Daniel Clowes est un ermite misanthrope et Chris Ware est un quadragénaire puceau et pleurnichard mais, pour une raison qui m'échappe un peu, il semble que leur situation fasse des envieux. On soupçonne vaguement qu'ils font un peu semblant, n'empêche qu'il est difficile à la lecture de "Quimby The Mouse" ou de "Ice Haven" de ne pas se dire que ces types doivent être relativement peu heureux. Avoir un grand talent et se coucher le soir en se disant que si on ne se réveille pas le lendemain on aura quand même laissé derrière soi une oeuvre un peu importante compense peut-être en partie ce mal-être chronique mais ça, on ne l'aura certainement pas en les imitant. C'est pourtant le chemin apparemment choisi par Paul Hornschemeier qui avec "trois paradoxes" a produit un pastiche des auteurs de Fantagraphics pour Fantagraphics sans semble-t-il que l'éditeur américain de BD "alternative" ou l'auteur lui même ne donnent dans le second degré ou le méta-commentaire post-moderne auto-référentialiste ou je ne sais quelle connerie.
Trois Paradoxes c'est l'histoire d'un jeune homme qui tente vainement de créer une BD et qui lors d'une promenade avec son père assailli par des flash-backs intempestifs. Son père a une conversation très ennuyeuse mais c'est fait exprès, voyez vous, parce que glisser de l'ennui exprès dans son oeuvre c'est la marque d'un vrai auteur. Les flash-backs prennent la forme de BD pour enfant jaunies. C'est une sorte de mise en abîme comme les affectionnent Ware ou Clowes ou tout un tas d'auteurs publiés par Fantagraphics, sauf que pour le coup l'imitation est plutôt faiblarde et la profondeur totalement absente. A aucun moment on imagine que ces BD dans la BD aient pu réellement exister. Il y a quelque chose qui sonne faux dans tous ces pastiches.
Trois Paradoxes est la suite, paraît-il, de deux autres BD parues elles aussi chez Actes Sud. Je pourrais me mordre les doigts plus tard mais je doute beaucoup que la lecture des deux opus précédents m'ait manqué pour déceler un réel intérêt à celui ci. Ce qui est vraiment dommage, c'est qu'on se dit que l'auteur n'est pas mauvais dans le pastiche (conscient ou non) de ses contemporains. Il parait que c'est très mal pour un critique d'évoquer une autre voie qu'aurait pu emprunter un auteur et bien que je comprenne pourquoi, je m'en fous et je vais faire comme si de rien n'était : Hornschemeier aurait pu faire dans le méta-commentaire post-moderne auto-référentialiste en exploitant son don pour faire comme les autres et écrire non pas comme mais sur ces auteurs qu'il admire visiblement. Au lieu de ça on a un personnage secondaire qui arbore une cicatrice à la gorge qui rappellera quelque chose à tous les lecteurs de Black Hole mais qui ne veut rien dire par là et une liste de remerciement qui commence par Gary Groth, fondateur de Fantagraphics.
De Antoine, posté le 16.07.07 à 13:04 
Oui c'est vrai que cet "opus" fait très pastiche, mais j'ai plus l'impression que le style et l'inspiration de cet auteur (au demeurant très bon graphiste) se sont dilués avec le temps.
Adieu, maman est par contre très réussi, et je te conseille vivement de le lire!
De Raphael Jolivet, posté le 16.07.07 à 20:30 
Un peu confus cette critique....
Et puis y'a des soucis de formatage (people_restrictif ??), et des coquilles (mes => mais)
Enfin j'ai pas tout compris.
De Milymily, posté le 17.07.07 à 00:12
Désolée de changer de sujet mais… enfin ! Fin du suspens : l’écrivain qui se cachait derrière le blog http://www.leschauffeursdelimousinepensentaussi.blogspot.com/ a révélé son identité. C’est Bertrand LATOUR. Je vous recommande son dernier bouquin : gé-nia-leuh ! Ça change grave des m*** qu’on nous fait lire tous les jours ;-)
Milymily
De 2goldfish, posté le 17.07.07 à 00:23 
J'ai corrigé quelques unes de mes fautes de phrappe. Merci Raphael pour votre vigilance.