Livres : actu romans, essais et bd, extraits... blog Mille feuilles.

Archives > Mars 2006

Fresh Theorie : que font les jeunes intellectuels ?

Posté par Easywriter le 31.03.06 à 14:34 | tags : essai, extrait, philosophie

- "Il y a une nécessaire hétérogénéité des conditions de la philosophie : c'est toujours pour de mauvaises raisons qu'on en fait, des raisons bien peu 'philosophiques'. Bien sûr, ces mauvaises raisons sont plus ou moins acceptables, il y a des manières plus ou moins 'chic', plus ou moins grossières, d'être forcé à faire de la philosophie. Mais qu'on entre dans la philosophie par Blanchot ou bien par Matrix, c'est le même problème : mauvaises raisons dans les deux cas. Si on est prêt à l'admettre, on s'épargne de pénibles scènes d'auto-justification, mais aussi la traque aux intentions inavouables, l'expertise paranoïaque des compromissions conscientes ou inconscientes (avec la mode du jour, le marché, les fausses gloires de la politique, etc.). Cette hétérogénéïté des conditions de la philosophie, une fois admise, peut-elle devenir à son tour un problème philosophique ? C'est-à-dire : peut-on s'en servir pour faire de la philosophie ?"

C'est ce que se demandent Elie During et Patrice Maniglier dans le collectif branché Fresh Théorie.  Bribes de réponses, filaments d'hypothèses, barbapapa théorique, comme de juste, dans le mag, bientôt.
Fresh Théorie, ouvrage collectif, (Léo Scheer)
Maj : lire la chronique



Owen Noone & Marauder de Douglas Cowie

Posté par Myosotis le 31.03.06 à 10:47 | tags : christian bourgois, livre, politique, roman

Je n'aime pas conseiller un bouquin quand je ne l'ai pas terminé mais comme il semble que la fin soit justement le talon d'Achille d'Owen Noone & Marauder, le premier livre de l'Américain Douglas Cowie (illus.) je fais une entorse à la règle. Owen Noone et le Marauder est jusqu'ici (les 2 tiers du livre) le livre que tous les écrivains qui aiment le rock ont pensé écrire un jour : la chronique d'une aventure indie, depuis la formation d'une cellule musicale punk (2 gars qui ne savent pas jouer d'un instrument), jusqu'au succès. L'Américain originaire de l'Illinois, âgé de 28 ans, mène sa barque avec une belle maîtrise des situations et du sujet, dressant le portrait d'un attelage entre Suicide (pour la formule duo), Pavement (la belle histoire d'un succès par la voie underground) et Nirvana (la voix, le punk). Owen Noone, leader charismatique, messianique et d'origine bourgeoise, fait alliance avec le Marauder (et narrateur), mec fauché et en manque de confiance, pour monter un groupe punk. Owen Noone et le Marauder prennent leur pied et se découvrent des qualités. Le roman n'est guère plus que ça mais fait frisonner de plaisir car cette histoire est une histoire vraie, qu'on a déjà lue mille fois dans les biographies rock, les interviews. C'est la meilleure histoire du monde, la plus généreuse, la plus énergique.C'est pour cette raison qu'il faut lire Owen Noone & Marauder : le roman qui vous rajeunit de 20 ans si vous en avez 35, vous donne des ailes si vous avez 15 de moins.

Owen, noon and Marauder (Christian Bourgois)







Rapport secret du Pentagone sur le changement climatique

Posté par Easywriter le 30.03.06 à 14:34 | tags : essai, extrait, société

- " 2012 : la sécheresse et le froid poussent les populations scandinaves vers le sud, l'Union Européenne tente de juguler cet afflux de population. / 2015 : des conflits à l'intérieur de l'Union pour les questions d'approvisionnement en nourriture et en eau entraînent des échauffourées et des tensions diplomatiques. / 2018 : migration des populations du nord, venant par exemple des Pays-Bas et d'Allemagne, vers l'Espagne et l'Italie. /.../ 2020 : les escarmouches se multiplient au sujet de l'eau et de l'immigration. / 2025 : l'Union est proche de la désintégration."


Ce n'est pas le non au referendum qui nous a amené là mais le bouleversement climatique qui arrive à grands pas. Les cauchemars cafardeux des auteurs du Rapport secret du Pentagone sur le changement climatique sont dans le mag.

Rapport secret du Pentagone sur le changement climatique (Allia)
Sur le forum : la planète va t-elle à la catastrophe ?




Au top des ventes

Posté par Myosotis le 30.03.06 à 10:34 | tags : best-seller, lectures, news

Ca me prend de temps en temps : je regarde les "charts livres", le top ten des meilleurs ventes de la semaine sur fnac.com, amazon.fr ou alors le top de l'Express, de Libé, et je rêve aux belles choses que je pourrais acheter, aux filles qui me demanderaient mon numéro de Blackberry, à la personne importante que je deviendrais pour et dans le pays, si j'étais le Docteur Cohen et savais comment manger, si j'étais F.O.G et connaissais la tragédie du président, si j'étais Jean-Marc Morandini et savais comment marche la télé et ce qu'il faut ou ne faut pas regarder. J'aurais des couilles en platine comme  Dan Brown si je savais appeler un livre Deception Point (c'est énorme comme titre Deception Point pour un best-seller, tout un programme) ou si comme le docteur Pierre Durkan je ne savais pas maigrir. Il y a des millions de personnes dans ce pays qui ne savent pas maigrir mais c'est le docteur Pierre Durkan qui a écrit le livre qui faut et qui ramasse un gros jackpot massif en leur disant "hé,hé, moi non plus, je sais pas maigrir." Rien que pour ça, pour cette idée, ce genre de types mérite de devenir encore plus riche qu'il n'était avant d'avoir eu cette idée. Ce qui est bien dans les top des meilleures ventes, c'est qu'on peut se demander aussi s'il y a UNE seule personne qui achète l'ensemble du top ten  ou si ce sont plusieurs personnes qui achètent un ou deux livres.  Je crois qu'il faudrait un sacré cran pour s'avaler le top ten dans l'ordre chaque semaine. Même Jean d'Ormesson n'y arriverait pas. C'est un truc à se dégoûter de la lecture, vous pensez pas ? Une bonne solution pour en finir. Ce qui effraie également c'est que de temps en temps, se glissent de bons livres ou de bonnes BD. Ca fout les boules. Comment des gens qui lisent si mal pendant toutes ces semaines peuvent-ils se mettre à lire si bien tout à coup ?  Je ne peux pas croire une seule seconde que le même pays puisse accorder la  pole-position au Docteur Cohen et à Brett Easton Ellis, à douze semaines d'intervalle.

Extraits du top ten de la semaine :  

Savoir manger
Jean-Michel Cohen - Patrick Serog

La tragédie du président
Franz-Olivier Giesbert

Le combat ordinaire, T3
Ce qui est précieux
Larcenet

Les miscellanées de Mr Schott
Ben Schott

Apprendre à vivre
Luc Ferry

Deception point
Dan Brown

Je ne sais pas maigrir
Docteur Pierre Dukan
Le premier sexe
Eric Zemmour




CPE :Cioran s'exprime enfin

Posté par Myosotis le 29.03.06 à 19:09 | tags : elucubration

Au bord du gouffre, la France entend d'Outre-tombe la voix du prêcheur de désespoir  Emil Michel Cioran qui, les lèvres par dessus le trou, souffle à l'oreille du Galouzeau.

"Changer d'avis, c'est se donner raison."

Mais pourquoi secourir cet homme qui se veut du mal, si ce n'est pour se convaincre d'être humain contre l'inhumain ?

 

 




Nick Flynn : Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie

Posté par Easywriter le 29.03.06 à 14:34 | tags : extrait, gallimard, livre, roman, sexe
"Ce sera ma Colonie pénitenciaire. Mon Dossier Dostoïevski. Mon Soljenitsyne. Soljenitsyne va en être blême quand il lira ce putain de texte".
Sauf que ce n'est pas un pénitencier. Seulement une maison d'arrêt. Palm Beach, rien que ça, pas grand-chose à voir avec la Sibérie. Les détenus jouent ici au Monopoly dans les couloirs. Ile ne purge pas une peine pour quelque grande et noble cause; ce n'est qu'un délit d'alcoolique, banal, vol de voiture en état d'ivresse. Mais pénitencier fait plus d'effet que maison d'arrêt, et rien n'est pire que le que le commun.



Entre 1984 et 1990, Nick Flynn a travaillé auprès des sans-abris. C'est dans un asile de SDF de Boston qu'il retrouve le père qu'il n'a jamais connu, sous les traits d'un écrivain raté, alcoolique et clochardisé. Outre le titre de l'année, Flynn réussit un roman sur lequel on reviendra en long, en larger et en travers dans Flu, le mag.
Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie (Gallimard)



Le joli coup de Mr Schott

Posté par Myosotis le 29.03.06 à 09:27 | tags : best-seller, livre

Les miscellanées de Mr Schott a été l'un des cartons de l'année (et spécialement de la période des fêtes), assurant une bonne part du bénéfice d'Allia, éditeur qu'on ne peut qu'apprécier d'habitude. Si c'est un format poche, les Miscellanées de Mr Schott est un livre cher, mise en page sophistiquée oblige et un livre qui rappelle le principe des Almanachs d'antan. Le bouquin est une succession de listes, de précisions obligatoires, ou dispensables, de collections, de noms, de dates, de couleurs. On y trouverait, selon les critiques, des tas d'informations (les chiffres du nombre Pi, la liste des travaux d'Hercule et autres conneries)tout à fait intéressantes et dont la juxtaposition composerait une oeuvre pleine de sens et de surprises. On peut douter du battage qui a été fait autour de monsieur Ben Schott et de son livre "qui a fait un tabac en Angleterre", dit la publicité, pour la simple raison que ce genre de livres peut se concevoir en une petite heure de surf intensif. C'est le propre souvent d'une navigation que d'être butinage et de nous emmener sur des pages qu'on avait pas prévu de parcourir. Les miscellanées est ainsi un ouvrage concept qui n'a pas vraiment d'autre intérêt que d'être un parfait reflet de la modernité. Livre sans fond mais à la forme-reine, c'est un livre qui donne l'impression au lecteur d'être tout puissant, de réussir une grille de mots croisés, voire de dépasser son prof de sciences. L'ivresse des sots en sort renforcée mais c'est à peu près tout.  Si l'on creuse un peu (pas loin), on apprend que Ben Schott, l'auteur, a une trentaine d'années, sort de Cambridge et a travaillé dans la publicité avant de détester ça et de préférer les joies des lettres "sa vraie nature". Ca ne vous rappelle rien ? Ben a sorti en anglais un Almanach, subtile déclinaison du 1er concept, et supervise les sorties de son livre en toutes les langues possibles et imaginables. Pour un joli coup, c'est un joli coup !
Le site schott-media






Journalisme sang pour sang gonzo

Posté par Maxence le 28.03.06 à 11:43 | tags : essai, news, photo

Attention livre évènement ! Le 18 avril prochain sort dans les librairies : Vampyres, quand la réalité dépasse la fiction de Laurent Courau (photos Lukas Zpira). Un document exceptionnel sur la scène vampyre de New York City et son expansion dans le reste du monde. Canular ? Fumisterie gothique extrême ? Il n'en n'est rien, et vous découvrirez au fil des pages de ce passionnant bouquin - en sus du pourquoi de "vampire" avec un "y" - que la réalité du vampirisme est bien loin du phénomène de mode (tout  comme il l'est des clichés à la Bram Stoker). Au centre de ce mouvement, la rue d'abord, le sexe, les modifications corporelles, les gangs, mais aussi la solidarité, la discipline, la magie et une véritable philosophie. Une culture qui s'étend des rues du Queens et de Brooklyn à Osaka, Toronto ou Moscou... Le processus de phagocytage des dernières contre-cultures est en marche ! On en reparle très bientôt !




