Archives > Février 2006Palahniuk, Coupland : le choc des TitansEvidemment, ça risque d'être un peu chaud question timing, mais encore jouable avec le décalage horaire et à condition d'avoir quelques euros de côté et une bonne machine à remonter le temps : se tiendra le lundi 27 février à 19h30 (dans le continuum local) dans un théâtre de Vancouver (Canada) la rencontre littéraire la plus excitante de la décennie. L'Américain Chuck Palahniuk (droite), auteur, entre autres, de Choke, Fight Club, Invisible Monsters, rencontrera pour une causette exceptionnelle le canadien Douglas Coupland (gauche), non moins célèbre auteur de Generation X, Microserfs et Girlfriend In A Coma. Tous les renseignements (tarifs, horaires, lieu) sont disponibles sur le site un rien ampoulé et excessif du Cult, le mouvement de soutien à Chuck Palahniuk (www rubrique forum).
Si quelqu'un a chez lui une machine à téléporter disponible et en état de marche, mailez moi immédiatement. Si quelqu'un, totalement par hasard, avait déjà acheté un billet au départ du Mans pour cette manifestation et ne pouvait s'y rendre pour cause de maladie, de décès ou de grippe aviaire, mailez-moi immédiatement également. Merci d'avance. Pour ceux qui pour une raison x ou y (comme le fait qu'elle ait eu lieu HIER dans notre continuité temporelle) ne pourraient pas se rendre à cet événement exceptionnel, il est probable que la séance sera... filmée (ce qui est peut-être aussi bien après tout). A suivre sur le site du beau Chuck-aux-cheveux-ras donc.... Transfuge : Bukowski, Fuentes, Murakami et les autres...Posté par Easywriter le 28.02.06 à 11:43 | tags : revue
On en aurait du vous en parler avant mais il n'est jamais trop tard pour dire tout le bien que l'on pense de Transfuge. Comme à chacune de ses livraisons, le dernier numéro du magazine de la littérature étrangère regorge de pépites. Outre les nombreuses critiques littéraires, un hommage à Carlos Fuentes, une rencontre avec Iris Murdoch et une autre avec Jonathan Coe, Transfuge propose surtout une passionnante interview avec Haruki Murakami. L'écrivain japonais y évoque notamment l'influence de la culture américaine sur son oeuvre, influence qui passe aussi bien par les romans de Chandler que par les films de Lynch. L'auteur de Kafka sur le rivage revient aussi sur quelques uns de ses fondamentaux : obsession à lier réalité terrestre et monde des esprits, goût immodéré pour les personnages hors-normes qui refusent le modèle étouffant du salariat nippon.
Intelligent sans être rébarbatif, l'entretien parle aussi cuisine et musique. Autre temps fort de la revue, un solide et ambitieux dossier sur Bukowski, auquel participe notamment François Bégaudeau. L'auteur de "jouer juste" explique en quoi le réel le plus violent est la meilleur source d'inspiration du poète underground. Dans ces pages, il est aussi question de la fonction dionysiaque de l'écrivain, de puritanisme et de dépravation, de Hollywood et de la figure paternelle de Hemingway. Mais on n'en dira pas plus. Pourquoi ? Parce qu'on n'a plus de place. Le clou (Alan Davis)La mini-série Le Clou imaginée et dessinée par Alan Davis pour DC Comics ne vaut pas tant pour son dessin, assez hideux, que pour son procédé narratif. Dans cet épisode original de la Justice League of America (JLA, rassemblement de tous les héros DC chargés de faire régner l'ordre mondial autour de Superman, Wonderwoman, Batman, Flash, Aquaman, etc), Davis utilise le procédé bien connu des amateurs de science-fiction baptisé "What If?". Ici, un clou (héros malgré lui de l'ouvrage) vient crever le pneu du pick-up du couple Kent au moment où celui-ci doit se rendre en ville et croiser sur son chemin une météorite renfermant en son coeur le jeune Clark, futur Superman. Du coup, la JLA est privée vingt plus tard de son héroset n'a pas réussi son positionnement marketing comme garant des valeurs démocratiques et du Bien terrien.
