Dagerman, l'île déserte et la confrérie des suicidés
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Stig Dagerman, en voilà un bon compagnon pour l'été. Petit prodige des lettres suédoises, auteur d'un premier roman bluffant, Le Serpent, à 22 ans, plein de style et de peur, Dagerman est le genre d'auteur qu'il fait bon lire sur la plage, entouré de gens (une foule) pour lesquels on pourra éprouver rapidement du mépris. Dans ses romans, dont le meilleur est sûrement l'Ile des Condamnés (l'histoire de quelques personnes - un boxeur, un capitaine,... qui échouent avec leurs névroses sur une île déserte et sombrent individuellement dans la solitude et l'incommunicabilité), Dagerman développe une écriture qui est réaliste, précise mais réellement bâtie sur du sable. Le recours aux images est permanent et l'angoisse habite tellement les "héros" qu'ils s'en retrouvent traversés par des visions au caractère obscur. Dagerman n'est clairement pas une lecture légère mais affiche dans son écriture une force et une puissance cinémique (puissance développée par les images) hors du commun. "J'aspirais à une paix, une paix profonde, au delà de toute raison... la paix que peut seule procurer une solitude innocente, la paix d'un homme innocent et solitaire qui n'a abandonné personne,n'a trahi personne pour rester seul, seul loin de toutes ces histoires de sang et de souffrance, sans que quiconque puisse l'en rendre responsable. Et je pressentais déjà clairement qu'il devait exister un lieu sur la terre, un désert quelque part où une telle solitude était possible, ou plutôt un endroit dans ce désert, pas une banale oiasis non, un endroit encore plus plein de sable, plus brûlant, plus intenable que tous les autres points de ce désert de sable, déjà si brûlant et si intenable; et si je ne me tiens pas à cet endroit, c'est que je suis encore à sa recherche, et si je ne le trouve pas, bien que j'aie l'impression d'avoir fouiné au creux de toutes les dunes - alors messieurs, je vous demande de me crucifier, car je suis plus coupable que tous les autres, non parce que j'ai mal agi, mais parce que les reproches que je m'adresse à moi-même, le sentiment de culpabilité et les douleurs qui m'assaillent ont été portés chez moi à une température plus élevée que chez tous les autres. Monologue de solitude de Lucas Egmont et bel exemple de l'écriture brillante de Dagerman dont on découvrira avec bonheur l'article phare et terminal Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. Consultez la fiche des oeuvres de Stig Dagerman sur fluctuat : - L'île des condamnés Commentaires
De Raphael, posté le 05.08.07 à 12:15
![]() Pas gai tout ça, Y'a de quoi déprimer un village de shroumpfs. De C'est pas moi !, posté le 07.08.07 à 11:04 ![]() Stig Dagerman, en voilà un bon compagnon pour l'été ! Tu lis ça pendant les vacances Myosotis ? Je comprend alors ce qui a fait de toi un misanthrope (clin d'oeil). Je sais qu'à la rédac de Flu on considère que pendant les vacances, ayant la tête reposée, on devrait se lancer dans des lectures plus ardues -du moins se sentir apte, prêt ou que sais-je encore pour des ouvrages plus psychologiques- Malheureusement, au soleil et pendant 15 jours, les gens ne pensent qu'à ça : see, sex and sun... De M, posté le 07.08.07 à 13:17 ![]() J'ai consulté la fiche, merci. Ca donne le bourdon. Pas besoin de ça pour les vacances ! Mais je cherche, je cherche ; choisir les livres à emmener... c'est quasi mystique ! Ajouter un commentaire |
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