La Terre Vaine

Posté par Myosotis le 28.03.06 à 10:22 | tags : poésie

La couverture a beau être atroce (il faut tuez illico presto le designer qui a fait ce dessin), la sortie en poche (7 euros seulement) d'un des plus beaux poèmes de Thomas Stearns Eliot, publié en 1922, est un bonheur. Plus personne en France ne lit TS Eliot aujourd'hui et c'est un tort. Sa poésie est un chaînon essentiel entre l'art du XIXème siècle (pour l'imagerie, le classicisme, l'élégance) et celui du XXème siècle (l'amplitude, la complexité des compositions).  Sa Terre Vaine, dont le titre original The Waste Land sonne si bien, est une chanson splendide, aussi belle que les meilleurs pages de Joyce, aussi triste que du Dagerman. TS Eliot est le poète le plus lent de la création. Il mettait des années à soigner chaque vers, chaque mot et n'en finissait jamais avec un texte.

Il suffit de dire tout haut les premiers vers :

April is the cruellest month, breeding  
Lilacs out of the dead land, mixing  
Memory and desire, stirring  
Dull roots with spring rain.

 Pour sentir le terreau et la mort, la terre humide monter à la tête et tourner la boule de souvenirs et de puanteur.

D'ici quelques semaines, je parlerai de mon poème préféré d'Eliot, publié 3 ans après la Terre Vaine. Il s'appelle Les Hommes Vides (The Hollow Men). Mais je suis de trop bonne humeur aujourd'hui pour le relire.

Le site de référence sur Eliot .

 




CPE, l'appel des lycéens

Posté par Eric Arlix le 27.03.06 à 19:44
Chère Maman, cher Papa,

"Depuis quelques semaines, avec un grand nombre de mes copains et de mes copines, mais aussi avec d'autres jeunes des autres lycées, je demande le retrait du CPE. Au début, je ne savais pas très bien ce qu'était le CPE mais maintenant je suis sûr-e que ce contrat première embauche va me nuire pendant des années.
Sur nos pancartes, il est inscrit « jetable », savez vous qu'un employeur aura la possibilité de me licencier à n'importe quel moment, par une simple lettre et sans explication à fournir.
Sur nos pancartes, il est inscrit « exploitable », comment me sera-t-il possible de refuser, de dire Non, de réclamer ou de simplement parler franchement, puisque la porte sera toujours entrouverte pour me mettre dehors. Il me sera impossible de demander une augmentation de salaire, ou des améliorations de mes conditions de travail. (...)
Toi Maman et toi Papa, dans ton entreprise, tu es considéré-e. Moi avec un CPE, je serais pendant deux ans voire plus, absent-es des effectifs. Je n'aurai pas le droit de vote pour les élections professionnelles ni pour les Prud'hommes. Pire, si je travaille dans une entreprise avec un comité d'entreprise, mon salaire ne sera pas inclus dans le calcul de la masse
salariale. C'est-à-dire que je vais là encore pénaliser les autres salariés.
Avec le CPE, le licenciement ne donne pas droit à une indemnité basée sur un pourcentage du salaire pendant les six premiers mois. Avec le CPE quand on est licencié, on touche d'abord une prime de 8% des salaires perçus (CDD 10%) et 480 EUR pendant deux mois puis plus rien, et encore, il faut quatre mois de présence. Et entre deux CPE, la période ne peut être inférieure à 2 mois.
Dans ce cas, vous comprendrez que je serai encore à la maison pendant quelques années, et j'espère que vous accepterez de m'accueillir même si cela n'était pas prévu. (...)
Le CPE est un des articles d'une Loi, c'est la Loi Borloo sur l'égalité des chances. Drôle de nom pour une Loi qui divise et qui rend les salariés-es jeunes inégaux face aux autres, les plus de 27 ans et 11 mois. Dans cette Loi, d'autres articles ; le contrat emploi senior qui est un CPE mais pour ceux de 56 à 59 ans. (...)
Ma chère maman, mon cher Papa, la situation est grave. Avec la mise en place de cette Loi, c'est tout le Droit du et au Travail qui est remis en cause. Ils ont commencé par la jeunesse, mais la suite rapide sera la remise en cause de tout le Code du Travail et des Statuts. C'est la remise en cause de votre CDI.
La lutte que je mène aujourd'hui, c'est pour toi maman et pour toi papa, et peut être que vous ne le saviez pas. La jeunesse a montré l'exemple de son courage et de sa détermination, pourquoi pas vous ?
Mardi 28 mars, les syndicats de salariés, d'étudiants, de lycéens, appellent à la grève partout et à venir manifester. Je souhaite que toi Maman, toi Papa, que Mamie et Papy, vous m'accompagniez pour être encore plus nombreux et montrer des familles unies et solidaires face à l'arbitraire et à la régression sociale."

Et venez en discuter sur les forums de Flu.



Vincent Ravalec : la vie miraculeuse du clochard André

Posté par Easywriter le 27.03.06 à 13:37 | tags : extrait, flammarion, livre, roman
Trottoir : Sert à marcher( et accessoirement à trotter). Le trottoir a été une révolution dans la vie urbaine en protégeant le piéton de la boue amassée sur la voie. d'une taille réglementée, il parsème la ville de sa rassurante présence. Permet des évocations poétiques. Ex : inlassablement en pensant à toi, j'ai arpenté les trottoirs de ma mélancolie.
Walkman, auto-radio, I-Pod : Parmi les principales révolutions de la modernité car permettant de se mouvoir en écoutant de la musique et donc de colorer son espace-temps d'une mélodie rythmée et peut-être ainsi de vibrer, même si c'est de façon imperceptible, accordé sur le chant subtil des étoiles, dont tout le monde sait qu'elles sont constituées en de gigantesques chorales.

Un peu comme le Douglas Coupland de Génération X, Vincent Ravalec parsème son dernier roman, La vie miraculeuse du clochard André, de définitions post-modernes. Mais que faut-il en penser ? La réponse dans le Mag, très, très bientôt.



Denis Robert : la domination du monde

Posté par Easywriter le 27.03.06 à 09:30 | tags : denis robert, extrait, julliard, livre, roman
"Il n'y a pas de dominants constitués en groupe hiérarchisé et organisé, doté d'une volonté propre et négative. C'est plus fin, plus complexe et plus pervers. La très grande bourgeoisie initiée, connectée, oligarchique, transnationale est de plus en plus riche. Le Lumpen laborieux, sans le sou, sédentaire, déconnecté grossit de plus en plus tout en bas de l'échelle. Au milieu, une masse informe de veaux finalement incultes, disciplinés et de plus en plus pauvres s'invente une pseudo-hiérarchie. Ces dominés n'ont pas de conscience de leur état et du vol organisé par les dominants. Les outils de propagande et'asservissement très développés mis en place par les dominants anesthésient toute vélléité émancipatrice chez les dominés."

Après les enquêtes pour Libé, les essais sur les malversations ddu capitalisme international,  Denis Robert, actuellement en délicatesse avec la justice luxembourgeoise, s'essaie à nouveau à la fiction.

La Domination du monde, aux éditions Julliard, en librairie.


Entretien avec Denis Robert + chronique dans le mag




Tom Wolfe : Moi Charlotte Simmons

Posté par Van le 25.03.06 à 13:25 | tags : extrait, robert laffont, roman
"Au milieu d'un fouillis de jeans, de tee-shirts, de sous-vêtements et de chaussures, deux jeunes corps blancs et nus étaient étendus sur la moquette du séjour, juste au pied de la télé. Bras et jambes entortillés, couchés sur le côté, ils s'adonnaient à la forme originelle de "fuck". Energiquement. "Aaah, aaah, aaah", ahanait inlassablement la fille. Comme ils avaient les pieds vers l'entrée, la vue qu'en avait Jojo consistait pour l'essentiel en une houle de fesses et de cuisses charnues, ainsi qu'un fouillis de cheveux blonds qui masquait entièrement le visage de Mike. Par simple curiosité statistique, Jojo s'est demandé si la fille avait le pubis rasé. Il avait constaté que cette mode s'était rapidement répandue depuis le printemps dernier, même si la nana qu'il avait commencé à emballer deux jours plus tôt lui avait confié que, pour sa part, elle avait un "maillot brésilien". Le point intéressant, c'était la manière dont le truc se propageait. En temps que vedette sportive, il était facile de se tenir au courant des tendances de l'esthétique pubienne, mais comment les filles pouvaient-elles rester à la page, elles ? Etait-ce une question dont elles parlaient entre elles, ou quoi ?"
Appétissant, non ?
Moi, Charlotte Simmons, le dernier né de Tom Wolfe à paraître le 27 mars aux éditions Robert Laffont, et bientôt sur Flu, le mag.
Maj : Moi Charlotte Simmons, la chronique



T'es trash ou t'es off ? (petite leçon de journalisme)

Posté par Myosotis le 25.03.06 à 11:54 | tags : elucubration, média

Il y a quelques années Daniel Carton avait fait un tabac (j'ai évité de peu le jeu de mots) avec son livre Bien Entendu, c'est off. Aujourd'hui, la notion d'On/off, du dicible et de l'incommunicable est enseignée dans les écoles de journalisme, alors même qu'elle constitue, par nature, l'une des principales causes de décadence de la profession. Si l'on croise cette thématique du On (qui est dit et qu'on peut, voire qu'on DOIT raconter dans la presse) et du Off (qui est dit, SU, ou DéCOUVERT et dont il ne faut surtout pas parler, tout en sous-entendant qu'on le sait) avec celle de la people-isation de l'information, on en tombe sur une aporie formidable du politiquement correct. La rumeur veut d'ailleurs que l'Agence Reuters ait créé dans son applicatif informatique de gestions des dépêches un "flux" ou un "fil infos" (un regroupement thématique d'infos ex : fil éco, fil politique) souterrain, accessible seulement aux responsables de service sur lequel circulerait en toute liberté toute l'information interdite (LE FLUX OFF). Le fait que cette information (si elle est vraie) ait circulé participe là aussi de la grande mascarade de l'information.
En guise d'illustration et pour vous montrer toute la subtilité du processus, prenons l'exemple de 3 (sous)informations que nous avons pu obtenir de "sources autorisées" :
1. François Hollande et Ségolène Royal sont en instance de séparation et ne vivent plus ensemble depuis quelques semaines.


