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Archives > Avril 2006

Lilian Bourgeat/Philippe Vuillemin : Quand l'art contemporain se fend la pipe

Posté par Maxence le 30.04.06 à 14:08 | tags : bd, elucubration, illustration, news
Avouons le sans complexe, les catalogues d'expositions, c'est chiant ! Si ! Mais il y a des exceptions ! Pour preuve, ne manquez sous aucun prétexte, le catalogue "La vie d'artiste" de Lilian Bourgeat chez les Requins Marteaux, illustré par l'excellent (et toujours très fin) Philippe Vuillemin. Pour la petite histoire cette collaboration a vu le jour au cours d'une performance hors du commun (mais pourtant assez prévisible si l'on connaît un peu l'œuvre de Bourgeat) au cours de laquelle l'artiste se fit filmer en train de perdre pour 10 000 francs dans le casino de Pougues-les-eaux (près de Nevers). Somme qui lui avait été allouée à l'occasion d'une résidence au centre d'art contemporain de la ville pour achever la création d'une oeuvre de commande. Sommé de rendre l'argent ou de produire une nouvelle oeuvre, l'artiste invite Vuillemin à dessiner cette cocasse anecdote. Depuis le caricaturiste iconoclaste et l'artiste contemporain son inséparables, et on s'en félicite.



Saint John Perse est un poète moderne

Posté par Myosotis le 30.04.06 à 11:53 | tags : pléiade, poésie
Beaucoup tiennent Saint-John Perse pour un poète de salon, pour gens savants, énarques et autres aspirants à des carrières diplomatiques. Langue difficile, afféterie et effets de manche, sont les reproches les plus souvent énoncés. C'est vrai qu'Alexis Léger a réussi à mener de front carrière diplomatique sous la IIIème République et une activité de poète marquée par ses déplacements professionnels. Rappelons que le poète a occupé pendant la période 1933-1940 un poste très en vue (mais peu enviable) de Secrétaire Général au Ministère des Affaires Etrangères. Dans le camp supposé des bellicistes dès 1937, il est mis en disponibilité juste avant la débâcle et refusera de revenir aux affaires malgré une (probable) sollicitation de De Gaulle. Parallèlement, Saint-John Perse écrit et s'impose en poésie avec la revue Anabase.

Sous l'académisme de l'homme - issu d'une famille de juristes et de riches planteurs installés en Guadeloupe-, il y a une poésie très peu orthodoxe, souvent arythmique, aux accents incantatoires et au vocabulaire étrange, notamment lorsqu'elle est hantée par sa vision édénique de la Guadeloupe. On pourrait dire que Saint-John Perse est un poète moderne si ça voulait dire quelque chose. En réalité, c'est un poète sexy qui a de faux airs d'Ezra Pound, de TS Eliot et les couleurs de Gauguin. Toute sa classe repose dans l'espace sensuel laissé entre les mots et les images.

Ses oeuvres sont rassemblées pour les riches en Pléiade, pour les pauvres en divers recueils de poésie, plus que suffisants, en NRF Poche Poésie.

Pour en savoir plus :

http://www.sjperse.org/

 







Robot, Petites Culottes et Hémoglobines

Posté par 2goldfish le 29.04.06 à 10:24 | tags : bd, manga
Manga Haribo.Il y a une dizaine d'années, alors que n'étaient publiés en France que des titres respectables Akira ou Gunnm et d'autres innofensifs comme Dragon Ball, on nous expliquait que les mangas étaient un grand danger pour nos enfants, que toute cette violence et ce sexe allait traumatiser a vie. Aujourd'hui, alors que cette génération est dans son immense majorité passée à côté de sa vocation de tueur en série, un petit tour dans le rayon manga de n'importe quel supermarché peut vous apporter votre dose de stupidité et de glauque pour le mois, mais personne n'a plus l'énergie de s'en émouvoir.
En attendant que Ségolène Royal lance vraiment sa campagne et trouve une nouvelle terrible menace pour la santé mentale des décagénaires, les éditeurs français sont libres de publier des choses comme Robot, une anthologie de courts mangas en couleur et grand format, qui fait la part belle à tous les pires clichés du genre: gerbes de sang, humour incompréhensible, sentimentalisme niais, obsessions priapiques à tendance pédophile... et aucun scénario valable pour les justifier.
Restent alors les dessins, souvent magnifiques, d'autant plus qu'on n'a pas souvent l'occasion de lire des mangas en grand et en couleur, qui font de Robot un bonbon pour les yeux, avec un sale arrière goût. Tout près dans le rayon manga, les oeuvres d'Osamu Tezuka restent toutes petites et en noir et blanc mais ont bien meilleur goût.



Les livres sont-ils devenus encombrants ?

Posté par Easywriter le 28.04.06 à 15:15 | tags : news, numérique

C'est la question posée par Paul Otchakovsky-Laurens (editions POL) dans une tribune publiée par Le Monde. L'éditeur et président de la société civile des éditeurs de langue française  revient sur  la problématique Davdsi.  La Commission culturelle du Sénat projette d'étendre la numérisation des oeuvres au profit des aveugles à " des personnes atteintes de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant ". Soit deux millions de personnes voire beaucoup plus tant cette définition est large.
 Outre les associations et centres spécialisés, centres de documentation, bibliothèques et autres espaces culturels multimedia seraient habilités à numériser également les ouvrages pour les bénéficiaires de l'exception. Cette numérisation généralisée entraîne, selon Otchakovsky-Laurens, "un domaine public instantané" et l'abandon du concept d'oeuvre au profit de  celui d'un "ensemble d'informations" . Toujours selon l'éditeur,  cela conduirait à enterrer la notion de  droit d'auteur, seule capable de garantir l'oeuvre et de  financer auteurs et promoteurs de la création. Avant de signer in fine l'acte de décès du livre. Brrrrrr...
Nos amis de Playlist parlent aussi (et plutôt bien) de la directive Davdsi.



Tideland de Mitch Cullin

Posté par Easywriter le 28.04.06 à 14:34 | tags : extrait, naïve editions, roman

"En soulevant les cailloux les uns après les autres j'ai fredonné la chanson. La femme-fantôme allait trouver mon signe universel de l'amitié et ça la ferait sans doute rire, ou au moins sourire. Elle se mettrait à siffler sa jolie mélodie, pleinement consciente que quelqu'un  se souciait  d'elle. Je prévoyais de revenir le lendemain, voir ce qu'elle aurait fait avec les cailloux cette fois. Mais ça ne s'est pas passé comme ça."

Jeliza Rose quitte LA pour une ferme texane décrépie où elle retrouve son père, un ancien rocker héroïnomane. Abandonnée à sa solitude, Jeliza se laisse aller à des envolées oniriques peuplées de requins, de femmes fantômes et d'écureuils qui se prennent pour Spiderman. Une parabole de l'Amérique désenchantée, entre le conte de fées et le film d'épouvante.
Mais qui serait capable d'adapter un tel délire au cinéma ? Celui qui trouve gagne ma dose hebdomadaire de LSD. Les autres peuvent toujours lire la réponse dans le blog ciné.
Tideland, de Mitch Cullin (Naïve éditions).
MAJ : lire les chroniques de Tideland, le livre, Tideland et voyage au Tideland en textes et images; . Lire aussi l'entretien avec Mitch Cullin.



Da Vinci code : l'humour so british du juge Smith

Posté par Easywriter le 28.04.06 à 11:57 | tags : dan brown


Décidément le Da Vinci Code se débrouille toujours pour revenir dans l'actualité d'une manière ou d'une autre, même trois ans après sa publication.
Cette fois c'est le juge anglais Peter Smith qui paie sa tournée promo : dans son jugement qui déboutait Michael Baigent et Richard Leigh de leur plainte pour plagiat à l'encontre de Dan Brown, le magistrat britannique avait glissé un code!
Oui oui vous avez bien lu, avec un humour pince-sans-rire so british, Peter Smith avait disséminé dans son verdict des lettres en italique qui n'étaient pas des erreurs typographiques, comme l'avaient d'abord cru avocats et secrétaires du tribunal, mais bien un "smithy code". C'est Smith lui-même,qui, dépité qu'au bout de deux semaines personne ne s'aperçoive de sa blague, a conseillé à un avocat de bien lire le jugement et notamment ces fameux bugs typographiques. Dan Tench a ainsi fini par cracker le code et raconter son histoire au très sérieux Guardian. Et c'était quoi le message ? Ben j'ai rien compris, donc je vous renvoie vers l'article.

Sur Flu : le dossier Da Vinci Code



Christophe Dufossé : Dévotion

Posté par Easywriter le 27.04.06 à 14:34 | tags : denoel, extrait, roman
"Avec Marion dans notre petite cabine, je me sentais à égale distance de la souffrance que l'univers entier pouvait nous infliger à tous les deux. Mais il y avait aussi l'idée que toute cette multitude  de gens faisait aussi partie de moi et que je pouvais aller aussi loin que possible dans le retrait, devenir une sorte d'artiste de la solitude, il faudrait bien un jour aller leur parler à nouveau.  Je m'en sentais à présent capable comme j'avais été capable d'aller vers Marion."

Dans Dévotion, Christophe Dufossé raconte les retrouvailles impossibles entre un père et sa fille abusée sexuellement par un inconnu à cause de la négligence de son géniteur. Un roman qui interroge avec une profonde justesse psychologique les affres de la filiation. J'en dirais bien plus mais l'envie me prend d'aller pleurer chez ma mère.
Dévotion, Christophe Dufossé. Denoël, en librairie.



Réchauffement climatique : les clathrates, vous connaissez ?

Posté par Easywriter le 27.04.06 à 13:05 | tags : média

Les clathrates ressemblent à de la glace mais, en fondant, ils libèrent de l'eau et du méthane. Ces hydrates de méthane se trouvent à la fois au fond des mers et dans le sol gelé des régions arctiques, le permafrost. Les clathrates, dont la quantité est très mal évaluée aujourd'hui, représentent à la fois une extraordinaire source d'énergie et un terrible danger d'aggravation du réchauffement climatique.
On vous l'avait bien dit que ça craignait côté météo ! France Culture revient sur la problématique du réchauffement dans science-frictions.  L'émission reçoit le 06 mai à 12 h, Jacqueline Lecourtier, directeur scientifique de l'Institut français du pétrole et  Jean-Marc Jancovici, consultant spécialiste du climat et de l'énergie.

Sur Flu, le mag : Etats d'urgence, un rapport commandé et vite enterré par le Pentagone.
Sur le forum : La planète court-elle à la catastrophe ?