Je passe sur l'intrigue tordue qui suit (et sa fin excellente) pour saluer la réflexion de l'auteur sur la politique et ses ressorts. Ceux qui se gaussent généralement des comics et des héros en collants seront bien inspirés d'y aller faire un tour car on y apprend pas mal et plutôt mieux qu'ailleurs. Il suffit de remplacer les super-héros par n'importe quel politique, homme public ou providentiel, pour s'apercevoir que tout ceci n'est pas que futilité. Le Clou ne vaut évidemment pas le Kingdom Come d'Alex Ross qui reste la référence en la matière mais divertit intelligemment. Quant à la technique du "Et si ?", elle reste fructueuse au-delà de ce qu'il est possible d'espérer. Le Clou, Alan Davis, éd. Marvel Panini France, janvier 2006
Qui suis-je ?Pour doper l'audience du site, voici un jeu avec un super-lot à la clé. Un truc qui vous sera envoyé par la Poste tout bêtement, à condition que vous acceptiez de laisser votre nom et votre adresse. Le cadeau n'a que peu de valeur marchande. Pour gagner, il vous suffit de trouver le nom de la personne ci-dessus. Le premier qui poste la bonne réponse emporte le prix. Dans 48 heures, une notule apportera éventuellement un indice. Dans l'hypothèse (très probable) où personne ne trouve, le visage de cet homme restera sans identité.
Literotica.com, oasis libidineuxJe me souviens d'une citation de Sade qui disait à peu près ceci : "trouver le bonheur, c'est identifier sa perversion et les moyens de ne pas y répondre". Parmi les millions de sites porno et érotiques de la toile, il n'est pas si simple de trouver son bonheur. Après avoir cherché du côté des amateurs de fétichistes des sables mouvants (un réservoir de photos et de vidéos qui rappelle les combats de catch à seins nus dans la boue), perversion sur laquelle je travaille actuellement pour mon éventuel prochain roman (sic), j'aime à me reposer sur l'un des classiques US du littéro-porno, le très fameux Literotica.com. Il y a depuis peu sur le site une section française d'histoires érotiques, récits mais j'ai un faible pour les rubriques Audio et poésies où des nanas (et des mecs) exaltées racontent des histoires torrides ou des poèmes façon Gysin sous ecsta en poussant des hurlements. Les forums sont plutôt bien fréquentés et complètement décents pour ce type de propos. En fait, c'est un oasis libidineux extraordinaire pour ceux qui sont stimulés par l'écrit plutôt que par le visuel.Globalement, les réservoirs d'histoires sexy ou porno sont peu nombreux et de mauvaise qualité. Literotica est mon préféré. Un moyen vaguement classieux de se monter la tête et le reste en bonne intelligence. Le site a sorti récemment un livre de nouvelles tiré des interventions web qui a bénéficié d'une préface d'un autre fan des forums, l'écrivain William T. Vollmann, l'un des auteurs les plus fameux du pays et de la période, auteur entre autres du sublime La Famille Royale et du non moins fameux Des putes pour Gloria.
Peter Ackroyd : un puritain paradisiaqueRien de tel pour passer quelques jours de vacances qu'un Peter Ackroyd tout chaud venu dans la splendide petite collection Poche de Robert Laffont (une découverte pour moi, mais le format est plaisant et la couverture très esthétique). Avec Un puritain au paradis, roman du prolifique auteur britannique, j'ai passé, comme toujours avec Ackroyd, quelques heures délicieuses, savantes et romanesques. Cette fois, Ackroyd à qui l'on doit entre autres le Testament d'Oscar Wilde, les biographies de Shakespeare, de William Blake, ou de Londres (la ville), mais également des romans réellement sublimes comme Le Golem de Londres ou L'Architecte assassiné, s'intéresse au poète John Milton, surtout connu pour son Paradis Perdu (et retrouvé). Au lieu de finir vieil aveugle ballotté par la Restauration après avoir apporté un soutien sans faille au régime de Cromwell, Milton choisit de fuir l'Angleterre et de gagner l'Amérique où il fonde et dirige une communauté selon les lois de la Raison et du puritanisme. Bruxelles, Belgique, le 6 octobre 2005Posté par Eric Arlix le 22.02.06 à 22:19 | tags : elucubration
Un brouillard épais plane sur l'Europe. Des camions en travers de l'autoroute pour preuve. Ça impressionne. Un peu plus de quatre heures pour me rendre à Bruxelles au lieu des 2h30 prévues par la simulation logicielle. Arrivée 9 h. Je gare mon bolide 19 ans d'âge et demande mon chemin, l'hésitation est présente, parlement, parlement, parlement belge ou européen, c'est où déjà ? L'Europe dans le brouillard ce jeudi matin, en ce moment suspensif, en cette période du Non, cet instant hypervisible de l'opposition (des oppositions) LIBÉRAL/SOCIAL - MONDIALISTE/ALTERMONDIALISTE.
