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Corps volatils, le bon roman névrosé

Posté par Myosotis le 03.09.07 à 13:02 | tags : éditions de l'olivier, roman

Corps Volatils, premier roman d'une jeune femme de 28 ans, écrivaine jeunesse semble-t-il, et auteur d'un recueil de nouvelles il y a peu, fait partie de ces livres qui partent avec quelques handicaps. Une quatrième de couverture qui aurait pu être moins prolixe en références quasi-gratuites (André Breton, Nerval,..), comme celles variées à l'art contemporain et, surtout, sans une écriture moins précieuse.
De ces obstacles, on ne traînera que le troisième jusqu'au bout (on a vu bien pire que cette écriture un peu ampoulée), sans qu'il réussisse à atténuer le plaisir pervers qu'offre la lecture de ce beau roman. L'histoire est assez simple et peut être racontée sans préjudice : Colin est un jeune étudiant bohème (mais un brin sérieux), qui vit en colocation dans un Paris noiromantique (il y pleut sans cesse, la lumière est noire - c'est bête mais cela met une bonne ambiance comme lorsqu'on choisit l'éclairage au cinéma), avec Quentin, un jeune médecin qui traficote des médicaments volés à l'hôpital. Un jour, et après une rupture, Colin retrouve Estella, son amour d'enfance, fille d'un écrivain célèbre, John Volstead, auteur d'un unique chef d'oeuvre, et suicidé dans sa baignoire alors qu'il travaillait peut-être sur un nouveau roman. Estella et Colin se remettent à la colle. Le second mesure que son amie est toujours obsédée (et c'est un bas mot) par la mort de son père, y compris jusqu'à se... détruire (roulements de tambour). Son père donne toujours le sentiment de tirer les ficelles dans l'ombre, manipulant les êtres dans la mort comme il avait abusé d'eux dans la vie. Estella fait de l'oeil à Quentin et parcourt Paris à la recherche de traces. Jeune femme mal dans sa peau, elle cherche accessoirement l'amour passion et tout ce qui pourra la sortir de l'ennui du quotidien.
Sur ce résumé, on ne donne pas cher du roman, n'est-ce pas ? Mais, Alikavazovic en tire le meilleur parti : son imagination fait de la folie progressive d'Estella une névrose rampante réellement inquiétante, l'attachement de Colin (qui a ses secrets) nous fait passer la pilule d'une Estella qu'on aurait bien vite rejetée sans ça et les rapports entre le jeune héros et son ami médecin (l'image de l'adulescent qui n'a pas de limites) deviennent bientôt - pour le lecteur mâle - l'enjeu principal du livre. Estella choisira-t-elle l'homme qui aime sincèrement et doucement, ou celui qui s'enflamme en manquant rapidement d'oxygène ? Trop facile... Le final nous offre quelques belles émotions (et notamment un retour en arrière particulèrement percutant), qui font de ces Corps Volatils une plutôt bonne surprise. La densité psychologique des personnages et de l'intrigue a réussi sur les quelques 300 pages du roman à faire de ces pseudo-Amants du Pont-Neuf (pour la langue et l'outrance sentimentale, le réalisme poétique et la manie de souligner chaque trait émotionnel) un très bon livre de psychologie amoureuse appliquée en mode "toutes les histoires sont psychotiques". Amitié brisée, secrets de famille, noirceur, trahison, avec un brin de brio (le trafic de médicament, le crachage de feu) et on tient ce qui n'est pas un chef-d'oeuvre (à la française), mais un moment de lecture intelligent, glaçant et roboratif.

Corps Volatils
Jakuta Alikavazovic
Editions de l'Olivier

Consultez le dossier Rentrée littéraire.





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