Le Breakfast du Champion : pour une littérature du chaos (extrait) "A l'approche de mon cinquantième anniversaire, je me sentais de plus en plus enragé et mystifié par les décisions idiotes de mes propres concitoyens. Et j'en venais finalement à les prendre en pitié, en comprenant à quel point était naturelle et innocente leur conduite abominable qui aboutissait à de si catastrophiques résultats. Ils faisaient de leur mieux pour vivre comme des personnages de romans. C'était la raison pour laquelle les Américains se tuaient fréquemment entre eux. C'était là un procédé littéraire particulièrement expéditif pour mettre fin à une nouvelle ou à un livre. Pourquoi tant de citoyens américains sont-ils traités par leur gouvernement comme s'ils étaient autant de serviettes en papier ?Tout simplement parce que c'est ainsi que les écrivains ont coutume de se comporter à l'égard des personnes secondaires des histoires qu'ils ont inventées. Et ainsi de suite. Le jour même où j'ai compris ce qui faisait de l'Amérique une nation malheureuse et terriblement dangereuse, faite d'un ensemble d'individus qui n'avaient plus rien de commun avec la vie réelle, je décidai de cesser désormais de raconter des histoires. C'est la vie que je décrirais dans mes livres. Il n'y aurait plus de personnages privilégiés. Tous les faits pèseraient exactement le même poids. Rien ne serait laissé de côté. Que d'autres s'efforcent de mettre en ordre le chaos. Moi, par contre, je mettrais le chaos dans l'ordre. Et je crois bien que j'ai réussi. Si tous les gens qui écrivent faisaient de même, alors, tous les citoyens qui ne font pas commerce de littérature comprendraient sans doute qu'il n'y a que désordre dans le monde qui nous entoure et qu'il nous faut nous-mêmes nous adapter aux exigences du chaos. Ce n'est pas très facile de s'adapter au chaos, mais on peut le faire. J'en suis moi-même une preuve vivante : c'est faisable. " C'est beau, c'est intelligent et drôle, c'est Kurt Vonnegut Jr. Dans ce manifeste qu'on trouve en milieu de roman, l'auteur expose de manière ramassée sa conception de littérature et plus globalement de son rôle dans la société. Ces quelques phrases sentent le fatalisme et le déterminisme à plein nez, mais reflètent aussi assez bien les passerelles avec l'oeuvre de William Burroughs. Le Breakfast des Champions permet, tant il est roboratif, de sauter tous les repas (livres) de la semaine qui suivent. Commentaires
De decka, posté le 11.07.07 à 11:59
![]() Okay, ça c'est sur ma liste... De M, posté le 11.07.07 à 12:19 ![]() Et en quoi consiste le chaos auquel je devrais m'adapter ? Que je sache par où commencer... De M, posté le 11.07.07 à 12:26 ![]() Le désordre c'est l'absence de repères. Dans les histoires, les personnages principaux auxquels nous nous identifions représentent ces repères. Sans repères auxquels s'accrocher on est perdu ; aussi perdu que l'homme au milieu de la mer, pret à se noyer. A quoi ça sert ? De EW, posté le 11.07.07 à 12:34 ![]() C'est marrant vonnegut jr fait partie des auteurs que je range dans la série des auteurs fétiches des obsédés textuels de ce blog (avec moorcock, moore, gaiman) que ne lirai jamais mais là quand même je crois que je vais prendre un breakfast au soleil et alors? et alors rien j'interviens quand je veux ici non mais De Miss, posté le 11.07.07 à 13:34 ![]() T'as pas souvent envie alors... ![]() De Miss, posté le 11.07.07 à 15:37 ![]() Vous me dites si j'ai pas compris : Les individus vivent comment des personnages de romans et tout comme dans les procédés littéraires qui aboutissent sur des actes définitifs, ceux-ci se donnent la mort. C'est pour ça que tout va mal !!! Dans la vie réelle on privilégie certains individus -le gouvernement agit ainsi- au détriment des autres car on s'inspire des romans où les personnages secondaires n'ont pas d'importance. On arrête donc d'écrire des histoires et on parle de la vie réelle où tout individu confondu, tout fait confondu est important. Je cherche à comprendre où Vonnegut veut en venir. Que peut nous apporter le chaos littéraire -je suppose à l'image du désordre qui nous entoure- ! Bah ! C'est ça l'ami Myosotis, c'est beau, c'est intélligent et c'est drôle... et un brin tarabiscoté ! De pavel, posté le 11.07.07 à 17:52 ![]() Ach Vonnegut parfois malin, souvent lourdingue, pesanteur considérable de la fausse naïveté, même Brautigan est plus supportable, c'est dire. De myosotis, posté le 11.07.07 à 20:54 ![]() Bon, vous pouvez aussi regarder le DVD, mais il est clairement moins bon. (et je suis un fan de Bruce Willis). C'est vrai que Vonnegut est parfois un peu lourdingue dans ses charges (c'est souvent le cas des critiques de la société US - il a parfois un côté Michael Moore des familles, ou dans un autre style... Norman Mailer) mais le Breakfast est tout le contraire : léger comme l'air. Le personnage de Kilgore Trout est un vrai héros underground : le double rêvé et l'idole absolue pour tous les écrivains de 2nde zone et amoureux des lettres. De decka, posté le 12.07.07 à 15:11 ![]() Moorcock, c'est loule... Lui aussi je l'emmène en vacances... (cycle danseurs de la fin des temps...) Vient de finir Voici l'homme... Sympa... Ajouter un commentaire |
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