Comme dans chaque période proto-transitoire, les symboles étant "fabriqués" - "artefactualisés" - "montés en mayonnaise", il règne un flou gaussien dans les cerveaux trop sollicités/manipulés et donc désormais méfiants du peuple européen. Comme tous les nouveaux quartiers d'affaires ou administratifs du monde riche il règne ici la froideur des temps nouveaux. Un lieu sans vie. Un lieu repoussant la vie. Extirpation du junkspace pour retrouver (créer) des espaces structurants et hygiénistes. Même une des villes contenant le plus de café au monde n'échappe pas à la règle. Pas de raison recevable pour cela. Rien autour. Un périmètre abstractif. Des bureaux, des parcmètres, quelques touristes cherchant le bâtiment. Il est là. Célébrant les dogmes directeurs, parfois l'argent, parfois la loi, la transparence symbolisée aussi par ces vitres épaisses ne s'ouvrant pas des lieux climatisés qu'elles protège. Tout autour un chantier, des échafaudages métalliques faiblement garnis d'ouvriers et de machines bruyantes. Des vélos moins présents dans cette partie de la ville. Sur le côté le centre de documentation dans lequel je pénètre, seul "client" je suis à peine dévisagé non salué et me dirige vers d'interminables distributeurs d'imprimés, choisissant ma langue, une vingtaine d'entre eux m'attende. J'aurais voulu repartir aussi avec un "cadeau, un "souvenir" mais rien à vendre que de la com gratuite sur coucher moderne mat 110 g. J'emmagasine, je souris, je sors. Un petit drapeau européen sur son socle pour 3 euros, non ? Dommage. Je contourne le bâtiment et me retrouve dans un parc flanqué d'un playground, vierge de joueur. J'attends une heure, rien. Pas de cost to cost ni de wah wah wah en vue. Pas d'eurodéputés venant dunker. Pas d'anormalités pointant leur nez. Je reprends ma visite anthropologique du monde artificiel et j'aperçois une vingtaine de chatons au milieu d'un bosquet, autours d'écuelles, une mini zone terrain vague (20 m2) se créant depuis peu semble-t-il. Mon flash les fait disparaître comme une première semonce à leur délocalisation prochaine. Je croise un groupe de touristes uniquement constitué de jeunes crétins aux sweet vulgaires, des panneaux publicitaires ambulant missionnaires hyperactifs de la crétinisation du monde. Je cours vers la ville. (illus. Bruxelles, quartier de l'Europe) Robert Fisk : Tintin, mais de gauche Alors
là oui je veux bien lire quelques livres de journalistes s'ils atteignent en
puissance d'informations, de réflexions, de faits, le livre de Robert Fisk. Une
épopée un poil essoufflante (1000 pages) où l'on pourrait se passer de quelques
unes de ses anecdotes (100 pages), mais on les supporte (ou on les saute) sans
problème puisque le reste n'est que pur bonheur.Robert Fisk, La grande guerre pour la civilisation, l'Occident à la conquête du Moyen-Orient (1979-2005), La Découverte, 2005 Michael Chabon Superstar
Le journal de Pete Doherty
Une fois n'est pas coutume, j'ai envie d'incruster la bonne bouille de Pete Doherty dans la section Mille feuilles plutôt qu'en Playlist. Doherty a livré au Guardian quelques pages de son Journal de Pentonville, la célèbre prison anglaise dans laquelle il purgeait un entre-deux peines avant son jugement pour possession multiple et consommation de stupéfiants. Si Doherty se retrouve dans la section littéraire pour une fois, c'est non seulement parce que la dimension tragique de son personnage suffirait à l'y qualifier, mais parce que ces quelques lignes sont d'une grande tenue littéraire. J'ai relevé notamment cette phrase : "It has never been about depravity. It's always been about melody. But melody and I met in many depraved situations. Meeting melody is the victory of the empty spiralling nightmare", qui, en VO, sonne vraiment comme un petit poème en prose.Le journal de Doherty ne suffit pas évidemment à en faire un écrivain, ni à faire de ces quelques mots un texte important sur l'enfermement. Doherty n'est pas Lacenaire, Wilde, n'est pas Genet, mais n'est pas non plus Le Floch-Prigent ou ces types qui chez nous racontent leur vie en prison comme des touristes ou des déportés. Il y a bien sûr de la poésie dans les textes de chansons mais ce n'est pas la même chose qu'ici. La "littérature de prisonnier" est un genre littéraire en soi qui sombre vite dans le ridicule ou le complaisant. Comprendre le monde, oh oui !"C'est d'abord le développement des rouages légaux de l'État libéral qui a permis, au plan institutionnel, la victoire du libéralisme dans la définition de la géoculture du système-monde moderne du XIXe et d'une bonne