Jean Lorrain : histoires de masques

Posté par Myosotis le 27.04.06 à 11:21 | tags : science-fiction
Les éditions Ombre reviennent avec une édition toute neuve et toute belle des Histoires de Masques, recueil de nouvelles décadentes du dandy rebelle Jean Lorrain, écrivain de la fin du XIXème siècle, petit rival devant la postérité de Maupassant et grand homme de spectacle. Personne ne lit plus, ni ne connaît Lorrain aujourd'hui mais c'est un petit maître à la biographie épatante. Auteur de Monsieur de Phocas ou des contes d'un buveur d'éther ou encore du sulfureux les Noronsoff (un livre réellement fabuleux sur la décadence d'une famille d'aristocrates russes), Lorrain était l'un des journalistes les plus en vogue de son temps.
Il était gay, drogué et faisait facilement le coup de poing avec des lutteurs ou des athlètes de foire. Il a été, dans la société parisienne de son temps, l'un des passeurs les plus actifs entre le monde des Bourgeois parisiens et celui des "banlieues", des brigands, des putes des fortifs etc. Il s'est battu en duel avec Proust et a eu une fin misérable et horrible (qu'il faudra que je raconte un jour) à Nice.  Si je le connais si bien, c'est que j'ai passé près de 2 ans avec lui à la faculté. Ces histoires de masques sont enivrantes et macabres, morbides et étranges comme du Edgar Poe français, sensuelles et perverses comme du Wilde souterrain, élaborées et précieuses comme du Huysmans;



Une campagne pour la transparence administrative

Posté par Easywriter le 26.04.06 à 16:03 | tags : média, news, société

Bonne nouvelle : depuis quelques semaines, un nombre croissant de citoyens s'attaque à la vieille tradition française d'opacité étatique. Sous le parrainage de Paul Moreira et Luc Hermann qui dirigent la cellule enquête de Canal Plus,  la campagne Liberté d'informer, activement coordonnée par le journaliste Augustin Scalbert et des étudiants de Sciences-Po Paris, propose d'offrir un mécanisme de contre-pouvoir citoyen à cette culture du secret.
En clair : proposer au Parlement un texte de loi qui faciliterait réellement l'accès aux documents administratifs.  Cette démarche est inspirée de la Freedom of information act adoptée en 1966 aux USA et plus récemment en Angleterre. La loi  de 1978 ,toujours en vigueur dans notre pays, est de son côté soumise à une telle débauche d'exceptions qu'elle s'apparente à une coquille vide. La plupart des documents intéressants - rapports d'enquête judiciaire ou documents de travail ayant servi au processus décisionnel - sont classés "confidentiels".
Outre qu'elle empêche les journalistes d'exercer correctement leur métier, cette situation handicape sérieusement  le travail des chercheurs qui ne peuvent consulter les archives les plus sensibles de notre histoire ( la plupart d'entre elle est tenue secrète pendant 120 ans). " La France est dans le peloton de queue des démocraties modernes" résument les auteurs de cet appel déjà signé par plusieurs milliers de personnes. Et par nous même dès qu'on a fini cette brève.
Le site de Liberté d'informer
A noter que le site héberge également une pétition de soutien en faveur de Denis Robert, actuellement poursuivi par Clearstream devant la justice luxembourgeoise.
Maj : dans le mag société, entretien avec Paul Moreira et Luc Hermann + article liberté d'informer



Sous les fessiers, les pages!

Posté par Easywriter le 26.04.06 à 14:42 | tags : web

Pour ceux qui font quatorze allers-retours entre leur bibliothèque et leur fauteuil avant de trouver le bon livre, la solution s'appelle bibliochaise, l'équivalent de cinq mètres de livres (une bonne centaine d'ouvrages d'après notre service statistique) à portée de main.
Pratique pour les biblioholics cette invention italienne, dont on ignore le prix, l'est aussi pour les lecteurs crevards : économie de place + se débarrasser  des planches de recup posées sur des parpaings.
Sur le site on trouvera également  un wall book case ingénieux et d'intrépides Bouddhas en chocolat. So cute!
Merci à Maïa, la voisine du dessous.



Virginie Despentes : Bye Bye Blondie

Posté par Easywriter le 26.04.06 à 14:34 | tags : extrait, poche
"Même en rêve, elle n'aurait pas osé imaginer un garçon pareil. Aussi parfaitement parfait. Il était une promesse de bonheur plein et dense, touffu comme une jungle amicale. Il avait fini par lui demander, à elle précisément, si elle savait où trouver des acides. Il l'avait suivie. Dans le froid, qui donnait envie de se serrer les coudes. Ils avaient rempli leurs poches de canettes de kro et s'étaient éloignés ensemble. Dans le blanc du dehors, le tapis de neige crissant, l'expression "marcher sur des nuages" la faisait glousser d'aise."

Bye Bye Blondie
, de Virginie Despentes, réédité au Livre de Poche. Le plus : Lire la chronique de Flu sur les jolies choses.



Crash, BD en roue libre

Posté par 2goldfish le 26.04.06 à 09:45 | tags : bd, média
Dave Cooper nous rend joyeusement maladeUne fois n'est pas coutume, j'ai envie de vous parler d'un fanzine. Paru chez L'Egouttoir, Crash c'est trente cinq pages de BD expérimentale et punk. En Sandwich entre une couverture du monstre Dave Cooper (à gauche) et une quatrième de couverture de  Jean Kristau, des BD hautement barrées où on parle de la théorie des cordes et on croise un John Lennon aveugle qui parle en braille.
On navigue sans cesse entre humour surréaliste et discour absurde et une fois sur deux on se demande ce qu'on peut bien être en train de lire, ce qui n'est pas à voir comme un défaut, au contraire.
Crash peut-être commandé pour deux euros sur le site de l'Egouttoir.



Les Beatles en livre et à Montparnasse

Posté par Easywriter le 25.04.06 à 16:03 | tags : news

Les obsédés textuels ,dont on ne sait pas grand-chose, organisent une rencontre littéraire autour des "Beatles, écriture d'une légende", demain soir à 20h à l'hôtel Lenox de Montparnasse au 15 rue Delambre.
Bruno Blum qui publie John Lennon ,Jacques Colin pour Les Beatles et  Loïc Picaud pour Paul McCartney seront les invités de Cédric Bru. Personne en revanche pour Ringo Star. La soirée a lieu à l'Hôtel Lenox Montparnasse ,15 rue Delambre, Paris 14 ème(M° Montparnasse, Edgar Quinet, Vavin). L'entrée est libre. Plus d'infos sur le site des obsédés textuels.

Pas le temps d'y aller ? Lisez  tout ce qu'il faut savoir sur les four lads de Liverpool sur Playlist.



David Garcia : Le pays où Bouygues est roi

Posté par Easywriter le 25.04.06 à 14:34 | tags : extrait, média, société
"Loin des critiques abstraites sur le capitalisme et la mondialisation, l'aventure de Bouygues au Turkmenistan a pour ambition de révéler en quoi consiste concrètemenr le travail d'une multinationale dans un pays antidémocratique. On verra que ce travail n'est à l'honneur de personne. Mais on verra aussi que l'honneur n'a rien à faire là-dedans. Les actions de Bouygues au Tukmenistan ne sont pas immorales : elles sont dénuées de toute considération morale. On veut mettre en place une télévision de propagande digne de 1984? Bouygues mobilise sa filiale TF1, ses présentateurs, ses grands reporters et ses techniciens, au service de Big Brother."

Quitte à se payer une tranche de TF1, autant y aller franco. Après la soupe Pernaut, voici l'indigeste aventure de la chaîne des maçons au Turkmenistan. Le journaliste David Garcia a enquêté sur la manière de travailler de Bouygues dans cette dictature d'Asie Centrale inconnue du grand public. Pour obtenir des contrats, le géant du béton met sa chaîne au service de Sparmourad Niazov et remonte sa vitre électrique quand une femme d'opposant enfermé lui crie son désespoir. Promis, on reparlera de tout cela très vite.
Mise à Jour du 02/10 : l'entretien avec David Garcia dans le dossier Turkmenistan

Le pays  où Bouygues est roi (Editions Danger Public)



Roma Aeterna

Posté par Myosotis le 25.04.06 à 10:15 | tags : livre, science-fiction

Je me souviens d'un temps où on opposait assez caricaturalement le lectorat de science-fiction tourné vers l'avenir, rêveur et pas très sérieux aux historiens, précis, tendus vers le passé et amoureux de la certitude qu'offre le recul des ans. Cette distinction n'est pas totalement sortie des consciences mais n'a jamais reposé sur grand chose quand on y pense. La dimension historique de la SF a toujours été un élément clé de son fonctionnement, qu'il s'agisse des grands space opéra (Dune, Star Wars,...) inspiré des récits d'Empire, romain, grec, babylonien, de la SF dite scientifique (Verne, Wells), pressée justement de faire avancer le progrès, ou encore du très tendance mouvement steampunk (qui mêle ouvertement histoire et SF). Avec Roma Aeterna  de Robert Silverbeg, pape de la SF moderne avec notamment Monades Urbaines ou le cycle de Majipoor, c'est une uchronie splendide qui nous est proposée pour réconcilier définitivement Histoire et Science-Fiction chez les plus sceptiques.
Silverberg imagine dans une série de récits disjoints l'évolution d'un monde où l'Empire Romain n'aurait pas éclaté mais se serait maintenu intact pendant quasiment 2000 ans. L'hypothèse de travail de Silverberg, qu'il avait déjà développée dans une nouvelle, est que Rome parvient à prévenir l'apparition des grandes religions monothéistes responsables de sa perte. Dans Le Règne de la Terreur ,il nous fait assister à une splendide purge très néronienne, tandis que la scène de maîtrise de Mahomet est très réussie. Ce qui amusera également c'est de voir dans quelle mesure l'empire sans concurrence se développe moins vite que dans notre continuité temporelle. Les voitures existent mais apparaissent, par exemple, bien plus tard. L'ensemble est passionnant historiquement et dans son approche très précise du pouvoir, même si on pourra reprocher à Silverberg, dont c'est le défaut majeur par ailleurs, de délayer la narration et de s'égarer sur certains récits trop chargés en détails. Roma Aeterna est tenue pour une oeuvre mineure mais présente cet intérêt d'illustrer à elle seule un rapport entre genres littéraires et potentiellement d'orchestrer un échange de lectorat peu évident.

 

 




La conspiration Bosch

Posté par Easywriter le 24.04.06 à 14:34 | tags : extrait, histoire, roman
"Après de longues minutes où les dominicains, capuches rabattues sur le visage, se retournaient sans cesse pour vérifier qu'ils n'étaient pas suivis, Rosendal se détendit enfin sur son siège.
-Nous l'avons échappé belle !
- Oui, grâce à Dieu, répondit le peintre."

Yves Jego et Denis Lépée, la conspiration Bosch.
Le roman n'évoque pas de sourdes malversations autour de la multinationale teutonne de l'électro-ménager, mais du peintre Hyeronimus Bosch qui se retrouve au centre d'une série de meurtres terrifiants  et d'une effroyable machination narrée avec un talent qui ferait passer Dan Brown pour Joyce.
Sinon, les éditions Fluctuat recherchent une plume pour écrire  le complot Botticcelli qui raconterait l'enquête d'un plombier florentin s'apercevant par hasard en débouchant les toilettes de la Chapelle Sixtine que le peintre de la Renaissance avait découvert que Judas était une femme à barbe , info sur laquelle le Vatican s'était bien gardé de communiquer figurez-vous.
Ecrire à webmaster@fluctuat.net
Lire un chapitre entier de la conspiration Bosch sur le site de  Yves Jego







Houellebecq : L'impossibilité d'un film ?

Posté par Easywriter le 24.04.06 à 11:50 | tags : michel houellebecq, news
La possibilité d'une île sera t-il adapté au cinéma ? En quittant Flammarion pour Fayard, Michel Houellebecq avait touché des indemnités de transfert sur le montant desquelles toute la presse avait spéculé. Le groupe Lagardère (propriétaire de Fayard) avait acquis également les droits pour l'adaptation cinématographique du roman. Mais GMT productions, autre filiale de la tentacule Lagardère, a finalement jeté l'éponge et revendu les droits à Mandarin Films, prospère producteur de Brice de Nice et OSS 117. Source du malentendu entre l'auteur et le marchand de missiles : Houellebecq aurait exiger d'écrire le scénario, réaliser le film, tourner à Lanzarote et avoir un important budget effets spéciaux, si on en juge par les déclarations de GMT à l'AFP. Les films Mandarin répondront-ils favorablement aux caprices de l'écrivain ? A suivre...



