Archives > Novembre 2005Salon du livre et de la presse jeunesse : J-1(Spécial copinage !) Claire Degans sera probablement l'une des illustratrices les plus attendues au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, qui commence demain. Goebbels, le journal d’un fou "La banalité du mal": on connaît le mot d’Hannah Arendt à propos d’Adolf
Eichmann. De ce "mal", c’est la quotidienneté que le
journal de Joseph Goebbels, publié ces jours-ci par les éditions Tallandier
(Joseph Goebbels. Journal 1943-1945), nous donne
à voir. Ministre de l'Education populaire et de la
Propagande de Hitler, Goebbels y tient la chronique au
quotidien du Reich. Ses relations avec le Führer, les projets délirants de
reconstruction de Berlin, les massacres, les revers de la Wehrmacht, Vichy, la
"question juive"… sont ainsi minutieusement détaillés.Document d’une importance historique extrême, publié en allemand il y a une dizaine d’années, il fait pour la première fois l’objet d’une traduction en français. Le projet éditorial a été mené en collaboration avec l' Institut für Zeitgescichte et la Fondation pour la mémoire de la Shoah, à qui reviendront les droits de ce livre. Les trois autres volumes de ce journal (42 783 pages au total) devraient être publiés dans les deux prochaines années. A noter enfin que l’hebdomadaire Le Point en a récemment publié les bonnes feuilles… Web & livre : le blog consacré à Jacques Rigaut Ce clin d'oeil à l'actualité Dada me permet de vous signaler le blog dédié à l'écrivain Jacques Rigaut, tenu à jour par son (futur) biographe Jean-Luc Bitton. Carnet de notes, extrait de correspondances, annonce d'événement télé ou de parutions relatives à l'auteur, le blog constitue aussi un journal de travail d'un livre à venir (biographie à paraître pour 2006). Anecdotique certes, mais révélateur de comment l'on écrit aujourd'hui ... (comme hier : en se documentant, en réfléchissant, en correspondant). Jean-Luc Bitton, qui a bossé au Routard.com, est aussi l'auteur du site Emmanuel Bove. Libération, de Sartre à Rotschild
L'Argentine, l'autre du pays du blog... Connaissez-vous le meilleur blog du monde ? Nous, à "Mille feuilles", on en avait une petite idée... Jusqu'à ce funeste 21 novembre 2005, jour de remise des Bobs 2005 ("Best of the blogs", une compétition internationale organisée par la radio allemande Deutsche Welle). Ce jour-là, nous avons grandi, je le confesse ; ce jour-là, nous avons cessé d'être les plus beaux, je l'assure ; ce jour-là, le jury, cruel mais impartial, en a désigné un autre ; ce jour-là, c'est le blog-roman argentin "Mas respeto, que soy tu madre!" ("Un peu de respect, je suis ta mère !") qui a raflé la mise... Le "Meilleur blog 2005", c'est lui. Nous avions à peine un mois : désormais, nous ne laisserons personne dire que c'est le plus bel âge de la vie...Alors, le vainqueur ? Faut avouer qu'il a l'air de tenir la route, l'Argentin. Ecrit par Hernan Casciari et illustré par Bernardo Erlich, "Mas respeto..." évoque le quotidien de Mirta, "une femme au foyer" qui se débat entre "son mari, son beau-père drugaddict et ses trois fils adolescents". Le tout raconté avec pas mal d’humour… Bon, on ne va pas vous mentir, ces "Bobs 2005", on n'y a pas participé et on continue à se croire les plus beaux. Mais malgré toute notre mauvaise foi, on ne peut que vous conseiller d’aller jeter un coup d’œil à "Mas respeto". Evidemment, c’est en espagnol. Mais avec un bon dico, franchement, ça peut le faire… Tony Judt, le trait d'union Evoqué hier dans le Herald Tribune, le dernier ouvrage de Tony Judt vient de sortir aux Etats-Unis. Fondateur en 1995 du Remarque Institute qu'il dirige toujours à l'université de New York, cet historien britannique, spécialiste du XXe siècle intellectuel européen (ce qui fait déjà une assez vaste spécialité !), s'est fait fort de "réduire les zones d'incompréhension mutuelle" dans les échanges intellectuels entre l'Amérique et l'Europe. Tâche que l'administration Bush lui a donné plus d'une fois l'occasion d'exercer ces dernières années : "Pas besoin d'être un intellectuel français", expliquait-il dans une déclaration fracassante à la