partie du XXe siècle. Mais ce succès a également été rendu possible par l'influence grandissante des mouvements antisystémiques. Cela peut sembler paradoxal, dans la mesure où les mouvements antisystémiques sont par définition censés saper le système et non le soutenir. Et pourtant les actions de ces mouvements ont globalement contribué, dans une large mesure, à renforcer le système. Il est crucial d'étudier cet apparent paradoxe afin de comprendre comment l'économie-monde capitaliste - dont la taille et les richesses augmentaient régulièrement, en même temps que s'accentuaient les inégalités dans la répartition des profits - a pu alors rester soudée." Immanuel Wallerstein, Comprendre le monde, introduction à l'analyse des systèmes-monde, éd La Découverte, 2006, collection Repères V for vengeance Il est urgent, avant que ne commence le tintouin médiatique qui ne manquera pas d'accompagner la sortie du film, V for Vendetta et de polluer a priori l'imaginaire de ceux qui ne l'auraient pas lu encore, de redécouvrir la bande dessinée culte d'Alan Moore. Sorties il y a presque vingt ans de l'imagination du plus grand scénariste de BD du monde, les aventures du terroriste masqué V (qu'on voit mal en ces temps de guerre internationale se sortir intact des pattes d'Hollywood) sont une oeuvre aussi forte qu'un roman de Dantec ou un fantasme situationniste pour aider à penser le système dans lequel nous vivons, la façade démocratique qui nous abrite et les dérives qu'elle pourrait subir soumise à de mauvaises influences. Ecrites pour et contre le système thatchérien, la critique d'Alan Moore dans sa version dessinée par David Lloyd est encore parfaite d'acuité. Le dessin verdâtre de Lloyd dit la misère d'un monde qui a été dépossédé de sa liberté comme aucun chef lumière de cinéma ne pourra vraisemblablement le rendre. On saura néanmoins dans quelques mois si les frères Wachowski, qui ont téléguidé ce projet et confié à l'un de leurs prête-nom, ont eu le nez creux après Matrix. La thématique est là pour un nouveau film générationnel même si la densité et l'extrême noirceur du propos initial ont toutes les chances d'être lessivées. Il sera donc surtout intéressant de suivre le travail de réécriture intervenu pour le film (auquel Moore n'a pas participé) pour savoir ce que l'industrie peut aujourd'hui supporter. L'intérêt sera donc autant dans le film que dans la distance du graphic novel au film. N'oublions pas que Moore n'a jusqu'à présent pas été gâté par les adaptations avec un désastreux Ligue des Gentlemen extraordinaires, saboté par Sean Connery et un Constantine (personnage créé par Moore) humilié par... Keanu Reeves.MAJ 18/04 : chronique de V pour Vendetta sur Flu + interview de David Lloyd Lire aussi le dossier Allan Moore Bug 2 ou pas ?Posté par Eric Arlix le 17.02.06 à 16:15 | tags : elucubration
Le bug n'étant pas prévisible, pas trop souhaitable non plus (juste un rappel, une gymnastique occasionnelle, pas une pratique), peut-il ressurgir aussi vite ? Peut-il contaminer d'autres posts ? Peut-il générer une ambiance "bug" de quelques heures ? Dois-je vraiment vous parler des passages sublimes de L'Insurgé que j'ai relu ce matin ? Dois-je vraiment vous dire que le Descola ça décolle toujours au chapitre 5 écologie des relations ? A voir la photo de Angot dans le post ci-dessous oui l'ambiance bug pourrait continuer, Jules pourrait venir étriper Christine pour une petite séance gore. Avoir du style c'est avoir quelque chose à foutre sur terre.
Ta dissert' sur l'autofictionPosté par Myosotis le 17.02.06 à 00:30 | tags : autofiction
BastonPosté par Eric Arlix le 16.02.06 à 11:52 | tags : elucubration
... Je tente, un peu naïvement vu la distance, un lancé de Hakim Bey et de Slavoj Zizek sur le Mall contigu à la tour histoire de voir le système de défense en place. Impressionnant. J’accélère le pas puis cours à toute vitesse tout en arrosant façon Uzi le Taipei101 d’une sélection de feuillets historiques (Breton, Daumal, Perec, Queneau, Schmidt, Schuhl). Le taux d’attaques-ripostes augmente. Je sors l’artillerie contemporaine avec Stiegler, Sloterdijk, Sassen mais je reçois coup pour coup et les taxis explosent en vol autour de moi. C’est à moi qu’tu parles ?