Le Dessous des Cartes

Posté par Myosotis le 24.04.06 à 11:11 | tags : média, news

Les Editions Tallandier ont sorti la semaine dernière un superbe bouquin qui reprend autour de 50 thèmes et 350 cartes, les illustrations et contenus de la formidable émission d'Arte le dessous des cartes. Ce bouquin est, au même titre que sa version télé, un vrai bonheur pour le regard et l'intelligence susceptible de séduire aussi bien les gens férus de géopolitique que ceux qui s'y intéressent de loin.
Il y a une vraie fascination esthétique à contempler la texture et la variété des représentations graphiques, des territoires, des ethnies, des lignes de fracture de notre monde, les religions, les attentats. Si vous voulez comprendre... les Kurdes, vous redonnez une chance pour capter quelque chose au conflit israélo-arabe ou au bordel africain, c'est un investissement tout à fait indispensable, mis à la portée d'à peu près toutes les bourses (11 euros).  Evidemment la carte et les textes, même très bons, ne suffisent pas à "comprendre" les choses. Cela manque de photos de carnages, de sang entre les pages et de sueur. En exagérant, on peut dire que cette approche cartographique nous ramène des siècles en arrière, nous permettant de visualiser de manière synoptique des contrées et problématiques dont on ne saura finalement jamais rien, qu'on ne touchera jamais du doigt, et qui (on l'espère) ne nous toucheront jamais. Cet ouvrage nous ramène à notre position confortable d'occidentaux, si proches et si loin de l'agitation du monde, si concernés qu'on se prendrait presque à compatir intelligemment depuis le canapé aux malheurs des autres.  

 

 




L'enragé engagé

Posté par Myosotis le 24.04.06 à 10:16 | tags : bd

Le tome 2 de la BD sociale et sportive l'Enragé de Baru vient de sortir et c'est une réussite encore plus étincelante que le premier tome. Les aventures d'Anton Witkowsky dans le monde cruel de la boxe et plus largement dans la société française forment le meilleur récit de réalisme social, tous supports confondus, écrit, dessiné et proposé aux lecteurs français. Le tome 2 démarre avec un Anton au sommet de son art, tiré de sa basse extraction par le sport, jusqu'au titre de champion du monde. Au zénith, le jeune héros ne peut que dégringoler, je vous passe les détails mais la planche d'illustration vous suggérera comment il se fourvoie, et retourner peu ou prou à la case départ. Ce qui scotche, par delà le dessin incisif et littéralement tranchant de Baru, c'est la force des déterminismes à l'oeuvre ici qui fait de cette bande-dessinée sublime une oeuvre tout à fait zolienne.

L'auteur était ce week-end en manifestation au Mans où j'ai eu l'occasion de l'écouter en présence du boxeur Brahim Asloum et semble être humainement à la hauteur de son personnage et de son engagement. Ce n'est pas un critère mais c'est à saluer. Ceux que ça intéresse pourront se replonger dans l'une de ses oeuvres de jeunesse particulièrement pertinente, sortie en 1995 qui s'appelait l'Autoroute du Soleil. C'était aussi très bien.





Ted Chiang : The Devil is in the details

Posté par Maxence le 23.04.06 à 11:03 | tags : denoel, extrait, philosophie, science-fiction

Jeune auteur américain, né en 1967, Ted Chiang fait parti de la génération d'écrivains pour qui science-fiction et métaphysique sont intimement liées. Cet informaticien passionné de mathématiques, dont l'univers est proche de l'Australien Greg Egan propose donc avec ce recueil de nouvelles des metafictions qui révèlent avec talent combien une forme extrême d'intelligence est parfois très proche de la folie.
Extrait :"Callahan appela de Berkeley et ne lui fut d'aucun secours. Il lui promit de continuer d'étudier la question, en affirmant qu'elle avait mis le doigt sur une chose aussi fondamentale que troublante. Il tenait absolument à être tenu informé de ses projets de publication, car si sa formalisation contenait une erreur leur ayant échappé d'autres mathématiciens la relèveraient sans doute. Avec d'évidentes difficultés à suivre ses propos, Renée lui marmonna qu'elle le rappellerait. Communiquer devenait pour elle de plus en plus difficile, ces derniers temps, surtout depuis son accrochage avec Carl. Ses collègues avaient tendance à l'éviter. Elle n'arrivait plus à se concentrer et elle avait fait la nuit précédente un cauchemar où elle découvrait une formalisation lui permettant de traduire des concepts arbitraires sous forme d'expressions mathématiques... et par conséquent de prouver que la vie équivalait à la mort.

La Tour de Babylone de Ted Chiang, Denoël coll. Lunes D'encre, actuellement en librairie.




Marseille stories

Posté par le 23.04.06 à 10:00 | tags : bd


En mai prochain, vous retrouverez chez vos libraires Marius, Jeannette et tout le quartier de l'Estaque en BD. Robert Guédiguian et son scénariste Jean-Louis Milesi se sont lancé dans l'aventure, il y a quelques temps de cela. Deux leurs réalisations cinématographiques sont d'ailleurs déjà disponible A l'attaque, la vie du garage Moliterno au prise avec la dèche et l'amour, et l'Argent fait le bonheur, ou la réaction d'un curé en prise avec la dèche aussi. Rappelons tout de même que Marius et Jeannette est une histoire d'amour entre un gardien d'une cimenterie déserte et une mère de famille à la dèche, et on aura fait un peu trop rapidement le tour des trois. Sachez que les couleurs de l'Estaque et l'ambiance du quartier sont parfaitement rendues par le travail de Sylvain Dorange qui caricatérise (caricature en caractérisant: c'est de moi) à la perfection les morphosociotypes comico-sociétaux.
Par ce temps, on pique volontiers une tête dans une comedia dell' arte marseillaise aux accents sociaux et printaniers, parfois désespérée, mais toujours rafraîchissante.
C'est chez EP éditions, dans la prometteuse collection Ciné9.




Les écrivains photogéniques

Posté par Easywriter le 22.04.06 à 11:15 | tags : elucubration, jeux littéraires

"C'était le début d'une époque où le roman n'avait presque plus aucune importance- publier un objet brillant ressemblant vaguement à un livre était simplement un prétexte pour les fêtes et le glamour - et les écrivains qui avaient une bonne tête lisaient leur prose minimaliste affûtée à des étudiants béats d'admiration et se disant, "je pourrais faire ça, jepourrais être eux".
Mais évidemment, si vous n'étiez pas assez photogénique, la triste vérité, c'était que vous ne pouviez pas."
Bret Easton Ellis in Lunar Park (Robert Laffont).

Ci-dessus : Nicolas Fargues (j'étais derrière toi, POL), Bénédicte Martin( Warm up, Flammarion, ça date je sais) et Nick Mc Donell (le troisième frère, Denoël). Alors ? Lequel compte exclusivement sur ses qualités plastiques ?



Albert Camus en Pléiade

Posté par Easywriter le 22.04.06 à 10:20 | tags : gallimard, livre, news, pléiade




Les deux premiers volumes de l'édition définitive de Camus paraissent dans la prestigieuse collection de Gallimard. Outre les articles publiés dans Combat et les fameux Carnets que le prix Nobel 1957 a tenus de 1935 à sa mort, la Pléiade propose également la mort heureuse, un roman auquel il renoncera mais qui lui inspirera l'Etranger.
Au total, cette ambitieuse réédition en quatre volumes devrait compter 6.000 pages. On y trouvera aussi des articles publiés dans Alger Républicain. Cela permettra t-il de reconsidérer un écrivain un peu vite catalogué comme philosophe pour classe terminale ?



Cesare Battisti obtient une victoire judiciaire

Posté par Easywriter le 21.04.06 à 15:18 | tags : news, polar
Le Tribunal administratif de Nantes a annulé le refus de la France de naturaliser Cesare Battisti. L'écrivain italien vit dans la clandestinité depuis 2004, date à laquelle Jean-Pierre Raffarin, à l'époque premier ministre, avait accepté son extradition vers l'Italie où Battisti est sous le coup d'une condamnation à perpétuité pour des meurtres commis en 1978 et 1979. Cette décision rompait avec la position habituelle de la France - "la jurisprudence Mitterrand"- qui avait toujours refusé l'extradition des anciens activistes de l'extrême gauche italienne à condition qu'ils renoncent au terrorisme.
"Je suis coupable, comme je l'ai dit souvent, d'avoir participé à un groupe armé subversif et d'avoir porté des armes. Je n'ai jamais tiré sur personne", assure Cesare Battisti dans son ouvrage Ma cavale à paraître chez Grasset/Rivages.
L'Etat français peut faire appel du jugement du tribunal nantais, de leur côté les avocats de Battisti ont déposé un recours devant la Cour Européenne des droits de l'Homme contre le décret d'extradition.

Plus d'infos : lire Dominique Simonnot dans Libération qui suit cette affaire avec conviction depuis le début.







Noël pour les fans de science-fiction

Posté par Easywriter le 21.04.06 à 12:26 | tags : jeux littéraires, poche, science-fiction

Vous savez de quel roman Mary Shelley et Lord Byron sont les héros, dans quel livre Sherlock Holmes mène une enquête à travers l'espace ? Heureux hommes, vous pouvez gagner la collection complète Folio/SF de Gallimard, des dvd et un an de cinéma sur le site de Gallimard.



Transfuge : Tom Wolfe et bien d'autres

Posté par Easywriter le 21.04.06 à 11:07 | tags : média, news, revue
On parle tardivement,comme à chacune de ses livraisons, de la revue Transfuge. Le magazine  continue un parcours sans faute au sein de la littérature étrangère. Outre un entretien "définitif" de Tom Wolfe, le bimestriel propose une rencontre avec Richard Powers, dont -petits suiveurs que nous sommes - nous reparlerons très bientôt ici-même. Portraits de Ballard, de Kazuo Ishiguro, détour vers la littérature africaine, critiques tous azimut... le sommaire est tout simplement excellent. Depuis qu'on achète les magazines au kilo (20 pages d'articles + 10 de shooting mode + 30 pages de pub+ 20 de programmes télé pour 1 euro) on a presque oublié que l'essentiel était la qualité : Transfuge, c'est 8,50 € pour 100 pages sans publicité ou presque, soit un mois de lecture.  Son dixième numéro se compare finalement plus à un bon livre qu'à un énième magazine culturel...

Transfuge
mars/avril, en kiosque.



Gustave Le Rouge : roman d'aventures (2/2)

Posté par Myosotis le 21.04.06 à 10:24 | tags : roman, science-fiction

Je continue mon spécial Aventure en vous recommandant le travail de Gustave Le Rouge, né en 1867 et mort en 1938, auteur qui aurait écrit plus de 300 romans (tout seul ou à plusieurs). Son mélange de roman d'aventures en feuilleton, de SF et d'engagement politique en fait l'un des romanciers les moins... connus et respectés de ce milieu où on le confond souvent avec Gaston Leroux. Si l'oeuvre de Gustave Le Rouge n'est pas passée à la postérité, ce n'est pas parce qu'elle est mauvaise mais parce qu'elle est trop associée aujourd'hui au genre dit de "série Z" et n'entre dans aucune case. Chez Le Rouge, ça n'arrête pas d'exploser, de péter dans tous les coins, ça complote, ça étrangle toutes les 2 pages mais ça pense et c'est souvent beau à lire.
Ici un extrait de la destruction d'une statue Vampire par le détective Robert Darvel. La scène se passe évidemment dans un village de martiens... robots.