New York Review of Books il y a deux ans, "pour s'apercevoir qu'une Amérique surmusclée dans un environnement international hostile n'est pas plus forte mais au contraire plus faible qu'auparavant".Postwar: A History of Europe since 1945 (Penguin Press) poursuit dans cette oeuvre de rapprochement mutuel. Si les Américains sont invités à comprendre la tradition de l'Etat Providence européen comme une donnée structurelle, fruit d'une réaction quasi pavlovienne aux désastres sociaux des années vingt et trente qui ont conduit à la seconde guerre mondiale, les Européens y sont exhortés à s'inspirer fortement du modèle américain pour intégrer aujourd'hui leurs communautés immigrées. Flu reviendra sans doute bientôt sur cet ouvrage, dans sa version originale ou dès parution de sa traduction française. (spécial bonus : la liste des 10 bouquins à lire absolument pour comprendre le XXe siècle selon Tony Judt) La bibliothèque numérique est-elle possible ?Posté par Sandor le 22.11.05 à 18:17 | tags : bibliothèque numérique, centre pompidou, conférence, web
Je lisais récemment sur la feuille cette remarque fort intéressante."Lorsque l'on interroge les utilisateurs (...), que souhaitent-ils vraiment à propos du livre? Trois choses principales : - Pertinence : L'utilisateur veut pouvoir accéder aux livres dont il a besoin. Malheureusement, cette demande est loin d'être satisfaite par les circuits existants. Une librairie, si vaste soit-elle, ne peut stocker tous les livres. (...) - Immédiateté : L'utilisateur a besoin du contenu "maintenant", c'est-à-dire au moment où son besoin d'information s'exprime. Il (...) est prêt à payer cette instantanéité de réponse. - Ubiquité : L'utilisateur souhaite obtenir une réponse à ses besoins d'information où qu'il se trouve. Il est prêt à payer cette ubiquité documentaire. Si l'on rassemble ces trois exigences (...), on découvre le format approprié à les satisfaire: il s'agit d'une bibliothèque digitale." Mais celle-ci est-elle possible, s'interroge la BPI ? Patrick Bazin, Jean-Noël Jeanneney ou Michel Mélot ont sans doute leur avis sur la question. Et donneront des éléments de réponse mercredi 30 novembre à 19h, lors d'un débat dans la Petite salle du Centre Pompidou. (P.S. : certes, encore le Centre Pompidou, mais il est tout de même qualifié en la matière, pour s'être penché assez tôt sur ces affaires) Larcenet, bon comme la campagne…De Manu Larcenet, on se souvient du très émouvant Combat ordinaire (deux tomes chez Dargaud), meilleur album à Angoulême en 2004, l’histoire d’un dessinateur à la dérive qui part chercher un peu de paix et de solitude à la campagne… Villiers de l'Isle-Adam sur France Cul' : le Comte est bon... A écouter sur France Culture cette semaine, Les Chutes sans fin de Villiers de L’Isle-Adam, une biographie de l’écrivain sous forme de feuilleton documentaire. La diffusion débute aujourd’hui et s’achève le 2 décembre (relâche ce week-end). Dégustation entre 11h et 11h20, au choix sur les ondes ou en ligne. Pour les amateurs, la dernière livraison de l'hebdomadaire Politis propose une excellente interview de Bertrand Leclair, ordonnateur de cette bio radiophonique... Lectures de nerd...Histoires coloniales : le compte est bon ? "Au cours de l’histoire, 40 % des terres émergées furent comprises dans les divers empires coloniaux, et presque un tiers de la population mondiale a connu les colonisations", nous apprend la BPI en introduction de son colloque "Histoires coloniales : héritages et transmissions" qui se déroule jusqu'à demain. 