À moins de deux cents mètres je tente un lancé de recueils de textes communistes (toutes époques confondues) mais l’effet est quasi nul, je réitère l’attaque avec des proses plus incisives, plus poétiques, plus inattendues, et souris devant les effets constatés. Quelques perturbations en cours hélas de courte durée. C’est à moi qu’tu parles ? Mes feuillets le chatouillent à peine. À deux pas du Mall il tente de m’anéantir en faisant exploser toutes les vitrines du rez-de-chaussée dans ma direction et je les évite grâce à La société hyperindustrielle et son avenir puis grimpe quatre à quatre les escalators du Mall pendant qu’explosent à mon passage les vitrines Gucci, Boss, Cerruti, Kenzo, Sonia Rykiel. Arrivé sur le plateau central dominant, je vois les robots anti-feux s’agiter sur leurs rails et diriger vers moi leurs canons à eau haute pression. Je slalome entre les 875 chaises métalliques design et confortables et malgré des ripostes à base de feuillets situationnistes je suis néanmoins atteint par un jet me propulsant violemment contre le bar d’un Sushi-bar à 100 euros le menu. Trop c’est trop. J’entoure un des piliers du Mall des œuvres complètes de Nietzsche traduites en 48 langues soit 2092 volumes puis rassemble toutes mes forces pour affronter environ 1000 agents de sécurité me scrutant à partir de la tour. Ce n’est que du petit personnel et ma progression est rapide n’utilisant que quelques feuillets à peine ébauchés. Arrivé au milieu de la passerelle je la sens vibrer puis se détacher de la tour me propulsant au sol. Je rebondis avec aisance puis pénètre dans la tour par l’entrée principale. Je projette l’installation de Rebecca Horn (852 kg, super lourd l’art contemporain institutionnel) vers l’un des piliers centraux de l’édifice moins par souci de le détruire ou de l’endommager que poussé par l’envie de produire sur 101 étages une vibration sur toute sa longueur. C’est à moi qu’tu parles?... Burgaud Cut Up !Posté par Myosotis le 16.02.06 à 00:11 | tags : elucubration
Bug 1Posté par Eric Arlix le 15.02.06 à 12:30 | tags : elucubration
En bug 1 je n'ai rien à dire. Je le dis, non pas obligé, mais conscient qu'il faut occuper aussi un certain espace, de plus en plus, consacré à la temporisation. Pas de livre génial aujourd'hui, dans l'immensité des parutions, à vous présenter, pas de plug particulier sur les millions de références géniales du jour, pas mille feuilles aujourd'hui pas même quelques mots, sûrement s'habituer aussi un peu plus à se déprofessionaliser, à casser le (les) rythmes trop parfaits (par défaut insuffisants) de la veille cacophonique. Pas de photo, pas de lien, une grève communicationnelle de quelques minutes. C'est si bon.
Wilde Life![]() En cette période où le positionnement du citoyen par rapport au juge est mis en cause, on assiste au travers de pages succulentes, à une sorte d'anti-Outreau où l'auteur brillantissime aligne les bons mots, humilie le juge toutes les deux secondes pour le plaisir de "faire son show". Ainsi, pris au piège de sa propre flamboyance et de sa supériorité évidente, quand les accusés d'Outreau peinaient par manque d'éloquence et de partage des codes sociaux à parler la langue judiciaire, Wilde se retrouve pareillement condamné pour avoir mal ou trop dit. Le crime devient, dans ce rapport de forces, moins le délit lui-même que la façon dont on le raconte et dont l'autre l'entend. Mini lobbyPosté par Eric Arlix le 14.02.06 à 01:06 | tags : édition
![]() Dégainons (ou pas) nos CB pour sauver un éditeur qui sortira beaucoup moins de livres que prévu en 2006. Dégainons nos CB car les prix des livres Allia sont très raisonnables (mais comment fait-il ?) Dégainons nos CB car - on vous en a déjà parlé - il paraît qu'ils en ont besoin. Le livre des 1001 clownsPosté par Myosotis le 14.02.06 à 00:52 | tags : beau livre
Le récit donné par la presse des (probables) derniers jours de Raymond Devos et de ceux qui vont suivre m'a ramené vers un thème littéraire plus souvent discuté que traité par les écrivains : celui de la tristesse des clowns. Rappelons que Devos, 83 ans, a été frappé par une attaque cérébrale, sans doute très grave, puisqu'une demande de mise sous tutelle a été faite il y a peu le concernant. Une certaine Samantha Lemonnier, âgée de 53 ans, qui prétend être sa compagne depuis 3 ans, s'est vu interdire juridiquement (avec huissier - je ne savais pas que c'était possible) l'accès à l'humoriste, bouclé à la Pitié-Salpêtrière, par son secrétaire artistique Pierre Hénan, lequel affirme que la dame en question connaît à peine l'intéressé. Chacun possède une lettre de la main de Devos affirmant qu'il souhaite ou ne souhaite pas rencontrer cette fameuse Samantha. Histoire de gros sous à venir. And the winneuse is : (Gabrielle Wittkop)
"Elle
a toujours vécu pour voir, ce qui lui a donné non seulement de la hauteur mais
aussi de la distance. Petite déjà, elle considérait les êtres comme des