En voyant crouler l'image du vampire, en le voyant s'abattre au milieu des flammes, les Martiens avaient poussé une longue clameur d'angoisse et leur foule pressée était devenue immobile et silencieuse. Ils étaient pâles et tremblaient de tous leurs membres. Aouya et Eeeoys elles-mêmes s'étaient écartées avec un involontaire geste d'horreur. " Pour une première fois, songea Robert, j'ai peut-être été un peu loin..

Je conseille de démarrer Le Rouge par le classieux recueil Bouquins intitulé L'Amérique des Dollars et du crime qui reprend la fameuse Conspiration et quelques autres. (1168 pages pour 17 euros, ce qui met la page à un tarif imbattable de 1 centimes d'euro, comme au bon vieux temps des feuilletons journaux)




Les dieux sont tombés sur la tête.

Posté par Maxence le 20.04.06 à 10:30 | tags : news, roman, science-fiction
Bonne nouvelle du Diable Vauvert, Neil Gaiman revient squatter les présentoirs des librairies à partir du 26 mai prochain ! Au programme d'Anansi Boys (car tel est le titre de ce nouveau roman) des dieux toujours plus proches de nous et un goût toujours sûr pour la fable douce-amère. Pourtant si son précédent livre, le plébiscité "American Gods" s'affichait clairement comme une charge sévère contre le consumérisme, la soif de pouvoir ambiante et le rationnalisme, nous pouvons déjà vous annoncer qu'Anansi Boys préfère la farce à la diatribe. Normal, avec un personnage aussi porté sur la rigolade qu'Anansi "le dieu araignée" comme principal protagoniste. Avec ce nouveau volume, Le Diable le plus sympathique de la création nous annonce "Une mythologie moderne où l'on trouve une sombre prophétie, des désordres familiaux, des déceptions mystiques, et des oiseaux tueurs. Sans oublier un mystérieux citron vert..." A suivre...



Vive le roman d'aventures (1/2)

Posté par Myosotis le 19.04.06 à 18:25 | tags : roman, science-fiction, web

Si comme moi, vous en avez marre de lire (ou de ne pas lire) des romans français gnangnan et autocentrés, allez faire un petit tour du côté  de chez romans d'aventures, site de référence en matière de roman d'aventures français et étranger. C'est un site-pépite où l'on retrouve des biographies, des pochettes originales de livres (splendides comme celle-ci tirée d'une traduction étrangère de Gustave LeRouge), et des essais supersérieux sur des oeuvres hautement mésestimées (bien que souvent branlantes et peu orthodoxes en matière d'écriture et de composition) telles que celles de Paul Féval (évidemment), Haggard (auteur des Mines du Roi Salomon) ou Louis L'Amour (auteur de roman western !). Les titres parlent d'eux-mêmes : il n'est question ici que d'aventures, de revanches, de vengeance, de cavaliers, de pirates, de milliardaires comploteurs, de bandits érotiques, ....

Le plus difficile sera, lorsque vous aurez déniché un bouquin que vous souhaitez lire, de le trouver. C'est souvent  là que démarrera la vraie aventure.




Génération "crevards"

Posté par Easywriter le 19.04.06 à 09:58 | tags : news, société
Avec la fight anti-CPE on en aurait presque oublié nos amis stagiaires qui avaient débrayé en septembre dernier.
Les abonnés de la photocopieuse et du panini à tous les repas s'étaient mobilisés à la suite d'un appel à la grève lancé par Cathy ( 32 ans au compteur tout de même) sur le net. Munis de masques blancs pour ne pas se griller et symboliser l'anonymat dans lequel les entreprises les tiennent, ils avaient manifesté à Paris, rappelant à leurs aînés une  vérité crue : en France 800 000 personnes travaillent pour rien ou presque, prennent parfois des responsabilités, ne suivent aucune formation et sont corvéables à merci.
Le Collectif "Générations précaires" publie des témoignages ahurissants aux éditions de la Découverte. L'éditeur ne précise pas si c'est un stagiaire qui a fait la mise en page.

Sois stage et tais toi! Editions de la Découverte.



Anthony James Perry : Douze histoires cul sec

Posté par Easywriter le 18.04.06 à 14:34 | tags : extrait, roman
Ce qui me frappe le plus (sans parler des coups qui pleuvent sur mon dos, ma tête, mes pieds...), c'est l'étrangeté de cette chute perpétuelle et discontinue. Je tombe toujours plus bas, tandis que l'escalator me hisse toujours plus haut. Autrement dit, plus je descends et plus je remonte. Je tombe déjà depuis combien de temps ? Combien de temps cela va-t-il encore durer ? Et pourquoi faut-il que dans ces moments- là, je pense à la grammaire ?

Bonnes questions,  non?  Anthony James Perry  narre les tribulations d'un américain en Russie. Inégal mais parfois drôle.

Douze histoires cul sec, Anthony James. Editions Intervalles.



Tout est gratuit, mais à quel prix?

Posté par Easywriter le 18.04.06 à 14:08 | tags : news, web



Dans De la gratuité, Jean-Louis Sagot Duvauroux  affirme que la dialectique entre liberté des créateurs et pouvoir politique où s'affrontaient divers systèmes de vérités (Galilée contre l'Inquisition, Molière et son Tartuffe contre le pouvoir royal...) est morte. La vérité de ce qui est dit ou écrit n'étant plus l'enjeu d'une industrie uniquement focalisée sur le taux de profit, le langage est réduit à ses fonctions de séduction et de manipulation par lesquelles il n'est plus permis de croire à quoi que ce soit.
Dans ce contexte, l'apparition de la gratuité dans la sphère marchande est évidemment la dernière des escroqueries. Si le quotidien gratuit est l'appat qui sert à attraper la tanche (vous et moi) pour le pêcheur (l'annonceur), il est normal que personne ne demande au poisson d'investir dans l'asticot.
La vraie gratuité est celle proposée par Lyber/leseditions de l'Eclat avec le livre deSagot-Duvauroux. Soit un texte disponible en free-access sur le web mais aussi imprimé et vendu en librairie, le livre devenant un produit dérivé d'une oeuvre qui est le propos lui-même. "La liberté donnée au texte affranchit le livre de ses fonctions de police. Le jumelage d’Internet et de l’imprimerie remet la marchandise à sa place".
L'auteur et l'éditeur parient sur l'intelligence du lecteur qui saura faire la différence entre un espace symbolique commun, le langage et un produit destiné à faire vivre les producteurs et diffuseurs de l''oeuvre. Comme  l'écrasante majorité des essayistes, Sagot-Duvauroux ne gagnait de toutes façons pas sa vie avec ses bouquins. Depuis la diffusion gratuite de De la gratuité, il en vend plus....
De la  gratuité. Editions de l'éclat et consultable ici.



Ronald Wright : La fin du progrès

Posté par Easywriter le 17.04.06 à 14:34 | tags : extrait, naïve editions, société
"Depuis le début des années 90, la population mondiale s'est multipliée par quatre, et son économie (mesure brute du fardeau que l'homme impose à la nature) par plus de quarante. Nous avons atteint un stade où il nous faut soumettre l'expérience à un contrôle rationnel et nous prémunir contre les dangers actuels et potentiels. Il n'en tient qu'à nous. Si nous échouons - si la biosphère ne peut plus assumer notre subsistance parce que nous l'avons dégradée ou pulvérisée - la nature haussera simplement les épaules en concluant que laisser des singes diriger un laboratoire était amusant pour un moment, mais que, en fin de compte, c'était une mauvaise idée ".


Partant du principe que la plupart des civilisations ont bati leur propre perte, le Canadien Ronald Wright met à jour une logique du progrès qui part du développement d'une société hiérarchisée et va au pilage intensif des ressources naturelles après avoir mis en oeuvre une minorité qui surconsomme au détriment de tous les autres. Erudit et simplement écrit, la fin du progrès est un nouvel exemple de ce que les penseurs nord-américains sont capables de faire. On en reparle dans le mag dès qu'on a trouvé un truc intelligent à ajouter.

La fin du progrès
, Ronald Wright. Naïve Editions.




Psychasoc : un site à découvrir

Posté par Myosotis le 17.04.06 à 10:00 | tags : société, web


Je ne me souviens plus comment j'ai découvert le site de l'Institut Européen "Psychanalyse et Travail Social" mais j'y suis

toujours revenu faire un tour avec beaucoup de plaisir.

Animé par un psychanalyste, Joseph Rouzel, et alimenté régulièrement de chroniques de spécialistes et professionnels, le site est aussi riche pour ses contributions théoriques que pour ses récits "incarnés" du monde de l'éducation, de la psychanalyse et du travail social.  Ceux qui ont des dissertations à faire pourront y glaner également quelques trucs intéressants, mais c'est surtout les curieux d'analyse pluridisciplinaire que ce lien ravira. Articles sur "violence et prostitution", ou "la fonction paternelle", les "méthodes éducatives", il y en a pour tous les goûts et du plutôt très bon.

Ceux qui pensent que les assistantes sociales ont toutes 55 ans, des pantalons en velours, des pulls en pilou et des cheveux noirs et blancs en seront aussi pour leur frais. "Le social, ça bouge!"




Jean-Baptiste Gendarme : que fait la police ?

Posté par Myosotis le 16.04.06 à 11:45 | tags : extrait, gallimard, roman


"Cyprien ? Tu n'as pas peur de te lasser de mon corps ?" me demande Flavie d'un ton désinvolte. Bien sûr que je vais me lasser de son corps. Comme j'en ai eu assez du squash, des animaux domestiques, des vacances entre amis, des noëls en famille, des salles de cinéma, des voitures trois portes, des abonnements téléphoniques, des films de Godard, des livres de Duras, des expos le dimanche après-midi, des premiers pique-niques en avril, des soirées où l'on doit repartir avec le dernier métro, des chauffeurs de taxi qui veulent absolument parler (surtout quand on vient de rater le dernier métro), des gens qui disent "Je veux dire" et qui ne disent rien, de ceux qui demandent "Tu vois ?" et qui ne nous montrent rien, des ticket-restaurant d'une valeur inférieure au prix du plat du jour, des dépanneurs qui terminent leur intervention par " Et voilà, ce n'était pas grand-chose " et qui reviennent deux jours plus tard, des étudiantes de Sciences-Po... J'ai trouvé plaisante chacune de ces choses (aimant certaines passionnément) et les ai détestées par la suite. Pourquoi en irait-il autrement pour le corps de Flavie ? "

Il y a des jours où je déprime. Quand je lis un quatrième de couverture tel que celui-ci, je déprime. Quand je me renseigne, histoire de "faire le boulot" et que j'en apprends plus sur Jean-Baptiste Gendarme, je déprime. Quand je regarde le sommaire de la revue Décapage (de Gendarme), je déprime. Quand je vois la liste des ses amis, je déprime. Quand je me souviens que j'étais assis à côté de lui au Salon du livre de Paris 2005, je déprime. Y'a des jours comme ça. J'espère que Sarkozy ne va pas tenir sa promesse, qu'il n'y aura pas un Gendarme derrière chacun de nous.
Table rase de Jean-Baptiste Gendarme, Gallimard.
 