2. Après le nouveau départ de Cécilia pour les Etats-Unis, l'amie journaliste du Figaro de Nicolas Sarkozy lui a annoncé qu'elle attendait un enfant de lui.


3. Lionel Jospin a quitté Sylviane Agacinski et a une liaison avec l'actrice Nathalie Baye.
Sur ces 3 nouvelles, 2 sont des informations politiques "off", c'est-à-dire des informations qui en soi ont une importance politique susceptible d'influer sur le cours émergent des événements. Une serait à ranger dans la catégorie "trash news" ou plus simplement "politique people", c'est-à-dire qu'elle n'a en soi aucun intérêt pour le journaliste. Lesquelles ?


 


 




Par ici la bonne soupe!

Posté par Easywriter le 24.03.06 à 15:29 | tags : média, news

Ces derniers temps on tape gentiment  dans le blog  sur les pseudos-stars parisiennes (Durand, FOG, Zemmour) de l'entertainment culturel. Pour élargir ces escarmouches germano-pratines, il est grand temps de se payer Jean-Pierre Pernaut. Car pendant qu'on avale sur le pouce un panini au thon à 9 euros, le présentateur du JT le plus regardé en Europe s'adresse à la France d'en-bas (du périph). Entre deux  portraits d'artisans buccoliques ( ah les raboteurs d'ânes en bois  de Lozère) et les reportages embedded au festival international de la soupe à Lille,  le 13 heures de TF1 véhicule une idéologie vaguement poujado et correspond à un choix industriel très lourd  de la maison Bouygues, mis en place après la privatisation de la chaïne. Pour comprendre le phénomène, quoi de mieux qu'un bon bouquin écrit par les deux franc-tireurs de la rubrique télé de Libé ? La bonne soupe (illus.) revient donc sur la construction d'une incroyable machine à fédérer (et à décérébrer) qui résume la nation entière à un village perdu dans le sud et les années 50.  Dès qu'on peut, on en reparle en long et en large avec Garrigos et Roberts.
La bonne soupe, par Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts (Les Arènes)
ps : le 20 heures de TF1 est pour sa part nettement plus cyber-branché...

Actu : lire edito + entretien avec les auteurs du livre dans le mag



L'Opéra de Pékin, c'est très bien !

Posté par Flyer le 24.03.06 à 12:28 | tags : bd, manga, news
L'opéra de PékinC'était une gageure de parler du Kyougeki (théâtre chinois dynamique mettant le chant au premier plan) en images fixes. Un défi relevé de main de maître par le mangaka japonais Hiroshi Ueda, l'auteur de L'Opéra de Pékin, une mini-série en 3 tomes dont le premier volet vient de sortir.
C'est l'histoire d'un môme japonais dont le grand père était acteur de Kyougeki dans le Pékin des années 20. Tatsuki (c'est son nom) est abreuvé des histoires de son papy et s'entraîne, sous sa direction, à cet art fait de chants et de chorégraphies de combats compliquées. Et lorsque le papy offre au gamin un masque de théatre, le voici téléporté à Pékin en 1923, à l'âge d'or du Kyougeki et au lendemain du grand tremblement de terre qui ravagea Tokyo. D'abord, le manga est drôle. Les aventures de Tatsuki dans le vieux Pékin ne sont pas une comédie mais le dessin est dynamique, le thème riche et la galerie de seconds rôles  est assez cocasse. Le fait que le personnage principal ait 10 ans joue aussi en la faveur du manga, l'âge de Tatsuki court-circuitant immédiatement toute déviation romantique susceptible d'alourdir une histoire déjà dense. Evidemment, les personnages féminins sont nombreux, et certaines demoiselles semblent bien l'apprécier, notre fana de Kyougeki, mais ces attachements émotionnels sont légers, fugaces et fins. L'Opéra de Pékin est une histoire à la plastique et au scénario captivants, dont chaque page nous absorbe dans cet univers de lyrisme et d'arts martiaux, avec en prime les apparitions de l'acteur (historique) Mei Lanfang, qui engendra son propre courant de Kyougeki. Hé, quand je vous disais qu'il y avait plein de choses à apprendre là-dedans, et le tout sans s'en rendre compte.



Eric Zemmour ou l'intuition masculine à la noix

Posté par Myosotis le 24.03.06 à 11:52 | tags : best-seller, média

D'aucuns se faisaient la réflexion plus bas qu'on ne parlait pas assez des poches, des livres qui coûtent pas chers et qui sont à la portée de toutes les bourses. Mieux que le Poche et plus économique encore, il y a évidemment le "livre dispensable", c'est-à-dire le livre qui même en format poche (9,50 euros ici), conçu pour bien se vendre, ne mérite pas d'être acheté. C'est le cas de ce premier sexe d'Eric Zemmour, vendu avec une polémique qui ne vaut même pas la une de Marie-Claire. La thèse se résume à peu près à ça : "l'homme fout le camp. Il devient une gonzesse." Il faut pas mal de pages au final à Zemmour pour ne pas se rendre compte que l'idée ne tient pas et n'amuse que les bobos, les bourgeois, les nantis,  Guillaume Durand et quelques journalistes. Dans le pays réel, la thèse ne soutient pas l'examen une demie-seconde. Les femmes continuent de se prendre des jetons (parfois) et de faire la popotte (souvent). Les hommes n'ont même pas un tube de vaseline dans l'armoire de toilettes et c'est l'homme qui porte la culotte (parce qu'il gagne 20% de plus à compétences égales). Je saute à mon tour à pieds joints dans la caricature mais c'est ainsi que je sens la chose lorsque c'est Zemmour qui parle du haut de son arrondissement télé.  Je passe sur la partie la plus aventureuse du livre, celle qui consiste à décrypter l'histoire de ces 30 dernières années, à travers le prisme de son intuition à la noix. Le chômage, les pédés, la sexualité. Si le grotesque tuait, Zemmour n'aurait sans doute pas dépassé l'âge de sa première dent de lait. La chute se fait sur une ode à la virilité, aux poils, aux torses bombés, bourses pleines et aux géants des Carpates.  Sur le même thème (et toujours en Poche), on réédite le livre le plus con du philosophe Emmanuel Kant sur les femmes et les différences entre les sexes. Le prince des idées (et de la morale) s'y montre en dessous de tout pour un condensé d'imbécilités sur les femmes : à la cuisine, attirées par les hommes laids et j'en passe. De loin, son pire livre, d'après ce qu'on raconte. Son excuse : l'ouvrage a été pensé depuis une époque où Zemmour n'était pas encore né et Kant n'était pas un grand connaisseur de la gente féminine.  

 




Editions Amsterdam : le manifeste

Posté par Eric Arlix le 24.03.06 à 10:15 | tags : édition, news

" À l’heure où le modèle « marxiste-léniniste » s’est effondré ; à l’heure où l’hypothèque que ce modèle faisait peser sur la pensée et les pratiques démocratiques s’est dissipée ; à l’heure aussi où est menée, à l’échelle mondiale, une offensive visant à en finir avec le modèle social-démocrate de croissance et où partout les inégalités s’accroissent ; à l’heure de la guerre sécuritaire contre les pauvres ; à l’heure encore où se constitue une opinion mondiale démocratique et critique et où émergent des réseaux de résistance internationaux ; à l’heure enfin où se développent des luttes « spécifiques » pour l’égalité, comme celles des gays et des lesbiennes ou encore celles des personnes issues de l'immigration coloniale et postcoloniale ; les Éditions Amsterdam veulent contribuer à la diffusion d’une pensée radicalement démocratique et anti-autoritaire en prise avec la situation contemporaine."
Dont acte. Le site des éditions Amsterdam




Campus : brouillon de culture par Guillaume Durand

Posté par Myosotis le 23.03.06 à 12:31 | tags : elucubration, média

J'ai jeté un oeil sur Campus. Et, Campus pue. Le jour dit, c'était un spécial Politique comme presque à chaque fois avec Durand, c'est-à-dire qu'on avait droit à Max Gallo, Franz-Olivier Giesbert, Luc Ferry et puis aussi à Jacques Séguela (l'Imam caché des Bronzés). Après, il y a eu Rocco , Edouard Baer et finalement les Wampas . Ce qui était drôle, c'était cette sorte de ressemblance vestimentaire et physique qu'il y avait entre Durand et F.O.G, cette même tentative de paraître bobocool et de lutter contre le vieillissement. Ferry, dans son style "ravi de la crèche-je ne suis pas du monde politique, non, non" était spectaculaire lui aussi.
Si bien que je me suis pris à penser qu'on pourrait lancer un vrai contrat de tueurs professionnels contre l'ensemble du plateau sans que j'en sois attristé. Il ne faut pas dire ces choses et encore moins les écrire (on ne sait jamais - c'est un coup à engager sa responsabilité si, d'aventure, un heureux fou s'exécutait) mais qui dirait le contraire ? Lorsque je vois Durand, j'ai en tête 2 événements précis : la fois où il a fait poireauter Will Self sur le plateau sans rien dire jusqu'à 1 heure du matin pour faire parler de son bouquin (Ainsi vivent les morts) par une critique qui ne l'avait pas lu et a dit "Will est supercool. D'ailleurs il a fumé de la drogue dans l'avion de John Major pendant la campagne, hé, hé". Deux minutes montre en main. Self a dit "Yes" et puis il y a eu le générique de fin, dans mon souvenir.
Et puis le second truc, c'était quand après 3 ans de présentation de magazines musicaux, Durand a dit en clignant de l'oeil à je ne sais plus qui (Obispo ou alors Jean-Louis Aubert) en présentant un sujet sur les Pixies : "c'est bien, c'est bien, même si bon, dans le rock, enfin, je trouve qu'on a plus rien fait d'intéressant après David Bowie et les Rolling Stones non ?". Je me demande si on ne pourrait pas faire un procès à France 2 pour contester l'utilisation abusive du terme "Magazine de l'Ecrit" pour cette émission. Vendredi, Campus est au Salon du Livre. C'est un spécial Panthère Rose avec Jean Reno, Christine Ockrent et pis aussi Emilie Simon.
 Sur le forum :  Pourquoi les émissions littéraires sont-elles nulles ?

 




Tarik Noui : La Treille des Négriers

Posté par Eric Arlix le 23.03.06 à 10:40 | tags : extrait, livre, roman
"Dites-vous bien qu'il n'y a plus de héros mécaniques. De demi-dieu de la technologie. C'est le rebours Moyen-âge. Maintenant, c'est l'artisanat de la douleur qui frappe. Des mains sales éventrent les trains et les métros des cités européennnes. Vos bêtes fantômes meurent et renaissent dressées transfigurées sur les écrans. Légions de coléoptères. Organisation minuscule insectes carapaces. Pour eux, une seule déclainaison possible : habiter à l'intérieur de l'ennemi."

Tarik Noui, La Treille des négriers, éditions Melville, parution le 18 avril.




