Livres : actu romans, essais et bd, extraits... blog Mille feuilles.

Archives > Décembre 2005

Zinc éditions : le polar à déplier

Posté par Sandor le 30.12.05 à 00:02 | tags : illustration, polar
le polar, la route, la plage...Chez Zinc éditions (friends!), le polar se décline sous toutes ses formes : à boire (collection "polar sous-bock"), à envoyer (collec' "polar postal"), à ranger dans sa poche (de tailleur, cf. le "polaromètre")... Et voici le tout nouveau, sorti ce mois-ci : Miss Acapulco..., le polar poster imprimé sur carte routière à déplier. Ouais ouais...
Alors, le dernier Zinc ? Encore un opus à la première personne signé Sébastien D. Gendron (friends!), en forme de ballade torride et morne sur les routes de Floride. Un récit de tueur à gages et de transes qui pue la chaleur et le sexe sur un vieux fond de pop eighties. Miami Beach, le clinquant kitsch formolisé d'il y a vingt ans. Et l'identité trouble de Richard Lapelouse. Un peu dur, mais haletant... et assez digeste. Je l'ai dévoré d'une traite hier dans la nuit. Seul. Entre deux cognacs.

Miss Acapulco
ou Le feu est une invention de gonzesse, les vrais hommes vivent dans le noir
Sébastien D. Gendron, graphisme Béatrice Villemant
Zinc éditions, décembre 2005



Pop up's

Posté par Life on Mars le 29.12.05 à 12:04 | tags : illustration, web

On connaissait les vrais pop-ups de papiers, les (funestes) pop-ups publicitaires... voici venus les vrais-faux pop-ups 100 % virtualité. Toutes tirettes tirées... on est en droit de continuer à préférer les premiers...






Digital Comics : BD sur le web

Posté par Sandor le 28.12.05 à 00:42 | tags : bd, web


Ceci(-dessus), Mesdames et Messieurs, est la porte d'entrée vers Digital Comics, le site sur lequel Marvel Comics (resté le n°1 de la BD US) donne à lire en ligne quelques nouveautés dans leur intégralité. Evidemment, compte tenu de la taille moyenne d'un écran, il faut avoir la patience de zoomer sur chacune des images, ou alors se doter d'une loupe sérieusement affutée. Il n'empêche : un pas de plus est franchi vers la dématérialisation du livre, même si cette initiative américaine ne semble pas être suivie par les éditeurs européens (cf. cette news de la feuille, donc, dont provient à nouveau cette notule - promis, ce sera la dernière avant quelque temps).



Martin Chambi tombé de la hotte

Posté par Sandor le 27.12.05 à 13:28 | tags : photo
Amanecer (photo Martin Chambi)Trouvé au pied du sapin dimanche matin, et avec quel bonheur : ce "photo poche" (désolé, pas trouvé mieux comme lien) consacré à l'oeuvre de Martin Chambi Jimenez (1891-1973), pionnier de la photographie au Pérou. Né dans un petit village andin, Chambi découvre très tôt la photo à Arequipa et vient installer son studio à Cuzco, l'ancienne capitale Inca, dès l'âge de 17 ans. L'indianité de Chambi et son insistance à documenter les débuts d'une nation jeune (l'indépendance du Pérou date du début des années 1820) le placent sans conteste dans la lignée des photographes qui ont contribué à forger l'identité d'un pays grâce à l'image. Mais au-delà de l'aspect documentaire, c'est sa science de la lumière qui est littéralement époustouflante. Soit qu'elle lui serve à composer les formes dans un cadre avec plus de subtilité encore qu'en utilisant la couleur. Soit qu'elle lui permette de bouleverser les dimensions de son image en lui ajoutant une incroyable profondeur (illus.). A découvrir d'urgence (si ce n'est encore fait).

Martin Chambi
Introduction de Andres Garay-Albujar
éd. Delpire, coll. "Photo poche", 2003



Beaux livres en ligne

Posté par Sandor le 26.12.05 à 15:38 | tags : beau livre, web

Le journal du grand capital semble lui aussi avoir pris (un peu) le tournant du web et a concocté quelques bons contenus multimédia pour les fêtes. Parmi eux, ce diaporama d'une cinquantaine d'images en forme de sélection beaux-livres, où l'on retiendra notamment L'Art du rock (ou cinquante ans de rock en 1800 affiches) par Paul Grushkin & Dennis King, et Qimby the Mouse du BDiste alternatif américain Chris Ware (2 illus. ci-dessus). Mais pas que...