Daniel Merlin Goodbrey et la BD sans bandes

Posté par 2goldfish le 15.04.06 à 14:07 | tags : bd, web
Un écran n'a pas d'yeux.
Comme Scott McCloud est prompt à nous l'expliquer, la page est une prison pour la BD. Une prison dorée, sans doute, qui comme toute limite artistique permet autant de choses qu'elle en interdit, mais une prison quand même. Du coup, comme un ex détenu qui continue à demander la permission pour aller au toilette alors qu'il a retrouvé sa liberté urinaire, la plupart des auteurs de BD sur le web tentent bon an mal an de faire tenir une feuille A4 dans un écran 15 pouces.
Daniel Merlin Goodbrey n'est pas de ceux là. Sous l'appelation assez peu gracieuse d'hypercomics, il produit depuis quelques années des BD en flash, explorant les possibilités offertes par un espace virtuellement illimité, la plurilecturabilité et autres idées oubapiennes. Le terme francophone de bandes dessinées ne convient plus vraiment pour décrire ces objets, pourtant aucun doute à la lecture, il s'agit bien de BD. Une chance pour Goodbrey, il fait des comics.
Là où le bât blesse, cependant, c'est qu'au delà de son inventivité formelle, l'auteur n'a pas grand chose à dire. Réflexions plus où moins creuses sur Dieu ou absurdités potaches sont tout ce qu'on trouvera dans un de ses hypercomics. L'avenir de la BD est pourtant peut-être là, surtout parce que Goodbrey partage ses jouets.



Jean Genet : 1910/1986

Posté par Easywriter le 15.04.06 à 13:18

"C'est en haussant à hauteur de vertu, pour mon propre usage, l'envers des vertus communes que j'ai cru pouvoir obtenir une solitude morale où je ne serais pas rejoint."
In Pompes funèbres.


Et Jean Genet n'a pas été rejoint. Il est mort le 15 avril 1986.




Week-end : Mais qu'est-ce que je peux lire ?

Posté par Easywriter le 15.04.06 à 10:36 | tags : elucubration, livre

Bienvenue au Flushop week-end.  Chez nous du frais, du mijoté, du piquant, faites votre choix :
Farniente at home
? Envie d'un soap bien foutu, avec sexe, embrouilles et rebondissements ? Lire un truc simple sans avoir l'air trop con ? Le Flushop vous conseille Doggy Bag de Philippe Djian, saisons 1 et 2, écrit sur le modèle de la série tv. ( trop cher? Quelques poches du même auteur par ici).
Un dîner entre intellos précaires ? Briller en paraphrasant Heath et Potter dans  Révolte consommée, demandez  à l'assistance comment être de gauche aujourd'hui, si le conformisme ne serait pas la vraie solution contre le consumérisme, proposez la création d'un parti politique.
Besoin de s'encanailler ? Descendez "underground" avec Kathy Acker, icône seventies du queer qui dans "la vie enfantine de la Tarentule noire" narre le pacours d'un personnage insaisissale qui prône le sexe contre l'hypocrisie.
Toujours pas? Un Tom Wolfe alors, ou un bon polar, une sélection de bd.... Allez , un bon Coupland bien  frais.

Pour voir d'autres rayons, c'est par là.
Quelques extraits pour faire un choix ? Je vous en prie.





Dr Mukti en Self service

Posté par Myosotis le 14.04.06 à 14:04
En attendant en juin 2006 (en VO) son nouveau roman The Book of Dave (l'histoire d'un taxi londonien raciste dont le journal intime est retrouvé 500 ans plus tard  et considéré comme un Livre Saint par les hommes du futur), Will Self se rappelle à notre bon souvenir avec la traduction de Dr Mukti aux Editions de l'Olivier. Je n'ai pas relu le texte récemment mais Dr Mukti (qui était accompagné de 4 autres nouvelles dans sa version anglaise) m'a laissé un souvenir mitigé. C'est un bouquin à la fois hilarant et brillant qui raconte l'affrontement de 2 psys toqués du bulbe à coups de patients détraqués. L'un, d'origine indienne, l'autre, juif (si ma mémoire est bonne), s'envoient des patients tueurs pour expertise et contre-expertise comme Rocky, un rasta tueur avec une lésion au cerveau, ou Darlene, la gothique anorexique. C'est très drôle, incisif. Le propos est complété par un embryon de réflexion sur les communautés au Royaume-Uni. Self est en roue libre, littérairement parlant et assure autant qu'un Woody Allen déjanté, multipliant les métaphores en automatique pour souligner la cocasserie et la folie du monde qu'il décrit. Le gros défaut du livre est qu'il ne dépasse jamais ce stade anecdotique du ping-pong entre psys. En gros, ce n'est pas un texte qui fait le poids face aux récents travaux de Self qu'il s'agisse des Grands Singes ou d'Ainsi Vivent les morts. Mais c'est toujours mieux que rien.

A la rigueur (on en a pas beaucoup parlé en France), je m'achèterais en poche l'édition de DORIAN, le remix par Will Self du Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, qui est franchement plus sexy, rock n' roll et brillant que ce Dr Mukti là. Mais c'est un avis très personnel.  

 




Capote in Kansas : après le film, De sang froid en bd

Posté par Easywriter le 14.04.06 à 10:39 | tags : bd, news


Tant qu'on en est à parler des journalistes qui comptent, un petit mot sur l'ami Truman Capote. Outre l'adaptation ciné réussie de Beneth Miller, ceux qui s'intéressent à l'auteur de De sang froid liront avec profit Capote in Kansas. Une bédé qui narre donc cette aventure du journaliste mondain en milieu hostile : Capote enquête dans l'Amérique des ploucssur le meurtre d'une famille complète par deux paumés. Ce non fiction novel est en creux une puissante interrogation sur les liens entre l'écriture et le meurtre.
Pour sa bédé, Ande Parks a pris quelques libertés avec l'histoire mais réussit un graphic novel haletant dont le découpage cinématographique et le noir et blanc expriment parfaitement le trouble que constitue l'aventure De sang froid pour son auteur comme pour tous ceux qui l'ont lu.
Capote in Kansas, Ande Parks. (Editions Akileos)



Da Vinci Code : Dan Brown gagne son procès

Posté par Easywriter le 13.04.06 à 12:55 | tags : dan brown, roman
La thèse centrale du Da Vinci Code, selon laquelle Jésus aurait eu une descendance n'appartient à personne. Ainsi en a décidé la justice britannique qui vient de débouter Michael Baigent et Richard Leigh dans leur plainte à l'égard de Dan brown.
Les deux auteurs de l'Enigme Sacrée qui avaient déjà avancé cette thèse dans leur ouvrage s'étaient estimés plagiés et entendaient bien voir sanctionnés cet outrage en monnaie sonnante et trébuchante. La forte réussite du livre (40 millions d'exemplaires vendus dans le monde) et la perspective des recettes du film Da Vinci Code avaient de quoi faire saliver. Las...le juge Peter Smiths a considéré que la sexualité hypothétique du Christ était une théorie trop large et répandue pour que quiconque puisse en exiger un copyright.
Dan Brown (illus, droits réservés)a reconnu s'être inspiré de l'Enigme sacrée à un moment "très avancé de ses recherches". Mais tout n'est pas perdu pour nos deux auteurs qui ont vu leur ouvrage réapparaitre dans la liste des quarante plus grosses ventes de livres en Angleterre à la faveur du procès. Le business de la polémique autour du Da Vinci enrichit décidément beaucoup de monde.
Même Fluctuat : lire Da Vinci Code, le dossier



Darren Aronofsky : The Fountain en bd

Posté par Easywriter le 13.04.06 à 10:47 | tags : bd, news

Le saviez- vous? Chez les Mayas, les âmes des morts se retrouvent à "Xibalba" pour renaître. Darren Aronofsky, réalisateur de Requiem for a dream,  a écrit à partir de cette légende un scénario en forme de conte fantastique : Un conquistador découvre cette fontaine de jouvence, se retrouve cancérologue en 2005 puis explorateur dans le futur : son aventure dans le temps étant motivée par une quête : sauver sa femme d'une mort certaine. Interrogation sur la fragilité de l'existence et la possibilité de l'amour, The Fountain, le film, sera présenté à Cannes dans quelques semaines.
Mais pourquoi diable en parler dans Mille Feuilles ? Et bien parce que The Fountain est une bande dessinée disponible chez Emmanuel Proust.  Aronosfky a collaboré avec Kent Williams, graphic novelist (Blood, Tell me dark...) et peintre talentueux mal connu en France. Alléchant, non ? Il vous faudra pourtant patienter jusqu'au 05 mai mais on en reparlera bien avant dans ces colonnes.
Le plus people : The Fountain devait compter Brad Pitt dans son casting et avoir un budget de 70 millions de dollars. En choisissant Hugh Jackman, le budget a été divisé par deux.




Rezo : Un Amazon pour les crevards

Posté par Easywriter le 12.04.06 à 15:50 | tags : news, numérique, prix, web

 Rezo , "L'Amazon alternatif" (sic),  propose  à la vente une  liste de plus en plus fournie, d'essais, de romans et autres bédés peu ou pas chroniqués dans la République médiatique des Lettres. Librairie en ligne et magazine alternatif, Rezo a aussi lancé fin 2005 , le Prix Gros Sel, qui récompense un auteur méconnu. Le 1er avril dernier, le premier Prix Gros Sel du public a été décerné à Denis-Martin Chabot pour Manigances et le prix du jury à Alain Dantinne pour Hygiène de l'intestin ( à qui on décerne dans la foulée le prix Mille feuilles du titre qui déchire).
Bon, être publié en catimini par un éditeur confidentiel qui va vous vendre sous le manteau n'a jamais été un gage de qualité. Et la plupart des auteurs méconnus sont simplement mauvais ( à l'instar de certains groupes de rock de nos amis dont on se félicite qu'ils ne dépassent pas les limites de leur cave). Et lire dans leur présentation que" loin des remparts d'une société mi fugue mi déraison des femmes et des hommes se battent pour plus d'humanité dans nos vies", nous a fait sourire au début. Puis refusant de faire un pas de plus dans le cynisme on s'est inscrit sur la liste des lecteurs pour le Prix Gros Sel 2007. Si vous voulez nous rejoindre, c'est par là.



Parano, Jan Lars Jensen

Posté par Easywriter le 12.04.06 à 14:39 | tags : extrait, roman
"J'ai le malheur d'avoir compris de quoi j'étais l'instrumentet si je le couche maintenant sur le papier, c'est dans l'espoir que l'humanité pourra en faire quelque chose. J'ai écrit un roman dont le titre est Shiva 3000. Shiva, déesse indienne de la destruction - la puissance destructrice - est celle dont, sans l'avoir désiré, j'ai causé l'avènement".
Je rendis la feuille de papier imprimée au docteur Brophy. Nous étions à nouveau dans son petit bureau.
"-Vous reconnaissez ce papier ? me demanda t-il.
- C'est l'e-mail que je me suis envoyé à moi-même le jour où j'ai été hospitalisé."

A part ça, ça va Jan Lars Jensen ? L'auteur canadien, qui connut aux USA un succès inattendu avec un roman de science-fiction, a moins bien géré sa soudaine notoriété que Marc Levy. Persuadé qu'il a provoqué un désastre dont le pire est à venir, Lars Jensen écrit Parano, texte troublant dans lequel il se demande si écrire peut tuer. C'est pourtant l'écriture qui lui permet de revenir sereinement sur ce pétage de plombs. Promis on écrit un papier dès qu'on remet la main sur notre tube de Lexomil.
Parano, Jan Lars Jensen. Editions Intervalles.



