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Archives > Mai 2006

Peter Handke privé de prix Heinrich Heine

Posté par Easywriter le 31.05.06 à 18:16 | tags : news, prix
La présence de Peter Handke à l'enterrement de Milosevic continue de créer la polémique. Après le retrait de sa pièce le voyage au pays sonore ou l'art de la question du répertoire de la Comédie française qui avait enflammé le gotha et les forums de Flu, la ville de Düsseldorf refuse de lui attribuer le prix Heinrich Heine. Et cela malgré la décision du jury prise le 25 mai dernier. La Ville - où Heine est né - ratifie ordinairement le choix des représentants du monde culturel qui composent ce jury.
Le prix Heinrich Heine, doté de 50 000 euros, est une des plus prestigieuses récompenses littéraires Outre-Rhin. Il a déjà récompensé WG Sebald et Elfriede Jelinek. Cette dernière a d'ailleurs lancé un appel vigoureux à soutenir Handke. D'autres récipiendaires menacent de rendre leurs prix si la décision était confirmée.
A titre personnel, je comprends qu'on ne veuille ni fréquenter, ni programmer, ni récompenser un auteur qui soutient un homme jugé pour crimes contre l'humanité. Le mieux eut été pourtant de ne jamais penser à lui attribuer ce prix et ne pas attendre l'enterrement de l'ancien leader serbe pour feindre de découvrir la position de Handke.




Les barons de Munchhausen

Posté par Easywriter le 31.05.06 à 15:18 | tags : foot et littérature, news
Le saviez-vous ? Barthez fume à l'occasion des pétards avec des chasseurs pyrénéens, la secrétaire de Domenech est encore plus barge que son astro-sélectionneur de patron et le ministère de l'environnement demande parfois aux Bleus de sauver les ours.
Notre camarade de jeu Myosotis dévoile l'envers du décor du Mondial 2006 des Bleus. Les Barons de Munchhausen, c'est le titre de cette "foot fiction" qui a démarré avec la liste officielle des sélectionnés.
"Foot fiction" (copyright mille feuilles) ne désigne pas une histoire racontée avec les pieds, mais un feuilleton qui satisferait le désir de réalisme et d'habileté technique du fan de foot comme le goût de l'absurde et du rocambolesque de l'amateur de fiction. Une sorte de réalisme magique et urbain, documenté et généreux. Ravalec, prends en de la graine !

Le feuilleton : Les Barons de Munchausen
Le foot dans tous ses états sur Flu






Philippe Labro ou le degré zero de la morale (littéraire)

Posté par Myosotis le 31.05.06 à 11:03 | tags : roman

Je n'ai pas vraiment fait le boulot. Autant dire la vérité, je n'ai lu le livre que pendant une heure, ce qui m'a permis de lire de manière complète les 106 premières pages et de terminer le reste (soit 80 pages environ) en une dizaine de minutes. Je me souviens que j'avais eu une vraie belle émotion (si vous voyez ce que je veux dire) en lisant une scène de l'Etudiant Américain où le narrateur est à l'arrière d'un bus : une nana se pointe et lui applique la main à plat sur le sexe. L'étudiant n'en peut plus et là sans bouger prend son pied incroyable mais vrai. Pour moi, Labro, c'était ça, juste cette scène. J'ai bien parcouru deux ou trois autres livres et appris à détester le bonhomme qui arpente les plateaux télé pour dire que lui a vu l'autre côté (il a fait un coma de 20 ans ou alors de quelques jours, ce qui l'autorise à parler du sens de la vie etc) mais c'est tout.
Vendu comme un bouquin à l'ancienne qui fait revivre le romantisme des années où la sexualité n'était pas encore vue par le prisme littéraire du porno (ah,ah), Franz et Clara  est le bouquin le plus faux cul et foireux que j'aie jamais (pas) lu. L'histoire démarre par le béguin entre une pianiste d'une vingtaine d'années et un gamin surdoué de 12 ans à Lucerne. Les deux se découvrent et ont des conversations franchement intéressantes sur la vie, la mort, l'art et d'autres conneries. Ils se quittent et puis se retrouvent une dizaine d'années après et reprennent les choses à zéro. Il n'y a pas de sexe chez Labro mais juste de la tendresse et pourtant tout le roman pue la perversion bourgeoise dissimulée, l'hypocrisie crâne et écoeurante sous couvert de romantisme fleur bleue et de références classiques. Le style est globalement inexistant et l'histoire (la psychologie) réellement impossible. Mais qui peut croire ça ? Je ne sais pas comment les choses se passent à Lucerne mais la probabilité qu'une nana normale (Clara est normale) de 20 ans tombe amoureuse d'un gamin de 12 ans est nulle, ce qui rend le livre "sans objet". Le reste est à l'avenant. Labro réussit avec ce roman un chef d'oeuvre de littérature nulle, un monument de laideur stylistique, romanesque et idéologique, un modèle de faisanderie fictionnelle. Au lieu de mettre la bio d'Hervé Vilard au programme du Bac, on aurait franchement mieux fait de prendre ce bouquin là si on voulait une France de notaires et de néo-cons. Et je ne dis même pas ça parce que Labro a 70 balais.
Après ça, j'ai eu envie de lire une histoire porno sur www.gratixxx.com et c'était franchement moins choquant que ce Labro là. La pudeur dans le roman ne se mesure au nombre de fois où nos personnages disent bite ou couille, s'envoient en l'air et s'enculent. C'est avant tout une histoire de morale littéraire. 


 

 

 

 




Houellebecq : les particules élémentaires au cinéma

Posté par Easywriter le 30.05.06 à 15:48 | tags : michel houellebecq, news


Michel Houellebecq avait déjà expliqué que les Allemands avaient été les premiers à le prendre au sérieux. En attendant l'adaptation hypothétique de La possibilité d'une île , on pourra voir en France le 31 août le film d'Oskar Roelher "Les particules élémentaires" déjà diffusé Outre-Rhin.

D'après les témoignages de ceux qui l'ont vu en Allemagne, Roelher édulcore beaucoup le roman dans lequel deux demi-frères tentent comme ils le peuvent de combler leur misère sexuelle. Le cinéaste allemand avait expliqué qu'il était impossible de rendre le caractère pornographique du film, tout comme sa fin particulièrement fataliste (mais alors pourquoi l'adapter?)
Michel Houellebecq n'a finalement pas participé à l'écriture du scénario après cinq ans de négociations qui ont manqué de rendre dingues les producteurs du film. Les adaptations de ses romans sont décidément d'invraisemblables feuilletons, celle de La possibilité d'une île étant au point mort (comme on vous l'a déjà expliqué dans ces colonnes).



Jan Burke : en terre et en os

Posté par Easywriter le 30.05.06 à 13:39 | tags : extrait, polar

"Je n'allais pas bien loin. Parrish roula sur lui-même, m'attrappa la cheville et me fis dégringoler. Je me défendis en lui lançant des coups de pied, en essayant de le griffer, mais il se jucha au-dessus de moi, m'enfonça la tête dans la boue, et l'y maintint jusqu'à ce que mes poumons soient au bord de l'explosion. Je luttai, essayai de le faire basculer, de me redresser, mais il était plus fort. Pendant quelques instants, je me demandai si j'allais finir mes jours ainsi si j'allais simplement m'asphyxier dans cette berge boueuse, si les plans de Parrish étaient si élaborés que ça, après tout."

Ambiance... Jan Burke nous livre une nouvelle enquête de l'intrépide Irène Kelly, journaliste qui prend presque autant de risques que la redaction livres de Flu. Rythmé, efficace, pas idiot, James Ellroy dit même de l'ouvrage qu'il est " astucieux, habile et plein d'esprit", mais il exagère comme souvent. On vous explique pourquoi dans le mag, dès qu'on a fini notre contre-enquête.

Jan Burke, "En terre et en os". Mango editions.



Le Blues du Corsaire

Posté par Myosotis le 30.05.06 à 11:19 | tags : polar, web

J'avais comme beaucoup quelques réserves quant au mode de publication de manuscrit.com : en ces temps où l'on sort n'importe quoi, faciliter la mise en livre n'est pas la meilleure chose à faire. Il a fallu qu'on m'offre Le Blues du Corsaire de Maxime Gillio, parce que l'action se situe dans le Nord, à Dunkerque précisément, et que j'en suis originaire, pour que je sois convaincu de l'utilité du modèle. Le Blues du Corsaire est un polar nordiste qui a une tenue tout à fait étonnante. Si l'on passe sur les 3 premières pages qui sont mauvaises et mal écrites (le jeune auteur essaie de prouver maladroitement qu'il peut y arriver en chargeant sa phrase de tas de choses inutiles), le livre n'a au final rien à envier aux meilleurs Poulpes des années 2000. Gillio n'est pas encore Vargas mais il y ressemble parfois dans sa manière d'intriquer des petits faits vrais qui vont se recouper à la fin.

Ici, on navigue dans le milieu de l'éducation avec un duo de policiers : on lit pêle-mêle une profanation d'Eglises, la mort d'un jeune paumé, celle d'une CPE, des intrigues politiques (autour d'un FN particulièrement bien saisi). Par delà l'intrigue, les deux qualités du livre sont, d'une part, de créer un duo de policiers Dacié le vieux et Marquet, le jeune qui vient de Nice,  tout à fait performants et complémentaires, d'autre part, de produire une narration réaliste sur le Nord et sa pauvreté qui sonne juste. Le couple Marquet/ Dacié, et même si le pathos du second  est trop appuyé, est un miracle de légéreté et pourrait tout à fait augurer d'une série fructueuse.
Les quelques maladresses d'écriture s'effaceraient facilement avec un petit travail complémentaire (la ligne claire, rien que la ligne claire) et l'on en aurait tiré un roman plutôt solide et n'ayant rien à envier ce qui est lancé par les maisons d'édition traditionnelles. Un point donc pour Manuscrit.com

  




L'histoire secrète d'Endemol

Posté par Easywriter le 29.05.06 à 14:39 | tags : extrait, flammarion, média
"Quand l'avion commence à prendre de la vitesse sur la piste, tous les participants du dîner sentent que les choses ne vont pas en rester là. Qu'ils goûtent en somme un forme d'entracte. Et de fait, très vite, cette matinée, qui restera historique dans la légende de l'audiovisuel français, va prendre l'allure étrange d'un jeu de billard à six bandes. Qui fera - forcément - des victimes."
Mais qui, mais quoi mais qu'est-ce?!!  Benoît Delmas et Véronique Richebois narrent l'histoire secrète de la plus grosse boîte à fabriquer du temps de cerveau disponible en Europe : Endemol. Désormais assise sur deux milliards d'euros de capitalisation boursière, la société d'Arthur et Stéphane Courbit a réussi sa résistible ascension grâce à un cocktail de connexions politiques, de mainmise sur les entreprises clefs, de culte du résultat et  bien sûr d' imagination perverse. Brrrr...

L'histoire secrète d'Endemol par Benoît Delmas et Véronique Richebois. Flammarion



Footaises

Posté par Easywriter le 29.05.06 à 13:12 | tags : foot et littérature, news
Tout le monde parle de foot (même si certains en parlent mieux que d'autres). Outre les 77 commentateurs autorisés et les quarante millions de sélectionneurs dénombrés dans le pays, on peut aussi lire les 212 bouquins qui sont parus ces dernières semaines. Myosotis séparera bientôt pour vous le bon grain de l'ivraie, avant de vous proposer une fiction sur l'épopée des Bleus Outre-Rhin.
Apportons une pierre plus modeste au débat en annonçant la parution du dico non officiel de la Coupe du Monde.
Sous-titré footaises, avec une louable franchise, ce livre propose un panorama des définitions qu'il faut connaître sur un mode humoristique plus ou moins inspiré. (ratisser : reprendre le ballon à l'adversaire en montrant les dents) On y trouvera également quelques remarques gentiment machos et un conseil avisé pour les desperate housewives de footeux :
Ils ont gagné ! Vous voulez rompre, faites le maintenant, il ne s'en rendra pas compte.
Ils ont perdu ! Dites " mais enfin chéri, ne sois pas puéril, ce n'est qu'un jeu".
Dans la section, les phrases cultes de Thierry Rolland., les auteurs ont en revanche oublié une remarque importante. Réparons cette injustice :
Honnêtement, vous ne croyez pas qu'il y a autre chose qu'un arbitre tunisien pour un match de cette importance ?” , prononcée en 1986 au Mondial mexicain.


La Coupe du monde et autres footaises, Agathe Hochberg et Samir Bouadi. Mots et Cie.

Le foot sur Flu, à lire sans modération.




Violent Cases revient

Posté par Myosotis le 29.05.06 à 10:23 | tags : au diable vauvert, bd

Le Diable Vauvert s'attaque de belle manière à la BD avec la réédition de ce comics, première collaboration entre le scénariste Neil Gaiman et le talentueux (et bizarroïde) dessinateur Dave Mc Kean. Les deux hommes se rencontreront ensuite sur Coraline, Des Loups dans les murs (2 contes pour enfants) et sur le film splendide Mirrormask, qu'on a pas assez vu en France. Violent Cases fait appel aux souvenirs d'enfance de Neil Gaiman (auteur aussi et surtout de la série Sandman). L'auteur rencontre un vieillard qui se trouve avoir été (?) l'ostéopathe d'Al Capone. Du coup la narration est étrange entre évocation de souvenirs véridiques et séquences oniriques,belles et violentes, curieuses, nostalgiques, servie par le trait si caractéristique et fugace de Mc Kean. Les "violent cases" désignent les étuis à violon dans lesquels on dissimulait en ces temps de prohibition des flingues. Le tout est mystérieux, envoûtant et un grand moment d'art, de presque-cinéma et de littérature.

Ce n'est évidemment pas le récit le plus marquant de Gaiman, le dernier gothique vivant, qui est devenu depuis l'un des meilleurs romanciers de sa génération, mais une madeleine qu'on déguste et retrouve avec plaisir : parce qu'elle emmène de l'autre côté des rêves.

 




La servante écarlate

Posté par Myosotis le 27.05.06 à 14:07 | tags : roman

Roman d'anticipation sociale féministe, la Servante Ecarlate, dont je n'avais jamais entendu parler avant de l'emprunter (en bibliothèque), rentre direct, comme on disait au temps des hit-parades, dans mon top 20. Sorte de mélange entre le roman féministe, 1984 d'Orwell et V for Vendetta, c'est un roman sublime sur ses 3 piliers : son histoire, ses intentions et son style. Dans une société légèrement éloignée de nous  s'est fondée une République Ultra Conservatrice qui en guise de protection des femmes les a placées en "espèce protégée" au sein de la société. Dominée par des Commandants, pseudo-Guides de la Nouvelle Nation, les femmes sont réparties en fonction : les Marthas font les servantes, les Epouses commandent les Maisons et n'ont plus de commerce charnel avec leurs maris  et les Servantes Ecarlates, enveloppées dans des burkas rouges et blanches, des pieds à la têtes, procréent en dehors de tout affect. Le livre repose sur la narration d'une des servantes, rebaptisée Defred, qui découvre peu à peu sa condition et évoque, chapitre après chapitre, les traces de son ancienne vie.