Valérie Mrejen : Pork and milk le journal

Posté par Easywriter le 22.03.06 à 18:33 | tags : livre, news

C'est pas parce que les voisins du dessus en parlent qu'on va pas en faire autant. Surtout que Valérie Mréjen, qui, certes, sort un film et touche sa bille en art contemporain, est aussi un ECRIVAIN ! Le journal de Pork and Milk - relate anecdotes, rendez-vous, choix des extérieurs, repérages... autour d'un film - pork and milk donc - qui raconte l'histoire de juifs élevés dans l'orthodoxie la plus sévère mais qui ont décidé de rompre avec le fanatisme religieux. Voilà un parti pris intéressant et un hommage bienvenu au courage de l'individu alors que tout le monde nous bassine avec le retour du religieux. Le plus de Mille feuilles : vous apprendre que le nom du film fait référence à deux aliments que la religion juive interdit de mélanger (et vous proposer une superbe illus.). Voilà. Non mais.
Pork and milk ( Allia).

MAJ : Pork and Milk de Valérie Mréjen
, lire la chronique du film. 



Philippe Djian : Doggy bag, deuxième saison d'enfer

Posté par Easywriter le 22.03.06 à 16:48 | tags : extrait, julliard, livre, roman
"Il étala quelques dossiers sur son bureau. "Voilà ce que nous avons trouvé, ces quinze derniers jours. Et sans beaucoup chercher. Scandales immobiliers, transactions douteuses, manoeuvres d'intimidation, pots- de -vin, détournements...Le maire et toute son équipe. Tous impliqués à des niveaux divers. Nous avons l'embarras du choix"

Petit aperçu du deuxième volume de Doggy bag de Philippe Djian (Julliard). Vous avez manqué les épisodes précédents ? Cours de rattrapage lundi dans la rubrique livres.  Pour patienter lisez la chronique d'Impuretés, autre grand moment  de littérature djianesque.

MAJ : Doggy bag, saison 2 de Philippe Djian, lire la chronique en rubrique Livres.  + short-list Djian.  



Revue Oxo : on en reprend pour dix ans!

Posté par Eric Arlix le 22.03.06 à 16:21 | tags : revue, web
Je lis depuis dix ans la revue OXO. Son principe de variabilité de l'objet suivant la courbe des abonnés est une bonne idée, une très très bonne idée, et un de ses blogs, les filles de léonard (sorte de Quizz Arti pour retrouver les noms d'origine) est également une très bonne idée. Que dire de plus, rien, juste en reprendre pour dix ans, please.
http://revueoxo.blogspot.com



Douglas Coupland rencontre Morrissey

Posté par Myosotis le 22.03.06 à 10:56 | tags : douglas coupland, livre

La vie est riche d'événements en ce moment pour l'écrivain canadien Douglas Coupland, qui, après avoir bataillé ferme avec le challenger Chuck Palahniuk lors d'une conférence au sommet, a dû prendre l'avion (on le plaint) pour rencontrer son idole musicale, l'ex-chanteur des Smiths, Morrissey dans la capitale romaine. The Observer relate et publie le texte tiré de la rencontre des deux monstres sacrés. En guise d'interview, et c'est là la morale de l'histoire, on n'aura pas droit à grand chose : Coupland a totalement évacué le côté questions/réponses de l'exercice pour une improvisation libre. A faire interviewer des rockstars par des écrivains mythiques, on obtient plus que des révélations un texte très sympathique où Coupland évoque son rapport aux Smiths et au chanteur (rappelons que son meilleur roman Girlfriend In A Coma a été baptisé en référence à un titre du quatuor mancunien). Parmi les passages amusants, on retiendra que Coupland trouve la tête de Morrissey énorme, réellement disproportionnée et considère que les interviews ne servent à rien. Son analyse du personnage est néanmoins savoureuse et rappelle les articles de l'écrivain gay Mark Simpson, très personnels, sur le même sujet. Pas moyen en revanche de trouver une photographie où les deux hommes posent ensemble. Le canard n'a présenté que cette photo d'un Morrissey en plein revival... Sacha Distel.


Entre deux sorties people, Coupland a tout de même eu le temps de se laisser pousser la barbe (illus.) et de boucler son nouveau roman baptisé J-Pod, lequel sortira, normalement, en juin 2006. L'éditeur annonce un retour aux thèmes technogeeks qui avaient fait le succès de Génération X.
More : lire les post Morrissey sur le blog musique.




 


 


 




E-book : le livre numérique passe à la radio

Posté par Easywriter le 21.03.06 à 16:52 | tags : e-book, média, news, numérique
On vous disait il y a peu combien le Salon du Livre semblait peu intéressé par l'ère numérique.  On avait  exagéré : ce soir à 19 h, (et quand on veut via le site) en direct sur RFI, un débat intitulé '" les nouvelles technologies, avenir ou mort du livre ?" fera le point sur les enjeux. Autour de la table, Agnès Saal, directrice de la BNF, qui parlera du projet de bibliothèque numérique européenne, jean-Daniel Levy de CSA et Vincent Poulvelarie, grand spécialiste du e-book, universitaire et membre de la direction commerciale  des éditions de l'Harmattan.  Comme on peut s'en douter  il sera moins question  du e-book, entendu comme support  que du  numérique dans  son acception la plus large.  Si vous n'avez toujours pas compris la différence  il est grand temps de lire  notre dossier e-book. ( Et dites nous ce qu'est pour vous le e-book idéal)



Seuil, Bourgois : Plein les Poches!

Posté par Easywriter le 21.03.06 à 13:25 | tags : christian bourgois, le seuil, news, poche
Le printemps n'est pas seulement porteur de dramatiques informations climatiques mais aussi de nouveautés plus fleuries. Ainsi de l'éclosion de deux nouvelles collections "poches" chez Christian Bourgois et au Seuil. Le premier sort une assez classe section Titres à couverture blanche qui permettra de rééditer à moindre coût les nombreuses pépites de la maison (comme Vila Matas en illus.). Du côté de la Martinière-Le Seuil c'est la collection Points qui s'offre un lifting. Née dans les années 70, la collection Points s'est imposée sur le marché dans les années 80 et 90 grâce à une ouverture très large à la fiction et  en segmentant l'approche (policiers, jeunesse...). Malheureusement, le marché "poches" s'est bigarré au point de devenir illisible d'où la volonté des éditeurs de clarifier tout ça. Avec 3000 titres au compteur, Points Poches ne possède que 5% du florissant marché squatté par Le Livre de Poche, Pocket et 10/18.  A venir, donc une collection point poésies, points fantasy puis grands romans, Thrillers... le but étant de faire progresser les ventes de 70%. Les prix devraient même baisser de un à deux euros par titre.



Ballard superstar(2) : Si si

Posté par Eric Arlix le 21.03.06 à 11:42 | tags : ballard, livre, roman


Si si on peut lire Millénaire mode d'emploi de Ballard mais surtout pas Millenium People ou Super Cannes (ses deux pires livres, et quelle idée de conseiller cela, surtout en disant "ils feront très bien l'affaire"). Lisez plutôt la "trilogie de béton", le top du top : Crash, IGH, L'île de Béton. Certes c'était il y a longtemps déjà. Plus récemment lire le sublime Massacre à Pangbourne, Mille et Une Nuits, 2 euros. Il culminait alors dans ce genre Catastrophisme, Anticipation Politique (ou sociale) et donc Millénaire mode d'emploi c'est plutôt pas mal pour se rendre compte de son parcours. Et le parcours d'un winner c'est forcément intéressant :)





Ballard Superstar

Posté par Myosotis le 21.03.06 à 10:31 | tags : ballard, livre, roman

Je disais, il y a quelques jours, que si on voulait découvrir JG Ballard, il valait mieux se reporter à ses romans que lire ses articles et diverses déclarations, aussi intéressants fussent-ils. Hé bien, nous y voilà et pas qu'un peu. Les Editions Denoël servent sur un plateau et rassemblés en une magistrale trilogie dite "du béton" : Crash, Concrete Island (l'Ile de Béton en VF) et High Rise (I.G.H, pour Immeuble de Grande Hauteur), soit trois chefs d'oeuvre d'anticipation sociale. Ces trois livres soit 576 pages et 30 euros forment dans l'oeuvre de Ballard une séquence magique et proche de la perfection. Parus à la file en 1973, 1974 et 1975, ils marquent la sortie de l'auteur des fictions catastrophiques et catastrophistes des années précédentes (les excellents Sécheresse ou l'Innondation) pour des romans où l'objet de la catastrophe devient l'homme et ses conditions d'existence. A partir de ces livres, et à quelques exceptions près (la Bonté des femmes, roman écolo-féministe notamment), Ballard s'occupe de la tragédie humaine dans notre siècle : il parle technologie, il parle vie urbaine, il parle sécheresse des coeurs et des corps. Je ne dis rien sur Crash qui a été largement commenté au moment de la sortie du film de Cronenberg. C'est un livre clé qui renvoie aux annonces prophétiques de The Atrocity Exhibition : un livre parfait sur le corps mais aussi sur la célébrité et la froideur des civilisations contemporaines. L'Ile de Béton est son double en solo. Pas de couple ici, mais un homme qui se perd avec son automobile, se blesse lors d'un accident, dans un îlot autoroutier, coincé entre deux bretelles de motorway dont il ne peut s'évader. Concrete Island , c'est à la fois Robinson Crusoé mais également la Tempête de Shakespeare avec ses envolées chimériques et ses Caliban d'Outre-périphérique, un roman monde qui tient sur un timbre poste, une miniature, conte philosophique écrit sans un mot de trop. L'homme meurt et le monde tourne comme un moteur 16 soupapes, à toute berzingue, autour de lui. C'est le message. IGH, High Rise, est mon préféré des trois. C'est le roman des propriétaires d'appartement, le roman des 80% de français qui veulent accéder à la propriété, des 99% qui se soucient de leurs conditions de vie. Une résidence est bâtie près de Londres avec tout le confort moderne mais dans le respect des traditions ancestrales : servitudes communes, équipements ultraperfectionnés partagés, les riches sur les étages élevés, les pauvres au rez-de-chaussée. High Rise est une image miroir de Millenium People, le dernier roman de Ballard, mais à l'échelle d'un seul immeuble. On y sent toute la sauvagerie des relations de voisinage : ce mélange d'hostilité (les bruits qui descendent, les mauvaises manières, les poubelles qui puent), de politesse (le bonjour matinal, les pots d'accueil, les assemblées de locataires) et de barbarie latente (je pisse sur ta porte). Le génie d'IGH se de faire basculer le tout, parce que l'immeuble est trop parfait, trop archétypal de notre monde, dans une magnifique guerre civile, une guerre domestique, une guérilla résidentielle. Barricades du 5ème étage. Locataires contre propriétaires. Massacres au vide-ordures. Je pourrais en parler pendant des pages et des pages. Ce livre rappelle que ce qui fait peur et est susceptible de tout faire vaciller dans la barbarie n'est pas tant le nucléaire, la pollution, la macro-économie, que les relents de nature humaine hérités de l'origine des temps. L'horreur sera domestique ou ne sera pas. IGH, c'est le Rwanda à la portée des Occidentaux. Le pays où l'hypocrisie de classes et le pistolet remplacent la machette et la race.




