renommée décide de cloner le meurtrier de sa fille. Justin, le clone en question, est un enfant surdoué et passionné de Platon (d'où le titre en référence au mythe de la caverne). Le poids des ombres est un  polar qui flirte -un peu maladroitement pour ce qu'on en a lu jusqu'ici - avec la science-fiction. Mais dont l'intrigue complexe est plutôt bien ficelée. On en reparle dès qu'on a cloné un journaliste inspiré pour faire le boulot à notre place.
Le poids des ombres, Kevin Guilfoile. Editions Denoël



Moi aussi je veux en être!

Posté par Easywriter le 05.06.06 à 12:25 | tags : elucubration, news


On me dit souvent : " 'tain,easy, j'veux trop ta life, tu bosses dans un media super-cool, tes boss te laissent faire ce que tu veux, tu es toujours invité partout, une fille à chaque bras etc"
A quoi je réponds
"ok, ok mais tu sais quoi man, c'est pas le plus important et moi aussi parfois je feel mélancolique. C''est vrai que j'ai du bol mais franchement c'est surtout une question de désir, si tu veux vraiment un truc tu l'obtiens, tu vois man.
Bref, je vais quand même faire un truc pour vous, je vais vous inscrire sur ma liste VIP mille-feuilles. En gros, en cliquant ici,vous pouvez proposer vos infos, chroniques ou élucubrations, les meilleures seront publiées ici-même et les auteurs cités.
Je sais j'suis cool  et quand je ramasse j'aime partager tu vois, mais bon franchement c'est pas ça le plus important, man..."
Toi aussi, join the community



Ballard, les femmes et les albatros

Posté par Myosotis le 05.06.06 à 10:38 | tags : ballard

La Course au paradis, flanqué de son splendide titre original "Rushing To Paradise", n'est pas le roman le plus connu de Ballard, ni celui sur lequel on cause le plus. Publié en 1994, il n'est pas sans rappeler par ses thèmes et ses intentions la Servante Ecarlate dont je causais il y a quelques jours. L'originalité du livre est, en effet, qu'il admet une héroïne féminine. Le Dr Barbara est un médecin anglais, radié du Conseil de l'Ordre pour avoir pratiqué une euthanasie, qui a changé de vie pour défendre des causes écolo. Elle mène ainsi une croisade pour la sauvegarde des albatros sur l'atoll de Saint Esprit menacé par la reprise des essais nucléaires français (autre singularité : l'ennemi est français). Un jeune homme, nageur compulsif et obsédé par la perspective d'une explosion nucléaire, se joint à elle pour mener la lutte. Le jeune Neil, héros candide du roman, tombe évidemment amoureux du Docteur charismatique et illuminée, ce qui l'emmène (classique chez Ballard) à franchir la ligne jaune.


Ici, cette ligne jaune est féministe et écologiste. On croit d'abord à une écolo-intégriste lorsque le Dr Barbara auréolée du succès de son combat refuse l'aide extérieure envoyée par les associations de part le monde. La deuxième partie du roman montrera que le mal est plus profond et que le docteur cherche à protéger non pas les albatros, mais les femmes, espèce menacée. A partir de là, le roman devient tout à fait autre chose et s'envole vers un exposé magistral sur la folie et l'oppression. Le Dr Barbara devient une sorte de mante religieuse. Ce qui est réussi dans la Course au Paradis, en plus de sa fin à la Psychose, c'est ces portraits de femmes savoureux : la vieille amoureuse, la belle énergique, les hippies sexy. C'est l'un des seuls romans de Ballard où la psychologie l'emporterait presque sur l'intrigue.