Denis Robert : plaidoyer pour un obstiné

Posté par Easywriter le 12.04.06 à 12:16 | tags : denis robert, julliard, news, web


Denis Robert est le genre de journaliste qui continue à nous donner foi en ce métier. Investigateur chevronné, il s'est attiré pas mal d'ennui en fouillant du côté de la chambre de compensation financière luxembourgeoise, "Clearstream", gigantesque et opaque machine financière qui permet en gros de faire tourner à grande échelle des commissions occultes. Dans son livre "Révélations", il expliquait notamment un système de transaction entre une banque en faillite et la banque générale du Luxembourg (BGL) qui avait floué des milliers de petits épargnants mais avait permis à quelques privilégiés de se partager 100 millions de francs. Depuis, Denis Robert est poursuivi par la justice luxembourgeoise sur des points de détail vu que l'essentiel de ses infos sont indéniables. Des tribunaux français ont d'ailleurs déjà débouté la BGL de deux requêtes en justice.
L'histoire fait en tout cas flipper pas mal de monde dans les milieux politico-financiers. Des structures comme Clearstream "officialisent" la corruption comme faisant partie intégrante du capitalisme financier. Et alors ? Who cares ? C'est peut-être cela le pire : au lieu de se lancer dans un procès, les Luxembourgeois auraient pu attendre que le soufflet retombe, que les milieux médiatiques et littéraires trouvent un nouvel os à ronger. Les scandales financiers internationaux sont compliqués, chiants et les révéler ne provoquera aucune révolution. Mais Denis Robert s'obstine, inlassablement il défend la transparence de sa modeste place. Il y a quelques temps il avait lancé un appel anti-corruption avec une batterie de juges européens. Denis Robert est un journaliste old-school qui croit que traquer la vérité est indispensable à la démocratie, que décrire le monde c'est déjà contribuer à le transformer.
Il ne faut pas lâcher Denis, et pour cela on peut signer la pétition et se tenir au courant via son blog bien foutu où infos promos cohabitent avec infos tout court et soutiens de toutes parts. Il faudra aussi lire mardi dans le mag une chronique sur son dernier roman la domination du monde, la fiction étant pour Denis Robert une manière de continuer le combat.
Voilà c'était notre minute "la vie des journalistes indépendants". Et tout de suite des nouvelles de la bourse.

Sur Mille Feuilles : un extrait de la Domination du Monde
Sur le web : l'appel liberté d'informer , le blog de Denis Robert




Les Inrocks vs Humanité Dimanche : le choc des hebdos

Posté par Myosotis le 12.04.06 à 11:02 | tags : média

J'ai testé ces dernières semaines les nouvelles formules des "petits hebdos de gauche qui montent et s'engagent". D'un côté, un Humanité Dimanche rebaptisé HD* (logo assez classe à l'allemande) qui sort le jeudi de l'agonie et de l'autre, un Inrockuptibles, pas rebaptisé qui se déculturalise pour triompher dès le mardi matin. Après quelques lectures croisées, HD mène assez nettement, comme on pouvait s'y attendre, sur le versant politique : précision de l'engagement, clarté des propos, simplicité des thèses, richesse des exemples "terrain", dynamisme. Les articles sont de taille moyenne/ courte, bien composés et sortent des sentiers battus (le théma "femme" est d'actualité mais bien traité). Les Inrocks, plus récents sur le créneau, sont pointus mais sentent la gauche caviar. Thèses pas forcément plus compliquées  mais lien au terrain moins évident et côté technocratique (verbeux) en évidence. Dans tous les cas, on entend plus facilement l'avis du délégué CGT (consulté dans 100% des articles de HD, avec des vrais salariés!) que les propos de sociologues et de journalistes diplômés de Sciences Po des Inrocks. 1-0 pour HD* donc.

Côté culture, y'a pas photo. Quand les Inrocks font un numéro Morrissey/ Larry Clark, HD* fait Placebo/les Wampas et lit du Christian Jacq. C'est à n'y rien comprendre car la ligne de l'Humanité Hebdo de l'ancienne formule était particulièrement performante. La dimension culturelle est de toute façon peu développée dans l'Humanité. Avec leurs hauts et leurs bas, les Inrocks l'emportent haut la main. 1-1

Pages télé. Ca se vaut mais les conseils de HD* sont nettement moins snobs et finalement plus digestes que ceux des Inrocks, qui tiennent absolument à nous faire voir un documentaire sur Samuel Becket sur Arte à 22H20, alors que HD* recommande Louis la Brocante. HD*2 - Inrocks 1

Créativité/ Maquette. Les deux journaux partagent la mise en page moderne faite d'encarts, de brèves débiles faciles à avaler et de belles photos. La maniabilité se vaut. Les photos de l'Humanité sont des photos d'agence essentiellement. Les Inrocks se cassent un peu plus la tête. Egalisation. 2-2

Prix. 2,5 contre 3,5. Avantage HD*. 3-2

 Densité globale et richesse. HD* a beau marquer des points avec ces 2 dernières pages historiques (très bien foutues), les Inrocks ont un propos plus ouvert (plus dilué aussi) qui reste leur caractéristique première. HD* aurait tout intérêt à ré-embaucher Serge Lehmann qui faisait il y a 4 ans des pages "anticipation" de haute volée. Penser l'actualité depuis le culturel reste un angle pertinent même s'il tient plus du slogan que de la ligne éditoriale. Avantage Inrocks quand même. 3-3

Du coup, ça me fait match nul et je n'ai toujours pas trouvé mon hebdo complet de gauche favori. Comme je n'ai pas l'intention d'acheter les deux (j'ai pas les moyens), je me contenterai de regarder la télé ou de lire des romans. C'était bien essayé.  

 

 

 

 




Nicolas Fargues : j'étais derrière toi

Posté par Easywriter le 11.04.06 à 19:02 | tags : extrait, pol, roman
C'est dans la trentaine que la vie m'a sauté à la figure. J'ai alors cessé de me prendre pour le roi du monde et je suis devenu un adulte comme les autres, qui fait ce qu'il peut avec ce qu'il est. J'ai attendu la trentaine pour ne plus avoir à me demander à quoi cela pouvait bien ressembler, la souffrance et le souci, la trentaine pour me mettre, comme tout le monde, à la recherche du bonheur. Qu'est-ce qui s'est passé ? Je n'ai pas connu de guerre, ni la perte d'un proche, ni de maladie grave, rien. Rien qu'une banale histoire de séparation et de rencontre.


Une banale histoire en effet, mais à travers laquelle Nicolas Fargues parle de lui, de nous, avec élégance et surtout avec une profondeur insoupçonnée dans les premières lignes. Voilà. Il a notre âge, il écrit mieux que nous et il est plus beau. Donc, non, définitvement non, on n'écrira plus une seule ligne sur J'étais derrière toi.

j'étais derrière toi. (POL)





Douleur, malaise en quelques mots

Posté par Myosotis le 11.04.06 à 09:01 | tags : bd

Je continue mes posts BD pour signaler ce petit site très amusant consacré à l'expression (en onomatopées la plupart du temps) de la douleur, de la souffrance et de la peine dans la bande dessinée. C'est assez curieux, mais le garçon réussit à faire des études formelles tout à fait pertinentes (en anglais) sur le sens du Yaaaaaaargggg, du Unhf, du Yoffffff, du

Meeeeeeeeeeeeeeeerrrrrrrrrrcyyyyyy etc... 
Chaque expression est illustrée très simplement par un extrait et un exemple de son utilisation, le tout rappelé dans un index. Manque le son évidemment mais rien n'empêche de faire jouer ses expressions par une intermittente du spectacle (ou un intermittent pour les filles) que vous loueriez à la journée ou à la 1/2 journée. C'est souvent sympa et ça leur fait des heures. En plus, lorsque le thème est existentialiste comme ici, ils sont particulièrement à l'aise et performants.

N'hésitez pas pendant que vous y êtes à circuler sur les liens qui renvoient à de bons projets (plus connus) sur des thèmes similaires.




Comic Box exceptionnel

Posté par Myosotis le 10.04.06 à 17:24 | tags : bd

Je n'aime pas beaucoup faire de la pub mais le 40ème numéro du magazine Comic Box (www), comme les 4 précédents issus de la re-création du bimensuel, est excellent. Consacré exclusivement aux comics, ce magazine est un véritable bonheur pour ceux qui aiment la BD tant les intervenants journalistes sont érudits et prompts à trouver des angles inédits.
Cette fois-ci, par exemple, la couverture annonce une interview du co-créateur des Watchmen, Dave Gibbons, qui fait, comme dans les vieux Inrocks, 7 pages complètes. On a aussi pour le même prix une interview de Mike Mignola (Hellboy), de Joe Michael Straczynski (Spiderman) et j'en passe. Un article traite de thèmes à résonnance historique (les gays et les comics, les noirs et les superhéros...), tandis que d'autres décryptent l'histoire et le sens de personnages mythiques. Et ce ne sont pas de petits articles pour ados, non, non, de vraies analyses denses, documentées...  Le magazine contient également une vingtaine de pages de BD, souvent inédites, toujours très bien. Cette fois-ci, c'est une histoire amusante de Superman où celui-ci consulte une psychanalyste. Franchement du superboulot, au point que je me suis abonné...

 

 




Kickback : la revanche de David Lloyd

Posté par Myosotis le 10.04.06 à 14:51 | tags : alan moore, bd, david lloyd

Surfant (par anticipation) sur le succès programmé de l'adaptation ciné du cultissime V for Vendetta (pas si mauvais finalement - je l'ai enfin vu, même si très à l'Ouest du comics originel), les opportunistes éditions Carabas redonnent une visibilité à Kickback, très bon polar écrit et dessiné par David Lloyd, sorti il y a 2 ans en 2 volumes.


On déplorera que Carabas n'ait pas profité de l'occasion pour reprendre une traduction parfois bizarre et des erreurs de typographie agaçantes, mais Kickback n'en reste pas moins une BD efficace, au scénario solide transcendé par le dessin verdâtre et angoissant de Lloyd. L'artiste, co-auteur en 1982 de V for Vendetta avec Alan Moore, n'a jamais bénéficié d'une telle exposition en France. Sa carrière qui a sans doute pâti de son style très caractéristique reste en demie-teinte, sans série régulière, ni personnage marquant.
Lloyd produit avec Kickback un one-shot tout à fait intéressant, empruntant à la série noire et au polar américain, entre Bullitt et les films de Bogart. Le dessin est soigné, les ambiances glauques et urbaines très bien rendues. Le héros est sans surprise un flic légèrement corrompu qui se retrouve pris au piège de conspirations à tiroir après le massacre spectaculaire d'un truand. L'enquête lui donne aussi l'occasion de faire un retour sur lui-même façon Mike Hammer en psychanalyse....

Pas le bouquin du siècle donc mais une histoire qui mérite quand même qu'on s'y attarde.
Pour ceux que ça intéresse, interview de l'auteur ici


MAJ 18/04 : chronique de V pour Vendetta sur Flu + interview de David Lloyd
Lire aussi le dossier Alan Moore




Terry Jones : Ma guerre contre la guerre au terrorisme

Posté par Easywriter le 10.04.06 à 14:34 | tags : audio, essai, extrait, flammarion
"la vraie « guerre » n’a commencé qu’après l’occupation de l’Irak et la mise en place d’un gouvernement de collabos .
Mais est-ce ainsi que les journaux, la télévision et la radio la désignent ? Non : ils parlent d’ insurrection  et de terrorisme , parce que ce sont les mots qu’aiment employer MM. Bush et Blair. » Et les grands médias  reprennent tous en choeur l’air de pipeau que jouent ceux qui sont au pouvoir ».