40 %, un tiers... Première surprise. Parce qu'entre toute l'Amérique latine (anciennes colonies espagnoles et portugaises), l'Afrique, l'Inde, une bonne partie de la Chine, les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale, etc., ça fait quand même une majorité de pays où "un groupe d'humains issus d'une terre se sont installés sur une autre terre en vue de la dominer" (j'ai cru lire un jour une définition des colonies rédigée à peu près en ces termes). Alors, comment la BPI compte-t-elle ? Pas idiot d'aller faire un tour pour tenter de comprendre, d'autant que les colloques y sont souvent très solidement construits. Et que le thème est d'une actualité "brûlante", comme le souligne la semaine "Fracture coloniale, fracture sociale" qui s'achève ce week-end sur France Culture. Une réflexion que Flu avait d'ailleurs déjà tenté d'esquisser ici même, s'interrogeant sur l'impact contemporain du cinéma produit aux temps des colonies. Il y a six mois déjà.And the winner is... A force de vous concocter des posts aussi succulents que possible, on a fini par avoir du nez : annonçant la remisedu Prix Wepler-Fondation La Poste, Sandor avait lâché quelques noms... Bien lui en a pris : les lauréats de la huitième édition figurent dans sa pré-liste ! Comme "convenu", Richard Morgiève a donc remporté le Prix pour Vertig (Denoël) et Zahia Rahmani a décroché la mention spéciale du jury avec "Musulman" Roman (Sabine Wespieser). "Très content d'avoir ce prix" (on le serait à moins, désormais, il va pouvoir se rincer le gosier à l'oeil et à vie au Wepler...), Richard Morgiève a tenu à remercier son éditeur (qui lui sert accessoirement de psychanalyste). Même son de cloche chez Zahia Rahmani, qui a également tenu à remercier son éditeur (qui lui sert accessoirement de banquier)... mais qui a failli oublier son compagnon ! Hmmm... Une distinction littéraire vaut-elle une scène de ménage ? Ce soir-là, le nez dans ma coupe de champagne, passablement éméché alors qu'approchait l'heure de rentrer à la maison retrouver ma chérie, je commençais à entrevoir la réponse... Laure Adler, au Seuil de Saint-Germain Depuis pas mal de temps déjà, la rumeur agitait le tout-Paris de l'édition : Laure Adler, ex-papesse de France Cul', serait en passe de rejoindre Le Seuil.
Une rumeur qui, à force d’enfler, a fini par devenir réalité : officialisé le 10
novembre dernier, le transfert sera effectif le 1er décembre prochain.Après avoir dirigé France Culture d’une main de fer pendant six ans, Laure Adler rejoint donc un des temples de l’édition française. Ses nouvelles fonctions seront plutôt larges puisqu'elle sera responsable du secteur littéraire ainsi que des documents. On se souvient qu'à France Culture, Laure Adler n’avait pas vraiment fait l’unanimité : grille chamboulée, producteurs remerciés, fronde des auditeurs… Autant dire que ses premiers pas au Seuil ne risquent pas de passer inaperçus. Et pour cause : absorbé il y a près de deux ans par le marchand de "Beaux Livres" La Martinière, l'éditeur de la rue Jacob est manifestement en voie de normalisation. On peut craindre que la venue de Mme Adler ne s'inscrive dans ce processus... Affaire à suivre, donc. Agone : bouillabaisse et luttes sociales... Marseille, terre de luttes... Le mot est facile, surtout à l'heure où les traminots de la RTM mènent la vie dure à Gaudin. La ville a l’humeur un brin insurrectionnelle et il ne fait pas bon la chatouiller de trop près… Logiquement, c’est dans cette cité familière des luttes sociales que les pirates d’Agone ont choisi de s’établir. Rien d’étonnant, non plus, à en juger par le catalogue (résolument « critique » et solidement ancré à gauche) que cette (jeune) maison d’édition, patiemment, étoffe : Pierre Bourdieu, Jacques Bouveresse, Max Weber, Karl Kraus, Noam Chomsky, Guy Hocquenghem, Serge Halimi, Loïc Wacquant (même si…) Mise en page soignée et originale, appareils de notes ultra complets, variété des formats et des collections… Du travail d’orfèvre pour une politique éditoriale d’une grande qualité.Agone édite également une revue éponyme, agone, dont la dernière livraison, «Domestiquer les masses», vient de paraître. Sur le mode de Manières de voir (mais en plus « feuillu »), agone n°34 se présente comme une compilation d’articles, récents ou plus anciens (Chomsky, Pasolini, Orwell...), sur la question de la communication de masse et des manipulations qu’elle véhicule. Plusieurs objets d’étude (« Lille 2004 », la falsification de la critique des médias, la télévision, le développement durable, les Nations unies…) pour différents aspects d’un même phénomène. Précis, rigoureux, militant. La prochaine parution, prévue pour le printemps 2006, sera consacrée aux Guerres de Karl Kraus. Il est fort probable que Flu en touche (au moins) deux mots…