Ce qui est précieux dans la servante écarlate, c'est la minutie d'Atwood à tisser le monde de Defred, le degré d'élaboration et de cohérence auquel elle parvient pour caractériser cet état virilo-fasciste, l'art littéraire dont elle se sert pour suggérer et puis faire partager le climat d'opression et ses quelques failles et zones de respiration. Ce qui époustoufle c'est cette vision anticipatrice d'une "condition féminine" radicale pas si éloignée de ce que nous avons connu et de ce qu'on retrouve (peut-être) dans les pays islamistes. Comme dans V pour Vendetta, le roman échappe à la caricature et prend soin de ne jamais faire un tableau noir de ces évocations apocalyptiques. C'est ce gris noir qui terrifie et rend toute la mécanique fasciste possible : il y a toujours du bien dans le mal, du possible dans l'impossible, qui sont la condition suffisante pour qu'il se réalise, un jour, quelque part sans qu'on y prenne garde.

Si vous êtes une femme, EN PLUS, il me semble que la lecture de ce roman figure parmi les devoirs de "classe", comme un impératif.

 




Connaissez-vous Anne Archet ?

Posté par Easywriter le 27.05.06 à 10:45 | tags : news, sexe et littérature
D'Anne Archet on ne sait rien et on ne veut rien savoir.
De sa prose on dira juste ce qu'elle dit  elle-même des chansons de Bilis  : "Le style simple de l’ouvrage, sa justesse de ton et surtout sa grande force d’évocation sont mises au service de la sensualité."
Anne Archet vous invite dans sa bibliothèque idéale de curiosa.
Anne Archet (illus et oui je sais...) a carte blanche sur le blog Sexe, Love.. jusqu'au 21 juin.
Cette année, on espère pour la première fois que l'été n'arrivera pas trop vite.



Charles Bukowski : la preuve par le texte

Posté par Myosotis le 26.05.06 à 14:34 | tags : charles bukowski, extrait

De toute manière, c'est certain, je ne peux plus mettre un pied à la poste. ils me détestent royalement tout simplement à cause de ceci et cela et ceci et cela, à cause de diverses rumeurs, fondées ou non, comme par exemple la nuit où j'ai menacé de défoncer la gueule à un type en chaise roulante... c'était vrai mais c'était pour blaguer et quand des types de 30 ans plus jeunes que moi commencent à sortir de la baraque en courant parce que je leur ai dit qu'ils seraient les prochains je me suis demandé : pourquoi je ferais plaisir à ces connards ? Alors tu vois, Carl, avec toutes ces histoires, j'ai pas besoin de forcer la dose, je suis sur la liste noire de cette ville de lèche-cul, de coteries, je suis dans cette grosse chatte sanglante de ville fantôme....
Autant dire que je deviens dingue et que je ne supporterai plustrès longtemps ce boulot à la poste. J'ai deux possibilités : soit je reste à la poste et je deviens cinglé (ça fait onze ans que je bosse là-dedans) soit je me tire et je joue à l'écrivain et je crève la faim. J'ai choisi de crever de faim. A la fin du mois de novembre je vais démissionner, et j'aurai besoin de TON AIDE ! (...)


Lettre à Carl Weissner, mi-novembre 1969.


Lettre décisive pour la suite des opérations. Bukowski démissionnera bien mais pas avant d'avoir couvert ses arrières financiers. Son geste héroïque et risqué ( "à la Van Gogh", comme il dit) n'en sera jamais vraiment un. C'est tout ce qu'on apprend ici : la distance entre l'homme et le personnage, l'écrivain et sa main.




Claude Piéplu s'est éteint

Posté par Easywriter le 26.05.06 à 11:45 | tags : news

 Laissons à d'autres le soin d'écrire les nécrologies d'usage et contentons nous de rappeler la philosophie des Shadoks : " saluer tout ce qui bouge et repeindre tout le reste". Qui pour faire ça aujourd'hui ?



L'édition en Lignes de mire

Posté par Easywriter le 26.05.06 à 11:10 | tags : média, news
La revue Lignes, dont la qualité de propos est inversement proportionnelle à celle de sa maquette , se penche sur l'édition. Evidemment ça va mal, l'édition va mal, la librairie va mal... Mais la revue ouvre une focale généralement peu utilisée sur les livres de création, ceux qui constitueront le fonds de demain. Une vision combative donc et bienvenue dans la sinistrose ambiante.
Parmi moult contributions, notons celle de Valérie Martin qui explique dans "la librairie est un sport de combat" que les libraires doivent récupérer l'exercice de leur métier (liberté d'achat, choix éditoriaux) face aux éditeurs et  celle de Yves pagès qui compte sur la génération "Intellos précaires" (c'est nous les amis) pour prendre la relève des diplômés d'Ecole de commerce recrutés par les grands éditeurs.
Pour connaître la suite, achetez  Lignes, 17 €.



Je, François Villon de Jean Teulé

Posté par Myosotis le 26.05.06 à 10:41 | tags : julliard, livre, roman

J'avais dit que je ferais une semaine française. Et comme je ne peux pas me contenter de dézinguer tout le monde voici assez curieusement le Je, François Villon de Jean Teulé. Ceux qui se souviennent de Jean Teulé sur le plateau de l'Assiette Anglaise, l'émission de Bernard Rapp, ont peut-être une image de ses interventions. Jean Teulé a pas mal écrit depuis et, comme on dit, trace un sillon singulier dans les lettres françaises autour de personnages romantiques (Rimbaud, Verlaine, maintenant Villon), et d'un style assez proche finalement de ce qu'essaie de faire avec un grand succès Peter Ackroyd, dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises.

Ce Je, François Villon raconte de manière romancée et dans un style post-médiéval reconstruit, enrichi de fragments poétiques, la vie de cet homme, sorte de brigand vaguement sadien qui se pique de temps en temps de poésie (à moins qu'il ne soit un écrivain véritable dissimulé sous un masque de boucher). L'intrigue située entre 1431 et 1460 (en très gros) raconte la vie de François, ses ruffianeries et ses aventures avec notamment la bande des Ecorchés. Il finira en taule où il sera, en raison d'une constitution solide, l'un des seuls à ressortir en une seul morceau. Si l'on peut déplorer l'insistance de Teulé à faire de Villon, une sorte d'ancêtre de Sid Vicious (le 1er punk serait Villon ?), le bouquin fonctionne parfaitement et on se croirait à fond dans la France d'il y a cinq siècles. Teulé est tout sauf un réaliste mais ses romans parlent tout de même par allégorie du temps d'aujourd'hui et c'est ce qui le rend supérieur aux stylistes purs, aux Rey & co, dont on a parlé ces derniers jours.

Evidemment, Villon parle un peu comme ça et il faut s'y habituer :
Qu'en réalgar et en arsenic de roche, en orpiment, en salpêtre et chaux vive, qu'en plomb bouillant pour mieux les réduire en morceaux, qu'en suie et poix délayées dans l'eau d'une lessive faite de merde et de pisse de Juive, qu'en lavures de jambes de lépreux, qu'en raclures de pieds et vieilles bottes, qu'en sang d'aspic et drogues venimeuses, qu'en fiel de loups, de renards, de blaireaux, soient frites ces langues ennuyeuses.





Dan Clowes vous parle

Posté par 2goldfish le 25.05.06 à 13:08 | tags : bd, daniel clowes
Daniel Clowes

Trouvé sur Audium, une interview de Daniel Clowes pour la BBC. Une occasion de rare de voir l'auteur de Caricature parler de lui et de son art, et de le voir dessiner. Une occasion de constater aussi, une fois de plus, que tenter de lire une BD pour les autres est, même pour son auteur, une mauvaise idée.
Pendant ce temps, Art School Confidential, le film pour lequel Clowes a de nouveau collaboré avec Terry Zwigoff, s'est fait éreinté par la critique outre-atlantique et n'a toujours pas de date de sortie par chez nous. On a déja perdu Frank Miller l'an dernier, alors s'il faut en passer par là pour que Clowes nous reste, tant pis pour lui.



Charles Bukowski par Correspondance

Posté par Myosotis le 25.05.06 à 10:16 | tags : charles bukowski, livre

Ce livre m'avait complètement échappé : Grasset a sorti fin 2005, un livre de correspondance de Bukowski de 400 et quelques pages qui vaut vraiment le détour. Etalées sur quasiment 40 ans (entre 1958 et 1994, année de sa mort), les lettres de Charles Bukowski à ses éditeurs, amis et poètes alliés sont à la fois très marrantes et plutôt instructives. Derrière la figure (réelle) du Bukowski /Hank Chinaski qui se dégage de ses livres : alcoolique, dégueulasse et globalement érotomane, passionné par les courses et les marques de bière, on découvre ici un revers de la médaille à la fois attendu et surprenant.


Car Charles Bukowski, malgré son mètre 82 et ses 100 kilos, n'avait rien de monstrueux, c'était un technicien de l'écriture remarquable, un obsédé de l'art et avant tout un des fleurons de la poésie américaine d'avant-garde dans les années 60. Ses lettres à ses éditeurs parlent évidemment de son quotidien mais beaucoup de lui et de la façon dont il envisage la publication de ses oeuvres. Bukowski n'est pas un j'en-foutre mais un type à fleur de peau qui comprend très tôt l'intérêt de son oeuvre et le profit matériel qu'il va en tirer. On ne peut pas l'accuser d'avoir inventé son personnage mais il n'est pas juste de croire qu'il n'était pas conscient de ce qu'il représentait. L'une des premières choses qu'il fait d'ailleurs lorsqu'on lui achète un ordinateur pour remplacer sa machine à écrire, c'est de taper toute sa correspondance dessus car il sait qu'elle sera publiée. D'autres passages sont plus intimes et livrent un Bukowski attendri, oscillant entre le bien-être et les crises d'angoisse.


Le livre est en tout cas, et comme souvent, un complément intéressant à l'oeuvre qui fait loi. Il contribue à ériger Bukowski en modèle d'intégrité et d'antisnobisme devant l'éternel.


Un site sur le vieux et céleste dégueulasse






Philip Roth : le complot contre l'Amérique

Posté par Easywriter le 25.05.06 à 07:51 | tags : gallimard, news, roman

En 1940, Arthur Schlesinger -futur conseiller et biographe du président Kennedy - nota que certains républicains souhaitaient investir Charles Lindbergh à la Présidentielle. A l'époque, le fringant aviateur est un héros national, dont le glamour naturel fait le bonheur de la naissante société du spectacle américaine. Isolationniste convaincu et antisémite notoire, Lindbergh aurait pu privé Roosevelt de son troisième mandat.
Il n'en fut rien comme chacun sait mais cette éventualité effrayante est l'élément déclencheur du dernier roman de Philip Roth, le complot contre l'Amérique. Roth y imagine les conséquences de son élection sur les juifs d'Amérique - au premier rang desquels ceux de sa propre famille - si une réelle menace antisémite avait pesé sur eux. Un livre de politique fiction dont lma force est tirée par une ambition qui fait toujours cruellement défaut de ce côté-ci de l'Atlantique. Pour rendre son uchronie encore plus crédible Roth l'a calqué sur la chronologie réelle et tressé la fiction avec des faits historiques avérés.
Flu reviendra sur le parcours d'un des meilleurs portraitistes des USA, très bientôt.
Le Complot contre l'Amérique. Philip Roth. Gallimard


MAJ : Lire la chronique le complot contre l'Amérique + bibliographie subjective de Philip Roth dans le mag livres




Persepolis en Amérique

Posté par Easywriter le 24.05.06 à 18:07 | tags : bd, news


Marjane Satrapi prépare l'adaptation ciné de son chef-d'oeuvre autobiographique, Persepolis avec l'aide Vincent Paronnaud.

A l'issue d'un déjeuner cannois, les boss de Sony Pictures ont expliqué avoir acheté les droits pour l'exploitation du film en Amérique du Nord. Le deal s'est fait par l'intermédiaire de Kathleen Kennedy (productrice de Munich) mais l'histoire ne raconte pas qui a débouché la bouteille de rosé. On sait en revanche que Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve et Danielle Darrieux ont prêté leurs voix au projet.
Reste à savoir comment le pouvoir iranien va prendre l'arrivée de Persepolis sur les écrans, la tétralogie de Satrapi étant peu amène sur la Révolution islamique. D'après une source qui souhaite garder l'anonymat, le film sortirait prochainement.



HABITUS de James Flint

Posté par Myosotis le 24.05.06 à 14:34 | tags : au diable vauvert, extrait, roman
"Ce qui est une chance pour Laïka qui quitte le soleil et se dirige vers le vaisseau soviétique en s'efforçant de manipuler une grosse seringue pour s'injecter plein de Phennergan dans la patte : ouais, elle fait ses propres expériences à présent, elle essaie de combattre le mal de l'espace, de dépasser les limites de la science. notre courageux petit clebs fait tout ce qu'il peut pour rester en vie et il y parvient - sa huitième année là-haut vient juste de commencer et une telle apesanteur n'est pas terrible pour le système. Anémie, tension artérielle défaillante, capacité réduite des muscles à brûler les graisses pour en faire de l'énergie, baroréflexes déclinants, crampes, toxicité croissante dans le sang et ce n'est qu'un aperçu - Laïka n'y peut pas grand-chose. Et puis le stress est terrible, n'oubliez pas, elle ne doit pas stresser, elle doit rester calme, rester assise et regarder le monde à la télé, faire un peu d'exercice chaque fois que c'est possible."
Pas facile de prélever quelques lignes dans un tel pavé. Laïka est le personnage le plus humain du livre et sa grande invention. Le chien nous regarde comme un Gardien (ces extraterrestres qui veillent sur nous) ou un dieu très humain. C'est un beau personnage. Il est très plaisant d'imaginer que cette possibilité est vraie.

Habitus. James Flint. Au Diable Vauvert




Ismaïl Kadaré sous pression communiste

Posté par Easywriter le 24.05.06 à 13:03 | tags : news
"Les peines possibles à l'égard d'un écrivain s'échelonnaient suivant une logique et une gradation bien déterminées. Cela commençait par le renvoi de l'Union des écrivains, qui signifiait automatiquement l'interdiction de publier. Puis s'enchaînaient, dans l'ordre, la déportation, l'emprisonnement (avec la saisie de tous les manuscrits), le peloton d'exécution, puis enfin l'effacement de tout, jusqu'à votre nom qui partout devenait tabou".
Pendant 30 ans, Ismaïl Kadaré a écrit sous l'étroite surveillance du régime communiste albanais. Le dossier Kadaré qui compile notamment des archives secrètes du parti communiste d'Enver Hoxha permet de retracer l'histoire de cette surveillance. A l'époque, on hésite rarement à fusiller les écrivains. Mais sa notoriété à l'étranger aura préservé l'auteur de Chroniques de pierre d'une pure et simple élimination, même, si, en 1975, l'écrivain sera forcé de faire une autocritique, expliquant que "son insuffisance de formation idéologique" (sic) l'avait égaré- son livre les pachas rouges est jugé comme une attaque insupportable contre le régime.
Kadaré a juste voulu écrire une littérature normale dans un pays qui ne l'est pas.
"S'il y a quelque chose dans ma vie qui me fait me sentir particulièrement fier, c'est le fait que, tandis que les archives secrètes renferment des centaines de pages pleines de dénonciations à mon encontre, on n'a jamais trouvé, et on ne trouvera jamais, une seule ligne de ma main dénonçant qui que ce soit".