Toujours pas envie de lire ? (Christmas break)

Posté par Van le 23.12.05 à 17:26 | tags : bibliothèque numérique, poésie, roman, web
Egarés de la lecture, nous vous avions déjà proposé un traitement de substitution. En voici un deuxième. LibriVox est un tout nouveau site qui propose des oeuvres littéraires du domaine public à écouter. Une quinzaine de romans sont déjà audibles en ligne, et il y en a pour tous les goûts : du Dostoïevski, du Conrad, de l'Agatha Christie, du Henry James... On y trouve aussi un peu de poésie, quelques nouvelles, et puis des textes d'un autre genre : la Constitution des Etats-Unis des Pères Fondateurs ou, dans un tout autre esprit, Le manifeste communiste de Marx et Engels. Un peu de culture pour les yeux paresseux. Pour les autres, ils peuvent participer, c'est le côté sympa (et bien dans l'air du temps) de ce concept : LibriVox recrute des lecteurs amateurs pour déclamer leur livre préféré et constituer le catalogue. Mais avant de vous chauffer la voix, allez donc faire un tour sur le site pour écouter un petit Dickens de saison.  
Bonne lecture, ou plutôt bonne écoute, et surtout, joyeux Noël.
(illus. Le grillon du foyer, un des contes de Noël de Charles Dickens - info thanks la feuille)



Le Top 20 des blogs US

Posté par Sandor le 23.12.05 à 15:04 | tags : blogosphère livres, média, short-list, web
Bouh ! Les horribles hommes de gauche... Dans la série les "X bouquins les plus..." entamée ici et , le New York Times a publié récemment une liste des 20 ouvrages les plus discutés sur les blogs en 2005, réalisée à l'aide d'un sondage automatisé sur les 5 000 blogs les plus populaires aux Etats-Unis. Résultat des courses : le dernier Harry Potter (2e) arrive bien sûr en très bonne place, de même que l'ultime Michael Crichton (11e) ou le toujours fringant Da Vinci Code (10e), pourtant paru en 2003. L'actualité ciné a également poussé les Chronicles of Narnia de C.S. Lewis à la 15e place, devancé tout juste par ce bon vieux 1984 de George Orwell, décidément dans tous les book charts.
Et donc, the winner is... Freakonomics: A Rogue Economist Explores the Hidden Side of Everything par Steven D. Levitt, un jeune économiste de 37 ans professeur à l'université de Chicago et semble-t-il assez iconoclaste, puisqu'il n'hésite pas à s'interroger en tête de chapitre sur des questions fondamentales, type : "pourquoi les dealers vivent-ils encore chez leur maman ?". Le livre est à paraître en français chez Denoël en février pochain.
Reste également, dans ce classement, une curiosité : le Help! Mom! There Are Liberals Under My Bed par Katharine DeBrecht (18e - illus.). Un vrai pamphlet conservateur pour apprendre à ses gamins à détester les hommes de gauche. "Si seulement c'était une blague...", soupire un blog qui s'est penché sur cet ouvrage. Mais non, c'est bien vrai. God! Ils sont fous, ces Américains...



Paris, capitale arabe

Posté par Van le 22.12.05 à 16:50 | tags : essai, histoire
De l'expédition de Bonaparte en Egypte au visage de Zidane sur les Champs Elysées, entre fascination et peur, attirance et rejet, intégration et exclusion, Paris est depuis deux siècles "au coeur d'une relation paradoxale de la France avec le monde arabo-musulman. Oubliée, occultée, inaudible, cette histoire dérange et cherche sa place dans notre mémoire collective". C'est cette histoire que se propose de raconter, en mots et en images, Le Paris arabe, un très bel ouvrage collectif publié en 2003 aux éditions La Découverte.
"En l'an III de la République, la Convention ordonne de traduire et d'imprimer en arabe son Adresse au peuple français"; "Ce sont des travailleurs immigrés, venus pour la plupart de Kabylie à partir de 1894, qui percent les premières lignes du métropolitain "; "... les Maghrébins musulmans représentent une grande partie des forces françaises combattantes entre 1943 et 1945, avec un peu plus de deux cent mille hommes". Anecdotes, grands faits marquants, histoires particulières et Histoire commune sont retracés dans cet ouvrage dont le but n'est pas de dénoncer ou de glorifier, mais simplement de réinscrire des faits trop absents des manuels d'histoire. D'un grand intérêt du point de vue de l'histoire sociale, politique, culturelle de la France et de Paris, ce livre constitue aussi un trésor iconographique. Photos, affiches, tracts, cartes postales... des milliers de documents, souvent inédits, ont été exhumés. Ils témoignent de la présence des communautés dans la ville, et du regard porté sur cette présence par les Parisiens.