marionnettes susceptibles de s'affaisser brusquement dans un fracas de
mécanique en plein milieu du rôle débité, pantins sujets à cette chute sèche
qu'elle avait vue plusieurs fois et qu'on nommait : la mort".Pour choisir cet extrait, j'ai quasiment pointé mon doigt au hasard sur une page, c'est dingue ce flux fictionnel hyperqualitatif. Gabrielle Wittkop (illus. photo © Luc Pâris), Chaque jour est un arbre qui tombe, éditions Verticales, 2006. Pasolini souverain
J'ai pris sur mon temps de déjeuner pour aller faire un tour à la mairie du Xe arrondissement à Paris (72, rue du Faubourg Saint-Martin) où se donne actuellement une expo photo consacrée à Pier Paolo Pasolini. Je ne suis pas objectif avec Pasolini et j'ai probablement tort de le considérer comme le plus bel écrivain du XXe siècle mais ces photos sont aussi sublimes que ce qu'il écrivait à l'époque : le roman inachevé Pétrole. D'après la plaquette publicitaire de l'exposition, le photographe, Dino Pedriali, est un spécialiste du "corps masculin". Il a photographié des gens comme Rudolf Noureev ou Andy Warhol, ce qui vous marque un homme. C'est plus ou moins Pasolini qui lui a mis le pied à l'étrier (et probablement pas que le pied) en l'introduisant dans sa maison de Chia, pour lui faire prendre les clichés qui sont exposés ici pour la première fois. Pedriali avait pressé PPP de poser pour lui quelques mois avant puis c'était l'écrivain qui l'avait relancé et proposé ce "shooting" chez lui. Les photos devaient servir à illustrer Pétrole, qui aurait été le premier matériel multimédia populaire si l'auteur n'était mort peu après. L'originalité de l'exposition, c'est qu'elle concerne uniquement Pasolini l'écrivain et pas le peintre ou le cinéaste. Et Pasolini l'écrivain est ce qu'il y a de plus beau à voir. Il n'a pas ce côté ridicule et sérieux du réalisateur, ce côté bohème du peintre. L'écrivain est parfait dans ses expressions, on sent l'inspiration qui lui coule dessus comme une lumière, qui lui entre par les oreilles et ruisselle jusque dans ses poignets. Il y a bien quelques photos débiles où il lit un livre la bite à l'air mais globalement c'est très bien. Je vais y retourner une fois par semaine comme au temple. C'est gratos. (et http://www.pasolini.net est toujours un chouette site). Par-delà nature et culture, grand livre théorique du moment
Je
préfère parler d'un livre avant d'en avoir fini sa lecture. Ce qu'il suscite
dès ses premières pages (après l'absorption de la quatrième de couv'), ce qu'il
esquisse comme cadre général d'intervention est la matière première excitante,
celle qui amène la concentration à un niveau suffisant pour travailler (vivre)
avec un livre ou pas. Et puis aussi parce que résumer les livres, en proposer
un commentaire global, ne me semble plus du tout excitant. De la folie plutôt
que du commentaire.Ici le niveau général est très élevé (précipitez vous au Collège de France le 22 février pour l'écouter) et le style d'une grande efficacité. D'ailleurs j'ai plus l'impression de l'écouter que le lire. La star des antrophologues livre sur 600 pages une analyse globale pour classifier les rapports entre l'homme et son environnement. C'est bluffant cette clarté et cette amplitude (ce qui manque à mon avis au livre de Bégout), comment peut-on être aussi intelligent bordel !? Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Bibliothèque des sciences humaines, Gallimard, 2005 Psychanalyse : noir c'est noir Le Livre noir de la psychanalyse (Les Arènes, septembre 2005), compilé par la normalienne Catherine Meyer, a beau être blanc (tiens, tiens, ça veut dire quoi ?), il est encore plus sévère que les autres livres noirs (du communisme, du capitalisme, du colonialisme...) sur son sujet d'étude. Phénomène éditorial réussi, avec mini-polémique en sus, l'ouvrage de 800 pages et quelque 30 articles ne restera pourtant pas dans les annales comme un modèle d'analyse rigoureuse. Assez relâché dans la forme (certains articles sont carrément faiblards), souffrant d'un fond mal unifié par le collectionneur, Le Livre noir de la psychanalyse est une charge frontale contre, d'une part, la psychanalyse en général, freudienne en particulier, la place qu'elle aurait usurpée parmi les sciences humaines, et, d'autre part, ses visées curatives. Freud serait un imposteur, ses analyses viciées, trafiquées et ses résultats modifiés parce qu'il "défonçait" ses clients à la coke. Personne n'a jamais été soigné de quoi que ce soit au sortir d'une analyse (sauf par accident), etc.Le procès est instruit à charge et a pour seul