Respect.
Le dossier Kadaré chez Odile Jacob.



Leopardi chante la France de Chirac

Posté par Myosotis le 24.05.06 à 11:37 | tags : elucubration, poésie

"O ma patrie, je vois les murs et les arcs, et les colonnes et les statues et les tours désertes de nos aïeux, mais leur gloire , je ne la vois point : je ne vois ni le laurier, ni le fer dont nos antiques père étaient chargés. Aujourd'hui désarmée, ton front est nue, ta gorge est nue. (...) Cheveux éparts, sans voile, elle est assise à terre, abandonnée, inconsolée; et cachant son visage en ses genoux, elle pleure. Pleure, tu en as lieu, ma France, toi qui es née pour vaincre les nations dans la bonne fortune et la mauvaise ! (...) Qui t'arracha l'épée qui te terahit ? Quelles ruses, quels travaux, quelle puissance ont pu se dépouiller de ton manteau et de ton bandeau d'or ? Comment es-tu tombée, et quand, de telle cime en lieu si bas ? Nul ne se bat pour toi ? Aucun des tiens ne te défend ? Des armes, allons ! Des armes ! Je combattrai donc seul. Je succomberai seul. Veuille, ô Ciel, que mon peu de sang soit pour les coeurs français comme du feu."

Variante sur A l'Italie de Giacomo Léopardi.

Je relisais les Canti de Leopardi dans le métro quand je suis tombé sur cette séquence (elle ouvre le recueil, pas dur) et je me suis dit qu'elle résonnait bien. Léopardi est le plus laid des poètes (bossu, difforme, petit, pâle comme un linge); il est mort d'avoir trop mangé de bonbons (c'est vrai). Mais je me suis redit à la sixième station qu'il était peut-être l'écrivain le plus élégant et fluide que je connais. Il suffit de suivre le cours de ces phrases. Cela rappelle un cours d'eau, plutôt que de la littérature. Il n'y a pas un mot qui résiste à l'autre. Ca ferait une bonne citation à commenter pour le bac :

"Le style, c'est quand aucun mot ne résiste au suivant", ou un truc dans le genre. Ca se débat, c'est sûr mais c'est une assez bonne définition, non ?


 

 

 




Les voyages dans l'espace, quelle galère !

Posté par Maxence le 24.05.06 à 10:30 | tags : roman, science-fiction

Et si, dans sa folie, l'humanité du futur s'élançait dans l'espace dispersant sa perversion, sa pulsion de mort et d'autodestruction dans tout l'univers, et au-delà ? Et si au cours de ce périlleux voyage, elle rencontrait pire qu'elle ? C'est la question posée par le Californien Richard-Paul Russo dans La Nef des Fous, époustouflant space-opéra gothique, publié aux éditions du Bélial. Après Alastair Reynolds, le space-opéra, genre en déclin, semble vouloir reprendre du poil de la bête, phagocytant un peu de cyberpunk par-ici (Bartolomeo Aguilera, principal protagoniste de cette épopée est un être difforme entièrement soutenu par une exosquelette digne de l'artiste australien Stelarc), un peu de fantasy-gothic par-là (L'Argonos, son vaisseau, est une sorte de "Hollandais Volant" à la sauce SF, un navire qui erre sans but dans l'espace intersidéral...). Alliée à une véritable profondeur des personnages et aux rebondissements d'une intrigue fouillée, l'histoire contée par Russo, à la manière des grands thrillers, ne laisse pas une minute de répit. Une réussite, assurément.

Richard-Paul Russo - La Nef des Fous éditions du Bélial, 2006




Les medias et l'Empire

Posté par Easywriter le 23.05.06 à 14:34 | tags : extrait, les arènes, média, news
" C'est pourquoi il est franchement ridicule d'affirmer que le patriotisme consiste à suivre aveuglément l'administration et non à dire la vérité. Les membres de l'administration Bush mentent comme des arracheurs de dents.
Il y a eu beaucoup de reportages là-dessus. Chaque fois que Cheney ouvrait la bouche pour parler de la fausse réunion de Prague, des journaux publiaient des articles démentant qu'elle ait eu lieu, en citant des sources au sein de la CIA ou du FBI. Mais croyez-vous sincèrement  que l'Américain moyen ira déchiffrer le quatrième paragraphe d'un article du Washington Post ?
Des grands reporters du New-York Times ou de Harper's magazine témoignent des relations entre les medias et l'Administration Bush. Sans complaisance, les journalistes interviewés par Kristina Borjesson, déjà auteur de Black List, dressent un état des lieux des pratiques et n'oublient pas leurs responsabilités.
On en reparle avec eux, dès qu'on a un peu de temps entre deux enquêtes sur Google.
Mediacontrol, de Kristina Borjesson. Editions les Arènes.
Et pendant ce temps en France : lire le dossier Liberté d'informer



Transfuge : l'Europe broie du Noir

Posté par Easywriter le 23.05.06 à 11:44 | tags : média, news, polar
Encore un numero de Transfuge et encore une réussite : le magazine de la littérature étrangère continue son aventure critique des auteurs pas d'chez nous. Cette fois, le trimestriel s'attaque au polar européen, histoire de pas faire comme ses petits camarades de jeu, obsédés par le roman noir anglo-saxon.
Portugais, Grecs et (surtout) Scandinaves font donc l'objet d'un dossier central élégant et érudit.
Le magazine propose également deux focus sur les biographes les plus doués de leur pays, les américains Gore Vidal et Philip Roth et moult autres chroniques et entretiens qui font de Transfuge, le magazine le plus bandant du secteur -ce qui n'est pas très dur il est vrai.
Promis, la prochaine fois on en dira du mal. Pour changer.
Transfuge, en kiosque.



Hergé 2007 :Tintin au pays des retros

Posté par Easywriter le 23.05.06 à 10:57 | tags : bd, news


L'an prochain, Hergé aurait eu 100 ans. La Fondation homonyme qui gère son héritage artistique organisera pour l'occasion une rétrospective ambitieuse, qui tentera de faire entrer le créateur de la "Ligne claire" dans l'histoire de l'art. Car au-delà des aventures du reporter asexué et cynophile, on connaît également du dessinateur belge  les géniaux Quick et Flupke et c'est à peu près tout.

La rétro commencera à Québec avec une exposition Tintin au Pérou mais 'cest vraisemblablement au Centre Pompidou qui exposera 200 planches originales qu'on pourra le mieux se rendre compte de la diversité artistique de Hergé. Car le reste de la rétrospective prend vite des alllures de fourre-tout : Tintin et les autos, Tintin, Haddock et les bateaux ( à Stockholm)...qui n'enthousiasmera que les purs fans..

Programme complet (et provisoire) sur le site de la Fondation






Denis Robert : le milieu du terrain

Posté par Easywriter le 22.05.06 à 14:34 | tags : denis robert, extrait, foot et littérature, les arènes
"Depuis que je revois Vic, je lis mieux la presse sportive. Je repère les ficelles, les rumeurs de transfert improbables, les papiers dithyrambiques sur des joueurs qui n'ont rien prouvé et qui sont de fausses valeurs dans le seul but de vendre, d'appâter le chaland, de toucher sa com. Ces pratiques de coulisse ont évidemment une incidence sur le jeu. Elles ne sont jamais prises en compte par les journalistes sportifs. En parler serait enfreindre la première règle du milieu du terrain : l'omerta."

Quand Denis Robert parle de foot, il s'intéresse bien sûr aux coulisses, à la cuisine interne d'un milieu où les magouilles vont bon train et où les journalistes spécialisés ont les mêmes problèmes que leurs homologues de l'actualité économique et politique.
Qu'on ne sy trompe pas pour autant : le milieu du terrain est aussi un vrai livre de fan de foot, Robert le Lorrain étant un des derniers supporter vivant du FC Metz -le club abonné à la 14 ème place de la Ligue 1 depuis dix ans.

Le milieu du terrain, Denis Robert. Editions les Arènes.
Tout savoir sur le foot et notamment le Mondial 2006, lisez le blog Foot de Flu.



Conan Doyle et les Fées

Posté par Easywriter le 22.05.06 à 13:20 | tags : news
On fête donc aujourd'hui l'anniversaire de la naissance du père de Sherlock Holmes. Doyle considérait les aventures de son détective comme de la sous-littérature alimentaire et avait beaucoup plus de considération pour ses travaux sur l'histoire et le paranormal.
D'ailleurs l'ami Doyle n'était pas lui-même un fin limier : dans les années 20, il fut trompé par une série de photos où des adolescentes posaient avec des fées et des elfes (l'illus. de l'époque étant protégée par des droits, ci-contre, une fée superbe mais peu réaliste de l'ère photoshop)
Epaulé par un conférencier et membre de la société de Théosophie, Edward Gardner, Doyle va soutenir  jusqu'au bout Elsie et Frances malgré le scepticisme qu'inspirent leurs clichés. Après tout, elles ont l'air sincère, leur famille ne réclame pas d'argent et à cette époque ante-Photoshop il est difficile pour des gamines de truquer des photos.
D'ailleurs, Elsie et Frances n'ont pas retouché ces clichés : dans les années 80, alors qu'il enquête sur cette histoire et que Doyle est mort depuis longtemps, un journaliste américain reçoit une lettre d'Elsie, une des deux farceuses. Elle avoue très banalement que les Fées en question ont été découpées dans des magazines et plantées dans le sol.  Dans cette belle lettre, elle explique aussi pourquoi elle a longtemps repoussé ses aveux :J'avais aussi de la peine pour Conan Doyle. Nous avions lu dans les journaux qu'on lui adressait des commentaires désagréables à cause de l'intérêt qu'il portait au spiritisme, et maintenant on se moquait de lui parce qu'il croyait à nos fées.(...) Il venait de perdre son fils à la guerre et le pauvre homme essayait certainement de se consoler comme il le pouvait avec des choses qui ne sont pas de ce monde.
Et c'est ainsi que Conan Doyle est mort en 1930 en croyant toujours aux Fées.




Bernie Bonvoisin chez Scali

Posté par Easywriter le 22.05.06 à 11:56 | tags : édition, news
Stephane Million, par ailleurs responsable de la revue Bordel qu'on goûte peu ici, débarque aux éditions Scali. Le premier roman qu'il publie est celui de Bernie Bonvoisin, sobrement intitulé Chaque homme a la capacité d'être un bourreau... ou au moins son complice. Le livre met en parallèle deux récits, le premier concerne un riche agent immobilier parisien et l'autre le quotidien d'un jeune musulman bosniaque de l'enclave de Srebrenica. L'extrait qu'on en a lu sur le communiqué de presse est tout sauf prometteur et la carrière de Bonvoisin au cinéma nous inspire la plus grande défiance, mais bon, sait-on jamais, on vous en reparlera (peut-être) bientôt.




Bonnes Habitus

Posté par Myosotis le 22.05.06 à 11:04 | tags : au diable vauvert, roman

J'ai dit un peu de mal du roman Electrons Libres de James Flint l'autre jour et je tiens à me rattraper... à moitié, en rappelant que son premier roman à succès Habitus était une réussite presque totale. James Flint est l'un des écrivains anglo-saxons les plus ambitieux du moment : ces romans sont longs et brassent des thématiques aussi diverses ici que la Kabbale, l'histoire de la conquête spatiale ou la théorie des jeux. Habitus est un roman à au moins quatre voix qui en dessinent (des voies) des centaines d'autres, entremêlées, parallèles ou sécantes. Habitus est en résumé l'histoire d'une nana un peu paumée  et deux types eux aussi perturbés du bulbe, dont elle aura un enfant "double", sous la haut patronnage de la chienne cosmonaute russe Laïka. Raconté comme ça, ça ne fait pas vraiment envie mais Habitus est brillant sur ses 3 premiers quarts. Les aventures de Jennifer la fille qui ne sait pas qui aimer, de Joel le scientifique juif isolé du monde et de Judd le Black joueur de craps, sont une merveille d'intelligence, de composition romanesque étendue sur plusieurs décennies, entre les Etats Unis, l'Angleterre et la Suisse. Le talent de Flint se déploie, à la façon du Houellebecq des Particules Elémentaires, mais en plus digeste, quand il assène des exposés techniques passionnants sur tel ou tel sujet. On sent chez lui l'influence de recherches sur Google et une tentative d'esquisser un roman moderne qui serait bâti, par delà une intrigue classique, sur une intrication de données exogènes. Flint se rêve en Walter Benjamin romancier et y parvient assez bien.
Ce qui gâche Habitus, comme Electrons Libres et tous les romans du genre jusqu'à présent, c'est que le roman ne parvient pas à dénouer la pelote narrative qu'il a mise en place. Flint se prend les pieds dans ses lignes romanesques et se vautre dedans comme une merde à la Blueberry (le film).






Manu Larcenet : Attila le Hun

Posté par Myosotis le 20.05.06 à 13:15 | tags : bd, manu larcenet
Après le troisième tome du combat ordinaire, Manu Larcenet qui ne chôme pas et fait tout pour s'imposer en nouveau pilier de la BD française livre aussitôt le volume 3 de ses aventures rocambolesques. Cette série initiée avec "Une aventure rocambolesque de Sigmund Freud", puis une plus terrifiante aventure de Vincent Van Gogh pendant la Première Guerre Mondiale se poursuit avec une belle histoire d'Attila le Hun. Le style Larcenet est toujours à l'oeuvre, même s'il a laissé cette fois les pinceaux à un autre.
Le dessin est ultraléger, mais vif et digeste. Le scénario absurde à souhait fonctionne à plein avec un Attila qui arrive en Beauce et s'aperçoit qu'il n'a plus aucun défi à relever. Comment peut-on être dictateur et s'arrêter de grossir ? Le thème n'est pas un petit thème historique et Larcenet se le prend de plein fouet, comme à son habitude, avec des procédés psychoanalytiques qui ici font leur effet décalé. Si le combat ordinaire avait par bien des aspects un côté agaçant : bien ancré en gauche bien-pensante, bobo à souhait, les aventures rocambolesques sont réellement hilarantes et précieuses pour leur légèreté et leur précision.
Sans avoir l'air d'y toucher, Larcenet travaille le sillon et s'impose peu à peu, sans qualités naturelles démesurées, dans ce genre nouveau qu'est la Bande dessinée tous publics à message, mêlant décalage et social.