Les petits riens de Trondheim

Posté par Jypegue le 20.03.06 à 19:18 | tags : bd, livre, news
Les petits riens, le blog de Trondheim, est en ligne. Attention il y a une date limite de consommation ! Les post s'effacent au fur et à mesure...et réapparaitront probablement sous forme d'un album, sur du papier, du vrai qui sent bon le livre. Le blog de Frantico a suivi le même parcours, aujourd'hui disponible dans toutes les bonnes librairies. Édition numérique, puis édition papier, on profite de l'oeuvre au quotidien avant d'acquérir le livre.

Un nouveau rapport au livre se dessine ?



Wah !

Posté par Eric Arlix le 20.03.06 à 19:08 | tags : elucubration

Dans les écoles d'art, dans les années 80 tout le monde peint, dans les années 90 tout le monde fait de la vidéo, et dans les années 2000 tout le monde écrit. Mille feuilles tous les jours dans les écoles d'art. Les reproches fusent néanmoins, c'est de la littérature, c'est de la poésie pas de l'art, leur rétorque-t-on, une confusion des genres déstabilisatrice pour certains professeurs ; les élèves eux s'en sortent plutôt bien et punaisent leurs textes dans leurs installations, sous une photo ou les déposent au sol. Cool.



Revue Bordel : au stade et en librairie

Posté par Easywriter le 20.03.06 à 18:53 | tags : news, revue
La revue Bordel publiée par Stephane Million -et de laquelle on ne sait pas trop quoi penser- sort son numéro 5. Pour l'occasion, la clique des auteurs plus ou moins à la mode s'est invitée au stade. Régis Clinquart, Bénédicte Martin, Nicolas Pages et Yann Moix  y ont été de leur plume. Comme à chaque numéro des nouvelles têtes font leur apparition. On continue de suivre au cas où...



Franz-Olivier Giesbert ou la misère du journalisme politique

Posté par Myosotis le 20.03.06 à 11:17 | tags : best-seller, essai, flammarion, livre

Franz-Olivier Giesbert vend sa camelote sur les plateaux de télé comme une pute de comptoir. Il passe son temps à se vanter d'avoir trahi la confiance du Président (ce vieux naïf de Chirac : grosse buse érotomane qui croyait qu'on pouvait se confier à Super-Fog) et choisi, avec bravoure, courage et témérité (les qualités de tout journaliste qui se respecte), de révéler l'intime, le secret, la vérité du président le plus nul de la Vème République.  Il est reçu avec les honneurs  sur les plateaux, avec son look goguenard d'homme de "gauche" déguisé en homme de droite (FOG porte des carrés Hermès qui ressemblent à des minerves). Son portrait de Mitterrand lui avait valu les louanges unanimes de la presse et des lecteurs et voilà qu'il remet ça. Tapis rouge. Ventes records. Critiques à l'unisson qui saluent la complexité des approches Fogiennes ainsi que le style sec, cruel et précis du littérateur. Dans la tragédie du Président, on n'apprend pas grand chose pourtant,
si ce n'est cette thèse un peu étrange, mais dont on se serait bien passée, selon laquelle Chirac serait une sorte de serial looser, menteur (Supermenteur ça vous dit?), ordurier, manipulateur (on se doutait un peu que pour faire carrière en politique, un homme devait avoir un soupçon de vice), bambochard etc.  Accessoirement Chirac est nul, exalté et  guidé par un poisson pilote idiot, i.e Villepin. Sarkozy est "sincère", écrit F.OG., "vrai". On rigole.  Le vent tourne avec les mots. Si le texte vaut pour quelques scènes de vie (la constitution du gouvernement Balladur, par exemple, la conversation sur les canards, évoquées plus longuement que l'Irak), ce qui dérange ici c'est non seulement le parti pris de FOG, mais également sa manière de mettre l'accessoire au rang de l'essentiel. De ne parler que de choses qui n'ont pas d'importance pour la gouvernance, ou qui ne disent rien de nouveau. Au point où on en est de la déréliction démocratique et républicaine, parler de l'homme Chirac comme d'une merde enfonce encore un peu plus bas notre système dans la tombe, mais sans que personne s'en aperçoive.  Sans que cela soit dit, FOG apprend aux masses que la démocratie n'a jamais fait que se tromper, n'a jamais fait que s'en remettre aux mains de gens qui n'y croyaient pas un seul instant. La démocratie serait une pute un peu niaise qui ne monterait qu'avec des clients qui ne paient pas. 




Jack B. Quick (par Alan Moore et Kevin Nowlan)

Posté par Myosotis le 20.03.06 à 10:08 | tags : bd

La sortie en album de ces quelques histoires de Jack B. Quick est une heureuse surprise dont on perçoit mal l'intérêt commercial mais dont on fera volontiers son ordinaire. Personnage inventé par le maître scénariste Alan Moore  et dessiné par Kevin Nowlan, Jack B. Quick est un gamin de huit ans, doté d'un Q.I hors du commun et capable d'inventer à peu près n'importe quoi : vaches géantes, cochons menaçants, systèmes solaires etc.  Les histoires qui sont rassemblées ici ne sont pas bouleversantes et illustrent la tentative (à demi réussie) de Moore d'investir le champ lucratif de la BD populaire pour ados, autour de sa franchise ABC. Officiant d'ordinaire au sein de la plus intéressante série des Tomorrow Stories, auprès  de héros plus adultes et troublants comme Splash Brannigan, Grey Shirt, Cobweb ou The First American, Jack B. Quick témoigne de l'inventivité du scénariste et de sa capacité à produire un délire structuré avec la maîtrise d'une grille de sudoku autour d'un science hero mineur.  Le dessin de Nowlan n'est pas parmi les plus intéressants du marché mais rend à merveille le paysage ordinaire de la petite ville américaine, dérangée par la folie et les impertinences de cet Einstein en culottes courtes. Le véritable thème de Jack B. Quick, on le voit bien, est évidemment et encore, au centre du travail de Moore, l'intrusion de la différence (sexuelle, souvent, intellectuelle ici) et de l'absurde dans un univers surcodifié et sous-développé. Si les adultes préféreront à raison le personnage autrement plus complexe de Tom Strong, l'album de Jack B. Quick est un cadeau idéal pour les adolescents (et leurs parents) en quête de lectures stimulantes et de divertissement de qualité. Jack B. Quick atteint ainsi son but : instruire, faire rêver et initier ses lecteurs aux valeurs prônées par Moore de tolérance et de respect.




Salon du livre : le livre numérique avance doucement

Posté par Easywriter le 19.03.06 à 14:55 | tags : édition, numérique
Bien sûr, il y a les débats autour des bibliothèques ou de la numérisation des oeuvres universitaires, les stands des fournisseurs de téléchargement sécurisé, mais rien à faire :: en se promènant vendredi dans l'espace dédié au livre numérique du Salon du Livre, on avait l'impression de traverser une fête foraine qui plie bagage. Personne ou presque, les deux ou trois badauds qui se risquent dans le quartier écoutent vaguement les innovations révolutionnaires que leur vantent les démonstrateurs. Comme ce magazine consultable sur internet avec logiciel de feuilletage inclus, sur les pages que l'on tourne peut cliquer pour augmenter la taille d'une photo, lire une vidéo associée au texte, cliquer sur des onglets pour circuler plus rapidement à l'intérieur du contenu. " Les annonceurs peuvent ainsi proposer des publicités dynamiques, proposer de l'interactivité avec les consommateurs", nous explique t-on. Génial. Plus intéressant, le magazine est 20 % moins cher qu'en kiosque et l'éditeur économise bien sûr les très élevés coûts de diffusion. En france, l'idée n'a pas convaincu grand monde pour l'instant mais on nous assure qu'en Europe du Nord et au Japon, le procédé est en train de cartonner. Plus tard, on s'étonne auprès d'un professionnel du faible intérêt des éditeurs pour l'innovation technologique. " Ils protègent leur métier et se regardent en chien de faïence. Tant que personne ne bouge, personne ne bouge. Et même si le marché progresse de près de 50 % par an, le volume est faible", nous indique t-il. L'effet "boule de neige" ne démarrera que quand un mastodonte se lancera dans la course. Comme Hachette par exemple, qui ne fait pas preuve d'un enthousiasme délirant, peut être échaudé par le semi fiasco du e-book. Pour l'heure, l'éditeur le plus engagé  est l'Harmattan qui vend avec succès des livres numériques 30% moins chers que la version papier directement sur son site . La plupart des professionnels  utilisent le web comme une simple vitrine. "Le numérique finira par coexister à part égale avec le papier, c'est inéluctable", continue notre informateur. (Mais ça, on le savait déjà). Au stand de Livropolis, il n' y a personne, le démonstrateur est parti lui aussi. Peut-être est il au stand d'Albin Michel ou de Flammarion. Comme tout le monde. L'ère numérique avance pépère...



Mark Costello, maître du jeu romanesque

Posté par Myosotis le 19.03.06 à 14:31 | tags : actes sud, livre, roman

Je viens de terminer Les Maîtres du jeu (chez Actes Sud), roman de l'américain Mark Costello, et n'ai que du bien (ou presque) à en dire.  Situé dans la région paumée du New Hampshire, les Maîtres du jeu est un bouquin typiquement américain qui convoque pêle-mêle des souvenirs livresques et cinématographiques : le film la Ligne de Mire d'Eastwood, parce que l'héroïne est une flic garde du corps du vice-président des Etats-Unis, qui escorte au sein d'une équipe le grand homme en tournée dans sa région natale; Microserfs de Coupland car le frère de l'héroïne Vi est un informaticien spécialisé dans le développement de jeux vidéos en pleine crise existentielle; OutreMonde de Don Delillo parce que la virtuosité et l'amplitude de certaines scènes rappellent la formidable scène d'ouverture de ce roman (le fameux match de baseball du siècle). Les Maîtres du jeu a toutes les qualités du roman américain d'aujourd'hui : il est long, précis, documenté, mêlant avec art une réflexion sur la société (ici, la politique, le jeu vidéo, l'engagement professionnel, la morale) et des enjeux plus strictement individuels (le couple, l'éthique), sur un ton réaliste et, ici, non spectaculaire mais pas dénué de lyrisme. C'est cette double-dimension, écrite et pensée naturellement, qui me semble illustrer la supériorité du roman anglo-saxon sur le roman français en particulier. Les auteurs français se comptent sur le doigt d'une main (deux peut-être) qui essaient ce type d'ouvrages et y parviennent aussi bien que les Américains (qui?). Les Maîtres du jeu a quelques faiblesses (l'intrication des fils narratifs est parfois forcée, quelques personnages sont sous-développés) mais emporte la mise sur sa seule séquence finale : la virtuose et prévisible tentative d'assassinat politique sur le VP est un grand morceau de littérature.    


 




GORE

Posté par Eric Arlix le 17.03.06 à 11:00 | tags : illustration
Petite séance GORE en investissant de 2 à 10 euros suivant les numéros. Bon il faut se baisser, voire s'agenouiller pour consulter les ouvrages (juste derrière le monsieur). Les couvertures sont plutôt standardisées et sans aucun intérêt graphique sauf quelques unes réalisées par Topor. Il y a une centaine de titres, certains très recherchés paraît-il. J'en prends un à 2 euros, un à 5 et un à 10.
Collection GORE Fleuve Noir années 80.
L'amour du noir : 11, rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris (meilleur endroit pour trouver, par exemple, les romans de Ballard).