L'ancien Monty Python Terry Jones démonte  faits d'armes  et méfaits de  langue de l'axe Blair/Bush dans leur lutte anti-terroriste. Refusant le terme de guerre devant ce qui ne relève que du "tir au pigeon", Jones constate dans son journal que la première victime de la guerre c'est la langue. Si Dieu nous prête vie on reviendra plus avant sur cette croisade pour la liberté immuable de l'intelligence.
Ma guerre contre la guerre au terrorisme, Terry Jones. (Flammarion)
 





Daniel Clowes : Caricature (réédition)

Posté par fluctuat.net le 10.04.06 à 11:40 | tags : bd


Non, non, malheureusement on n'est pas les premiers à vous parler du tout dernier graphic novel de Daniel Clowes. Caricature n'est pas une nouveauté mais un recueil de 9 histoires publiées au départ dans Eightballs, comics créé par l'auteur de David Boring. Histoires qui racontent le week-end d'un dessinateur, égaré dans un déprimant salon de caricaturistes. Ou mettent en scène de jolies blondes pince sans rire (Mona Beadle) qui fantasment sur un ancien camarade de classe devenu premier rôle d'un minable feuilleton télé.
Les histoires de Clowes sont indépendantes mais reliées entre elles par un fil thématique : le désespoir larvé et la solitude urbaine qui enveloppent tous ceux qui n'ont pas accepté la médiocrité comme une fatalité du monde moderne. D'une tristesse infinie et d'une vérité brute, les bd de Clowes (Ghost world, Hey Pussey, David Boring) sont parfois belles à chialer.

Caricature (Rackham).



Désert Américain

Posté par Myosotis le 10.04.06 à 10:33 | tags : actes sud, roman

Je ne connaissais pas Percival Everett et c'était un tort. Le monsieur est Noir ET universitaire, ce qui en soi est déjà une performance aux Etats-Unis. Il en serait à une quinzaine de romans publiés outre-Atlantique dont Désert Américain, sorti il y a quelques semaines chez Actes Sud, est le deuxième à bénéficier (sauf erreur) d'une traduction en français. En attendant que je me mette à Effacement (sorti en janvier en poche - et qui traite de la question noire), deux mots sur Désert Américain.
L'intrigue est facile à résumer mais inédite : un universitaire en crise (personnelle et professionnelle) a un accident de voiture et est décapité. Le jour de son enterrement, il se lève du cercueil et VIT. Du coup, ça met un secret bordel un peu partout. Dit comme ça, cette histoire de mort-vivant paraît ridicule et elle est en réalité bien pire que ça : farfelue au point de faire passer les bouquins de Christopher Moore pour du Balzac. Ted, l'universitaire mort-vivant, va "révéler" le rapport de l'Amérique à la mort et au sacré, en croisant qui une secte religieuse façon Daviediens, qui une base d'Etat à Roswell expérimentant sur le vivant, qui des clones de Jésus, des croyants, etc. Le rythme est incroyablement rapide. Les idées foisonnent, n'interdisant pas un excellent développement des personnes et une bonne part d'analyse psychologique (si,si). Du coup, l'outrance passe, on rigole énormément et Everett se paie quelques jolis moments d'émotion (les rapports entre Ted et sa femme Gloria).  Et toujours cette éternelle question : pourquoi est-ce qu'en France etc ?




William Burroughs : Entre chats

Posté par Myosotis le 10.04.06 à 10:00 | tags : elucubration

Je ne sais pas si c'est parce que le mien n'est pas rentré depuis 4 jours mais j'ai eu envie de relire ce matin un recueil de textes de William S. Burroughs consacrés au chat et aux siens en particulier. Entre Chats, chez Christian Bourgois. J'en avais dit du bien à l'époque et je le pense toujours. Burroughs avait compris ces animaux, pas comme Baudelaire ou Colette qui en faisaient toute une affaire mais comme un homme toqué de créatures cruelles, égoïstes et peu câlines. Ce qu'on aime chez les chats, c'est qu'ils ne peuvent pas aimer.
Extrait : "8 mai 1982. Aujourd’hui la chatte a tué un lapin pas encore adulte. Je regardai par la fenêtre et je la vis avec ce lapin entre les mâchoires, le traînant sous la véranda. James était horrifié. Plus tard, le voici de nouveau sur la véranda, en léchant le sang sur ses pattes avec une expression très satisfaite. Je n’éprouve pas grand chose pour les lapins. Ils ne sont pas du tout malins même les petits. Ils ne font que des tentatives stupides, galvaniques, pour se dégager de vos mains, et les gros lapins peuvent vous faire une très méchante morsure. J’essayai d’enlever les restes avant qu’ils ne se manifestent et ne commencent à hanter la véranda avec l’odeur nauséabonde d’une charogne…. »
Si Diego veut bien revenir, je lui donnerai une tranche de foie. 

NB
: le chat sur la photo n'est pas de notre collaborateur Myosotis, donc si vous le croisez, laissez le tranquille.

 




Jack London : Pas de fumée sans feu

Posté par Myosotis le 08.04.06 à 11:00 | tags : roman

Je rapportais dans un post récent ma joie d'avoir découvert un roman de Jack London ayant échappé à l'exceptionnel travail de réédition engagé depuis quelques années par les éditions Phébus. Smoke Belliou (Belliou la Fumée), dernier roman de London sur l'équipée du Klondike (1911), vient justement de sortir dans cette collection et il faut se précipiter dessus.

Vrai roman d'aventure et roman picaresque, Belliou la Fumée est un chef d'oeuvre qui bénéficie d'une dynamique mi-héroïque, mi-burlesque tout à fait surprenante. Organisé autour d'une douzaine de nouvelles, réunies autour du personnage principal, le roman est une ode à l'énergie vitale et à l'optimisme. Belliou traverse une série de péripéties qui aurait suffi à abattre n'importe quel trappeur, le sourire aux lèvres. On le voit crever la faim, faire fortune puis tout perdre, être abusé et relever la tête. Sorte d'Hercule ordinaire, flanqué d'un buddy rustique baptisé le Courtaud, Belliou se relève toujours et affronte la Fortune (l'un des thèmes favoris de Jack London) avec pragmatisme et philosophie. Belliou est un prince, un modèle pour la jeunesse et un remède radical contre la sinistrose. Les éditeurs successifs de Belliou la Fumée ont comparé cet ouvrage à Candide de Voltaire. C'est un peu plus que ça à mon sens, l'un des personnages-souche de notre modernité, littéraire et cinématographique, une relecture à visage humain des héros antiques, de ce qu'ils peuvent faire et ne peuvent plus faire quand la foi en eux a disparu. On peut se moquer de la simplicité d'écriture de London et prétendre qu'il aurait mieux écrit s'il avait économisé ses cartouches mais certainement pas de ses intentions et de leur profondeur. Belliou est un excellent exemple de littérature intelligente et efficace.  

  




François Taillandier : telling

Posté par Easywriter le 07.04.06 à 14:34 | tags : extrait, livre, loufoque, religion, roman

"La souffrance s'appelle la justice ; l
a souffrance a le droit d'exiger. En ce sens, le telling individuel procède de l'âge démocratique : chacun grâce à lui s'instaure comme personne humaine, délimite et sécurise son périmètre, brandit ses droits inaliénables. Il ferait beau voir que chacun ne fût pas important !"
Telling est le deuxième volume de la grande intrigue de François Taillandier, une fresque ambitieuse à travers laquelle le romancier explore 55 ans d'évolution de la société française. Mieux écrit, moins chiant et tout aussi utile que bien des manuels de sociologie.







Renaissance : après le film, la bd

Posté par Easywriter le 07.04.06 à 10:30 | tags : bd
Le film Renaissance, dont la rédaction ciné a salué la performance graphique tout en regrettant un flagrant manque d'inventivité scénaristique, est également disponible en BD. Jean-Bernard Pouy et Patrixk Raynal se sont collés
à l'adaptation côté textes. Les dessins sont signés Gérard Parel et Julien Renoult.
Les jeux de contrastes et le noir et blanc du film sont évidemment repris ici avec le même effet visuel, original mais un peu figé. A noter : une petite surprise en couleurs. A part ça ? Et ben  Paris c'est toujours aussi  beau la nuit.
Renaissance, la disparition. Casterman.



Blake is Blake

Posté par Myosotis le 07.04.06 à 09:30 | tags : poésie, web

J'ai lu dans le journal d'hier que, lors d'une vente aux enchères, certaines plaques du poète William Blake s'étaient échangées entre 10 000 et 25 000 euros. Cette somme bien que considérable constituait une contre-performance pour l'artiste, dont la cote pourrait bien pâtir de l'air du temps. Il y a quelques temps des spécialistes se sont accordés pour dire que l'oeuvre du poète-graveur était le corpus classique le moins lu par les étudiants anglais, et on ne fait plus guère référence à lui lorsqu'il s'agit d'évaluer une oeuvre moderne. Pourtant Blake est, pour un poète du début du XIXème siècle et pour un "mystique", un écrivain étonnament accessible et fulgurant. Certaines phrases sont immédiatement intelligibles et énoncées sous forme d'aphorismes. L'homme qui déclarait : "l'imagination n'est pas un état, c'est l'existence humaine toute entière", en guise de devise pré-matrixienne, a ainsi écrit dans le Mariage du Ciel et de l'Enfer, par exemple :

" La route de l'excès conduit au palais de la sagesse" (classique, mais c'est de Blake)

"Celui qui désire, mais n'agit pas engendre la pestilence" (écrits sur le procès d'Outreau?)

"Le ver coupé par la charrue lui pardonne." (ça c'est carrément la classe)

ou splendide : "celui dont le visage n'offre nulle lumière ne deviendra pas étoile".

Dans les Proverbes de l'Enfer, ces phrases se suivent et précèdent des centaines d'autres, tout aussi justes et percutantes. Blake est tenu pour un Saint par son Eglise anglaise. Son excellence méritait au moins ça. 
Sur le web : un site dédié à Son Excellence





Da Vinci Code expliqué à ses lecteurs

Posté par Easywriter le 06.04.06 à 14:34 | tags : best-seller, dan brown, extrait






"La vie éternelle est déjà là, avant d'être parfaitement manifestée dans la demeure de Dieu. Or une caractéristique du Da Vinci Code est l'absence de la grâce, c'est à dire du don de Dieu."


Mais c'est pour ça que c'était nul le Da Vinci Code. Mais non, Bernard Sesboüé, premier théologien à s'exprimer sur le best-seller de Dan Brown, a quelques arguments plus convaincants. On y reviendra bientôt si Dieu nous prête vie jusque là.
Le Da Vinci Code expliqué à ses lecteurs de Bernard Sesboüé, Seuil.



Houellebecq vs Spinrad : un jeu de miroirs

Posté par Myosotis le 06.04.06 à 11:15 | tags : elucubration, livre, roman


Personne n'en a vraiment parlé au moment de la sortie de la Possibilité d'une Ile mais le message, mal intentionné, a tout de même circulé sur certains forums. Cela n'aurait sans doute fait qu'ajouter au grand moulin médiatique mais le roman de Houellebecq présentait un certain nombre de ressemblances étonnantes avec les Miroirs de l'Esprit (Mind Game), roman d'anticipation publié en 1980, de l'écrivain américain Norman Spinrad. Dans ce roman, Spinrad racontait les mésaventures d'un petit réalisateur hollywoodien aux prises avec une secte, le Transformationalisme, fondée par un ancien écrivain de science-fiction et qui allait connaître un succès planétaire. Le Transformationalisme était directement inspiré par l'Eglise de scientologie, dont Spinrad exposait de manière bluffante les mécanismes de recrutement, de manipulation mentale ainsi que l'organisation interne. Les séquences avec le gourou, alcoolo et pas dupe de son rayonnement naturel, étaient tout simplement sublimes.