mérite de redonner une chambre d'écho (aucune trace de réponse, en revanche) à la question qui se pose depuis l'invention du système d'analyse freudien , lacanien & co : C'EST DE L'ARNAQUE ou PAS ? Si, à petite échelle, on voit bien que ce modèle appliqué comme outil en renfort d'une analyse multiple a de jouissif et de fructueux pour ses utilisateurs, son côté "couteau à huîtres pour âmes en peine" (qui n'a JAMAIS été revendiqué par aucun psychanalyste digne de ce nom d'ailleurs) est plus incertain. Comme si la question (qui n'est pas franchement décisive à l'heure actuelle pour comprendre la France et son mal-être) ne pouvait trouver de réponse efficace que dans un bon "Ca se discute", où le pour et le contre se mêleraient harmonieusement. Sollers : une vie divine, mais d'un autre âge
Le lobby Je suis dans le hall de Gallimard. Je suis le plus petit (ventes, notoriété) des auteurs Verticales / Gallimard. J'attends mon ami éditeur Bernard Wallet en regardant les photos des stars dans le hall. Le plus petit (ventes, notoriété) des portraits est celui de Camille de Toledo (illus. en quelque sorte...), le plus grand (ventes, notoriété) serait J.K. Rowling (Harry Potter) mais il n'y a pas de photo de l'auteure. Personnellement, j'aurais disposé sa photo à côté de celle de Sollers, mais c'est un choix purement esthétique, pas de signifiant particulier. Je dis à Bernard que ces photos sont très drôles (photos en noir et blanc d'auteurs soit tourmentés, soit clichés énigmatiques censés incarner la psychologie atypique de l'auteur). Puis, en blaguant : "ouf ma photo n'est pas encore là" (j'espère jamais) et il me répond que cela arrive plus vite que l'on peut l'imaginer. Je lui dis : "Tu déconnes j'espère ? je crois plutôt que la top classe est de ne pas avoir sa photo dans ce cimetière virtuel". On est parti boire un verre pour parler de stars dont les photos ne sont jamais nulle part (Hubert Lucot, Jean-Marc Lovay....)(illus. ceci n'est pas Camille de Toledo) Bégout et des couleurs
Pour ceux que ça intéresserait, on conseillera de jeter un oeil à l'interview de l'auteur sur www.chronicart.com mais aussi à son visage photographié. On ne voit pas assez de philosophes en photos en France (autres que BHL et ses compères) et il est réellement impressionnant de VOIR le visage qui héberge une pensée de cette qualité, comme l'on voit un visage d'artiste, de sage ou de footballeur professionnel, avec circonspection et admiration. (C'est d'ailleurs possible, un post plus bas, illus. ci-dessous.) Bruce Bégout : j'y retourne
Super
auteur (Bruce Bégout - illus.), super éditeur (Allia), super quatrième de couv'
("pour autant que l'on puisse en juger, il n'y a absolument rien de commun
entre le livre Gamma de la Métaphysique d'Aristote et le fait d'acheter son
pain chez le boulanger"), super sujet (la découverte du quotidien) pourtant
je sature vers la page 277 ("L'inquiétude originelle et la problématicité
du monde") sur 600. Convaincu que ce "genre" de livre
gagnerait énormément à sortir un peu plus des hyperspécificités philosophiques
classiques. Étonnant de la part de Bruce Bégout, ce "changement de
braquet" après deux petits livres (2 essais chez Allia, 1 livre de
fictions chez Verticales) hyper courts et hyper lisibles. Pressentiment à
confirmer dans quelques centaines de pages, j'y retourne.(illus. Bruce Bégout, photo © Alph. B. Seny, courtesy Editions-verticales.com) MAJ (11/02/06) : Lire l'avis de Myosotis sur La Découverte du quotidien, le dernier Bruce Bégout Angry Patriotic Bastard : l'Amérique est ici Pas facile de se faire son point de vue américain quand on a jamais mis les pieds ou vécu plusieurs années en Amérique. La dernière campagne électorale et le traitement médiatique régulier de la "chose atlantique" ont depuis longtemps épuisé pour nous le sujet, nous vendant grosso modo deux pays en un : l'un débile, teendéveloppé et pro-Bush ; l'autre mature, subtil, proche de la vieille Europe et libre dans sa tête. A défaut de répondre précisément à la question "Qu'est-ce qu'être américain ?", Angry Patriotic Bastard, site personnel d'un Américain dit "moyen", témoigne qu'au sein-même d'un individu (moyen donc, comme vous et moi), les deux mondes se rejoignent, se fécondent et s'affrontent. Hilarant, souvent pertinent, l'Angry Fucking Bastard est peut-être le reflet le plus juste qui soit du pays : choquant, réactionnaire, incompréhensible de notre point de vue, mêlant racisme, ultranationalisme et un formidable souffle de liberté. AFB est anti-Britney, pro-guerre en Irak, anti-intellectuel primaire, intello lui-même, pro-lobby des armes à feu, pro-avortement, etc. Ses analyses et ses articles sont formulés à la truelle, lancés au bazooka mais toujours fulgurants. Qu'on se le dise, l'Amérique est là et pas ailleurs, entre l'intelligence brutale et la sensibilité exprimée dans Patriotism is My Motor, Testosterone my Fuel, le roman couillu bouillant de Dustin Green, vendu sur le site. Une horreur d'autofiction (à l'américaine, rassurez-vous) qui fait penser à une fusion de Kerouac et de Vollmann, une synthèse populo d'Ellis et de Burroughs. Si vous ne trouvez pas ça bien, osez le dire à l'auteur (illus.).Lyber