La controverse pied/main

Posté par Easywriter le 03.06.06 à 14:33 | tags : foot et littérature, news


Parmi la pile de bouquins diversement dispensables que l'on reçoit en ce moment autour du football, un ouvrage se distingue d'une bonne tête : la controverse pied/main.
Lors de la création de sa version moderne dans une taverne anglaise enfumée où se rencontrèrent les différents clubs, les joueurs du college de Rugby refusèrent d'arrêter de jouer à la main. La suite on la connaît mais de La Porte s'intéresse surtout à la réussite universelle et immédiate du foot ,qui, pour lui n'est pas indépendante de la montée en puissance (certes moins soutenue) des thèses de Darwin. Ce qui expliquerait en outre la réticence des américains -terre d'élection s'il en est du créationnisme - à importer le soccer sur leurs terres.
En mettant en scène sa filiation simiesque, le foot a incarné une nouvelle représentation de l'homme par lui-même et fait oeuvre de morale en redonnant de la valeur aux membres inférieurs méprisés jusque là. Voilà. Il y a encore plein d 'idées intelligentes, ubuesques et drôles dans ce merveilleux petit bouquin. Il y en a d'autres sur le blog de la controverse -notamment le texte qui explique que les ouvriers aimaient jouer au foot non pas parce que c'est un sport de débiles mais parce que leurs mains étaient abîmés.
C'est publié aux éditions ère dont on ne dit pas assez de bien ici.

La controverse pied/main
par Xavier de La Porte. Editions ère.



Partez à la mer!

Posté par Easywriter le 03.06.06 à 11:43 | tags : festival, news

Dépassé par le rythme éfréné des news dans la web-society du spectacle, on a complètement  oublié de vous parler du festival Etonnants voyageurs.
Et alors ? Et bien  La liste des auteurs invités est assez alléchante. Et le festival est l'une des manifestations littéraires les plus originales du pays. Et un jour j'ai passé un week-end à Saint-Malo avec une fille géniale.
Si avec de tels arguments je ne vous ai pas convaincus, j'abandonne.
Tout le programme, c'est par là.
Etonnants voyageurs jusqu'à lundi soir à Saint Malo.



150 romans étrangers vus par Transfuge

Posté par Easywriter le 02.06.06 à 13:17 | tags : média, news, revue
Il faudra qu'on pense à faire payer les encarts publicitaires que la revue Transfuge occupe dans ces colonnes. Car, as usual, son numéro hors-série "150 romans étrangers vus par" est une belle réussite. Les Vingt-huit écrivains ou critiques qui s'adonnent à l'exercice, le font souvent de manière très subjective et sensible. Et donc on adore -même si  Julliard casse un peu l'ambiance avec son texte  ampoulé et psychorigide sur Philip Roth.
On préfère donc largement la chronique de l'excellente Nina Bouraoui sur le non moins excellent Scott Heim, Richard Morgiève à propos de Cormac Mac Carthy  et -au risque de se faire descendre par une bonne partie de notre lectorat - celui de Frederic Beigbeder sur Herman Hesse.
Transfuge hors-série n°1, en kiosque, 5,5 € .



Comme un robinet qui goutte

Posté par Myosotis le 02.06.06 à 11:42 | tags : extrait, roman, sexe et littérature

Serena Joy serre mes mains comme si c'était elle et non pas moi, qui se faisait baiser, comme si elle trouvait la chose agréable, ou douloureuse, et le Commandant baise, à un rythme régulier de pas cadencé une, deux, sans relâche, comme un robinet qui goutte. Il est absorbé, comme un homme qui fredonne sous la douche sans se rendre compte qu'il fredonne; comme un homme qui a d'autres choses en tête. C'est comme s'il était ailleurs à attendre de jouir, tout en tambourinant des doigts sur une table. Il y a une impatience dans sa cadence à présent. Mais n'est-ce pas le rêve érotique de tout homme ? deux femmes à la fois ? C'est ce que l'on disait. Excitait, disait-on. Ce qui se passe dans cette chambre sous le baldaquin argenté de Serena n'a rien d'excitant. Cela n'a aucun rapport avec la passion, ni l'amour, ni le romantisme, ni avec aucune des autres idées qui nous servaient à nous émoustiller. Cela n'a rien à voir avec le désir sexuel, du moins pour moi, et certainement pas pour Serena. Le désir et l'orgasme ne sont plus considérés nécessaires ; ils ne seraient qu'un symptôme de frivolité, comme des jaretelles tape-à-l'oeil, ou des grains de beauté : distractions superflues pour des écervelés. Démodées. Cela paraît étrange que les femmes aient jadis consacré tant de temps et d'énergie à s'informer de ces choses, à y penser, à s'en inquiéter, à écrire à leur propos. Il est tellement évident que ce sont des divertissements.
Margaret Atwood la Servante Ecarlate.



La surréalité, enfin sur Terre!

Posté par Easywriter le 02.06.06 à 10:00 | tags : elucubration

1924 : André Breton clame dans le Manifeste du surréalisme sa foi en la résolution de la contradiction rêve/réel par un nouvel état qu'il baptise surréalité.
2006 : Nick Toshes territorialise l'invention littéraire des surréalistes dans Vanity Fair.