 


 




La Ballade de la Souris Morte

Posté par 2goldfish le 20.05.06 à 11:45 | tags : bd
J'aurais du mentionner l'influence de Charles Addams, aussi
J'avais découvert Deadmouse en 2004 au gré de mes pérégrinations sur le web, et suivi la publication au lance pierre de Ballad, une BD d'obédience lovecraftienne avec un goût pour les personnages à la Tim Burton plongés dans des situations gores. Puis quelque part au milieu du second livre l'auteur décida de migrer vers Modern Tales, un site de webcomics payant, et me perdit du même coup comme lecteur, parce qu'idéologiquement je ne crois pas que le modèle de la souscription soit viable pour la BD sur le web, parce que je suis avare et parce que Ballad est vraiment fait pour le papier.
C'est avec bonheur, donc, que j'ai découvert récement l'album des éditions Onabok, qui m'a enfin permis de lire cette BD sans me faire mal aux yeux. La cinquantaine de pages muettes introductives, au cours desquelles un cadavre s'éveille et part à la recherche d'une âme, passe en particulier beaucoup mieux sous forme d'encre que de pixels.Le seul défaut de cette édition est de porter l'avertissement "récit complet", sensé sans doute rassurer le lecteur frileux, alors que la fin de l'album, envisagée comme fin tout court, en laissera plus d'un perplexe.

Ballad, de Deadmouse, édité chez Onabok
Lire le premier livre gratuitement sur Moderntales et se faire mal aux yeux



Les voisins du dessus

Posté par Easywriter le 20.05.06 à 11:34
On vous parlait hier de nos amis crevards de l'intello-tertiaire, nos voisins du dessous; mais comme le week-end approche, parlons des gens qui vont bien : les intellos du dessus.Ils se fréquentent, écrivent ensemble, se congratulent, et rédigent les critiques des livres de leurs amis. A l'heure du triomphe de l'individualisme, une telle solidarité ça fait vraiment chaud au coeur. Lisez plutôt  (repris par l'excellent numero de mai du Monde Diplomatique) :
un journaliste de LCI :  " Nous allons parler de vos coups de coeur. L'Agonie de la IV e République, vous l'avez fait exprès Luc de choisir ce thème ? (...) C'est signé Michel Winock chez Gallimard. (...)
Luc Ferry : oui c'est un thème qui parle beaucoup aujourd'hui malgré (...)
Jacques Julliard : moi je partage ce point de vue, j'ai même enseigné avec Michel Winock à Vincennes
Ferry : vous avez fait un dictionnaire des Intellectuels ensemble en plus.
Julliard : oui, nous avons fait des choses ensemble. Bien qu'il soit mon ami, je dis que c'est un très bon livre (rires)
Ferry : défendre ses amis ce n'est pas un crime (rires)
(...)
on parle maintenant de la chimère française d'Alain Renaut
LCI : (...) vous avez écrit avec Alain Renaut
Ferry : alors je laisse Jacques en parler
Julliard : oui je viens de lire ce livre alors là on dirait qu'on l'a fait exprès parce que Renaut a écrit de nombreux livres avec Luc Ferry.
(...)
LCI : on va ouvrir une librairie

Voilà. Bon week-end!



Le spectre de Toby Litt se profil à l'horizon.

Posté par Maxence le 20.05.06 à 10:30 | tags : extrait, news, roman

Fantômes est l'histoire d'une hantise, comme quand quelque chose vous hante, vous travailles, vous habites. C'est le thème en pointillé que suit Toby Litt dans son dernier roman. L'écrivain britannique explore avec finesse les errements de l'inconscient, usant pour cela d'un bestiaire tout personnel, d'anecdote sur l'art et d'une maison hantée comme personnage à part entière de cet étrange récit en deux parties.

Extrait : Joseph Beuys, dont j'entendis parler pour la première fois à l'université, avait interprété Comment expliquer la peinture à un lièvre mort en 1965 à la Schmela Gallery de Düsseldorf. Le musée dans lequel le lièvre fit son apparition la plus réçente fut, à la fin de l'année dernière, la Tate Modern. Dans une salle dédiée à Beuys, je suis tombé sur un exemplaire de ses Dessins pour Leonardo "Madrid Codex" - une femme-hase, dont je reproduis le dessin ci-après.

Quelques semaines plus tard, alors que nous rendions visite à l'un de nos amis de Sheffield, mon amie fit sa deuxième fausse couche.

Toby Litt - Fantômes aux éditions du Panama.




Le Net en passe de devenir un géant de la distribution

Posté par Easywriter le 19.05.06 à 13:19 | tags : édition, news
Les ventes de livres sur la Toile continuent leur croissance soutenue : + 30 % par an et un chiffre d'affaires de 131 millions d'euros en 2005. Le Monde nous apprend que le web pourrait s'accaparer la plus grosse part de croissance d'ici 2010 en multipliant par 3 ses parts de marché (actuellement 3% du chiffre d'affaire total du secteur contre 17 % en Angleterre).
Outre les géants Amazon, fnac.com et Alapage, les grandes librairies indépendantes y trouvent un second souffle.
Quoique...de plus en plus de gens achètent via le net les ouvrages spécialisés à rotation plus lente que les autres livres ; ce marché échappe donc aux libraires qui réalisaient  ainsi une part conséquente de leur chiffre. Comme d'hab, le net n'apporte jamais que des bonnes nouvelles.



Désobéissance civile et dissimulation

Posté par Easywriter le 19.05.06 à 11:15 | tags : média

"Le document classé dont il est question a été largement rendu public et c'est sa dissimulation qui est un scandale". Dans Le Monde d'hier, le parti s'indignait dans  de l'arrestation de Stephane Lhomme, porte-parole du réseau "sortir du nucléaire". Depuis, un groupe assez hétérogène - citoyens, élus, associatifs, partis politiques - a publié sur différents sites, un dossier classé confidentiel defense sur la sécurité de l' EPR, et ce, évidemment de manière illégale.

Pour le Parti socialiste, le gouvernement "confirme sa  volonté d'opacité en matière nucléaire". "Le PS condamne fermement cette régression de près de dix ans dans la marche vers plus de transparence en matière de nucléaire".  Même condamnation de la part de la Ligue des droits de l'homme, qui dénonce la volonté du gouvernement "d'empêcher un débat démocratique". "Ainsi, un militant non violent se retrouve-t-il devant la justice d'exception 'antiterroriste' héritée de Charles Pasqua", déplore-t-elle.  Flu explique ces faits et ouvre le débat :

Alors , la France paie --t-elle le prix du secret ?

dossier liberté d'informer : article + entretien avec Paul Moreira et Luc Hermann + forum




Les voisins du dessous

Posté par Easywriter le 18.05.06 à 16:03 | tags : news, web

On vous avait parlé il y a peu de Générations Précaires dont les témoignages ont été compilés dans un ouvrage paru à la Découverte.  Des dizaines de milliers de personnes, des petites mains souvent plus intelligentes cultivées et diplômées que les papy-boomers qui les emploient.
Anne et Marine Rambach avaient publié chez Fayard les Intellos précaires, le titre de cet essai servant désormais d'appellation officielle à tous ceux qui oeuvrent dans les media, l'édition, la culture ou l'université. Tous ceux dont on emploie non pas la force physique, mais les capacités intellectuelles -le terme d'intello n'ayant ici aucune connotation méliorative. Entre stage non payés, articles débiles et /ou alimentaires et CDD, les Intellos précaires financent comme ils le peuvent leurs recherches  ou créations non rentables.
La France d'en bas ?  Plutôt  les Intellos du dessous , comme l'explique Séverine sur son blog homonyme. Elle y parle d'elle, de ses amis, des combats qu'ils mènent, ceux qu'ils remportent et ceux qu'ils perdent. Voilà.

A noter : le Monde Diplomatique publie ce mois-ci un dossier très complet sur la guerre des idées.
                les intellos précaires, Anne et Marine Rambach. Editions Fayard.



David Foenkinos : Coeur autonome

Posté par Myosotis le 18.05.06 à 12:16 | tags : extrait, gallimard, roman

Un autiste à qui je disais faire des études de lettres me demanda : " Tu veux devenir facteur ? " Qui sait, peut-être aurait-il raison ? Le chômage respirait un air pur dans les sommets. Pourtant, je ne me sentais pas inquiet, ici, protégé à l'ombre des livres et des jeunes filles. Dans les amphithéâtres de la Sorbonne, je respirais ces visages féminins qui ne resteraient que des visages. Cela suffisait à mon bonheur, et au bonheur de mes songes. J'écoutais des théories en contemplant des nuques troublées par des mèches. Toutes ces féminités studieuses étaient le futur comme je me l'imaginais. Certaines sont devenues mes amies, souvent par défaut. Certaines sont restées des inconnues. Et dans la panoplie des visages, je me souviens de son visage. Quand on l'a découvert à la Une des journaux, je l'ai reconnue immédiatement. C'était elle. Au début de l'année précédente, elle était restée très peu de temps à la faculté de lettres. Elle avait disparu avec la première vague de ceux qui désertent à l'approche de l'hiver. Je l'avais revue quelquefois jusqu'à l'été dernier. J'ai acheté le journal. Je me suis senti déraciné par le choc, loin de moi."


C'est exactement ce que je vous disais. Trop intelligent pour être honnête.

Coeur autonome de David Foenkinos





Le roi Spiderman

Posté par Myosotis le 17.05.06 à 13:08 | tags : bd
Je ne veux pas me spécialiser dans le comics mais le tome 5 de la série Spiderman qui est sorti le mois dernier chez Marvel est tout simplement exceptionnel. L'ouvrage collecte une partie du run de Stracynski et Romita Jr (ne pas confondre avec Titi et GrosMinet, il s'agit ici de poids très lourds de l'industrie du comics US) sur la série régulière de Spiderman, paru chez nous (si je ne me trompe pas) dans Amazing Spiderman. Le volume 5 est aussi, voire plus passionnant ,que le tome 1 qui reprenait avec Brian Bendis au scénario les débuts de Spiderman et surtout que le tome 2 de la série, un what if mêlant autour de la mythologie marvelienne les aventures de Spidey et de Wolverine. Ici encore, même si on est pas dans un What If , le travail sur le récit est impeccable et très élaboré.
Stracynzski emprunte la mise en abîme chère à Wes Craven et à ses épigones pour raconter le tournage d'un film hollywoodien sur Spiderman sur lequel Peter Parker travaille. Le dit tournage, de fiction, est parasité par l'arrivée du vrai (et du faux) Dr Octopus, ce qui fait entrer en scène le vrai Spiderman qui doit protéger la vraie et la fausse tante May. Encore une fois, je le rabâche sans arrêt, le scénario de BD n'a rien à envier au scénario de cinéma et pas grand chose à craindre d'une vraie analyse littéraire. Evidemment, le processus fonctionne encore mieux quand c'est Romita Jr qui tient les pinceaux .

 




Bon voyage, Paulo!

Posté par Easywriter le 17.05.06 à 10:01 | tags : news

Paulo Coelho, le célèbre alchimiste capable de transformer des rédactions de collégiens en billets de banque, l'homme au 65 millions de livres vendus (mais à qui bon sang?!), se lance dans un nouveau périple. Après son pélerinage à Saint-Jacques de Compostelle qui lui avait inspiré son best-seller mondial, Paul le lapin entame désormais un voyage sur le Transsibérien, pour découvrir le coeur de la Russie. Le voyage lui servira également à promouvoir son premier roman, "Le Pèlerin de Compostelle", écrit en 1987 et qui vient d'être traduit en russe.
Pas fou le Coelho.
Pas aventurier non plus. Même s'il a déclaré ne pas avoir préparé son voyage,"Je ne veux pas que la route me montre ce que je veux voir. Je veux voir ce que la route veut me montrer", l'intrépide globe-trotter part quand même accompagné de ses éditeurs russes, de gardes du corps et deux cuisiniers russes chargés de confectionner des plats à son goût. Le groupe occupera deux wagons-lits équipés de douches , ce qui n'est pas le cas des wagons ordinaires du Transsibérien, relève, perfide, l'AFP.
De cette Odyssée moderne, Paulo entend ramener un grand livre. Ah bon ? Mais t'as pris un grand sac, Paulo pour le mettre dedans ?




Le Prix du Livre Inter attribué à Jean-Baptiste Harang

Posté par Easywriter le 16.05.06 à 16:25 | tags : news, prix
Le Prix du Livre Inter, présidé cette année par Jean Echenoz, a été décerné à Jean-Baptiste Harang pour La chambre de Stella. Le journaliste de Libération signe un roman familial qui se déroule à Dun-le-Pastel en Creuse. Derrière ce pitch de roman régional, Harang réussit à évoquer les troubles identitaires générés par une filiation trouble : son père n'a jamais dit à ses enfants que Harang était un nom d'emprunt. Tout en sensibilité retenue, l'auteur réussit à éviter l'emphase et la sensiblerie, un travers fréquent dans ce genre d'exercice.

La chambre de Stella, Jean-Baptiste Harang. Editions Grasset.



Da Vinci Code comparable aux caricatures de Mahomet ?

Posté par Easywriter le 16.05.06 à 14:37 | tags : dan brown, news
Folklorique, la polémique religieuse autour du Da Vinci Code ? Pas tant que ça estime la pourtant très sérieuse Nezavissimaïa Gazeta. Le journal moscovite explique aujourd'hui (source La Croix, Reuters) que la polémique autour du film est un nouvel exemple du " véritable duel de la religion et du monde séculier sur l'arène de la culture occidentale contemporaine". En gros, la rivalité ne serait pas tant entre mondes chrétien et musulman qu'entre une certaine culture de l'Occident qui ne respecterait aucun caractère sacré et toutes les religions; d'où la comparaison possible avec l'affaire des caricatures.
Ces déclarations du quotidien russe s'incrivent dans un contexte local de débats sur l'appropriation des signes religieux par l'Etat : Il y a quelques semaines, un redacteur en chef avait en effet été condamné à une amende pour avoir publié une caricature de Mahomet dans son journal.



Anton Tchékhov : des larmes invisibles au monde

Posté par Easywriter le 16.05.06 à 14:34 | tags : extrait
"Mon fauteuil, lui aussi, a son truc : il est monté sur vis. Tu le retournes et le retournes  tet la barynia monte et descend. Puis tu te mets à trifouiller la dent malade. Elle n'a pas grand-chose, il faut l'arracher et c'est tout, mai tu farfouilles lentement, posément...Tu lui fourres ton miroir une dizaine de fois dans la bouche, parce que les dames aiment qu'on s'occupe  de  leurs maladies .  Tandis que la dame hurle, tu lui dis : " Mon devoir est de soulager vos horribles souffrances, c'est pourquoi je vous prie de me faire confiance"- vois tu, sur un ton majestueux et tragique...Sur la table devant la barynia, il y a des machoires, des crânes, toute espèce d'os, des instruments divers, des bocaux de sphinx tête-de-mort, tout cela épouvantable, mystérieux. Moi-même, je porte une blouse noire, on dirait un inquisiteur".

Les lecteurs exercés auront peut-être reconnu Anton Tchékhov. Les éditions des Syrtes publient 25 nouvelles du dramaturge russe parues dans des revues humoristiques entre 1883 et 1887. Très vite, Tchékhov changera de ton pour décrire des quêtes existentielles de personnages autrement angoissés.  La plupart des textex ici compilés portaient la mention" Ne figurera pas dans mes oeuvres complètes".
Des larmes invisibles au monde, Anton Tchékhov. Editions des Syrtes.