Aujourd'hui, je ne vais lire (parcourir) que des livres gratuits, des lybers. Je commence évidemment par les éditions de l'Éclat (seul éditeur à proposer un nombre de lybers conséquent). C'est quand même le top de pouvoir lire gratuitement un livre, même avec les inconvénients de l'écran ou de la sortie imprimante. Cela semble si simple. Ensuite, les personnes qui sont intéressées par le contenu n'hésitent pas une seule seconde à acheter le livre (et ainsi à soutenir l'édition qui s'intéresse aux contenus difficiles et contemporains malgré l'incroyable improbabilité de "rentrer dans ses frais" avec ces projets). Le livre étant, pour l'instant, beaucoup plus fort que l'édition numérique (ouverture instantanée, nomadisme total, pérennité de l'objet confortable, partage-prêt ou cadeau-évident). Vive les lybers, vive les livres papier, vive les auteurs et les éditeurs lucides.Scott Mac Cloud : du l'art à des cochons
Raccourcis
Mark Leyner (illus.) est le plus grand auteur américain contemporain. B.E. Ellis est devenu le pire des auteurs américains contemporains. Le prix du m2 linéaire dans les grands salons du livre français est inaccessible pour les petits éditeurs, donc dehors les blaireaux. Les librairies indépendantes vont bientôt disparaître (comme les disquaires il y a dix ans). La plus grosse vente section "beaux livres" est : La grande aventure de l'Airbus A380 ; tout le monde la tête dans les nuages (Le viaduc de Millau est aussi bien placé). Sachant qu'un "beau livre" peut occasionnellement vraiment cartonner (et qu'il permet à certains après cela de racheter un grand groupe d'édition), je me dis, en tant qu'éditeur (è®e), que je vais peut-être y réfléchir à deux fois. Bon, comme projet de "beau livre" je n'ai qu'un historique des bris de machines, c'est sûr qu'un million d'exemplaires pour ce projet c'est une prévision de vente un peu haute.(illus. Mark Leyner sur Salon.com) Le lecteur rêve et c'est bien
Oh oui, une biographie intelligente de Branca plutôt que Mozart. Good, good ! les romans de Leyner en français plutôt que les rééditions d'Ellis en poche. Great la disponibilité en français du Bloemhof* plutôt que le dernier BHL.
![]() El Boomerang, blog latino
Repéré sur le site du quotidien espagnol El Pais ce matin : avec ses correspondants à Barcelone, Mexico ou Buenos Aires, le "blog littéraire latinoaméricain" El Boomeran(g) est de très belle tenue. Para hispanohablantes unicamente. A bookmarquer.
LecturesPosté par Eric Arlix le 02.02.06 à 15:39 | tags : essai
Je
lis un livre sorti en 2003. Un livre qui vous met à genoux devant les horreurs
de pays coloniaux ayant profité de catastrophes climatiques pour mettre en
place la businessisation du capitalisme dans ces territoires. Une trentaine
d'années (1870-1900) pour environ 35 millions de morts (il y aussi une
estimation plus haute). Période terrible. Par Mike Davis, déjà auteur du
fabuleux City of Quartz, Los Angeles capitale du futur.Avant j'ai lu les deux meilleurs livres de la rentrée littéraire de janvier, le Vasset et le Pireyre. Wah ! qu'ils sont forts. Des écrivains lucides vraiment ça fait plaisir. Pour le Vasset la 4e de couverture est un programme plus qu'alléchant : "Il n'y a plus d'art, seulement des hobbies. Plus de beau : du joli. Plus de spectateurs : des amis. Dans leurs maisons douillettes et soigneusement décorées, j'introduirai le froid et la nuit." Pour le Pireyre l'amplitude des questionnements est à la hauteur du titre. Bandes alternées, Philippe Vasset, Fayard Comment faire disparaître la terre ? Archi et livres, la suitePosté par Sandor le 01.02.06 à 17:42
Dans la série architecture et livres, c'est l'agence de Florence Lipsky et Pascal Rollet qui vient de remporter l'Equerre d'argent 2005 (c'est un peu le César du meilleur bâtiment) pour leur bibliothèque du campus d'Orléans (illus.) Pour en savoir plus, lire cette belle analyse-parcours dans Libé. |
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