Le Paris arabe
Pascal Blanchard, Eric Deroo, Driss El Yazami, Pierre Fournié, Gilles Manceron
ed. La Découverte, 2003



Le web, notre mémoire

Posté par Van le 21.12.05 à 16:21 | tags : bibliothèque numérique, blogosphère livres, bnf, web
Nos députés planchent en ce moment même sur le projet de loi "Droit d'auteur et droits voisins dans la société de l'information", et les internautes avisés savent déjà que notre approche de l'univers numérique peut en être bouleversée. Un de ces bouleversements est que désormais, le web sera soumis à l'obligation du dépôt légal. Vous savez, ce dispositif qui, inventé par François 1er, a permis progressivement de constituter un patrimoine commun... Dorénavant, l'extension de cette obligation à la Toile va permettre de garder des traces de cet univers immatériel et souvent éphémère. Ce sont l'INA et la BNF qui héritent de la mission de capter et conserver les contenus du web. Concrètement, l'INA va collecter les sites relevant de la communication audiovisuelle, et la BNF tous les autres. Des captures automatiques massives du domaine français seront effectuées par des robots. Et des collectes thématiques seront programmées pour suivre de plus près certains sites jugés particulièrement intéressants. Les blogs par exemple, qui s'avèreront être des témoins de l'histoire sociale et politique d'une époque (cf. le référendum sur la constitution européenne). Cet archivage du web représente évidemment un défi technologique, tant la masse d'informations qu'il véhicule est importante. La BNF a fait un petit essai de collecte durant un mois et demi : elle a reçu 3 Téraoctets de données, soit plus de 3 000 Giga, de quoi saturer les disques durs de 150 ordinateurs...Quoi qu'il en soit, tout ce qui se passe sur la Toile (et il s'en passe !) sera désormais conservé, et nos petits-enfants pourront voir comment, dans ces temps reculés du début du XXIe siècle, leurs aïeux communiquaient.
(illus. courtesy Patty Kern)



Angoulême 2006, pour patienter...

Posté par Van le 20.12.05 à 19:55 | tags : angoulême, bd, festival
Grand Prix 2005 de la Ville d'Angoulême (qui récompense un auteur pour l'ensemble de son oeuvre), Georges Wolinski présidera le jury de la 33e édition du Festival international de la bédé d'Angoulême, qui se tiendra du 26 au 29 janvier 2006. Le 6 décembre dernier étaient rendus publics les quarante-deux albums qui composent la sélection officielle, répartis en six catégories, dont les très attendus nominés pour le Prix du Meilleur Album. De nombreuses manifestations et expositions entourent, comme chaque année, l'événement. Avec cette année une expo rétrospective consacrée à Wolinski, qui semble régner en maître sur cette 33e édition, dans laquelle ses plus grands fans auront le plaisir de découvrir des petites raretés, tels que certains de ses dessins d'enfance. Et une nouveauté, à signaler : le festival organise, avec l'Office franco-québécois pour la jeunesse, un tout nouveau concours "BD contre le racisme", qui s'adresse à de jeunes auteurs français et québécois. Une belle (et utile) idée.
(illus. Olivia Sturgess de Floc'h & Rivière, un des nominés)



Cà et là : encore des BD en ligne

Posté par Sandor le 19.12.05 à 19:38 | tags : bd, édition, web
la dernière BD Cà et LàCà et là : encore un bon petit site d'éditeur BD, fondé tout récemment (mai 2005), avec pas mal de planches en preview en ligne. Comme celles-ci(-contre) : les premières pages de Slow News Day (paru le mois dernier) d'Andi Watson, un ancien du jeu vidéo passé à l'animation puis à la BD. La plupart des publications de Cà et là donnent à lire des traductions françaises de BD originales, surtout anglaises ou américaines. 5 titres parus jusqu'à présent (Andi Watson, mais aussi Peter Kuper, Catherine Doherty...), et quatre autres dans les mois à venir. A suivre...



Plus envie de lire ?

Posté par Sandor le 16.12.05 à 01:23 | tags : poésie, web
Une sorte de poémophone en langue anglaiseKipling, Ginsberg, Heaney, Yeats, Goldsworthy, Pinter... Une cinquantaine de poètes de langue anglaise sont à écouter, dans le texte, sur Poetry Archive.