Nicolas Rey : Vallauris Plage

Posté par Myosotis le 16.05.06 à 10:04 | tags : roman

A vrai dire, je n'ai aucune affection pour Nic. Rey., son oeuvre et son personnage encore moins. La première est emblématique d'une fusion presque revendiquée entre la tradition française de droite (Nimier, Blondin, Matzneff) et un courant trash importé des classes populaires ou des Etats-Unis (Despentes, Ellis, Carver) qui ne fonctionne pas du tout et incarne ce que je trouve le plus rebutant dans le roman français : une forme vide pour un fond vicié et toc.
A côté de Rey qui fait ça quasi exclusivement dans le registre amoureux (il aime Nick Hornby), je préfère encore Beigbeder qui, à mon sens, est plus intelligent et a mieux intégré l'apport de Brett Easton Ellis. Avec Rey, on se retrouve comme toujours au coeur de l'Ecole de Versailles, l'une des plus puissantes chapelles littéraires françaises : père directeur commercial dans l'industrie chimique, ambition personnelle "ne pas travailler" en réaction contre le milieu familial, boîtes de nuit parisiennes, alcoolisme mondain, invitation chez Ardisson dès qu'on a écrit trois lignes sur son PC etc. On raconte l'amour et on y mélange la mort et la folie parce qu'Eros et Thanatos bien sûr. On se donne un tour romantique car la passion ne peut pas durer, hein ? La vie passe, ça s'émousse, on passe du sexe à la tendresse et du sexe à la haine, du sexe à l'infidélité, oulala. Voilà Nic Rey. C'est évidemment intéressant (nous sommes tous des hommes et des femmes par delà nos différences, hein ?) mais ça n'a rien de neuf et ne mérite sans doute pas qu'on s'y arrête.

En ce qui concerne Vallauris Plage, je viens à lui : il fonctionne mieux que les précédents car Nic Rey s'est cassé la tête à inventer des personnages et une intrigue presque policière. En sortant son monde de Paris où il étouffait, il redonne un peu de jus à sa mayonnaise et réussit à faire illusion sur quelques pages grâce à quelques trouvailles amusantes. Ses personnages sont tocs (Frank Bastide est le narrateur, c'est un serveur neurasthénique...) et s'ébattent dans un environnement Riviera sexuel, festival de Cannes, folles nuits, où une nana toute puissante cherche l'amour, le vrai et pas le sexe d'un soir. Evidemment c'est beau : une fille qui cherche la passion et ne veut pas la vie de madame tout le monde. Vous avez l'idée générale. Soyez sûr qu'à Vallauris Plage, vous ne croiserez jamais le monde tel qu'il est. C'est ce qui est bien chez Nic Rey. Plus qu'un mélange de Nimier et de Ellis, il réussit cette fois à mélanger Massimo Gargia et Alex Garden (ou Jardin pour les intimes), encore et encore. A croire que toute la littérature française mène à Alex Garden.

 

 

 




Henning Mankell : le retour du professeur de danse

Posté par Easywriter le 15.05.06 à 14:34 | tags : extrait, henning mankell, le seuil, polar, roman


"Une fois, ils avaient traqué ensemble un meurtrier en fuite dans la forêt, au nord de Boras. C’était l’automne, comme maintenant. Stefan avait perdu Molin de vue. En le retrouvant, il l’avait pris par surprise, car il se déplaçait sans aucun bruit. Molin avait fait volte-face, avec une expression de terreur.
Stefan s’était excusé de l’avoir effrayé ainsi sans le vouloir. Molin avait haussé les épaules. Puis il avait dit : « J’ai cru que c’était quelqu’un d’autre. ». Rien que cela. J’ai cru que c’était quelqu’un d’autre."
Du simple, de l'efficace, des héros blessés et revanchards, le suédois Henning Mankell a une bonne recette à polars. Nouvel exemple avec Le retour du professeur de danse, enfin traduit. Dans le mag, retour sur le phénomène Mankell, avant le week-end.


MAJ : la chronique le retour du professeur de danse, dans le mag livres. + short-list Henning Mankell, et le polar scandinave à la loupe

Le retour du professeur de danse. Editions du Seuil.





Liberté d'informer : debat à Sciences-Po

Posté par Easywriter le 15.05.06 à 13:24 | tags : conférence, média, news


On vous avait déjà parlé ici de la campagne "Libertés d'informer" , orchestrée par Luc Hermann et Paul Moreira, journalistes à Canal Plus. La pétition réclamant une révision de la loi de 1978 qui régit notamment l'accès aux documents administratifs, a été signée par plus de 3000 personnes.
Jeudi 18, un débat est organisé à Sciences-Po Paris : y participeront notamment l'ancien responsable du bureau parisien de Newsweek, Ted Stanger, l'historien Marc-Olivier Baruch et l'avocate et ancienne ministre de l'Environnement Corinne Lepage. Le film de Virginie Roels, Abus de pouvoir , qui dresse le tableau des disparités législatives entre la France et des pays comme, l'Angleterre ou la Suède. Ce document avait été réalisé en 2005 pour Lundi investigations.
Flu vous proposera dans la semaine un entretien avec Moreira et Hermann, ainsi qu'un extrait du film de Roels . Ce sera dans le mag société.

Infos complètes sur le site Liberté d'informer.
Illustration : en Angleterre, la Freedom of Information Act appliquée depuis janvier a permis de déclassifier des documents démontrant sans conteste, l'existence de camps où des prisonniers allemands ont été torturés ,pendant l'occupation de l'Allemagne en 1945.
Maj : Lire l'entretien avec Paul Moreira et Luc Hermann + l'article



Da Vinci Code : a qui profite vraiment le crime ?

Posté par Easywriter le 15.05.06 à 12:01 | tags : dan brown, news


En poussant des cris d'orfraie depuis de nombreuses semaines, la plupart des groupes chrétiens ont assuré à Da Vinci Code le film (à 125 millions de dollars), une belle campagne de communication et alimenté la suspicion à l'égard des pratiques de l'Eglise, sur le mode " vous vous agitez beaucoup pour des gens qui n'ont rien à se reprocher".

Cette position, tenue jusqu'ici essentiellement par des ultras, est désormais également la ligne officielle du Vatican.
L'archevêque Angelo Amato, numéro 2 de la Congrégation pour la doctrine de la foi, que dirigeait le pape Benoît XVI avant son élection, a appelé les catholiques à boycotter le film. Le Da Vinci Code est jugé "farouchement antichrétien, truffé de calomnies, d'attaques et d'erreurs historiques et théologiques concernant Jésus, la Bible et l'Eglise". Amato appelle à des manifestations comme celles organisées lors de La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorcese en1998.
Faisant preuve de plus de flair, les dirigeants de l'Opus Dei refusent de se lancer dans une trop agressive campagne de dénigrement et n'ont pas relayé l'appel au boycott du film. Monseigneur Echevatrria a affirmé (source Europe 1) que son organisation n'avait pas de temps à perdre "avec de petits romans pour les naïfs". Au passage, l'Opus Dei, qui clame sa totale transparence à qui veut l'entendre, s'enorgueillit d'accueillir en ce moment plus de 3 millions de visiteurs mensuels sur son site. Grâce à qui ?




Un coeur peu autonome

Posté par Myosotis le 15.05.06 à 10:21 | tags : gallimard, roman

David Foenkinos a exactement mon âge. Il a publié chez Gallimard avant de rejoindre Flammarion puis finalement Grasset, pour ce Coeur Autonome, court roman paru ce mois-ci. Nous avons partagé le même stand sur les salons de pronvice pendant quelques années. Lui a connu un développement assez extraordinaire (10 traductions à l'étranger et un pic de vente, assez vite retombé ) avec la sortie la parution du Potentiel Erotique de Ma Femme, roman assez roublard dont toute l'économie reposait sur son titre. Foenkinos est un type extrêmement intelligent, plutôt doué pour imaginer des intrigues amusantes et ancrées dans le quotidien, et les raconter avec humour. Son premier livre était un vrai trésor lexical, plein de formules et de néologismes amusants. Ce qui cloche, en réalité, depuis son précédent roman, En cas de bonheur, c'est qu'on dirait que Foenkinos s'est pris d'une ambition : devenir Alexandre Jardin à la place d'Alexandre Jardin. Il s'est d'abord recentré sur le couple, a allégé son écriture de toutes les scories, cultivé la fantaisie en système et raccourci de 20% la longueur de ses livres. Coeur Autonome est archétypal de ce mouvement avec la peinture d'une aventure amoureuse "intime et ample" (ah,ah,ah!) entre de jeunes Bonnie et Clyde Malgré nous, issus des bas quartiers de la société. Les gamins qui s'aiment, mélange de l' Appat et de Florence Rey et Maupin (j'ai payé moi aussi mon obole au sujet dans mes Pirates), vont se retrouver à torturer un flic suite à un truc qui tourne mal.


Foenkinos livre un roman très agréable (ce sera toujours le cas), poids léger mais qui ne fait qu'effleurer l'essentiel la plupart du temps, tant sur le fond que sur la forme. Son inspiration sociale sent la lecture assidue de Libération plus que le terrain. Ses émotions amoureuses ne sont pas celles des personnages mais les siennes : elles ont un problème de classe sociale à régler. Heureusement, et c'est ce qu'il reste du talent quand on a tout voulu oublier, le sens de l'observation du romancier est intact et on s'amuse bien. Il n'ets pas impossible que David Foenkinos réussisse à élargir sa base de lecteurs avec ce nouveau roman, voire qu'il attire quelques critiques de gauche et droite dans ses filets : il s'est positionné pour. Mais je ne lui souhaite pas tant que ça. Pas tant par jalousie générationnelle que par espoir pour ce qu'il est capable de faire avec son imagination pour le roman français.


David Foenkinos : Les Coeurs Autonomes. Editions Gallimard


 




Fables, Fables, Fables

Posté par Myosotis le 14.05.06 à 10:17 | tags : bd

Les Fables de Bill Willingham et Lan Medina sont l'une des meilleures séries comics en cours aux Etats-Unis. Alors que les Français doivent se contenter de 2 volumes traduits chez Semic, les anglophones sont arrivés au numéro 50, avec des livraisons en volume prévues encore toute cette année.

Si Fables est une série aussi importante pour la BD que les Watchmen de Moore et Gibbons, il y a vingt ans, c'est parce que le récit, le scénario et le dessin sont susceptibles à eux seuls de faire taire ceux qui rigolent encore quand on met la BD au même rang que le roman. Vaguement inspiré de la Ferme des Animaux d'Orwell, des Fables de la fontaine, le travail de Willingham est finalement bien plus puissant, puisqu'il propose la vision onirique la plus aboutie qu'il m'ait été donnée de lire dans le domaine des contes.

Ses héros de Fables ont été, comme des truands de la Mafia, amnistiés à l'issue d'un conflit majeur et réinséré dans le monde normal. Blanche Neige est maire d'une ville-quartier ressemblant à New York où les Fables (les nains, les vampires, les fées, tous les personnages,...) sont invités à redevenir normaux. Le grand méchant loup est détective privé et est le héros de la narration. Le ressort des 50 épisodes repose sur la contamination réciproque des deux mondes, celui des humains et celui des fables ( une sorte de Matrix atechnologique, dans l'univers du chaperon rouge). Les fables qui n'ont pas visage humain (les cochons qui parlent par exemple) sont ainsi cantonnés dans un coin paumé du district où ils sont détenus dans des camps. Willigham et Médina ont développé l'univers à foison et ont sû tirer un parti extraordinaire de leur situation de départ.
La lecture des deux tomes, offerts à vos enfants, peut les décider à se mettre sérieusement à l'anglais. Ce qui ne gâte rien, c'est que les couvertures de Fables sont assurée par James Jean , l'un des plus grands peintres américains en activité




Les aventures de Lucky Pierre

Posté par Myosotis le 13.05.06 à 14:34 | tags : extrait, le seuil, roman

"Avec irritation, il se fraye un chemin dans la foule dense, frappant les gens à l'aide de son pénis livide, raide comme un tisonnier et étincelant de cristaux de glace, tandis que les klaxons retentissent et que les sirènes mugissent (oh ! quelle bonNE BAise, Gussy ! ta biTE ESt AdorablE!), le métro gronde sous terre. Les suicidés tombent dans la neige autour de lui comme si les cieux posaient un colombin. Mon pauvre foutu cul, putain de dieu, quel froid, mais qu'est-ce que je fiche ici, où sont passés les trucs verts ? Ainsi grommelle-t-il pour lui même en avançant rapidement tout en se réchauffant avec des explétifs et des fantaisies pastorales, tentant de le faire, s'apitoyant sur son sort, transi de froid, fatigué de se tenir droit mais inquiet à l'idée de ne pas le faire, le voilà qui passe, une légende vivante, qui sait, peut-être le dernier de son espèce."

Très très bon extrait des Aventures de Lucky Pierre ( p151-152 - Bobine 3 Clara - Editions Seuil Fiction & Cie)




Millenium People : la revanche

Posté par Myosotis le 13.05.06 à 10:12 | tags : ballard
"La cinémathèque était silencieuse et une pâle lumière bleue emplissait ses couloirs mornes. Je rajustai ma veste dans le miroir derrière la caisse. Une tache de vomissure sanglante séchait sur le badge d'identification épinglé sur ma poche de poitrine. Ou j'avais été malade de peur, ou l'un des vigiles était plus blessé que je ne l'avais cru.
J'enfilais ma cagoule et me rendis au bureau du directeur. Les prisonniers étaient étendus sur le tapis près de la table. "

Je veux bien concéder à certains que Millenium People n'est pas le meilleur Ballard. Je veux bien concéder également (cet extrait le prouve) que l'écriture de Ballard n'est pas ce qui se fait de mieux sur le marché. Mais quand Millenium People fait sa sortie en Poche, il vaut mieux ne pas cracher dessus. Il suffit pour être le meilleur écrivain du monde d'envisager le présent comme s'il était déjà un futur incarné, de lire dans sa trace molle et insipide ce qui se passera (ou ne se passera pas) demain d'une façon spectaculaire, dynamique et pré-sciente. C'est ce que fait Ballard ici. Millenium People est une caricature de composition ballardienne : le psychologue David Markham enquête sur la mort mystérieuse de son ex-femme et infiltre un groupuscule terroriste composé de classes moyennes et supérieures de la Marina de Chelsea. Le nouveau terrorisme plan-plan lutte contre la hausse du prix du m2 à Londres, la vie chère, la dictature des loisirs et la dégradation de son niveau de confort. Il s'attaque aux symboles de notre culture du loisir et de l'ennui : les médiathèques, les supermarchés, les boutiques de mode, les institutions de fonctionnaires.
Ce qui est beau chez
JG Ballard, c'est qu'il écrit toujours le même livre (on a toujours droit au même héros, à la même femme, au même gourou charismatique et déviant, aux mêmes adjectifs débiles dans les descriptions), mais avec, à chaque fois, une idée de génie différente. Cette idée, en 5 lignes et 1 pensée étirée sur 250 pages, suffit à faire de lui ce qu'il est et à enfoncer la concurrence.