S'il n'y a peut-être pas d'autre moyen que d'évoquer l'organigramme d'une secte en décomposant son directoire autour de fonctions traditionnelles (le gourou, le gendarme et le garant de la doctrine), la Trinité évoque presque mot à mot, page à page et personnage à personnage, la structure dépeinte chez les Raéliens par l'auteur français. On peut facilement faire la comparaison et démontrer que Houellebecq s'est soit inspiré de cet ouvrage, soit n'a pas fait preuve d'une grande originalité dans son travail. C'est évidemment cette seconde hypothèse qui a ma préférence. 
Avec le recul, je tiens la Possibilité d'une Ile pour un livre moyen et plutôt mal composé. Si la fin rattrape l'ensemble, le dispositif technique (cette histoire de clonage) et l'organisation du récit ne sont pas ce qui se fait de mieux, et même pour un livre "de genre". Relire les Miroirs de l'Esprit permet de relativiser le génie de notre écrivain préféré et de ramener sa composante visionnaire à de plus justes proportions.    

 




Le Monde 2 donne des Nouvelles

Posté par Easywriter le 06.04.06 à 10:51 | tags : média, news

Dans son édition  datée du 08 avril  et en kiosque à Paris dès vendredi midi, Le Monde 2 , supplément magazine du quotidien du soir, proposera des nouvelles. Sur deux pages, des écrivains francophones proposeront chaque semaine des textes inédits. Tahar Ben Jelloun, Cyrille Fleisschman, Anne-Marie Garat, Christine Avel, Karine tuil, Pierre Bordage et Laurent Genefort font entre autres partie des plumes invitées. Tous les genres seront abordés.
Vous trouvez que la liste fait très Monde des Livres ? Normal, le projet a été mis en place avec l'auguste rédaction littéraire. Si vous voulez savoir quel écrivain essuie les plâtres, et bien achetez le Monde 2. Ici, on défend la presse écrite.



Acheteurs de livres : Mais qui êtes vous ?

Posté par Easywriter le 06.04.06 à 10:00 | tags : news

C'est la question posée par Livres Hebdo à la Sofres qui a réalisé une étude complète.  Malgré une année 2005 en demi-teinte pour l'édition, 70 % des Français considèrent le livre comme irremplaçable, notamment pour se former (60%). Même si le consommateur type se laisse de plus en plus guider par le plaisir, 34% d'achat impulsif contre 20 % il y a dix ans. Les femmes sont plus nombreuses à acheter (57 % des clients) et le consommateur 2006 sait ce qu'il veut en entrant dans une librairie (61%). Et ce qu'il veut généralement c'est trouver un auteur précis, premier facteur de choix. Voilà qui ne fait pas forcément les affaires des libraires spécialisés puisque la demande de conseils est un critère qui recule constamment dans les motivations du consommateur. Bon, sachez aussi que la majorité des acheteurs gagnent entre 1500 et 3000 € et qu'Internet représenterait 19 % des recherches de livres mais qu'on y achète très peu.
Ah, le service marketing me glisse dans l'oreillette que 97,31% des lecteurs de la rubrique livres et de Mille feuilles sont très satisfaits de la qualité des informations et du style des contributeurs. Merci de cette précision.
La totale sur le site Tns sofres



Henning mankell : l'homme qui souriait

Posté par Easywriter le 05.04.06 à 14:34 | tags : audio, extrait, henning mankell, le seuil, poche, polar
"Lorsqu'il retourna enfin se coucher, il était plus de quatre heures du matin. Dehors le vent soufflait toujours et la température avait chuté. Il frissonna en se glissant sous les couvertures. Il lui semblait qu'il n'avait guère avancé. Et pas davantage réussi à se convaincre de prendre patience. Ce qu'il exigeait de ses collègues restait comme d'habitude hors de portée pour lui."


Allez, une dernière enquête avec Kurt Wallander, fin limier (légèrement angoissé) de la police de Ystad. L'homme qui souriait est réédité chez " Points policiers", qui a déjà publié une dizaine de polars du suédois Henning Mankell dont la production inégale révèle quelques pépites( à lire : la lionne blanche et les chiens de Riga ). Le Seuil publie ces jours-ci le retour du professeur danse qui met cette fois en scène, Stefan Lindman, jeune policier cancéreux qui poursuit d'anciens criminels nazis. On y revient dans le mag, dès qu'on l'a fini.

L'homme qui souriait
(extrait ci-dessus), la lionne blanche, les chiens de Riga. Points policier.
Le retour du professeur de danse. Seuil, sortie le 06 avril.
- Lire la chronique de Le Retour du-professeur de danse
- Henning Mankell, la short-list.



Slavoj Zizek : Philosopher à coup de marteau.

Posté par Maxence le 05.04.06 à 11:31 | tags : essai, flammarion, livre, philosophie
Jusqu'alors largement ignorée chez nous, l’œuvre du philosophe culte Slavoj Zizek fait enfin l’objet de nombreuses parutions dans notre pays. Philosophe, donc, mais également psychanalyste radical, sa pensée doit être lue attentivement pour être bien comprise. En effet, dans Bienvenue dans le désert du réel, celui que l'on surnomme "la superstar slovène du marxisme pop", met à bas l'idée (utopique selon ses dires) de démocratie libérale et de la supposée bienveillance qui l'accompagne. Alors "nouveau réac" Zizek ? Pas du tout. Dans son livre - au titre faisant bien évidemment référence au film Matrix, quand Morpheus, introduit Néo à la "vraie réalité" d'un monde dévasté par un ground zero planétaire - le penseur insiste simplement sur la nécessité de régler en priorité les problèmes internes à chaque civilisation avant de tenter un rapprochement - ou une opposition simpliste - impossible et brutale entre des cultures aux valeurs par trop éloignées les unes des autres. Ce faisant, il fait bien évidemment référence à la vision réductrice proposée par les médias et la politique américaine post-11 septembre, d'un occident multiple et connecté et d'un islam soit disant régressif et replié sur lui-même. La question que pose Zizek est simple : Comment oser penser que l'on peut faire accepter brutalement les valeurs d'une société occidentale permissive et prétendument libre, alors qu'elle n'est qu'exclusivement dirigée vers l'acquisition de biens matériels, à une civilisation aussi encadrée et dévouée à la communauté que la société musulmane traditionnelle, si nous ne sommes pas capables de réguler nos propres problèmes (chômage, ostracisme, intolérance, retour de l'intégrisme religieux, etc) ? Zizek insiste, par exemple, sur le fait que les déclarations de l'après 11-septembre selon lesquels l'acte terroriste s'explique par le fait que l'islam est une religion intolérante vient  principalement d'intégristes chrétiens eux-même intolérants. Pour Slavoj Zizek, il ne s'agit surtout pas d'imposer de force nos valeurs, ni d'accepter béatement celles des autres, mais d'éternellement peser que ces valeurs représentent et ce qu'individuellement elles peuvent ajouter à l'humanité. Loin d'être un simple appel à la tolérance "de plus", Bienvenue dans le désert du réel est véritablement un manifeste en faveur d'une nouvelle subjectivité.
Bienvenue dans le désert du réel (Flammarion)



Captain America vs BHL

Posté par Myosotis le 04.04.06 à 09:57 | tags : bd, elucubration, politique

Si on veut lire un livre intelligent sur la politique américaine et la manière dont fonctionne le pays : une chose est sûre c'est qu'il vaut mieux lire Captain America (Mère Patrie - Volume 2 chez Marvel France) scénarisé par Robert Morales et dessiné par Chris Bachalo en mars 2005 que le livre de BHL American Vertigo, justement pris pour cible récemment par les Guignols de l'Info. Dans Captain America Mère Patrie, Morales prend en main le personnage emblématique de l'Amérique en guerre contre le nazisme pour lutter contre le terrorisme international. C'est la cause nationale et on est pas si loin du 11 septembre. Pourtant, et c'est tout l'intérêt de ce comic book comparé à l'essai touristique de BHL, Morales rend, dans cette histoire superbement illustrée par Chris Bachalo, l'ambiguïté de la traque entreprise par Bush et tout ce qu'elle peut porter de compromissions alors que BHL est accaparé par sa ligne simpliste : l'Amérique a raison (même si elle est complexe, oui, oui) et on a tort d'être antiaméricains. Dans le genre subtil, on préfère presque les gros sabots de Dantec.  

Captain American, étrangement privé de superpouvoirs dans ce recueil, est un peu paumé entre la CIA (de Nick Fury), les Cubains et les vrais terroristes au point que le symbôle de la droiture et de la simplicité d'engagement US apparaît comme un enfant à l'Ouest aux mains de toutes les coteries. Une bien belle leçon qui a valu à son auteur d'être évincé de la série car trop peu en phase avec l'effort de guerre. Signe supplémentaire de la qualité de cette histoire.  En duel, le philosophe se fait donc éclater sévère par le justicier.  

 

 




Jean-Louis Costes : Grand-père

Posté par Easywriter le 03.04.06 à 14:34 | tags : arts visuels, extrait, livre, roman

"Je m’appelle Jean-Louis Garnick Philippe Costes. Garnick parce que mon grand-père s’appelait Garnick Sarkissian. C’était un immigré arménien. Un clodo. Une merde. Il parlait toujours pas français après 50 ans passés en France, en plus il avait oublié l’arménien !"
Ainsi débute grand-père, un roman qui devrait ouvrir les portes du grand public à Jean-Louis Costes, performer et vidéaste chtarbé de son état. "Son talent devient désormais une réalité accessible à tous", confirme notre ami Troudair qui signe un brillant plaidoyer dans le mag. S'il le dit...

Grand-père de Jean-Louis Costes (Fayard)
Extrait + débat : Costes peut-il encore foutre la merde ?



Les Annales du disque monde : la saga fantasy ne faiblit pas

Posté par Myosotis le 03.04.06 à 10:16 | tags : science-fiction


Le tome 28 des Annales du Disque Monde, saga fantasy de l'australien Terry Pratchett s'appelle Ronde de nuit et est sorti aux Editions Atalante il y a quelques semaines. Ronde de nuit est pour les connaisseurs un "roman du gué", mettant donc en scène parmi les personnages récurrents et centraux de la série le Capitaine (Commandant) Vimaire et le soldat nain d'1m90 Carotte, responsables en titre des forces de sécurité intérieure de la ville capitale d'Ankh Morpork. Ce n'est pas encore pour ce coup-ci qu'on retrouvera Rincevent, le mage nul et ses very special tricks. On se gardera bien de dire quoi que ce soit de l'intrigue mais ce qui frappe et rassure avec Terry Pratchett, c'est qu'après 28 tomes, le rythme des annales du Disque Monde ne faiblit pas. Il y a bien des volumes qu'on préfère mais aucune histoire décevante ou tirée par les cheveux. Jamais on n'avait rencontré dans l'histoire de la fantasy et de la littérature (Sherlock Holmes peut-être)  un tel niveau d'excellence soutenu sur une telle durée. Les Annales enterrent tout ce qu'a pu écrire Tolkien le sourire aux lèvres. Le Disque Monde avec les années s'éloigne de plus en plus des mondes absurdes de Douglas Adams et autres satires du genre pour composer un monde merveilleux, alternatif et crédible à interroger notre société.

Pour se repérer dans les Annales du Disque, on a pas encore fait mieux que cette représentation graphique de la saga.
Terry Pratchett, le dossier sur Flu, le mag.







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