Ballard bavard

Posté par Myosotis le 17.03.06 à 10:45 | tags : ballard, essai, livre

Réservé principalement aux "completists", ce recueil de publications de James Graham Ballard étalées sur plus d'une trentaine d'années, s'il est par principe à saluer, n'est pas d'un intérêt extraordinaire. Soit vous pensez déjà que Ballard, romancier anglais âgé de 76 ans, est l'un des plus grands écrivains encore vivants pour sa capacité à réfléchir et à rendre en fictions simples, dynamiques et percutantes une vision du monde originale et juste, et vous n'avez pas vraiment besoin de lire ce que lui-même pense des choses ou en pensait avant qu'elles n'arrivent. Vous savez que Ballard est un visionnaire et a toujours (et ce n'est pas une exagération de pure forme) vu juste depuis qu'il écrit sur à peu près tout ce sur quoi il a écrit. Vous serez alors peut-être surpris de le voir disserter (plutôt médiocrement) sur ses auteurs favoris et encore. Soit vous ne le connaissez pas et vous seriez mieux inspiré de vous procurer ses livres dont les 3 derniers en date feront très bien l'affaire : Millenium People, SuperCannes et la Face cachée du soleil, plutôt que de lire ces vieux articles et réflexions. Ceux qui parlent anglais et que ça intéresse pourront se procurer le récent Conversations with JGB, sorti l'année dernière et qui a le mérite de reprendre des interviews et de faire sonner le vieux Ballard comme un jeune homme. Ballard n'est évidemment pas le meilleur styliste en activité (on peut trouver qu'à l'instar de Dantec, il écrit mal, laisse trop de place à des séquences dialoguées qui sonnent faux) mais c'est indubitablement le pape de l'anticipation sociale, ce genre littéraire, presque inconnu en France et qui fut théorisé autrefois sur le vieux flu et ailleurs. L'anticipation sociale, qui pour un tas de raisons, est ce que je trouve le plus urgent et le plus excitant de lire et d'écrire par les temps qui courent.
Pour en savoir plus : www.ballardian.com, le site le plus original dédié au vieux maître, mêle assez intelligemment hommages, travaux sur l'oeuvre, prolongations et pastiches.




Da Vinci code : après l'imposture, le plagiat

Posté par Van le 16.03.06 à 16:55 | tags : best-seller, dan brown, roman
Le Da Vinci code ou l'art de remuer de l'air...
Random House, la maison d'édition de Dan Brown et de son juteux best seller est traînée en justice, à Londres, par deux auteurs qui l'accusent de plagiat. Je sens déjà votre attention diminuer à la lecture de cette news passionnante.
Pour résumer, les plaignants, Michael Baigent et Richard Leigh, co-auteurs d'un ouvrage de "conjectures historiques" - The Holy Blood and the Holy Grail - sur des parchemins cryptés, des sociétés secrètes etc., accusent Dan Brown, à travers sa maison d'édition, d'avoir piqué le thème central de leur bouquin pour écrire le livre qui a fait de lui un multi-millionnaire. La principale pomme de discorde est l'idée - effectivement reprise par Brown - selon laquelle Jésus ne serait pas mort sur la croix, se serait marié avec Marie-Madeleine dont il aurait eu des enfants. Le richissime auteur s'en défend bien, arguant notamment que l'ouvrage en question fut effectivement une de ses sources mais certainement pas l'unique. Outre, bien sûr, le fait que l'histoire de Jésus et Marie-Madeleine, comme beaucoup des théories douteuses exposées dans le roman, fait partie de l'imaginaire collectif et que les avocats auront sans doute bien du mal à établir un quelconque droit de propriété. Mais ce qui est intéressant dans tout ça, ce sont comme toujours les réactions disproportionnées. Le Figaro titrait il y a quelques jours "Les secrets de fabrication du Da Vinci code", tout ça pour nous dire que Brown est aidé par sa femme dans ses recherches et que quand il a une idée, il se met à écrire... Il est effectivement obligé de "dévoiler" ses notes de travail et ses recherches afin de se défendre. Si d'aventure les deux auteurs demandaient une injonction empêchant l'utilisation des théories de leur livre, et l'obtenaient, cela pourrait bloquer la sortie du film de Ron Howard, qui doit faire l'ouverture du festival de Cannes. Et ça, ce serait très très très grave.



La grande classe ouvrière

Posté par Easywriter le 16.03.06 à 12:37 | tags : conférence, exposition
Les P'tits Lu, vous vous rappelez ? Non pas les gâteaux de votre enfance, on n'est pas du genre à faire vibrer la fibre régressive dans ces colonnes. Les p'tits Lu c'étaient les salariés qui les fabriquaient ces petits gateaux , notamment du côté de Ris Orangis en banlieue parisienne jusuq'à ce que l'usine ferme. Une histoire de restructuration et de salariés dégoûtés, de procédures judiciaires marathon et perdues d'avance . Une histoire comme on en raconte chaque semaine au JT. Et que raconte l'exposition "du beau travail, paroles et visages des p'tits LU au théâtre de l'Agora à Ivry (illus.). Alexis Cordesse les a photographiés notamment lors de leurs barbecues devant l'usine, un rendez-vous hebdomadaire qui a duré pendant trois ans. L'histoire de gens qui ne voulaient pas disparaître.
Cette disparition les medias l'ont depuis longtemps décrétéé et ne s'intéressent plus à la classe ouvrière (groupe toujours majoritaire dans la population active) autrement que sur le mode dépressif.
La publicité estime que pour vendre mieux vaut mettre en scène des cadres super cools qui enlèvent leurs cravates avant de sauter dans leur 4*4. Côté cinéma, la dernière édition de Bobines Sociales à Paris a surtout montré que les derniers films sur la représentation ouvrière ont été tournés dans les seventies. Et à part dans quelques fictions récentes (le couperet, ressources humaines) l'ouvrier a pour l'essentiel quitté les écrans.
Et la littérature ? Justement, c'est la question que poseront Joël Egloff et Aurélie Filippetti élue parisienne et auteur des derniers jours de la classe ouvrière (décidément) demain au café littéraire toujours organisé par le théâtre de l'Agora à Evry à 19 h. L'exposition est visible jusqu'au 15 avril.






Dantec et le cerveau des barbares

Posté par Myosotis le 16.03.06 à 10:48 | tags : elucubration, gallimard, livre, web

Le site RING (Dansons vite avant l'apocalypse), principal diffuseur français de la pensée de Maurice G. Dantec, se fait l'écho depuis quelques semaines d'une vision ou d'une anticipation qu'aurait eue ce bon MGD, depuis son refuge au Canada, d'un crime technique horrible et vaguement raciste similaire aux événements connus et imputés au fameux gang des barbares : Youssouf Fofana. L'évocation de cette intuition est suivie par un assez long texte (pamphlet célinien, dirait-on si on voulait du mal à son auteur) de Dantec revenant sur les faits et leur analyse. D'aucuns diront que ce texte qu'on lira ici appelle de ses voeux l'affrontement entre les français chrétiens, blancs, juifs alliés, occidentaux et les autres, métèques, noirs, arabes, banlieusards, garçons sauvages. D'aucuns diront que ce texte est une horreur, une abomination pronant la guerre interculturelle, qu'il prouve (encore) que Dantec est devenu fou. Ils considéreront que dire de Fofana "je regarde sa tronche de pauvre étron né d'une pissotière et d'un égout et je ne ressens rien d'autre qu'une indifférence clinique", que dire de Fofana "il est vraiment le Brain of the Barbarians, le cerveau des nullards, le cortex monocellulaire des 14 ou des 50 ou des 300 complices de ce kidnapping...", que dire de Fofana "le merdaillon, le petit sadique de clapiers à rongueurs" n'est pas du meilleur goût, voire carrément débile, le texte de Dantec frappe fort et dérange parce que, comme un discours guerrier, son excès sert sa part de vérité. Dantec écrit ici très juste, très bien, presque mieux que dans ses romans, avec ses mots-symptomes lourds de conviction. Si ce qu'il dit ne nous plaît pas, c'est parce que ce qu'il évoque est autant une possibilité du réel (une fiction en marche) qu'une réalité possible (un état de fait recouvert par le discours officiel). Ce qui fait peur ici, c'est que Dantec veut précipiter le moment, crucial pour l'homme de gauche confronté à la question de l'engagement, où nous devrons choisir notre camp (si camp il y a).C'est cet instant qui nous glace et qui nous fait nous défier de sa pensée. Car cet instant, nous ne l'avons jamais vécu et nous le craignons comme la peste. L'instant héroïque et tellement banal qu'on appelait jadis : l'épreuve du courage, l'épreuve du feu. Ce qui nous emmerde chez Dantec, c'est cette chance sur 1 million (mais qui arrive à tous les coups comme dans les romans de Pratchett ou de Douglas Adams) qui pourrait lui donner raison sur toute la ligne et nous mettrait sacrément dans la merde.





DESTIN

Posté par Eric Arlix le 14.03.06 à 19:47 | tags : bd, livre

Incroyable ces 250 gravures sur plomb composant Destin. Conte noir et expressionniste datant des années 30 flanqué de cynisme et d'humour subtil. Ça rend tellement intelligent de passer 5 minutes par page plutôt que 10 sur une BD complète.

Destin de Otto Nückel.

Éditions IMHO




William Gibson Reloaded

Posté par Maxence le 14.03.06 à 10:28 | tags : livre, science-fiction, web

L'écrivain américain vulgarisateur du cyberpunk et inventeur du terme cyberespace nous l'avait annonçé en 2003, il arrêtait de bloguer régulièrement - pour raisons purement littéraires : Je ne suis pas sûr de pouvoir bloguer tout en travaillant. Si je dis des choses qui m'intéressent ou m'obsèdent, alors il n'est plus nécessaire d'écrire un livre..., déclarait t'il alors au Register de San Fransisco. C'est donc avec un immense soulagement - mais aussi une pointe d'impatience (il aurait donc terminé son livre ?) - que nous voyons réapparaître quelques messages du maître sur le site officiel, Williamgibsonbooks.com. Une courte serie de post en 2004, puis un peu plus en 2005, et Gibson semble trouver un nouveau rythme de croisière puisqu'il post aujourd'hui depuis le 1er février. Voir son excellente analogie entre JT Leroy, l'écrivain, de fait, "virtuel", et l'idole virtuelle investissant la réalité qu'il imaginait dans son roman Idoru.

A lire également sur l'excellent magazine en ligne Infinite Matrix, Time Machine Cuba, un texte de l'auteur sur l'histoire et la science-fiction.




Etes-vous biblioholic ?