Ganges de Kevin Huizenga

Posté par 2goldfish le 12.05.06 à 12:49 | tags : bd
Glenn Ganges ressemble vaguement à TintinDans ce premier recueil de ses aventures, Glenn Ganges va à la bibliothèque, observe un gamin qui jette ses papiers de bons bons dans la rue, passe une soirée avec sa compagne et se couche. Ce qui se passe dans cet album, principalement, se passe dans la tête de son personnage principal, ou dans ses discussions avec sa femme. Kevin Huizenga parvient cependant à éviter l'écueil de ce genre de BD sans action, qui se résument trop souvent à des têtes qui parlent, grâce à une invention constante dans le découpage, en particulier dans le premier chapitre, un vision inédite du voyage dans le temps, pas du tout science-fictionelle mais formellement vertigineuse. Le genre de chose impossible à résumer avec des mots. Heureusement pour moi, vous pouvez lire ce chapitre sur le site de l'auteur.
Sans jamais perdre sa légéreté de façade et son goût pour le jeu narratif, Ganges parle de la vie dans un monde où l'on peut connaitre l'âge de l'univers mais pas ce qui se passe à deux mètres de nous dans le noir. Ca n'est pas rassurant, mais c'est quand même bon à savoir.

Ganges, Kevin Huizenga, Coconino Press/Vertige Graphic



Chuck Palahniuk cause dans le poste.

Posté par Maxence le 12.05.06 à 10:00 | tags : chuck palahniuk, conférence, le seuil, littérature en vidéo, média



Internet, la fourrure de castor (!), les valeurs bourgeoises, l'histoire, la connaissance et l'ignorance, la fin du militantisme et des grandes utopies, tels sont les sujets abordés par Chuck Palahniuk au cours de cette lecture issue de son DVD paru en 2003 : "Postcards from the future". D'autres entretiens avec l'auteur de Fight Club, Choke, Survivant, Monstre Invisible, Berceuse, Journal intime et Le Festival de la Couille sont disponibles sur Youtube. (Merci Daylon)




Charles F Ramuz en Pléiade

Posté par Easywriter le 11.05.06 à 12:26 | tags : gallimard, livre, pléiade

La prestigieuse collection de Gallimard accueille l'écrivain vaudois. L'occasion peut-être d'en finir avec un malentendu persistant autour de l'auteur d'Aline. Son goût pour la description de la terre, des cailloux de mica au craquèlement de la terre, a un peu rapidement conduit à un étiquetage, "écrivain régionaliste du terroir". Non, Ramuz n'est pas Mistral, ni même Giono. Et on aurait également tort d'assimiler sa prose à l'énième occurence d'un certain naturalisme balzacien. Bien plus audacieux qu'il n'y parait de prime abord, Ramuz a inventé une langue qui, dans les années vingt,  fut perçue comme subversive. La réédition par Gallimard de ses romans permettra peut-être de réhabiliter un auteur bien plus violent qu'il n'y parait.

La Pléiade : Charles F. Ramuz. Deux tomes.



Da Vinci code : les Chrétiens passent à l'offensive

Posté par Easywriter le 11.05.06 à 11:18 | tags : dan brown, news
A l'approche de la sortie au cinéma de l'adaptation de Da Vinci, le film, de nombreux groupes religieux conservateurs passent à l'offensive. L'Opus Dei, qui dans le roman de Dan Brown, est considéré comme le bras armé de l'Eglise chargé de défendre l'image biblique du Christ, s'est fendu d'un communiqué : " il n'y a aucune définition ou théorie, universitaire ou populaire, qui permette d'appliquer les termes péjoratifs secte ou culte à l'Opus Déi", indique le groupe religieux. Concernant la thèse des rapports sexuels entre Jésus et Marie-Madeleine, l'Opus Dei rappelle qu'aucun spécialiste des questions religieuses ne soutient le point de vue du Da Vinci Code.
D'autres groupes religieux conservateurs comme le CWA ("les femmes inquiètes" pour l'Amérique) s'indignent également de l'habileté d'un livre qui selon eux est "truffé d'images sataniques et d'inexactitudes historiques, toutes destinées à instiller le doute (...) à propos du caractère divin du Christ", comme l'a expliqué l'un des responsables du CWA, Robert Knight.
Un peu partout dans le monde chrétien, des organisations religieuses manifestent leur indignation : en Inde, 50 personnes ont entamé une grève de la faim répondant à l'appel du Catholic Secular Forum (CSF). Le livre de Brown avait même été brûlé dans les rues de Mumbai le 9 avril dernier. "Nous avons pas mal d'espoir que le film soit interdit. S'il ne l'est pas, ils risquent de devoir faire face à la mort de quelques personnes ce qui aura un impact négatif sur le gouvernement au pouvoir", a déclaré à l'agence Reuters, Joseph Dias, responsable du CSF. " Sony Pictures a confirmé la sortie du film dans le pays le 19 mai. A Singapour, il sera interdit aux moins de seize ans.

Sur Flu : Le dossier Da Vinci Code : le livre, le film, le business, les sites....



Sylvère Lotringer : A satiété

Posté par Easywriter le 10.05.06 à 15:47 | tags : essai, extrait, sexe et littérature

"- Les patients écoutent des cassettes . Les bandes sont de courtes descriptions de scènes sexuelles dans lesquelles figurent des enfants. Cela pourrait donner quelque chose du genre : 'Vous vous trouvez avec une petite fille. Vous lui ôtez sa culotte. Vous lui faites toucher votre pénis.'
- Je vois.

- Ou quelque chose comme : 'Vous tenez un petit garçon par derrière. Vous faites entrer et sortir votre bite de son trou du cul.'

- Je vois."

Il faut s'appeler Sylvère Lotringer pour rester impassible face aux énormités que l'on invente pour traiter les délinquants sexuels ces jours-ci. A moins qu'il ne s'agisse que d'un truc pour faire parler les Dr. Folamour de la rééducation sexuelle ? La réponse dans le mag Société.

A Satiété , Sylvère Lotringer. Editions Désordres




Richard Powers : le temps où nous chantions

Posté par Easywriter le 10.05.06 à 14:34 | tags : extrait, le cherche-midi, roman
" J'arrive à la trentaine. Je ne sais pas où est ma soeur. Mon frère m'a abandonné. Toutes les grandes villes d'Amerique ont brûlé. La maison est maintenant une sorte de hideux pavillon de banlieue dans le New-Jersey où aucun d'entre nous n'a jamais vécu. Da est dans son bureau, penché sur encore davantage de schémas. Il besogne furieusement sur l'unique besoin que j'ai besoin qu'il résolve. Mais comme toujours, il ne peut pas résoudre ceux qui lui tiennent à coeur. Il me dit : "La race, la couleur de peau, ça n'existe pas. La race n'existe que si tu arrêtes le temps, si tu arrêtes un point zero pour ta tribu. Si tu fais du passé une origine, alors tu figes l'avenir. La couleur de peau est variable dans le temps. C'est un chemin, un processus en mouvement. Nous nous déplaçons tous selon une courbe qui se brisera comme une vague et nous reconstruira tous."
Il est impossible que lui et moi soyons de la même famille."

Ce livre de Richard Powers est un roman polyphonique, un vrai. La musicalité de son écriture, son érudition, sa clairvoyance ont fait dire à Greil Marcus qu'il n'avait jamais rien lu d'aussi assez ambitieux et abouti. Les entretiens qu'a accordé l'auteur à Transfuge et aux Inrocks sont lumineux.  Soyons honnête : Richard ¨Powers nous effraie. Dès qu'on a fini les 750 pages de ce roman "total" et repris un peu de confiance en soi, promis on écrit un papier.
Le temps où nous chantions, Richard Powers. Le Cherche-Midi.



Unlucky Pierre

Posté par Myosotis le 10.05.06 à 11:35 | tags : le seuil, roman, sexe et littérature

Il m'arrive très rarement (jamais en réalité) de ne pas aller au bout d'un livre. Je trouve ça bête d'avoir perdu son temps sur 100 ou 200 pages pour s'arrêter en chemin, mais cela pourrait bien se produire avec Les aventures de Lucky Pierre de l'américain Robert Coover. Je me souvenais de Coover pour la Bonne et son maître, un roman érotique qui m'avait bien plu  à l'époque et j'ai lu quelques critiques qui recommandait chaudement son dernier ouvrage. Les Aventures de Lucky Pierre sont le récit du quotidien d'un type qui s'appelle Lucky Pierre et qui est une star du porno dans une ville bizarre appelée CinéCity où tout tourne autour deLucky Pierre et de ses films de boules. LP se lève, se fait sucer par des nymphes employées par lui, se fait habiller, prend une fille en levrette sur le canapé, monte dans l'ascenseur, se fait sucer, prend un taxi, baise sur la banquette arrière, puis se rend au travail (il est filmé en permanence), où il devra baiser avec sept ou huit filles, leur mettre des doigts etc. L' écriture de Robert Coover est précise, travaillée dans le registre burlesque, presque balzacienne dans sa manière de couler simplement sur le réel mais malgré toutes ses promesses de style et de sexe, rien ne se produit avec ce livre. Les répétitions sadiennes sont alignées comme des pins morts dans une forêt des Landes et les descriptions d'orgie ne me tirent même pas un quart d'érection. Je vois bien que Coover fait de son Lucky Pierre un Ulysse moderne et qu'il s'en donne les moyens stylistiques. Mais, du coup, et à cause de tous ses efforts, ce livre majoritairement érotique devient juste intelligent, littéraire, formidablement bien écrit et surprenant, critique, second degré, alternant les flashs cinématographiques et les champs d'analyse du personnage (LP a des états d'âme), mais surtout SUPERCHIANTISSIME. Coover arrive avec une matière première en or à faire du Régis Jauffret. C'est désespérant et cela explique pourquoi la critique a aimé et pas moi.                                                                                                                                 




Da Vinci Code : et si c'était vrai ?

Posté par Easywriter le 10.05.06 à 11:27 | tags : dan brown, news
C'est la question posée par un sondage publié par Sciences et Vie. 31 % des personnes interrogées sont prêts à croire que le best-seller de Dan Brown s'inspire de faits réels. Les deux tiers d'entre eux en sont même totalement convaincus, les autres concédant qu'il doit s'agir d'un mélange entre ésotérisme et faits réels. Par ailleurs,  18 % des sondés pensent qu'il est possible de cloner le Christ à partir d'une vieille relique.
Notre avis?
1)Un pourcentage considérable de gens prend plaisir à répondre n'importe quoi à ces sondages à la con.
2) 100% des medias contribuent au marketing de Da Vinci Code le film.
3) 41% de nos lecteurs pensent que cette brève cache mal un déplorable opportunisme de notre part.



Jean Rolin : l'homme qui a vu l'ours

Posté par Easywriter le 09.05.06 à 14:34 | tags : essai, média, pol
"En dépit d'imprévisibles rafles, les "Biegarten" de Clifford Pier sont à la nuit tombée, accueillants aux prostituées professionnelles ou occasionnelles. Et là encore, votre connaissance des langues asiatiques ayant beaucoup progressé depuis que vous naviguez sous pavillon héllénique, vous remarquez parmi les filles une proportion considérable de sujettes du roi de Siam. Lorsque, enfin, vous débarquez au Pirée - pour découvrir que votre armateur a fait faillite et disparu sans laisser d'adresse -, vous ne pouvez résister à la tentation d'une dernière virée dans ces bars à matelots dont cependant vous auriez dû apprendre, à vos dépens qu'ils se ressemblent tous d'un bout à l'autre de la planète".
Extrait d'un article de Jean Rolin, "Bangkok, la traite des Thaïs", initialement paru dans le magazine Lui en 1984. Qu'il aille aux Antipodes ou sur la ligne bleue des Vosges, Jean Rolin est un impeccable écrivain reporter qui ne néglige ni la qualité des informations, ni celle de sa singulière écriture. Parfois, on est au bord de la fiction mais qu'importe :A l'heure où tous les journaux sont écrits de la même façon, où le reportage a perdu la dimension mythique sans laquelle il n'est plus rien, il est bon de relire Jean Rolin, dont les éditions POL compile 25 ans d'articles. 1000 pages d'un journalisme qui n'aurait pas démissionné.

L'homme qui a vu l'ours
, Jean Rolin. Editions POL.



Le Poisson secret de David Means

Posté par Myosotis le 09.05.06 à 12:41 | tags : gallimard

Je n'ai pas l'habitude de lire des nouvelles et encore moins souvent d'en dire du bien. Il faut néanmoins avouer que le recueil de David Means, écrivain américain que je ne connaissais pas jusqu'alors, est sacrément bien foutu.
Mon histoire préférée est sans surprise celle qui donne le nom au recueil et qui raconte le quotidien d'un poisson rouge abandonné dans son bocal par une famille en plein divorce. La situation est fine, traitée subtilement (on se croirait chez Nabokov pour l'analyse psychologique) et avec une pointe d'humour, de spiritualité et de dérangement qui est très plaisante. David Means réussit ici un recueil très équilibré, avec des histoires à la fois réalistes (ancrées dans un Michigan pas facile), oniriques et souvent atteignant une portée quasiuniverselle. Evidemment, il y a des nouvelles que j'aime un peu moins (celle du pianiste qui ne sait plus jouer, ou du gars fossilisé dans une tourbière) mais le tout emporte le morceau à l'aise. Means maîtrise parfaitement les canons du genre : ouverture, action, chute surprenante, comique de situation, mélange de chaud et de froid. C'est assez bluffant et à la fois très frais et spontané. Cela n'a pas ce côté artificiel des nouvelles qu'on peut reprocher parfois. Means est suffisamment inventif pour se libérer du format et dessiner des séquences intelligentes.


Lire un extrait


Lire la chronique Le Poisson secret


 




Invincible

Posté par Myosotis le 09.05.06 à 10:32 | tags : bd
L'invention d'un super-héros, et encore plus d'un super-pouvoir, est ce qu'il y a de plus dur dans le monde de la fiction contemporaine. Si vous essayez chez vous, vous verrez qu'il est vachement compliqué d'imaginer un pouvoir, un costume, un domaine d'intervention qui n'ait  déjà été travaillé ou imaginé par d'autres. C'est ce à quoi s'essaie (sans y parvenir tout à fait) Robert Kirkman avec la sortie chez Delcourt des deux premiers tomes de la saga Invicible.
Invincible est un nouveau personnage qui n'est pas autre chose qu'un "fils de", puisque le père du héros teenager aux superpouvoirs est lui-même une sorte de Superman. Le premier tome est centré sur l'intrigue familiale et l'émergence du héros lui-même, tandis que le deuxième tome se concentre sur ses premières aventures de héros autonome. Invincible est tout ce qu'il y a de plus recommandable, bien écrit, assis sur des scénarios solides et consistants. L'intérêt de la série réside dans l'apparition de supervilains très marrants et dans la mise en place du héros. Cela rappelle, pour ceux qui ont aimé, le premier volet du Spiderman cinématographique, avec pas mal de légéreté, d'humour et évidemment quelques métaphores pré-sexuelles. Le dessin est assez "Golden Age" et se prête bien aux aventures adolescentes du héros.