Extrait : Les arabesques de ces îles industrielles  émergent de l'azur des vagues marines. Des dizaines de milliers d'hommes travaillent si densément et  si intensément dans cette fournaise  qu'on en a  la tête ébahie.  Ce panorama est  infernal et grandiose (...) oui André nous atteignons ici un  futur surréaliste  bien au-delà  de votre imaginaire esthétique.  Cet endroit s'appelle Dubaï.



Petite bibliothèque des émeutes

Posté par Easywriter le 01.06.06 à 15:56 | tags : web
"A l’entrée de l’hiver, les banlieues ont cramé et c’est tant mieux. Parqués dans l’urbanité du capitalisme, n’ayant plus rien à espérer, à gagner... Beaucoup se sont payé quelques feux de joie..."
Bienvenue dans C7H16. Cette revue hip-hop, dont le titre est la formule chimique de l'essence, propose des editos guerriers, quelques nouvelles rythmées et un street-cd contestataire.
 Revenant sur les émeutes de fin 2005, le texte le plus réussi  retranscrit en temps réel une journée banale dans la cité : Sonny ne veut plus bosser dans cete boîte sordide où il est ouvertement méprisé, Malika essaie de préserver ses gosses de la dérive entre deux heures de ménage à Etapotel, Nora apprend à la fac comment sont nées dans les années 60 les aberrations urbanistiques où elle habite...
Cette nouvelle à plusieurs voix montre comment des personnes au parcours et objectifs différents peuvent se retrouver également aspirés par la violence. Manière de répondre aux clichés sarkoziens des bandes criminelles organisées poursuivant des buts destructeurs précis. L'ensemble reste caricatural et les personnages stéréotypés : les flics provocateurs, les profs qui n'y croient plus, les ouvriers invariablement  tentés par le racisme...
Mais s'il est parcouru d'une victimisation systématique et de raccourcis discutables, le récit est un polar de ghetto assez crédible, ponctué à l'occasion de constats imparables  - Ce ne sont pas les dealers qui font que le coût de la vie étouffe la plupart des ménages. Ce ne sont pas les voleurs qui dépouillent les citoyens d’une retraite décente - et de fulgurances désespérées : Ma naissance ressemble à une prise d’otage dont je suis la victime.
A noter également une chronologie des émeutes de l'hiver dernier. La revue est téléchargeable gratuitement.
Le site de C7 H 16








Villon et les Parisiennnes

Posté par Myosotis le 01.06.06 à 11:23 | tags : extrait, poésie

Après la lecture du Jean Teulé, j'ai eu envie ,ce qui est bon signe, de relire du Villon. La lecture est souvent très difficile (barrière de la langue ancienne) mais réserve de belles surprises comme cette ballade des femmes de Paris qui est à la fois croustillante et atendrissante. Le "NRF" Gallimard est très bien foutu et pas plombé par des notes profuses comme d'autres éditions. Je ne suis pas certain qu'on entre dans le texte de la bonne manière mais on peut facilement y trouver du plaisir.

Quoiqu'on tient belles langagères
Florentines, Vénitiennes,
Assez pour être messagères,
Et mêmement les anciennes,
Mais soient Lombardes, Romaines.
Genevoises, à mes périls,
Pimontoises, savoisiennes,
Il n'est bon bec que de Paris.

De beau parler tiennent chaïères,
Ce dit-on, les Napolitaines,
Et sont très bonnes caquetières
Allemandes et Prussiennes ;
Soient Grecques, Egyptiennes,
De Hongrie ou d'autres pays,
Espagnoles ou Catelennes,
Il n'est bon bec que de Paris.

Brettes, Suisses n'y savent guères,
Gasconnes, n'aussi Toulousaines :
De Petit Pont deux harengères
Les concluront, et les Lorraines,
Angloises et Calaisiennes,
(Ai-je beaucoup de lieux compris ?)
Picardes de Valenciennes ;
Il n'est bon bec que de Paris.

Prince, aux dames parisiennes
De bien parler donnez le prix ;
Quoi que l'on die d'Italiennes,
Il n'est bon bec que de Paris.

Je ne sais pas si ce qu'il dit est vrai. La supériorité des femmes parisiennes, si j'y ai cru aussi en montant de province, n'est 500 ans après pas encore une évidence.







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