Posté par Myosotis le 13.03.06 à 09:47 | tags : elucubration

J'ai relu l'autre jour ce qu'écrivait Chuck Palahniuk dans Choke sur les différentes formes d'addiction et je n'ai pas réussi à retrouver de groupes parmi les Alcooliques Anonymes, les Sex Addicts, les Chocolate Addicts et les très classiques toxico-dépendants, qui faisait explicitement référence à la surconsommation d'ouvrages littéraires et à ses conséquences sur l'équilibre personnel et psychologique. Il y a bien un site intéressant qui s'appelle fiction addiction mais, à l'exception de quelques posts dans les forums, il ne traite pas du tout de ce sujet là. En cherchant un peu plus, on peut s'assurer que le mot existe dans le vocabulaire anglo-saxon, il s'agit du terme de biblioholic ou de bibliomaniaque.

La définition ne dit pas précisément s'il s'agit d'un amour inconsidéré des livres qui pousse à les acheter ou d'un amour dévorant de la lecture qui suffirait à foutre en l'air votre existence sociale. Rien sur les maladies que c'est susceptible d'entraîner à l'exception de quelques témoignages individuels sur des sites personnels ou des blogs. Toujours est-il qu'il y a vraisemblablement quelque chose ici à creuser scientifiquement car le problème touche une bonne partie du monde et plus particulièrement les "élites" hyperproductives qui auraient sans doute mieux à faire que ça. On peut s'interroger pour savoir ce qui pousse quelqu'un (un pseudo-intello par définition) à passer autant de temps à compulser des pages marquées de mots, de lignes et de séquences intelligibles, au lieu de faire autre chose. Certains ont écrit sur le plaisir physique procuré par la manipulation de l'objet livre. Beaucoup ont évoqué l'échappatoire que constituait la lecture d'ouvrages de fiction, mais il n'y a, à ma connaissance, eu aucune évaluation globale sérieuse du temps et de l'énergie gaspillée collectivement (ça ferait un bon sujet d'étude microéconomique pour le type qui a écrit Freakonomics) dans une activité par définition stérile (je caricature un tantinet). On peut excuser facilement un Sade emprisonné ou un Karl Marx d'avoir dévoré des livres au kilomètre pour en faire ce qu'ils en ont fait, mais le jugement est beaucoup plus cruel pour un chef d'entreprise, une ménagère, vous ou moi.

La première question que j'ai envie de poser pour lancer la mini-enquête est archiclassique pour ce genre de démarche. Combien de temps tu lis ? Est-ce que tu lis tous les jours ? Serais-tu capable d'arrêter de lire du jour au lendemain ? En fonction de ce qui sera répondu, on pourra envisager un traitement adapté.




Salon du Livre : sélection de quelques moments forts

Posté par Easywriter le 10.03.06 à 16:13 | tags : news
La 26 ème édition du Salon du livre est consacrée à la francophonie dans toute sa splendeur. Quarante écrivains venus des quatre coins du monde (du Grec Vassilis Alexakis au Sénégalais Ken Bugul en passant par la Hongroise Agota Kristof).Outre les nombreuses rencontres et tables rondes proposées, un débat fera le point samedi à 10 h (Où et pourquoi écrit-on en français?).
Mardi 21 à 14 h 30, les écrivains Brina Svit et Seyhmus Dagtekin expliqueront comment ils habitent la langue française.
Côté conversation littéraire, vendredi sera consacré au religieux avec notamment cette épineuse question : le 21e siècle sera-t-il intégriste ? Le débat sera animé par Matthieu Baumier, auteur d'un antitraité d'athéologie.
Dans un autre genre et à ne pas manquer non plus : la contre-culture est-elle un mythe? Joseph Heath et Andrew Potter (15 h 40) reviendront sur leur passionnant essai la révolte consommée. Ceux qui ne peuvent s'y rendre se consoleront (largement) avec l'interview des auteurs que nous publierons en fin de semaine prochaine.
Samedi, jour de débauche, avec une théma "sexe et littérature". Outre un hommage rendu par René De Ceccatty à Pasolini (11 h), Jean-Bernard Pouy et Gérard De Villiers se pencheront très sérieusement sur la possibilité d'envisager une sociologie du sexe à travers la littérature.
Dimanche, la journée est consacrée à l'autobiographie avec un hommage à Marguerite Duras par Laure Adler et Jacques-Pierre Amette et une polémique autour de Houellebecq, animée par Eric Naulleau, auteur de Au secours! Houellebecq revient.
On sera aussi au Salon pour faire le point sur les avancées technologiques : quels enjeux et quels projets pour les bibliothèques numériques? (débat vendredi 17 de 10 h à 12 h). L'occasion aussi de découvrir le flip-book, dernier né des tentatives de numérisation des ouvrages et Livropolis.com, site de lecture en ligne nous promet également une révolution culturelle. Toujours sereine face à l'hystérie communicationnelle, la rédaction livres vous proposera mercredi un état des lieux de l'ère numérique.



Conférence sur l'efficacité

Posté par Myosotis le 09.03.06 à 20:17 | tags : conférence, essai, philosophie
J'ai décroché depuis pas mal de temps de la philosophie politique et de l'histoire de la pensée, même si je ne dédaigne pas de temps à autre m'y replonger pour un effort limité. La collection "Libelles" des Puf a sorti ainsi le texte d'une Conférence sur l'efficacité, prononcée il y a quelques années devant un parterre de chefs d'entreprise par le philosophe et sinologue François Jullien. Ce petit texte (une centaine de pages tout au plus) est un véritable bonheur d'intelligence et pourra combler ceux qui s'intéressent d'une façon générale à l'entreprise, aux stratégies politiques et aux différences culturelles.François Jullien est un normalien de 55 ans (ce qui n'est pas vieux pour un penseur) qui s'est spécialisé par goût sûrement et par volonté d'éprouver notre mode de pensée occidentale, dans les comparaisons interculturelles entre notre tradition sociale, guerrière, politique, sociétale et celle de l'Orient, de la Chine en particulier. Sa conférence sur l'efficacité offre ainsi une comparaison, accessible à tous, de deux modèles bâtis sur des socles très différents (la Raison d'un côté, l'Equilibre ou sa recherche de l'autre) et qui pour cette raison produisent de nombreuses zones d'incompréhension. Outre cette technique toujours habile qui consiste à sortir de son modèle pour le questionner, la pensée de Jullien, sous cette forme, a le mérite d'être simple et percutante lorsqu'il parle de commerce international, de la guerre selon Clausewitz ou de la Longue Marche, et cela sans que le lecteur moyen soit distancé. La démarche du penseur présente enfin, et surtout, le mérite rare dans ces sortes de comparaisons interculturelles, de ne pas sombrer dans le relativisme et de décortiquer les ressorts qui sont à l'oeuvre pour bâtir les civilisations avec minutie et respect.

Pour prolonger la réflexion (je m'y suis mis dans la foulée), on pourra évidemment se procurer tout aussi utilement les ouvrages de Jullien et notamment son Traité de l'Efficacité ou son Eloge de la fadeur.




London endless

Posté par Myosotis le 08.03.06 à 20:04 | tags : livre
Je viens de terminer un roman-recueil de Jack London intitulé Belliou la Fumée, écrit en 1911, sur lequel j'étais tombé par hasard dans une bouquinerie (2 euros, quelle excellente affaire !). Ce livre est le dernier écrit par Jack London sur l'aventure du Klondike (La Ruée vers l'or, La Vie des pionniers dans le Grand Nord). C'est un des plus drôles, des plus positifs et des plus justes que j'ai lus jusqu'à présent. Ce livre-là n'a à ma connaissance pas encore fait partie de l'énorme travail de réédition entrepris depuis quelques années par les éditions Phébus. A force de découvrir des livres de London que je ne connaissais pas au hasard de mes promenades, je me demande si j'en aurai fini un jour avec lui, si j'aurai lu TOUT ce qu'il est possible de lire, tout ce qu'il a écrit. Je me demande aussi ce qui se passera ce jour-là, si je serai mort ou si je me mettrai tout simplement à tout reprendre depuis le début comme un catéchisme.
Lorsque j'ai redécouvert London, il y a une dizaine d'années maintenant avec le Talon de Fer, je me suis, conformément à ma technique habituelle, mis à la recherche de tout ce qui existait sur le marché. Autant dire que London a été quasiment le seul écrivain à me mettre en échec en qualité de lecteur. London est inépuisable et ne m'épuisera jamais. Il y a une telle énergie dans ce qu'il écrit, et même lorsqu'il fait de la ligne pour toucher sa dîme, que je ne m'en lasse pas. Beaucoup trouvent que son oeuvre est inégale, mais c'est une idée reçue qui ne tient pas la route à l'examen. Son oeuvre est une cathédrale.
Quand je suis en manque, je vais sur l'indispensable http://london.sonoma.edu/ et je regarde la section photos. London, quand il est heureux, se regarde aussi bien qu'il se lit. Ici, avec sa femme Chamian (un de mes clichés préférés), il a la grande classe.



Truman Capote est-il un criminel ?

Posté par Easywriter le 08.03.06 à 12:03
Alors que sort sur les écrans le biopic Truman Capote, les éditions Grasset préparent pour la rentrée prochaine la traduction du premier texte de l'écrivain, Summer Crossing sous le titre la traversée de l'été. Soit l'histoire d'amour d'une fille de la haute et d'un jeune mecano juif dans un Upper east Side transformé en fournaise. Capote n'a jamais voulu publier ce texte écrit alors qu'il avait à peine 19 ans. Le fils du concierge à qui il demanda de jeter le manuscrit en a décidé autrement et le livre est finalement paru aux USA en octobre dernier.
Le pionnier de la "non fiction novel" y expose plusieurs de ses thèmes obsessionnels au premier rang desquels la part obscure et maudite de chaque individu . Celle de Capote, célèbre mondain et riche, sera révélée 20 ans plus tard par Perry Smith, l'assassin - avec Richard Hickock- de la famille Clutter dans De sang froid. Smith est le double monstrueux de l'écrivain. Avec juste un peu moins de chance, Capote aurait pu être ce tueur mal aimé et abandonné sans boussole dans un monde hostile. Son livre est peut-être moins une investigation pointilleuse et journalistique qu'une quête autrement intime où l'écriture est envisagée comme un substitut au meurtre. La puissance de l'auteur n'est pas à chercher ailleurs.




Lire le programme télé

Posté par Myosotis le 08.03.06 à 00:05 | tags : elucubration, média
Je ne sais pas si c'est quelque chose qui m'est propre, mais je suis toujours inquiet, dans le métro ou dans le train, quand je suis à côté ou à proximité de gens qui lisent le programme télé.
Faites-y attention et vous verrez que c'est une situation qui se renouvelle assez souvent, au moins une ou deux fois par semaine, si vous voyagez en transports en commun. Des gens normaux (habillés normalement, avec des enfants vraisemblablement et un travail, des revenus, une vie sociale) lisent le programme télé, à des kilomètres du moindre poste de télé allumée. Ils ne lisent pas même les articles people, les critiques ciné, les articles de fonds sur la gastronomie, les bagnoles, les jeux olympiques d'hiver qui ont enrichi les hebdomadaires depuis dix ans : ils ont le regard posé sur les programmes des chaînes hertziennes, TF1, France 2, M6 de temps à autre et les détaillent fixement, parfois pendant des dizaines de minutes. Parmi les études qui sont faites sur les Français et la télé, je ne me souviens pas d'avoir lu quelque chose à ce sujet, ni d'avoir jamais rencontré la part consacrée parmi le temps de lecture moyen quotidien d'un individu à celle du programme de télé. Est-ce à dire que le programme télé peut se lire comme une fiction ou une proposition de fiction susceptible de rivaliser avec un roman, un document ou un journal ?
Comme beaucoup de petits détails dans notre environnement quotidien, cette manière de faire m'étonne et m'inquiète. Je ne dis pas que lire le programme télé soit une mauvaise chose (beaucoup de gens lisent également les prospectus et les journaux d'annonces gratuits, par curiosité et sans visée particulière), mais c'est une juste curiosité de plus, qui va en se développant. Si vous croisez un lecteur de Télé Poche, de Télérama, de Télé Z ou de je ne sais quel autre magazine, méfiez-vous de lui. Ca n'est pas naturel.
NB : en revanche, ce qui est bien naturel, c'est de suivre le fil tv sur Ecrans (... bientôt dans le métro ?)