 




Sylvain Coher : Fideicommis

Posté par Easywriter le 08.05.06 à 14:34 | tags : extrait, naïve editions, roman
"Quoi qu'elle fasse, quoi qu'on lui dise, Agat ne capitulera pas. Jamais. Il lui faudrait une contrainte tangible, une certitude intérieure, ce qui est loin d'être le cas. Il avait rendez-vous, a-t-elle affirmé dans un bureau sans fenêtre, avec une petite moue butée, rebelle, qui n'arrangeait rien à son affaire. On lui a demandé avec qui et là, bien sûr, elle ne savait pas quoi répondre. S'est passé les deux mains dans les cheveux. Un femme, certainement. Elle était même au cimetière cette salope, vous auriez du la voir, l'arrêter, je ne sais pas moi."

Nous non plus, on ne sait pas. Sylvain Coher narre la transformation d'un paisible prof d'histoire en tenancier de tripot cynique et violent. Pourquoi ? Parce qu'il a hérité d'un hôtel de passe, ce qui est un excellent point de départ pour un roman.

Fideicommis, Sylvain Coher. Naïve Editions.



A quoi ça sert tout ça....

Posté par Myosotis le 08.05.06 à 12:16 | tags : web

Il y a dans l'activité de "bloggeur" des aspects dérisoires qui sautent aux yeux. Cela rassure pourtant de voir que d'autres énergies sont gaspillées encore plus gratuitement que les nôtres. Ainsi, ce site sur lequel je suis tombé l'autre jour par hasard et dont je n'arrive pas bien à cerner les intentions, les mécanismes et les objectifs. Apparemment, il s'agit de concaténer en un UNIQUE texte (et non un collage de textes) des milliers de pages d'auteurs libres de droit et de les donner à lire au public. Mais quel public au juste ? Quels yeux ? Quels cerveaux ?
Le topo qui figure à l'accueil du site ne m'a pas éclairé et je reste hypnotisé par la dimension surréaliste du phénomène. Pourquoi juxtaposer des bouts d'oeuvre qui en deviennent de ce fait illisible. Est-ce de l'art ? Est-ce un moyen de créer une nouvelle intertextualité ? Est-ce un délire purement informatique ? Y a-t-il là dedans une réalité anticipée qui m'a échappé ?
Le site (je ne commente même pas son titre) a un côté glaçant, effrayant. J'arrive à voir comment ça fonctionne, je perçois l'ossature, la mécanique à l'oeuvre et je crains qu'elle n'ait raison sur moi et raison sur nous tous un jour prochain. Ces "gros mots" ne sont pas drôles pour deux sous. Ils sont monstrueux.  

Le site grosmots






Galbraith révolutionnaire

Posté par Myosotis le 08.05.06 à 10:15 | tags : essai

De Kenneth Galbraith, l'économiste américain d'origine canadienne qui s'est éteint il y a quelques jours, je ne connais que deux ouvrages qui figurent parmi les seuls livres d'économie que j'ai lus... entièrement. L'Ere de l'opulence date de 1958. Le Nouvel Etat Industriel a dû être publié 10 ans plus tard ou quelque chose comme ça.
Ce que je retiens (avec mon mini-cerveau) des thèses de Galbraith, qui est ce qu'on appelle un keynésien (il a notamment défendu brillamment la mise en place de salaires minimum devant le fameux club de l'horloge, il y a quelques années), c'est essentiellement 2 choses :
1. Galbraith a retourné ce qu'on appelle la loi de l'offre et de la demande. Avant lui (je caricature), on pensait que c'était la demande (des consommateurs) qui sollicitait et déterminait l'offre (de biens) produite par les entreprises. Galbraith a écrit et démontré que ce n'était pas aussi simple et que l'offre pouvait avoir un rôle moteur dans la création et l'alimentation d'une demande. Ex : je produis des nouveaux ustensiles hi-fi de loisirs (téléphone à la con) et je crée donc le besoin et les gogos qui les achètent.... Ce sont les entreprises qui imposent des produits aux consommateurs, et non l'inverse.

2. Si on admet 1., on doit considérer que ce n'est pas le "client qui est roi" mais que celui-ci est plus ou moins l'otage de la technostructure et de ses équipes. C'est le Management d'entreprise (bras armé de la technostructure) qui fait la pluie et le beau temps sur le marché et modèle (au sens "sculpture" du terme) la demande et la société de consommation dans laquelle on vit.  

Galbraith, dans mon souvenir, ça se lit bien et clair. C'est précis et c'est surtout d'une lucidité implacable. On devrait le donner en lectures dirigées aux futurs présidentiables du parti socialiste. Regardez en plus comme il est beau, ici avec sa femme Kitty.

Un site consacré à Kenneth Galbraith.



Jean Lorrain : la preuve par le texte

Posté par Easywriter le 07.05.06 à 14:34 | tags : extrait
"Tout son poil se hérissait sur sa chair moite : la silhouette démantibulée de la servante défunte s’agitait et se trémoussait, marionnette funèbre, au milieu du vestibule désert ; la fenêtre qui éclairait l’escalier la baignait d’une lueur de lune et, dans le rayon lumineux et bleu, la morte passait et repassait, brossant, frottant, en proie à une agitation fébrile ; on eût dit l’oeuvre d’une damnée, et M. de Lautréamont, comme elle passait devant lui, vit distinctement des gouttes de sueur sur son crâne déjà poli. Il refermait brusquement la porte terrifié et convaincu.« Tu as raison, faisait-il simplement en revenant auprès de sa femme : il faudra faire dire quelques messes pour cette fille. »
Dix messes furent dites pour la défunte, dix messes basses auxquelles assistèrent M. et Mme de Lautréamont et toute leur maison, et la bonne Gudule ne revint plus faire l’ouvrage de Mlle Agathe par les claires nuits de novembre."

Un extrait comme ça en passant de Jean Lorrain. En savoir plus ? C'est par ici.

Histoires de Masques, Jean Lorrain. Editions Ombre.




Jean-Bernard Pouy et Joe G Pinelli : Fratelli

Posté par Easywriter le 06.05.06 à 14:34 | tags : extrait, roman
"Un jour prochain, c'était obligatoire, Emilio parlerait à des gens qui le connaîtraient, lui, Ercole. Un jou ou l'autre. Des hommes et des femmes bienveillants qui écouteraient sa belle histoire, croyant à cette fable du frère qui n'a pas vu le sien depuis longtemps et qui le recherche pour enfin le serrer sur son maigre poitrail. Ce qu'ils ne savaient pas, ces pauvres gens émerveillés que l'amoure fraternel puisse traverser le sombre océan, c'est que leurs retrouvailles en laisseraient un exsangue sur le bitume défoncé, juste en face d'une épicerie où l'on vend des tomates et des poivrons comme là-bas, au pays."

Puisqu'on parle en ce moment des adaptations BD de polars, c'est l'occasion d'évoquer aussi cette collaboration entre un maître du genre en France, Jean-Bernard Pouy, et le dessinateur Joe G Pinelli. Fratelli narre donc les retrouvailles de deux frères qui ont perdu leur benjamin quarante ans plus tôt. Une vendetta sous le soleil de la péninsule italienne où Pouy frappe par la sobriété de son écriture, à laquelle le graphisme de Pinelli ajoute une tension qui confine au malaise.

Fratelli
, Jean-Bernard Pouy. et Joe G Pirelli. Editions de l'Estuaire.



Freud a 150 ans

Posté par Easywriter le 06.05.06 à 11:01 | tags : news
Le père de la psychanalyse aurait donc 150 ans aujourd'hui. Lui qui pensait que son oeuvre - dont il compara l'impact aux théories de Copernic ou de Darwin - lui survivrait largement ne s'est pas trompé. En revanche, le Viennois n'avait pas prévu qu'après avoir provoqué une véritable révolution cognitive - non le sujet pensant n'est pas transparent à lui-même- la psychanalyse redeviendrait ce qu'au fond, elle a toujours été : une bonne vieille théorie. L'ensemble de la théorie freudienne échappe pour l'essentiel au caractère de répétition des expériences et au principe de réfutabilité qui permet d'identifier une science.
Reste que Freud, même vivement contesté - de l'Anti-Oedipe de Deleuze et Guattari aux neurosociences actuelles - a provoqué un véritable choc culturel ; et qu'à l'instar de penseurs comme Marx, il a mis en place une véritable "force matérielle", capable de produire du symbolique et donc d'influencer  l'imaginaire. Et cela dure depuis 150 ans.



Mon affaire Clearstream.

Posté par Maxence le 06.05.06 à 09:27 | tags : denis robert, les arènes, média


Il y a quatre ans, j'interviewais Denis Robert, l'auteur de La Boite Noire et de Révélation$, histoire de mettre en avant les inconvénients de la virtualisation de la monnaie et des mouvements de fonds dans le monde. Résultat : 3 semaines de coups de fils anonymes, une dizaine de tentatives de virussage de mon ordinateur, dont une réussie ! Plus de PC à la maison pendant 5 jours et heureusement, le soutient de Denis, journaliste intègre comme j'en ai rarement rencontré depuis. Aujourd'hui alors que l'affaire Clearstream revient sur le devant de la scène (même si tout le monde a oublier de quoi il s'agit vraiment au profit de la lutte de pouvoir occulte Sarkozy/Villepin), je ne peux m'empêcher de penser à lui, poursuivi par les huissiers et attaqué régulièrement par les tenants de la chambre de compensation luxembourgeoise. Parce que, comme dit notre chef, "la liberté d'expression des journalistes" - surtout dans des affaires aussi grave - est fondamentale, j'oserais ici vous inviter à passer signer la pétition le concernant.
Et aussi à jeter un oeil à l'article qui me valut quelques ennuis, sans oublier bien sûr le fil de news s'y rapportant.


Lire également : la domination du monde, chronique + entretien dans le mag.





David Means : le poisson secret

Posté par Easywriter le 05.05.06 à 14:34 | tags : extrait, gallimard
" Un pianiste fut pris de panique parce que sa main droite s'était bloquée pendant une sonate de Schubert, qu'elle était devenue lourde, manquant ainsi plusieurs notes de l'andante, ce qui avait déclenché un léger murmure dans le public -accompagné des toussotements durs et mordants de gorges en colère. Tout était soudain disloqué, sa maîtrise vacillante, et brisée l'alliance normale entre sa dextérité, son talent et ce que l'on pourrait appeler du génie. Le public se figea dans un silence stupéfait, un trou noir auditif dont émergèrent encore quelques toussotements tendus.
Comme presque tout le monde le sait déjà, son jour de gloire, son retour triomphal de Moscou, était fichu. Et comme beaucoup d'entre vous l'aurez deviné, le sentiment de panique qui naquit ce soir-là n'allait pas se dissiper. Ses doigts restèrent lourds, comme on dit dans le jargon de sa profession. Ces doigts-là -je l'avoue- sont les miens."

Voilà un avant-goût du recueil de nouvelles de David Means, avec cet extrait de  Petrouchka (avec omissions). Myosotis vous en reparlera ici-même mardi et dans la foulée,Vanessa Aubert dégainera son auguste plume (pour la première fois!) dans le mag. Pourquoi une double ration ? Mais parce qu'on  a mal géré la programmation  vous aime les amis.
Lire la chronique de Poisson secret dans le mag

David Means, poisson secret. Editions Gallimard.



'Pataphysics : Cornegidouille !

Posté par Maxence le 05.05.06 à 10:41 | tags : elucubration, essai, news

Historiquement connue comme une science de l'absurde ayant eu une influence notable sur les arts plastiques et la littérature, il était logique que la pataphysique intrigue également les musiciens, d'où l'utilité de 'Pataphysics (notez l'apostrophe), un drôle de petit bouquin malheureusement non traduit en France - mais d'une relative facilité - accompagné (chose rare) d'un excellent CD regroupant les plus fameux artistes ayant de près ou de loin participé au développement de cette étrange et subversive confrérie. De son co-fondateur, Alfred Jarry à son compagnon de route, Alphonse Allais, sans oublier Marcel Duchamp, Harpo Marx ou Boris Vian en passant par Robert Wyatt et Soft Machine, Gavin Bryars ou Ramuntcho Matta, l'auteur, Andrew Hugill, s'attache à décrypter par l'exemple sonore, l'histoire et les méandres meta(pata)physique de cette science des solutions imaginaires.

Tous les artistes présentés dans ce CD/livre n'affirment pas appartenir à ce (non)mouvement, mais leurs œuvres s'inscrivent, de près ou de loin, dans un courant proche des idées de Jarry et son équipe. Aujourd'hui, et plus généralement au cours des 100 dernières années, alors la culture populaire redécouvre la pataphysique au travers de nombreuses pièces de théatre et de retrospectives, il est intéressant de se pencher sérieusement sur les figures emblématiques du Père Ubu, de l'ordre de la grande Gidouille, de ses héritiers et ses descendants.

'Pataphysics, sous la direction de Andrew Hugill, Sonic Arts Network




Alban Lefranc : des foules,des bouches, des armes

Posté par Easywriter le 04.05.06 à 14:34 | tags : extrait, roman
"Il lui faut des monceaux de silence sur les épaules, une capsule de coton où il pourra essayer de dérouler de nouvelles phrases dans la nouvelle langue. Des monceaux de silence avant midi, pour esquisser les nouveaux gestes, les attitudes capables d'accompagner  les nouvelles phrases. Pas le moindre murumure d'une autre voix dans une quelconque appartement voisin, pas le plus tenu frémissement de corps en mouvement autour de lui, sauf les siens propres. Aucun, excepté son murmure, excepté son frémissement."

On ne sait rien d'Alban lefranc et on ne veut rien savoir. Le titre de son roman, des foules des bouches des armes, n'est pas la seule fulgurance d'un texte au genre indéfinissable. Un livre qui confronte la débâcle idéologique et morale de l'Allemagne de l'après-guerre au surgissement de la violence terroriste. Publié chez Melville dont il faudra penser à dire plus de bien très bientôt.
Alban Lefranc, des foules des bouches des armes. Melville, editions Léo Scheer.



Douglas Coupland et le futur

Posté par Myosotis le 04.05.06 à 12:35 | tags : douglas coupland, news, web

Je disais l'autre jour que l'univers des lettres anglo-saxon avait depuis quelques années largué la vieille Europe, tant du point de vue des thématiques traitées que des formes ou des moyens employés pour vendre le livre. Lorsque aujourd'hui, un éditeur soulève un tollé en France s'il ose assimiler le livre, objet et contenu, à un produit de consommation de masse, les américains, canadiens, les anglais et les allemands, ont tombé l'hypocrisie et les principes contre-nature pour monter des opérations commerciales sans précédent.