Nizan, l'écriture en actes

Posté par Lech le 15.12.05 à 14:13 | tags : essai, livre
Paul Nizan © tabulafati.itNé en 1905, mort en 1940, Paul Nizan n’aura pas vécu assez longtemps pour avoir eu l’œuvre qui lui semblait promise. Ecrivain (Antoine Bloyé, Le Cheval de Troie, La Conspiration), essayiste (Les Chiens de garde), communiste convaincu, il rompit avec ses attaches partisanes au moment du pacte germano-soviétique. Par la suite, la haine des hérétiques poussera le Parti communiste à saper sa réputation. Il faudra tout le talent - et l'amitié - de Sartre, dans une préface sublime à Aden Arabie (1960), pour le sortir de l'oubli.
Pamphlétaire redouté, Paul Nizan fut également un journaliste très en vue, prolifique et polygraphe. Publié en début d’année, Paul Nizan, articles littéraires et politiques (éditions Joseph K.) nous donne à voir ce Nizan-là, polémiste brillant et analyste rigoureux. Actualité internationale, critique littéraire, économie, philosophie... : rien n'échappe à sa boulimie d'écriture. Militant antifasciste ardent, Nizan, pour qui "toute littérature est propagande", aura également joint le geste à la plume : soldat, il périra en 1940 lors d'une offensive allemande, à Audruicq, près de Dunkerque.



Ferraille, bédé trashi-comique

Posté par Lech le 14.12.05 à 00:35 | tags : bd, livre
Ferraille, héros des masses laborieusesEn 2001, Winshluss et Cizo avaient balancé un grand coup de boule dans la bande dessinée avec leur désormais mythique Monsieur Ferraille (Les Requins marteaux). Compilation des aventures du super robot parues dans le trimestriel Ferraille, l'album témoignait d'une inventivité assez ébouriffante. Multiplication des styles graphiques, détournements de pubs, art consommé de la parodie, humour à la limite du macabre… C’est méchant, hilarant, noir et "abrasif" - bref, en un mot, ça dépote...
Faut dire que le personnage de Ferraille, c'est un peu comme un "nouveau Tintin tout en métal", mais "avec une grosse paire de couilles". Un "héros" sévèrement burné qui ne fait pas vraiment dans la dentelle: Betty Boop transformée en pute, Batman abusant de Robin au festival de la bédé d'Angoulême, Ferraille faisant les poches d'un Achille Talon raide mort, Ric Hochet se mangeant un méchant coup de pied dans l'entrejambe… Ca canarde sec au royaume de la bande dessinée.
Mais le summum est sans doute atteint avec les planches consacrées à Waltshluss et Gonzo, dessinateurs pleutres et alter ego des auteurs, tour à tour enrôlés par les propagandes française (pour "botter le cul des boches"), hitlérienne (contre "le péril rouge") et soviétique ("à l'assaut de la troisième année du plan quinquennal"). Le pastiche, grinçant, est d'une réussite totale - narration, graphisme et couleurs, tout fonctionne à la perfection. L'occasion pour Winshluss et Cizo, en historiens "trash" du 9e art, de mettre en lumière certains pans de son passé, pas franchement glorieux. Le rire comme condition du vrai, en somme...



Le Bazar de Payram

Posté par SébastienL le 13.12.05 à 17:09 | tags : beau livre, exposition, photo

- Bazar c'est un livre/objet recélant une série de photographies (soixante), prises dans le bazar de métaux de Damas, en Syrie, par le photographe Payram.
- Et cela signifie quoi "livre/objet" ?
- Cela signifie que le fond et la forme ont été pensés pour qu'il y ait dialogue entre les deux.
- En somme, l'harmonie du contenu et du contenant ?
- Exactement.
- Donc, le contenu c'est la série de photographies. Mais le contenant ?
- Et bien le contenant il est l'oeuvre des Editions In Libris.
- Les lilliputiennes Editions In Libris ?
- Oui. On dit "lilliputiennes" parce qu'elle est composée de deux holibrii mais ce qu'il faut ajouter c'est que les deux compères, Julien Martial à la Haute-Couture, à savoir la reliure, et Victor Ede pour l'édition, ont un certain talent.
- Et concrètement, il se présente comment ce "livre/objet" ?
- Concrètement,...Ttt. T'en as de bonnes toi. Quelle idée d'employer ce vocabulaire à propos d'un livre qui invite à la poésie, à l'errance.
- Rien que ça.
- Oh si ce n'était que cela. Mais, Bazar, avec ses séries proches d'un montage
cinéma, donne même à entendre le martèlement des outils frappant le métal.
- C'est un portrait en fait ?
- Exactement, un portrait du bazar de métaux de Damas.