David B., Traumdeuter Figure majeure de ce qu’il est convenu d’appeler la "bédé d’auteur" française, David B. a construit au fil des albums un univers graphique étrange et envoûtant, à l’inquiétante élégance. Avec comme point d’orgue L’Ascencion du Haut Mal (six volumes parus à L’Association), à l’évidence son oeuvre la plus ambitieuse et la plus aboutie.Son dernier album, Les Complots nocturnes, paru en octobre chez Futuropolis, poursuit dans cette même veine. Retranscription de 19 cauchemars courant sur une quinzaine d’années, Les Complots s’inscrivent dans la lignée du Cheval blême (L’Association), précédente étude consacrée aux rêves. Dépouillement du trait, richesse minimaliste de l’expression, extrême concision des textes : ces Complots sont une authentique réussite. On les referme étourdis par tant de finesse et d’intelligence. En oniriste délicat, David B. fait de ses nuits la matière de ses livres. Pour notre plus grand bonheur. Prix Wepler-La Poste : littérature et brasserie
A la brasserie Wepler (Paris 17e), on ne sert pas que des milllefeuilles. Des prix littéraires aussi. Créé à l'initiative de la librairie des Abbesses - non loin de la place parisienne éponyme -, le prochain Prix Wepler-Fondation La Poste renouvelle son jury chaque année afin de récompenser immanquablement une littérature qui cultive "le goût du fruit défendu". Crédible ? A lire les auteurs et les éditeurs présents sur la short list de cette huitième édition, on peut se laisser tenter : "Musulman" roman (Zahia Rahmani - Sabine Wespieser éditeur), Méditations carnavalesques (Jean-Luc Giribone - Verticales), Vertig (Richard Morgiève - Denoël)... Verdict et remise du prix à la brasserie, lundi 14 novembre à 19h30 (soirée sur invitation uniquement - mais les livres restent dispo au Wepler dans les jours qui suivent). Bon appétit !Christian Bourgois, éditeur aux grandes oreillesPosté par Sandor le 02.11.05 à 21:40 | tags : centre pompidou, christian bourgois, édition, exposition
"Moi, j'ai toujours pensé qu'un éditeur est quelqu'un qui écoute encore plus qu'il ne lit, qui écoute des gens en tête-à-tête - c'est pour ça que je n'aime pas les comités de lecture". L'auteur de ces paroles, je l'avais découvert il y a une douzaine d'années, quand je commençais à quitter les hypermarchés de banlieue pour passer quelques soirées théâtrales à Paris (allez, j'avoue : c'était Gorki). Le théâtre, j'y suis pas beaucoup retourné depuis mais lui, je ne l'ai jamais vraiment quitté. Bizarrement, alors que son catalogue est plutôt rempli de romans américains, chinois, italiens ou russes, ce sont surtout les textes de musiciens qui au fil des années m'ont intéressé chez lui. Ceux-ci s'accumulant au pied de mon lit, j'ai fini comme tant d'autres par avoir mon histoire perso avec cette maison d'édition désormais quadragénaire, et à laquelle la BPI-Centre Pompidou consacre, jusqu'au 16 janvier, une alléchante exposition.Nus blancs, nus noirs : la promesse d'une étreinte Deux ouvrages de Patrice Bouvier (l'homme à la caméra), annotés par Pierre Bourgeade (l'homme à la plume), paraissent cette semaine aux Editions Attitude(s) et dépoussièrent sérieusement le genre du livre d'images pour adultes. Fruit de deux séries de photographies prises à une douzaine d'années d'intervalles, ces Nus blancs et Nus noirs sont autant d'invitations à l'érotisme où les corps tiennent toute leur sensualité de l'originalité d'un cadre, de la qualité d'une lumière, de l'anamorphose d'un vêtement. Apposés à la main, les textes donnent une touche d'onirisme charnel qui évoque de façon tout sauf mièvre la promesse d'une étreinte. Une mise en désir est disponible ici et là, grâce au subtil travail sonore de l'ami Sébastien. Une signature est prévue ce mardi 8 novembre à partir de 18h, à la librairie Le Comptoir des mots (239 rue des Pyrénées, Paris 20e). Et une expo de photos se tient non loin de là, à visiter nocturnement pour éprouver peut-être une "fin de nuit où s'étire / l'Aube que l'on respire / le jour va revenir / et nos mains se tenir". |
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