Semic Déroute

Posté par Myosotis le 07.03.06 à 00:26 | tags : bd
Personne n'en a parlé ou presque mais un événement terrible est intervenu ces dernières semaines avec la confirmation de la faillite de la société qui distribuait jusqu'à présent les ouvrages de la collection Semic Books en France et en français. Du coup, on assiste, dans l'attente d'un nouveau circuit de distribution (lequel pour se mettre en place demandera au minimum six mois à un an), à une rupture de continuité dans la déjà erratique publication de séries telles Top Ten (dont il manque notamment le préquel Forty-Niners) ou Promethea (illus., bloquée au tome 3 en VF alors qu'elle est terminée depuis 2 ans en VO), scénarisées par Alan Moore, ou le report sine die de l'édition française extrêmement attendue d'Uncle Sam, le chef d'oeuvre politique d'Alex Ross, publié aux Etats-Unis il y a plus de 10 ans.
Ce qui frappe ici, plus que l'événement lui-même, c'est que sur un secteur dont on vante la rentabilité (la BD en général), on soit toujours dans une situation de balkanisation du marché avec des tas de diffuseurs plus ou moins indépendants et à la santé fragile, apparaissant et réapparaissant au gré des contrats négociés avec les majors américaines (DC et Marvel pour les comics). Les ventes quant à elles continuent de se disperser entre des revues qui s'éparpillent et des recueils (en couverture dure) qui forment une spécificité de l'édition européenne et qui ne ressemblent souvent à rien. S'il serait paradoxal, en matière de comics, de plaider en faveur d'une grand-capitalisation ultime et de vanter la fusion de l'édition et de la distribution, on voit bien que c'est à terme la seule solution qui permettrait au lecteur de s'y retrouver et de suivre le mouvement des oeuvres. L'économie française du comics serait-elle une sorte de village gaulois échappant aux règles de base du capitalisme ? C'est une hypothèse qui n'est pas à exclure... En attendant, mieux vaut apprendre l'anglais ou suivre à plein temps le rythme des sorties du marché US.

 




William Burroughs : Beat Box

Posté par Myosotis le 05.03.06 à 21:37 | tags : bibliothèque, livre
Vendues par l'auteur à un collectionneur du Lichstenstein, les archives de William Burroughs (illus.) viennent d'être rachetées par la Bibliothèque Municipale de New York, laquelle détenait déjà via la collection Berg la meilleure collection d'archives Beat du monde et notamment les manuscrits et "petits papiers" de Jack Kerouac. Le rayon Burroughs va être particulièrement fourni puisque le matériel dont la bibliothèque s'est emparée regroupe pas moins de 11 000 pages utilisées sur toutes les oeuvres de l'auteur à compter de 1972, mais également des variantes sur le Festin Nu et d'autres écrits de sa première période, des matériels audio (cassettes, collages...) pour une bonne cinquantaine d'heures. On trouverait également dans cet ensemble une bonne partie de la correspondance de William Burroughs avec Ginsberg et d'autres artistes majeurs de la Beat Generation, ainsi que des bribes d'essais autobiographiques ayant une valeur "inestimable", d'après les acquéreurs. La principale mention qui a été livrée par la Bibliothèque est cette phrase qu'ils trouvent parfaitement sidérantes écrite par l'auteur sur son métier : "As a young child I wanted to be a writer because writers were rich and famous. They lounged around Singapore and Rangoon smoking opium in a yellow ponge silk suit. They sniffed cocaine in Mayfair and they penetrated forbidden swamps with a faithful native boy and lived in the native quarter of Tangier smoking hasiesh and languidly caressing a pet gazelle", qui change évidemment de Pascal Quignard. Pour le reste et sans mésestimer ce qu'on pourra publier depuis New York, ce qu'on a à lire ici (et ce qui est traduit en français) suffit à tenir un bon millier d'années encore. Il n'est pas inutile de rappeler que Burroughs, mort en 1997, rien que dans Les Garçons Sauvages ou Les Terres Occidentales, a écrit ce qu'il y a de meilleur sur notre société et son devenir, dans un style aussi singulier que celui de Proust, Joyce ou Balzac.
(téléchargez ici un excellent documentaire sur Burroughs)

 




La poésie sort des cartons

Posté par Easywriter le 03.03.06 à 12:07 | tags : poésie
En France, aujourd'hui, un bon poète est un poète mort... Mais le versificateur contemporain n'est pas fatalement un barbu excentrique et ombrageux qui porte un velours côtelé. Lieu d'expérimentation littéraire et de contestation de la norme, la poésie est en ébullition permanente. Les éditeurs l'ont d'ailleurs bien compris : Le Seuil lance une collection Point poésies avec cinq titres d'un coup, Seghers renoue avec une vieille tradition et publiera chaque année une anthologie de la création contemporaine. Le 8e Printemps des poètes qui commence demain dans tout le pays devrait confirmer ce succès croissant. Mais pourquoi un tel engouement ? Parce que forme littéraire pure, la poésie se marie aisément avec la musique, la danse ou la vidéo et facilite les approches transversales privilégiées dans la création contemporaine. Pierre Alféri le fait depuis longtemps avec ses poésies-vidéos et Suzanne Dopelt se fait souvent accompagner d'une musicienne lors de ses lectures. Ces deux auteurs sont comme bien d'autres sur Panoptic, qui compile les performances effectuées en 2004 à La Villette. Mais le mieux est encore de se rendre à une des 15 000 initiatives proposées par le Printemps jusqu'au 12 mars. Manière d'éprouver charnellement la vivacité d'un genre qu'on avait un peu rapidement remisé dans la catégorie patrimoine.



Le Diable a cinq ans

Posté par Easywriter le 02.03.06 à 18:26 | tags : au diable vauvert, édition, news
Les éditions Au Diable Vauvert ? Nous, on aime. La preuve, cette interview de Douglas Coupland qui nous amène à vouloir fêter avec eux leurs cinq ans à publier "sans complexe, la littérature sans complexe que nous aimons". Cette littérature-là est souvent anglo-saxonne et branchée : outre Coupland, on trouve aussi James Flint, David Foster Wallace ou le Mysterious Skin de Scott Heim adapté au cinéma par Gregg Araki.
Mais le Diable édite aussi depuis son fief gardois (30 600 Vauvert) de jeunes Français prometteurs comme Julien Blanc-Gras ou récemment Thomas Clément (les enfants du plastique) dont on reparlera ici-même ou dans le mag. Bref, parcours original pour Marion Mazauric, transfuge de "J'ai lu", où elle publia notamment en poche Eric Holder et Michel Houellebecq. Les éditions préparent quelques surprises en 2006. On essaiera de glaner des infos lors de la fête parisienne de l'éditeur qui a lieu ce mois-ci et où on est bien obligés d'aller. Pfff... le journalisme est un tel sacerdoce parfois...



The Goon

Posté par Myosotis le 02.03.06 à 12:04 | tags : bd, science-fiction
J'avais résisté jusqu'ici mais je me suis finalement mis au Goon d'Eric Powell dont le deuxième volume vient de sortir chez Delcourt et qui avait été récompensé en 2003 par un Eisner Award, la plus grande distinction en matière de BD. Le Goon est à la fois un héros très classique et un personnage atypique dans l'univers des comics puisqu'il fait figure de mélange savant et épicé entre HellBoy (pour les avant-bras, le côté instinctif et soupe-au-lait, l'humour décalé), Swamp Thing (plus connue sous le nom de Créature des Marais) pour le côté monstre de foire, et Kaiser Soze (le Goon est vraisemblablement un énorme caïd dissimulé sous ses allures de gros bras comme Kevin Spacey en handicapé). Les aventures du Goon se déroulent dans une ville imaginaire, façon Chicago sous la prohibition (influence Dick Tracy évidente), où s'affrontent des gangs de truands pour la domination criminelle. Les méchants sont menés par un prêtre fou qui commande une armée de zombies et fourbit des plans (nuls) pour abattre le Goon et son acolyte avorton Frankie.

Le dessin de Powell rappelle l'âge d'or des comics avec ses couleurs criardes et sa ligne pâteuse. Les scénarios sentent bons le mélange SF/ horreur comme lors du run d'Alan Moore sur Swamp Thing justement, mais sans atteindre la même subtilité. Le seul intérêt psychologique de la série est la découverte progressive des origines du Goon, largement évoquées dans les 2 volumes parus chez Delcourt, et qui ne déçoit pas. The Goon fait donc clairement plus marrer que réfléchir et se déguste sans modération comme on jouerait à un shoot them up, tout droit et sans s'arrêter.




Les contes de l'Alhambra

Posté par Myosotis le 01.03.06 à 14:13 | tags : histoire, livre
J'ai profité de mes (trop courtes) vacances de février pour me replonger dans celles de l'été dernier et revenir sur les Contes de l'Alhambra (1832, rééd. Phebus 2004), livre vendu en masse aux touristes étrangers qui parcourent l'Espagne Musulmane et notamment Grenade, dont il est question ici. Ecrit par un homme de lettres, petit politique et diplomate de moyenne gamme, le recueil est aussi fascinant pour ceux qui ont visité les lieux que pour les autres. Il rassemble une vingtaine de contes ou récits plus ou moins légendaires et dignes des 1001 nuits, autour du royaume d'Al Andalous. Irving Washington, à qui l'on doit également la nouvelle Legend of Sleepy Hollow, ayant donné le film de Tim Burton, est surtout le premier écrivain américain moderne à entreprendre un tour initiatique de l'Europe. Jusqu'alors, le touriste était anglais et anglais surtout. Avec lui, c'est une tradition littéraire qui démarre dans laquelle se couleront plus tard Hemingway, Fitzgerald ou Burroughs, avec le succès créatif qu'on sait. La postérité américaine d'Irving Washington est d'ailleurs inversement proportionnelle à son aura française.
Pour la petite histoire, et la grande déprime, on notera que Washington dormait, à l'époque, à l'intérieur de l'Alhambra, lequel ressemblait vaguement à un gîte d'étape désaffecté. De quoi réfléchir aussi à nos citadelles et bunkers touristiques, plantés bâtis sur l'Histoire en à peine 100 ans. A la question, "le tourisme est-il encore possible ?", on répondra joker.





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