Bazar
500 exemplaires, 60 photographies en offset, sortie en novembre 2005. 75 Euros.
Vernissage Exposition photographique de la série Bazar ce mardi à partir de 18h et jusqu'à 22h, chez Picto Bastille, 53 bis rue de la Roquette (Paris 11e).
Exposition chez Picto Bastille jusqu'au 15 décembre.



Jean-Loup Amselle : Penser la colonie

Posté par Sandor le 13.12.05 à 10:31 | tags : conférence, sociologie
Une petite notule sans images, austère comme son objet, pour annoncer le cycle de conférences "Penser la colonie" qui se tient actuellement, un mardi par mois, au Collège international de philosophie. Si la conférence de ce soir 18h30, consacrée à Pierre Mendès-France et l'Algérie, revêt un intérêt tout historique, il en ira sans doute autrement de la suivante, programmée le 10 janvier à 18h30 : l'anthropologue et africaniste "pop" Jean-Loup Amselle y proposera une réflexion sur "Le Post-colonial : et après", sans doute plus à même d'aider à penser la crise identitaire que traverse la société française contemporaine.



Pierre Verger, l'antipornographe

Posté par Sandor le 12.12.05 à 01:46 | tags : exposition, photo, sexe et littérature
Ifunhim (Bénin, 1948-1979), photo Pierre Verger Dans un entretien publié récemment sur Flu, le cinéaste Jean-Pierre Gorin regrettait le développement de la pornographie à la télévision et ses conséquences sur les régimes d'images aujourd'hui. Par pornographie, il entendait non pas une débauche explicite de sexe, mais un tournage qui va "au plus centré, tout de suite". "On perd quelque chose d'essentiel, là", ajoutait-il, espérant que l'ordinateur et la multiplication des couches d'expérience qu'il induit - les diverses fenêtres logiciel ou web ouvertes sur l'écran - allaient permettre de recréer une profondeur de champ.
Pierre Verger, a contrario, c'est un peu l'antipornographe. Alors que le photographe-ethnologue mort en 1997 fait l'objet d'une expo au Jeu de Paume-site Sully, il est urgent de rouvrir son Dieux d'Afrique paru en 1995 aux éditions Revue Noire. L'ouvrage rend compte des continuités du culte yoruba en Afrique occidentale et au Brésil, textes et photos à l'appui. Mais là où on attendrait que la photo "documente" l'image, elle donne au contraire à voir bien davantage que le seul objet ethnographique dont il est question. Toutes prises en format 6x6, les images carré sont constamment décentrées, laissant apparaître derrière les danseurs, tambours et autres objets de culte, une riche matière graphique (sable, mur, pierre...) qui donne de la profondeur à l'image et fait toute la densité du cliché noir et blanc. Par comparaison, les textes, descriptifs, semblent un peu plats. On se dit alors que le Jeu de Paume a bien fait de ne présenter que les photos de Pierre Verger, puisque ce sont essentiellement elles qui produisent le sentiment de connaissance et de rencontre avec la société visitée. Dieux d'Afrique peut être considéré comme un catalogue de substitution de l'exposition, qui se termine dans quelques jours et qui, hélas, n'en dispose pas.

Dieux d'Afrique
Pierre Fatumbi Verger
éd. Revue Noire, 1995
(p.s. : une discussion comparable sur le centré-décentré en photo sur ce fil : c'est la même question, même si ce n'est pas le même sujet...)



Confessions d’un chasseur d’opium (Nick Tosches) : joyau méconnu

Posté par SébastienL le 09.12.05 à 21:03 | tags : livre, roman
le bouquin est paru chez Allia en 2001 Sur la quatrième de couv', ces deux phrases aussi éclatantes et glaciales qu’un croissant de lune hivernale : « Vous comprenez, il fallait vraiment que j’aille en enfer. J’avais, pour ainsi dire, le mal du pays. ». Telle est la trame de cette nouvelle qui nous ballade en 80 pages des restaurants huppés de Manhattan aux bouges de Hong-Kong, avec arrêt momentané en pleine jungle. Tel sera le ton aussi. Celui, inimitable, de Nick Tosches, l’homme qui a le mieux fait entendre les remugles de la sous-culture américaine ces dernières années. Confessions d'un chasseur d'opium est un joyau méconnu. Il date de 2001. L’écriture possède ce dénuement implacable qui frappe aussi bien au plexus qu’à l’imaginaire. Il suffit à Nick Tosches d’à peine deux, trois descriptions bien pesées pour jouer une symphonie baroque des plus succulentes. Le sordide s’y ébroue avec le plus abject raffinement. Pas de demi-mesure, c’est le prix à payer pour atteindre le « paradis artificiel ». La caractéristique principale de cette nouvelle résidant dans son inversion des valeurs bibliques. Comme si le Paradis, se reflétant dans un miroir, était devenu l’Enfer.
Car, cela ne trompe pas ce poète égaré célébrant Homère comme « le premier et le plus grand de tous les poètes ayant fait l’expérience de la céleste drogue », c’est bien Manhattan qui, en troquant ses habits sombres pour des fringues huppées, ressemble le plus à l’enfer. Bien plus que la « dernière fumerie d’opium », qui s’apparenterait à un lieu où le narrateur se sent enfin chez lui. En cette morne saison, Confessions d’un chasseur d’opium ressemble à une offrande idéale, quoique venimeuse. En tout cas, parfaite pour attendre l’imminente sortie (janvier 2006) du prochain Nick Tosches, "Le Roi des juifs".