Après le faux site biographique qui donnait du corps au dernier roman de Brett Easton Ellis, c'est le canadien Douglas Coupland qui bénéficie pour la sortie le 15 mai de son nouveau roman J-Pod d'une Rolls Royce virtuelle, sous la forme d'un micro-site dédié particulièrement élégant et soigné. On y trouve notamment un extrait du livre, une vidéo interview de l'auteur ainsi que deux ou trois autres choses.

http://www.jpod.info/


 




A la recherche de la nouvelle BD

Posté par 2goldfish le 04.05.06 à 12:10 | tags : bd, web
Online Comics Day 2006
Il semble que pas un jour ne passe sans avoir été l'officiel d'une ou deux choses. Le vingt avril dernier, par exemple, était la journée du cannabis, l'anniversaire d'Adolf Hitler et la journée nationale américaine de "tape m'en cinq". Aujourd'hui, cinq Mai, c'est l'Online Comics Day 2006, une initiative dont le but est de faire connaitre la BD sur le web. Le principe est simple: n'importe qui publiant ses BD en jpeg et qui en consacre une aux webcomics est invité à envoyer son oeuvre, et le simple fait de les rassembler en un lieu unique est sensé être un moyen de promotion en soi.
Le pire côtoie le... je cherche encore le meilleur. En fouillant dans les archives des années précédentes, on se rend en effet compte que les auteurs confirmés ne ressentent pas le besoin de participer.
Comme l'explique Warren Ellis, cependant, on doit surveiller les BD sur le web non pas en dépit du fait que la plupart sont mauvaises mais parce qu'elles le sont. Dans les prochaines années, il n'apparaitra probablement plus un jeune auteur qui n'ait pas débuté avec un petit site perso ou un blog BD, et si vous voulez pouvoir dire "je l'ai connu avant tout le monde", vous n'avez pas le choix, il faut continuer à chercher.



Luc Ferry peut t'apprendre à vivre

Posté par Easywriter le 04.05.06 à 10:14 | tags : news, prix
Avant de faire un passage éclair à l'Education Nationale, Luc Ferry a été un de ces penseurs qui comptent entre l'Eglise St Germain et la station Invalides. Dans son essai Apprendre à vivre (Plon) il raconte une histoire de la philosophie à l'usage du plus grand nombre. Selon son éditeur, le propos du livre est de "faire comprendre en quoi consiste la philosophie, comment elle éclaire de façon irremplaçable les multiples interrogations qui portent sur la façon dont nous pourrions ou devrions conduire nos existences". Une bien modeste ambition tout naturellement récompensée par le Prix Aujourd'hui, qu'il a reçu hier. Un prix créé en 1962 par des journalistes et qui récompense chaque année "un ouvrage politique ou historique portant sur la période contemporaine écrit par un auteur français ou étranger, mais publié en français et en France".
Le jury était présidé par Jean Ferniot, autour de Christine Clerc, Catherine Nay, Jean-Marie Colombani, Albert du Roy, Claude Imbert, Jacques Julliard et Franz-Olivier Giesbert. Des voisins, en somme...



Donald Westlake : les Sentiers du désastre

Posté par Easywriter le 03.05.06 à 14:34 | tags : extrait, polar, rivages
« Andy Kelp faisait confiance aux médecins. Pas tellement sur le plan médical, même si certains d’entre eux étaient également très bon dans ce domaine, mais au niveau des automobiles. (…) Les médecins avaient une parfaite connaissance, par exemple, de la différence entre le bien-être et la souffrance, et ils ne risquaient pas de choisir une voiture avec un siège mal conçu, un volant mal placé ou une pédale d’accélérateur qui vous faisait mal au genou après cent kilomètres. De plus, les médecins ont toujours présentes à l’esprit les conséquences d’un choc à grande vitesse, c’est pourquoi ils choisiront de préférence des produits qui a) éviteront les accidents autant que possible et b) y résisteront en cas de besoin. Voilà pourquoi, quand Andy partait faire ses courses dans les rues et sur les parkings de New York pour trouver un moyen de transport, il cherchait toujours le caducée sur le pare-brise. »

Vous avez reconnu ? Oui, il s'agit bien de Donald Westlake, fringant jeune homme de 73 ans, dont le dernier roman sera chroniqué dans le mag par notre éminent collaborateur, Sébastien D Gendron. Bientôt, on fêtera également les vingt ans des éditions Rivages.
Les sentiers du désastre,
Donald Westlake. (Rivages)

Maj : lire la chronique



García Márquez et Littell sacrés par le LA Times

Posté par Easywriter le 03.05.06 à 12:40 | tags : livre, news, prix
Le LA Times, grosse gazette de la côte ouest ,vient de décerner ses prix littéraires. Dans la catégorie "fiction", Gabriel García Márquez décroche la timbale avec Mémoire de mes putains tristes et Robert Littell fait de même dans la catégorie "mystères" avec Légendes.

Mémoires de mes putains tristes
, de Gabriel García Márquez. Grasset.
Légendes, de Robert Littell, Flammarion.









La liberté ne s'use....

Posté par Easywriter le 03.05.06 à 11:09 | tags : média, news
On fête aujourd'hui la 3ème journée Internationale de la liberté de la presse . Et ce, en grande pompe : 2005 aura été l'année la plus meurtrière depuis dix ans : d'après RSF, 63 journalistes et 5 collaborateurs des medias ont été tués l'an dernier et déjà 22 depuis début 2006.
Côté censure, le marché se porte bien avec plus de 1000 cas relevés en 2005.  La  justice marocaine vient de confirmer tout le bien qu'elle pensait de la liberté d'expression en faisant condamner le journal  à une amende que l'hebdomadaire ne pourra pas payer (270 000 €). Outre qu'il avait mis en cause la probité d'une étude, le journal est connu pour ses prises de position réformistes sur le plan politique et notamment son combat pour l'instauration d'une monarchie constitutionnelle.
La plupart des organes de presse critiques à l'égard de Mohamed VI, ont déjà été condamnés. Finissons par une bonne nouvelle qui nous vient de par chez nous : l'affaire Clearstream, qui prouve que les journalistes qui pratiquent des investigations de longue haleine peuvent faire vaciller le pouvoir.

A lire :

Denis Robert à propos de la domination du monde.
Un autre entretien autour de Clearstream dans les archives de Flu
Gilles Caron pour la liberté de la presse, un album de photos vendus en kiosque au profit de RSF.



James Flint : Electrons libres

Posté par Myosotis le 03.05.06 à 10:26 | tags : au diable vauvert, livre, roman

Il y a dans le deuxième roman officiel de James Flint, l'un des "écrivains anglais les plus prometteurs de sa génération", une bonne dizaine d'excellentes raisons de se réjouir. Flint tente ici un vrai roman comme on les aime, mêlant réalisme des situations (peinture d'une communauté hippie, petites villes à la Rockwell), goût pour les nouvelles technologies et la société contemporaine (le nucléaire, la société américaine et ses fêlures) et narration d'amplitude (600 pages, des rebondissements, des personnages attachants et nombreux). L'histoire est celle d'un informaticien qui travaille dans une base secrète américaine sur le sol britannique et qui reçoit par la poste, dans une urne, les cendres de son père, Jack Reever, artiste qu'il n'a pas vu depuis 20 ans. Comme il travaille sur une base hautement surveillée, l'arrivée de l'urne attire l'attention sur lui et lui fait plus ou moins perdre son poste..
Le livre raconte les tribulations du fils qui part aux USA et se met sur les traces de son père. Celui-ci lui prépare un jeu de pistes extraordinaire qui... est une oeuvre d'art à lui tout seul et l'amènera à Atomville, ville conservatrice et folklo dédiée à la technologie de l'atome. Le roman est un road-book assez enthousiasmant et rempli de moments de bravoure inattendus.  Le père du héros est un double romanesque de l'artiste James L. Acord, rencontré par l'auteur, et dont des photos illustrent joliment le roman, insérées au coeur du texte, dans un gimmick inutile (souvent) mais qui permettent de soutenir le formidable travail d'imagination de Flint.
Tout serait parfait si le plot justement n'admettait un sacré coup de mou aux alentours de la page 150 et ce jusqu'à la page 400. Répétitions des rencontres d'amis/ennemis du père. Accumulation des déboires peu "spectaculaires". Alternance des séquences présentes et des flash backs peu dynamiques. Le héros est, par ailleurs, le personnage le plus horripilant du récit, une sorte de "chochotte" névrosée qui, sur la longueur du voyageur, agace carrément et peut lâcher le lecteur.
Dans un genre presque inédit (le road-book de technoaventures sentimental), Flint passe tout de même à deux doigts du chef d'oeuvre et pose une vraie question : le livre parfait dans ce registre est-il possible ?
 




David Peace : GB 84

Posté par Easywriter le 02.05.06 à 14:34 | tags : extrait, polar, rivages

« Casque bleus. Visière baissée. Boucliers ronds. Matraques – Coups des deux côtés – Les brigades font le plus grand nombre possible de prisonniers – Les capturent violemment – Par les cheveux – Par la gorge – Par les couilles –Chaos – Putain de bordel de chaos (…) Puis les putains de saloperies de chevaux arrivent. La première fois que je les vois de près. Par groupes de six. Visière baissée. Matraque brandie – Tueraient s'ils pouvaient – Et ils peuvent. »

Les grèves des "gueules noires" de l'Angleterre thatchérienne narrées par David Peace, ça donne  GB 84, un feuilleton politique mené tambour battant dans lequel l'héritier d'Ellroy apparaît au sommet de son art.

Chronique dans le mag.

David Peace, GB 84. Rivages.




"Vous m'en mettrez une livre"

Posté par Easywriter le 02.05.06 à 12:02 | tags : média, news

"L'autre jour une dame qui cherchait les Légumes des jours au rayon cuisine s'est trouvée redirigée au rayon lettres : le livre s'appelait en fait l'Ecume des jours de Boris Vian. Des cas comme ça, on en a quotidiennement. Ça fait rire sur le moment avec les collègues, mais ça finit par peser sur les nerfs. Dernièrement, s'est présenté un monsieur qui cherchait "l'histoire d'un homme qui se promène avec une lanterne". Au bout de presque une heure de discussion, le mystère a été éclairci : il s'agissait de Robinson Crusoé...».
Les confessions d'un libraire de banlieue dans le décidément excellent cahier emploi de Libération. Si vous l'achetez, vous aurez en prime un strip de Vuillemin, particulièrement bien senti.



Patrick Raynal retourne dans le noir

Posté par Easywriter le 02.05.06 à 11:37 | tags : flammarion, news, polar

Patrick Raynal vient de publier Retour au noir, livre en forme d'hommage à Raymond Chandler pour lequel l'ancien directeur de la Série Noire éprouve une admiration sans borne. Le roman raconte les retrouvailles entre Corbucci le Niçois et Jim l'Américain qui ont milité vingt ans auparavant à l'extrême gauche. Aur programme :Disparition, mystère et  vieilles pépées...  Les polardeux nostalgiques (pléonasme?) peuvent rencontrer Patrick Raynal samedi 06 mai à 17 h au MK2 Bibliothèque.

Retour au noir,
Patrick Raynal. Editions Flammarion.

.



Art et comics

Posté par Myosotis le 01.05.06 à 14:51 | tags : bd, web
P
Pour ceux que ça intéresse (j'en ai déjà parlé : l'achat de planches originales de BD est un bon moyen de se payer de l'art décoratif à prix correct), le site comicart regroupe la plupart des galiéristes spécialisés dans le domaine des planches originales, couleur ou dessinées, de comics américains ou étrangers. On y trouve de petites merveilles hors de prix comme les peintures d'Alex Ross (compter... 3000 euros pour les premiers prix), des planches de feu Will Eisner, grosse cote lui aussi, ou de plus abordables dessins de Gene Ha (à partir de 60 euros, pour la série Top Ten), Zander Cannon ou Marc Silvestri. Il y a eu ces derniers temps une ruée sur les V for Vendetta (il n'en reste plus aucun). Si vous voulez investir et boursicoter les planches XMen ont la cote ainsi que tous les travaux qui vont bénéficier d'une adaptation ciné, GhostRider, Spiderman ou les 4F (dont le deuxième volet est en cours de tournage). La collection de planches de BD est un bon compromis lorsqu'on s'intéresse aux arts visuels depuis une culture écrite. Ca raconte quelque chose, souvent, et ça donne à voir. Il est intéressant également, comme dans toute niche ou sous-niche du marché capitaliste, de voir le montant des transactions et le volume d'affaires qui passe par ce biais. C'est époustouflant.
Le site comicartsfan



Saint-John Perse : la preuve par le texte

Posté par Easywriter le 01.05.06 à 11:00 | tags : extrait, poésie

Palmes !   et sur la craquante demeure tant de lances de flamme !

   ... Les voix étaient un bruit lumineux sous-le-vent... La barque de mon père, studieuse, amenait de grandes figures blanches : peut-être bien, en somme, des Anges dépeignés ; ou bien des hommes sains, vêtus de belle toile et casqués de sureau (comme mon père, qui fut noble et décent).
... Car au matin, sur les champs pâles de l'Eau nue, au long de l'Ouest, j'ai vu marcher des Princes et leurs Gendres, des hommes d'un haut rang, tous bien vêtus et se taisant, parce que la mer avant midi est un Dimanche où le sommeil a pris le corps d'un Dieu, pliant ses jambes.    

Et des torches, à midi, se haussèrent pour mes fuites. Et je crois que des Arches, des Salles d'ébène et de fer-blanc s'allumèrent chaque soir au songe des volcans, à l'heure où l'on joignait nos mains devant l'idole à robe de gala.
Palmes ! et la douceur d'une vieillesse des racines... ! Les souffles alizés, les ramiers et la chatte marronne trouaient l'amer feuillage où, dans la crudité d'un soir au parfum de Déluge, les lunes roses et vertes pendaient comme des mangues.


Le lundi c'est poésie! Oui, je sais ça ne rime pas. Saint-John Perse était meilleur que nous, ce qui n'est pas un scoop.

 




Machiavel, reviens parmi les tiens

Posté par Myosotis le 01.05.06 à 10:25 | tags : elucubration, philosophie


Il y a 479 ans s'éteignait le florentin Nicolas Machiavel. S'il serait malvenu (et vachement dur) de faire un mauvais cours de philosophie politique en résumant son oeuvre en quelques lignes, je veux simplement rappeler que Machiavel était un mec bien, hé oui, et qu'il n'a jamais mérité son adjectif. Si sa conception de la nature humaine, Machiavel est surtout l'archétype d'un homme politique de terrain (dans le Florence des Médicis) ET penseur comme on en fait plus.
Lorsqu'on s'extasie (s'extasiait) devant la culture de Dominique de Villepin, son panache et sa Mouette à la noix, devant les hommes politiques écrivains de biographie et de bouquins programmatiques best-sellers, on oublie que Machiavel en rentrant chez lui se mettait à sa table de travail et produisait autre chose que de la branlette pour diplomate, retraités ou journalistes télé. Machiavel après le boulot, ça donnait ça et c'était quand même quelque chose non  ?
"Le soir tombe. Je retourne au logis. Je pénètre dans mon cabinet et, dès le seuil, je me dépouille de la défroque de tous les jours, couverte de fange et de boue, pour revêtir des habits de cour redouter la pauvreté, la mort même ne m'effraie pas. Et comme Dante dit qu'il n'y a pas de science si l'on ne retient pas ce que l'on a compris, j'ai noté de ces entretiens avec eux ce que j'ai cru essentiel et composé un opuscule De principatibus où je creuse de mon mieux les problèmes que pose un tel sujet: ce que c'est que la souveraineté, combien d'espèces il y en a, comment on l'acquiert, comment on la garde, comment on la perd.Royale et pontificale; ainsi honorablement accoutré, j'entre dans les cours antiques des hommes de l'Antiquité. Là, accueilli avec affabilité par eux, je me repais de l'aliment qui par excellence est le mien, et pour lequel je suis né. "
Comme dirait Cabrel, c'était mieux avant.  







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