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Yapou, le pire manga du monde ?

Posté par 2goldfish le 12.09.07 à 11:12 | tags : manga, sexe et littérature

La Cité de Verre de Paul Auster, adapté par Paul Karasik et David Mazuchelli, voilà le contre-exemple que tout le monde cite quand on parle de l'inintérêt uniforme des adaptations de romans en BD. Je l'ai lu il y a quelques années. C'était effectivement très très bon. Et, mis à part quelques oeuvres plus obscures qui existent certainement et qui me surprendront peut-être un jour, je peux me permettre d'aborder les autres adaptations de ce type sans m'attendre à grand chose.

J'ai été pris en traître par l'adaptation en manga de Yapou: Bétail Humain, classique de la littérature SM japonaise d'après-guerre. La couverture (imprimée du mauvais côté du bouquin, pour ajouter à la confusion) met bien en avant une citation élogieuse de nos confrères de Chronic'Art qui, je l'ai découvert plus tard, parlaient en fait du roman de Shôzô Numa et nullement du manga que j'avais entre les mains.

Le roman de Numa racontait l'histoire d'un couple composé d'une Allemande et d'un Japonais, qu'une voyageuse temporelle égarée dans le XXe siècle rammène chez elle, dans un futur dominé par des femmes blanches. Leurs époux leur sont soumis, mais le pire sort a été réservé aux Japonais, devenus les "yapous", sous-hommes utilisés comme animaux de compagnie, repose-pied et/ou sex toy. Je n'ai pas lu le roman, mais ce que j'ai pu en deviner, d'après cette, c'est que tout comme pour Sade, passée la révélation de la justesse de la vision sociale (ici le masochisme du Japon vis-à-vis des vainqueurs de 1945), si on n'a pas un vif intérêt personnel pour la description du dressage des êtres humains et des diverses humiliation qu'on leur fait subir, on s'ennuit bien vite.

L'adaptation en manga de Tatsuya Egawa est confondante de médiocrité. Le dessin est étonnament mauvais. Etonnament, parce que si les Japonais ne produisent pas des planches qui cherchent à égaler la qualité illustrative de la BD européénne, le système de production en masse du manga nous a habitués à un certain professionalisme, ici totalement absent. Pourtant, le pire est sans doute l'abscence de tout travail d'adaptation. Le texte original, plein de longues descriptions de la société misandre du futur, ne se prétait pas vraiment à la BD sans un gros travail de réécriture. Egawa ne s'en est manifestement pas rendu compte, se contentant de multiplier les pavés de texte accompagnés d'illustrations inutiles.

Publié dans la "sérieuse" collection Kami, l'importation de Yapou chez nous laisserait perplexe même dans une collection érotique moins prétentieuse. C'est en fait si mauvais que la lecture en devient divertissante, un peu comme une "fan fiction" Harry Potter, Tome 1 : Harry Potter à l'école des sorciers érotique ou un film de Steven Seagal . Pour ma part, je me lasse assez vite de la médiocrité et je ne regarde jamais les séries Z plus de quelques minutes. Bref, si vous croisez ce manga : passez votre chemin.

Yapou : Bétail humain
Tatsuya Egawa
Kami

 

Commentaires

De Laurence Viallet, posté le 19.09.07 à 17:27 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Permettez-moi de vous dire que la finesse de votre pensée critique, voire son extraordinaire prescience, étant donné qu'elle s'exerce sur des ouvrages non lus, m'a beaucoup impressionnée.

"Je n'ai pas lu le roman, mais ce que j'ai pu en deviner, d'après cette, c'est que tout comme pour Sade, passée la révélation de la justesse de la vision sociale (ici le masochisme du Japon vis-à-vis des vainqueurs de 1945), si on n'a pas un vif intérêt personnel pour la description du dressage des êtres humains et des diverses humiliation qu'on leur fait subir, on s'ennuit bien vite."

Laurence Viallet

De chris, posté le 27.03.08 à 14:55 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Je n'ai pas lu le roman non plus mais il est vrai qu'on sent directement que l'auteur en reprend assez souvent le texte sans l'adapter. En ce sens, on a effectivement parfois l'impression que ce manga n'est qu'une mise en image du roman.

Ceci dit, je ne l'ai pas trouvé dénué d'intérêt et, de toute façon, ce tome n'est qu'une introduction et il est donc très difficile et prétentieux d'affirmer pouvoir juger ce manga uniquement d'après son premier tome.

Jamais un manga ne m'a autant choqué (et il en faut beaucoup pour cela d'habitude) et, même une fois le tome refermé, un certain sentiment de malaise persiste et nous laisse mal à l'aise. Rien que pour cela, ce manga vaut le coup, pourvu qu'on soit adepte de ce genre d'histoire futuriste fantastique et dramatique. Bien entendu, il faut rentrer dans l'univers du manga et pas se dire "c'est nul, c'est pas possible". Si on adopte ce dernier comportement, totalement hermétique, nul doute que Yapou puisse ne pas plaire.

A lire, au moins pour se faire une idée de ce manga unique en son genre. Rendez-vous en avril ou en mai pour le tome 2 dans lequel l'histoire va sans doute réellement débuter.



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