Confessions d’un chasseur d’opium
Nick Toshes, éd. Allia, 2001
80 p. - 6,10 €



L'indépendance en question ?

Posté par Sandor le 09.12.05 à 09:03 | tags : conférence, édition
Etre ou ne pas être indépendant, là est la question
Plateau de choix ce vendredi 9 décembre à Saint-Ouen pour une table ronde "L'indépendance en question ? création, édition et diffusion du livre", avec quelques-uns de nos favoris : notamment Yves Pagès (éditions Verticales) et Eric Hazan (éditions La fabrique - illus.), peut-être même Hervé Le Crosnier (bien connu des Aeiouistes), animation Christophe Kantcheff (Politis). Ca se passe à partir de 20h30 à l'espace 1789 de Saint-Ouen (2/4 rue Alexandre Bachelet, M° Garibaldi), plus d'info ici.
(P.S. : sur la notion d'indépendant, on pourra lire avec intérêt ce texte assez classique mais très clair d'Eric Hazan ; et by the way, cet appel des éditions La fabrique pourra également être lu avec profit - surtout pour eux...)



Des éditeurs font la fête

Posté par Sandor le 08.12.05 à 08:06 | tags : édition, festival, illustration
Petite édition, grands souliers... Ceux qui étaient déjà connectés sur Flu en avril dernier s'en souviennent : les grands noms de la "petite" édition étaient présents à la Halle Saint-Pierre (Paris 18e) pour un salon "Les éditeurs font le printemps" où l'on avait pu découvrir, notamment, Alain Beaulet, Les Oiseaux de Passage et d'autres précieux artisans de l'édition illustrée et pêchue. Dès ce jeudi 8 décembre, on prend (presque) les mêmes et on recommence, toujours sur les mêmes lieux, pour un nouvelle rencontre "Des éditeurs font la fête" (saison oblige : jusqu'au 31 décembre). Avec en prime, un petit cadeau : la présence plus active que jamais de nos amis de Zinc éditions.



Retour de Montreuil (3) : collection vérité

Posté par Sandor le 07.12.05 à 08:51 | tags : édition, exposition, jeunesse, photo
Cité Bassens : autre époque, autre non-lieu Troisième et dernier épilogue consacré au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil achevé dimanche soir dernier. Sur le mode de la surprise, parce que rien à voir avec la forme désormais classique de l'édition jeunesse qui fait mouche auprès des grands, à base de textes courts et d'illustrations tendance et drôles. Là, c'est à la fois plus simple, plus franchement pédago mais aussi plus inattendu. Juste un texte bref, réduit à sa forme la plus épurée d'un récit à la première personne, sous forme d'interview. Un livret cartonné d'une dizaine de pages à déplier, et quelques mots du texte en plus fort, en plus gras. Et une série de photos de différents formats, le tout rendant compte d'une expérience personnelle et faisant replonger dans un lieu, dans une époque, mieux que tout autre objet. Plusieurs petits livres remarquables dans cette collection "la vérité" des éditions Fremok : celui sur les "castors" (ouvriers construisant leurs propres maisons dans les années cinquante), celui sur Léon Zyguel, survivant de la Shoah, et surtout le magnifique ouvrage de Kamel Khélif (illus.) sur les bidonvilles de Marseille : Cité Bassens, traverse de mazout (1997). Très ancré à gauche, très rouge dans sa culture, mais très subtil dans son écriture et surtout très beau.



Retour de Montreuil (2) : Peter Pan (J.M. Barrie / Susanne Janssen)

Posté par Sandor le 06.12.05 à 08:15 | tags : exposition, illustration, jeunesse, roman
Rien que pour les illustrations de Susanne Janssen... Un des plus beaux ouvrages vus sur les étals à Montreuil la semaine dernière : Peter Pan, le texte original de J.M. Barrie illustré par Susanne Janssen, paru l'hiver dernier aux éditions Etre. C'est toujours une gageure pour un illustrateur de s'attaquer à un conte déjà largement passé dans l'imaginaire collectif contemporain du fait des productions ciné des studios Disney. Susanne Janssen s'en tire pourtant à merveilles. Là où l'iconographie Disney s'ancre dans un certain réalisme, elle prend au contraire le parti d'un dessin délibérément onirique, où les corps des personnages et des animaux convoqués par le récit se découpent, se mêlent et se juxtaposent les uns aux autres sur fond de grands à-plats sombres, sans respect des échelles. L'édition elle-même est somptueuse, réservant aux planches ocre-bordeaux-vert de Susanne Janssen des doubles pages pleines qui s'intègrent fort opportunément au récit de Barrie. L'ensemble forme sans nul doute un des très beaux livres à acquérir du moment.



Arendt, une philosophe dans le siècle

Posté par Lech le 06.12.05 à 00:05 | tags : livre, philosophie

Hannah Arendt en 1928 © festivaldellecolline.itD'Auschwitz au goulag, le XXe siècle aura connu l’inimaginable. Cette époque à la limite du pensable, Hannah Arendt en fut précisément l’analyste par excellence. Morte il y a tout juste trente ans (elle s’est éteinte le 4 décembre 1975 à New York), figure majeure de la pensée contemporaine, cette ancienne élève de Heidegger et Jaspers ne se déroba jamais devant le réel et la nécessité de "penser l’événement", aussi abominable soit-il. Juive allemande, elle dut fuir les persécutions nazies dès 1933. Exilée en France puis aux Etats-Unis, elle tira de cette expérience une analyse aussi profonde qu’originale du phénomène totalitaire: paru en 1951, Les Origines du totalitarisme constitue en effet un effort monumental et systématique de compréhension d’un mode de contrôle des masses alors radicalement nouveau... Philosophe, enseignante (universités de Californie, Chicago, Columbia, Princeton), Hannah Arendt fut également journaliste : pour le compte du New Yorker, elle suivit le procès à Jérusalem d’Adolf Eichmann, le logisticien de la Solution finale. Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal (1963) demeure un monument de journalisme réflexif… Quant à sa relation avec Martin Heidegger, captivante et ambiguë, elle excède le cadre de la pensée pure pour plonger dans le romanesque – que recèle, fatalement, toute vie de philosophe. Heidegger, le penseur de l’oubli de l’Etre, grand contempteur de la modernité techniciste et sympathisant du régime national-socialiste. Arendt, la politique, lectrice de son temps et contrainte de fuir l’antisémitisme hitlérien… Leur passion, à bien des égards scandaleuse, constitue à coup sûr une des grandes histoires parallèles de la philosophie. Pleurant son amie disparue, Hans Jonas aura ces mots, sublimes : "Avec ta mort tu as laissé le monde un peu plus glacé qu'il n'était". Ce monde froid, si froid, duquel notre présent procède.




Retour de Montreuil (1) : flblb

Posté par Sandor le 05.12.05 à 13:14 | tags : bd, édition, exposition, illustration, jeunesse
Petit Etat, grande histoire (à moins que ce ne soit l'inverse...)

Le Salon du livre et de la presse jeunesse s'est achevé hier à Montreuil. Pour y avoir passé l'après-midi de dimanche, j'y ai fait quelques découvertes. La première d'entre elles, c'est la maison d'édition poitevine flblb. Drôles, richement illustrés, un brin sarcastiques (voire réducteurs, pas grave, c'est leur côté Attac), ses ouvrages se situent souvent à mi-chemin entre le pamphlet, le conte, la bédé et l'éducation politique. Outre ses désopilants flip-books, on pourra consulter en ligne de belles séries de planches, dont celle consacrée à un nouveauté assez poilante, la Petite histoire du grand Texas de Grégory Jarry et Otto T (illus.).



Will Eisner, le complot pour testament

Posté par Lech le 02.12.05 à 18:22 | tags : bd, histoire
Le Complot © GrassetFigure du comics américain, père du "graphic novel" (A Contract With God, 1978), inspirateur (entre autres) du grandissime Art Spiegelman, Will Eisner s’est éteint en janvier 2005, terrassé par des ennuis cardiaques. Il avait 87 ans. Son dernier livre, Le Complot, paru en novembre dernier chez Grasset, propose de faire l’histoire du tristement célèbre Protocole des sages de Sion, un faux antisémite composé à la fin du XIXe siècle. Régulièrement démasqué, le texte n’a pourtant jamais cessé d’être diffusé ; aujourd’hui encore, il encrasse la Toile et sert de Bible à la haine antisémite… Scandalisé par le destin hallucinant de ce tissu d’âneries, Eisner tente d’en suivre, année après année, le parcours. Pour essayer, une fois pour toutes, d’enterrer l'une des plus gigantesques – et funestes – impostures de l’humanité...



Têtes à tarte

Posté par Van le 02.12.05 à 13:07 | tags : autobiographie, livre
Noel GodinSorti récemment chez Flammarion, un récit des jouissifs attentats pâtissiers de Noël Godin (alias Le Gloupier, alias l'entarteur belge). Entartons, entartons les pompeux cornichons !, c'est le titre de son dernier bouquin, mais c'est aussi, ça ne vous aura pas échappé, un bel alexandrin. Alexandrin qu'il déclamait en spéciale dédicace à chacune de ses victimes. En l'occurrence, "les pompeux cornichons", c'était pour notre BHL national, sa victime préférée ; il n'avait pas tellement apprécié. Rien que pour le plaisir, rappelons qu'il n'avait pas loupé Sarko, Chevènement, Bill Gates, Douste-Blazy, Godard, PPDA, Pascal Sevran...
Les dessous de sa croisade anarcho-humoristique contre quelques "grands" de ce monde donc, histoire de leur réapprendre un peu l'humilité, et de les faire déguster.



Joann superSfar

Posté par Lech le 02.12.05 à 10:19 | tags : bd, livre
Joann Sfar © olivier.roller.free.frJoann Sfar ou la succes story de la bédé contemporaine. Beau, intelligent, cultivé, ultra prolifique, tout ce qu’il touche se transforme en or. Entre la bédé classe et les tirages grands publics, Sfar occupe avec brio un créneau a priori difficile : "en dépit" de ses succès de librairies, il garde au yeux de beaucoup l’estampille "auteur". Bref, plus encensé que lui, tu meurs. Forcément, à la longue, un tel consensus, ça peut agacer. Et quand l’inspiration vient à manquer, les langues se délient et le venin coule… Histoire de faire taire les éventuels sceptiques, L’Association vient de sortir en volume unique les six premiers épisodes de sa série Pascin, biographie imaginaire du peintre bulgare Julius Pinkas.
Publié dans "Lapin" dès 1997, ce Pascin n’a rien d’une bio proprette. Le Pinkas de Sfar, libertin turgescent, figure du Montparnasse des années 1920, trousse autant les femmes que les hommes, se délecte au contact de la racaille, pisse devant les dames (ce qui ne manque de les intriguer), se fait casser la gueule et lèche dans la foulée son agresseur… Un Pascin, surtout, érotisé jusqu’à la pornographie, parfois vulgaire, souvent lubrique - terriblement séduisant, en somme. Tout comme le Paris de l'époque - entre bordels, putes, gangsters et piaules miteuses -, rendu à la perfection par Sfar.
Non, vraiment, ce Pascin est une pure merveille, et c’est un sceptique qui vous le dit. A posséder, à lire et à relire. Comme de la littérature mais en mieux. Et en le refermant, on se dit que ce livre sent vraiment le sexe à pleines pages. Un pur régal. "Je baise mieux que mon père" en est d’ailleurs le mot de la fin. Pascin de Joann Sfar, ou comment tuer le père à grands coups de reins.



Alchimie du goût

Posté par Van le 01.12.05 à 15:32 | tags : exposition, festival
Festival les Mots du goûtAh ! la France... ses terroirs, ses bons produits, ses sympathiques producteurs aux savoir-faire ancestraux... Rien de tel que de partir à la découverte de ce qu'on fait peut-être encore de mieux en France, la bonne bouffe bien de chez nous. Le deuxième festival Les Mots du Goût (.pdf), qui a lieu ce week-end à Billom (Puy de Dôme) propose un Salon des auteurs du gôut, des concours, des animations, des ateliers pour apprendre à mettre des mots sur les impressions de nos papilles. Organisé dans le cadre du 8e salon des Sites remarquables du goût, cette manifestation met un peu de poésie dans notre activité préférée : bien manger.



Cruelle ironie

Posté par Flyer le 01.12.05 à 15:15 | tags : bd, web


1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 bonnes raisons d'aller jeter un oeil à la Perry Bible Fellowship.





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